CHAPITRE V
Stois t^ém^ dbe Mm ceiir dm France.
Lorsque Louis d'Orléans, arrière petife-fils da roi Charles V (l^raDche cadelie ) , parvint au trône , sons le nom de Loais XH ; iléiaii â^ de trente-six sois. Cette maturité que promettent les aimées quand les passions de la j^nœsse c<»nmenoent à s'amortir y devait , pensail-on , remptecer déjà, chez ce prince , les élans d'une imagination ambitieuse , qui l'avait souvent égaré ; et la bonté naturelle de son cœur faisait présager un règne heureux. Mais l'ambition est la moins guérissable des maladies de l'ame, lorsqu'elle croit s'appuyer sur la justice et peut se perpétuer par la force, Louis XII , constamment livré aux incitations de son droit sur le Milanais, fît moins pour le pays, oalgré d'excellentes vues, que le despote Louis XI, le plus personnel des souverains.
En ceignant la couronne de France , Louis y réunit le dudié d'Oiiéans, le comté de Blois, celui de Dunois et tous les apa-
nages composant ses fiefs : ils restèrent depuis lors indivis au domaine royal. Blois acquit cependant une importance politique qu'il n'avait pas eue jusqu'alors ; durant le règne de Louis XII , cette ville fut presque toujours habitée par la cour : sans offrir la majesté d'une capitale, elle en réunissait quasi toutes les prérogatives.
A Blois s'accomplirent ces actes de grandeur d'ame qui mar* quèrent le début de Louis dans la carrière souveraine ; là ce monarque , en présence des députations du parlement et des autres grands corps de l'état, fit entendre ces belles paroles . « Ce n'est pas au roi de France à venger les injures faites au » duc d'Orléans » ; et il ajouta , en parlant deLaTrémouille, son vainqueur à Saint-Aubin : « S'il a bien servi son maître contre lè moi , il me servira de même contre ceux qui seraient tentés » de troubler l'état. » Généreux avec ses ennemis , Louis XII ne fut pas aussi reconnaissant envers ses anciens amis : Philippe de Gommines , qui avait été persécuté et emprisonné pour l'avoir servi en <487, dit expressément dans ses Mémoires, « que le » roi ne se souvint point fort sur l'heure des troubles et pertes 1 qu'il avait éprouvés. » Mais le sire d'Argenson n'en fait pas moins preuve d'une noble impartialité , dans les détails qu'il donne sur les premiers temps du règne de Louis XII. G'est par cet écrivain qu'on a su qu'il n'exerça aucune vengeance , n'annula aucune des faveurs accordées sous le règne précédent , et confirma dans leurs charges tous les fonctionnaires qu'il trouva investis.
Nous ne rapporterons point ici les cérémonies qui furent célébrées à Blois au passage du convoi funèbre de Gharles VIII , que l'on transportait à Saint-Denis. M. de la Saussaye , dans son Histoire du château de Blois , a décrit cette solennité remplie de détails intéressants, mais d'une étendue qui excéderait nos limites. Nous ajouterons seulement que le trésor royal, apparemment épuisé , ne put acquitter les dépenses qu'occasionnèrent les honneurs rendus au monarque défunt; Louis XII paya
de son épargne , dans cette circonstance , la somme de quarantecinq mille livres , équivalant à deux cent vingt-deux mille cinq cent neuf francs de notre monnaie actuelle. Le sacrifice était royal; mais la succession de Charles VIII le couvrait amplement.
Dès les premiers jours de son règne , Louis XII voulut donner un témoignage éclatant de sa sollicitude aux habitants de Blois. Il les affranchit : «f du fait et contribution de toutes et chacune » tailles , aydes , subsides , impositions équivallent aux aydes , » emprunts , compositions , impôts et autres charges quelcon- » ques, mises ou à mettre sus dans le royaume, soit pour le fait »et entretenement des gens de guerre ou autrement, pour » quelque cause ou occasion que ce soit ou puisse être ores ne » pour les temps adveni ; rensemj)le de la taille et souldes des » francs-archers et de leurs habillemens ou équivallent d'iceux ; » et aussi du huitième de vin que lesdits habitans vendront » dorénavant en ladite ville du cru de leurs héritages , seule- » ment sans fraude. Et d'icelles choses , disent les lettres - » patentes , les avons affranchis , quittez et exemptez , affran- » chissons , quittons et exemptons à toujours de nos plus amples » grâces et auctorité royale par ces dites présentes. » Les lettres consacrant ces nombreuses et importantes immunités étaient contresignées Robertet,
Cette première page de l'histoire de Louis XII est belle ; celle qui va la suivre le sera moins.
Louis XII eut pour la jeune veuve de Charles VIII les égards les plus délicats , dit un historien moderne , grand panégyriste des têtes couronnées. Des seigneurs de la cour de Blois portèrent à cette princesse , qui n'avait pas encore quitté Amboise , les premières consolations ; puis lorsque les bienséances le permirent , le roi se rendit en personne auprès d'Anne ; et la douleur de celle-ci fut condescendante jusqu'au point de lui laisser prendre l'engagement d'épouser Louis XII , s'il parvenait à faire rompre les liens qui l'unissaient à Jeanne de France. La reine douairière partit ensuite pour Nantes , où elle attendit le ré-
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suHaii du procès en rupture du mariage qu^die avati dle-méiâe provoqué.
