‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculésChapitre 22 sur 24 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

les Tin«« , CltAlcMix et autres nonumenUi du Bléaals-

Nous q'ïvods jusqu'ici parlé, dans «ette histoire, des villes au Blésois, autres que la capitale de VffncieD «omté; nous n'avoDS meoUtsmé les monuiBenU de Bl(»6 même qu'autant cftte G«tbe 'DMBtîoD se rattadiail aux faits historiques que dobs d«vtoos rapporter; nous réservant de revenir , dans tin chapitre spédal , sur des détails et deseriptions qui Tormerontle complé ment de noire composition.

La vilie de Blois conserve encore , dans sa partie intérieure , la physionomie, sinon du moyen-âf^e , bu moins des plus vieux tempe de la période moderne. Cette cité , jadis royale , ne se recommande ni par la beauté de ses rues, ni par l'élégance des coDstruotions particulières : on peut la classer , eons ee double rapport , au nombre des villes les plus arriérées de la France.

336 BIBTOIRB DE BLOIS

n en est peu assurément d'aussi mal percées , d'aussi désagréablement moDtueuses. Depuis quelques années on remarque dans la Grande-ftue et la nie du Pont , d'assez beaux magasins , simulant, sans trop de désavantage, l'attrait des élalages parisiens ; mais ce fasle commercial est disgracié par l'aspect des maisons séculaires et même deux fois séculaires qu'occupent les établissements. Soit économie, soit attachement aux anciennes babitalions de famille, les propriétaires semblent se tenir en garde contre le goût aujourd'hui si général des bâtisses. L'administration municipale , il faut se hâter de le dire , fait tous les efforts qui sont en son pouvoir pour tirer la population aisée de ce statu quo : des plans de voierie ont été dès long-temps tracés pour l'élargissement des rues, surtout de la rue principale; mais, nous le répétons , l'ambition locale incline peu vers les splendeurs architecturales. Cependant, par un contraste singulier , les habitants de filois recherchent l'élégance fastueuse des ameublements : on est surpris , lorsqu'on pénètre dans l'intérieur d'une habitation, souvent hideuse à l'extérieur, d'y trouver tout le luxe devenu l'un des besoins impérieux de nos vanités contemporaines. Nous pouvons aâirmer qu'en parcourant tous les quartiers de la ville, le quai excepté , on n'y compterait pas dix maisons nouvellement bâties. Le quai est donc la parure de Blois : large et bordé de constructions assez remarquables, a c'est, comme l'a dit l'auteur d'une description nouvelle , le lard couvrant les rides d'une coquette surannée , ou, si l'on veut , c'est une décoration de théâtre, cachant de hideux châssis. » Un très beau Mail, planté de sycomores, ctHoplèle cette coquetterie superficielle. Le foubourg de Vienne n'a pas, jusqu'à ce jour, été plue favorisé que la ville, quant au renouvellement des vieilles constructions ; la tristesse de ce quartier ne se dément un peu que sur la route du Berry, qui le traverse.

L'historien Dernier , amant passionné de sa ville natale , loi applique avec une trop expansive tendresse, cette désignation

pompeuse : NuUua in orbe Btesis locus prœluœt amœnis. Mais OD s'explique l'enVbousiasme de cet écrivain, eo se représeniBDt rimposanl ampithéâtre qu'offrait de loin la cité, avec ses nombreux clochers, ses tours formidables, son château royal couronnant le tout , enfin , avec la Loire , bordant d'un large ruban d'ondes limpides , ce tableau jeté par l'industrie humaine sur la plus séduisante contrée du royaume. Hais la révolution , en abattant les flèches , en démolissant les temples eux-mêmes , a diminué singulièrement le charme de la perspective esaltée par Bernier : l'amphithéâtre ne présente plus que de prosaïques toitures , et les siècles , en dégradant l'édifice royal , ont terni l'éclat de ce diadème de pierre savamment travaillé.

L'ancienne muraille d'enceinte a presque disparu : on en voit cependant quelques parties vers le nord-ouest, et bordant la rue , ou plutôt le cfaemia creux qui descend du Bourg-Neuf à la place dite des Jésuites. Les portes qui donnaient l'entrée dans la cité environnée de murs , ont été détruites au ivtii.' siècle : les quatre principales étaient la Porte-Cdté , la porte Guichard, la porte du Pont et la porte Chartraine. Cette dernière, que nous avons vue dans notre enfance , a été détruite la dernière, c'està-dire durant la révolution. 11 y avait encore la porte Saintr-Jean, la porte Saint-Solenne , et la porte Gamaud ou Madeleine , que les historiens du Blésois mentionnent quelquefois. Nous avons vu que les comtes de Blois avaient fait graver à la face de ces petites forteresses plusieurs de leurs chartes.

Avant d'aborder la mention des monuments de Blois , nous devons dire que ni les limites, ni le caractère de cette histoire ne nous permettent dos descriptions minutieusement archéologiques on artistiques : en nous attachant à révéler, autant que possible , l'âge des édifices , notre plume ne s'aUacbera point à mesurer l'are aigu d'une ogive , la proportion d'un meneau , ou les découpures d'une arcade; elle ne suivra pas davantage les enroulements d'une arabesque ; enfin, nous abandonnerons à d'antres le mètre du toiseur. Ces détails, utQea sans doute, ne

358 BHTOIRK DE BLOIS

peuvent être sufOsaiDineiit produite que â»DS dbs composUioss spéciales ; Hb eocombreut et décaraetérisent les ouvrages historiques proprement dite.

Après l'aquedUc présumé romaio , donb nous av«&9 parié an comineDoemeut de cette histoire , le ehdteau de Blois est le plus ancien monament de la ville , quoiqu'il n'existe plus aocon vestige de sa construction primitive, ni même des travaux qui ont pu succéder immédiatement à ceux des Romuns. La tour dite dui'otiCjàluéeauBudducMteauet dominant le faubourg dont elle a reçu le nom , nous parait être , au moins dans sa base , la partie la plus ancieBoo des constructionâ : peul^tre existait-^le dés le x." siècle ; mais il est aisé d'y remarquer des restauratioDS, qui peuvent avoir été exécutées lorsque Gaïberioe de Médicis tilde cette tour son observatoire. De la plale-fonae mùwgée près de la disgracieuse baraque sur laquelle on Ut Uraniœ sacrum, se développelepanoraoïa ravissant des bords de la Loire, dans une étendue de huit à dix lieues. A gauche, les flèches délicates et sveltes du château de Chambord peroentles cimes de la forêt de Boulogne j viSKi-vis, l'œil se ropose sur les s«mbres - [uassifs du bois de Russy , que blanchit sur un poiut le village de Sain t-43eF vais , d'oii l'oa tire la crème délicieuse dite de Blois * ; puis glissant à druila, entre deux coteaux oauroBoés de vignobles et d'agréables villas , la vue va' se perdre , avec le cours majestueux du fleuve , dans un horizon que l'on voit s'évanouir avec regret. Mais le regard , en s'atlaohant au coteau de la rive droite , s'attriste à voir l-opuleot vigut^e des GcouSts sillonné par cette ligne tdanchàtre que doivent parcourir au' premier jour les rapides wagons. Le progrès atteint bi^ des iutérêts avant de devenir généralement utile.

Après la tour du Poix , les pins ancienaes coastruetions sont celles situées au nord du château, à droite du bâtiment cons-

* L'établlasement du chemin de fer va permettre enfin de transporter à Parla ce produit , digne dt llfwet lur Doa tables les plus ulsiacraik{D<*i

trait sons Prançois I," : l'arohéologne reconnatl le caractère da rni." siècle aux robustes murailles sur lesquelles s'élève Is salle dite des Etals ; dans l'intérieur môme de cette vaste salle , quelques ohapiteaui de colonnes confirment l'âge de cette partie d'édifice. Du même côté, mais à l'autre extrémité des constructions de la renaissance , se trouve enclavée la tour de ChâteaurenauU ou dei Oubliettes , qui remonte aussi au iiii." siècle. On peut donc , sans hasarder beaucoup une conjecture , supposer que la salle des Etats et la tour des Oubliettes formaient les deux extrémités d'une aile remontant aux comtes de la maison de CMtillon, et qui fut démolie pour élever, sur ses fondements, l'aile du in.* siècle. Vers le sud , et au pied de la tour du Foix , s'étendent des bâtiments peu remarquables , dus aux premiers comtes de la maison d'Orléans : travaux en pierres et en briques, dont les plus anciennes parties ne nous ont pas paru antérieures aux premières années du sv.° siècle. Leur ensemble , d'un aspect peu flatteur , a' cela de particulier , que les pignons à degrés qui en forment la façade , rappellent l'architecture de la Flandre et des Pays-Bas , qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans le Blésois. Ne pourrait-on pas en conclure que si , en effet, la maison d'Orléans fit commencer ces constructions , elle pourrait avoir accepté et suivi les plans de celle de Ghâtillon, qui aurait transporté le style flamand aux bords de la Loire.

La chapelle du château , remplaçant l'ancienne église de Sainte Calais , et construite par Louis XU , est située dernère ce bâtiment à la physionomie flamande.. Cette chapelle , qui appartient h ia belle époque ogivale , en ofire te style élégant et romemeor tation si éminemment artistique. Toutefois , on y remarque , enclavées dans les murs de la nef, quelques vestiges de travaux du III. • siècle, peuKitro conservés par la vénération du royal constructeur. L'intérieur (à l'exception du sanctuaire) , abandonné aux besoins du casernement , a été divisé en trois étages. Espérons qu'au moment où l'on s'occupe de la restauration artistique du château , l'autorité ressaisira cette délicieuse

chapelle, pour la rendre, sinoa au culte, du moins aux arts.

Une aile, élevée aussi par les comtes de la maison d'Orléans, occupait l'espace sur lequel s'étend aujourd'hui la partie d'édifice appelée la Galerie , et qm fut construite par Louis XII, dans les premières années deson règne, ainsi que nous l'avons dit ailleurs. Bien de l'ancienne construction n'avait été conservé ; il est aisé de reconnaître ici le style de la fin du xv." siècle. La Galerie est bâtie en pierre jusqu'à une certaine hauteur; au-dessus , c'est une combinaison de pierres et de briques d'un effet austère qui , toutefois , contribue à faire ressortir les délicatesses du ciseau prodiguées aux chambranles des fenêtres , aux balcons, aux lucarnes, dont le travail délicat tranche heureusement sur la couleur foncée des ardoises ; enfin , jusque sur les cheminées, annexes utiles d'un édi&ce, qui le déparent ordinairement, et qu'on dirait ajoutées au bâtiment que nous décrivons pour compléter son élégance. On ne saurait trop admirer la riche variété d'inspirations déployée dans ces sculptures ' par les maîtres de pierres vives , comme on appelait au moyenâge les sculpteurs; seulement on voudrait qu'ils eussent communiqué moins de vivacité aux petites figures sur lesquelles s'appuient les retombées de l'encadrement des fenêtres supérieures. On peut s'étonner que 4a reine Anne de Bretagne, princesse fort chaste , selon tous les historiens, ait laissé exécuter sous ses yeux des sujets aussi scandaleusement hostiles à la décence. Dans l'intérieur de cette aile , on trouve aussi , sous l'encorbellement d'une tourelle appuyée au grand escalier , un groupe d'uue expression plus excentrique encore, et que la vertueuse bretonne pouvait voir de plus près. Apparemment il était , de son temps , avec la pudeur comme avec le ciel , des acecomodements .

La principale façade du bâtiment qui nous occupe regarde la place jadis appelée l'avant-cour |du château; au milieu s'ouvre l'entrée principale de l'ancienne demeure royale , entre deux co- (onoes engagées , dont les fiits sont couverts de fleurs de lys et

ET D8 SON TERRITOmS. 361

d'hermines sculptées dans des losanges formés par des nervures croisées. Au-dessus de ce porche, on nimbe en pierre, d'an travail admirable, renfermait autrefois la statue équestre du boa roi Louis XII , fondue en bronze doré et se détachant sur un fond d'azur , semé de fleurs de lys d'or. On lisait au-dessous de cette figure ces quatre vers :

Hk , ubi luitus ent deitro LudoTtcai OlTmpo ,

Sumpslt hoDorata régla Meplra manu i Felli qux lanli fulsit lux nunlU reg^g ,

Gatlla uon «lia principe digua Tull *.

TiBarcsISBS. \

L',effigie du souverain qui mérita le titre de Père du Peuple , a été renversée, et l'inscriplion effacée dans la révolution. Hais le poète retrouve, il anime la figure du bon roi à la dernière fenêtre de gauche ouverte dans cette façade , et qui éclairait la chambre à coucher de ce prince. Là , en effet , s'appnyant sur ua balcon ouvré comme une dentelle, il se plaisait à s'entretenir, le matin, avec Georges d'Amboïse, son premier ministre, placée la croisée d'un hôtel voisin.

La façade qui regarde la cour intérieure présente une suite d'arcades soutenues par des colonnes richement sculptées. Ces arcades rouent entre deux pavillons formant avant-corps aux extrémités de la galerie , et renfermant chacun un escalier. Celui situé au nord , et qu'on appelait ta grande vis avant l'existence du bâtiment de la renaissance , est remarquable par sa noble et solide construction , par l'élégance des ornements qui 1e décorent , et que les artistes ne trouvent pas cependant d'une entente irréprochable.

Selon Du Cerceau et te père Félibien , le corps-de4ogis cons-

* Ici , par la TaTenr céleste , Louis prit naissance ; Ici aussi 11 prit d'une noble ain le sceptre royal. Heureux le jour qui amena la ïcnue d'un austi grand mouque ; la France ne pouialt trouver uu prince plus digue d'elle.

ses

bnh sous Louis J31 était ocavert *n ptoiabs darde , âéeoopés en festons et semés do fieura de lys et d'bermÏBeK. Le last th leit seul offre aujonrd^ui ime 'bande de plainfa sur laqneUe «w peut distinguer «noare des iiennbieE derées; jni-de8SU5,ré^ ane crête à jour. Hiea ne canroanait mène qd KODomeal que ces gracieuses découpures , laissant veir, à travers \t3ir Bligraue, l'azur d'un beau ciel. Couvenoas que les architectes du moyenâge entendaient noblement l'eSet général 'd'un édifice.

L'intérieur de l'aile dite de Louis XH est ■entièremeat dénaturée : on y chercherait ,en vaiu des traces de la splendeur avec laquelle le bon roi l'avait ornée.

Nous ajouterons même que celte partie du château ne fut jamais asseï vaste pour recevoir la cois nombreiise de oe mmarque ; quand on se rappdle tMltcs les fina^tâceaces ^ui marquèrent la réception de l'archidoo Philippe , en 1 501 , on n'en conçoit pas le déploiement sur un théâtre aussi resserré; et l'on se confirme dans l'opinion qu'une .grande partie des a|^rtemMts royaux était comprise dans le <eorpfr-do~logîs 4oni la salle des Etats a la tour des Oubliettes marqiiaient les eKtr«mités. D'abord négligée par François I." , l'aile do Louis XR fut à peu près abandonnée par ses successeurs qm, comme lui, préférèrent les somptuosités de Vaile élevée au nord du château. Lwsqiie la oour evt t^asé de venir à Blois, mâme passagér-ement, certains particuliers fHnvrlégiés obtiaf^ot des logemealfi dans le bâtirntaa de la fin du kv.< siùcle.; et quand le somptueux -édâfiee de François L" devint une caserue , quelques i^iers de forlmte occitpérent phisieurs des appartements situés au rez-d&ichaossée. Maintenant l'officier du génie en résidence à Hois jouit de ces appartements; et les anciennes cuisines 4a roi servent de logement ou ooncierge du ohileau. Quant aux. ebaubres des étages supérieurs , elles sont consacrées aux: besoins du casernement.

Jusqu'à ce moment , l'aQc de Louis XII n'a point été comprise dans les projets de restauraliou qui déjà s'esécutenl .sous l'ba-

ET VB BOtr TRftRlTOnB. 363

bile direclMn deM. Daban, rttne des Mmtrations de T'arc'hîlectore cQoderoe ; «aïs on doit espérer que , sur ses représenta- Ciors , cetli* partie de l'ancieDne demenre royale ne sera pas défiai ti veinent négligée. Ce n'est pas sealement un monument pré(n«ax par le sonvenir de sa première destination ; c'est aussi le type complet de l'ardùlecture parement gelhîqne h sa plus beilë époqne : type od soirt constatés »êii*e les écarts et les licences de l'art oontemporaiti ; et cette page de pierre est plas qu'on ne le pense un chapitre de mœurs,

L'aite dite de François 1." , construite eu retour d'équerre de e*l!e que nows veomis de déecire , s'élère au nord du château et par-d^à tes disgractenses mâsares renfermant l'ancienne salle des Etats. Nous retrouvons dans cette construction l'ordonnance grandiose déployée a, ChsniborA , avec plus de délicatesse encore dans ^ détails , plus d'intentions coquettes, si l'cm peut s'exprimer ainsi. Les deus façades, nadheureosement disgraciées pir le temps, offrent avec prodigalité tout ce que la renaissance avait conçu de sculptures lour-à-tour savantes , malignes, capricieuses, tâzarres même, mais tonjmirs morigénées par le , goût , et rigoureusement assujéties aux lois de l'effet général , auquel on ne pouvait reprocher qu'un peu trop d'ambition. Si l'on s'arrête devant ob édifice des trente premières années du ui.' siècle , en est tenté de comparer ce Àet-d'œuvre luxueux à l'un deces marquis du temps de Louis XV , dont le costume eût plu davantage avec nxrins de broderies et de paillettes.

La façade qui s'étend sur la cour -se compose de trois ordres 9iq»erpo5és, dans Fomeraentatiim desquels figurait surtout, ingénieusement combinée avec des arabesques variées , la ^meuse salamandre que François I." avait prise pour emblème. L'escalier, renfermé dans une tour pantagone, formant une forte salIKe sor l'édifice, est extérieurement et intérieurement, ïm cbof-d'œuvre vraiment incomparable d'ardiitectttre et de sculplure : c'est la pièce capitale du monument. Par malheur, on peurait croiVe que là oà Part s semé le plus de ndiesses , tes

S6è HISTOIRE DE BLQIB

mutilateurs se sont le plus attacbés à détruire. Ici l'on reconnaît les outrages de 93 , [dus loin les coups de baïonnette du. soldat désoccupé ou mécontent de son sort ; aUIeurs les Doms, profond dément gravés au couteau , des voyageurs oisifs ; enân , çii et là , les dessins barbares d'un Callot enrégimenté. Hais consolons-nous de ces mutilations : l'intelligence à laquelle Paris doit la restauration de sa Sainte^hapelle , resLitnera aux parois de l'escalier qui nous occupe toute cette délicieuse broderie qu'aimait à faire courir sur la pierre l'élégante fée qu'on nommela

La façade extérieure de l'aile septentrionale n'est pas moins remarquable que l'autre : peut-être les ornements y étaienlnls plus prodigués encore; mais le temps l'a bien plus outragée. Elle présente trois étages dans la moitié de sa longueur à partir de l'est, et deux seulement du milieu de la façade jusqu'à son extrémité ouest. Les fenêtres qui éclairent l'édiâçe de ce cAlé sont ouvertes en arcades ; entre ces fenêtres sont pratiquées des nicbes destinées sans doute à recevoir des statues. Quatre tourelles à pans , faisant relief sur la façado , ajoutaient singulière' ment à sa décoration , par les délicieuses arabesques dont elles étaient couvertes, et par les bas-reliefs sculptés sur les culs-delampe formant la partie inférieure de ces tourelles. Tous ces ornements sont frustes aujourd'hui ; il faudra étudier leurs vestiges avec tonte la sagacité de l'artiste pour en obtenir la restauration ; mais l'architecte ingénieux auquel ce travail est confié se rendra maître aisément de cette diBïculté. Au-dessus de l'entablement règne un attique s'élevaot jusqu'au toit, et formant une galerie soutenue par des pilastres légers. Des balustres h -hauteur d'appui fermaient cette galerie et donnaient passage i - des gargouilles de formes bizarres, mais étudiées pour être en rapport avec le style de l'édifice , et compléter son couronnement. Tout cela est dégradé et défiguré par des massifs de maçonnerie, par de misérables plâtras, par des ouvertures carrées pratiquées dans les fenêtres en arcades. C'est ici que le talent

do restaurateur doit surtout se déployer, afin de rendre au monument sa physionomie primitive et toutes les délicatesses de ciseau que le temps a détruites. Alors la façade que nous venons de décrire et qui, malgré tant dédommages, n'a pas perdu toute sa grandeur, redeviendra digne de la nouvelle destination assignée àcette partie du château dans laquelle, dit-on, doit être formé un musée. Cette institution , si elle se réalise , offrira des collections variées , dans lesquelles domineront surtout des objets appartenant à l'antiquité ou au moyen-âge , que plusieurs notabilités do département possèdent, et qu'elles s'empresseront, nous en avons l'assurance, de déposer au musée. Cette fondation aura donc un caractère archéologique qui conviendra parfaitement au monument.

Malheureusement il faudra toujours se résigner à voir cette page d'architecture élégante flanquée à droite par le pavillon massif qui la termine , et que l'architecte de Gaston semble avoir accolé à l'aile de la renaissance , pour faire ressortir la gracieuse ordonnance de celle-ci par un lourd contraste.

D'après uneélude approfondie do l'aile de François l.",M. Duban pense qu'elle n'a pas été terminée par ce prince, au moins dans sa décoration intérienrc. Ici , comme à Chambord , Henri U aurait continué mais non pas même accompli l'ceuvre de son père, et les peintures, toujours selon l'opinion deM. Buban, ne seraient pas antérieures au règne d'Henri III, Au surplus , si le roi-chevalier fît quelque séjour dans le corps-de-logis qui nous occupe , il ne dut guère s'y accomplir que des scènes de galanterie et de plaisir. Il n'en fut pas ainsi sous les petits-Ëls de oe monarque : plus que jamais sans doute la corruption y prit ses scandaleux ébats ; mais on y médita aussi le crime ; et les lambris de ce fastueux intérieur furent plus d'une fois ensanglantés.

