SA BMOIRB DE BLOIS
déterminée par la formatiez récente d'ime armée royale régulière et soldée; disposttîon éminemment polHi^ie due au conné^ table de Bicbemont , qui , en obligeant les grands vassaux à servir sous les bannières de la couronne durant la guerre , et à licencier leurs troupes à la pa« , portait un coup terrible à^ la féodalité. On conçoit combien^ dans cette circonstance, le prince tNreton dut être pris en haine par les conjurés ; mais le temps de la force brutale était passé; on avait appris à cafculer les iniueoces autres que cette de l'épée : Ricbemont parut au milieu des conjurés, les haramgua avec sa rudesse ordinaire , sans les feire renoncer à leurs projets hostiles; mais fls n'osèrent Tarrèter.
La Praguerie venait d'édiouer aux co»iBS de TAuvei^e, lorsqu'un beau ^>ectade el une douce éBioti(»k furent ménagés aux battants de Bloîs,par Iq retour du boa doc Charles, après une captivité de vingt-cinq ans. a Là el ailleurs, dit Oetavien de » Saint-Gelais, le peuple e» estait aussi resfoui que si c'eu^ » été un ange qui fût descendu, du ciel. » Une députation des habifianits de la capitale da comté , composée de Ph^tppe Paris, Jean de Ghampeaux et Gosme de Gosn^ , présenta à Charles d'Orléans, au nom do la v81e , plusieurs pièces d'orfèvrerie « émalllées et marquées à ses armes. Les circonstances de la diè- Inrance de ce prince méritent d'être consignées par l'histoffien àvÊ Blésois.
Nous l'avons déjà dit , les haines de fiintille se soi^ pouit inextinguibles dans lesceeurs français: jP*»Hppe-le^Boii, duc de Bourgogne , après plusieurs points de rapprocheaieôt entre sa maison et celle d'Orïéans^ se décida à consommer awï^ntiquement sa réconcitiation avec te duc Charles, en contrilraant de tout son pouvoir à rompre ses fers , dont le poids inquiétait peu Charles VH. Philippe acquitta donc une forte partie de fe rançon de son cousin ;, ce qui mit celui-ci à même de racheter sa liberté, en payant le surplus, non sans imfioser de rudes char* ges au comté de Blois , ainsi que le prouvent les mommeints
ET D& SON TEEElTOiRE. 8S
historiques du temps. Mais durant soa Icmg exil, Charles^ dans tout ce qu'il conservait de pouvoir et de facultés ^ n'avait pas cessé d'étendre sa sollicitude sur les habitants de ses domaines; ils s'en souvenaient et firent avec joie les sacrifices qu'on leur demandait.
Philippe s'était porté au-devant de Charles jusqu'au lieu de son débarquement ; les deux princes , attendris , se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et restèrent long-temps embrassés. Le duo d'Orléans rompit le premier le silence , prolongé par une vive émotion également ressentie, a Beau frère et beau cousin , » dit-il , je vous dois aimer par-dessus tous les autres princes » de ce royaume , et ma belle cousine , votre femme ; car sans » vous et elle , je fusse toujours demeuré au pouvoir de nos ad- » versaîres , et n'ai trouvé de meilleurs amis que vous*.
Le duc Philippe mena d'abord Charles d'Orléans en Bourgogne, puis il se fit un plaisir de le conduire dans l'Orléanais, avec une nombreuse et brillante escorte, H fat témoin de sa reprise de possession. Cette cérémonie s'accomplit avec ime pompe militaire dont le roi fiit d'autant plus choqué , que le duc d'Orléans s'était moins empressé d'aller rendre hommage à ce souverain. Du mécontentement Charles YII passa à la défiance : ayant appris que le prisonnier libéré sans son concours se disposait enfin à se rendre auprès de lui > mais à la tète d'un oortége nombr^ix , il le fit prier d'en renvoyer une partie. Piqué de cette injonction, Charles contremanda son voyage, et ce fut alors qu'il se retira à Bîois.
