‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculésChapitre 20 sur 24 · BI8T01AE DE BLOIS · texte numérisé non relu

BI8T01AE DE BLOIS

turs, arriva ensuite dans le département de Loir-et-Cher, où sa présence ne produisit aucune sensation. Il n'en liit pas ainsi durant la mission du citoyen Laurençot. Girondin amnistié «près la chute du parti montagnard, il apporta à Blois celte animosité vindicative que les proscrits du 31 mai vouaient h leurs vainqueurs de cette époque. C'était le moment oii l'on inculpait, dans le sein même de. la Convention, Carnot, Barras, Préron, Tallien , Billaud-Va rennes , Collot-d'Herbois , Foucbé et surtout Barrère. Laurençot écouta avec faveur les plaintes , les dénonciations exhalées contre ceux qu'on lui désigna comme des terroristes. Interprète d'un décret récent , il fit désarmer les hommes accusés, même vaguement, d'avov- pris part aux horreurs de la tyratmie. Pour être compté dans cette classe vouée à la vengeance réactionnaire, a il suffit, portait le décret, d'avoir D fait des motions sanguinaires , d'avoir tenu des propos incen- > diaires, d'avoir contribué à des actes arbitraires, d'avoir » dicté des dénonciations mensongères et d'avoir opprimé les » concitoyens, n

On peut juger jusqu'à quel point ces griefs, abaudonnés à l'interprétation des ennemis du parti tombé , durent être envenimés , surchargés de calomnies , et combien les thermidoriens opprimèrent en prétendant punir les oppresseurs.

Le girondin Laurençot , durant sa mission aux bords de la Loire moyenne, inspiré, comme nous venons de le dire, par ses souvenirs acrimonieux du 31 mai , croyait pouvoir compter parmi ses ennemis politiques les représentants Grégoire , Frécine et Poussedoire , députés de Loir-et-Cher ; mais ne pouvant les atteindre personnellement , il s'appliqua à rechercher leure amis , et se montra accessible aux dénonciations fulminées centre eus. Peut-être, au nombre des citoyens que ce représentant persécuta, s'en trouva-t-il quelques-uns qu'avait égarés un républicanisme ardent, mêlé de cet amour de la domination qui naît si facilement au cœur de l'homme ; mais Laurençot put^ il , sousl'empire de ses préventions, exercer une justice exempte

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de Uflme? Nous ne le pensons pas , et un fait particulier vient appuyer en cela notre opinion.

Nous avons vu que François- Etienne Péan , membre de l'administration départementale, avait été accosé de modérantisme par le commissaire conventionnel Garnier de Saintes , sans doute parce qu'il s'était opposé à divers traits de vandalisme révolutionnaire; peut-être aussi pour avoir, en, qualité de député suppléant , refusé de remplacer , dans le sein de l'Assemblée, l'ex-capucin Chabot, l'un des plus fougueux orateurs de la Montagne. Péan, incapable d'ensanglanter son mandat d'administrateur ou de représentant , était d'ailleurs un patriote pénétré d'une chaleureuse conviction. Il abhorrait le meurtre commis an nom de la République ; mais il l'avait servie avec sincérité, persuadé que rien n'est plus criminel que de trahir, dans la mission qu'on a acceptée, le gouvernement adopté par l'universalité des citoyens. Or, on ne peut disconvenir qu'en présence de l'Europe , armée par l'émigration pour apporter en France tous les excès de la conquête et do la vengeance , l'universalité des citoyens ne f&t, en 1793 et 1794, ralliée au régime existant , parce qu'il était l'ame de la forc« nationale , ou, si l'on veut, le lien du faisceau. Après le 9 thermidor, ce n'était plus le temps de suivre avec sécurité une telle ligne de principes : le parti royaliste parlait haut; on chantait sur tous les théâtres le ftimeux Réveil du Peuple ; et la jeunesse dorée , q[ue le défectionnaire Fréron se prévalait hautement d'avoir organisée , insultait partout impunément les citoyens qu'on lui signalait comme républicains. Ce fut pendant ce paroxisme réactionnaire que Laurençot frappa , dans l'irréprochable Péan , l'ami du représentant Grégoire.

Nous espérons que le blâme dont nous devons empreindre cette page n'atteindra que la mémoire des persécuteurs de Péan, et nous épai^ons à leurs enfants le reflet de honte attaché au nom qui leur a été transmis. L'ex-administrateur du département vivait depuis quelques mois retiré à Saint-Aignan ,

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tranquille avec raisoD sur les suites de sa carrière politique ; sa ' femme allaitait son premier enfant. Toul-â-coup sou domicile est envahi ; on s'empare de ses armes, de ses papiers; il est enlevé lui-même avec les formes les plus grossières; on le jette dans une charrette où sa jeune épouse , qui ne vent pas se séparer de lui , se place à ses c6tés; Péan est conduit à Kois avec l'appareil formidable qu'on eût déployé pour un crimin^ Cependant ses ennemis n'avaient pas prétendu s'en tenir à ces sévices d'une rigueur farouche; arrivée au fauboui^ de Vienne, la voiture fut envinninée d'une bande furieuse, qm, après avoir accablé d'injures le couple infortuné, poussa la fureur jusqu'à foire pleuvoir une grêle de projectiles sur Péan , sur sa femme, sur riuBocente créature qu'elle pressait contre son sein, où bientôt les sources nourricières devaient se tarir. La courageuse épouse eut le corps meurtri en plusieurs endroits par suite de cette attaque.... La prétendue Némésis du terrorisme surpassa assurément, dans cette drconstance , ce qu'il avait couunis à Mois de plus bariaare. Madame Péan,pour tout adoucissement ài ces rigueurs inouïes , obtint des administrateurs du départenteot, ses compatriotes, la permission de s'enfermer avec son utari, et peu de temps après , elle perdit son enfant.

Pour ne plus revenir sur cet épisode honteux , nous ajouterons que Peau, fort de son iunooenoe, repoussa l'amnistie publiée après le 1 3 vendémiaire ; il exigea qu'on lui donnât des juges, et fut acquitté à l'unanimité. La confiance de ses concitoyens ne tarda guère à le faire triompher de ses ennemis, doDt il ne se vengea qu'en leur faisant partager les bienfôits d'une adminislration paternelle. ï)e l'an iv à l'an x, Péan fut successivement commissaire du pouvoir exécutif prés l'administration cantonale de Saint-Aignan , chef de division au ministère de l'intérieur , haut-juré pour le déparlement de Loir-el-Gher , près la haute-cour nationale , enfin, juge-de-paîz du canton de Saint- Aiguan.... Si François-Etienne Péan eût été un terroriste, l'estime publique ne se fût pas trompée tant de fois.

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Cependant la Convention nationaie, après avoir donné an pays la constitutioD dite de l'an m ; après avoir soumis les con»pirateurs de vendénûaire et leur avoir pardonné , la Convention termina sa carrière , et résigna ses pouvoirs. Grégoire , que les partisans de la contre -révolution s'efforçaient de noircir dans l'esprit da ses diocésains, revint à Bloîs; il avait fait rendre le décret du 3 nivôse an iv , sur la liberté des cultes.

La rapidité que nous avons dli imprimer jusqu'ici au récit des feils générauc accomplis dans le Blésois, depuis l'année 1789 , ne nous a pas permis d'aborder , avec quelque détail , la vie politique et relis^ieuse de l'ancien évâque coDstitutioooel ; nous revenons à cette tâcbe destinée , nous Tespérinks , à rétablir bien des vérités altérées.