Il est diiTicile aujourd'hui de reconnaître les appartements d'Henri III et de Catherine de Médicis , à travers les dégradations que leur a fait subir un demi-siècle et plus d'habitation de la troupe. Les appartements d'Henri III étaient situés a

366 HtuonB BC h^ob

de ceux de la reiae-a£r«; Us ootnwwù^uweia avee ces derwnrs |«r un escalier dérobé : H. Dubao a cru reeoaoaltn qae cat wci^ier ccntiiituit josqu'ei bas. La salle des gardas, pr«pretweDt dite^appul«Bait au premier otage; mais il«n existait an aeeoad une autre, qui servait plus ordinairement à la réuDion du coBseU. Ëlk coramuniquaiti directement avee le gruid escalier d'une pA>'t I et d'autre part , avec 1« charaiire à coucher da roijédairée, versla place des JéHiiLes, pqr quatre grandes leoètrès. Ua passage étcoit , que l'ou v«it à droite de cette pièce, cenduisait aa c^net neuf d'Henri III ^ où l'oa remarqfue un ^and Dwaibre d'issues. La (jiambre du roi commuiàqaeit ^1*meiu av«c son Bcatoire ^ près duquel s« trouvait une pièce carrée', qu'enveloppent maintenant des constructioBâ bite» pw le ^oie Dulitaira : on app^ait cette ebambre le vieuiL calùnet. C'est eolevanHaportièrequieB couvrait la porte, que le éat de Guise fat frappé , sek«i le témoignage des historieu d» l'époque. Pâut^tre,.eo décrivait cette horrible caïastaropherO*^ ils erré quant à l'espaça q«e le malb^ireux prince parcoomt en chaoeelaatpâur venh- expirer dans la chambre royale : les , tcadilieos diverses peuvent aveif déplacé les soiAes de ce drane lngid>re. On doit au moins coosidérer eomme une s^terekerie des cic^ones successifs du cbâteau , l'ttilùlHtioa.de cette taiht d'un sang hn^our£ vermeil^ qu'ils, montrèrent peaâaitf d^n cents ans imprimée à la iaurail]&.

Cette partie d'ûatérieur offre encore quriqaes vestiges de Aé/coratioo : dans l'^abràsure des croisées de la clombreà coucher , on peut distinguer des reslr^ de peinture à firesqoe;. 1* l^bsd est difîfié en caissons peints de diverses coDteiHvri qpielquesr^iBs de» campartiaoents sani attachés des laaibesux de cuir doré, dont la dorure conserve encore de l'éctoL Ces décrit de décoration ^pwtiennent en effet à la fin. du xvl.* siècle , pins évidemment c^'au premier tiers de œtte périade.

Les afqjertaments jadis royaux compris dans l'édifice de Fraar fiois J." n'étaient |dns,. depuis la fin du xkiu.° siècle, (fte d'il»

nunseB-griietw, gamiKtia r&tsliersd'armesT deplandiesàioàn et^ffaumblâs cbalits; âartnt oinquanta ans, on Q^eotoiidît résumer diaa les c&binets:, dsoff-les oratoires, que les gPosMssaîK bas fltie» jupoK. fbrmidBbtes an soldat : vie miuiate sans tvtàm, qui , du r«sto , m'avait à»' jk» MdiBiir que la oour des Vdois., qu'ua» expvesaen fcHnebeneiil gcoasière. Depuis qoeiqQes mr nées cependanl, et à la SDllicitatÎDn des so<nâtiée ard>éol4^n|oee •t histwiques , ira a séparé du casernemeal l'oratoire de la casa, doDt les lânbimeo bois:, scnlpMsayec ane exquise déHoatessa, étaimt recoBverts d^iia horrible> badigeon, sous lequel avait diapara o» cfa^-d'mivrfr da< ciseaa. La chambre dite de Cathe^ rinc , àéearte dans le mâme genre , mérite et a sans d»iit« obtsnii: aa moment où nous éerivonslBs o^nws dispaatioiiB. de rastaaratioiL. &a sucptDs:, lebètiment mUjer a été récemment évacué par le ganûsoa, quvdevna'cMBorituÙBdtrecaseméeexdtinvement danslfr corp» de-l<^i& qa' él»v» Gaston d'Orléans et dans qnelqnesaDiiexas-ffltaéesau pied âB.la> tour du Poix.

Honnasr atuc eotrpB^si^TaBta ipii , secondés, par l'adninistratiini l(K)a4«, pn^ h» saflicitaticias de fen M!, la duc d'Oriéans. et de-, la princesBB, aonépowe', enfin et peatr^tre ptn partictriièramsiil par M. de Ib Sensseye, ont déterminé le gouvernement b' liter deees mines Vm^ des cbeTs-d'œmrre «rohitectosiques die la r^ missBiMe, et, non&aimons à leprésamer, l'aile de Louis Xll, qai se mérite pw moins d^écbapper k laidesdriietioa.

La qualiriènw partie du ebMaait, située ii l'ouest., est «bte-, nao» le. réfétens , an frère de Louis XIU' , d'apcés^ les plans du «étèbreHanBBPd. Cet édifice, qui rempiaoe des constracttois élevées par les comtes des maisons de CMtiUbn et d'Orléaus, appartient à eetle époi^ao otb l'anthiteotare,. lasse des eoqtmtr terie» eombinées ds î'ent gotbiqneet du stjie de la. renaissance, Mchercheit la majesté dans l'importvice des masses. Afeosacâ préhida aux nobles bimb Teoidfs. mervaiUsB. de Versailles p» ï'ailfi de l'ouest du chàbrau de BlDis^ oomceptâon d'uo style lu^at correct, que le»enlhcHU)astBsde:lfaBt gatliùiieix^.âes

368 HISTOIRS DB BL018

beautés de ta renaissance ont critiquée d'une manière trop absolue. Gaston croyait aborder le véritable progrès eu élevant cette bâtisse ; et tout porte à croire qu'il commençait ainsi l'exécution d'un projet dans l'accomplissement duquel eussent été sacrifiées , et l'aile de Louis XII et celle de François I." Les arts mêmes semblaient avoir été entraînés par Ronsard dans les voies de l'école grégeoise ou grecque , avec prétention aux effets grandioses.... C'est ainsi qu'on peut résumer l'ambition, visant au grand style , qui fut quelquefois heureuse sous Louis XIV.

Du Cerceau , dans Ses plus excellents bâtùjwtits de France , a donné les dessins du corps-de-logis que remplace celui dont nous abordons la description : il faut convenir qu'il s'harmoniait beaucoup mieux que la construction du xvn.' siècle avec l'aile de François I." , et plus particulièrement avec celle de Louis XII. n est à remarquer même que ce monarque avait imité , quoiqu'avec plus de richesse , le style de l'aile située à l'ouest. En avant de celle-ci , se trouvait le Perchs auœ Bretons, espèce de terrasse fermée d'une grille, oii se tenait la garde bretonne amenée par la reine Anne. De la façade opposée partait une galerie dite des Cerfs , communiquant avec les jardins du château.

Avant que le duc d'Orléans construisit sur ce point , Marie de Hédicis avait déjà foit quelques additions aux anciennes constructions : une inscription découverte récemment apprend qu'une première pierre fut posée par la jvyne-mère en 1617 , c'est-à-dire dans les premiers temps de son exil à Blois.

La façade extérieure du bâtiment de Gaston présente, au milieu, un avant-corps saillant, et à chacune de ses extrémités, un gros pavillon formant une plus forte saillie que l'avant-corps sm: le surplus de l'ordonnance. La façade offre de ce cAté deux étages, décorés chacun d'un ordre distinct : celui d'en-bas est dorique; celui du haut, corinthien. Si l'on examine l'édifice de la profondeur de l'ancien fossé , au-dessus duquel cette construction s'élève à une grande hauteur, on se laisse volontiers imposer par la majesté presque toujours attachée aux masses

poissantes. Ceiïe-ci, bordant une sorte de ravin profond, iospirerait quelque effroi, si l'on n'était rassuré tout d'abord par l'admirable solidité de la partie de fortification servant de hase à cette masse.

La feçade qui re^rde la cour , plus riche d'ornementation que l'autre , présente trois étages , y compris le rez-de-chaussée. Elle se terminait par deux ailes en retour, se développant en demi-cercle , jusqu'à la hauteur du premier étage , par des terrasses que soutenaient de chaque cAté neuf colonnes doriques accouplées : double colonnade d'un effet gracieux, et qui s'har^ moniait heureusement avec les colonnes du même ordre figurant au centre. L'élégance de l'ensembl^ était complétée par divers groupes en marbre espacés sur les terrasses, et dont l'exécution faisait honneur au ciseau de Guillaiu. La double colonnade a disparu il y a quelques années.

La mort surprit Gaston d'Orléans avant que les intérieurs de ce bâtiment aient été achevés; ils ne le furent jamais. On ne peut donc citer comme digne de remarque , que le grand escidier conduisant au premier étage, et dont l'entente générale est majestueuse. Quant aux sculptures dont la cage de cet escalier est décorée , la supériorité de leur exécution laisse r^retter qu'elles appartiennent à une ornementation visant déjà à ce goAt dégénéré qui devait, sous Louis XV , multiplier les rocailles, les guirlandes soutenues par dos amours bouffis , les corbeilles chargées de fruits [et de fleurs : attributs malheureux du genre Trumeau. Félibien rapporte que près du grand escalier , destiné à conduire seulement aux appartements d'honneur , on devait en construire un pour monter aux étages supérieurs. Malheureusement ce projet n'a pas été exécuté; et pour satisfaire aux nécessités du casernement , le génie militaire a fait construire un escalier de la plus monstrueuse conception, et dont la physionomie déplorable dépare même un intérieur de caserne. Quoique HM. les ingénieurs militaires traitent assez généralement la question d'art avec peu de vénération, et que,

dan Inm nains , Je rè^e s»it le snptte ty caMâg oe cbi ri a w , BOU ainums k peiner ^ae b eréatioD étcae^ âe Festalier dont il ft'agit D'émase point de tews iaipiratieiiB; aasâ. umb a-ton assuré qn'aae influence manicipale s'était pronmcéB en ceci et readiHi prépondteanle; àlaboancbeore*^!.

Le «mm^tëtaeol des travaux â« Eestaaratiiw conHaeiicéa aa ébàuaa de Mois ^ sera de séfar^ la partie de VédiÉi» distûite JireoBVvir k nuée, dnUlrimeat d^GastDa^tÉundeanéancssentement; et pour taia, ckaam da ce», àteMiflUBmaite aoga soa enlirâe partMoUtee.

jnsqa'm momenli où I'mIc: de Louîfi XTI sbtb disfanète' da <asnoenent ponr Mrc rsitaiieée, Is: porte pnitciprie da iMtesa swvica d'entrée ^la tronpe; et l'on pémiixem dans Kédà&ce de la reaaÎBmDce -pu aoe porte, oHyeriS' dam. sa façade oxlérieiBei Plu8 tard , la caserne aara son entrée- rma le bidranig diL Fox.

La princqale dépendancB du cliileaa était. ottfa'aa appalait aociennetneaA Favant-our, qtâ , daasles temps laailiiiiiii ii, a reçu le Bom de Plaee éa GhàtâaiL. Aatt^elùs cet e^aca, eampiia daa»lds:fiHti£caliDi»^ipi'atégcaiatit',actla dai8Biu«'B)yrié, on formait on effet l'armaxe immédiate. L'avKit-aMS' était e»- TÎFoanée d'hôtels i)cci^)é» |»r des seigoeiu» MsàiéA à la eaur : loat près da cà&lean se trouTail, comme naos t^avBDsditpeécé^ daniBieat , la noaisan' qu'babils la; cacdiBal d'AmbtBse, ni^ Bisl««:de:LooB:XII; eéte litt habitée-, dam les Wsi|» modiemas, pair aiadan» d» Chatidé. À. la partie- ménidianafo' et l»plus banle de kijdaae, a-'élevaitlafiiillé^lede Saiol-Saiiiiew, eéUsbm par dvrafB fastia» faintorîqae& , et dont t'exist^tce. Femoatait an M.' Mèélei. CcMe église, cpii avaitélé restaucée à plusiouraépDcpies^r Int démolie duraDt la révolutioa : en a'ani rscoenatl )daB l'em{rieoe«Htt, coaTert aajfMud'hiii' di'bafciiatieas partiGoMècst. Lu «haaatnefl de SaioA-Saavew étaîant, teus ie§és> près de la

*PcuMln'daft-inrv«lrii

iT l'etollce ds GmIod i tanè «A^

ET H BVif nBanoiRE. 371

basiliqae qn^S» desservaieut : leurs maisiRB, d'un sipect bm>étste ex^îeDrnnMit, Retient à Inténear tfwta» h» aisanea de b vie ~ wmm avons vu qpft Jean de MonUort , tfae àa Bratar gne , avftU pn Iniiiva- une haspilaiitè digne d'an |rîiu»i seuvenin , Aem un de ces psébeadiers.

L'^iaa de SaàntfUairtiti s'âevait aa» à forteiA âe FavanAoavr do ciiâteMi; «in» que la coUégiale^ rite a été démolie pc»dABt la réroluti^, et sar le terrain qu'elle occupai ra a mivert uie coHiiniiicalioD svec la ville , par une ranpe assea nhpUe, ài^ projcVéa «du temps d« GaetoD d'Or^ns. Uds aaœ f^pe , otiverta enlre l'^rérnûbé de l'aila de Lavis Xli et Fa»eiea h4teL d'AnÉimse , coadnit m buboorg du F«îi. Enfin , è l'antre extréwilié de la même aile , une deniiére iaHne tat ménagée sens nœ voAler qai jadis aboutisBait h m pcmt-levis , défendu par doux toars. Là l'enceioleda (Uteau s» jotgiuBt, non loin de la Porte^té, atu. onvrages cpi dé£eaadaienl la villes Si l'on pcBèUr» dans les maians qui ewvinuaaat h, Place da €tiAtesa , on j renarqne encore des fragment» de mwaiile ayant i^yartenu à cette enceinte.

Les jardins da diAteiin étaient divâés en jardins hanksetjar^ dfas htt& : eta deniers s'étendaient sur l'eupbcesaent de la piMe, de Fé^ise et àm Utiment d'IialntaliBa des Jésuites; ks jardin hante oocnpai«>tun vaMe terrain, de l'antre cété dn fkemiD créas ceoduîsnl au faubosrg dai F«ix. Om a'j rendait dn tMteaa par un» arcade partant du paviHtm qui se joint àl'aite de la riTiïrTnrr Mona avons vu (fue tes jardins dont aoua ve- ROiB d'iadiqner la sitinticHi o&airait , au xvn.' siàeèe , les jUtB ridbea; «UectionB de plantes médioinaies qui «xistasBenC en VraMB; Des j»«Hîiift bas , où Gsthcrine de Médicis avait logé les Gapncifle à leur armée iKois, or passait dana nne pramenadle appelée les Allées, aboutissant à la forêt de Biois.

Une: aub'e d^)eodance du i^iAleaa était le terrain appdé leg iàcsi, aa leqBRl fl'exécataiest les joAtas et tonrneis dont nmB atvaSB cité xai exempte a«us le règne de Louis XIL Nous craisr-

. Cc-^oglc

37â HI8T0IBE VE BLOIS

drions d'errer en précisant la position de ces. Lices, qui, sdon les anciens historiens de la localité, se trouvaient au-delà (hi fossé, e\, selon toutes les apparences, derrière les jardins hauts.

Le château de Blois fut affecté au casernement vers la fin de 1788 : les régiments de Royal-^^omtois , de Rouergue , de Boussillon et de Bassigny y tinrent garnison jusqu'en 1793. Durant la révolution , plusieurs bataillons de volontaires y furent casernes : ceux de Loir-et-Ober y reçurent leur organisation , en 17d3, lorsqu'on leva la première réquisition. En 1810, l'empereur ayant concédé aux villes la nue-propriété des bâtiments militaires , le château de Blois fut acquis à la ville , qui demeura chargée de l'entretenir , ce dont le corps municipal s'occupa , il faut en convenir, avec nn oubli complet du sentiment de l'art. Toutefois, HM. les officiers du génie, nous aimons à le constater, tempérèrent, autant qu'il fut en eux, cet oubli.

En 1825, on eut un moment l'intention de placer la préfecture au château : le bâtiment de Gaston , alors encore considéré comme la plus noble partie de l'édifice , devait recevoir le premier administrateur du département , et l'on se proposait aussi d'y établir les corps judiciaires. Dans l'eséculion de ce projet , l'aile de Louis XII, cebijou de l'ère gothique, devait être démolie et remplacée par une grille. Heureusement cette pro^ nation n'a point été accomplie. En 1833, le conseil municipal ayant eu l'ambition de loger au château un régiment entier , ce' qui ne s'était point encore vu , et n'a pas même eu lieu depuis,, l'aile de Gaston fut livrée au casernement, ainsi qu$ l'était, depnis 1788 , l'aile de la renaissance. Plus tard , on eut à se féliciter de cette disposition, parce que le bâtiment duxvu.' siècle , ayant pu suffire à loger la garnison , celui du seizième put être restitué aux arts , qui vont restaurer ce chef-d'œuvre si long-temps dégradé.

On regarde encore comme une ancienne annexe du château , l'édifice servant aujourd'hui à la manutention des vivres de la guerre, et qui conserve le. nom de bains de Catherine de Médi-

ois. A part quelques fenêtres d'architecture gothique des derniers temps, ce monument se recommande peu à l'attention de l'archéologue ; et rien , à l'intérieur , ne rappelle l'établissement dont il a retenu la désignation.

La tour de Beauvoir , servant aujourd'hui de prison, ne fiit point , comme l'ont prétendu plusieurs historiens , la demeure primitive des comtes de Blois ; encore moins sa construction remonte-Uelle à la période gallo-romaine: l'assertion sur cette dernière origine est une de ces fables accréditées dans les derniers siècles par l'ignorance des soi-disants antiquaires qui disaient bâtir le ChAtelet de Paris par Jules-César. La tour de Beauvoir porte le caractère d'un monument du xn.' siècle. En 4256, Louis de ChâtilloQ l'acheta de Jehan de Saint-Brisson , qui la tenait d'Hervé de Beauvoir , seigneur d'Herbault , dont elle retint le nom. Pour établir la niaisoa d'arrêt dans ce vieux édifice, on y a joint les bâtiments d'un couvent.

L'édifice ou siègent les corps judiciaires , en attendant qu'on mette à leur disposition le nouveau palais de justice, dont la construction se termine , présente des parties qui remontent au xin.° siècle : il est facile de reconnaître le style de cette époque aux chapiteaux des colonnes qui soutiennent la voûte du rezde-chaussée. Les comtes de la maison d'Orléans firent continuer ou reconstruire ce monument ; toutefois , les travaux furent exécutés avecune telle lenteur, qu'ils n'étaient pas terminés à la fin du XTi.° siècle, puisque Henri III y mit la dernière main. Cette longue suite d'interventions ne produisit eu définitive qu'une construction disgracieuse, qui donne un aspect austère a l'extrémité ouest de la place Saint^Louis. C'est diius ce bâtiment que siègent, depuis l'année 4429, les diverses juridictions de Blois : là se trouvaient réunis autrefois le bailliage, le présidial , l'élection , les eaux et forêts et la chambre des comptes; l'éphémère conseil supérieur, créé par Meaupou, y siéga aussi; enfin, depuis la révolution, les tribunaux de première instance , de paix et de commerce sont réunis dans ce local , oti

S74 WHTftKB as BL013

sa tieELoent égaleaieat les assises. Le rei(-d»<kaastée du palas de justice est caosacré à la ternie du marché an 1^.

Nous l'avoDS dit préoédematoat, l'a^sotrOMir idu eUtefto étaât environnée d'hôtels habités jadis par les seigneurs attadiés ^i la cour de Blois , ou qui s'étaieot faiis les coortisans des prioees oq des rois durant leur s^ur dans cette viUe. A part l'hMd d'Amboise , dont nous avoas parlé , ces bâbcis , dénaturés au remplacés par des baMtatieus modernefi, n'ezist)e«t pins qne éams les snuvenirs ou l«s ttaditic^s. Mais on voit , rue Cbemuten , me ancieoite demeura seigaeiiriale, oocufiée BiqiHird'hin par ose pension de garçeos, et qw i'<ai coanf^ sous le son d'bUelde Guise. Cet édifice, bàtî sur le rmnpart, au Bord-<ooest de la ville, ceosefve le caractère d'un mcovunent du m.' Bi&ile, avec se& cou-tines et ses kum. Quelques écrivaàas omt avascé ^e le doc de Guise partit de catte demeure , le 23 décranbre 1588, pour se rendre au conseÀl: c'est une «meor; oe prince babilAit le cbâteau, et probablemeBt l'aile ideLooia XD.

L'ikàtel d'Âlluye , situé rue Sainb-Honotié , n'est passeut^aeitt remarquable |>arce que ce fut la demeare du célèbre ï^orinMDd Bobertet, ministre sous Louis Xll et «irintAndonl des imaoces sons Françttis 1.*; cette maison se raoesiiBande wasi par sa cimstruction. Me ap^tartient à l'époque de la rensiassBoe , et l'an remarque , dans plusieurs parties mt^i'ieiiree de fë^fifice, des détails d'ime délicatesse exquise. Dans "BDe f»èoe du r^-dechaussée, maintenant Iransfbrfiiée enctHsine, il esi^te*:^elques restes do décoration [peinture et dorare] encore d'vne grande Ëralcheur , mais qu'interrompent des distributians moderaes. Au premier étage , on pénètre dans les appartements par sie galerie élégante, que décôrcat des scolpbires d'un «iseau habile. Iim& rintérieur de l'bâtel, se tmovent souvent répétée» les armes de Aobertet etsa devise : Parget ugae, se rf^partant à riotégrité de sa plurae , la seule qu'il ait ora psvvoir, de san temps, défendre contre l'impulatiou de val. > ,

Nous aWs d^à {>arlé de la jnaiaoa de Denis JkifnBt, câè-

ET BE Ua TESBOnaiRE. S7S

trejnrMoansulteblésois bu3lti.° ^iole, el aous-avoDs raitporté le4àbtfqai s'<étaitâevé«Dti>e FloriiDMidEabertetetliB, àprcH pos de cette sasistm. L'bBbileté«t le droit combatlaienl pour le k^iste; mais le pouvoir élwt la raisiHi du mimstroî Je triam;^ du premier ne pouvait être que fort restmot. Ausat aa imaisoD est«Ue «omue enveloppée par 1^ mars de l'h&ieA d'AUufe. On remanpifi lontefoia daas l'-espace étroit ^oi fut réservé aux ooostniclMOS de I>np(»(, qaelques déUkUs {élégaots et de bon goût, ra])pd&Bt la belle BraUtectare des premières aoBéee chi XVI.* «àcle. Nous eiteroBS particulièremeat la cage de l'efioalier, oraée «xlérieureraent 4e sculptapeë et de devi&es allégeriques. L'ÎBlérieur de la aaiaaa , dëisaturée dans les tnups mederiies , ■e laisse plus reconoallre le style de la reoaisBaDce.