Bientôt le duc d'Orléans se réconcilia avec son royal parent , qui loi rendit toute son affection. Confiant dans la haute réputatH)n de sagesse que Charles s'était faite en Angleterre, depuis que l'âge avait amorti en lui les passions , et circonscrit dans le domaine des lettres la poésie de son imagination , le mo-
* n font cependant remarquer que la plupart des prhices et des grands seigneurs de la natkm contribuèrent à ta libération du duc d'Ortéansu
narque le fit son représentant aux conférences ouvertes à Saint- Omer avec les Anglais ,*mais qui furent sans résultats.
Retiré au château de Blois, notre duc devint surtout homme du monde : sa cour, nombreuse etsplendide, passait pour la plus polie de l'Europe ; et Ton doit , nous le croyons , reporter à cette époque, rétablissement dans le Blésois d'un grand nombre de maisons nobles et opulentes *.
Nous ne pensons pas, avec M. de la Saussaye, que la plupart des poésies de Charles d'Orléans aient été composées au château de Blois : il Tavait quitté bien jeune pour s'élancer dans la lice malheureuse des discordes civiles ; et lorsqu'il y revint ,
* Voici les noms des familles du Blésois, du Vendômois, du Dunois, de la Sologne et d'une partie du Beiry , voisine des bords de la Loire , que Ton dut voir h la cour de Blois , sous le duc Charles et après lui ; plusieurs y avaient paru avant son gouvernement. Alez du Corbet (Dunois) , d'Auvergne la Grassinière (Blésois ou Sologne) , Belot (Blois) , Boisgueret de Valiière (Sologne) , BéthuiM (comté de Selles), Bodin de Boisrenard (Sologne), Brunier de Villesablon (Blois), BoutauU (Blois), Courtawert (Dunois), Grespin de Billy ( Blésois ) , Gauvignon de la Gaudinière (Bérry , Blésois), Guérin de Beaumont (Blois), Hurault de Saint-Denis (Blois), Jehanne de Saumery (Sologne), Marescot (Dunois), Musset du Pré (Beauce), Orléans de Bèse (Dunois), de Passac ( Vendôme ) , de Prunelay ( idem ) , de Réméon ( Blois ) , de la Saussaye ( Blois ) , Taillevis de Jûpeau ( Châteauregnault) , Tascher de la Pagerie (Dunois) , deTremault ( Blois), du Trochet de Saint-Georges. 11 serait superflu de fixer Tàttention de nos lecteurs sur celles de ces familles qui se sont illustrées à divecses ^[>oqiie8. La maison de Bétbune fut célèbre , non seulement par Sully , mais par d'autres hommes vaillants ou que recommandaient de hautes qualités : le dernier duc de Béthune, Charost est inscrit au nombre des bienfaiteurs de Thumanité. La famille Hurault , entre autres gentilshommes illustres , a donné le chancelier de Gheverny , dont nous parlerons ailleurs. Nous avons signalé déjà les nombreuses notabilités sorties de la maison Jehanne de Saumery. Un Marescot fut un des généraux les plus distingués de la révolution et de l'empire. Musset-Patay , descendant de la famille citée plus haut , se fit un nom dans les lettres ; ses deux fils sont classés parmi les premiers écrivains de notre époque. M. Louis de la Saussaye, par des ouvrages recommandables , s'est ouvert l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Enfin Joséphine Tascher de la Pagerie , femme du plus grand homme des temps modernes , fut impératrice des Français et reine d'Italie.
rage devait avoir attiédi déjà cette verve des poètes qui , comme la lave du Vésuve , ne coule puissante et rapide que lorsqu'elle est en ébullition. Ce fut sans doute en Angleterre que l'imagination de Charles , caressée par les souvenirs de la patrie lointaine , enivrée quelquefois par les consolations expansives de la beauté, dut s*épancher dans les accords de la lyre. Néanmoins , comme on ne rompt pas plus volontiers avec la poésie qu'avec Famour, la situation inspiratrice du château de Blois ne put manquer de ranimer la muse sérénissime.
Mais si le duc reportait sa vue sur l'intérieur de cette sombre demeure, ses riantes idées devaient soudain s'envoler. Dans ces appartements, presque toujours déserts durant un quart de siècle, il retrouvait le lit mortuaire de Fangélique Yalentine, sa mère; quelquefois peut-être, dans l'obscurité des nuits, l'ombre de cette princesse , dont le dernier soupir s^était éteint empreint de l'espoir d'une vengeance^ lui apparaissait-elle, triste de la désillusion montée vers elle dans le séjour éternel des justes. Et puis le palais de Blois, devenu plus tard si magnifique , n'était encore qu'une austère forteresse aux épaisses murailles, aux tours crénelées , enceinte d'un fossé profond.