L'ald>é Grégoire, curé d'Ëiubennesnil eu Lorraine, fut nommé en 4789 député du clergé de cette province aux états-généraux; il siégea au cété gauche de l'Assemblée constituante, et fut un des membres de cette législature les plus inQuents , les fias dévoués à la cause populaire. Le député lorrain pensait que l'heure était venue , non pas seulement d'apporter quelque soulagement précaire aux classes les plus souffrantes de la nation , maé d'aborder une réforme radicale , que des jnaux invét^és rendaient urgente. Grégoire avait la conviction que cette réforme, admettant l'égalité des droits, était la réalisatimi de la loi du Christ, et qu'il appartenait à son devoir de prêtre d'y concourir. Ce fut ce principeéminnuiBent chrétien qu'il s' efforça de faire passer dans l'ame des députés du dergé inférieur , ses ooUègues; et, ayant été amenés à partager sa conviction, ils s'unirent bientét aux députés du tiers-état.

Lorsque les évéchés devinrent vacants , par suite de la coalition des évéques contre le décret sur la oonstitation civile du dergé , le peuple , appelé , comme aux vieux temps de la monarchie, à élire les évéques, nomma simultanément Grégoire aux évêchés du Mans et de Blois. 11 opta en faveur de cette dernière ville, sur les instances de la députation de Loii^«lrCher ,

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et surtout, a dit Grégoire lui-môme dans ses Mémoires, « à la B sollicitation de cet intéressant fieauharnais , qu'une douce sym- 9 pathie m'avait attaché depuis notre première entrevue à Vern sailles , chez le duc de Nivernais. Si la nouvelle de mon arri- B vée dans le diocèse, continue le prélat constHatîonnel , fut un > signal de joie, il faut placer ici des restrictions; les partisans » de H. de Thémines m'envoyèrent une multitude de lettres » anonymes, dictées par la fureur, contre un homme qu'on ne » connaissait que par les dires contradictoires des journaux : » sur quelques-unes , on se promettait avec une sorte de volnplé de me plonger an poignard dans le cœur. »

L'élu du peuple, selon les ennemis de la révolution, était un intrus; on va voir que rien ne justifiait le moins du monde cette injurieuse quali^cation. M. de Thémines n'avait point émigré spontanément; et quoiqu'il se fAt appliqué à combattre la révolution dans le Blésois, ainsi qu'il en est convenu tui-méme, il était cependant décidé primitivement h prêter le serment ordonné par l'Assemblée constituante. Voici un passage consigné dans ses lettres écrites à l'abbé Adam , chanoine de la cathédrale de Blois : lettres qui ont été imprimées. « Le serment s tombe sur la puissance de faire plutôt que sur l'acte; plntAt » sur l'exercice que sur l'autorité , et l'on engage sa soumission B plutdt que son suffrage, surtout dans un temps où l'opinion D est proclamée à si grand bruit la reine de l'Univers, toutes » les puissances de ta terre peuvent juger le fait et le provisoire; » le temps se réserve le fond de toutes les causes. D'après ces » observations, le serment ne doit plus allarmer. 11 ne faut » d'ailleurs jamais perdre de vue que les puissances et les cons- » titutions sont des faits, et les faits sont les règles; la Provi- D dence l'a même voulu ainsi pour le repos du monde. Le ser- D ment est maintenant un devoir civique quand il est requis ; il B est encore, vu la disposition des esprits , une convenance pour « bannir les soupçons et les fantémes d'aristocratie et de coos tre-révolation. »

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H. de Thémines avait étudié Machiavel ; dans le système que nous veaoDS de reproduire , il accédait d'ailleurs au plan adopté par la cour : promettre ouvertement et violer en secret les engagements pris. Hais il dut suivre l'entraînement général de l'épiscopat, et quitter le diocèse qu'il eût fictivement organisé d'après les lois nouvelles, en attendant que le temps eût jugé au fimd le grand procès agité entre l'ancien régime et la révolution.

Henri Grégoire n'arriva donc pas au siège de Blois par intrusion , puisque son prédécesseur , un pea malgré^ lui il est vrai , en était descendu; et i'évéque constitutionnel n'avait en rien abjuré les principes fondamentaux de la foi ; en voici une nouvelle preuve. Lorsque les droits de l'homme avaient été décrétés , Grégoire s'était écrié : « L'homme n'a pas été jeté par le D hasard sur le coin de terre qu'il occupe ; et s'il a des droits , n il faut parler de celui dont il les tient, s Puis l'orateur chrétien proposa de placer le nom du Créateur au frontispice de la déclaration à intervenir. Non moins moral que religieux , Grégoire avait aussi demandé qu'en consacrant les droits des citoyens, on statuAt sur leurs devoirs : « Établir seulement des droits , » avait-il dit pour appuyer sa proposition , c'est exposer la so- B ciété â voir l'égoïsme, au nom du droit individuel, entraver » tous les progrès de la grande raison , la raison publique, n Cette seconde motion ne fut pas prise en considération : à l'aurore de la révolution, on croyait au patriotisme héroïque et à son infeillibilité.

De tels précédents à une autre époque eussent rallié tous les fidèles autour du nouvel évéque; mais les passions politiques ne reconnaissent les vertus que dans ce qui sympathise avec leur effervescence. Loin de tenir compte à Grégoire de ses manifestations vraiment évangéiiques, le parti contre-révolutionnaire s'attacha à le noircir dans l'esprit' de ses nouveaux diocésains. Avant le départ de M. de Thémines , on prêta , par exemple , à son successeur, l'affreux projet de le faire enlever. On assure même que cette trame odieuse avait [été ourdie par deux hom-

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mes dont nous taisons les noms, afin qu'elle fût attribuée au prélat coDstitutioonel ; tieureusemeut cet attentat n'eut pas d'exécution.

Si quelques habitants de Blois purent ajouter foi à cette calomnie, ils durent assurément être désabusés lorsque, dans son premier sermon , Grégoire prît , avec autant de chaleur que d'éloquence , la défense de eod prédécesseur, et reprocha doucement aux B^sois de n'avoir pas secondé le projet de H. de Tbémines,lorsqu'd voulait consacrer dix raille livres à l'élablisment d'une filature à filais. Puis, de cette tnéme traire où il s'était fait le panégyriste de son devancier , il laissa tomber avee une douce onction ces paroles : « J'apprends, mes chers frères, » qu'un nouveau libelle vient de paraître à Paris contre moi •; » j'en ai fait venir des exemplaires pour être distribués aux cuti rieux à l'issue dé l'ofQce. » Certaines personnes s'étant hasardées à demander à i'évéché quelques exemplaires de ce fectum , on leur donna tout. Le prélat avait at^ en habile appréciateur du cœur bumain : l'indignation produite par la lecture de celte diatribe fut telle que, le soir même, on en fit unautoda^fé devant l'hàtel-de-ville.

Tel fut le début de l'évèque Grégoire dans le département de Loir-et-Cher ; on ne tarda pas à lui tenir compte presque géaéralement d'une conduite sage et paternelle , sans s'arrêter k ses opinions patriotiques quelquefois exaltées. Les citoyens approuvèrent même l'énergie du prélat, au milieu d'une population qu'influençait encore, de temps à autre , le parti aristocratique; ils appelèrent Grégoire à la présidence du conseil général du département.... Après le iO août 4792, ce fut le prélat administrateur qui , sur l'injonction de l'Assemblée législative , ht proclamer à Étuis la suspension des fonctions royales.. . faut ajouter que Gr^ire s'abusait lorsqu'il so persuada que iout (itt éleclrisé par cette proclamation : noua aurons bientôt

> H. Grégoire dénoncé à ta «aiien , in-S.° de Si pages.

1 de prouver que Je parti royalisfe , iatimidé alors , était loin d'être converti dans le Blésois. Peu de temps après les électeurs de Vendôme envpyérent l'évéque de Blois à la Convention nationale.