Uue kistoire poremeut maaumraitale, qoenoB limites oe nous ont pas peraùs d'eatrâpr^uire , devrait oSrxr la descripticm d'un assez grand Dombre d'iiétels historiques eiicore exàstaota à £lai$ , mais dont il iaul étudier les restes k bravers les coustructions , plus «u uoiiis moderoes, qui les eHviraimeat ou les déuatureot ea partie. Cette tâche est celle de l' archéologue j nous y reviendrons peut-être un jour. BiaJs nous devons dès ce momeot ^ nos lecteurs une meoition sufiSsante des monuments religieux que renferme la ville de Wûs -. l'un de œs édifices surtout mérite d'être classé parmi les basiliques remarquables du royaume. Nous voukms parler de l'Oise élevée par les Bénédiclias de Saint-Laumer , pendue au culte , à l'époque du >conoordat de 1801 , aaaa le vocable de Sain£-Nicolas , et du)oard'htti Ivne des trois paraisses de la ville. SûiUnNicolBS eat une basilique i irois nefs, av«c transept et abside tàrcukmt autour du chœur. Dans son ensemble , «e monument appartient à r-^>oqae de tranûtioe : oa y remarque^et les dernières inspiralions de l'Ère roBoane , et le» d^uts dn gotiiique primitif. U «si au surplus aisé de distÎQguer les époques que nous signalons : la phts aBcienne partie, depuis la chapelle du Christ jusqu'à la première ar«aâe de It nef, se rafpitfte au milieu du su.* siècle., et ap-

376 msTontB db blois

parlient an bysantin lleari ; le portail , jasqa'à la base des toars, est des dernières années du même siède ; enfin , la nef rappelle l'époqae de transition, c'est-à-dire leconuDencement da un.* siècle. Quant aux tours , nous ne les croyons pas antérieures an milieu du siècle suivant.

Vue à l'intérieur , l'Oise de Saint-Nicolas est d'an efiet imposant , et l'art des diverses périodes de sa construction y a déployé quelques richesses, qui toutefois ne sont pas exemples des écarts du ciseau. A l'extérieur, cette basilique présente un aspect misérable résultant de sa dégradation , et sollicite d'urgentes restaurations, commencées depuis long-temps par la réparation des tours. Plusieurs personn^^ éminents ont été inhumés h Saint-Nicolas : on y voyait autrefois les sépultures de Guy H de Dampierre; d'Isabelle de France, fille de Charles VI , comtesse de Blois; de Guillaume Pot, premier chambellan de Charles VIU , gouverneur d'Orléans , de Tours et de Blois ; enfin , de Pierre de Horvilliers , seigneur de Gormeré. Il est probable que plusieurs abbés de Saint-Lanraer reposaient aussi dans la chapelle sépulcrale de Saint-Nicolas, ouvrage du xiv.' siècle.

L'église de Saint-Saturnin, située au faubourg de Vienne, se pr^ente, après Saint -Ni col as, dans l'ordre d'importance artistique. Selon le légendaire de saint Eusice , cette église remonte iiu II.' siècle. Ce n'était alors qu'une chapelle , sous le vocable de Saint-Antoine-d es-Bois ; elle avait été déjà reconstruite, lorsqu'en I (00 on y attacha te titre de paroisse. Au commencement àa XVI.' siècle, l'édifice fut reconstruit de nouveau par l'ordre et aux frais d'Anne de Bretagne; mais il ne fut connu qu'en 155S sous le nom de Saint-Saturnin. Le caractère général de cette basilique est celui du gothique fleuri ; mais elle n'en offre pas les richesses à un degré éminent : des restaurations du ivn.« siècle, ordonnées par Marie deMédicis, ont altéré l'ordonnance primitive. D'autres restaurations viennent d'être effectuées, et quoiqu'assez bien entendues, elles ont contribué à décaractériser le monument. L'extérieur satisfoil davantage l'œil exercé

ET DE son TERRITOIRE. 377

de rarchéol(^e ; à la façade principale, on remarque la porte du milieu dont le fronton pyramidal est d'un bel effet, et les deux petites portes qui l'accompagnent offrent des détails d'un travail soigné. Malheureusement la partie supérieure de cette façade est inachevée. Les deux portes latérales méritent aussi quelque attention ; on y retrouve les mêmes dispositions qu'à l'entrée principale : Toûte surbaissée, archivolte à trois rangs de nervures prismatiques, clochetons, pinacles et feuilles frisées ; en^n toute l'ornementation qui constitue le gothique fleuri.

Un tableau d'une assez mauvaise exécution et placé au-dessus de l'autel de la Vierge , représente les capucins de Blois mettant cette ville sous la protection de Marie pendant la peste de 1 631 . Un autre tableau, attaché è l'un des piliers de la même chapelle, représente les Viennois implorant la miséricorde divine , après la chute dupont, eani6. L'église est mieux ornée par quelques statues de grande dimension, rappelant le faire du xth.* siècle.

L'église des Jésuites , située au nord du château et construite à peu prés aux frais de Gaston d'Orléans , appartient à cette époque où l'architecture religieuse, pour avoir perdu son véritable caractère , ne manquait pourtant pas encore de majesté. La nef unique et le chœur offrent quelques détails d'ornementation remarquables ; mais cet intérieur est généralement assez nu , car on a fait peu de frais artistiques pour recueillir le cœur de Gaston , celui de mademoiselle de Hontpensier, sa fille, et celui de la reine de Pt^ogne , veuve du grand Sobieski. La (kçade extérieure et le dôme ne manquent pas de style : on retrouve ici , comme partout , le type architectural , toujours uniforme , dont la compagnie de Jésus ne s'est écartée nulle part dans ses constructions. Pour ne plus revenir sur l'ancien établissement des Jésuites à Blois , nous devons ajouter que les bâtiments du ooUége qu'ils avaient fondé, et que dirigèrent après eux des professeurs laïques , ont été , dans les temps modernes , affectés au bureau de bienfaiBance , et qu'on y a établi plus ré-

378 HlfiTOnE ME BLOIS

ceiDBwnat UD hospice d'aliénés, sous la directioo de dem médeâa s exercés au traitemeat des œ^dies mentales.

Dans l'ordre d'importaDoe que nous avons dû nous prescrire en abordant des descriplioDG monumentales, l'église de Saint- Louis, toBte cathédrale qu'elle est, devait occuper le dernier rang. C'est, eu effet , un édifice saus aucune valeur artistique , à part la tour, dont la ootistruction est d'un eSet impesaot. Nous avons vu que, selon de grandes probabilités, oo peut' taire remonter cette église au vh<' siècle , et qu'elle fut d'abord dédiée à saint Pierre, puis à saint Soleone. Sous ce dernier vocable, e4te Ait reconstruite, sans doute dans la première moitié du ii.° siècle : on reconnaît mâme au pied de la tour, sous le porche, l'architecture de cette époque, clairement exprimée par des détails auxquels ne se trompent pas les archéologues , tels que oette grossière ornementation en dents de scie , assee •ouveul eiBployée dans la style rooiaa du z." «u xi.' siècle. L'église oollégiale de Saînt-Solenne fut détruite par un ouragan en (678, et reconstruite presque imatédistement aux frais du ministre Golbert et de sa fauiioe. L'intérieur se compose de trois tte&, a;vec abside circulant autour du chœur. Ce vaisseau est vaste, mais sans majesté , sans caractère , pareil ea un mot à toutes les églises bâties à une époque où l'arcjiitectura chrétienne , comme l'appelle 11. de Cbâteaubriaud , avait cessé d'être comprise. Cet intérieur oe parle point à l'ame; et l'iiapie même , qiù se sent ému dans nos vieilles basiliques, restei^t ûoid à Saintjiouis.

Plusieius maisons nobles du Blésois firent des dons oousidérabies à l'f^sa collégiale et paroissiale de Saiot-Louis : parmi ces donataires , ou cite les maisons de fioudet , de JUorviUiers , de BasmaisoB et do iBadoux. Sans doute oes générosités pieuses ne S9 retrouvent plus, au t«mps où nous vivons, dans le cœur des fidèles qui prient aux autels de cette basilique épiscopale et paroissiale : on est affligé, eu la parcourant, de son extrême nudité. On n'y remarque , pour unique décoration , que les sta-

ET DE SOK TERsnonE. 379

tioas de J) passiDO da Sauvmir, lithographies «ppendues anx pi&ers. Un difatoau mëdiocre, repr^enunt Saini-Lotiis rendant la justice sous le fauieui cWdc de Vincennes , *st placé hu fotid dvcbceur. Si tes «Meors d'itinéraires men liomionl cette peinture , ce sera peur sigQsler ia bamne^pée du vainqoear de Tatllebourg attachée A son clUbt droit.

L'histoire n'a pointa s'ooouper des maisons de rcJ;roite fondées à Blots dans les temps modernes, et qui, suis que les institutions monastiques aient été rétablies en France, eiut re^ le nom de oouvenls. Hais, oomme document historique , nous devons ooDs^œr ici la désignation des communautés qui existaient dans oette ville avant la révolution : désignation qœ nous n'avoQs peut-être pas prodaite complète dans nos récits. Les mo' nastères d'hommes , après le baniûsseaient des iéstiitcs, étaient l'abbaye de Saistriâumer, celle de Booi^Moyen , les Gordeliers, les Capudos, les Jf iaimes , Saint-Lamre , les Jacobins et 1» Augustins. Les oouvents de femmes étaient les Carmélites , tes Vénuiiques , les Ursolines et les Visitandinea.

11 Gustait Butrefcia à Blois sept églises paroissiafes : Saint- Soleniie, Saint-!fartin-de9~CluMix , Saint^auveur , Saint-Nicolas, Saint-lioiioré , Saint'-âatumin et Saint- Victor . Trvis parmsses seulement ont été conservées par le concordat de 180^ : Saint- Louis , Saint-Nicolas et SaiDtrSâtumin. Le culte est célébré dans l'ancieBoe é^iae des Jésuites , h titre de succursale.

Il nens reste b perier des ëdilkeB modernes ceosaorés à des institutions religieuses ou à des 3er?ices pnUios : ils sont peu omnbirMix, et jusqu'à ce jour , l'évéché seul est digne de quelque attention. C'est un hôtel bAti dans le goilt de In fin du i»ii.* siècle , et qui reçoit son principal agrément de l'admirable silmation qu'il ocoipe. Le jardin haut de l'évéché n'est qu'une terrasse , d'où la vue plane sur l'on des beauv paysans de l'Europe; la iardin bas n'est qu'un simple potager. Le si^e épiseopel ayant été supprimé en 1801 , la préfecture tul établie à T'é^^dh^^ VA 181 i~, rimpératrtca Uarie-Looise y fit le breCs^eur

380 BISTOIBE DE BLOIS

dontnous avons rapporté les détails; enfin, CD 1833, H.révéquedeBlois, installé dans cette année , prit possession du palais qu'avaient habité ses prédécesseurs.

Alors on venait de construire la préfectnre actuelle , édifice de mauvais goût, qui n'aurait pu recevoir les bureaux de cette administration si l'on n'y e&t joint les anciens bâtiments de la Visilatioo. La préfecture fut pourtant considérée comme devant orner le cdté nord de la place nommée la Grande-Pièce; et c'est à l'ouest de cette même place que l'on construit en ce moment le nouveau palais de justice. Ce monument , bâti sous la direction de H. Massé, architecte de la ville, n'est pas encore terminé ; on peut cependant reconnaître dans l'ensemble de la construction une certaine splendeur architecturale. Les dispositions intérieures nous sont inconnues : ni les plans ni les projets de décoration ne nous ont été communiqués. Hais M. Hassé a des précédents honorables, et nous le savons homme de goQt.

Dans tes projets d'embellissement de la ville , exécutés avec une lenteur impérieusement commandée par l'insuffisance des fonds, un vaste bâtiment destiné à recevoir unhépital doit être construit vis-à-vis le palais de justice , c'est-à-dire à l'est de la Grande-Pièce. 11 ne restera plus à orner, après cette construction , que le coté sud de cette place , maintenant attristé par un reste de l'ancienne muraille d'enceinte.

Un peu en arrière de la Grande-Pièce , vers le sud-est, ona élevé, durant la restauration, un grand bâtiment destiné à remplacer le séminaire , aliéné à ta révolution. De nombreux élèves du sacerdoce sont entretenus dans cet établissement, auquel une chapeUe est annexée.

L'hôtel-de-ville , dont l'entrée principale est sur le quai , ne peut-être considéré comme un édifice entièrement moderne ; sa partie antérieure seulement a été reconstruite vers la fin du xvni.' siècle. Le surplus de la maison existait déjà, lorsqu'au 1 457 elle fut adietée par Jean de Saveose , écuyer du roi et gouverneur du comté de Blois , à Catherine et Jeanne de Beauviiliers

moyennant la somme de trois cents écus d'or. Plus tard, Jean de Saveuse donna cet bdtel à la ville , à condition qu'il serait dit, tons les lundis, une messe à l'intention du dooateur , dans la chapelle de Saint-Fiacre, sur le pont. Avant cette donation , le corps municipal s'assemblait dans une des salles de Bourg- Moyen. Autrefois, la principale entrée de l'hôtel-de-ville était rue de la Foulerie ; cette entrée existe encore ; mais elle est rarement ouverte au public. L'intérieur de l'hôtel de la mairie n'a rien de fastueux : ce sont des appartements à peine bourgeois, où l'on ne remarque aucun de ces monuments historiques que les magistrats municipaux se plaisent ordinairement à conserver. La bibliothèque seule mérite d'être citée : c'est une pièce ovale bien appropriée à son usage et décorée avec simplicité mais avec goùL. Dans une salle voisine , se trouve un tableau d'une belle composition , représentant Blanche de Castille , touchant de sa baguette royale la porte d'une prison oii le chapitre métropolitain de Paris tenait enfermés des paysans , ses vassaux, parce qu'ils n'avaient pas payé le cens. Le geste de la reine exprime une noble indignation; son regard étincelle; on voit que son attouchement est le signal donué à ses gardes de briser la porte pour rendre la liberté aux captifs du chapitre. Ce tableau était destiné à l'église de Saint-Louis , mais la susceptibilité ecclésiastique s'en est émue ; cette page historique a été reléguée dans une salle de l'hôtel-de-ville.

Le pont de Blois passa long-temps pour un des plus beaux de laFranceidenosjoursilena été construitde plus élégants, mais aucun n'égale, peut-être, celui-ci en solidité. Nous avons dit ailleurs que l'ancien pont fut emporté en 1746 par les glaces, avec la chapelle Saint-Fiacre construite vers. le milieu , et qui , parmi les Blésois , était en grande vénération. Noua avons vu qu'il fallût de pressantes instances pour obtenir la reconstruction du pont détruit ; elle fut enfin ordonnée : les travaux commencèrent en I7n, sous la direction de MM. Gabriel et Pitou, architectes du roi ; ils furent terminés , comme nous l'avons dit

383 atSTonB de blws

ailleurs , en 1794. La longneur tolsie du monusi^Dt est d« trois cent deux mètres ; ss largeur] de quatorze mètres ; s» hanteor de Ireiae mètres six décimètres «i-dessus des moyenDes eaux. La dépense s'étev» a dis-hnit cent mille livres; cette constmotion coûterait aujourd'liui quatre miltioBS de (Vaucs.

A la partie moyenne du pont , s'élève une espèce d» pyrMntde se terminant par une croix, et d'un styto médiocre, irais, dont la base oRre, à sa tace exlérieore, c'est-à-dire en dehors dti parapet , des ba&-re)iek attribués à Coyserox. Les habitants de Mois, par liculière meut ceux de Vienne, ont reporté sar cette croii la vénération que leur inspirait t*ofBtoipe de SaintiJ'iacre; tout récemment , elle a été le sujet d'une vive dissidence eatre le conseil muniaipal et une partie de la pt^mtatïM) : cette circonstance nécessite quelques déreloppwneols qui no serourt pas sans intérêt dans l^isloire qa& nous éonvons. 11 y a dix ans , on avait oublié pnrmi les Bl^is érndits , et l'on ^norsit complètement en général ^ BIms que Denis Papin , qur te ^-omier découvrit la puissance locomotive de la vapeor , était e»tent de cotte ville. On passait froidement, swr la place Sanat- Louis , devant la maison où' naqait ce cétebre phyEMÎen , ée qui f'on peut dire : rejtovabit faciem lerrm. Il faut bien Favoner, on se montre fort peu sensiWo a» cheF-lieo du dépaitemenl de Loiret-Cher, aux renommées qui n'ont pesle retentissement de l'or; le blason même , dont l'éclat éblouit pourtant certaines classes du Biésoîs , y ]>erdrait bieaHïl tout son crédit , s'il ne se recommandait pas par l'opuïence. Or, tes iHustralions sans titres et sans argent seraient dos vaTeurs nuHes sur ce t'errtloire , n'était l'existence des sociétés savantes qui s'y sent formées : elïes seates protestent en feveur des gloires dont le pays pem se prératoir. Ainsi ta Société des sciences- et lettres, frappée d'une notice dana laquelle un des princes de la science moiJerae , M. Arago , revendiquait, au nom de ta France, Vapplieation de la vapeur a» magique usage qui nous étonne eneere , et restituait cette découverte à Denis Papin, la Société des sciences et lettres , dî-

ET DE son TBIlHVtOIRE. 383

9on»-noos, mît an concours l'éloge de ce savant lîu mi.'siède. Denx Notices très remarquables forenlpobliées: l'unepar M, Dnplessis, l'autre par M. le docteur Dhcoux.... La gloire de Papin fat eïhumée , et quoique l'on parût en général peu ému de celte exhumulion , les hommes de savoir du pays abordèrent la question d'ériger une statue à celle célébrité blésoîse. Un comité fut formé;M. Arago et le célèbre statuaire David [d'Angers) en firent partie : cet artiste offrit 6 la ville , à titre de don , le modèle de la statue , qui doit être exécutée en br-onie. Alors fut agitée la question secondaire du choix de l'emplacement : le conseil municipal en délibéra et décida , à la majorité d'une sente von, que l'eSigie de Papin serait placée au milieu du pont , et sur la base de la croix , que l'on transporterait ailleurs.

Mais celte disposition n'eut pas l'assentiment de ïa popnTationrde nombreuses pétitions rédamèrent contre la décision du conseil municipal. On voulait bien accepter la %are de Papin , pourvu qu'elle ne déplaçât point la croix : les uns proposèrent de planer le bronze figuratif sur la place Louis SU, d'autres le reléguèrent à la Grande-Pièce, d'autres prétendirent qu'il serait convenablement placé près de l'embarcadère du chemin de for. 11 y en eut qui proposèrent d'élever un Papïn colossal sur la butte des Capucins , à l'exemple de saint Charles Borron»ée au sommet de sa montagne. Cette dernière propoffltien émanait an moins d'une imagination poétique : j'illuslre promoteur du pouvoir de la vapeur, dfnninaut tout à )a fms, d'un point culminant du Késois, et le cours d'un grand fle»ve que sillonnent de rapides steamers, et le rail-waf que parcoareot les wagons avec plus de vélocité encore, ily a Ift, noos l'avouons , une inspiration opulente d'allégorie. Elle n'est pourtant pas sans une fâcheuse compensation : Papîu serait ainsi plac^ très haut ; mais ses comp.tiriotes le rejeleraient hors de leurs murs... Au momenl oii nous écrivons, la queslion est encore indécise.

Nous venons de signaler l'embarcadère du chemin de fer : la

384 HtSTOlRB DE BLOIS

ligne de Paris à Bordeaux et à Nantes, après avoir loogé le haut de )a ville au-delà de la jporte Chartraine, et traversé le faubourg appelé les Graoges , rencoolrera cet embarcadère , à rentrée des Grandes-Allées , regardant de sa façade principale le cours de la Loire. Cet édifice est d'une construction simple, mais assez monumentale, et rien d'utile au service n'y a été omis. On parvient de la ville à l'embarcadère par un chemin spécial qui vient d'être achevé , et dont la direction , à travers la place dite des Jésuites , a provoque de nombreuses réclamations. Hais on ne peut apparemment y avoir égard , vu la nécessité de rendre plus douce la pente assez âpre qui conduisait de la place aux Grandes-Âllées.

Les géographes ont exalté les fontaines de Blois ; il s'en faut pourtant de beaucoup que ce système hydraulique soit complet. Les quartiers hauts ne sont pourvus d'eau que par des puits profonds , et'par une citerne creusée sous la place Saint- Louis , et qui n'est en état de recevoir les eaux que depuis quelques années. D'un autre côté, les faubourg du Foix et de Vienne sont alimentés aussi par des puits. La partie centrale de la ville seule possède des fontaines : elles sont au nombre de huit. Sept reçoivent l'eau d'un réservoir commun appelé le Gouffre , et placé derrière l'hospice des aliénés, à vingt pieds de profondeur. Ce bassin , ouvert à l'extrémité de l'aqueduc souterrain qui, des hauteurs, amène les eaux à Blois, est, comme nous l'avons dit, attribué aux Romains. La huitième fontaine, située place Saint-Nicolas , reçoit l'eau du rocher par un canal aboutissant à une sorte de petit lac situé dans la rue des Degrés SaintrNicolas. indépendamment de ces fontaines, il existe, sur la place des Jésuites, une pompe construite par l'ordre de H. Corhigny, et qui a retenule nom de ce préfet. Quoique petite, elle est d'une forme assez monumentale. Sous ce dernier rapport, on doit citer la fontaine dite de Louis XII, située sur la place du même nom , et dont la construction remonte au règne de ce boa roi. Par malheur, ce petit monument de l'ère gothique n'est

plus qu'une raine ; sa restauration serait une conséqueDce logique de celle du château : M. Bubao ae manquera pas de fixer l'attention du conseil municipal sur cette utile réparation.