Nous avons vu quel avait été le dévouement de la duehesse d'Orléans durant la caiptivité de son mari à Bourges ; depuis lors, quoique négligée, pour ne pas dire dédaignée, cette femme d'une angélique longanimité n'avait eessé d'être épouse soumise, aimante et souvent seeourable, au prince ingrat qui Fabreuvait de dégràts. Mais lorsqu'elte vit à queites fins tendaient les projets du roi , elle s'arma de courage et se disposa à soutenir ses droits avec fermeté. Les misérd3fe8 ïnoyens employés pour obtenir le divorce (ttt été signât par qudques historiens ; nous ne les reproduirons pas. Nos leciem's croiront voir , comme nous, la rougir d'une femme pudique forcée de dire devant un tribunal : « Je sais bien que je ne suis ni 9 aus^ belie ni aussi bien faite que beaucoup d'autres; mais je » ne m'en crois pas moins proi»'e aux fins du mariage et plus » incapaWe d'avoir des ^ifants. » L'historien Garnier, continuateur de YeHy, a tracé le tableau touchant de la situation de Jeanne pendant ce procès scandaleux. « Qu'on se ^ure , dit-il , une princesse ^evéeà l'ombre du trâne , accoutumée à recevoir dès l'enfance des marques de soumission et de respect , tra(faiite devant des commissaires en état de suppliante , réduite à ent^idre des dépositions désagréables, à recevoir de fat bouche d'un époux , dont elle ne pouvait encore se détad^er , les déclarations les plus ibrmeUes du dégoût et de l'aversion qu'elle lui avait toujours inspirés; osant à peine laisser éclater ses plaintes et donner un Hbre cours à ses larmes , de peur d'aigrir encore celui dont son sort dépendait. Mais dans cet abandon général , dans cet abime de douleur , pentr-étre était-elle moins à plaindre que celui qui causait ses malheurs; car elle avait du moins pour die son innocence, et la fermeté qu'inspire une conscience sans reproche. Au lieu (pie Louis , natureltement juste y quels repro*ches ne dut-il pas se faire ^ lorsque, par suite d'une procédure odieuse ^ il se trouvait forcé d'entendre discuter des leûts et
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rappeler des détails qui auraieiiU dû rester ensevelis dans Tombre du silence ; enfin ^ réduit à profaner en quelque sorte luiniéi&e^ la majesté du trône et la sainteté de k couche nuptiale , et à persécuter et couvrir de concision une princei^e^ sa pareaite, son épouse , qui, loin de mériter sa l;kaiiiey avait été pour lid un ange secourable *. »
Il fallait plus que le sentiment de l'hérédité ^ plus que la raison d'état; il lallait toutes les incitations de l'amour, d'un amour parta^ , pour entraîner è de telles extrémités vm prince sur lequel les regards de l'Europe étaient fixés. Les juges, affranchis de scrupules, soifô l'abri du manteau royal ^ prononcèrent la nullité du mariage; et se prévalant de l'auftorité ecclésiastique dont ils étaient revêtus , ils permirent au roi de convoler à de nouvelles noces. Jeanaae de France se retira à Bourges , où elle fonda le couvent des Ànnondades qui, six ans plus tard, ouvrit son sépulcre à cette malheureuse princesse.
Tandis que le procès se jugeait au gré de la volonté souveraine , tout se préparait pour le mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne^ et les préparatifs étaient terminés avant même que le divorce fût prononcé. Le fils du pape César Borgia, digne messager dans cette scandaleuse afibire, apporta à la cour de Bk>is les dispenses de parenté obtenues d'avance du siège apostdique, si dérisoirement appelé ^aint, sous un monstre tel qu'Alexandre VL
L'an^ur avait pressé la rupture des premiers liens du roi ; l'ameur présida avec un entier abandon d^intéréts et même de dignité , à la conclusion du second mariage de ce souverain. Anne ne laissa à la couronne le duché de Bretagne ^ qu'à charge de reversion à la maison de Môntfort , si le roi ne lui donnait point d'c^fsaits. Elle se réserva sa vie durante les revenus de ce duché , sans renoncer pour cela au douaire que Charles VIII lui avaii assuré , et tout en jouissant de cdui que Louis XII lui
• Bistûfré de Vrnnce^ conthraatlon de Velly , année 1498.
accordait. De plus , il était stipulé que le roi ne pourrait rien changer au gouvernement de la Bretagne ; qu'il s'interdissait d'y dénaturer les offices et de destituer ceux qui en étaient pourvus. Enfin , aucun impôt , aucune levée de troupes ne pouvaient être tirés de la province réunie sans l'aveu des états; et les Bretons seuls seraient appelés aux emplois. On peut juger^ d'après ces dispositions , acceptées aveuglement par Louis XII , de l'empire que la reine douairière exerçait sur son esprit et son coeur.
Le roi , affranchi d'un hymen imposé jadis par Louis XI , et qu'il avait supporté comme une lourde chaîne , courut à Nantes et déposa de nouveau la couronne aux pieds d'une princesse dont il avait abandonné la main à Charles VIII , contre le vœu des deux cœurs ; qui ne paraissaient pas s'être séparés. Le veuvage de la reine , commencé vers le milieu de l'année 4 498 , finit le 8 janvier i 499 , jour oii elle épousa Louis XII dans la chapelle du château ducal. Les époux passèrent à Nantes les suaves journées de cette lune de miel , tant célébrée par les poètes ; puis ils se rendirent à Blois , à travers une suite non interrompue de solennités qui , sur la route , les accueillit partout à leur passage.
Le premier soin de Louis XII, après son mariage , fut de convoquer à Blois les notables pour reviser, avec eux , et son conseil l'administration du royaume. L'ordonnance dite de Blois, divisée en cent soixante-deux articles , est une haute et noble conception , qui suflSrait pour illustrer un règne. Elle assignait un traitement aux magistrats , afin de les garantir de la corruption; et pour que les emplois de la magistrature ne fussent occupés que par des hommes capables, un examen précédait la nomination. Dans le parlement même , le roi établit un tribunal de censure , formé d'un certain nombre de présidents et de conseillers « pour informer sur la conduite des magistrats irré- » vérencieux, nonchalans, contrevenant aux ordonnances, ou » faisant chose dérogeant à l'honneur et à la gravité de la cour ; » les réprimander et punir par amendes, suspension ou inter-
» dit. y> Ce tribunal s^assemblait deux fois par mois le mercredi ; ce qui fit donner à ses opérations le nom de mercuriales. Une autre partie de l'ordonnance de Blois , ou peut>-être une ordonnance particulière , rédigée également dans cette ville , se rapportait à l'armée. Des dispositions , restées imparfaites depuis Charles VIII, assurèrent la solde des troupes^ pour qu'elles n'eussent plus de prétexte pour se livrer au pillage. Une pénalité fut établie afin que les habitants des villçs et des campagnes pussent obtenir justice des vexations que le soldat commettrait encore dans leurs foyers. Cette législation bienfaisante fut couronnée par deux mesures qui comblèrent le peuple de joie , savoir : la diminution des impôts d'un dixième, avec promesse de les diminuer davantage dès qu'on le pourrait ; et la suppression totale du droit de joyeux avènement , prestation vexatoire que ne justifiait aucune nécessité.
