CHAPITRE VI
Xe mériolB , «pnnai» d« divers.
Ije comte d'Angouléme , qui monta au trône en 1515, avait été élevé , comme on l'a vu , au château de Blois; mais il se dégoûta promptement de ce séjour de .son enfance et premier théâtre de ses exercices chevaleresques. Ce prince aimait avec ardeur la vie agitée; H lui fallait une cour abondamment pourvue de ces Jjeautés, sans iesquelles, disait-il, cette cour eût ressemblé à un printemps sans .roses. La petite ville de Blois, m^gré son .intportance historique , ne pouvait offrir aux goûta' tumultueux du nouveau souverain les éléments de plaisir qu'il recherchait. Cependant François I.", dans les premières années de son règne , habita souvent Romorantin , dont il fit restaurer le cMteau , ainsi que nous le dirons en son Iku. Mais le «ége de la courdeFrance Tut établi le plusordinairement au palais desTour-
nelles, à Paris', Louis XII , en mariant Claude, sa fille, au comte d'Angouléme , lui avait donné , entre autres apanages , le comté de Blois; François I." en laissa l'administration à cette princesse. Le roi , disons-le sans détour , espérait que ce soin , en occupant les loisirs de la reine , détournerait son attention des innombrables infidËlités du plus volage des ^pouz. H se trompait : une femme blessée au cœur par le plus grand outrage qu'on puisse lui faire , le mépris de ses charmes , ne saurait être distraite d'un tel chagrin. Seulement la jeune souveraine souffrit avec cette résignation apparente qui trompe les regards, mais qui tue.
Claude fut pour la ville de Blois et son territoire , une bienfaitrice attentive. Elle aimait les savants, les gens de lettres; elle les admettait dans sa petite cour, dont les plaisirs bruyants étaient exclus. Tant que cette vertueuse princesse vécut , on n'entendit point retentir au château la musique des fêtes; mais la bonne reine y était souvent entourée de ses obligés , qui la ' bénissaient. Sa devise était une lune dans son plein , sans doute admise comme symbole d'une vie douce et calme, avec ces deux mots : Candida candidis.
L'histoire générale , après la mort de Louis XII , cessa d'avoir une connexité aussi immédiate que sous son règne avec la ville de Blois, oii le souverain ne paraissait pins que rarement. Nous laisserons donc François I." vaincre et échouer tour-à-tour en Italie; et rentrant dans les limites que nous avons ë franchir quelquefois sur la trace des événements, nous aborderons le récit des faits inhérents à la localité , mais qui ne sont pas sans intérêt pour l'histoire des mœurs et des institutions de l'époque. La rédaction de la Coutume de Blois, préparée, comme nous l'avons dit, sous le règne précédent, devait, pour devenir définitive , être confirmée dans une assemblée des trois états de la
■ Voirei notre nUioirt dt Parli, règne de Françoii I," (Fëltx Jahjrer,
province, puis publiée et homologuée par le souverain. Or, 'François I." {lettres-patentes du 26 février 1522) envoya à Blois, en qualité de commissaires , les sieurs Roger Barme et Jean Prévost , le premier président , le second conseiller au parlement de Paris, avec ordre de faire assembler en ladite ville, chef-lieu du bailliage , i tous et cbacuns les châtelains et seiu gneurs hauts justiciers, prélats , abbés , chapitres, officiers i auxdits lieux, licenciés, advocats, praticiens, bourgeois, » marchands et autres bons et notables persormages dudit » bailliage en leurs personnes; et en présence, de rechef lire et » accorder lesdites Coustumes ; et s! en faisant ladite publica- » tion , sur aucuns des articles desdites Coustumes, y survenait » contradiction ou opposition par la plus grande et saine partie « des gens d'église ou des notables ou de ceux du tiers-état , et » que ladite difficulté ne peust être vidée en ladite assemblée, B faire mettre et rédiger par escript les différends d'une part et n d'autre , pour icelles rapporter par devers les gens de la cour » de parlement, afin d'en ordonner comme de raison. Et quant » aux autres articles desdites Coustumes qui seraient en ladite » assemblée, accordez et arrêtez , faire iceux publier et enre- » gistrer es registres dudit bailliage, et ces préscules insérées » aux procès- ver baux pour estre doresnavenl observées comme B loy perpétuelle et irrévocable. ■»
Ce mode de rédaction , qui fut employé , à quelques variantes près, pour toutes les coutumes de France, était une heureuse combinaison des éléments sociaus de l'époque. Aussi l'ajournement des personnes convoquées était-il impérieux : les commissaires étaient investis de pouvoirs tels qu ils pouvaient opérer , comme moyens coërcitifs, pour les gens d'église , la saisie de leur temporel , et pour les laïques , la prise et saisie de leurs meubles et immeubles^ sans préjudice des ajournements personnel eu cour de parlement.