Avant de, quitter la place Louis XII , nous dirons quelques .mots du théâtre, qui occupeouplutôt qui disgracie un des côtés de cette place. La situation est convenable ; mais l'édifice , véritable balle, intérieurement et extérieurement , est du plus hideux aspect. Avec une autre salle de spectacle , la ville de Blois , point intermédiaire entre Paris et les grandes cités du midi et de l'ouest, jouirait souvent du talent des artistes éminents de la capitale ; mais , nous le tenons d'un bon nombre d'entre eux , ils boitent à s'arrêter dans le bouge dramatique dont nousdéplo* rons l'existence. Espérons que l'aristocratie blésoise qui, nous le répétons, se montre assez amie du faste, finira par com< prendre qu'elle ne peut continuer de Taire contraster son ^égance avec le misérable intérieur du théâtre actuel; et que si ^ ville n'est pas assez riche pour élever aux Muses dramatiques un temple digne d'elles, une souscription peut combler le déficit.

II existe à Blois trois hospices, y compris celui des aliénés, déjà mentionné. L'Hôtel-Dieu, fondé par Thibault V, comte de Blois, est le plus ancien de ces établissements. François L" et Henri II firent relever le bâtiment qu'il occupait ; Gaston'y ajouta un corps-d&4ogis ; mais dans les temps modernes , cet hospice a été transféré dans l'ancienne abbaye de Saint-Laumer ; on travaille aujourd'hui à son aggrandissement. Cet établissement est consacré au soulagement des indigents malades; les militaires y sont admis, moyennant allocation des journées d'hôpital par le département de la guerre. L'hôpital général, situé au faubourg de Vienne, est un édifice dont la construction récente a été, non sans raison, souvent critiquée. On blâme surtout la position de la chapelle , qui masque une partie de la façade du bâtiment , sans ofi'rir au regard la moindre compensation de beauté architecturale. Mais l'établissement est vaste, commo-

JBD- HIHOnB BB BL«I»

déflMiit distribaà, si disposé pour recevoir : 1.* eent nag* vieiifaràs des àeax sm.es ; 9." q[uatre-vingl» eofonls »pp»rtenant à d«s foninesiedigentes. les «nfonls tronvés yainl admis.

L'bospice des aliénés est âéparlemeiital : tft conseil général vote des fonds |>OBr son entretien. Les deoic aotres hAfilaHX , afiiecAésàta ville de Blms, sont administrés par une cooiinrssion de onae membres, sous la présidence dtf maire. Le s€«-ri*e de santé esl confié A nnmédenn et ÏHn(;hinir|;îen en chef, assistés de deux médecins et nn cbirargien adjoiiris. Hb sont ilesservis pir des etturs de eherité. Le eofiseît générai A» dêparteraent it décidé, pffrson vole de 1&43, la transÏMKmdesaBAiésswrlo pbMcau qui domine te vîtte au nord , en face- d« grand sémïmân, àôtit le nouvel asrte d'aliénés n'est séparé qwe fwr te chMsin neuf qai relie 1» rotife de Paris A Berdeanx h celle d» Bine k Liival. Cinq cents mille frtmcs suffircDl à peine aas frais de construction et d'appropriation. L» choix âa terrai» n'a pa» été heunox : dépourvu d'eao et prrré de tout agrément ewlérîflar, eet établitsemenl est )oin de réunir tes c«ôdrtioie déstrablos. Il faut des dislraclions aux aliénés; les sites variés cod- OBreoli à renpiir ce but sanitaire ; dans k lo«al ioat il s'agît , les imtiMureux »)ïénés ne troavenml rien qui ptmse- faire dîversiauàimirliatliicinatieDhaibitiielle. Dr reste, tes bâtimients, tfuoiqne défMHU'VD& de grâce ftrobitectsrale , sont vastes et oomnodcs; cent qo«r«nte aliénés pourront Mrc he^^nesC reçus donc est anto, dent 1» direelicHi médicMle est oenfiée à un praticien habUe, qui a esercé, en sens ordre , dsns d^autres maiaùot- seaiblsbles.

^ufanden é>vèqiiedeBloîs, Grégctîre, afaitsixxbospioesde octte vUle unle^ qm défMssera trois cents mille fmoes *.

La vi&e de HÔisdoitau préfet Corbigny dei» eimetiéfcâf4as QonwoabteHieiifc disposés que les anciens poar la satobrité :

•Utat(i»me*«»e»p»PïTitMja ajeot* «fcshn meubles rttuéf *ins db autre *-

ET BE son T^rroiRE. 387

I^im est situé dans les d^pen^Dces fe l'ancieD couvent des Capucins; l'autre tn làuboar^ de Vîemt*. L» premier renferme qnel^oes mOTraments funéraires d'une eséculion remarquable,' Gt BOUS n'avons t» éans ce champ du repos éternel , ancnn de ces écarts de l'art que l'on s'afflige de rencontrer dans les ehn»tières de» grandes villes , où k gravité du saje( est sî souvent sacri fié© a rambition ou à la biaarrerie des fàn>il!es.

M. Corbâgwy a feit aussi délwmmer FétaWtssement à BioisdHin riwitoir*; mats la vrHe attend «icore une halle. Sa constructicn viem d'être mise au cBOGours, et toal porte h croire qu'efle sera bitie avant la Sn de l'aiwiée f 8(7.

Benvoyant ce qui novs reste à dire sur la situation de Mois dans letabEsAud'aclualité qui teriBHie celle histoire, nous allons parcourir rsipidetnent le territoire du Hésois , proprefn«»l dit , à Fexdutsion du Venddnwis, dont M. de Péligny publie en ce marnent l'histoire. On ne doit pas s'attendre à nous voir suivre, CMOMMune p»r eomBune, l'itinéraire statistique de la cmlrée : \ei- deserq>tians minutHnses- excéderaient nos limites ; nous ne ' recaeillerons. sur notre route que l'intérêt.

Le Késois fut, »n moyen-âge, une terre esseMicDement féodale-: dtiBS aucune partie de I» France, peut^re, ou ne compta WBtaal dé seigneuries, censéquemment autant de cMtleaur. Beaucoup sont tombés sous le marteau révolutionnaire ou sow 1« pi« démolissear de la baude noire; bewKOup d'antres échoppent à toute mantÎMi historique ou monsmenlale. Nous signalerons seotetncat eeu,x qui se recommande^ sous ce douMe rai>* |Kirt, en snivaot l'ordre d'importance.

€i»mberd se présente an premier rang. Il existait dès le su.*Biàcler sur l'empltteeBMDt oà s'élève maintensat cette merveiUeHse demeure , unmaatNrapfaitea^iLaux contes de BMb. BwBMr cite une chaite rendue k Gbambord-MoafFaultr psr TUbMit-le^an , en H9i. Catberiae deOlermaot, tnëre daThir

* Cet afctttBlrcst mal ftéréron seagt kkbiBBpiIsr-eitlra mat».

haut VI, lui ayant remis le gouvernement du comté de Blois en an , se retira à Chambord. Ce fut dans ce château que mourut le comte Jean de ChâtiUon, en 1280, ce qui donna lieu au plus magnifique convoi qu'on eut encore vu dans le pays , pou r conduire à l'abbayô de la Guiche le corps de ce seigneur. On sait ^ue dans la seconde moitié du xiv.' siècle, Chambord était une forteresse destinée à défendre le comté vers le sud-est, puisqu'on 1356, le sieur de Beaune, gouverneur de ce comté, envoya au sieur Hugues de Barbançon, châtelain de ce fort, une petite garnison, dans la supposition d'une attaque de la part des Anglais. Apparemment le succès des armes d'Albion dans le Blésois ne fut pas alors sans compensation , car il se trouvait des prisonniers anglais enfermés à Chambord en 1359.

Chambord passa à la maison d'Orléans avec le comte de Blois, à la fin du uv.' siècle; cediâteau, sous le règne de Charles VU, fut un des boulevards duBlésois ; à l'avènement de Louis XII , la terre devint partie intégrale du domaine de la couronne. Alors le vieux manoir des comtes de Blois, plusieurs fois restauré sans doute , se trouvait bien peu en rapport de magnificence avec les châteaux dont la brillante architecture gothique avait paré les campagnes du royaume ; 6 peine la cour y marquait-elle quelquefois ses repos de chasse. Hais l'amour embellit tous les aspects : François I." , épris de la belle comtesse de Toury , se plut dans ce vieux manoir , voisin du château de cette noble dame. Gomme tous les amants , le roi crut à l'éternité d'une flamme qui commençait,' et ce fut, comme nous l'avons dit aOleurs , sous l'empire de ce pàroxisme de tendresse , qu'il songea il iaire construire , au milieu de l'aride Sologne , le palais féerique que nous avons à décrire. Assurément, lorsque les travaux furent décidés, le roi-chevalier avait fait succéder plus d'une nouvelle passion â celle que nous venons de signaler ; mais , soit que le souvenir en fût encore doux pour lui , soit que les forêts giboyeuses des bords du Cosson attirassent ce prince, le château de Chambord fut commencé en 1526, selon Bernier, et

Félibien , h L'opinion de qui se soDt ralliés HH. de la Saussaye et Yergnaud-Romagnési , auteurs de deux Notices sur cette ancienne résideace royale. La construction fut longue, quoique poussée avec activité : François I." ne la vît pas terminer ; mais il ne jouit pas moins de cette villa grandiose , ainsi que nous l'avons rapporté dans la partie purement historique de notre livre. Henri II fit continuer les travaux commencés par son père, et, comme lui, fit de Chambord l'asile peu mystérieux de ses amours. Charles IX parut rarement dans ce château ; toutefois on travailla , de son temps , non seulement à son achèvement , mats aux réparations que dès-lors il fallut faire à diverses parties de l'édifice. Louis XIII aimait Chambord et s'y rendait souvent dans la belle saison. Ce ne fut pas, on le sait , pour y réveiller les échos amoureux provoqués par les amants couronnés de la duchesse d'Ëtampes et de Diane de Poitiers. Ces échos ne restèrent pourtant pas endormis sous le régne du fils d'Henri IV ■. si ses amours étaient vierges , ceux des dames et des seigneurs de sa cour ne se piquaient point d'une telle condition. Sous Louis £111 , des plans laissés précédemment par Serlio, architecte bolonais, mort en 1S53, apportèrent quelques changements aux plans de l'architecte priroitif, décidément inconnu jusqu'à ce jour. Hansard vint à son tour , sous le grand roi , et fit peut-être ici l'essai de l'étage appelé mansarde. S'il nous est permis d'émettre à ce sujet une supposition assez rationnelle , nous dirons qu'à notre avis, l'étage placé au-dessus de la naissance du toit n'est point une innovation de Hansard ; il se trouve dans tous les hdtels appartenant au gothique fleuri : et les fenêtres qui édairent les chambres ainsi placées sont un des plus riches ornements de ce style. La renaissance s'empara de ce système, dont elle fit à son tour la plus opulente partie de son ornementation. Mansard se borna donc à supprimer cette élégante décoration, parce qu'il pensa que l'étage du toit, destiné à loger les officiers d'une maison princière ou la domesticité , ne devait pas l'emporter sur les étages habités par les maîtres, il

390 HUTOUI DB ILOIS

subordowia en ceci la questioa d'ari à eeHe ds vanité : les ai>tîstes des âièdeB préoédent savateat eu en vuo.h nofalosBe dos BMmwneiUsj Varliste eourttsaD de Louis XIV ne songea qn'i flatiter l'anMMu^propre des{>ersoaae».

Le cbAteaii de Chamberd est uœ ceavro ({u'il bat vxàr fmar biwt dHBpreadre sa Ki^uifioeoce : la plume décrit impariâileméat «e que Je piooeau raâaie ue peat reproduire av«o fldt^Hé. A la pruaière vue de ce chef-d'isuvre, dans T'CxéciiUiKi duquel se eombioeat souvent, mais «e iieurteat quelquefoiE des înspiraUoQS diverses , il est cepeodaitt aisé da rtaxiDiultre ceUes transmises par FrançMs 1." 4hi preaiier consiruoteur. Ce aoaveraia, reveoa d'Italie l'imagination remplie des richesses ino- Dumentales de ce pays, ne voulut pas Ututefais leur saorifier les rêves «^evalerasques dont il se ber^fa tuute sa vie. Il ra commanda à l'arcbitecta d'imprijuer i sou ceuvre ane ^ysio> oooùe chdteiaine, mais eiii];W[ie Ue toutes les coquetteries de l'art ilalien. Ainsi François I.", paJadia pstr la raprésentatna , se couvrait de la robuste armure de Du Olesdin , mais incnialde d'or , et pwtait le casque de Clissoa , avec un oruemeat de piapreries. Noos ne pouvons offrir à nos leeteura uue dascnption plus précise de Chambord, qu'en rempruatant è un antre 4e nos ouvrages , La Loére historique, « Le plan générai des conatructktos, est-drapporté dans celte composition, forme vm cairé long dâ quatre-vingts toises, sur soixante, dont les animes scot Oanqués de quatre grosses tours; mais la lace du nord est seule ' terminée. Les trois autres, inac^véea, sans caractère, ne soTr vent qu'à marquer l'eoceinle. Les deux tours qui flanquent les constructions du ^di n'ont été que oamm^Qoées : un gros corpe de bâtiment, aussi flanqué de tours , forme, èi l'extérieur de ta façade nord , un relief quadreogulsure , pour figurer une sorte de doQ^ ; o'«st l'expreasi^w arcytetitooique de la penséo de François I." Mais oe dofijou n'est phi» uoe da ces fermiâables citadeties, dernier reluge des défenseurs d'us «^teen-rort^ ta puissance féodale semUe avoir aL^nré ici le sain de sa sOreld ,

ET BS SOM TEIBITÛIIE. 391

pour ne se préoccuper que du sentienent de sa graiuleur. La £tçade du grand carps-de-l<^is et celle du bâtiment qui fait saillie au cenU-e , ofireut un coup-d'œil où se réalise tout ce que la fa- Ue orientale u créé de poétiques idéalitéB.

j) La (léooTBlieQ extérieure du château esÀ sim {de jusqu'au dIveau des terrasses qui couvrent le doajon : elle se compose de pilastres appliqués à des distances ^les , que surmoate uo entabletoent , où se rencontreat d'heureux détails , mais doot l'e»aemUe n'ost pas exempt de pesanteur. I^ partie prestigieuse da ce monument est la dispositioa pyramidale des combles. Consultes vingt architectes , ils vous diront que le toit d'un édifice est la pierre d'achoppement du génie coostruoteur ; les architectes du moyeu-dge ne pensaientpas ainsi, et leurs travaux le prouvent. Nulle part, cependant, ou se trouve. une chose comparable a la couranoe si gracieuse , si légère , si délicieusement Êuàtastique , qui sembLe à peioe poser sur le château de Ghai^MM-,d. 1<H l'artiste s'est pns corps à corps avec la difficulléî il a su l'étretudra , la doaùner par les ressources et les richesses de son imagination. Sous sa maia , tout est devenu élémeoit d'él^ance: toit aigu des tours, couverture des paviUoos, lucarnes, chemioéee, lantôroes, se combinent, s'baimonieat, se font valoir mutuellomeat et se groupent sous le regard pour composer ce faite pyramidal, dont la cage du grand escalier est le-cautre et le sommet. Cette partie centrale du couroonem^it présente buit arcades, que séparent des pilastres éianaé» formaat uaecoionaado sur laquelle i-epose un secoad «rdre [dus éle>é , et se oomposant de huit oontreibrts , ornés d'F «t de salamandres enlacés i au-dessus est un belvéder surmoeté d'une campanille, l'un et l'autre à jour et déliés oonme uo filigrane. Lorsque, parcourant les terrasses sur lesquelles repose cette sublime oauronoe artistique , ou examine tout ce qoe le ciseau y a prodigué de ri^faessas , il est ditficile de concevoir com méat le travail de douze années a pu suffire pour les produire. Il y a dans cet ensemble niagique, telle cheminée, tel encadrenent

392 HIBTOnK M BLOIS

de croisée qui a dû coûter an an de travail aa sca]pl«ar , même en admettant l'habileté des Jean Goujon , des Germain Pilon et des Pierre Bontems , dont le faire admirable se révèle ici.

R La description des appartements de Ghambord, dans leur état aclael , ne pourrait que rendre plos regrettable leur ancienae splendeur. Les somptueux ameublements , les tapisseries précieuses , les che£s-d'cMivre de la statuaire ont dispara , et avec eux les belles fresques de Jean Cousin. Ce que l'on peut admirer encore dans toutes les parties de ce vaste intérieur, ce sont des sculptures variées de forme et de dessin , mais dans la disposition desqjuelies vous retrouves tonjonrs la salamandre, IT couronné et des fleurs de lys; ou dans les distributions appartenant au r^e d'Henri II , l'H et le D amoureusement enlacés avec le croissant que Diane de Poitiers avait pris pour emblème. Ce chiffre adultère a été produit même dans l'ornementation de la chapelle , qui fut terminée par l'infidèle époux de

Catherine de Hédicis Le soleil de Louis XIV et son vaniteux

nec pluribug impar , se voient aussi dans quelques détails de décoration , exécutés de son temps *, »

Disons un mot du grand escalier : grSce à la constroctioD , aussi ingénieuse que hardie, de cet escalier à double rampe, deux personnes qui le montent ou le descendent , peuvent se voir , se rapprocher, sans pouvoir se'joindre.

Le surplus de notre description ne peut être qu'un rapide résumé d'ensemble , dont l'intelligence do nos lecteurs ne s'aidera qu'en visitant Ghambord. On y compte quatre cent quarante pièces , toutes à cheminées plus ou moins élégantes ; treize escaliers de maîtres et un grand nombre de petits, circulant, à diverse hauteur , dans l'épaisseur des murailles ; les fenêtres , qu'il eût été fastidieux de compter, sont innombrables.

Tout l'édifice est bSti en pierre tendre tirée , en grande partie, des carrières de Bourré, près Montrichard : cette pierre a

* lA um MiUri^m , tome tn, page 79B et TOO.

l'heureuse propriété de durcir et blanchir en vieillissant. L'ensemble des constructions était entouré d'un lai^e fossé qu'alimentaient les eaus du Cosson; Stanislas Leczinski , roi de Pologne détrôné, et qui ne craîguaît plus rien parcequ'il n'avait plus rien à perdre , fit combler ce fossé pendant son séjour à Chambord,

Nous épargnerons à nos lecteurs le récit des impressions diverses , mais toujours vives , que l'aspect de cette splendide demeure produisit sur plusieurs personnages illustres qui la visitèrent; nous préférons grouper ici quelques détails historiques dont elle fut le théâtre dans les temps modernes. En <793, le district de Blois ayant ordonné la vente du mobilier de Chambord, il fut sans doute livré à des fripiers accourus de Tours , Blois et Orléans; mais quelques particuliers en recueillirent d'intéressantes parties qu'elles conservèrent avec vénération. L'alhambra de François 1.°', abandonné à la lime sourde du temps, faute de réparations, eût été probablement démoli, si l'emperenr Napoléon ne l'eût désigné comme le chef-4ieu de la quinzième cohorte; de la Légion-d'Honneur , dont le maréchal Augereau était le principal dignitaire. Ce maréchal , presque toujours retenu sur les champs de bataille , parut rarement à Ghambord ; mais quelques réparations, fôi tespar ses ordres, arrêtèrent un pea la dégradation de l'édifice. Un instant l'empereur eut l'intention d'établir à Cbambord une institution , grandiose comme tous ses ' projets , pour recueillir les orphelines des membres de la Légiond'Honneur; mais l'énormilé des dépenses à faire pour réaliser ce projet effrayèrent ce souverain , et l'ancien château royal fut réuni au domaine de la couronne. Ce fut peu de temps après cette réunion que Napoléon , faisant comme Louis XV, de Ghambord la récompense des services éclatants , le donna au maréchal Berthier , prince de Neufchâtel et de Wagram , avec une dotation de cinq cents mille francs de rente sur le produit de la navigation du lÙiin.

£n mentionnant cette concession , M. de la Saussaye se mon-

304 msToiti Di KMa

tre Bérére Aivers la méotoira d'an lieutenant Uloslre de l'emperear : sans doute le nouveau possesseur de Cbambord éUH riche par les bieoùiU de son soUTerain ; mais les généraux de NHp(4éoo, eommeles pantsans d'Henri IV, Bemèreot dauslee cbâmps de la guerre la plul grande partie des trésors qu'il )e<^ départit avec générosité. Le grand homme avait la main large pour donner, paros qu'il vtKdalt que las rioheesee qu'il distriliuait alimenlassent, de la totdîté de leurs revenus , le cours de ses victoires et de ses grandeurs. La vie laborieuse et nécessairement tpleudide da maréchal Bertliier, prince souverain , justifie assez l'emploi de ses reesoorces , pour qu'on ne puisse lui reproclier le dâaiaMment de €bambord , qui eAt absorbé plusieurs laillions.