Dans la même année , c'est-à-dire au mois d'avril 1 499 , fut conclu à Blois un traité d'alliance avec la république de Venise, pour, de concert , porter la guerre dans le Milanais , et contraindre Ludovic Sforce à restituer au roi ce duché , qui lui revenait comme nous l'avons dit.
Cette guerre, au début d'un règne , était impolitique : les sacrifices qu'elle allait coûter annuleraient assurément les immunités dont le peuple se réjouissait; et l'on ne pouvait prévoir jusqu'à quel point les charges de la nation seraient augmentées^ car le roi annonça l'intention de ressaisir le royaume de Naples , échappé à l'aventureux Charles VIII.
Le funeste eff'et des armements ne se fit pas attendre longtemps : le trésor royal était épuisé avant que les hostilités fussent commencées, tant il avait fallu donner d'argent à l'Angleterre pour prévenir une diversion de sa part; aux Suisses pour obtenir leur secours , et aux petits états d'Italie pour les maintenir au moins en état de neutralité. On dut recourir à la vente des charges et à des emprunts , double expédient qui annula en
grande partie le bienfait de Fordannanee de Blofs, avant même qu'elle eût été mise à exécution.
Louis XII se rendit à Lyon pour surveiller de plus près Texpédition qui avait passé les Alpes ; le succès ayant été prompt et brillant , le roi rejoignit son armée afin de faire une entrée fastueuse à Milan. Les souverains , plus encore que les autres hommes , sont souvent de grands enfants, surtout dans les transports de leur vanité.
Pendant que Louis XIÏ triomphait dans le Milanais, une épidémie sévissait à Blois, où elle causait une grande mortalîlé. La reine Anne^ elle-même, pour se soustraire à la contagion, dot se réfugier à Romorantin.
Cette ville , dans le partage des domaines de la maison d'Orléans, était échue à Jean, comte d*Angoulôme, second fils de Louis I." et de Valentine Visconti ; elle appartint ensuite à Charles d*Angouléme, père de François 1.*'^ Louise de Savoie, mère de ce prince , y vivait retirée en 1499 ; Taustérité qui régnait à la cour d'Anne de Bretagne étant loin de s'harmonier avec les mœurs aisées de cette princesse. La reine fut néanmoins bien accueillie chez Louise de Savoie ; et là elle mit au monde, au mois d'octobre , cette princesse Claude , qui devait à son tour s'asseoir au trône de France , mais accablée de tous les chagrins do»l le volage François L" remplit sa vie, et qui l'abrégèrent.
A rissue de la première campagne , Louis revint à Bloîs ; il y revint également après la seconde, en septembre 1500. Dans l'hiver de cette année , il tint des états dont il n'est resté aucune trace. A la même époque, des ambassadeurs de Ferdinandle-Catholique vinrent demander à Louis XII la ratification d'an traité condu entre la France et l'Espagne , pour la oonquéle et le partage du royaume de Naples. Le monarque français , trop aveuglé par les dehors trompeurs de l'astucieux Ferdinand, trop confiant dans Fhabileté diplomatique de Georges d'Amboîse, son premier ministre, marqua, par cette conclusion, le point de
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départ d'un système de dëoepti^n dont il lut dupe «dcirsat toiit son règne , el qui , en déinitive , prouva qu'il avait eu souvent tort <fe hjAs^er fa4re à Georges , comme il le disait e© réponse à tontes les objections que sa politique s'attirait.
Au commencement de Tannée 150i , le roi fut atteint à Blois d'une maladie qui mit ses jours en danger ; mais Tiotensité de ses maux physiques dut être adoucie par les témoignages d'intérêt et d'affection que lui prodigua tout ce qi» Tentouraît. la retne Anne «irtout , au rapport de plusieurs historiens , montra la pkis vive soflîdtude, et ne <$oiifia à personne le soin de veiller imit et jour son époux.
Dès que la eonvaleseeoce du roi lui permit de voyager, il se rendit pour la seconde fi»s à Lyon , afin d'être à portée des événements mâltaires qui se passaient en Italie ; mais il ne franchit pas les Alpes, et au retour de Tarrière-saiscm , il revint h Blois attendre l'archiduc Philippe d'Autriche ^ fUs de l'empereur MaximiGen. Ce prince et Jeanne, surnommée plus tard la Folie, sa femme , venaient à Bloîs arrêter définitivement le mariage de leur fils, le duc de Luxembourg , si célèbre depuis sous le nom de Gharles-<juint, avec Claocte de France, encore au beonceau.
On venait de terminer la construction de «ette partie du château appelée ia Haierie., et doAt la principale façade s'étend , du nidi au nord, sur la plaee. Nous parlerons adlteurs ide cet édifee , qui avait été commencé dans les preoûers mois du règne de Louis XIL
Le rot envoya une ëépulation des plus hauts personnages de €a oour ^aru'^eva&it des iUustres voyageurs, cfu'ils rencontrèrent k Saint-Dyé; le 7 décembre 4504 , ils firent leur entrée à Blois. ^ La princesse Jeanoe^ dit l'historien du château, montait une belle haquenée , que couvrait entièrement une housse de velours <sramoi^;la dudaesse de Vendême, qui avait été au-devant d'elle jusqu'à la fromtière , la suivait avec toutes ses dames, chevauchant sur des haquenées couvertes de velours noir. » Plus de six cents chevaux portaient les litières où traînaient les chariots
appartenant à la suite du prince étranger. Lorsque cet immense cortège entra à Blois , la nuit était venue ; mais les rues conduisant au château étaient éclairées par de nombreuses torches de cire jaune, attachées aux maisons, selon l'usage du temps, dans les grandes solennités.