Les états de la province , en exécution des lettres-patentes
J40 IlSTOlItB M BL0I3
sos-menlionnées, se réunirent te 45 «vril f!tS3, dtms te réfectoire du coarent des Jacobins , aiasi qm noos Tstoqs dit en rapportant la fondation de cette commumaté. Les noms de toos lès onnparants , dont la liste ne peat être rapportée dans eette blutoirs, furent consignés an procés-verba) de l'assemUée , per les sieurs Estienne Bitlart et Jean Papin , greffier do bailtiage. On y voit également que , pour les manaals babitanta de la ville de Mois, comparurent Pierre Hunet, et maistre Denyt Dupont, conseil d'iôelle viUe. Nous taisons remarquer 6 cet eBet qoe le célèbre avocat blésois était , dans tontes les affoires d'an intérêt majeur, chargé de défendre la communauté blésoise : on cod~ naissait l'espèce de culte qu'il venait à son pays natal , et dont l'expression se retrouve dans tous ses éetits.
Si la liste que nous venons de citer ne peut être reprodoile dans notre précis , c'est un motif de plus pour qne nous en re^ commandions reiamen. On y verra quelles seignenries ressortissaientaubailLiagede ffi[ois,au commencement dnxTi.* siècle; qœis étaient alors les ordr^ religieux existants dans la ville principale; enfin, il ne sera pas sans intérêt d'apprendre que cette localité avait envoyé h l'assemblée neuf avocats et onze procureurs; ce qui peut donner nne idée de l'importance des affaires traitées au chef-lieu du bailliage.
Au nombre des députés réunis auxétatsproviitciauxqninous occupent, figurait messire Florimont Roberlet, baron d'ÂlIuye et de Brou, dont le nom ressort avec éclat des fastes du filésois. Ce ae^ncur , dont la haute fortune était enfant de ses œuvres , avaitcependanl reçu le jourde parents nobles dn Forez, D'abord conseiller à la chambre des comptes de cette province, il fut recommandé à Charles Vlli par le due de Bourlxin , et devint tneniàt trésorier de France. Sous Louis XII , FlorimontiR't^ertef obtint la chai^ de secrétaire d'état , puis^Prançois L"^ lui cMifia l'administration du royaume. Cet homme d'état, sous trois règneâ auccessils, fut initié à toutes les affairée de h monen^e,
ET se soA THnHrromE. 141
flC ûrtit de toiffes arec nae réputation incontestée d» capaefté èiÊnoeaie tu de probité*.
a PlorîmoDC R<^rtet, ait te tnarécba) delà Maret:, basses » mémoire», était rhomme le mieni entendu qoeje pense guère avoir vu , ot de meilleur esprit qui »'est mêlé des affaires de » Praiu» , et qui en a eu I» totale charge, et a eu eet heur qu'A 9 s'y est toOfonra merveilleaBement bien porté, v
Le baron d'Alluîei-BTenaitd'Itelie on 1545, après av(rir9%né la pai'S pour le roi avec les Vénitiens. II acheta la châtellenie de Bury, et fit reconstruire avec une magnificence royale le châtean : nrmsen parierons ailleurs. Ce ministre fit bâtir aussi dans la vîUe d» H<»3 , rne Sainl-^onoré , un bdtel du mmllenr gabt , doDt oous donneron» plos lard la deswtption. Enfin, parles soins de messire Robertet, que ses contemporains sumomiaèrenC le grasid, fat élevée la chapelle dite d'Alluye , dans l'église paroilsialeSaiat'Hoaoré. U fit faire à cette église de grandes réparations, la dota de diverses fondations et de riches ornemenfs.
TelétKÏtte puissant personnage qui siégeait aux états de 1933; on conçoit'qa'it dût, par l'aseendant du génie, en dominer souvenu les travaux, La Coutume projetée contenait deux cent soixante-quinze articles, dont le pins grand nombre fat adopté mta disom^n ; mais plusieurs donnèrent lieu à des débats asae» sm'més. Lorsque l'oa ne pouvait arriver à une Solution amiatrie, les commissaires donnaient acte dn point Ktigieux, qui devait être soumis au parlement de Paris, appelé à juger souveratnemenC. La discossion la plus sérieuse Ait celle qui s'engagea Surl'articls cent neuf, compris stras le titre des cens. Or, \6 cenS' était une redevance acquitable en grains ou en ai^nt, et (pie les héritages provenant de roture devaient payer aa sei-
• Loul» XI! , faisant un Jour allusion à la rapacllê de» gens d'tAires , dlnit que tout» les plumes Tolalent.... fort <M0n«, sire , répondit Robertet. Cesdeux omis lui dirent accordés pour detise en mémoire de ce mouvement d'une noble suseaptiblliié.