Jusqa'6 b mort da prinoa de Neafohèld , Cbambord , poib- «voir cessé d'être un^ maison royale , n'avait pas pcn'du ma c&ractère iiérolque : les tnaréc^ux da Saxe, Augereaa et BertJiier étaient d'illustres hAtas. Mais lorsque la princesse de Wagram , devenue veuve, afferma ce noble domaine à des viveurs an- ^ais , il y eut on voile prosA'que dôse^rant jeté sur les poétiques années de Cbambord.... On eût désira alors que la prin- £BSBe obtint, avant tSiû , l'autorîsatioQ d'alféoer oe domaine ; soyons franc , on eût voulu mémo le bruit du marteau démolisseur , frappent les murailles du chef-d'œuvre de la renaissance, fdutAt que l'or^^Uaux Rute BrUemia, retentissant dans cette demeure , veuve de dix monarques français.

Enfin , la Kestauretion effaça cette souillure d'un moment : ce fat une heureuse inspiration que celle d'i^irChambord à H. le duc de Bordeaux. Nous n'examinerons id ni l'opportunité de cet hommage, ni le concours spontané de souscripteurs qui réalise lo prix d'acquisition : ces deux questions n'appartiennent pas à notre sujet. Madame la duchesse de Berry vint, en ^8fiB, prendre possession de la terre , au nom du prinoe sim fils. Cette princesse témoigna le désir que le revenu entier de la propriété fAt employé, noa«ealement aux réparations du château, mais

ET DB SOU T^nnoiBE. 398

aussi à fumétioration da pays. « Ce v<eu , dit M. de )a Saussaye, » a été religieus«i»eat accofn]di : depuis cette époque , une » BODime de cinquante ji soixante mille francs assure , chaque

I année, letravai) de deuK oa trois cents familles et répand n l'aisance parmi ellee. i Toujours est-il ceFlaioque M. le comtâ de GaloDoe , conservateur de Chambord , administre cette terre avec beauconp de sollicitude. .. . M. le due de fiordeauK a pris à l'étranger le titre de comte de Chambord ; nous constatons oe lail ; nous ne l'interprétons pas.

Passons, sans les mentionner, devant quelques châteaux voisins de Chambord ou de son parc, dont 4a ctroonférenee n'a pas moins de sept lieues. Ces anciennes demeures féodales ont on tn^ faible i^et historique pour être citées dans «elle \à»loire, et leur coDBtruction ne s'élève pas josqu'à l'importance inonumenlale.

SiiNT-Drt. — Cetto sorte de bourg est situé sur la rive gw*che de la Loire , &, traversé par l'ancienne route de Pxris k Bordeaux. Ce fut jadis une petite ville murée , mais dont les fortificalions ont disparu sans laisser sucaoe U^ce. Au rapport des légendaires, saint Dyé, qui vivait sous le règne du grand Clovis , bâlit ea ce lieu un ermitage , oii le premier de nos rois ohréti^is viut te visiter, et convertit sa odiule en monastère. Un bourg se forma alors autour du coHvent, et la population s'étant bienbU accrue, Saint-Dyé devint une des forteresses du Blésois.^Ëlle.ftit détruite durant les guerres de religion.

II y avak autrefois une prévAté à Sainl-Dyé. On y fabriqoe quelques étoffes de laiOe ; mais depuis que la roule royale a cessé

.dépasser sur celte ieoatité, son aspect <st devenu d'une extnAme tristesse , et l'industrie y paraK languissante.

La ville de Mer, située sur la rive opposée et que traverse la nouvdle route de Bonlesns , est une des cités marqnantes du département de Loir-et-Cher. L'histoire de Mer offre peu d'intérêt jasqu'à l'époqwe des guerres de religion; il fent rapporter cependant que sa fondation doit remonter av-delâ du xiv.* siè-

cle , puisque vers le milieu de cette période , Jeanne de Haînault, veuve de Louis de Gbâlillon, fit en ce lieu, appelé alors Menarsla-ville, parce qu'il dépendait de la seigneurie de Menars, une fondation pour les pauvres. Bernîer rapporte qu'au ivi.° siècle la population de Mer était assez considérable , et presque entièrement calviniste. Les habitants furent soutenus et encouragés dans cette croyance par Pierre Jurieu, l'un des propagateurs les plus ardents de la réforme religieuse. 11 était né i) Mer, où l'on montre encore sa maison. Après la révocation de l'édit de Nantes, les compatriotes de Jurieu rentrèrent, plus ou moins volontiers, dans le giron de l'église; mais quoiqu'ils Tussent devenus bons catholiques, leur ville continua de décliner. Elle ne reprit quelque activité qu'à l'époque oii la route de Bordeaux fut transférée de la rive gauche à la rive droite de la Loire. Mer fut aussi le berceau d'un homme dont la célébrité ne coûtades larmes h personne , et qui , par ses travaux , ouvrit de larges routes à l'industrie moderne : là naquit l'illustre mécanicien Lenoir , qui, du rang d'humble compagnon serrurier , sut s'élever jusqu'à celui de nos illustrations scientifiques , et mériter le signe de l'honneur , contre le don duquel on n'eût jamais réclamé s'il eût été toujours décerné ainsi.

Her fut durant la révolution cbef-lieu de district ; c'est maintenant un chef-lieu de canton.

Le commerce des vins, des eaux-de-vie et des grains se fait à Mer avec une grande activité; sous peu de mois , il sera encore favorisé par le chemin de fer de Bordeaux, qui passe sur la commune. La ville , admirablement située , est assez bien bâtie et d'une physionomie animée ; ses environs oETrenl une culture prospère ; sa population est d'environ trois mille neuf cents âmes. Mer est à cinq lieues de filois.

Menars , que l'on rencontre à trois lieues de Blois , ne fixe guère l'attention de l'historien que par son château ; encore les fosles de celui-ci ne remontent-ils , au moins par des notions précises, qu'au milieu du xtiii.' siècle. On sait pourtant qu'au

seizième , la terre de Menars appartenait à Jean Dulhier , secrétaire d'état sous Henri II. Guillaume Charron, conseiller du roi Louis XIII, fit agrandir le château ; ce prince venait d'attacher à ce fief le litre de vicomte ; Louis XIV l'érigea dans la suite en marquisat, pour récompenser un autre Charron, neveu du précédent, de services éminents ou, ce qui est tout un, agréables il ce monarque. Un moment, le roi Stanislas, beau-père de Louis XV, habita Heuars avant d'accepter la superbe hospitalité de Chambord. Le monarque qu'on appela avec justice le philosophe bienfaisant, se fût contenté de la demeure alors modeste du Menars ; b vanité de son gendre , non la sienne , lui assigna une retraite plus somptueuse. Ce château, comme la maison de Socrate , eût paru assez grand au royal Polonais , s'il eût été rempli devrais amis; mais il sembla îusufOsant à madame de Pompadour , qui le posséda durant son favoritisme. Elle le fit abattre de fond en comble, et dirigea en personne la construction prosaïque que l'on voit aujourd'hui , et qui fut trouvée magnifique alors , parce qu'elle offrait des rangs de fenêtres bien alignées dans une bâtisse froide et sans caractère. L'intérieur du nouveau château fut décoré avec cette magnificence chatoyante dans laquelle était venue se fondre la splendeur du siècle précédent: la marquise, qui se piquait d'inspirations artistiques , présida aussi h cette décoration et à l'ameublement. L'une et l'autre ne lui coûtèrent que le soin d'indiquer à Louis XV le chiffre de sa dépense, qui elle-même ne coûtait au roi que la peine de signer un de ces bons sur le trésor royal, dont la révolution a dévoilé la scandaleuse émission , par le dépouillement du fameux livre rouge.

Après avoir appartenu à diverses personnes , dont les noms ne nous sont pas connus, la terre de Menars devint, sotis le règne de Louis XVIII , la propriété du maréchal duc de Bellune. Assurément la chronique secrète ent It recueillir plus d'une anecdote à Menars , lorsque ce domaine appartenait à la maltresse de Louis XV, qui ne lui devait pas, après tout, un amour

398 HiaTOWB M. BU>1&

fidèle à Litre de réciprocité. Hais ces petites indi^tés étaient de bougeât dans le moQde illustre du xviii.° siècle, et raremeut les intrigues se bruoissaient du moindre désespoir. Il n'en Tut pas de même dans la délicieuse villa des bords de la Loire , lorsqu'elle fut possédée par l'es-lieu tenant de Nap<^éoa : les traditions galaotes du lieu avaient été continuées, dit-on ; une tendresse y devint impérieusement exclusive; une autre fat dédaignée , et ce drame social eut un dénouement tragique , dont le retentissement ne fut pas calmé sans peine.

Henars appartient aujourd'hui h M. le prince Joseph de Chtmay, qui a fondé dans œ château, sous le nom de Prylanée, UDe institution composée d'un collège, d'une école de coinmerce et d'agriculture Ibéoriques , et d'une école des arts et métiers. Toutes les parties de cet enseignement sont confiées À des professeurs distingués , et la direction du tout repose en des mains habiles. Un tel établissement ne pouvait manquer d'obtenir la protection du gouverneaienl , qui lui est acquise en eSét.

£n se reportant vers le nord de l'arrondissement de Blois et QOQ loin des limites de l'ancien comté et du duché de Vendante, on rencontre, sut !a commune de Saint-Secondin, les mines du château dejBur^, qui fut au ivi-" siècle le pins magnifique mo* nument de la contrée , après Chambord. Ces débris gisent épars au sommet d'un coteau dont la Cisse baigne le pied. Dés le m.' siècle , il eiisMit en ce lieu un manoir féodal , qui appartenait, soit au comte de Mois, soit à l'un des seigneurs dont il était le suzerain. Au rapport de l'auteur de la chronique intitulée : Liber de Castro Ambosia, écrite au nu* ^écle , Sulpice H, s^neur de Cbaumont, en guerre contre Thibaut IV , comte de filois , s'empara du château fortifié de Bury et le brûla. Bernier fait rapporter cette catastrophe à l'an 1150. Quarante ' ans plus tard , selon le témoignagne du même historien , Geoffroi Borel possédait cette seigneurie, et postérieurement , il y eut une dame châtelaine de Bury appelée Béatrix. Jusqu'au cost-

mencemeat da xvi.° siècle , on ne sait riep de plus «ur cQlIâ terre , si ce n'est que, sou£ le règne de Charles V| ou de GharUis VII, le château, pris par lesÀDglaU, futioceodié, s^ns âout« aprôs un combat sanglant, car on montre près da là au voyageur une vallée dite (iei^n^/ffù, et un lieu appelé ie Champ dolent , nota générique que nos pères donnaient, aux cbauipg de bataille, dans leur langage eipro&sif at coloré, En QËEet, quelle espritsien riche d'imitalioa que ce campus dolens.., ce champ'qui se plaint.... Ne voue semble-t-il pas entendra le cri des blessas , le gémissement de) mourants.

Au tf ).° siècle donc , époque héroïque de Bury , oa domaine devint la pri^priétéde Florimood Hobertet, alors ministre de Louis XII. Il fit reconalniire le château av»o uuq magaiGofaea souveraine, qui ne devait le céder qu'ans splendides constructions da Clûmbord ; le dessin compria dans le aeemd volume des plus eœceltmti bûtimenti de praw^ , donna upe idée asseï exacte do oe pompeux édiSce. Quant à l'intérieur dti château , il fant se délier un peu dea descriptions qu'en ont, laissée» les écrivains du temps, grands exagérateurs , oomms chacun Mit, sur toutes les matières qu'ils traitaient : l'école de Bon^ard avait ou des précédents et eut des continuateurs. Quoi qu'il en soit , Florimond Bobertet était assez magnifique pour qu'où puisse admettre que les somptuosités intérieures de Bury répondaient à celles du dehors.

Cet homme d'état étant mort en 1^6 , laissa celte torre, ainsi que l'hOt«l d'AUuye, ^ Michetle Gaillard, sa veuve , qui était die Blois. Elle mourut au château de Bury , en 1 Si9 ; alors la terre passa à Claude Roberiet, l'un de ses fils, maitre-d'hôtel du roi et trésorier de Franco, En faveur de es seigneur, Charles IX érigea ie flef de Bury en barpnnie ; oe fut avec ce titre qu'«n hérita Florimond II , &ls du précédent. On doit présumer que les hautes qualités de Robertel I." se retrouvèrent dans son petilrfils, car à l'âge da trentertrois ans , il fut envoyé m ambaesiide auprès de la roiofl d' Angleterre Ëlisabetli, l'uae

des têt€9 politlqaea les plus fortement organisées du xvi.* siècle; et Florimood II était secrétaire d'élat depuis huit ans. Il mourut premier président de la cour des comptes , dans sa trente -sixième année. Après la mort du président Hobertet, les biens de sa famille passèrent, par les femmes, dans les maisons Dufaa, Mandelot, Diipuy et de Bostaing. Nous ignorons auquel de ces héritiers échut la baronnie de Bury ; maise Ile passa, par suite d'une expropriation , à Nicolas de Neuville, sieur de Villeroy , en faveur de qui Henri IV l'érigea en comté. Ce fief, sorti de la maison Hoberlet, y rentra par le mariage de Charles de Villeroy , fils du précédent , avec une demoiselle de cette famille.

Dès-lors , le magnifique château de Bury fut négligé ; l'individualité de cette terre cessa d'exister. Charles de Villeroy échangea le domaine et ses dépendances avec Charles marquis de Bostaing, contre une rente perpétuelle de six mille six cent soixante-six livres tournois. Louis XIII , à cette occasion , accorda, en 1634, à. l'acquéreur, des lettres de ratification du titre de comté, avec condition expresse qu'en cas de mort du marquis de Rostaing sans postérité , Bury redescendrait au rang des baronniea. Il advint une circonstance moins Tavorable encore : le marquis de Rostaing ayant acquis, en 464S, la terre d'Onzain , obtint de Gaston d'Orléans l'autorisation de réunir à ce dernier fief, aussi revêtu du titre de comté , le domaine de Bury, qui, ainsi absorbé,' devint partie intégrante d'un fief qu'on nomma postérieurement comté de Bostaing. Le souvenirde l'illustre ministre de Louis XII et de François I." était bien aSàibli; les brillantes prospérités de Bury, entretenues pour

l'honneur de son nom, finirent avec Charles de Rostaing

Bientôt ce rival du château de Chambord ne fut plus même entretenu ; à la fin du xvii.' siècle , il tombait en ruines : une seule tour était encore close, mais aaseï mal pour abriter à peine un garde forestier. Depuis lors, la destruction a marché vite : les tours se sont écroulées sur les tours , les murs sur les murs , et tous ces débris ont été enfouisà moitiépar des souterrains béants.

jyGoojjîlc

a n n'y a plus là que la majesté des ruines : triste déduclion des grandeurs de la terre , qui se révèle à travers les herbes folles et les ronces. » Madame veuve Crignoii-BonvaUet est propriétaire actuelle de ce monceau de décombres illustres.

Le château d'Onsatn lui-même a disparu, dans les temps modernes , sous les coups de la bande noire ; et c'est ainsi que ces pages historiqnes, ajoutées par l'architecture des différents âges aux annales écrites , tombent détachées par la spéculation. On ne voit s'accomplir qu'en France une telle profanation , effet du mépris que nos générations nouvelles affectent pour tout ce qui les a précédées : hommes , institutions , monuments. Le château d'Onzain remontait au iii." siècle, ainsi que paraissait l'attester le millésime de 1 1 83 , qui se voyait au-dessus de l'entrée principale. Selon Bernier , dont nos souvenirs archéologiques admettent le témoignage', ce manoir féodal avait été reconstruit par un sire de Neilhac, vers la Rn du xiv.' siècle : il en présentait bien le formidable caractère. Mais sa physionomie guerrière et imposante avait été sacrifiée à des distributions et surtout à des percements modernes : on avait blessé gravement ce grand corps monumental avant de le tuer. Après la maison de Neilhac, la terre d'Onzain passa dans la maison de Larochefoucault; puis, comme nous l'avons dit, dans celle de Rostaing. Enfin an xvin." siècle, le comte de Varai était possesseur de ce domaine. Nous avons vu que le prince de Condé fut un moment prisonnier à Onzain, après son arrestation par ordre de Catherine de Médicis. Un souvenir d'une nature différente est attaché à ce château qui , lui-même, n'est plus qu'un souvenir. Voltaire, dans le temps qu'il composa le poème immoral de La Pucelle , passa plusieurs semaines aux bords de la Loire, chez son ami, le comte de Varax ; peutrétre y jeta-t-il sur le papier quelquesunes des pbisanteries sacrilèges dont se compose cette mauvaise action littéraire. L'auteur de l'Annuaire du, département pense que le voisinage du couvent de la Guiche a bien pu fournir au poète l'idée de son épisode du couvent de la sceur Besogne.

403 HISTOIRE DE fiLOlS.

$ouB la BestauraUion , la terre d'Oniain appartenait à % Panckouke, riche libraire de Paris; nous pensons qu'il en a été l^ dernier propriétaire.

Passant saus nous y arrêter devant les ruines de l'abbaye de laGuicfae, que noue avons décrites ailleurs, nous .dirons quelques mots de l'éj^ise romane de Mesland , ta seule dans le département, avec la chapelle de Saint-Laiare, de Noyere, qui remonte h la iin du t.' siècle. L'âge de ce monument nous a semblé confirmé par son portail , où l'on remarque , décorant une triple arcbivoite , des têtes de la plus étrange expression , dans l'exécution desquelles la pens^. artistique du gcuLpteur 3 saxa doute été mal gecondée par bod ciseau. Le moDumeat entifr menace ruine; il est à craindre qu'on n'ait à déplorer son en-^ tière destruction , si des réparations ne sont pas ordonnées prodtainement.

£d descendant un peu le cours de la Loire, on aperçoit sur sa rive gaudie, dans une position élavée, et se détachant d'un paysage boisé, le château de Chaumont, berceau du cardinal Georges d'Âmboise , premier ministre de* Louis XII. Ce mooument dn xti.» siècle domine le cours du fleuve avec une majesté imposante; il règne en suzerain superbe sur la campagne environnante. Voici son origine. Gelduin , surnommé le Diable de Saumur , ayant perdu cette place après la bataille de PonV-Levoy^ se retira à Cbaumont, qu'il tenait, avec la terre de Pont-Levoy, de la munifieence intéressée d'Eudes 11. Ce comte avait acquis ainsi un valeureux gardien des limites du Blésois à l'ouest; ce n'était pas sans nécessité : Cbaumont touchait à la terre d'Amboise, et cellt^-ci relevait de comté d'Anjou , alors possédé par le redoutable Foulques- Nerra. Gelduin s'établit donc en 1016 à Cbaumont, dont il ne tarda pas à iaire une place formidable. Or , deux guerriers qui , maintenant , devaient se craindi^ mur tuellemeut, Se trouvaient perpétuellement rapprochés, et ce voisinage ne pouvait être exempt d'hostilités- Mais Foulques- Nerra n'avait sur le tlef d'Amboise que la suzeraineté ; UsoiS"

,-v. Cookie

Baaouger en était le seigneur direct : Gelduin et lui finireDl par comprendre qu'il y avait folie à se battre sans cesse pour Aea iDtérét& qui u'étaiect pas les leurs- La sire de Cbaumont, devenu vieux, déposait volontiers l'armure pour s'agenouiller au pied des autels; LizoM n'était pas moins las du métier de batailleur; enfin le repos des armes amena l'occasion d'une alliance : Sulpice d'Amboise, Sis de Lizoia, épousa Denise, petite-fille de Gelduin , et cette union donna naissance à l'illustre famille ée Chaumoflt-d'Amboise. Sous le Diable de Saumur et ses descendants, Gbaumont relevait, comme on l'a vu, du comté de Hors; Sulpice en fit naturellement hommage au comte. Cet hommage fut contidué par Hugues, £b de Sulpice L", qui partant pour la Palestine', où il moomt, laissa le fief de Cbaumont à Sul-^ pice U , son fils. Ce dernier seigneur , contrairement à son père et à son aïeul, secoua le pug de vassalité qu'ils s'étaient imposé, et fit la guerre à 'ThibaulL IV. Ces hostilités eurent pour lui une fin malheureuse : pris dans un combat , il fut enfermé à Châteauduu, et mourut en prison. Ses deux fils, retenus aussi prisonniers, n'obtinrent leur liberté qu'en s'engageant à livrer au comte de Bloisle château de Chaumont; il fut rasé.

Un nouveau château s'élevait au commencement du it.° siècle sur l'emplacement de l'ancien : cela est positif; car Charles VU le fit confisquer en 1434 sur Louis d'Amboise, qui avait pris parti pour les Anglais. Mais , trois ans plus tard , ce château et ceux de Bléré et de Montrichard, confisqués en même temps que lui , furent rendus à Louis II, fils du précédent, et père de l'illustre cardinal Georges, Cet homme d'étal , dont la célébrité no fut pas entièrement exempte de blâme, naquit à Chaumont en 1 460. La terre d'Amboise , confisquée avec celles mentionnées plus haut, sur Louis L", demeurait annexée à la couronne ; quant à Chaumont , nous le voyons , à ta fin du xsi.' siècle , en la possession lie Catherine de Médicis, puisqu'après la mort du roi, son époux , elle obligea Diane de Poitiers de prendre celte terre , en échan^ de Chenonceeui, Ou doit présumer qu'à l'époque oii

Chaumontétnil une demeure royale , le château fut réparé avec une tnagnificeoce digne de ses possesseurs : l'élégance arcbitectonique du xv[.' siècle se révèle daus diverses parties de celte imposanteconstruction.

Au commencement du siècle suivant, Chaumont appartenait à la maison d'ËfTiat ; M. de Vigny a brodé l'histoire de cette seigneurie d'une des riches et trompeuses arabesques qui déguisent souvent la vérité, dans son roman de Cinq-Mars. A la fin du xTiii.' siècle, Chaumont avait pour seigneur M. Le Ray, qui, durant la révolution, se fit industriel pour continuer de favoriser ses anciens vassaux , devenus ses concitoyens. Il donna de l'extension à une faïencerie et une poterie, qu'il avait fondées précédemment. H. Le Bay possédait encore Chauntont, mais il se trouvait aux Etats-Unis d'Amérique , lorsque madame la baronne de Staël vint s'établir chez lui, qu'elle ne connaissait point, qu'elle n'avait peut-être jamais vu, par cette raison, suBisante à ses yeux , que ce château lui plaisait. Elle y passa quelque temps , établie dans les appartements du propriétaire; jouissant de tout le confort de sa maison, avec toute l'aisance de l'hospitaliti^ qu'on se donne è soi-même. Mais le ministre de la police impériale ayant appris que Chaumont était devenu un cénacle politique peu en harmonie avec l'esprit du gouvernement , fit prier l'illustre auteur de Connue d'avoir A continuer sa route vers l'exil. Du reste, l'empereur redoutait infiniment moins les hostilités de la baronne, qu'il n'avait craint précédemment ses assiduités presque tendres auprès de sa personne; il ferma les yeux sur le séjour qu'elle fit, en quittant Chaumont, chez M. le. comte de Salaberry, au château de

Où c«s deux grands dëbria se consolaient enseoable.