L'archiduc, que n'avait pu suivre la princesse, parce qu'elle s'était trouvée séparée de lui par une foule compacte de curieux, parvint dans la cour , entre une double haie des archers de la garde , revêtus de leur hoquetons d'orfèvrerie; puis il s'avança vers le grand escalier entre deux rangs de Suisses. Louis XII attendait le noble voyageur dans une salle située au fond de ses appartements , que Philippe dut parcourir à travers une double ligne formée du surplus des quatre cents archers de la garde. Le roi était assis près de la cheminée, dans une salle richement tendue*; sa chaise au dossier sculpté et de forme pyramidale , sans doute, reposait sur un grand tapis velu. Près du monarque se tenaient le jeune comte d'Angoulême, depuis François!.", et le cardinal d'Amboise , que le pape Alexandre VI venait de nommer son légat à latere dans le royaume de France. Là se trouvait encore M. de Brienne , remplissant les fonctions de grand-maître des cérémonies.
« A l'entrée d'icelle salle, dit le chroniqueur contemporain, » l'archiduc esta son bonnet et dit M. de Brienne, Sire, voilà » monsieur V archiduc. Et le roi, en souriant, respondit : Voilà » un beau prince. L'archiduc fit jusqu'à trois honneurs ( révé- » rences) avant qu'arriver au roy. Au commencement que l'ar- » chiduc entra dans la salle , le roi se leva et marcha vers lui à petits pas ; au second honneur que fît ce prince , le roi s'avança » et esta son bonnet; et au troisième honneur, le roi Fem-
* Dès le milieu'du siècle précédent , on voyait en France de belles tapisseries , sur lesquelles étaient représentés pôle-méle des sujets bibliques et des scènes du paganisme : Charles V avait fait tisser à grands frais de ces tapisseries pour le palais de Saint-Paul. On exécutait aussi à cette époque des tentures en cuir sur lesquelles étaient moulés divers sujets en or.
ET DE SON TERRITOIRE. Hl
» brassa. Puis parlèrent quelques mots assez bas. » Il est à remarquer que les princes , en s'abordant , ont toujours à se faire des communications secrètes : on les trouve mentionnées dans toutes les réceptions de ce genre. Qu'en conclure, sinon que ces hauts personnages, posant sans cesse en présence des peuples , ne croient pouvoir s'entretenir qu*à voix basse de tout ce qu'ils ont de commun avec la vulgaire humanité. C'est Và-parte du théâtre , que tous les acteurs qui se trouvent en scène ne doivent pas entendre.
Après les premiers embrassements , continue le chroniqueur, a Louis XII remit son bonnet; ledit archiduc restait toujours la » tête nue ; sur quoi le roi le pressa beaucoup de se couvrir; » mais il respondit qu'il estait en son devoir. »
Cependant l'archiduchesse, parvenue à la porte du château, où des dames de haute lignée l'avaient reçue, s'avança à son tour vers l'appartement du roi. Arrivée à Feutrée de la salle où se tenait sa majesté , « on lui demanda si elle baiserait le mo- » narque , de quoi elle demanda congé à l'évéque de Cordoue , » qui lui respondit qu'ouy. Elle entra dans la salle , et dès que » le roy sceust qu'elle venait , jl laissa Parchiduc avec les au- » très seigneurs qui estaient là et s'can vint au-devant d'elle » jusqu'à l'huis; tellement qu'elle n'eust le loisir que de lui faire » deux honneurs qu'elle fit bien bas , et la baisa le roi la teste i) nue, puis la prit par le bras, la mit au-dessus de luy et la » mena le long de la salle jusqu'au lieu où estait sa chaise , où il » trouva l'archiduc et monseigneur d'Angoulême , lequel l'ar- » chiduchesse baisa. JPuis lui dit le roy : Madame , je scay bien » que vous ne demandez qu'à être entre vous , femmes ; allez » vous en voir ma femme , et nous laissez ici entre nous , » hommes.