On peut hardiment avancer, qu'à part ses motions excentriques sur la liberté des Noirs , utopie géuéreuse dont il n'avait pas pris le temps de prévoir toutes les conséquences, la carrière de Orégoire sur les bancs législafifc fut essentiellement conservatrice. Une erreur , accréditée parla malveillance , s'est propagée et subsiste encore quant au vote de ce député dans le procès de touis XVI; il est authentique qu'il ne se prononça point pour la mort. Voici l'exposé des faits : Grégoire avait demandé la mise en jugement du roi; mais il était si loin de vouloir opiner pour une condamnation capitale, qu'il proposa en même temps l'abolition de la peine de mort , afin qu'elle ne pût être prononcée contre le monarque. Durant le procès , Grégoire se trouvait en mission à Chambéry, avec les représentanls Hérault de Séchelles , Simon et Jagot , pour la réunion de la Savoie. Ces trois députés avaient rédigé un projet de lettre à l'Assemblée , contenant leur vole Us se prononçaient pour ta condamnation àmort. Grégoire refusa designer la lettre, déclarant que ni sa qualité de prêtre , ni son opinion sur la peine capitale , ne lui permettaient d'apposer sa signature à cet écrit à moins que lés deux derniers mots n'en fussent eflacés. Après une assez vive discussion, ses collègues y consentirent et la dépêche fut ainsi rédigée :

B Cbunbéry, 30janiier]793.

» Nous apprenons , par tes papiers publics , que la Convention » doit prononcer demain sur Louis Capet. Privés de prendre » part è vos délibérations; mais instruits par une lecture réflé- » chie des pièces imprimées, et parla connaissance que chacun » de nous avait acquise , depuis long-temps , des trahisons non » interrompues de ce roi parjure, nous croyons que c'est uû

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B devoir pour tous les députés d'annoncer leur opinion publi- » quement , et que ce serait une lâcheté de profiter de notre V étoignemeat pour nous soustraire à cette obligation.

> Nous déclarons donc que notre vœu est pour la condam- 1 nation de Louis Capet par la Convention nationale , sans appel » au peuple. Nous proférons ce vibu dans la plus intime coa- » viction, à cette distance des agitations oit la vérité se montre » sans mélange , et dans le voisinage du tyran piémontais *.

• Signé: Hakâolt, Jagot, Suok, GkCooire. i

Non-seulement le vote de ces quatre représentants ne pouvait être compté pour la peine capitale ; mais le jugement ayant été prononcé le 20 , date que porte la lettre partie de Chambéry , il était impossible qu'elle parvint à temps pour que les députés en mission à Chambéry fussent compris au nombre des votants. Aussi furent-ils dénoncés aux Jacobins comme ayant mal rempli leur devoir de citoyens. D'après des lémoigaages irrécusables, les listes sur lesquelles Grégoire et ses collègues sont portés comme r^ict(/e£ ont donc été évidemment falsifiées, et ces quatre représentants ne sont pas les seuls qu'on y ait inscrits frauduleusement. Les ennemis particuliers de Grégoire poussèrent l'esprit de vengeance et de pei-fidle jusqu'à imprimer la lettre rapportée ci-dessus , en rélablissaat , après le mot condamnati(m , les deux mots à mort. C'est le souvenir de ces infamies qui ût dire à l'ancien évëque de Blois , durant sa leote agonie : o Une circonstance de ma vie a été odieusement déna- » turée ; je n'ai jamais voté la mort de personne, n

Lorsqu'après la clôture des travaux de la Convention nationale, Grégoire revint occuper son siège, l'injustice d'une partie de ses diocésains, insensibleà l'utilité des grandes institutions dont il avait été le fondateur, ne parut se souvenir que des ca-

* Cette lettre cilite aux arcliiTes àa rojanme>

ET DE SON TERBITOrRE. 3i3

lomnies accumulées sur la conduite de ce prélat. Qu'importaient aux ennemis de la révolution le rétablissement des anciennes académies sous le nom à'ÎTistitut national ; la création du Conservatoire des arts et métiers et celle du Bureau des longitudes; que leur faisaient la conservation des livres recueillis dans les bibliothèques religieuses et des monuments publics, la protection réclamée en faveur des savants , des gens de lettres , des artistes : c'était sur des ruines que la contre- révolution pouvait se fonder; toute innovation nationale devait être antipathique à , ses partisans.

Grégoire, de retour h Blois, ne parut pas apercevoir les inimitiés qui l'entouraient; il ne s'expliqua point sur les proscriptions de Laurençot : il voulait , disait-il , dépouiller en lui l'homme politique , et ne reproduire dans son diocèse que le prélat. Mais la confiance des électeurs le fit plus tard renoncer à cette détermination , en l'envoyant au Conseil des Cinq-Cents. L'évêque de Blois n'ayant guère eu de biographe que parmi ses ennemis , on ignore presque généralement sa noble conduite à l'époque où, le plaçant sous le glaive de la terreur, on lui demanda d'abjurer sa qualité de prêtre, v Ma croyance religieuse, B répondit alors le lévite républicain , est hors de votre do- » maine : catholique par conviction et par sentiment, prêtre » par choix , j'ai été désigné par le peuple pour être évéque ; a mais ce n'est ni de vous ni de lui que je tiens ma mission. » Agissant d'après ces principes sacrés qui me sont cbers , et » que je vous défie de me ravir J'ai tâché de faire du bien dans 9 mon diocèse ; je reste évéque pour en faire encore. »

Peu de jours après cette déclaration empreinte d'héroïsme, et qui pouvait renouveler le martyre des premiers chrétiens, trois envoyés de la Convention se présentèrent chez Grégoire pour lui démontrer la nécessité d'une abjuration qui , dans sa bouche , disaient-ils , porterait un coup mortel au papisme. Sollicitations, promesses, menaces, tout fut employé vainement, a Eh bienl s'écria l'un des envoyés avec l'accent de la

314 HISTOIRB DE 1LW3.

B fureur : tu \iens d« monter deux degrés de i'écfasfaud ; ta V monteras le dernier. — Je suis prêt , répliqua Grégoire da > baul de sa foi ioébranlable ; car vous pouvez en être assurés, j> je De démentirai jamais ma croyance, n

Voilà ce qui s'était passé eu novembre 1793, et t^ étaient les principes avec lesquels Grégoire reparaissait à Blob enTan ir. 11 adressa à ses diocésains une lettre pastonle, dans laquelle, après avoir déploré les borreni's de la persécntion , quelque bannière qu'elle eût arborée, il recommandait f oubli et la charité envers ceux qui s'en étaient rendus coupables.

Grégoire, au commencement de l'an v de la répiJilique , fot , dans le d^rtement de Loir-et-Cber , le véritablie restaurateur du culte catholique, auquel il s'était montré fidèle sur la dernière narcfae de l'éehafaud. Nous demandons a/ax juges impartiaux si cette conduite n'était pas empreinte d'une morale plus essentiel lemrait chrétienne que celte du clei^éqoi, pour ne pas se conformer aux lois de l'état, avait déserté l'autel, et grossi de ses ressentimenla l'inimitié étrangère. L'évéqne de Hoi», dans une tournée pastorale qui dura pUisieurs semaines , parcourut les principales communes du département, et partout sa présence était constatée par une déclarati<xi conforme à celle ci-après, que nous esiprunlons d'une histoire encore manuscrite •. a Anjourd'hoi 4 ." bmmaire an v de la répuWiqiie , s'est ■» préscffité devant l'administration municipale , te citoyen Henri » Grégoire, lequel, en vertu de la loi du 3 nivôse et autres » sobséipieDtes, a déclaré avoir l'intentioD de célébrer le culte M catholique dans l'enceinta à ce destinée , ainsi que dans tout le

* lUnotr* ée la tttk dt Saim-Aigtien , par J»n-Jac(;ues Dclonne. C«t onnage , qm aB«s cmyoïa uim presse , «st un tableau atusl Odtlc qne coou^ackux, q l'an irouve l'eipmd d'une nultLlude de redevaaees féMlales propres 1

prouver copibfen , selon te bon plaisir dei seigneurs, l'arbitraire poBïaits'étendrc el se singulariser. La période rëvolutlonnatre , dans le livre que nous annonçons, est tracée avec une h-anctilse et une sincérité de détalTs bien rare». On y remarque des eagalwei loivaUiuInAM et plebu dermclmir.