Aussi le duc Charles, le premier parmi les comtes de Blois de la maison d'Orléans, voulut-il ajouter la splendeur à cet appareil martial, sans toutefois l'altérer : si déjà le despotisme farouche des grands s'était adouci, ils tenaient encore leur sujet à distance par la crainte. Il reste peu de chose aujourd'hui des reconstructions ordonnées par ce prince : elles ont disparu en grande partie dans les travaux ultérieurs. On voit cependant encore une suite d'arcades qui servait à lier Uaile orientale à l'aile occidentale.... Du Cerceau, dans Les plus excellents bâtiments de France, a donné un dessin de cette dernière partie de l'édifice.
Lorsque Louis I." avait pris possession du comté , il s'était proposé de former au château de Blois une petite bibliothèque, dont le commencement fut bien modeste; car il ne se composait
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que de cinq volumes donnés par Charles V à son plus jeune fils. C'étaient deux Bibles , un Missel , leGcntvemement des rois ei les Voyages du Vénitien MarcQ Polo : tous ces ouvrages manuscrits et transcrits sur vélin avec une admiraWe netteté. Louis ^ quoique léger et dissolu , aimait les lettres ; il ajouta à cette faiide «élection, le Dit royal, acheté à Jean Froissart; \e Miroir kùtoriaî, qu'il avait fait composer; les Chroniques de France; le roman de Lancdot, celui de La Rose , 1^ Fables d'Esope , la Cité de Dieu, les Œuvres d'Aristote, le Livre du Ciel et du Motnde, le livre des Echecs , Suétone , Tite-Live , Lucain et Boèce *. Valentine de Milan augmenta la bibliothèque du château de pluâeiirs volumes historiés ou enluminées , entr^autres les Heures françaises, dites de madame la Duchesse , et le Traité de Vame et du cœur. Quant aux richesses que le duc Charles ajouta à ce petit trésor littéraire, elles consistaient principalement en un grand nombre de manuscrits rapportés d'Angleterre, et que 1© régent Bedfort avait enlevés pour la plupart de la toor du Louvre ^ où Charles Y réunit les premiers éléments de noU*e biblioth^ue royale. Sncces^vement le duc augmenta la collection de livres formée au château de Blois ; elle était une des {^us oonsidéraUes du royaume lorsque la découverte sublime de Guttembei^ permit de décupler en peu d'années les ouvrages qu'dle renfermait
Le 27 juin 4 4621 et jours suivants, il y eut au château et dans la ville de Blois des grands et joyeux ébastemens : Marie de Clé ves , troisième femme de Charles d'Orléans , venait de donner à la France ce prince qui , parvenu au trône contre toute probabilité, obtint et mérita le beau surn<»n de Père dupmple. Louis XI tint cet enfant sur les fonts de baptême , avec Mai^oe-
* Voyez le Château de Blois, par M. de la Saussaye , membre de rinstitut; Toyez aussi la partie des archives du baron de Joarsauvanlt , déposée à la bibliotbiqiie de Blois.
ET DE SON TERRITOIRB. g9
rite d'Anjou , primsesse si grande y mais ^ malbeareuse ^ qui tomba du trône d'Angleterre avec la maison de Lancastre. Il y eut à roceaâoQ de cette naissance à la cour ducale , dit Octavîen de Saink-Gelais y « de grandes chères à merveilles qui seraient » bien longues à mettre par escrit. La bonoe dame d'OrJ^ns, ft dit-il plus loin , nourrit son fils si doulcement qu'il n'eus! été » possible de mieulx. %
Le jeune duc, prédestiné à porter la couronne de France^ n'avait que deux ans krsque son père mourut. Louis XI avait convoqué à Tours, vers la fin de Tann^ i 464, les princes du sang, les principaux seigneurs et les députés des villes , afin de s'éclairer, disait-il^ sur les liaisons du duc d^ Bretagne avec TAngleterre , et justifier de la nécessité des dispositions sévères qu'il avait faites précédemment à ce sujet. Dans cette assemblée, le duc d'Orléans , plus que septuagénaire, crut pouvoir apporter quelque restriction à Téloge que le roi venait de faire de sa conduite par Torgane de son cbancelier , et poussa la franchise jusqu'à défendre, avec quelque chaleur, le duc de Bretagne. Louis , qui avait vu toute rassemblée approuver servilement sa conduite , accueillit avec fureur les remontrances de Charles d'Orléans. 11 l'accusa d'intentions criminelles , et le consterna tellement deparoles^ sans avoir égard à la majesté de sa vieillesse, selon l'expression de Claude de Seyssel , que le prince sortit malade de l'assemblée. 11 voulut retourner à Blois; mais les progrès rapides du mol ne lui en laissèrent pas le temps ; iï mourut au château d''Amboîse, le 4 janvier 1465. Louis XI avait déjà fiancé le jeune Louis II à sa fille Jeanne , âgée d'un an.