» Lorsque l'archiduchesse arriva à l'appartement , la reyne es- )) tait assise en sa chaise devant la cheminée. Dès qu'elle aperçut » Jeanne de Castille^ elle se leva debout, et ladite dame lui fit » honneur, seulement en pliant le genouil ; madame de Bourbon,
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)» qui la tenait par le bras , le fit jusqu'à terre. La reyne ne 9 marcha au^vant d'elle que deux ou trois pas , puis la baisa, » en lui faisant très bonne cîière et grand accueil ; lui donnant à » entendre qu'elle estait très aise de sa venue. Autour du tapis » sur quoi estait la chaise de la reyne^ estaient mesdames la » duchesse d Orléans etla comtesse d'Angouléme (mère de Fran- » çois I."^ alors âgé de sept ans); et un peu plus derrière, » estaient mademoiselle de Foix et la comtesse de Dunois. Tout » le long de la parroy de la salle , estaient toutes les femmes. y> L'archiduchesse baisa les quatre dames susnommées, et non » pas les autres femmes , parce que madame de Bourbon Ten i> empêcha , car ellen^en eust jamais fait. De là elle passa devant » la reyne, en lui faisant de redief l'honneur, et se retira dans » son logiSv t
Les détails cî^près, toujours empruntés aux chroniqueurs contemporains , et qu'a rapportés M. de la Saussaye avec toute Tampleor qnenéœssitait sa spécialité , ne peuvent être négligés : on y retrouve, nuancés d'un vif coloris, les mœurs des premières années du xvi.* siècle. L'archiduchesse étant retirée dans sa chambre, on lui apporta dés confitures, mets assez léger après un voyage , et qn , en récompense , fut présenté à cette princesse avec un cérémoni^ splendide. « Premièrement , il y » avsit un des maîtres d'hôtel du roy qui allait devant; après, B six petits pages vestus de damas jaune bordé de velours cra- » moisy cpn triaient ohascmn un chandelier d'or, avec un flam- 9 beau de cire vierge; et après eux madame de Bourbon , por- 9 tant une grande boite d'or , pleine de diverses boîtes de » confitures. Puis venait madame d'Angoulesme, portant une 9 autre boîte d'or |4enie de serviettes. Après , madame de Ne- » vers , portant une autre boîte d'or , pleine de couteaux et de » fourchettes, qoi avaient des manches d'or. Puis venaient la » duchesse de Yal^ittnois et mademoiselle deFoix, tenant chas- 9 cune un drageoir en leurs mains , rempli de diverses dragées , » dont Tun estait merveilleusement beau; l'autre estait d'argent
» doré cpii estait si grand que quand on le tenait à la main , il » touchait presque jusqu'à terre. Et après vindrent cinq ou six » gentilshommes tenant chascun deux pots d*or pleins de toutes » sortes de confitures, £t puis marchait l'apothicaire de la reyne, » qui tenait en ses mains des bougies de cire vierge avec un chan- » délier d'or. Mais il n'entra dans la chambre deFarchiduchosse » que les dames susdites ; ce qu'apportaient les gentilshommes » fut pris à l'huys par aucunes dames, et fut le tout mis tant » sur le buffet que sur le lict. »
Quant à l'archiduc, il soupa , plus solidement sans doute que son épouse , avec le duc de Nevers et le comte de Ligny. Le roi s'abstint d'assister à ce repas : il jeûnait au pain et à l'eau , parce que ce jour était la veille de Notre-Dame-des-Avents.
Il est aisé de reconnaitre dans cette réception plus de fôste que de franche hospitalité , surtout de la part de la reine. En effet , on eût dit que cette princesse (craignait d'altérer sa grandeur en descendant jusqu'à l'affabilité. Jamais sa noble et belle figure n'offrait cette suavité d'expression , qui captive encore plus que la beauté. On voyait toujours percer dans ses manières une dignité hautaine qui glaçait , peut-être contre son intention , les personnes auxquelles elle voulait montrer le plus de bienveillance. Aussi la superbe Anne de Bretagne , dont on proclama les vertus , elle fut généralement peu aimée , sinon par certains gentilshommes , adorateurs malheur^ix'de ses charmes , et qui ensevelirent leur amour dans le plus profond mystère.
Après la cérémonie pompeuse des confitures , vint celle , non moins affectée , de la présentation des objets devant servir au coucher. Des valets apportèrent les rechàuffoires , bassinoires et autres choses appartenant à ce service ; le tout en argent. Puis , dans un grand coffre de velours, apporté par les tapissiers^ se trouvaient : « quatre mirotters enchâssez en argent doré , trois » pots où estaient les éponges ei lessive , trois chandeliers à » queue à mettre les bougies , trois paires de vergettes dont les » manches estaient de velours cramoisy , trois estuis aussi cou-
» verts de velours cramoisy, tous pleins de peignes^ un drap » pour servir de drap de pied, de toilette (petite toile) de Hol- » lande et des couvre-chefs de toilette. »
On a peine à concevoir aujourd'hui l'usage prodigue qu'on faisail, au moyen-âge, des matières précieuses; l'or et l'argent étaient chez les grands d'un emploi aussi fréquent que l'est à notre époque le cuivre. C'est qu'en fait de richesses comme en fait de grandeur, on n'appréciait que les valeurs réelles. De nos jours, au contraire, on consacre volontiers le triomphe de superficies trompeuses : nous nous contentons volontiers des vertus et des métaux dorés.
L'archiduc Philippe passa cinq jours à la cour de Blois , au milieu des fêtes et des festins splendides. Chaque soir , après souper , on dansait pendant trois heures ; a puis chascun prenait » congé avec de fort grands adieux et révérences; et les con- » vives estant retirés chez eux, estaient encore servis de con- » fitures très excellentes et magnifiques. » Mais si les dames voyaient s'écouler leurs journées dans une suite non interrompue de plaisirs, le roi et le prince étranger échangaient entre eux des discours beaux et grands, dit le mémorialiste contemporain : discours qui, sans doute, tendirent à ratifier les conclusions d'un traité conclu à Trente par le cardinal d'Amboise, et dont voici les principales dispositions. Louis XU s'obligeait à compter à l'empereur Maximilien un subside de quatre ou cinq cent mille livres, pour l'aider dans la guerre contre les Turcs; de plus l'empereur, pour son alliance avec la France, devait recevoir deux cent mille livres, y compris quatre-vingt mille écuspour l'investiture du duché de Milan, Tels étaient, du côté de Maximilien , les bénéfices d'un traité qui ne promettait à Louis XII que des avantages illusoires , dans une investiture du Milanais dont il n'avait pas besoin, puisque ce duché lui appartenait de droit. Il y a plus, cette investiture remettait ce droit en question. Heureux encore si le mariage projeté entre le futur Charles-Quint et Claude de France, n'eût été qu'un
avantage illusoire; mais cette union pouvait devenir funeste, ainsi qu*on le verra bientôt. En général, cette conclusion accusait le défaut de portée politique du cardinal d'Amboise , et elle annonçait la plus imprudente confiance envers l'empereur Maximilien , ennemi déclaré de la France. Les événements confirmèrent plus tard tout ce qu^il y avait eu de maladresse dans le traité conclu à Trente et ratifié à Blois.
Le jour môme de cette ratification, l'archiduc et Tarchiduchesse, après des témoignages d^amitié fort démonstratifs, quittèrent la cour de Blois pour continuer leur route vers lEspagne, où ils se rendaient. Peut-ôtre, à leur arrivée, se félicitèrent-ils avec l'astucieux Ferdinand, dit le Catholique, d avoir joué, au milieu des honneurs et des munificences, le bon roi Louis XII et son ministre.