ET BE SON TEItRITOlHE. 315

V canton ; protestant de sa soamission aux lois de la républiqae, » et reconneisBsiit que l'universalité du peuple constitue le B souverain. »

Tandis que ceci se passait, le gouvemeineat directorial, fondé par la conslitutkMi de l'an m , tenait les rêae^ de l'état avec une telle mollesse , que , dsDS plusieurs parties de la France, les factions s'agitaient avec sécurité. Le Blésois, il Eaui, bies le dire, était derenu le centre d'une fermentatJoQ royaliste, qui justifiait un boD nombre d'arrestations faites durant la terreur. Nous pourrions citer quelques noms à l'appui de cette assertion ; mais l'histoire qui, de son burin , remue des cendres encore brûlantes, doit envelopper la vérité du manteau des convenances , surtout en se rappelant que les eonvictions , en matière politique, atténuent les délits. Nous nous boroons à noter que , dans les i^emiers mots de l'an v , deux sections de ta ville de Blois firent des démonstrations royalistes, sous la direction d'un des suspects de 1794 : la terreur ne ealomni»tt diMic pas toujours. Vers ce même temps , un club secret , corres* pondant de celui de Clichy , se réunissait daiis une bôtelierie de Blois, tenue parle nommé Berruer, homme sans portée, que son intérêt matériel votiait su parti royaliste. Les bandes formant la chotiaDoerie avaient des intelligences avec ce cénacle , et comptaient même des chefs dans s<mi sein. Hais soit que le courage manquât à ces eoDspirateurs mystérieux, soit qu'ils ne sussent pas oser, ils ne purent donner la main à des révoltés qui venaient d'organi^r dans le Berry une petite 'Vendée, Il faut ajouter pourtant que si l'administra tûm départementale déploya , à cette occisioD , quelque énergie , malheureusement passive, l'incurie d'un général qui commandait à Blois laissait un libre champ au progrès de la révolte. Ihi reste , la chouannerie était devenue, dans le Blésois, une manifestation de ton, plul6t qu'un parti pris de se joindre aux bandes royalistes. Nous évitons de nommer quelques prétendus défenseurs de l'autel et du trAne , qui ne combattirent les bleus cpie par une mousque-

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terie de gasconnades. et donl les seuls exploits consislèreot alors à danser à des bals donnés en l'honneur de la lé^itimilé.

Cependant, au moment où la conspiration dite des collelsnoirs . s'organisait dans la capitale , le commissaire du pouvoir exécutif près la commune de Blois écrivait, dans une lettre que nous avons eue sous les yeux : a On voit ici beaucoup de figures étran- » gères, et nos cbonans émigrent vers Paris.... Cela ne sent n rien de bon. » A cette époque, le département de Loip«l-Gher fournissait son contingent à cette conjuration formidable que le débile Directoire laissait former sous ses yeux , et dont le conseil des Cinq-Cents liri-même renfermait la tête ( Piehegru) et le bras dirigeant (Wilot). Vaincus au 18 fructidor, les conjurés ne se crurent pas battus définitivement : ils avaient raison , la corruption régnait encore au Luxembourg, et il y avait chance d'acquérir la trahison : on sait pertinemment aujourd'hui qu'il n'y eut dissidence que sur le taux du marché. La jeunesse dorée du Blésois baissa la tresse , coupa les oreilles de chien, supprima le collet noir qui caractérisaient l'uniforme clichien , et revint aux bords de la Loire attendre une nouveUe occasion de 9er\"ir le roi.

Cette cause parut plus difGcile à défendre, lorsque le vainqueur li'Arcole et des Pyramides fit marcher devant lui les faisceaux consulaires. Sous la Convention, on pouvait noyer la révolution dans le sang même de ses victimes ; sous le Directoire , un peu plus d'or eût racheté le royaume de France aux usufruitiers de la république ; sous le Consulat , il fallait vaincre deux puissances jusqu'alors victorieuses dans le même homme : la fortune et le génie. On l'espéra en élevant une bannière blanche sur laquelle on lisait ce mot de légitimité que la génération du temps ne comprenait plus.

A cette époque, on vit s'établir dansie Blésois l'influence d'un homme supérieur que nous nous sommes rigoureusement interdit de nommer , parce que nous devrions , en historien consciencieux , environner son nom de quelque blâme. Ce person-

nage, éminent dans la carrière des lettres , pouvait , nous devons en convenir, s'insurger contre la révolution sous l'empire d'un juste et profond ressentiment : la hache révolutionnaire avait frappé l'auteur de ses jours , et la voix de l'équité politique est faible h l'oreille du fils qui cherche à venger son père. Il y eut donc a la lin du dernier siècle un habitant du Blésois dont la haute intelligence dirigeante se signala , sinon en tête des bandes royalistes, du moins dans les conseils secrets que tenaient leurs chefs. Le personnage sur lequel nous étendons le voile de l'anonyme, était un appréciateur trop éclairé des hommes et des choses, pour croire que le premier consul Napoléon se fût fait le continuateur de la révolatiou avec ses institutions républicaines; mais il pensait sans doute qu'il était digne d'une vaste capacité d'arrêter, s'il y avait lieu, au profit de la légitimité, l'essor de la plus grande fortune des temps modernes. Des considérations d'un ordre élevé nous font une loi de laisser dans le nuage les détails, très circonstanciés, parvenus à notre connaissance sur l'enlèvement du sénateur Clément de Ris, sous le Consulat ; c'est un épisode peu honorable de cette guerre de partisans appelé'e la chouannerie ; guerre qu'il faut bien se garder de comparer à celle des Vendéens en 1793, de peur d'insulter ceux-ci d'un parallèle. Notre réserve est, d'une convenance dictée ici par les égards que nous devons à un vieillard honorable, dont Napoléon lui-même respecta les convictions, en se bornant à te faire surveiller dans sa retraite. 11 y recul plus tard madame de Staël , qui venait d'être obligée de quitter le château de Cbaumont, oti elle avait séjourné quelque temps, après une prise de possession étrange dont nous parlerons ailleurs.

La période napoléonienne fut, pour le département de Loiret-Cher, comme pour toutes les provinces de la France, une époque de soumission , née de l'estrôme lassitude que laissaient après eux les troubles civils, puis animée par l'enthousiasme et le sentiment de cette gloire éclatante, qui couvrit de ses palmes

tontes les plaies du pays. Une adm joistratioit puissante , une législation régulièremeot organisée , une protection incessante accordée à toute actinie généreuse, compensaient les immenses sacrifices au prix desquels se perpétuait uu gouvernement fort, et soigneux de Taire respecter notre patrie , même des eooemis armés contre elle. La mollesse habituelle des Blésois, gaivaoisée , si l'on peut s'exprimer ainsi, durant quelques années , par l'esprit de parti, se rendormit sur le lit de lauriers que lui faisaùt partager Napoléon. Reprenons quelques événements à l'origine du Consulat.