gneur, comme hommage féodal , puis comme représenlatiOD du domaine utile , cédé originairement au censitaire ou à ses auteurs. Cette redevance, d'autant plus vexatoire qu'elle reposait le plus souvent sur une ancienne usurpation, qualifiée de cession, était accompagnée dans le Biésois de diverses charges accessoires. Par exemple, l'abus avait introduit, au préjudice des héritages asservis, l'usage de payer au seigneur, à chaque mutation des biens tenus en cens , le droit de douze pour cent
de leur valeur redevance qui, en raison de son énonnité,
avait reçu le nom de.cen* à cher prix.
Lors de la première rédaction de ta Coutume , l'article cent neuf n'y avait pas été admis sans une vive et longue opposition de Denis Dupont; et lorsqu'il se 'reproduisit en 1523, le savant légiste signala ce vehemens amor qu'il portaità ses ccHupatriotes , en repoussant de tout son pouvoir le cens à cher prix, qu'il appelait avec toute l'éuergie de l'indignation yuj stran^ulatiimfn. Les commissaires eux-mêmes, se joignant au chaleureux opposant, proposèrent, pour concilier tous les intérêts, le rachat à prix d'argent d'un droit ruineux, qui ne laissait aucune ressource pour l'embellissement de la ville. Mais les seigneurs de censive étaient des adversaires puissants ; les commissaires , faibles ou séduits, laissèrent insérer l'article dans la Coutume. Dupont n'hésita pas à taxer ces magistrats de corruption : Sordene avaritiœ an nimiâ ecclesiasticorum favore cormpti nostrijudices.
Vaincu sur le terrain de la discussion , Pontantis , au nom de sa ville natale , appela en parlement de la décision de ses commissaires. Le procès dura douze ans, et nous devons, afin de n'y plus revenir , intervertir l'ordre chronologique pour en mentionner le résultat. La victoire du légiste biésois Ait complète : un arrêt de juin 4333 décida (\\i.e\e droit à cher prix ne pourrait être perçu que lorsqu'il seraitfondé en titre et nullement comme cens coutumier.
Pour revenir à la Coutume en général, nous dirons que la promulgation en fut faite solennellemeut le 28 avril 4523, dans
ET DE SON TEftBITOIHE. 143
les termes suivants, c Déclarons les Coustumes qui ont été lues n par Jacques de Hailly , huissier en ladite cour de parlement , B en vos présences, de vous, gens des trois estais, selon les B modifications et limitations de vos consentemens , faites et s accordées, mises et couchées en nostre procez-verbal, être » les vrayes Goustumes du bailliage de Bloys. Et selon icelles , I jouxte le pouvoir à noua donné, nous commandons à vous, gouverneur et bailly de Bloys, k vostre lieutenant et à tous D autres juges, qu'ils ayent à juger , dédder et déterminer de
> tous les procès meuz et à mouvoir. Eu defTendant par exprès « à tous advocats qu'ils n'ayent doresnavant à alléguer, poser 9 ou articuler aucunes coustumes contraires ou dérogeantes à e icelles sans préjudice des oppositions particulières des oppo-
> sans, dont est fait mention en nostre proceï<verbaI , pour n lesquelles décider avons renvoyé les parties en ladite cour de < » parlement, à sis sepmaines. »
C'est donc de l'année 1535 que datait la législation écrite ou la Coutume de Blois : de cette époque elle s'adapta è cette mosaïque de lois locales qui régit la France jusqu'en 1 789 , et dans laquelle il n'y avait de système complet qu'en ce qui se rapportait à la féodabté. Telle est pourtant la bigarrure incohérente que quelques écrivains et des meilleurs, regi^ttent vivement, au mépris de cette admirable unité législative qui seule pouvait foire des Français une nation unique.
11 n'est pas sans intérêt de dire que les principaux seigneurs qui, durant douze années, essayèrent de maintenir le cens à cher prix, étaient les pauvres serviteurs de Dieu religieux et abbés deSaint-Laumer, Bourg-Moyen et Harmoutier.