Car si , dans les conclusions arrêtées à Blois , Philippe avait été sincère , ni Tempereur Maximilien , ni Ferdinand-le-Catholique , ne tinrent compte des promesses faites en leur nom : le premier refusa Finvestiture du Milanais; le second ne songea à la conquête de Naples que pour son compte. L'archiduc, revenu à Blois en 4 503 , jura qu'il maintiendrait un nouveau traité confirmatif du premier qu'il venait de signer à Lyon , au nom de Ferdinand ; mais pendant son séjour près de Louis XII , des ambassadeurs du Catholique arrivèrent à Blois , déclarèrent que l'archiduc ayant dépassé ses pouvoirs , ils étaient forcés de déclarer que le monarque espagnol refusait sa ratification au traité de Lyon.
Le. roi , furieux de la félonie de Ferdinand , congédia avec colère ses ambassadeurs ; mais il n'en signa pas moins , en février 4 504 , une trêve de trois ans , sur ce terrain politique miné sous ses pas par la perfidie des princes dont il devait alors pénétrer les mauvais desseins. Trois autres conclusions , signées à Blois, avec aussi peu de garanties que les premières, soulevèrent enfin la nation entière contre de si impolitic[ues conven* tiens. Ces vives réclamations ne purent être dérobées au rof ,
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dont la santé était chancdante depuis long-temps; il s'en émut à tel point qu'une maladie , aussi rapide que dangereuse, le saisit en avril f505, au (diâteau de Madon, à une petite distance de Biois, sur la rive gauche de la Loire. Les progrès du mal furent si prompts , que dès le cinquième jour on n'espérait plus sauver le monarque. Les soins de la rdne lui f«irent prodigués comme en 1501; mais la sollicitude de cette princesse fut traversée par une préoccupation moins noble que prévoyante. Anne fit enlever secrètement des châteaux du Blésois beaucoup d'efiTets précieux , qu'elle fit embarquer sur le fleuve et diriger vers Nantes. Or , le maréchal de Gié , qui comnaandait dans Touest, crut voir dans cette précaution une mesure qui lésait les intérêts de la France et du jeune comte d'ÂBgoulême, héritier présomptif de la couronne; le convoi fut arrêté à Saumur , par ordre de ce dignitaire. Le pauvre maréchal faillit payer de sa tête cette disposition conservatrice : le roi s'éiant rétabli, contre Favis des n^ecins , et peut-être malgré leur médication inexpérimentée des premières années du xvi.' siècle, la reine reprit tout son empire sur Tesprit de sa majesté , et Gié fut déclaré crimiuel au premier chef. Le parlement n'osa pas toutefois prononcer la peine capitale : le grand officier delà ooaronne ne perdit que ses emplois , et fut exilé dans une terre qu'il possédait en Anjou.
Durant la maladie de Louis Xn , le cardinal d' Amboise songea tardivement, mais non pas encore inutilement, à la puissance colossale que le mariage projeté entre Claude de France et Charles de Luxembourg ferait écheoir à ce prince ; il reconnut toute la prépondérance que ce fils de l'archiduc Philippe pourrait acquérir en Europe , non-seulement par Théritage des Pays-Bas qui lui reviendraient après son père , mais encore par celui des royaumes de CastiUe et d'Aragon, qui devaient hn appartenir un jour ; enfin , par la cimcession de jdusieurs b^es provinces en France. Georges , plus dévoué alors aux intérêts de la France qu'il n'avait été heureux à les défendre dans les traités, fit con^
ET UE JSON TEftBlTOlRE. il7
preodre au roi l'eitréffle péril où ces condosions , trop peu réfléchies, lui ditril, pouvaient jeter la monarchie; et comme Louis, à peine convalescent , se disposait à £aire un testament , le ministre y fit comprendre une dause qui ordonnait le mariage de la prineesse Claude avec François d'Angoulème. Cette disposition , éminemment française , obtint Tassentiment unanime du conseil; mais elle déplut à la reine. Anne ne voyait que le côté brillant d'un mariage qui promettait à sa fille de monter au trône d'une des puissantes monarchies de TËurope : c'était considérer la ques tion sous un point de vue plus maternel que sage ; et la femme se révélait plus encore dans l'éloignement qu'elle montrait pour le jeune comte d'Ângouléme , parce qu'elle haïssait sa mère. Nonobstant cette opposition , Louis XII, a&anchi un moment par la raison de l'empire d^une princesse qu'il adorait, convoqua les états-généraux à Tours, en 4506, pour confirmer les dispositions de son testament* « Cette fois, a dit un historien moderne, la cour fut d'accord avec les députés du royaume : elle s'était elle-même condamnée à reconnaître que le souverain n'avait pas le droit d'aliéner la moindre partie du tenritoire , ainsi que oela avait en lieu par le déploreJile traité de Lycm. Cette convention fut donc rompue sur ce considérant que Louis, sans manquer aux lois les plus austères de l'honneur et de la probité , pouvait comme homme et devait comme souverain , se rendre au vcbu de la nation , en annulant un traité cap« tieox et des noeuds aussi funestes à la France que mal assortis. » Claude de France, pendant la durée de ces états , fut fiancée à François d'Angouléme* Or, dans cette circonstance où Ten&nt ropl de Blois donnait, par une abn^tion' vertueuse, un témdgnage auUientique de popularité , un vote nnanime lui décerna le titre de Père du Peuple, Le cardinal d'Amboise fit la cérémonie des fiançailles dans la grande salle du Plessis , en présence des notabilités que la tenue des états avait réunies à Tours, et cette ville fut, pendant huit jours, toute retentissante des réjouissances qu'on y célébra.