La ville deBlois, ayant été reconnue comme chef-lieu de préfecture , M. Beyts , ancien député un moment proscrit au 1 8 brumaire , prit les rênes de l'administration départem^itate , et fit proclamer la constitution de l'an ïut. Mais la gestion de ce préfet fut courte , car nous voyons qu'au mois de juillet 1 600 , M. Corbigny entrait en fonctions. Les royalistes du département , ayant jeté un coup-d'œil rétrograde sur la carrière politique de cet ad ministrateur, prétendirent y avoir découvert des intelligM>ces avec le farouche Carrier. Quoi qu'il en soit, M, Corbigny ne tarda pas à se faire apprécier sous un point de vue qui détruisit les préventions que la malveillanoe avait élevées contre lui; jamais le département ne fut administré avec plus de sagesse et de sollicitude que sous son édilat.

Cet administrateur était installédejMus environ un an, lorsque le siège épiscopai de Mois fut supprimé par le concordat de 1801, et son ressort réuni à l'évêciié d'Orléans. Hais Grégoire, en cessant d'administré son troupeau de fidèles , n'abjura point sa qualité d'évâque, et rien dans la suite ne l'y fit renoncer. Encore un mot sur ce personnage. Personne ne travailla plus activement que lui au rétablissement de la religion en France; il fut l'un des principaux moteiirs de plusieurs conciles nationaux et d'environ quatre-vingts synodes qui se tinrent de 1796 à 1804 ; e4 nous voyons qu'à l'époque du concordat , plus de trente mille

églises avaient été roavertes en France*. Il est donc inexact de dire que le pacte condii entre Bonaparte jet ie Saint-Siège rétablit le cuite parmi nous; seulement il en consacra reïcreice. Ce fut véritablement grâce aux soins et bus efforts souvent dangereui deGr^ire, que le décadi ne mant/ea piinl le dimanche, malgré te pi^iotion d'an républicain exaltéj membre du Conseil des Cinq-Cents, purs du Corps léi^islatif, pais sénateur, Grégoire signa toujours ancien évéque de Blois ; comte de l'empire, il ne se prévalut jamais de ce titre, et futjusqu'à son heure suprême fidèle à deui sentiments : la fai catholique et la conviction républicaine.

Un autre député de Loir-eMilher avait acquis , à l'époque où cette histoire est parvenue , des droits h l'estime , nous dirons plus à l'admiration ; et ses compatriotes insoucieux ne lui accordèrent qu'avec parciroonie la première , parce qoe les vertus de ce républicain des temps antiques étaient du nombre de celles qu'on nomme négatives , c'est-à-dire sans faste , sans éclat. L'annaliste du Blésois doit s'imposer une tâche de réparation en souvenir du représentant Pr^'ne ; ce fut un homme fort contre les séductions de la fortune , et qui sut rechercher la glotre dans une incorruptible loyauté. La postérité, venue pour ce mandataire du peuple , recneiltera , nous l'espérons , son éloge aous notre plume , au défaut de ceux qui ne songèrent qu'à recaeillîr son héritage de domaines ; il serait trop affligeant qu'une vie pleine de tout ce que le patriotisme comporte de généreuse poésie , se fût éteinte toot entière ; car l'action même qui la termina fut empreinte d'un héroïque désespoir. Sans Frécine , la mort de Caton n'eut pas eu peut-être de parallèle dans la révolution française.

■ Frécine était, en 1 789, bailli de Montrichard ; a Pourvu des qua- » lités que nous venons de signaler , est-il dit dans le seul article B biographique qui ait été rédigé sur lui , il ne devait considérer

fSO HISTOIBE DE BLOIS

I la révolation que dans ce qu'elle présentait de principes gé- » néreux; peut-être pouvaiuil, en quelque sorte à l'insu de t son ame , en suivre les égarements , jamais il n'en partagea ni » les crimes ni les intrigues.... A celte vérité absolue, nous a n'admettons pas même pour exception sou vote dans le procès I) de Louis XVI : la condamnation à mort de ce monarque fut un » acte éternellement regrettable ; maïs le temps n'est pas venu s de décider si ce fut un attentat ou une terrible nécessité,... Âttristons-nous eu songeant à cette grande catastrophe, et » laissons à nos arrières-neveux la tâche de la juger.

ï Membre de l'Assemblée législative et de la Convention , Fré- » cioe manifesta un patriotisme ardent dans le sein de ces deux B législatures : il ne pouvait en être autrement d'un homme qui » ne voyait que le beau cêté de notre régénération sociale; et » s'il appuya des mesures illégales ou extrêmes, c'est qu'elles » étaient assez habilement masquées d'opportunité normale , » pour ne laisser apercevoir que les besoins du pays.

u Lorsque l'armée française, commandée par Pichegru, eut » conquis la Hollande, Frécine, représentant du peuple en mi&- » sioD dans cette république, encore si opulente. Et admirer » de tous sa probité incorruptible. Il habitait le palais du sta- » thouder , dormait sur ses trésors , vivait au milieu des inesti- » mables collections d'objets précieux , de chefs-d'œuvre des » arts , que la maison d'Orange avait réunis ; et pas un seul » ducat , pas un seul tableau ne le tenta ; il n'accorda pas un ■» grain d'or à la convoitise des hommes cupides qui l'environ- » naient. Frécine, ordinairement si débonnaire, se fut montré sévère jusqu'à la cruauté , si le brigandage eût essayé de lui forcer la main : il avait annoncé qu'il ferait fusiller le premier » des militaires ou des administrateurs qui oserait porter une » main illicite sur la moindre parcelle de propriété batave.... » A la clêture de l'Assemblée conventionnelle , Frécine fut nom- » mé commissaire général pour la fabrication des salpêtres, puis » receveur général du département de l'Yonne. Après le 18 bru-

» maire, ce républicain rranc, sincère et désintéressé, classé n parmi les incorrigibles qui rompaient en visière au premier j> consul, laissa réfugier sa vie politique dans Jes plus que mo- » destes fonctions de sous-inspecteur des forêts a la résidence » de Hontrichard , sa ville natale. 11 aimait trop la simplicité n pour regretter les splendeurs au milieu desquelles il avait » vécu sans en être épris; mais le patriote aux opinions radiu cales s'abandonna an plus profond découragement , lorsqu'il j) vit le grajid peuple eOeuiller sa couronne civique, et ciseler » un diadâme d'or pour Napoléon.... Ua jour on entendit, au «I pied de la riante colline de Bourré , la détonation d'une arme >i à feu... C'était Frécioe qui venait de récuser l'asservissement » de la patrie... La France avait un maître * »

Le â9 Ooréal an m, M. Corbigny réunit les autorités de la ville de Biois , pour délibérer sur le mode d'adhésion à adopter relativement à la fondation de l'empire français et à l'hérédité dans la famille de Napoléon Bonaparte, a Âbandonnons-nous , » dit le préfet dans cette réunion solennelle, à l'heureuse étoile » qui nous a guidés depuis cinq ans ; et glorieux d'être les témoins de l'une des grandes époques historiques qui frappent a si rarement les yeux des hommes ; heureux d'être l'objet de » celle-ci , votons avec sécurité la création , la durée et la gloire a de la république, dans la personne de Napoléon Bonaparte et

H. Corbigny savait assurément trop bien l'histoire, pour ne pas comprendre combien le mot république jurait inscrit sur un trâne impérial, et en présence des institutions monarchiques dont on l'entoura. Mais il sut réprimer ses réflexions , et ât partir pour Paris une députalion de six membres , qui porta à l'empereur levœw unanime du département :..., vœu unanime des citoyens qui avaient signé au registre d'adhésion.