La Coutume de Blois étant fixée, Denis Dupont résolut d'en composer le commentaire , sur les instances réitérées de ses compatriotes. Ce travail , d'une immense étendue , n'étonna point le courage du laborieux légiste , quoiqu'il fût d'ailleurs accablé d'affaires et consulté de toutes parts. Mais le commentaire était loin d'être terminé , lorsque Dupont sentit que le terme de
iM HffiTOIRE BE BLOiS
sa vie approchait; il uppeU ttlors son g)s, qui étudîaU en Italie sous le fnmcox ^Lo8Eat«ur Alciat, cslomoié par Boileau. Ce fiit DupoBi fils qui mit la dernière maia à l'ouvrsg» de son père ; mais il ne préseaUtt point l'explication entière de la Coutume : L'AngeUior de Blois n'imprima , en 1866 , que les cemmentaires des oeufs pitmiars diapitres. On n'eiit long^temps que celte première pËTlie; égaré pendant ]»)us d'un siècle, le manuscrit coulenaDi Iftseconde ne se retreuva qu'en 1 677 , danë la bibliotfeèque du cfautcelièr Ségmer,. et fat publiée par Louis BiHaice , imprimear è> Paris.
Le coaamentaif e sur la Conlume de Btois obtînt , en jurisprudence , une autorité qui s'éteadit au-delà des limites du Blesois ; il était cité souvent par les aiun^os légistes; les moderaes même en ont jrfus d'oie foé Jbvoqué le texte , entre solres Merlin, dans S(m ^pertdre, et Toullier, dans son Droit civil. Dupont , indépendamment de ses vastes eonnaîssances dans le droit de tons les tempe, possédait «ne érudition immense , universelle ; sa; dialectique était pressante, vigoureuse, et s'armait soitvent d'un sarcasme amer. Le stylé de ce grand légiste , qnelqnelois diffus , mais to^ours cbal«urens et animé , rév^ait dans diaqse phrase cette veuve originale, cette verdeur de pensées qui éoMUeDt d'un éorivain passimné.
La jurisGOQSulbe blésws, dans son commentaire , se lait perfoismoralisle :il atteint surtout d'uneorilique sévère les mariages d'argent de soit époque. S'il vivait de nos jours , aorait-il assez de Inle à détiller contre oea unions intéressées, qu'il qualiSe de diéfilorable abus d'une sainte institution; eteamnhodièutplurimùm peccatur. Itais il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre les imputations critiques dont l'aHivre de Portiamts abonde : esprit allier, tranchant et quelque peu pessimiste , il s'exaltait contre tout ce qui blessaitsanhumeuraustère, et souvent les travers qu'il signalait n'étaient qu'une légère déviation des vertus. Mais si Dupont fat sévère avec exoès envers ses compatriotes, jugés- individuellement, il les servit et les aima
ET DE SON TSftRtlOUUH. itë
avec passioiii : lui-même nous donue la mesure de son aSection ea qualifiaot les habitants de Blois : cives mai anmntissimi.
Malgré aoD graod savoir et ses hautes vertus, Denis Dupont, qui méritait d'ùtre classé au rang desC»jiâ,deBDuoM>uliQ, des Polhier , était à peu près oublié , m^e des h^itaolsdie Blois, dont il aima tous les aïeux. , lorsqu'en 4^39, M. Leroux , avocat, dans une savante notioe , rendit un hoannage tardif k la mémoire de cet homme ill astre. Beroier hii avait bien ooosBcré quelques lignes; maïs l'historien et le légiste fur^it loug-beœps env<<Ioppés du rtéme voile d'oubli, par les dédains superiies do l'histoire générale. '
Maintenant que le nom de Denis Dtq)OQt est ea tptdqae sorte exhumé des annales blésoises , les voyageurs viâitoôt avec intérêt sa maison , située Graude-Rue , à Kois , et qui rappelle , par quelques détails heureux , la belle architactore des premières années du kti.* siècle. L'esoalier surtout a qù^que rapport de coDslmction et d'élégance avec la partie nord du (^teau, dont il est oontemporain. Ou y voit, sculptée, le paoa et le bouc qui figuraient dans les armoirieS' du grand jurisouwuUe et de Marie Barbe, sa femme. Dans l'intérieur, ce trouvent fréquemment reproduites ces devises , que Dupent avait inscrite aas« au bas de ses armes: Virtua.sinefortunAmmea. — Chaaffettas d'ardeni désirs. Le 1<^is que nous signaloas , se trouvant placé fort près de rhdtel d'AUuye, fut le sujet d'une vive difficulté entre S\orimont Kobertel, alorsau faite de la puissance, et le simpla avocat blésois. Hais celte fois le pot d« terre ne fut pas bilsé p«r le pot de fer : la ténacité du juriscoosulte l'emporta sur l'op^oaition dû ministre , et la maiBoa de PontMos resta.
Tandis que l'on promulguait la Goutome de Blois , Claude de France languissait dans cette ville, malheureuse des dédains d'un époux qu'elle aimait , malgré Ges torts envers elle. Durant cetto triste retraite, François L" , engagé dans la guerre d'amoui^ propre plutôt que d'intérêt politique, qui remplit son régne, essayait, mais vainement, d'eulttver à CharlcB-Quint sa pré-