En 4508, Louis XII, après avoir soumis les Génois, revint à Elois, tandis que le cardinal d^Amboise signait à Cambrai un traité sinon aussi funeste , du moins aussi impolitique que celui de Lyon; car ce souverain ne pouvait attendre aucune franchise de l'empereur Maximilien , avec lequel il traitait , non plus que de Marguerite d'Autriche , sa fille , qui haïssait autant que lui les Français.
Durant l'hiver , le roi fit célébrer au château de Blois les noces de Guillaume Paléologue, marquis de Montferat, avec Anne d'Alençon ; ce mariage donna lieu à des fêtes magnifiques, auxquelles assistèrent tous les ambassadeurs des puissances amies de la France. Or, par le traité de Cambrai, la république de Venise, naguère alliée du roi, devenait son ennemie, et les troupes coalisées devaient marcher contre elle. Mais ces conventions étaient secrètes encore : l'ambassadeur vénitien n'avait reçu aucune notification ; seulement il se trouvait à la cour de Blois en posture assez équivoque. Un jour qu'on lui demandait des nouvelles de sa santé : « Je me porte assez bien , ré- » pondit-il, si ce n'est que j'ai grand mal aux oreilles en enten- » dant journellement ce qui se dit contre la république. » Toutefois , cet homme d'état , confiant dans l'urbanité ordinaire de Louis XII , assistait, comme le reste du corps diplomaticQie, aux fêtes célébrées pour le mariage d'Anne d'Alençon. Mais quelle ne fut pas sa confusion , lorsqu'au moment de s'asseoir à la table royale, le roi lui déclara qu'il n'y avait pas de place pour lui*. On conçoit difiicilement que Louis XII , monarque rempli de bienveillance , ait pu s'oublier jusqu'à une sortie aussi crue , car le ministre de la république n'ayant pas reçu son congé, n'avait pas cessé d'être un personnage inviolable, et l'outrager était un attentat aux droits des nations. La victoire d'Agnadel n'efiaça point cette tache hideuse, imprimée au caractère de Louis XII.
D'autres noces furent célébrées à Blois après la campagne
* Recueil de Théodore Geoffroy , page 282.
ET DE SON TERRITOIRE. il9
de \ 509 : campagne glorieuse au moins parle triomphe des armes, et dont Louis XII put récueillir tout l'honneur , car Fempereur Maxîmilien lui en avait laissé, comme on sait, tout le danger. Le mariage qu*on célébrait au château de Blois était celui de Marguerite d'Angouléme avec Charles, duc d'Orléans, neveu du roi. La bénédiction nuptiale fut donnée aux époux dans l'église deSainl^Sauveur par l'archevêque de Sens : Louis XII lui-même avait mené la mariée à la messe et l'en ramena ; mais la reine seule présida au banquet. Nous devons mentionner à ce sujet une distinction qui caractérise bien l'époque ; la souveraine et les princes du sang étaient servis en vaisselle d'or; les autres convives, parmi lesquels on comptait des prélats et de très grands personnages, mangèrent dans la vaisselle d'argent. 11 n'y avait alors de politesse et même de bienséance permises qu'en accordant une déférence choquante aux prérogatives du rang ; cette loi suprême de la féodalité était passée à tel point dans les usages, que personne n'en paraissait blessé. Les temps anciens, où l'homme avait eu sa dignité par l'appréciation de ce qu'il valait, ne léguaient point encore leur autorité à la civilisation renaissante; le germe de la véritable grandeur se développait lentement sous l'accablante compression des privilèges.
Si l'imagination vous retrace la longue galerie construite par Louis XII, laissant jaillir une vive lumière de ses fenêtres aux riches et délicates découpures; si dans ce rêve du passé vous croyez entendre l'harmonie inhabile encore du xyi.« siècle, célébrant l'union d'un couple illustre et couvrant à peine le choc des coupes de vermeil , votre ame ne se sent-elle pas attristée en voyant , aux portes du château, ce peuple sur lequel des hérauts laissent tomber une pluie de petite monnaie , en criant largesse j comme la curée que l'on jetterait à une meute avide.
On connaît encore à Blois, sous le nom de Lices , un terrain sur lequel, durant les derniers jours de la chevalerie, se donnaient les joutes et passes-d'armes. Il y en eut à l'occasion du mariage célébré alors à la cour : Saint-Gelais retrace ainsi cette pa-
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rodie des prooesses qui ne devaient bientôt exister que dans les souvenirs. « Le comte d'Angoulesme, qui n'avoit encore que » seize ans , était le tenant avecq le duc de Nemours , le comte )» de Foix et quatre gentilshommes qui tenoient le pas à tous » venans. Le premier jour, M. d'Angoulesme, habillé de drap » d'or, et les aultres, ses compagnons, de drap de soye jaune t> (toujours et en tout les distinctions du rang), iiendrent le pas » à la grosse jouste , et le roi mesme le vînt accompagner , ha- » bille de mesme et le servit au bruy de la Jouste. Et il y eut » tout plein d'assaillans accoustrez de diverses couleurs et les » fesoit très bon voir ; combien que les lances estoient un peu » petites à cause des jeunes princes qui tenoient le pas. Le len- » demain, ledit seigneur d'Angoulesme, avec les cinq aultres D tenans, vindrent tout habillés de satin blanc, et courait )» chascun ung coup de lance sans lice; et viendrent après à » Tespée , à douze coups par chascun ; et il y en eust à Fespée de » bien battus , et les faisait beau voir.... Enfin, Taultre jour, ils » combattirent à la barrière tout armez à blanc, et estoient à » pied combattant aux lances tant qu'elles duroient , et après à » courtes* espées. Les prix furent donnés par les dames. Et assez r> tost , en suivant , chascun prit congé du roy et de la reyue » pour s'en aller parachever l'hyver en leurs maisons*. »
En lisant ce récit, ne mesure-t-on pas, par un élan rapide de la pensée , la distance à laquelle les contemporains de Louis XII étaient parvenus des simples exercices où les paladins des xiu.* et xiY.* siècles essaient leur adresse et la pu^sance de leur bras jusqu'à l'effusion du sang. Ce n'étaient plus ces chevaliers cpii descendaient dans la lice couverts d'acier comme sur les diamps de bataille ; ce n'étaient plus ces hommes d'armes qui , pour la plus légère étincelle tombée sur leur caractère inflam-
* Saint-Gelais , Histoire de Louis XII, — Voyez aussi le Château de Blois , par M. de la Saussaye , pour de plus amples détails sur les noces de Gbftries , dac d'Orléans : détails que noos devons abréger.
mable, se chargeaient à fer émoulu, et ne voyaient pas dans leur tenant un adversaire moins sérieux que Tennemi en temps d'hostilités de puissance à puissance. Bref, les tournois du XYI.« siècle ressemblaient fort aux jeux de notre cirque olympique; et les coups d/e$pée bien battus peuvent être comparés aux combats simulés des figurants de ce théâtre.