L'année suivante , et a la suite des pressantes sollicitations

* La Lviri Mumiqut, tome 111 , page A7&.

32S HISTOIBE DE BtOIB

du préfet et de l'autorité municipale , on restaura le port de BIms, dont une arcbe avait été démolie, comme nous l'avons dit en son lieu : l'ingénieur Rance , homme de talent, né à M«ntrichard, dirigea cette reslarfration avec habileté. Le IraTail moderne ne diffère en rien de la construction primitive,

La ville de Blois dut à M. Corbigny un grand nombre d'à méliora lions dont le détail excéderait nos limites ; nous âgnalerons toutefois les principales dans la partie de cette histoire où nous tracerons un précis rapide du Blésois monumental.

Nous ignorons si en effet M. Gorbigny fut compté avec justice parmi les Montagnards de 1793; mais, nous le répétons, son édilat n'offrit aucnne trace de l'exaltation républicaine qui loi avait été reprochée h son arrivée dans le département. H servit l'empereur en fonctionnaire dévoué, et mérita dignement le titre de baron, qui lui fut décerné dans le cours de f^a carrière administrative. Nous devons ajouter que le zèle dont M. Corbigny clonna constamment des preiives au gouvernement impérial, s'allia toujours avec ce qu'il devait de soins à ses administrés : en un mot, ses fonctions offrirent une scrupuleuse pondération de devoirs et de sollicitude. La conscription même, oe terrible impôt de sang qui fit payer trop cher à la France les lauriers qu'elle moissonna sur tous les champs de l'Europe , la conscription avait revêtu, sous la main du préfet Gorbigny, des formes peu sévères : il ne sévissait qu'à la dernière extrémité contre les réfractaîres. Prodigue de circalaires adressées aux autorités communales, il se montrait, autant qu'il le pouvait, économe du recours à la gendarmerie , et s'efforçait surtout d'épargner ces invasions de gamisaire , qui rendaient les familles , quelquefois les communes entières , responsables d'un délit dont les conscrits étaient seuls coupables.

Dansuneautre partie de ses ohîîgalions, non moins importante que le recrutement des armées, M. Gorbigny sut allier l'urbanité du fonctionnaire avec le devMr du ddégoé fidèle. Lesaffeo

ET VE SON TERRlrOlSE. 333

lions , disons plus , les espérances anté- révolutionna ires subsistaient chez certains habitants du département, et s'y affranchissaient parfois des règles de la prudence. L'austère Fouché et l'actif Real enlaçaient avec inflesibilité la responsabilité des préfets du centre de l'empire, touchant ces insoumissions qui , n'osant devenir hostiles, ne laissaient pas d'être remukntes. Or, le préfet de Loir-et-Cher fut assez habile , ou si l'on veut assez heureux , pour maintenir dans l'enoeinte des châteaux ce frémissement de royalisme , qui no fut qu'incommode tant qu'il y eut danger à le r^dre redoutable. M, Corbigny, chargé d'adresser des brevets de sous-lieutenants a quelques jeunes ^ens nobles du Biésois, sut environner cette intimation militaire d'une politesse si exquise , que ces gentilshommes , engagés , un peu malgré eux , sous les aigles glorieux de Napoléon , finirent par voir une faveur dans une mesure qui n'était qu'une précaution,

M. Corbigny avait entrepris d'améliorer la situation physique et même la physionomie du chef-lieu de préfecture : téche difficile assurément; car parmi les villes où le moyen-àge semble s'être attardé, sans avoir conservé sa parure pittoresque d'édifices particuliers, Blois peut être cité en première ligne.

Les ressources et le temps manquèrent à T administrateur dont nous retraçons à grawJs traits la gestion , pour accomplir les projets qu'il avait conçus ou approuvés, Atl«int d'une maladie grave et qui fit de rapides progrès , M. le baron de Corbigny mourut le 29 avril 1S44 , et fut vivement regretté de ses administrés en général , qui avaient apprécié sa gesticn douce et sonvent paternelle. Ce fonetionnaire laissa même des regrets aux ennemis du régime impérial , parce qu'ils craignirent que sOTi suooesseur ne continnAt pas le système de modération qu'il avait adopté.

Sous ce rapport , œtte minorité d'administrés se trompait : M, le oomt« Christtani de Ravaxan , qui remplaça M. Corbigny, ne se montra pas plus sévère que lui. Administrateur dont le

334 HISTOIBE DE BLOtS

zèle méthodique se renferinait scrupuleusement dans la sphère de ses devoirs , il se garantit avec habileté du blâme , mais ne fit rien qui décelât la recherche de l'éloge. U est vrai que sou prédécesseur lui laissait tout ce que l'admiDistralion impériale eut de soins ardus à s'imposer ; au comte de Ravazan échurent les dispositions extra- légales qui devancèrent d'une et même de deux années les appels de la dévorante conscription; il lui fallut se faire quasi-poète pour persuader à une jeunesse , à grands frais libérée, qu'il y aurait pour elle honte indélébile à ne pas revêtir, encore à grands frais, le harnais des gardes d'honneur; et lorsque ces générations escomptées au profit de la guerre , ou ces soldats inscrits impérieusement sous les bannières de l'honneur, tombaient, gr^lo humaine, sur les champs de bataille, M. Chrisliani avait chaque jour la triste mission d'annoncer aux familles qu'elles avaient payé du sang de leurs enfants, cette gloire qui , depuis long-temps déjà , avait été abjurée par nos mobilités françaises.

Cependant plus l'étoile de Napoléon pâlissait , plus le parti royaliste devenait remuant : lorsque les conciliabules de Plessisles-Tours s'ouvrirent, dit-on , sous la direction de M. le duc de Duras, la noblesse blésoise y eut ses représentants.

Telle était la situation du département de Loir-et-Cher, lorsque Napoléon , trahi à l'intérieur , accablé sur les champs de bataille par une coahlion qui comptait des millions de soldats, sentit échapper de ses mains ces palmes que vingt ans de victoires y avaient maintenues. A cette heure suprême d'une fortune immense, Blûis vit se renouveler l'agonie d'une monarchie : 4811 y offrit le parallèle de 1S89 ; là où ladynastie des Valois avait expiré, tachée du sang versé par le meurtre, la race napoléonienne tomba glorieusement sur son glaive brisé dans les combats. On va voir , en eflfet , qu'à Blois s'écroula réellement le tréne de l'empereur; car dans cette ville encore, la couronne impériale pouvait être sauvée. Voici , nous le déclarons , l'épisode le plus imposant de l'histoire du Blésois : nous laissons à d'autt^s le

soin d'exalter les exploits des aDciens comtes : aux historiens adorateurs de la féodalité le fourmillement de ses pygmées ; il faut s'armer d'un ])risme bien grossissant pour prétendre nous les faire admirer , après ce que nous avons vu depuis cinquante ans.

Le 29 mars 1814, au matin, le canon se faisait entendre depuis l'avant-veille à Paris : les détonations , de plus en plus rapprochées , faisaient maintenant vibrer les vitres de ta capitale. On ne pouvait se le dissimuler, l'ennemi n'était plus qu'à une petite distance ; et du pavillon principal des Tuileries , on apercevait , au rayonnement de ses baïonnettes, le demi-cercle de légions étrangères qui s'avançait dans la plaine de Saint-Denis. L'ordre de l'empereur était impérieux : à cette extrémité , l'impératrice , le roi de Kome et la cour devaient quitter le palais impérial, et se diriger sur Blois, où le siège du gouvernement serait établi. Nous ne reproduirons pas ici le récit de la résistance énergique que l'impératrice Marie-Louise opposa à cet ordre de départ : résistance que seconda, dans sa ténacité enfantine , le jeune Napoléon , en se cramponnant , dit-on , aux portes de l'appartement. Marie-Louise était régente : mieux inspirée encore des traditions de son afeule Marie-Thérèse , elle eût persisté dans sa désobéissance , se fût réfugiée au milieu du corps municipal , et le lendemain la coalition reconnaissait Napoléon 11. Car c'est une vérité aujourd'hui bien démontrée, qu'alors encore les princes de la maison de Bourbon n'étaient, pour les souverains alliés , que des voyageurs à la suite de leurs armées. Tous ceux qui ont écrit le contraire se sont pris à fabriquer des précédents, sur l'autorité des événements accomplis. Mais la fille de François II cédaî on partit.