Chaumont, au commencementdece siècle, passa de la fomille Le Ray dans celle de H. d'Ëtchégoyen ; puis ce domaine Ait

ET DE son TERRITOIRE. 40S

acquis par M. le comte d'Aramont, son propriétaire actuel. Sous ce dernier possesseur, d'importantes restaurations intérieures et extérieures ont été faites au château : M. d'Aramont , en homme de goût, y a exhumé ce xvi.° siècle, si animé, si poétique ; et les artifices da restaurateur s'y harmonient avec les beautés-types d'une manière très satisfaisante. On ne joue pas toujours au moyen-âge aussi heureusement. On montre dans une partie du château la chambre à coucher de Catherine de Médlcis , garnie encore de quelques meubles qui fureut à son usage.

Au-delà de l'épaisse forêt qui s'étend derrière le bourg de Chaumonl , sur une laideur d'environ deux lieues , on parvient, vers l'est, è cette plaine de Pont-Levoy où fut livrée ia bataille de 1016, si funeste aux armes du comte de filois Eudes 11. Lorsqu'on débouche , par les bois de Vallière et de Laleu , dans cette petite Beauce du canton de Montrichard , la vue , habituée aux sombres massifs qu'on vient de traverser , se fixe avec étonnement sur une imposante réunion de monuments qu'on ne s'attendait pas à rencontrer dans cette contrée. C'est l'antique abbaye de Pont-Levoy et le collège jadis royal du même nom. Là était établi, au commencement du xi.' siècle, le premier fief dont Gelduin fut titulaire dans le comté de filois. De cette époque seulement datent les annales de Pont-Levoy ; les monuments historiques révèlent alors l'existence d'un château de Saint-Pierre : Castrum Sancti Pétri. 11 est à présumer que l'on peut faire rapportera ce temps et au châteaudont il s'agit, les débris de fortification que l'on remarque encore çà et là aOtour du bourg. Or, de ce système de défense ressort assez logiquement l'explication du nom de ia localité. En effet, les diverses désignations consignées dans les vieilles chartes : Pons lAviatm, Pons Levium, PotUilevius, Pontilevis, qui peuvent se traduire par Pont'levis, s'étaient altérées, en passant dans la langue romane , jusqu'à se prononcer Pont-le-Voy ou Pont-Levoy.

Gelduin tronva-t-il Pont-Levoy déjà fortifié? C'est probable;

■106 XIStOniE DK BLOIS

mais tout porte à croire que m afâgaear,' fort peu disposé à respecter les tMres de ses voisins , se mit en sAreté chez lui , en «joutant aux moyena de défense précédemm^it établis. Gelduin, lorsque l'âge, en rcfroiditsaol son sang, eût calmé sa fougue batailleuse , devint dévot , comme presque tous tes vieux guerriers de son temps. 11 se souvint ators que , dui-aot nne traversée péi^leose , il avait jadis invoqué la protection de Marie , et que la reine du ciel lui était apparue éclatante de blancheur , et l'avait sauvé d'an péril imminent. En souvemrdece secours divin , Gelduin fonda à PonuLevoy une chapelle de Notre-Dameths-Bkatchea , dont le nom faisait athisioo à la blanche appari- ^on qui s'était autrefois offerte A lui. Ce seigiieur n'en fit pas motos réparer l'église de Saint-Pierre, paraisse chi lieu, qui, an siament où nous écrivons , conserve encore en partie le earac~ (ère du a.' siècle.

Cependant le vieux baron ayant appelé à Pont-Levoy quet~ ques religieux de Saiot-Florent-de-Saumur pour desservir la chapelle de Notre-Oame-des^filanchec , et les ayant dotés asses riot^meut , cette chapelle devint une oommimaoté où la régie de saint Benoît fut adoptée. Telle fut l'origine de la célèbre aldiaye de Pon«-Levoy, à laquelle son fondateur finit par abandoMier, en 1031, la jouissance féodale du fief niéme , avec l'essentimenl du comte de Blois et de la comtesse Ermeagarde , sa femme, te roi Henri I.", de son cdté, confirma cet abandon, et l'évéque de Qiartres renonça à tous ses droilfi épiscopaux sur les terres de i'abbaye , qui , dés sa fondation , se trouva de le sorte aussi rid>e qne puissante. Il est curieux d« constater qu'au tempe ménwde cette fondation , les Bénédietins de PeutrLevoy ouvrirent un« école pour les enfants des pauvres : le collège devenu si célèbre dans la suite date donc de la première moitié du xi." siècle : e'est iDCoQtestablement l'alnéa des Institutions analogues qrû existent maintenant en France.

L'église de Notre-^me-des-filancbes étant devenue insuffisante pour les ofiQoes du chœur, Ansbert, premier abbé de

ET DE ftOM TBAHITOniE. 407

felte comnaanaulé , la fit reeoDslrutre en 1 010. Les religieux de PoQt-Levoy n'oubliérenl point qu'ils devaient leur ÎDstitutioû au chef de In maison de Chaumont; ils ouvrirent les sépulcres de l'église de Saint-Pierre à Gelduin et à ses descendants : c'était alors ainsi que les communautés religieuses s'acquittaient eovere leurs bienfaiteurs.... Quatorze membres de cette illustre femille vinreDt se ranger dans la crypte qui esiste encore en partie Boufl celle église paroissiale ; ils y reposèrent jusqu'en 1 698, époque à laquelle ces illustres reliques furent transportées prooessioonellement au cimetière commun.... Il est probable qu'à la fin dusvn.' siède, quelque seigneur de la maison d'Amboise, antique alliée de celle de Chaumoiit , avait démérité dans l'esprit des relipeui de Pont-Levoy.

En 1249 , une catastrophe traversa la prospérité de l'abbaye : l'église et une partie des bâtiments réguliers furent détruits par un incendie ; et ce sinistre anéantit des documents précieux sur t'bittoire de la localité. L'abbé Pierre Darne répara ce désastre: il fit reconstruire et agrandir le monastère ; mais il ne put faire rebâtir immédiatement l'église, qu'il voulait relever avec magnificence. Bur une demande adressée au pape par cet abbé de Pont-Levoy, Nicolas IV ouvrit en 1289 les trésors de la grâce en faveur de l'abbaye : un an et quarante jours d'indulgences furent accordés à tous les fidèles qui , parleurs chantés, aideraient à la splendide reconstruction projetée.

Au c<»nmencement du xiv.' siècle , les Bénédictins de Pont- Levoy , devenus opulents , eurent lieu de craindre les irruptions de troupes ennemies ou amies : car alors on devait redouter autant les dernières que les premières. Quelque sécurité leur était cependant permise : bôli dans l'enceinte d'un château fort , le monastère pouvait se défendre. Toutefois , l'abbé de PlainvillierB fi'étant rendu en 1433 près du dauphin, depuis Charles Vif, qui se trouvait ô Hontrichard , obtint do ce prince la permission d'ajouter aux fortifications de l'abbaye : une tour ronde, que l'on voit encore dans l'une des cours du collège, remonte à cett*

époque. Les religieux obtinrent en même temps la permission de se foire garder par leurs vassaux de PontrLevoy et de Tbenay : cette permission Fut ratifiée par le duc Charles d'Orléans , comte de Blois.

Cependant l'ambition des Bénédictins de Ponl-Levoy croissait avec leur Tortune : l'abbé François de Briibac trouva que l'église abbatiale , bâtie par Pierre Darue , ne répondait plus à la splendeur de l'abbaye : il voulut , par la construction d'une nouvelle basilique , égaler les magnificences de Saint-Laumer de Blois et de la Trinité de Vendôme. Ce fut avec ces vues de fastueuse ambition que cet abbé 6t commencer l'édifice actuel, dont il ne put terminer que le chœur. Cette partie du monument , finie en 1 491 , a toute l'élégance du gothique flamboyant; la nef , dont la construction appartient au xvi.' siècle, complète dignement cette belle construction , sans s'harmoniser précisément avec elle.

Au commencement de ce même siècle, l'abbaye de Pont-Levoy fut mise en commende : le cardinal Charles Hemard fut le premier abbé commendalaire. La réforme ne pouvait manquer de frapper une communauté aussi riche que l'était celle de Ponl- Levoy dans la seconde moitié du ivi.' siècle ; aussi les Calvinistes la dévastèrent-ils en 1 568. Mais opulente de dons territoriaux, de redevances diverses, de droits féodaux, elle devait, sous des mains habiles , se relever do ce désastre. Au cardiual Hemard avaient succédé, comme abbés commendataires, Bernard de la Ruthie , grand aumôcfer de France ; Louis de Brezé, elle cardinal de Bourbon, qui fut un moment décoré par la Ligue du titre illusoire de Charles X. Ce prélat était bien pea propre à remplir la mission réparatrice que l'abbaye attendâdt : les ruines subsistèrent. Après lui la commende de Pont-Levoy passa successivement à quatre abbés de la maison Hurault de Cbeverny : on eût pu croire qu'elle était inféodée dans cette famille, devenue, il est vrai, très recommandablepar de grands services rendus à l'état. A Philippe Hurault de Cheverny succéda, eu 1630, Louis de 11 uccelai , Colère de la qhambredupape,

évoque de Montpellier et probablement le même personnage qai, l'année précédente, avait favorisé l'évasion de la reine-mère du château deBlois. Mais ce prélat, dominé par ses goûts aventureux , suivit Louis XIII au siège de cette même ville de Hontr pellier , où il perdit la vie en 1 622 , sans avoir pris possession de l'abbaye de Pont-Levoy, Il eut un illustre successeur, Armand- Jean Du Plessis, cardinal de Richelieu, qui fut revêtu de la commende en 1623, et apporta dans la maison les statuts de la congrégation de Saint-Maur. En 1 629, le cardinal- ministre , pour lequel une crosse abbatiale était un jouet insignifiant , la résigna entre les mains de Pierre de Bérulle , qui gouverna l'abbaye pendant plus de cinquante ans, et enftit, sous plus d'un rapport, le bienfaiteur , ou plutôt le restaurateur ; car tous les dignitaires que nous venons de nommer s'étaient montrés assez indifférents aux malheurs qu'il fallait réparer. Il n'en fut point ainsi de Bérulle : lorsqu'eii1631 , i! vint prendre possession du siège abbatial, les bâtiments réguliers étaient abandonnés faute des réparations les plus urgentes; les religieux, dispersés dans le bourg, ne vivaient plus en communauté; l'école, quiavait traversé tant de siècles sans interruption , reléguée dans une masure , ne se faisait plus que pour quelques enfants de chœur. Pierre de Bérulle, en appliquant à l'abbaye les statuts dé la congrégation de ' Saint-Haur, ramena dans la maison l'ordre et la régularité. C'est de celte époque que date l'inTpcrlance de l'école , qui jusqu'alors ne s'était recommandée que par son ancienneté. En 1644, l'abbaye eut le titre de séminaire; cinq ans plus tard, une chaire de rhétorique y fut fondée. En 1 671 , le nombre des élèves réunis à Pont-Levoy était déjà considérable ; dès-lors on y enseignait toutes les sciences ecclésiastiques et profanes; c'est avoir dit que le séminaire était érigé en collège. Pierre de Bérulle , avant de quitter la vie , eut le bonheur de voir glorieusement accomplie l'œuvre de restauration qu'il s'était proposée ; il laissa le mooastëre et le collège dans l'état le plus tlorissant. Antoine Girard lui succéda eu 1683 : cet abbé ajouta ù l'institu-

fjoa vose^Danle nue chaire de philosophie -qa'oocnpaiavee éolat^ Jean ThirtHu. Sur lefr bancs de cette dasee,, ou vit. le^sombre., mais-émiii^nnieQVtragiqiie^^r^HUontBa 1698,. Aoloine Girard dut fie d^neUf e de la oDnunende dePont-Levoy, qui i, comme cette de'S»iDt<-Laiiinerdt de Bourg-Jtloyan>, Taaaikd'Atre réonie aasiége épiscopal de Bloîs. De[nu9,lonB , Tâbbaye/ut gouvernée par UD prieur, ajaut. en mâtoe^temps^le titre de diracteardm celléf^. Noot penBouK qus cette coiioentration.d6 l'autorité dans Upersonne-d!un reiigieuKtoujourB résident', fut^oequi.a&èrmit'. et. perpétua jusqu'à la révolutîou la splendeur de la double in»titulion. Cette carfiéreglorieufienefutpaurtanLpas fourme sansenoooibre : en.032, le ministre Maurepaa, aan» autre motifqtie la jalbusie d^une prospérité à laqudtë ilineput.coaoMirir, voulut faire rentrer l'abbaye de Boatrltevoy daos les. limitas: asngnéeaaux séminaires-: le^crédit<de$iBéuédictins:ODiijnra cet, on^ce-; et le même ministre dut se-ré^gneràvotr tUnipartanoe de* Pont~Levoy augmenter enoore on 1776. Alors- l^ouiB, XVI ayant institué six< cents bourses es faveur dlum pareil nombre diélëves, fils de chevalierside Saint-Louis, en aoconda oinquaale aucollége de Ponl-Levoy , qui pat prMidraainsi.Ia titred'Êto/«. royale militaire.

A. la fin duxviu.' sièele, Bont-Levoy, paosoa collège, .avaîb une réputation universdle : non seulement-. («ti y. envoyait desélèves de toute la flraaoe; uuàsilen'venaitide toutes- nos; cntonies et deKdlfEérenta étala de. l'Europe. OjiiolasaBit.Pont-Levoy. auiméme rang que Gœttingttei Halle, Osfordlet. Cambridge Haia la révolution 1 on supprimanMes-ardre» neligieiia, eàtanéaatii VintUtution. que les Bénédictins de Pont-Levoy dirigostieDt, siun. bomme d'une tiaute intelligence n'eât^ été. appelé pAitliadmî-nistration départementale ii 'la .direotiou-deroetle oraison.. UnâOrcien BénédicÙa, don Garfalon^ malgré la cânUaoaliondetQUSrlea biens.deVabbaye, en 1790', était.parveaaà- soutauinle-ooll^: iusqu'an nSS; seulement le district de Saint-Aignan-salariaitlespFofe»euifi>et qualqpes. autres partiesr du personneli. iu, mois.-

ET DE 30:4 TBRRITOJRE. 441l

d'ofllohrA.de cetiË^mânifi année.,. le.comUé. central de surveiliaQce du départemeDi nomma pour administrâr. PualrLevoj^ una uommi^an.de ciaq,mambrfs^ sou&la,direcli()a^d'un.iiispQcleur "ùaâralii.ofr.foQatiannairâ.étitil M, François Ghappotiii, aiu:ieu. imJigifius. d& la cangf ëgatioii: de. Saiut-Uaur. Ce. système dura,- ])eii' ; les administrat^urG . du. dâparlamanti eti du di&tricl ayant pu.se'convaincra de.laihautainteJligetiQe de.Mi Chappolia, lui «woiiémnl. sans-partage la dinactiaii,du«cj>l]égç..D«us. ansi glustan] , ce directeur , . aida.' par- qpjdcpies- amig^i.de.vJnt aeqi^^reur. de. l<aatiq|ift iost^tution : immeuhla.,, matériel et. ex^oilalion.. Ml Ghappotio,, durant unepéiûodede trente aunàes, a fait^Heut rir le. collège : sous ses maina,hiâ)iles, râaB«igaamsnt-a.rs;u.un-. <lôy«]oppamest.quliLn:avait.pas:eii.dAn&'le&>t«mps de. sa plus- £>rande ^Uodaur :.V^adâm&',.Sarèze, Xounion:fttiJuilly^ restât rent alors- bi6aiau-deaa>us: derPontiJiâvoyi

NQUs.avon&vucependaat.qiie^ pendant.)» Terceun, les eniThftrras-, lestnibulatiouE ne furent point- épar^és à H. ChftppcHliu; et,, malgré lespréventionaqpe devait auùter s» qualîléd'aocien eoclésiaslique , il sut-.alors^. pan beaucoup de;prad£nce ot-dlhabileté , seTendresupâriourauz^diflioultéside.sa situation. Moins- heu râus: sous la. restauration., lihommeibiea&igBnt.quii, un 1793., ai'.ait.prAtégâles.prîftanniefs plac^raouAsaigardeti taie. aoousé de rjaoobinisme^ Onexhuma;.le:fftiiteu»diMour3^o&,Mi de' la Rnrte avait interoalé anephrose à la grecque. ■■■ c«tlta pbraM! auriout devÎDt'un dâUt,aiuryeiix.de Mi Erays9in»H&, alors; nû-' llistredQS:CuitaS'etdai'm8t^a^tian.publlq^e..M. Olltf^potini, lasdes d%>ùlfrâQBtLOBd!abF£H.vait , résigna laidirieetioii,du. collège de Poal4.evaYenfav»u',dQM..Germ^n5anHitqui, depuisirnis' ans, y remplissait les fonctions. de censeur des- ôtudesi. Cette ge&lioQ ne dura. quA trois ans : M. Sarrut, homme de. progràs , na:put.a4»eplerle,j6ug-quia rUuiversité luiiimpesaiti; il donna. ât5oBtcmrsaidéiniEsion^eni1827. «..Pendant un an., ar(-il dil.lui-' » même dans une Notice curieuse , l'enceinte de Pont-Levoy fut

jyGobg le

iiS HISTOIRE DE BLOIS

» déserte ; il n'y resta plus qu'un passé de huit siècles, des murs a et des totnbeanx. n

Le bourg de Pont-Levoy est un corps dont le collège est le cœur : par cet établissement , la \le et le bien-être circulent dans cette localité ; elle languit dès qu'il softffre. Pont-Levoy était une triste et morne solitude lorsque, vers la fin de 1828, M. Gattrez, proviseur du collège de Besançon, se rendit acquéreur de celui de Pont-Levoy, immeuble et matériel. L'enseignement reprit son cours; mais la restauration ne fut pas complète. H. Gattrez comprît sans doute qu'il avait entrepris une tâche trop difficile ; au mois de décembre même année , M. Vabbé Demeuré , ei -proviseur des collèges royaux de Nantes et de Lyon , succéda à M. Gattrez. Le nouveau propriétaire-directeur, favorisé d'abord par le gouvernement de Charles X, soutenu en faveur d'une gestion habile, après la révolution de juillet; le nouveau directeur, disons-nous, non seulement rendit à la maison tout l'édat dont elle avait brillé sous M. Chappotin , mais la El arriver à un état de prospérité qu'elle n'avait point encore obtenu. L'année 1836 fut l'apogée des splendeurs de Pont-Levoy : les langues anciennes et modernes, les sciences, les lettres y étaient enseignées avec une égale supériorité; on y professait tous les arts d'agrément , tous les exercices formant le complément de l'éducation physique ; une institution préparatoire pour les écoles militaire et de la marine avait été jointe au collège; enfin, une jeune académie , créée par H. Demeuré , offrit aux élèves l'occasion de développer leurs connaissances et leurs inspirations, dans des compositions variées, dont quelques-unes, déjà publiées, prouvent que cette institution couronne dignement le in ode •d'instruction suivi à Pont-Levoy.

Tous les grands travaux , accomplis avec persévérance , amènent des infirmités prématurées : H. Demeuré , quoique d'un âge peu avancé, a d& se retirer en 1843*. Alors le collège de

* U. Demeura cil mort i Blols «d novembre 1S&3.

Pont-Levoy est devenu ]a propriété de MM. le prince de Chalaîs. le marquis de Vibraye et Laurentie. Dans les premiers temps d'une nouvelle direction , qui laissait beaucoup à désirer, l'institution a souffert ; les rangs des élèves se sont éclaircis : un-moment le collège de Pont-Levoy a touché à l'eitrémité de 1827. Hais une administration mieux entendue , de nouveaux eSbrts et des sacrifices bien compris, ont fait rentrer depuis cet établissement dans la voie des prospérités. Au moment oti nous écrivons , la restauration est complète.

Nous avons signalé les diverses reconstructions de l'ancienne église abbatiale ; l'espace nous manque pour revenir à la description archéologique de ce monument. Les bâtiments du collège , dont la construction fut commencée par l'abbé de fiérulle, continuée à diverses époques , et terminée au xviii.< siècle par l'ai^ chitecte Mandard , consistent en huit corps-de-logis , formant un développement de 823 pieds , sur une hauteur commune de 2S h 30 pieds. 11 n'y a rien là de monumental ; l'art n'en a pas approché. 11 n'en est point ainsi de l'édifice appelé l'Abbaye , qui se lie maintenant , par une galerie vitrée , aux constructions que nous venons de mentionner. L'Abbaye , élevée dans les preinières années du xvni.* siècle , conserve encore le caractère grandiose que l'architecture avait sous le règne de Louis XIV. La foçade principale surtout s'étend au sud sur une longueur de âSi pieds; elle se compose de trois étages : rez-de-chaussée, premier et mansardes, éclairés par soixante-trois croisées. Cette façade, d'un bon style, a pourtant le défaut de présenter des ouvertures trop petites et trop éloignées les unes des autres. HH. Chappotin et Demeuré ont ajouté aux anciennes constructions divers b&timents accessoires ; ils ont aussi rendu à l'église tout le luxe de décoration qui la faisait admirer autrefois.