Le portrait de Charles d'Orléans est tracé en peu de mots par Saiot-Gelais : « Ce fut, dit cet écrivain , un très hardi et vaillant » prfnce, et de haulte entreprise. 11 estait saige et j^ein de let- » très par-dessus tous ceux de son état ; il estait merveilleuse- » Hient beau et de belle taille ; libéral et honorable sur tous au- » ires; et avait teneurs ^ son hostel des fils de princes et
3> grands seigneurs qui y estaient nourris : teUement que c'estait » le séjour d'honneur que sa maison *.
Louis II d'Orléans, héritier des grands domaines de son père, fut élevé par Marie de Clèves** , sa mère, avec la plus tendre sollicitude. Octavien de Saint-Gelais nous a laissé de la première jeunesse de ce prince un tableau dont on altérerait la couleur en l'imitant; nous le reproduisons, a La bonne dame d'Orléans, )) dit le candide monographe j nourrit le jeune duc , son fils , » si doulcement que il n'eust esté possible de mieulx, et quand » il eust l'âge de six ou sept ans , elle le feit instruire et endoc-
* Duchesne a conseiré l*épitaphe de Charles d'Orléans , la voici :
Cl derant gUt paissant prinoe de renom , Très ex^Uent en tons ses &its et dicts , Due d'Orléans , Charles avait- il nom Duc de Milan , duc de Valois Jadis .
D'autres titres lesquels Je n'ai pas dicts ; G>mte de Blois , de Beaumont , de Pavie , Et seigneur d'Ast , de Goaci en sa vie ; Qui s'endonnit en Dieu et prit son somme Mille quatre cent soixante et quatre en sdmme , A Aroboise , de janvier le quart Jour, Oà il finit ses Jours en bref séjour , Et la mort le contrûgnit de ménage , Duquel se fut grand' perte et grand dommage, Car il était prinoe et patron d'honneur Sage . Taillant , féal . large donneur.
Cy gist le corps enclos sons cette lame.
Pries Dieu qu'il en veille avoir l'ame.
** Elle avait eu du duc Charles une fille , qui fut mariée à Gaston de Foix , dont elle éprouva de forts mauvais traitements, à en juger par la lettre suivante que la duchesse douairière d'Orléans écrivit à madame deBeauJeu, régente du royaume. « Madame , je n'ai refuge fors à vous seule, pourquoi viens à vous , suppliant » qu'il vous plaise avoir pitié de ma fille de Foi , laquelle m'a envoyé secrètement » un homme me prier que je fisse tout envers vous que son mari l'envoyast quérir, » car deux ans il y a qu'il ne la vit. Mais pis il y a , car elle n'a que boire et que » manger ne que vestir, et si ne fust une petite fille qu'elle a regret de laisser , » elle estait délibérée venir à pied quérant son pain , qui m'est dure chose à » porter , car je ne aime que elle seule et plustà Dieu que les autres deux fussent » en paradis et qu'elle fust par-deçà. Mais, madame, s'il vous plaist , ayez pitié » d'elle , et pensez votre cœur par autruy , et la mettez où que qu'il plaise au » roy. » BtKUïEti^ Preuves.