Le cortège , qui se dirigea sur Blois par la Beauce , se composait de l'impératrice, du roi de Rome , de l'archichancelier Cambacérès, du conseil de régence , et d'un assez grand nombre d'officiers et do dames attachés à la cour impériale. Les rois Joseph , Louis et Jérôme , suivirent de près l'impératrice ; dans

dZD mSTOlBE DE BLOdS

la même journée, Ie& ministres quHtèrenl Paris , ainsi que ploaeurs hauts fonctionnaires. Le soir, on s'arrêta à Rambouillet ; le 30 à Chartres , le 31 à Châteaudun , et le r« avril à Vendâme. U. le comte Chriatiani s'était avancé jusqu'à la limite du département, pour recevoir l'impératrice; mais avant qu'il l'eùl jointe , un courrier iui remit l'ordre de retourner à Blois , afin d'opérer son déménagement et de préparer à la préfecture le logement de Marie-Louise el, de son tils. Le préfet rétrograda pour se conformer à cet ordre, et répartir les digmtaires qui suivaient la cour , chea les principaux habitants die la ville.

La route inachevée de Vendôme à Blois rendit le voyage de la cour si lent , que le comte de Ravazan put tout disposer pour la réception del'impératriceavant son arrivée, Marie-Louise &t son enlréeà Blois le 2 avril au soir. C'était un spectacle étrange que ce convoi oii l'on ne comptait pas moins de quarante voilures et plus de deux cents chevaux... Les magoiAques earosses de la cour , même celui du sacre , crottés jt^qa'à l'impériale ; les harnais tissus d'or et souillés de boue; les habits brodés des chambellans couverts d'ignobles éclaboussures; enfin, tout le désordre d'une déroute, tranchant sur la sfdendeur souveraine attristait lame par le sentiment du désastre que cet aspect révélait... Une heure auparavant, on jouissait encore à Blois d'une entière sécurité; le tourbillon qui disait irruption dans cette ville initia ses habitants aux malheurs du pays , qui ne leur fut que trop confirmé en voyant le visage hâle et les honorables blessures des soldats , au nombre d'environ dis-4iuit ceats hommes , qui formaient l'escorte de l'impératrice.

Pouf achever cette bigarrure affligeante , la garde nationale qui , le préfet et les autorités locales en tête , s'était portée audevant de sa majesté à une lieue de la ville , mêlait, en y rentrant, le désordre de son inexpérience au déplorable état des illustres voyageurs après une journée pluvieuse. Marie-Louise, ayant dans sa voiture le roi de Rome , traversa Blois au milieu d'une foule immense et silencieuse : pas un cri ne s'en éleva.

ET DE Stm TEICRITOIBE. 3S7

L'épouse de Napoléon commençail h subir VtBitt de sa utanvaise forLane. Ce fui au. milieu de ce morne coftége que la fille des Césars parvint à l'hôtd de la préfecture (l'ëvécliéj; tandis qu'elle s'y établissait des ministres, des hommes d'état, peu rassurés par une distance de qoarante-cinq lieues qui les séparait des troupes ennemies, continuèrent de fuir jusqu'à Tours; d'autres poussèrent jusqu'en Bretagne : entre autres H. Bigot de Préameneu , minisire des cultes , et le général Pommereal , directeur général de la liluratrie. Quelques fonctionnaires , moins timides, ou plus disposés à se tourner vers un soleil levant quelconque , même russe ou autrictiien , ne dépassèrent pas Orléans. Quant BU prince Maurice Talleyrand de Périgord, s il swlit de Paris par une barri^e , ce fut pour y rentrer par une autre : le plus mobile des hommes d'état modernes formulait déjà, peuttétre , dans sa pensée , un nouveau serment de fidélité.

On laissa ignorer plusieurs jours à la régente ce qui s'était passé à Paris depuis le 30 mars ; les arrêtés du gouvernement provisoire, les décrets du sénat lui étaient inconnus; an ëloignait d'elle tous les journaux ; od ne lad parla pas nne seule fms des Bourbons. Le 6 au soir, cette princesse ne prévoyait pas encore d'autres malheurs que la nécessité où se trouverait Napoléon de conclure la paix à des conditions désavantageuses. Elle était loin d'ailleurs de penser que l'empereur d'Autriche, son père , pût songer à détrôner le mari do sa fille. Le 7 au matin , toute la vérité fut dévoilée à l'impératrice. Madame D****, l'une des daines du palais , partie de Paris la veille , apportait à sa majesté des papiers dont l'avaient chaînée des serviteurs fidèles , restés au centre du mouvement pour exciter le zèle de quelques hommes puissants, et qui pouvaient relever la cause de l'empereur, si I impératrice reparaissait parmi eux. Les dépêches la pressaient de revenir avant qu'un prince de la maison de Bourbon, en se nu^itrant dans la capitale, n'offrit aux Parisiens cet attrait de nouveauté, qui fera toujours leur conquête. Les auteurs des lettres apportées par madame D*»*» promet-

taient à Marie-Louise la régence pour elle et le trône ponr son Sis. La route était encore libre; la régente^ après avoir lu, se leva avec résolution , et dit : Je partirai ce soir même.

Lorsqu'une résolution généreuse est prise, il ne faut pas la remettre en délibéré, surtout eu présence d'intérêts contraires à son exécution. Madame la duchesse de Hoatebello, dame d'honneur, et le baron Corvisart, premier médecin , voyaient peut-être la brillante existence dont ils jouissaient compromise par la vie aventureuse proposée à la souveraine ; ils l'en détournèrent. Le conseil de régence vint appuyer leur avis; Cambacérès lui-même s'y rallia ; mais on verra bientôt que ce fut en vue d'nn autre projet.

Cependant les chefs du parti royaliste n'étaient pas sans inquiétude : non-seulement ils craignaient le retour de l'impératrice è Paris ; mais ils ne redoutaient pas moins qu'elle rejoignit l'empereur. Ils comprenaient que leur réunion pourrait amener une réconciliation de Napoléon avec son beau-père; et alors s'évanouissaient les espérances de Louis XVIU.... Le trône impérial pouvait être bien mieux consolidé par les traités que par la guerre. Or , le prince de Schwartzemberg , qui n'avait jamais aimé Napoléon , quoiqu'il se fût courbé bien bas devant lui , sontenait les royalistes ; par des intelligences secrètes , il gagna ou trompa tout ce quientourait Marie-Louise; puis il envoya à Blois M. de Schowaloff, accompagné de M. de Saint- Aignan , diplomate français, abusé sans doute; et tous deux étaient chargés de rassurer l'impératrice sur les bonnes intentions de son père , au moment même où ce prince sacrifiait le trône de sa fille el de son petit-fils aux amers ressentiments du vaincu d'Austerlitz et de Wagram.

Trompée par ces assurances fellacienses , la régente fit partir tour-à-tour MM.de Cfaampagny, de Saint-Aulaireet Eegnault de Saint-Jean-d'Angely , pour entretenir l'empereur François II dans ses botmes dispositions. Et tandis que ces hommes d'état se rendaient au quartier-général des souverains alliés , rhetman

des cosaques Platoff se dirigeait mystérieusement vers Blois, avec un corps de troupes légères , afin de surveiller et diriger au besoin la marche de l'impératrice lorsqu'elle se remettrait en .route.