Lorsque l'on a visité le collège de Pont-Levoy , il ne reste à voir que l'église paroissiale de Saint-Pierre , vieille basilique dans laquelle , ainsi que nous l'avons dit ailleurs , se retrouvent encore , peu altérées , plusieurs parties de constructions remoD-

44% BlffrDIflE BE'BLOIB

tant BU ir.'sièéte.'QRaiit-au'lMiiTgiiiiHisiIeTëpëtonB.'sa dcstin^ -sera 'toujours' tlé^ntlante dB<84ille'du'beI établisement cfoi encst IVtme. -Sans-âonte , c^eU'eii faveurdu collège que tairoule deLoébesàBlois , perMoittridiard , {unse àl'extréniitédu bourg; il -y a STir ce pdiot une fadtâlIePÎe'foFt bientenne. ^Lapelfte diligence qiii fait joumelteni eut le Irajet'de HontridMrd.au ebs^ 'Heu dedépariemeDt'et 'retour,'alimeiite particulièrenient ^son lïervice par les \ioyBgeui« et'les messages se rattachant àl'esL»teoce du collège de Pont-Levoy.

Ausuddubourget'sar'la lisière d'Dn'boiB,'l'archéotogHe s'empresse de visiter un dolmen, appelé dans lepayB te pierre de ■■nmuit. 11 va sans dfrequeee monument druidique -s'environne de traditions merveilleuses ; ainsi , durant l'office nocturne de TJoël, la pierre de' rainûit'fait'une révolution sur elle-même; 'ttee jgroupes de fées, tontes chatoyantes de pierreries , viennent 'le- 'oircomeil enee'Iieu; et malhenr au mortel indiscret-qui oserait s'approcherd'ellcs'ï'ilsersitsoudainenient aveuglé par l'éclat de 'leurs charmes etdfi leur ^mre. Le «uperatition , <cette poésie des'classesrurâles,'estr9remenl dépourvue id'intéràt : ses fables snnt'ou 'terribles nu gracidOseB. lIoi,ic'eftt Thlbaut-le-tEiriohsQr qui'traverse les 'aire avec un^bruîl â^anneB,'(ie 'cbevaux., de 'meUle et de XKrre;'là,'Ge'6ont lesiTées, oes 'puissante ihâtcsscs "de la fable , que les «ens grossiers du vlllagems «e ipeignsot pourtant'avec'toutes'Ies'^uâtiDns-de la beauté'; 'tant il est vrai que-lesillusions'V(tInptueus«seai!essent'tefi;plus candides. imagi- 'nations.

'La ville QelffDHTRiCHJsn, depuis la rénnion'Su comté de Toorre h celui d'Anjou, soKit des possessions iribérciltes au comté de "Blois; mais, dans lespremières années du ■xii'sièéte, Gelduin ^prélendaitqueïecoteau qui domine enceilieuie coore-duGher appartenait à ^la concession territoriale que lui a\"art 'faite le c«m te 'Eudes 'II. Néanmoins'Foufques-Nerra, comte d'Anjou, peu soucieta Bes droits UeflesToisins , -p Ht possession deoette tevre en 1 0^ , pour y bfltir une forteresse, aSn de l'opposer précisé-

m-'m sw TEimrroiRE. -i^fS

-nosiità^e mâmeGddain'ei bu seigneuraeSeTtft-àtgnBn .'autre

■vasa&l d>&ude6>H/C'est'ce'mêiiie:foPt,'bâtipHrLizote^Bazoiigerr, l'tm )les«apitsîiies'de'F6iAqiiKs,-qui dresse encore «a'Diasse sur le' coteau. Cette eouAlyuetian'fut'une des causes deleguerre-qui éclata iartlFe'FoulqueB,a^nt Herbert, 'SOïnte'du 'Maine, peur allié , «t^Ëuîies II ,-appuyaiit saifoftune guerrière sur la valeur reiiOTD'mée'deiGetdurii. NwiBavonsïiit aîHeuraquE ces'dernigrs

:ftirent"ïBlncos;'MoDlFt(tlienJ, 'qui -peui-iètre' s'appelait ëlors%ibel, ^emeiîva annexé àteTourBiiie,ainsi'q«e 'Narileuil, autre

iijourg'où'Êlélduin'atait'toadé'1'égHse que Pon voit encore.

Ce fut' en éffôt du ébâleau de MontriiihaTd que Foulques fit âe«eeadre, en 1030, ses ireupeSjpourise'poTrercontrete' baron deDonay,'se^eurdeSaint-Aignat>, qui navageaitles'temsde ce «ftn te angevin. 'Ce'Toisin ineommode fUt ^"aineu , faîtprison- ■rildrefmteè rBeM.«u'étîâteHUde'Lothes.'Or,ila terre de'Montriehurd avait été'cédée^à Lizoîs,'cfaefae la maison d'Anlboise; malsiR«^r^te-Di8bte, â%bord^simple gouterneurdéMontricbariî

^t deUnnlrésoriBriit ■par-is-emparer du premier de ces'fiefs,au

'prëjudi«e'd«ftdescendante de Lteote.'Plos'tarH, ce'tiomaine reteupns à'sesiHgHltnee possesseurs.

III élait*JliQ, avec'le'reste fie taTouraine-ét deMnjeu, à'ia

inàison'tie'PlaiHBgenét., eséise au trône d'Angleterre, 'lorsqu'en i^f 88, Philippe^Auguste , en guerre avec céttepuiasancB ,

'viflt 'mettre le isiége 'devant 'Mniltrichard. 'L'ilhifttre 'Richard- Gœur-deiLion était ^lors-fluc de Touraine ; il avaltmis dansia

'plBce trois rams'bommes'd'armes'commandés'par'ïreilteoheva-

'liers. "Mcmtrichardi fut merveilleusement défendu.'Non-aeulemerit la ville élslf bien fortifiée ; mais le éhâ teau'paralssail imprenable. TeulefoiSjCe fort, TépUtéiinaBcessiWe/fiit'enlevé d'assaut, au moyen d'mie mine creusée sons un pan demuréllle, à l'ouest He'la-citadélle: onireeennalteneore la brècheqni'fut ouverte de eecôté. ^andts quelesvâ(nqueurs;pénétraient dansle cbâteaa ,

■sirr 'les cadavres palpitants' des Anglaisqui Tavaient défendu , l'inceodie-aeJa'viHeâévaslée éclairait cette sanglante' conquête.

Maître àe Montricbard par la puissance des armes, Philippe- Auguste en acquit la possession légale par uq traité conclu en 1 1 93 avec le comte de Mortague , surnommé Jean-sans-Terre.

Heureusement pour sa petite population, Montrichard n'eut pas à subir souvent les glorieuses destinées des places de guerre ; cette ville resta, jusqu'à la première moitié du sv.* siècle, dans ce calme prosaïque qui , selon Montesquieu et tant d'autres sages esprits, vaut mieux que les agitations de la gloire. Nous avons dit, en parlant du fief deChaumoat, que la terre de Hoatrichard et plusieurs autres, après avoir été confisquées sur Louis d'Amboise , premier du nom , avait été rendue à Louis 11 , son fils. Mais celui-ci , plus sensible à la détention perpétuelle infligée à son père par Charles VU , qu'à la restitution des domaines confisqués sur lui , accéda , en 1 440, à la conjuration dite de la Praguerie , et se disposa à livrer le château de Montrichard aux conjurés. Ce projet félon ayant été découvert, la garnison, qui venait d'entrer dans le fort , fut surprise par les troupes du roi avant d'avoir pu se mettre en défense. On trouva , dit-on , dans le donjon de grandes richesses. Charles VU , malgré U f^onie de Louis U, lui rendit Montrichard; ce seigneur le vendit, en i 448 , à Guillaume d'Harcourt , moyennant la somme de onze mille écus. Mais en 1 461 , Louis XI , qui venait de monter au trône, comprenant l'importance d'une place comme Montrichard, ne voulut pas la laisser au pouvoir d'un seigneur qui pouvait en faire un des boulevards de cette féodalité, dont le cauteleux monarque redoutait, non sans raison , les entreprises. Uéchangea donc la terre de Montrichard avec le sire d'Harcourt , contre les seigneuries de Gournay et de la Ferté-en-Braye. Durant les dernières années de sa vie , Louis XI , malade au Plessis-les-Toura, remontait quelquefois le cours du Cher , dans ses promenades , jusqu'à Montrichard. Ce fut durant ces voyages, c'est-à-dire de 1 476 à 1 478 , qu'il fit restaurer l'église de Notre-Dame-de-Nanleuil. Jeanne de France ,' fille de ce monarque , épousa , comme on sait, Louis d'Orléans à l'âge de douze ans ; le prince en avait

quatorze. Les jeunes époux reçurent la bénédiction nuptiale à Montrichard , dans la chapelle du château , aujourd'hui paroissiale sous le vocable de Sainte-Croix. CeheD, malheureusement prédestiné , fut béni par l'évêque d'Orléans , assisté de l'abbé de Ponl-Levoy.

Louis XII aliéna le fief de Montrichard , avec faculté de rachat perpétuel , au sire de Griguault , pour la somme de sept mille livres. Oe rachat fut opéré en 1S16 par Jacques de Genouilhac, sénéchal d'Armagnac , grand-écuyer de France et général d'ai^ tillerie. Ce nouveau seigneur fit bâtir le grenier à sel et la boucherie. Dans le cours du xti.' siècle, la terre de Montrichard fit décidément retour à la couronne, et ce domaine fut donné en apanage de douaire à Éléonore d'Autriche, veuve de François I." Elle appartint ensuite , au même titre , à cette belle et malheureuse Marie Stuart qui , en passant sur le tréne de France, ne put s'assurer , parmi les Français, des protecteurs assez résolus pour la défendre des fureurs de la reine Elisabeth. François de France , fils d'Henri II , devint à son tour apansgiste de Montrichard; mais apparemment le fief fut inféodé, car nous voyons, par des documents contemporains, qu'une suite de gentilshommes, pendant la durée de ces apanages, furent titulaires de cette seigneurie. Kn 1 559, Scipion de Ravenne , grand-écuyer, était seigneur de la ville, et dans le même temps, Jacques de Bonne, gentilhomme de la chambre, possédait, aux portes de Montrichard , vers le nord , le fief de la Tour d'Àrgy ou des Rot ches-Neuves. On doit présumer même que ce fief lui donnait quelques droits dans la place murée : une brochure , publiée il y a quelques années par le docteur Boucbereau, nous apprend qu'en 4833 , les armesde la maison d'Argy étaient encore gravées derrière la fontaine publique, et son nom écrit en lettres d'or dans une des salles de l'bàpital. En 1 585 , Philippe Hurault, chevalier comte de Cheverny, acheta {a terre de Montrichard avec condition de rachat perpétuel , moyennant six mille trentequatre écus ; cette seigneurie passa ensuite à Louis Hurault ,

<4>f^ viOTDmB m more

xonfteSe'Liwiovrrs.'CantmyaTitd'étrepoBBédéipar^'eëtletiKitsan, 'leUomaiDe'féoadlqmnous'oecupe pîfsga è <l«fliine tle%mt)tic, 'femme tte Charles d'Bscoobteau , marquisde-SOTrdiseird'S'lltoye. ■ Ce- fill'une des' fiHes de cette dame qui, danois eoarednsTiil'^ècle, porla la seigneurie de Montrichard à Antoine fHasé,iïmr- ■quis d'EffiatipremierécHyer duducd'Orréans.

Mas Montrrîhard'élalt eneare'porefalépar la'imfson de'CtieveFnyj'iowqn'enJTiin 1589, Henri IIlTeçUt daoB'to'fthâleau'I'H- 'lœtre'Sullyjfqtii liiiHpportaltlIetrattë eondu-eittre-liii /derriior Toi'dB iB'raeedes ■Valois, étflenri, roi de?*avapre,-qui , dewc 'mois'plus tard,- devait liilsuCGédierBUitrtnede'Frairee.'IIenpi'ni, ■parvenu au'borddu précipite où iaîorlttned'oiï©ttyTi«âtieèIlàil ^'en|loillirBTec lui, n'avait'pohit abjuré eétle «plendeur d-'Hp- 'parafqùi , depuïs'jtlusïeuTS -années, voilait' méries'misèrestle iSon'règne. H reçut'l'ami Su Béarnais au milieu deEétlceour 'briltauti!'«t'd»salue,-que dm faire piJHr, aux TeTFx-âu-sagBjS'il 'S'enitrourait'unprèS'duToi, tenTaie'grandeiirderttltisireiïrimiSlFe.-Si'l'on doilB-'oniropporterà quelques' tr^iditioiK ioice^, ^Ullyavait été assez nidemenl^rtpa'FéiH ctHteibnUaate técep- 'tion, 'ayant été'dbligé de coucber^sirr tadeTantUTedfuae boiîH- ''qBe,<feuted'evoirpuétreiatroâuilauc^Mleau,àt»use'i^l'hBtnre ^avaneée. 'Laiprtsence d'Henri IH aadiiâteau delfmitricfaard, 'len '■IB89 , 'Hahève- de news convaincre que lesToiG , 'envlténant )a ^pre, s-'éteienfr^ervé la joiiiBsanee-d»«6ieerfoptCTeH»e , ««ans doute'la faculté H'ymettre au besoin' d(ffi troupes.

fluTnoTS ae'septembpede'la'm'émeannée 1089 j'Cteade-Qe UaroIies/èhëFde ligueurs, ■ surprit leichàtBBU'et'la ■ville deMos- "trichard ; tnaisils'furent prompteinent'ressaisiB ■pBr'Beori'IV, qtji étant neeoura avec 'MM, de 'Souvré et de'Hootigny , n-'eùt 'besbînqBE de "sommer une 'fbts le cflpitaine ligueur pouriaî teire rendre cette forteresse. fflofltrichOTd'éébappadffncencore ■à la triste destinée d'un ^iége. Naus dsvons'Bire ôfe sujet que les muraiUps crénelées que l'onvoyait'encoreaiitourde'la'vîlte au eommencement de ee siècle, n'éprouvèrefit probatUenwilt

ET'DB'BOM TBKRtTQlRE. ^i*|9

jamai&IePerrlbie' effet d&lH ]>i)uSre;^Dus'dDDrtonsmlïine'qne'Ie5 rempai'teiaiBTltiété 9fini5s deeanons.-L'emreintEétaît d'une époquebren poMéiiieure à te'premièrB TODelrnetion- du iJhateeu, qui, eomme nouB l'avons .vu, 'remoûteit-flux premières annéesdu M.' siècle. Latour carrée -seule restait de cette forteresse con- 'temporaineide Foulquee-'Nerra; le-surplusdn ouvrages eti-vi- -Tonnants, -ainsi que lesmuralltes de'la ville, ïivâft'le caractère idesmonuioenbs mililaireB'dusv;'flrèclB.'îrout porte à-crdireque cegyBtèmedéfbnsrfaurB'été sinon eommencé,' du moins terminé àTépoque où Louis XI ressaisit'la place.

Vers keipremiéres années du irin.'-sîècle, la terre 'de Mon- Ttrictiard ipaEsa de la maison d'Efflat dans celle de Ohabannars; tm peu plus -tard, elteiretobma à la couronne. Quelque 'tempe avant la révolution , le duc de Penthièvre devint seigneur d' A m- ■boiseet de Montrichard, -par suite d'un étthange dans 'lequel ce ^princ&abandonnaitau'roi la principauté de^Donibesët le comté d'Eu.'On'Eattque depuis, ces derniersdoniaîneS'SontTevenas è'ia maison de Penlhièvra, et par héritage à ccIte'd'Orléaas, iquiiposséiia , au même titrer, les terres d'Amboise etde Uontri- =dhard.

iLavielIte'MuT'deMonlriehardjdoyflrmBde'toUteçleBConslFHe- Uonsqui l'entouraient, les a vuee'touteBs'écroUler.autouTd'ëllQ, et«e dreB6eencore,6èreat sourcilleuse, auBommet-duedtcau. lUne des tours du chàteau' écreaa'vers M 7fio,ien s'écroulent, Igb tvoÛtcG deUîégltseideSamte-^Oroix, eoQStnilte ea même .temps ^que le doqjon ,)aiDBi>que l'atte&teatde.paRtatliet-pluBieurs^par- -tifS de la nef. Per uneidispoeitiombisarre., Immunailles de ta ■farlereaseiqppartenaient'encoTeil'y a quel que» a nuées, à sa [majesté Louis-Philippe, tandis que ile «errain , vendu idunnt la TévOtut{on.,eSt'ta propriété d^unbabitant de ta<villejOeltebi- -«arrerie vient. de-eesser : ksimureiliesioatélé duânoédées^èiee ■parliculiar.

iLe mur d'enceiaie de Uimlriilbard, 'abaUu.au cammeucenBat de oe^èole pour<deB travaux' d'embellissement qui ne nois pe-

laissent pas eacore réalisés, donnait à cette petite ville une physioDomie imposante. On pénétrait dans la place par quatre portes , correspondant à peu près aux quatre points cardinaux : celles du nord et de l'ouest existaient encore à la révolation. Indépendamment de sou église romane , Hontricfaard renferme un édifice qui remonte à la fia de cette période de l'architecture. Celte construction , située à Test de la ville et coonae sous le nom de Friche, parce que les calvinistes y célébrèrent un iustao t leur culte , est incontestablement la plus ancienne maison de la cité. D'autres habitations du moyen-âge, du xv.* siècle particulièrement, se voient dans diverses rues : le plus important de ces édifices est l'bdtel de la chancellerie, qui ne renfonle pas au-delà du ivi.' siècle. L'hàpilal est du même temps ; mais l'iostitutioQ ne fut fondée qu'en 1 H 4 par Antoine d'Effiat.

Contraint, par l'infiesibilité de nos limites, d'abréger ces détails archéologiques , nous ne dirons qu'un mot de l'église de Nanteuil , monument remarquable , fondé au xi.° siècle , soit par Gelduin, soit par son fils Geoffroi, mais cù l'on ne retrouve guère les travaux de cette époque que dans la chapelle formant le chevet de t'église. Le surplus de la construction a les divers caractères des siècles suivants jusqu'au seizième. Le porche rappelle bien le gothique du règne de Louis XI.

Le pont bâti sur le Cher a Hontrichard est d'une conatmction postérieure à celle de l'enceinte murée : tout porte à croire qu'une bastille s'élevait à son extrémité méridionale. Jadis la rivière, qui maintenant coule tout près de la ville, passait sous de vieilles arches ogivales qui existent encore au-delà du fauboui^ appelé le bout du pont; ou ignore l'époque précise à laqueUe le Cher quitta cet ancien lit.

La petite ville de Monlrichard , traversée par les routes de Tours à Nevers et de Loches à Blois, est animée et commerçante ; le sol qui t'environne est fertile et sa situation séduisante ; tout porte à croire qu'elle acquerra quelque importance. Sa population actuelle est d'environ deux mille quatre cents

ET DE SON TERRITOIRE. -iSl

ames. Gayet ( Pierre- Victor-Palma) , historien du rvi,' siècle, naquit à Hontrichard : on lui doit V Heptameron de la Navarride el la Chronologie novenaire de 1589 à 4598, Cet écrivain, dont les ouvrages sont encore estimés , avait été précepteur d'Henri IV. Il mourut en 46i0.

Lorsque l'on suit te coteau couvert d'excellents vignobles qui s'étend de Chissay à Thésée , sur la rive droite du Cher , on s'arrête avec intérêt au village de Bourré, situé à une lieue audelà de Hontrichard. Là s'ouvrent les immenses carrières d'où sortirent en grande partie Chenonceaux, Chambord, Bury, Montrichard, Bléré, et celte délicieuse ville de Tours mollement couchée sur les rives de la Loire. L'exploitation des flancs caverneux du coteau de Bourré remonte, dit-on, au XI.* siècle; aussi présentenlrils des excavations dans lesquelles une armée do deux cent mille hommes pourrait se cacher , avec son artillerie, ses équipages, sa cavalerie. Parmi les monastères dont les constructions sortirent de ces carrières, on comptait au sn.° siècle un couvent de Templiers fondé à Bourré même. Bientàt les derniers vestiges de ce couvent, encore appréciables il y a une trentaine d'années , auront entièrement disparu ; la route de Tours à Nevers passe sur le terrain que cet édifice occupait , et les voitures publiques roulent sur les ossements de chevaliers du Temple , inhumés dans quelque crypte co mblée par les siècles.

Plus loin , à Thésée même, s'élève une ruine romaine d'une belle conservation : c'est une de ces étapes [maruio] que les maîtres du vieux monde construisaient sur leurs routes militaires. L'espace nous manque pour mentionner , avec quelques détails, la voie d'^uaricwm (Bourges) è Cesarodunum {Toacs) , qui longeait depuis Gabris [Chabris) la rive droite du Cher, et peut-être les deux rives •.

ifl^ BlBTOIftB DB' BLOia

IieiidaDce,d.it comté de Bloie; o'asti paurquoiiaou»!». meationrnerona. rapiiieiaenl' daos ootte hiEloirA. Il faut, relt^uerparmi: lès hypothèses, plus. ou. mains parées dliDgâuièusesiSuppcairtions, qui constituenl le labeur des-anliqufliroa> las étaMisas^meDtscdlLiqpe&qiiti'cesiiitnéipidefrfu^/jfijeun! placent; iuuiïaiiDe ailleurs : nous^-leun laissons t«ute la^^uira de: ces savanLesiab. toujoiir3furi.exdusi.\os.àlmajbjralionsL Vrfjs-la fin.du,iï!.'-aièclei. des. religieux., duu des.erin;te&,, sortis; deliahbaye- de SaioU- Mar.lin-de^Tours, et qui, voulaient'.se, randre-iodépeBdaQtS'de-la» oimmuQauté-mère,. slairélèrâiit; auî^ ooiifiiis du Berryt et. da- là/ Touraiae:, oiiiils. hàlireatUDa humble cli^ellB, quladopla'biaAitât la déiVQtion. des popalaliuD& eaviroauaDtss-;, et' les péloiinib affluèrent. de toute» parUià, l'oratoire' du mtesu, quaileigntiKti salut. Martin devaiL proLcger:  laUu' du^siàcle>siu\ml), But' des L" ,.aomte de fikiifi^ ât~,caaal(niine.uD ch&loamaur ces bweleurs, qui.,,du-resla,.Q^rai£Dl'UDe.bonaefposiUaaimililrarft:àla. limite da 6ûa.Qomtà..lci', salon l'usage detca&tsmpaireoidéa, ua. l]Ourg;sWeva bientôt soue.Utprotactioa duiTopt^ BnitOlâ^ uqb' nouvelle cglise.foL construits pour reoevoin la aombna toujeura crûisE3nt:dâ& &dèlos„et ces- moines rayaatpla£éfta«niE l'iavonar liou-de saint- Aignan., second évàqnec diOnléaos^ le bmirg: rofuL aussi. celte déDomination,

Cependaut Eudes II , alors comte de Blois , déjùi \aiQcu danS; \a& ptoines de Bont-Levoy par Eoulqp&^TNeri'a, «nDtediAnjou , ne pouvait trop se nkettre.eng^rde centrales eBtrepris0a'do'Ge redoutable voisin. Dans, cetta situatioiib il ioféedajla terre, de: Saiut-Aignan à GeoQmi, baron àe. DonzA',,âoDt.lA'renDmiDée' guerrière, égalait, celle de Gelduiii ,. gurdieo de là frontière ouest du comté' de. Biais. Eudes , parla cbartadinféodatien , aej^sar.vai la foi et Ibotnaiage sur le Gérdc Saiot-AigniHii ,

Geoffroi de Uonzy, vaillant capitaine, abusait quelquefois de cette brillante qualité pour commettre ce rtainje&. violations aux principes d'un bon voisinage - uu jour , jmut séfuta-, ilise-prikà.