» triner par saiges et vertueux gentilshommes , le plus dont elle » pouvait fixer , lesquels lui montraient toutes choses vertueu- » ses et honnestes. Il allait aux champs et à la chasse pour s'ac- » coustumer à chevaucher, et sceust tant de tous ces déduits , » qu'en peu de temps il en eust tenu Teschole à tous autres. Et » quand il vint à l'âge de seize à dix-sept ans , c'était le meilleur » sadteur, lucteur et joueur de paulme que Ton sceust trouver ; » bon archer et qui plus est meilleur chevaucheur et le mieulx » menant et conduisant un cheval , et le plus adroict homme » d'armes que Ton sceust voir. Et le scay de vérité, car je lui » ai vu chevaucher des plus rudes chevaulx et mieulx en venir » à bout que oncques je ne vois faire à autres. En cet âge des- » sus dict et en harnois de guerre et en hamois de jouste , ne » se trouva point son pareil ; et a porté assez de fois par terre, » etea l'un et l'autre appareil, de bons et puissans hommes d'ar- » mes. Et ,est à noter qu'en tous ces jeux et ébastemens de » jeunesse , il estait plus doulx , gracieux et bénin que le plus » de la compaignie , et n'y en avait nul qui tant craignist de faire » quelque chose qui dépleust ou ennuyast à quelque pauvre gen- » tilhomme que ce fust. Et pour vrai tout ce qu'il faisait estait 9 plaisant et agréable à chacun. Et monstra bien qu'il estait » venu de très hauts et vertueux princes comme il estait. »
Lorsque Louis XI mourut , le duc d'Orléans, qu'il avait, comme nous l'avons vu, marié, au berceau, à Jeanne de France, sa seconde fille, efltrait dans sa vingt-unième anjiée; il était, en effet, beau, bien fait, adroit à tous les exercices; de plus, on le citait partout pour sa bienveillance , pour sa générosité; et le titre d'héritier présomptif de la couronne , qui venait de lui écheoir sous le règne d'un enfant débile , lui assurait parmi la noblesse des créatures nombreuses , assez disposées à former en sa faveur un parti , afin de partager la puissance que ce parti pourrait acquérir au jeune prince. Or^ parmi les qualités éminentes complaisamment énumérées par Saint-Gelais , il en était une qui , dès l'avènement de Charles YIII, les jeta dans de té-
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méraires entrefprises : Louis d^Odéaos avait beanccmp d^ambiiion. Les princifiaax personnages qui composaient Tespèce de fiction vouée à ses intérêt étaient Charies , duc d* Angoulème , son cousin-germain; Jean de Foix, vicomte de Narbonneet beau-^re du jeune duc; le duc de Bretagne; le due d^Alençon, enfin le comte de IHinoss, fils du grand bâtard d'Orléans. Non moins brave que son père ^ ce seigneur était peut-être plus habile que lui à former et conduire une conjuration ; aussi fot-il Tamedecdle-ci.
Ainsi soutenu , Louis d'Orléans se disposa à disputer la présidence du conseil et la tutelle du jeune roi à sa belle-sœur , Anne de Beaujeu. Cette princesse, aussi adroite €[ue son beau-frère était entreprenant, opposa la ruse à l'audace : chacun des conjurés obtint quelque faveur; le prince eut le go^xveniement de Paris et de Tlle-de-France; Brantôme rapporte même que la fille afnée de Louis XI , généreuse sous plus d'un rapport dans cette circonstance, fit comprendre au duc d*Orléans qu'il pou^ vait être admis à parti^er avec le sire de Beaujeu un Inen intime pour le parti^e duquel les maris sont rarement consultés. Mais le beau prince , riche d'un tel bien dans une cour où le sexe ne s'en montrait pas avare , n'accepta que les tiU'cs qui pouvaient ajouter à sa pu^sance , et malgré les avances de la rég^ite , il demanda et obtint la réunion des états. Anne les convoqua k Tours pour la fin de l'année 1 483.
Sur le terrain de l'intrigue, mackme de Beaujeu , digne ^ève de son père, était plus habile que le duc : dans l'intervalle de la convocation à la réunion des états , elle s'appliqua à flatter la noblesse, diminua les tmpdts, promit de les diminuer davantage, fit quelques dpns au clergé; enfin, elle fit succéder un goufernement modéré au despotisme du feu roi. Toutes les dasses, sauf quelques grands £eudataires, étaient ralliées à ki régente qua^ les états s'ouvrirent ; le pouvoir fut maintenu dans les mains de cette princesse. Dès-lors la rivalité née de l'ambition du prince opposée au pouvoir légal de sa belle-^sœur , devint une
mimitié déclarée cp^ , de la part du dac surtout , éclataiien toute occasion.