Les rots Joseph et Jérdme, ainsi que l'a rchicha ace lier Cambacérès, ne se laissaient pas, eux , abuser par les démonstrations trompeuses de l'Autrichien ; ils avaient trouvé un moyen de sauver du naufrage le trfine de Napoléon, sans recourir à la politique d'une coalition rancunière. Le 6 au matin, les deux frères de l'empereur et l'archichancelier entrèrent dans l'appartement de Harîe~I..ouise , après avoir fait préparer une voiture de voyage qui , les postillons en selle , attendait à la porte de l'hAtel. — Madame, dit l'es-roi d'Espagne en se découvrant, il est indispensable , il est urgent que vous veniez avec nous. — Je suis bien ici , répondit l'impératrice. — L'erreur de votre majesté est grande , reprit Joseph avec feu : vous êtes sur un volcan dont le cratère se cache encore ; ce soir , peut-être , il s'ouvrira pour ensevelir votre puissance. — Hais où voulez-vous me conduire? — Il ne nous est pas permis de répondre maintenant à cette question; mais croyez qu'il y va du salut de la couronne. — He parlez-vous au nom de l'empereur? — Non, madame; mais nous agissons dans sou intérêt , dans le vAtre , dans celui du prince , votre fils. — Je ne vous suivrai pas , répliqua Marie- Louise avec résolution , et elle se prit à pleurer.

JérAme , essayant de profiter du trouble de l'impératrice , s'avança vers elle et voulut la saisir par la taille ; elle se dégagea vivement , et appela du secours. Le comte d'Haussonville, le général Cafarelli , M. de Bausset, préfet du palais, et quelques autres ofBciers de la maison accoururent. Le général, prenant la parole d'un ton sévère , dit aux deux princes de cesser leurs violences, a Savez-vous à qui vous parlez , s'écria alors le fougueux JérAme. — Oui, je le sais, répartit Gafarelli...«Et il y avait dans son accent de ce dédain que montraient aisément les

(hek militaires de l'empire , parce qae si tous n'étaient pas d&> veDus rois, ils se croyaient toos dignes de l'être.

Harie-Louise , placée ainsi entre l'autorité de ses beanx-frèras et la protection des ofBciers qui l'entouraient, dit qu'il allait s'assnrer si sa garde était disposée à la protéger contre les tentslJves qu'on voulait exercer è sou égard. A ces mots, M, d'Haussonville s'élance sar l'escalier , le descend avec précipitation, et «'adressant à la troupe assemblée dans la cour , il dit ea élevant la vois : « Officiers et soldats , voulez-vous obéir aux frères de » l'empereur ou à l'impéralrioe régente. — Nous obéirons ù la 6 souveraine, répondit le colonel. — Jurea-le donc, reprit B M. d'Hausssonvitle. n La troape fit le serment demandé.

Le chambellan rentre alors dans l'appartement et prononce b haute voix : « Madame , la garde est aux ordres de votre ma- B jeslé. » Joseph , Jéréme et l'archichancelier se retirèrent ; mais, de la porte, l'ex-roi d'Espagne articula ces mots d'un accent pénétré : « Malheureuse princesse , vous vous jetei dans les lacs » de vos ennemis. »

Le roi Louis était resté étranger à la tentative que nous venons de rapporter : p«it-étre se rappelait-il amèrement encore son trône batave renversé aussi vite qu'il avait été édiâé. On voyait ce prince, depoisplusieursjonrs, agenouillé chaque matin dans l'église de Saint-Louis , et assister aux oiOces a\'ec l'apparence d'une fervente piété.

La démarche des rois Joseph et Jérâme, interprétée de plusieurs manières et toujours avec des intentions calomnieuses, était dictée par le plus pur dévouement, et sagement méditée par Cambaoérës. Les frères de l'empereur passaient la Loire avec l'impératrice et le roi de Rome , les condoisaient à Sources, purs en Auvergne ou dans le Limousin , où l'empereur , avec les cinquante mille hommes qui l'entouraient à Fontainebleau , rejoignait se femme et son fils. De là , mieux que Charles Vil , il pouvait reconquérir cette France dont à peine une moitié était

occupée par rennenii ; au moins pouvait-il obtenir ane paix qu'eussent rendue ûnîile les craintes qae tes alliés eussent conçues sur l'Italie, alors dégarnie de soldats, «t menacée du joug autrichien , qu'elle abhorrait.

rroisbeores après la tentative maTheureosedes deux princes, natoff et ses cosaques arrivèrent k Blcis*; l'impératrice ne fut plos que la prisonnière des souverains alliés.

Pendant son séjour à Nms , lIarie4.ouise présida cèaque Joar te conseil de régence : il émana même de ce conseil nne prodamalion aux Français. Avant de quitter cette ville, elle voulut récompenser dignement les personnes qm l'avaient suivie : cinq cents mille francs furent distribués aux officiers civils de sa maison; quatre-vingt-trois mille francs furent destinés à payer trois mois de solde aux officiers de la troupe et un mois aux sousofficiers et soldats ; enBn le service du roi de Home eut une gratification de cinquante mille francs.

Dès que ces indemnités eurent été réparties , les grands personnages qui avaient accompagné Marie-Louise s'empressèrent de faire viser leurs passeports à la mairie de Blois , puis à l'hetman des cosaques , et retournèrent à Paris. On lit dans les souvenirs du baron de Menneval : a Le ministre de la guerre , avec le sourire sur les lèvres , me dit qu'il venait faire ses adieux à » son ancien collègue (le duc de Feitre avait été secrétaire du » cabinet ) et lui remettre une lettre adressée à l'empereur pour » prendre congé de lui. Q ajouta que quand on quittait les gens, il fallait le faire poliment; qu'il avait à rendre compte de » l'étal des archives de la guerre, du dépôt des cartes, etc.; » qu'il ne voulait pas passer pour un voleur, s

L'impératrice partit pour Orléans le 8 avril au soir ; dans les premiers moments, on lui fit croire qu'on la menait à Fontaine-

* Un garçon de bureau de la secrélairerie d'état , qui avait élé sapeur dans ta garde nationale de Paris, avait laissé pousser sa barbe ; on le prit il Blois pour le général russe, et les plus belles damesde la ville allèrent, dit-on, lui rendre visite.

l jy.Googlc

332 BISTOmB DB BLOIS BC DE son TEMUTOIRE.

Mean près de l'empereur Napoléon ; mais le corps msse marchait à l'arrière-garde de sod escorte , et ponr croire qae celte troope étrangère formait la gauche d'un cortège napoléonien, il feUait une robuste bonne Toi.

Durant la route , les perfides conseillers ^gnès par Schwartzemberg insinuèrent à Harie4x»uise qu'en rejoignant Napoléon, die devait le suivre à l'Ile d'Elbe , séjour qui pourrait devenir funeste h sa santé. Ou loi représenta d'un autre cAte , que l'empereur, précipite du trAne , n'aurait pins ponr elle la même affection. Enân, comme moyen héroïque, on lui persuada que son père, SI elle le rejoignait, prendrait peut-être, à sa sollicitalion, une détermination favorable à Napoléon.

Harie-Louise se laissa dissuader de cette réunion à son époox, qu'on lui avait peinte hérissée de chagrins et de dangers; elle s'éloigna de ce souverain , qui lui avait temoigné une tendresse si vive.... Elle ne devait jamais le revoir ; mais après quelques mois , le regret était éteint dans son ctsur.'

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