£T Dft SU» nWHnMM.. 48&

pilkv deB'(ennes-appanl«iaDt<àiFoulqiie»TNeri»:,,auaraia,lbrl< [KiintilleuK.^ur'llL0ODservatien desea.draitB., quoiqulil respeoUtl pw3omixi diautmi. La toriiblë ooiiitoid'.Anjo4.maroba^ camms Dosm l'avouB dit, oajitm GeofTnoi , le-battit , s'empara dasaiper^ sotniB'et'lG fît périnan 1(130, Sou conps, fut.rapporlààliâ^iEA d»s-lbrG<KiUégiaJS'de SfeinthAignan, etl déposé èroneatde-cetta basiliqne, dmis-la chapallft SeiaL-Jean: lU latsre eeoieaicB S»ncti Jobamàtab orienit^, selon) leiinoioe. da^MarmoiUiar, bisloriea de» seigneurs d'Amboi&e. .

Lai maison det Doozyi pewâda le. Sttf de Saiat-Aignaa par lestunnowâi juBqn'.en>1âSâ; en, oetto aaDéB',.ilipasa»>à AgDàa,de DdDzy-, mariée-en seocades^Doeeis-à Gui/dejGhAtUlbo,,, oeDite.da. Saint-Raul, qui:, dii ooDEantsmenti dasa fename:, affranchit 1^ babitBDtB.deSsiDt'-Aii^nan. L'umet: l'autre mounureml. en, iS3&, A^vèe la< maison de'Ghàtil]bni,.oetUe de BourïloD ,,pui& celle de. Bourgc^Rej poMédèreDtila\lenre.db Saintr-Aignan ::unebrancbe deoaUeidemière rooe, tâtuleire du.comtédeCbâlon».,,conaaFva loDg-tempslefîef qui noiis occupe ; noua k voyons passenparelley àI»fiQ>du.xiT.'aiàule,,daa3iBfamiIledeHusson:jO'e9tà3avo)Rque Marguerite de Châlons , comtesse de Tonnerre , porta celle teriVB à^OliviêTiSeigQeiinde HuBMnt.ebamhellanideChBrle&^^.SaiDt- Aignan pKaaienaaiteauceessivementàJean^de Dusson-, àGhatvlas-, son fils, puîa<à>I.ouis«, fllle-de: oeluitoi^, qui épousa en lôOft Emery de-floauviiliarsi bailH et.gouveriieunda Hoîs. Loui&'XIIi ouiBrançois 1.", en^faveur d» ce seigneur, érigeaiphis tard eoi comté'la^seigneurieâe^Sftintr^ignaa.

lie-nom de:Beau>ùUiera avaitidèa-lorS'aoqaii^qutdque luatne,: IeS'Qomte»Bené,.ClaudeL'Qt Hercule de Beauyitlierss'^taJeot dlsilingaé&pa^defiexfllQitsmiiitai^es^: ledfirmermounut.lee armes à-la.mun.en 1ôS3. Bostàrieurement, oestsïiigneurs'OoaUniièFent. de serTirl'état aveo' une haute distinctiou : fiononat de Beau-vilUers sa âCi oeinanifuer. daosc lesi armées- de Louis-XIll et, de LouiftXlV. ;il fut ausâinemhne'dellAoadémie française,. comme tout. boa gentilhomme devait âtra,.p«ur! psu.qtttil. eiit rimé

424 HIBTOIRB DB BLOIS

quelques qnatrains , quelques bonqaeU è Gloris : le bagai^ académique d'un grand seigneur était réputé complet s'il entrait avec quelque peine dans le petit doigt de son gant. En ftiveur d'Honoral de Beauvilliers , poète et guerrier, Louis XIV érigea le comté de Saint-Aignan en duché-pairie. Paul de Beauvilliers, Ois du précédent , obtint la conBance intime du grand roi : il fut gouverneur du duc de Bourgogne ; et lorsque le duc d' Anjoa, par un ordre de choses uu peu tourmenté , devint roi d'Espagne sous le nom de Philippe V , le duc Paul de Beauvilliers eut l'importante mission de le conduire à Madrid. Il existe au château de Saiot-Aignan un journal où se trouvent consignés tous les foits se rattachant à ce voyage : il est écrit entièrement par le duc, et contient des annotations marginales de la main du roi. Celles-ci sont d'un puissant iulérét, et propres à rectitiçr bien des erreurs, ou calomnieuses ou apologétiques, commises dans les jugements portés sur celui de nos souverains qui sut le mieux régner. Paul de Beauvilliers, qui avait épousé Henriette^ Louise, fille du grand Colbert, dut sans doute à cette alliance ministérielle d'être ministre d'état et chef du conseil des finances.

Le fils de ce seigneur , qui se nommait Paul-Hyppolite , devint lieutenant-général des armées du roi. A l'esemple de son aïeul, il voulut joindre les palmes littéraires aux lauriers du champ d'honneur : le fauteuil académique lui tendit les bras, comme on dit en langage vulgaire ; il s'y reposa sans être trop fatigué du poids de ses œuvres , intitulées Amusements littéraires. Paul- Hyppolite de Beauvilliers devint dono immortel eu s'amusant; mais, plus tard, le maréchal de Richelieu dut s'amuser davantage en réunissant ses titres à l'immortalité des Quarante : ce bagage consistait en une collection de billets doux. Ânne-Otherine de Beauvilliers , simple religieuse au couvent des Bernardines de Saint-Ajgnan , est encore citée dans le pays pour sa sagesse et sa piété. Nous avons dû nous abstenir de mentionner une multitude d'autres recluses du nom de Beauvilliers, qiu,

durant les xvi.', ith." et xviii,' siècles , furent poussées dans les cloîtres sans doute contre leur vocation : le voile monastique, pour être jeté sur les passions, humaines , ne les détruit pas.

Nous avons signalé la fin tragique du dernier duc de Saint- Aignan ; il était fils de Paul-Hyppolite. Ce duc et pair parut rarement Ji la cour : né contrefait, il y eût provoqué trop souvent les plaisanteries d'une noblesse peu encline à reconnaître quelque valeur aux bonnes qualités dont ce seigneur était pourvu , et que relov&U encore un esprit aimable , vif et enjoué. Hademoiselle de Béranger, qu'il avait épousée, était une des plus jolies femmes de son temps : elle dut regretter plus d'une fois d'être privée de figurer dans ce parterre de beautés qui brillait à Versailles. Retirés à Saint-Algnau durant la révolution, M. et M."° de BeauviUiers ne purent échapper au sort faneste qui atteignit presque tous les nobles restés en France ; nous avons rapporté ailleurs les circonstances de leur arrestation et du supplice de l'infortuné duc. Une grossesse providentielle sauva la vie à la duchesse , ainsi que nous l'avons dit; et cette dame vécut assez pour revoir sur le trône les eufanls d'Henri IV , et restaurer de ses anciennes prérogatives tout ce qu'il lui a plu d'en ressaisir.

L'ancien domaine ducal de Saint-Aignan est échu à M. le prince de Chalais, gendre d'un des deux fils du dernier duc; il administre cette terre au nom de sa fille. Cette demoiselle est, ce nous semble , te dernier rejeton, de l'illustre maison de BeauviUiers.

Le château de Saint-Aignan , construit non loin du premier fort élevé au sommet du coteau, sons la dénomination d'Agar, est nn édifice oti l'on reconnaît les caractères des xv.* , xvi.° et xvu.° siècles, sans aucune des beautés que distinguent l'architecture de ces diverses époques ; et l'intérieur de cette demeure est moins remarquable encore que l'extérieur. La chapelle seule, restaurée récemment dans le style des premières années du XTi.* siècle, mérite d'être citée et fait honneur au goût de l'ar-

420 BtSTOlRE Ufi BLOIfi

chitecte restmratenr. Nous professons une (rès faible estime pour les pastiches , artifices de l'art auxquels ne s'attache aucun souvenir, et qui, conséqnemment , laissent le spectateur sans émotion. Nous regrettons donc le point de vue qu'interCepte une haute tour , écussonuëe à son faite , et qui , construite au XII.* siècle, simule sans utilité l'architecture militaire de la fia du quinzième. Le château de Saint-Aig;nan , si peu remarquable comme monument, est bâti dans une situation admirable . des croisées de la façade , se développe le coors dn Cher, au milieu d'une délicieuse vallée, sut une étendue de trois à quatre lieues, a Lescoteaux tapissés de vignobles qui encadrent cette rivière aux eaui vives et limpides; les v^tes prairies sur lesquelles on la voit onduler comme un ruban argenté ; les blanches voiles qui ^ssent h la surface , tout contribue à rendre ce point de vue enchanteur ". n

Les antiquaires visitent avec intérêt dans le château de Saint- Aignan, un sarcophage antique apporté de Etome par le dnc Paul de Beauvilliers. Ce tombeau , d'un ciseau grec , noas semble appartenir au H." siècle; un bas-relief sculpté à sa partie antérieure représente une jeune fille expirante ; sa famille environne son lit de mort. Une inscription grecque , qui , sans être adhérente au monument, paratt en avoir fait partie, est ainsi conçue r

Ovin Grp-cnaftvTinpit

La ville de Saint- Aignan oSre peu de monuments rfmarqua)blcs du moyen-âge: avec les anciens murs d'eoceiate , détruilâ en grande partie, l'église, jadis «âllégiaie, et l'aacifin palais

* La Loire histt^ique, tomt in, pagi 310.

■* A Jutla Egrltta , Elle uiigue tr^ chère , igée de ^liyVcfeui aat cinq mola , sa mèretnfortan^

ET DE son TERRITOIRE. 427

de joatioe, sont les seuls édifices dignes d'atlention. L'église présente encore des- parties remontant au xi.< siècle ; mais la façade peut être attribuée au xn.« siècle , ainsi que le clocher, dont les arcades géminées et k plein-ointre rappellent bien l'époque du bysantin Qeuri. L'abside est la plus aDcienne construction du monument. A l'intérieur , divisé en trois nefs , se signalent des reconstructions des iiii.* et xit,° siècles. La crypte, qui s'étend sous une partie de l'église , n'est pas postérieure à la première de ces époques : une peinture à fresque, encore reconnaissable , en décorait la voûte. Le bâtiment ou se rendait !a justice des anciens seigneurs ne se recommande que par son âge ; on sait que le ïiv." siècle n'était pas prodigue d'ornements dans la construction des édifices civils.

La ville de Saint-Aigoan , bàlie au pied d"un coteau qui lui laisse peu d'espace , ne se distingue ni par la largeur de ses rues, ni par l'élégance des babitatîous; maie sa situation, sur la rive gauche du Cher, est agréable. Le voisinage de cette rivière favorise la seule industrie que cette petite ville ait conservée, la tannerie qui, sons la main de M. Rouet-Clermont surtout, y a pris un assez grand dév^oppement. On comptait autrefois à Ssùnt-Aignan un certain nombre de drapiers; depuis la révolution, cette fabricatiftn a cœ«é. M. le prince de Cbalait a fait construire récemment, sur le pont, un beau moulin à farine , selon le système anglais, qui, par un mécanisme aussi complet qu'ingénieux, opère simultanément le criblage, la mouture, le blutage et l'ensachement. La ville, traversée par la route de Blois au Blanc , et bordée , à l'extrémité de son faubourg nord , par la route de Tours 4 Nevers , reçoit peu d'activité de cette double oommunicatîon. Le oomuierce du lien se borne donc <i l'écoulement des produits de tannerie et de eorroîrie ; aussi !a population est-elle à peu près statîonnaire à trois mille habitants. Un bâpital très ancien, mais reconstruit en 1709, par Paul de BeauvilUers, qui augmenta ses revenus , {teut reeeTotr vingt lits; on y a réuni deux éocdes gratuites.

428 HiSTOinE de: blois

En résumé, la terre de Sainl-Aîgnan , après avoir appartenu au grand fief de Blois, du temps des comtes, fut enclavée dans le ressort d'Issoudun et réunie au Berry. Hais elle en fut détachée en U40, et réintégrée au bailliage de Blois. Dans la diviiiioQ territoriale de 4790 , Saiat-Aignan fut le siège d'une administration de district : le tribunal attaché à cette division siégeait à Montrichard. Depuis la délimitation de l'an vni , Saiat- Aignan n'est plus que cbefAieu de canton , et fait partie de l'arrondissement de Blois.

Un plau fort étendu a permis à l'auteur d'aborder dans uu autre ouvrage des détails statisques et archéologiques qu'il doit s'interdire ici. Il ne fera donc que signaler le manoir de Ghâ~ leauvieux , où vient de mourir l'illustre Royer-Collard ; les carrières de pierre à feu situées sur la commune de Meusnes , et qui bientôt perdront tout leur prix par l'adoption des armes à percussion ; enfin , la chapelle de Saint-Lazare , monument du x.'siède, déjà mentionné précédemment'.

En remontant le cours du Cher d'environ trois lieues, sur les bords d'un canal qui suit latéralement la rive droite de cette rivière et se perd dans son lit à Noyers, on parvient à la petite ville de Sblles , dont l'origine remonte à une époque voisine de la période gallo-romaine. Gr^oire de Tours rapporte que , vers le commencement du vi.° siècle , un religieux de l'abbaye de Saint-Mesmin , près d'Orléans , appelé Eusice , quitta ce monastère pour chercher une solitude profonde , une autre Thébaïde, où sa vie contemplative ne pût être troublée par les bruits du monde. Il s'arrêta sur les bords du Cher , en un lieu couvert d'épaisses forêts et nommé Préseigny , selon La Tbaaœassière et Pallet , historiens du Berry. Eusice trouva-t-il le repos absolu dans son ermitage? on peut en douter, car il était peu éloigné

* Pour ces divers objets, nous reaTOTons nos lecteurs au tome m.* àeLaLoirt Ajilorfquf. Ils consuUeroat aussi aiec buKV Biiloirt de la ville de Saint- jfignau , par J.-I. Delornw , qui est en vole de publication. Kous ne pouvons trop recomlUiMler ce llTre aux tunateura de dilailj prfdsiur lalocallté. -

de Gabris, aujourd'hui Chabrîs, où les Romains avaient fondé une ville populeuse , à en juger par les débris antiques que récèle la terre sur remplacement qu'occupa cet établissement. Or, la décadence de Gabris, au commencement du ti.* siècle, ne devait pas être assez avancée pour que le bruit d'une civilisation tumultueuse ne parvint pas aux oreilles du pieux solitaire. Quoi qu'il en soit, Childebert, fils de Clo vis-le^ rand , vint à Préseigny , continue le père de notre histoire , exprès pour visiter Eusice, Ce roi de Paris , se jetant au milieu de bois pour visiter un selitaire encore sans renom, nous parait un épisode apocryphe ; Cbildebert se rendant à Avaricum ou bien à Gabris, et se trouvant près de la cellule d'Eusice, l'aura visité accidentellement. En suivant toujours la version du prélat-historien, on voit que le Mérovingien avait promis à l'ermite des bords du Cher de revenir le voir après celte expédition en Espagne dont il sortit viotorieux ; mais ayant manqué d'accomplir cette promesse, le monarque franc perdit soudainement la vue : Tantœne animis cœlesUbtu irœ. Alors , se rappelant un peu tard l'engagement dont l'oubli lui était si funeste , le fils de Clovîs s'achemina une seconde fois vers Préseigny , et dès qu'il fftt près de la cellule d'Eusice, la vue hii fut rendue. GhiWebert, dûment averti que le pieucc solitaire était assez fevorisé du ciel pour devenir un ennemi dangereux , le combla de biens. Il lui donna , entr'autres présents, plusieurs hommes de corps pour bâtir un monastère el cultiver une partie de la forêt. Eusice mourut dans ce monastère en odeur de sainteté, vers l'an 543, et Childebert fit élever une église sur sa sépulture. Le monastère et l'église , construits non loin de la cellule du saint homme fcellaj, furent l'origine de la ville de Selles, dont le nom devait être Celles.

Cependant un seigneur du sang royal, nommé Wulfin, augmenta les constructions du couvent, y appela des religieux et s'y enferma lui-même. Wulfin, à son tour , mourut sanctifié dans la maison qu'il avait agrandie ; des miracles s'étaient opérés sur

430 HI&TOIBE DS SLOIS

la tombe de saint Ëusice; U s'en produisit de plus merveilleux encore au tombeau de WulGn. Les fidctes accounicent de toutes parts; un bourg se forma autour du monastère; il devint bientôt assez important; il avait reçu le Dom de ville aux. ' siècle , lorsque les Normands pillèrent le couvent et la population. Quatre siècles plus tôt , peat-être , les habitants de Gabris , formés à l'école guerrière des Romains, eussent défait les hordes du Nord; mais depuis long-temps ces Gallo-Romaius belliqueux reposaient sous les gazons de la plahie , qui recouvraient et leurs habitations, et leurs temples, et leurs cirques fastueux... Ce Fiit Thibaulrle-Tricheur , comte de Blois , qui chassa les barbares et se déclara seigneur de Selles.

Ed 1 030 , l'abbaye fut relevée par des chanoines réguliers ; et vers 1 1 45 , Pierre de la Châtre , archevêque de Bourges , acheva de constituer cette communauté eny introduisant larègle de saint Augustin. Mais dès 102(1, la seigneurie de Selles, distraite du comté de Kois , avait été réunie à la baronnie de Vierzon. Robert de Court«aay, qui fut empereur de Constantinople , possédait le fief de Selles au xni.* siècle. Par un ordre de transmission peu connu, la terre qui nous occupe, annexée au grand fief du Beiry, apanage du duc Jean , frère de Charles V, passa ensuite à plusieurs autres princes ou princesses de la maison royale , et fut réunie à la couronne en même temps que Mehunsur-Yèvre. Charles VII avait à Selles un château dont on voit encore quelques vestiges^ la cour y séjourna quelquefois durant l'occupation anglaise. Selon quelques historiens, ce fut à Selles que Jeanne-d'Arc vint trouver ce souverain après avoir (ait lever le siège d'Orléans, pour le conduire à Reims : cette opinion est toutefois controversée.

Nous pensons que Selles ne fut détachée du domaine de la couronne que sous le règne d'Henri IV : ce monarque la donna à Philippe de Béthune , frère de l'illustre Sully. Ce seigneur prit alors le titre de comte de Selles et fil bâtir , dans les premières années du xtii.' siècle, le château dont on ne voit plus qu'un

ET Sm SON TBlRiTMRE. 431

pavilloo, à l'ooesl de la \ille. C'éuit ua édifice d'une spleodeur royale, construit en pierre et en brique, dans le goût de la Place Royale à Paris. La magniticeBce des appartements était égake à la majesté des dehors : Philippe de Béthune avait réuni dans les salles , dans les galeries une multitude de tableaux précieux, de st&tues et de bo^es antiques, qu'il avait apportés d'Italie, et dont l'ensemble formait une coUectian ioestiinable. Le château renfermait aussi près de deus mille volumes manuscrits, dont plus de douze centssur l'histoire de France. Hyppolite de Béthune , fils du précédent , l^;ua toutes ces richesses à Louis XIV.

Philippe de Béthune fut le bienfaiteur de la ville de Selles. Ce seigneur , pour des services importants rendus à l'état, dans ses ambassades d'Ecosse, de Rome, de Savcùe et d'Allemagne, avait acquis un grand crédit à la cour de Louis XIII et durant la mir norité de Louis XIV ; les habitants de Selles ^i profitèrent souvent. 11 mourut en 1 6i9 , âgé de quatre-vingt-huit ans. Son fils, Hyppolite de Béthune, eut une jeunesse toute militaire ; on le vit rarement aux bords du Cher. La seigneurie de Selles re&ta jusqu'à la révolution dvis la maison de Béthune ; mais le château n'était plus depuis long^temps qu'une somptueuse et triste solitude; ses derniers possesseurs le visitaient rarement. Enfin, la bande noire a passé par là et ce vaste édifice a été mutilé.

Philippe de Béthune obtint , en 1641 , des c«ur& de Bonie et de France , que l'abbaye de Selles fût unie k la congrégation des Feuillans, et l'année suivante Jacques de Saint-Paul en devint abbé. Long-temps avant la révolution , l'église abbatiale avait été érigée en paroisse , et les religieux la desservaient. Cette communauté, devemia riche et puissante depuis plusieurs siècles, jouissait d'une grande vénération dans le pays, où ses bienfaits soitenaîent uo grand nombre de familles indigentes.

L'église conventuelle et paroissiale offre plusieurs parties de coostruclioD remontant au xi.° siéde; d'autres parties appartiennent à l'ère gothique ; enfin des travaux modernes , exi^utés

Page 1