Toutefois , Louis, oomprenant que ia régente avait pour elle le iHymduroîetles forces du royaume (il comprenait même qu'elle s'était ralliée è peu près tous les grands par des charges , des honneorsou des bienfeits], Louis, disons- nous, se borna, dani^ les premiers temps, à lui faire une guerre sourde d'intrigues, <pi'elle ne déjoua pas toujours. U y a plus , le duc, dont toute la cour admirait l'adresse et la grâce dans les exercices militaires et les tournois , et que tout gentilhomme prenait pour modèle d'éléganoeetde goût , s'était emparé à tel point de raSedion du jeune roi, que ce prmce ne pouvait s'en séparer. Il va sans dire que d'Orléans profita de cette faveur pour diminuer le pouvoir d'Anne de fiea^u, en accoutumant le monarque mineur à s'irriter de sa dépendance , et à écouter les propositions venant d'une autre source que l'autorité de la régente. Il y a tout lieu de présumer qu'idors (1 484) on détermina Charles YUI à mander près de lui François II, duc de Bretagne , afin de rompre ce que ce souverain appelait sou esdavage. Mais Aniw prévit le coup et le para au moyen des ânteliig^ices qu'elle entretenait avec Landais, favori du prince breton. Le duc d'Orléans, convaincu d'avoir voulu enlever le roi , fut contraint de s'éloigner de la oour pour n'éti*e pas enlevé lui-même. Il perdit le gouvernem^it de Paris; on retira au comte de Dunois , son cousin et son {artisan dévoué , le gouvernement du Daupbiné; l'un et l'autre , ainsi que leurs amis, furent privés des pensions au prix desquelles ou croyait avoir acheté leur fidélité.
D'au autre côté, la guerre ouverte était devenue impossible : le dw) de Bretagne, inquiété chez lui par des dissensions intestines, n'avait pu envoyer les troupes promises; d'autres graïkls feudataires ne firent point marcher les leurs, et la ville d'Orléans eUe-méme refusa de se déclarer pour le duc.
Louis, d>servé dans Yemeuii où il s'était enfermé, se voyant
sur le point de tomber aux mains de son ennemie, prit à regret le parti de se soumettre , et se retira à Blois.
Cependant la régente avait trop bien apprécié la soumission forcée de l'héritier présomptif du trône, pour s'endormir dans une imprudente sécurité : la cour vint s'établir à Blois , au mois d'octobre 1 485 , pour surveiller le prince factieux. Dominé par une puissance qu'il avait combattue malheureusement , Louis d'Orléans subit ce revers avec un calme apparent. Ainsi se termina, ou plutôt fut suspendue, cette levée de boucliers appelée la guerre folle.
Il faut, pour écrire avec impartialité l'histoire de Louis d'Orléans, savoir établir une distinction entre sa carrière de prince du sang et le règne du souverain. Avant de parvenir au trône , il ne considérait que les séductions de la puissance ; bientôt las des soins qu'il fallait s'imposer pour faire triompher son ambition , il y renonçait promptement s'ils cessaient (J'^^re compatibles avec ses habitudes de luxe et de plaisir. Ce fut donc sans sortir du cercle de sa vie élégante qu'il reçut, en H86, les seigneurs bretons qui se rendirent à la cour de Blois ; et ses relations amicales avec François II furent un échange de présents et de courtoisies.
Louis fit à Nantes plusieurs voyages durant lesquels l'inclination de François pour lui devint plus vive , tandis que le goût naissant de la princesse Anne de Bretagne pour un prince si aimable faisait, dit-on , des progrès non moins rapides , et qu'entravaient peu les liens conjugaux où le duc était engagé. Enfin , au moment où la dame de Beaujeu ne voyait son beau-frère occupé que de fêtes splendides, Dunois, du fond de son exil d'Asti, en Italie, formait un orage contre la régence. Il s'était rallié les ducs de Lorraine et de Savoie , le sire d' Albret , les comtes de Béarn et de Bigorre , beaucoup de seigneurs gascons et le sire de Lescun, favori de François II , qui promettait le concours de ce prince et de sa noblesse. D'un autre côté , Dunois comptait sur une diversion opérée en Allemagne et en Flandre
par l'empereur lui-même , déjà en guerre contre la France.
Toutes ces alliances avaient été conclues secrètement ; mais Anne de Beaujeu entretenait une bonne police; une lettre interceptée lui révéla la conspiration , qui ne tendait à rien moins (fu'à s'emparer de la personne de Charles VIII. Dunois avait dit : « La présence du roi ostée dehors, tous les pairs nous sui- » vront. »
Maîtresse du secret des conjurés , la régente fit arrêter Geoffroy de Pompadour , grand aumônier^ trois seigneurs de la maison d'Amboise , le célèbre Philippe de Commines et quelques autres gentilshommes appartenant à la faction. Le duc d'Orléans était alors dans la principale ville de son duché; Anne de Beaujeu lui députa le maréchal de Gyé pour le sommer de se rendre à la cour. Louis leurra ce seigneur d'une promesse d'obéissance, le chargea d'annoncer son arrivée à la princesse , et se sauva en Bretagne. Le comte de Dunois y était déjà rendu.
On sait comment se termina la guerre que ces événements amenèrent : tous les historiens ont rapporté la défaite de François Il et de ses alliés à Saint-Aubin-du-Gormier. Anne de Beaujeu trouvait enfin l'occasion de punir l'ambition du duc d'Orléans, et peut-être de se venger du mépris qu'il avait fait de ses charmes. Louis fut enfermé et détenu avec une rigueur extrême dans la grosse tour de Bourges.
Marie de Clèves n'eut pas la douleur d'assister à la longue captivité de son fils : accablée de soucis et de chagrins , elle mourut en 1 487 , et fut inhumée aux Gordeliers de Blois où elle avait élu sa sépulture et fondé un service chaque année : les échevins de la ville assistaient à cette solennité funèbre. Mais la dépouille mortelle de cette princesse ne reposa que temporairement à Blois; elle fut ensuite transportée aux Gélestins de Paris, et réunie , dans la magnifique sépulture de la maison d'Orléans , aux restes du duc Charles , son époux.
a Alors , Jeanne de Valois , cette compagne si délaissée que ce prince abreuvait déjà d'amertume et d'humiliations , oublia
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le dédain de son volage époux , et partagea sa prison , pour lui prodiguer, avec les plus tendres soins, des témoignages incessants de l'angélique oubli du mal qu'il lui avait fait. Ge n'était pas tout ; dès qu'elle avait accompli cette pieuse nnssion d'une charité qui ne cessa pas de se heurter contre un (XBur de glace, Jeanne , rentrée dans sa chambre , ravissait de longues heures au repos de chaque nuit pour écrire au roi , son frère , et solliciter fervemment de ioila grâce du prisonnier. On pouvait voir, long-temps après minuit, l'étroite fenêtre près de lacpielle veillait cette princesse, dessiner son ogive lumineuse sur la vive muraiOe de la tour; £»xmie déjà digne du nom de sainte qu'dle devait recevoir un jour , Jeanne de France ne voulait pas, même pour im bi^ifait de plus, enlever un instant aux heures qu'elle passait près du moins reconnaissant des époux^. »
Les sollicitations de la duchesse lurent vaines pendant trois ans : chaque soir^ sans doute à l'insu du roi , Louis d'Orléans, premier prince du sang, héritier présomptif de la couronne, était enfermé dans une ca^deler.... Si Ton doutait encore que la v^igeance d'Anne de Beaujeu émanât, d'un amour méprisé , cette rigueur sans exieoaple envers le premier personnage de la monard^ie après le roi serait suffisamment oonfirmative. Enfin, en 4 494 , Jeanne de Valois, en longs habits de d^iii , ks d^eveux épars et le visage noyé de pleurs, se présente devant Charles YIII, elle se précipite à ses pieds, et lui erse d'uae voix déchirante : « Grâce pour mon époux. » Le roi , ému jusqu'aux iarmes , relève ia princesse , l'embrasse avec transport et lui dit : a Oonsolez-voifâ , ma so&ur; vous obtiendrez «e que vous )) souhaita si ardemment; fasse le ciel que vous n'ayez jamais » à vous en repentir. »
Cependant Charles YIU , jusqu'alors soumis à Tautorité de la régente , n'osa pas exercer sa clémence ouvertement. Sous prétexte d'une partie de chasse , il s'approcha de fiour^s , en-
♦ La Loire nistorique, tome in, page 192.
ET D& soif T£RRITOIB£U
Yoya deax de ses chambellans délivrer son beau-frère, et Fattendît dans an chèteaa voisin de la ville. Le duc accourt , veut embrasser les genoux du monarque; mais celui-ci le reçoit dans ses bras. Dès*lors commença entre ces deux princes une ^amitié qui , selon plusiecu^ historiens, ne se démentit jamais. Le due d^Orléans , réooiu^lié avec son beau-frère , oblint le Bvemement de Norn^ixidie, et ce fui tm, témoignage éclatant ^ confiance ; car dans la guerre de 4487 , il avait traèi les inéréts et la gloire du pays même, jusqu'à invoquer l'alliance de {Angleterre, il faut le dire ici , ee n'est pas avant le règne de ais Xn , que Ton trouve les premiers motifs de& justes éloges [)rdés à sa mémoire* Louis , par on aete de dévooecnent plus ^iifficile , se chargea d'intercéder auprès de la jeune Anne de reiagne , aân die la décider à s'unir au rot. c L'exemple du h sacrifice qu'il fiaisait, dit à cette occasion Anquelil, fut Tar- » gument persuasif qu'il employa près d'elle pour la déter- » miner. » Si en efiet oette princesse aimait le due d'Odéans , ce sacrifice dut U» paraître peu flatteur; mais te prince était homme à se ménager des réser^.
Voué désormais aux intérêts de la cour, même avec le gouvernement d'Anne de Bea^jeu , gouvernemeikt que Le jeioie roâ remit de nouveau aux mains de sa soeur lorsqu'il entreprit l'aventureuse expédition de Naples , le due d'Orléans ouvrit ^o^ rteusement cette campagne, en 4494 , à la tête d'une flotte qui battit plusieurs fois ceUe que le roi Alphonse d'Aragon avait armée , et l'obligea à rentrer dans le port de Naples. Louis fut moins heureux et surtout moins fidèle à la fin de cette guerre. Vainqueur à Fornoue et pourtant fugitif, Charles VllI espérait trouver le duc d'Orléans à Asti , avec des renforts envoyés de France et qui devaient protéger îe retour de l'armée. Ce prince y était venu en effet ; mais se voyant à la tête d'un corps de troupes imposant, il oublia sa destination et songea à s'en servir pour s'emparer du Milanais , auquel il avait des droits par Valentine, son aïeule. Louis était déjà maître de Navarre, et me-
naçait Milan , lorsqu'il fut assiégé lui-même dans la première de ces places par Ludovic Sforce. Alors , au lieu de secourir Charles VIll, le duc eut besoin d'être secouru par lui , et reconnut mal ce service , en se liant d'intrigues avec les Suisses , de manière à compromettre jusqu'à la personne du roi. Cette conduite , qui touchait de près à la trahison , blessa vivement le jeune monarque : c'est un des actes que Louis XII eut à racheter dans l'opinion des hommes, pour être réputé l'un de nos meilleurs souverains.
Le duc , retiré à Blois , y vivait dans une nouvelle disgrâce , quand , le 7 avril 1 498 , un message, parti d'Âmboise , annonça à ce prince la mort de Charles VIII , que ses quatre enfants avaient précédé dans la tombe. La couronne appartenait donc sans conteste à Louis II , duc d'Orléans et comte de Blois. Saintr- Gelais raconte qu'à la réception de cette nouvelle , « il se preint » à pleurer et en feit un grand deuil, en disant tout plein de » bien du roi Charles. » Pour nous, qui pouvons apprécier avec plus de liberté , et le peu d!accord qui régnait entre le prince du sang et la cour , nous sommes tenté de croire , avec M. de Sismondi , que l'altesse , élevée au trône d'une manière aussi prompte qu'inattendue , pouvait bien , en ce moment , affecter une douleur im peu théâtrale. Le lendemain , la mort de Charles Vni ayant été annoncée officiellement au duc par le sire Du Bouchaye , il se rendit immédiatement à Âmboise pour ordonner les obsèques du monarque dont le destin venait de lui léguer la couronne.