C*est de l'année 4510 que date Fordonnance qui prescrivit la révision de toutes les coutumes du royaume, déjà prescrite par une précédente ordonnance qu'avait rendue Charles VU à Monttls-le&-Tours, en \ 443. Cet acte portait que « toutes les coutumes » seraient écrites et accordées à la diligence de chaque pays ; puis » examinées et autorisées par le graïKl conseil et par le parle- » ment; et que toutes ces coutumes, ainsi rédigées et approu- » vées, seraient observées comme lois sans qu'on pût en alléguer » d'autres. » Louis XII , portant surtout une vive sollicitude au Blésoîs , lui donna un nouveau témoignage d'intérêt, en pensant à faire fixer sa coutume par écrit. Denis Dupont [Pontanus], membre prépondérant d'une commission composée de quatre jurisconsultes, fut tout à la fois le rédacteur et l'interprète de cette coutume ; il nous apprend lui-même qu'il avait reçu , dans cette circonstance, une marque du suffrage unanime de ses concitoyens : Cym summo civium meorum consensu hujus civitatis nostrœ colUgendis describendisque cum aliquot collegis proefedus* Le travail se fit avec une sage lenteur , et Louis XII ne le vit pas terminer. Ce ne fulque par lettres-patentes dç François I.*', rendues en 4522, que la rédacti<m si lentement élaborée fut soumise à des commissaires royaux, ainsi que nous le verr<His plus tard.
On vit paraître pour la seconde fois à Blois, en 4510, Machiavel, ce politique cauteleux , ce résumé vivant de toutes les arguties diplomatiques. U était venu à la cour de Louis XII dès 4504 , pour défendre les intérêts de la république Florentine dans les débats internationaux dont l'Italie était l'objet; il y revenait en 4540 avec la même mission. Peut-être salua-t-il au
mois d^octobre le berceau de Renée de France , dont la reine venait d'accoucher.
Cependant , à la fin de 1 51 1 , le pape Jules 11 , ce pontife guerrier qui foulait aux pieds la devise de l'église : Ecdesia abhorret à-sanguine , entretenait le feu de la guerre en Italie. Il venait de former une coalition puissante contre Louis XII : ce monarque allait avoir à combattre Allemands, Espagnols, Suisses , Italiens. Dans cette réunion de forces, les Turcs mêmes devaient combattre près des soldats de Rome , et présenter dans une ligue nommée la sainte union, le croissant de Mahomet arboré près des clés de saint Pierre. Louis , résolu d'abattre à tout prix l'audace du chef belliqueux de la chrétienté , quitta Blois pour se rapprocher du théâtre de la guerre. Il s'était fait précéder d'un manifeste terrible ; et partout , à son passage , on répandait une médaille sur laquelle il avait fait graver cette légende : PerdamBor bylonis nomen. En effet , le projet du roi était de marcher sur Rome à la tête d'une armée formidable , d'entrer de vive force dans la ville sainte , de faire le pape prisonnier , et de terminer les hostilités par ce coup d'éclat.
Louis XII espérait aussi placer sur le trône pontifical un pape dévoué à ses intérêts ; mais ce ne pouvait plus être le cardinal d'Amboise , qui , long-temps , avait aspiré à ceindre la tiare , en sacrifiant plus d'une fois les intérêts de la France à ce projet ambitieux. Le premier ministre de Louis XII avait cessé de vivre en 1510. En voyant approcher la mort, ce prélat s'était repenti.... c( Ah! frère Jean , frère Jean, mon ami , disait-il à un religieux placé près de lui durant sa maladie ; que n'ai-je été toute ma vie frère Jean. » Malgré ce mouvement de modestie in ex-tremis, le cardinal reçut, après sa mort, des honneurs comparables à ceux qu'on eût rendus à une tête couronnée : huit mille prêtres assistèrent , dit-on , à son convoi funèbre ; et le tombeau, vraiment royal , qu'on lui éleva dans la cathédrale de Rouen , offre , à travers les siècles , un dernier reflet d'une magnificence dont il n'avait pas interdit l'appareil à son heure suprême. Après
avoir fait justice des vanités du premier ministre de Louis XII , et des graves conséquences qu'elles eurent, on doit tenir compte à la mémoire de cet homme d'état du bien qu'il fit : il ménagea toujours le peuple , sinon de fait au moins d'intention : sous son ministère, la police fut exacte et sévère ; les fortunes particulières n'eurent jamais de plus attentif défenseur. Georges d'Amboise était d'un caractère doux , d'une humeur affable; il aimait à obliger , et sa générosité fut souvent expansive. En un mot , si l'on a pu conserver le souvenir des erreurs de sa politique , on ne doit point oublier que ses vertus le firent justement honorer.
A la fin du xvin.' siècle, on voyait encore à Blois, au sud de la place du Château, un hôtel de modeste apparence, que Georges d'Ambpise habitait lorsque la cour résidait dans cette ville. D'un balcon de cette maison , le cardinal-ministre s'entretenait avec le roi , placé à l'une des croisées de la galerie. On était loin du temps où les ministres et même les préfets devaient être logés aussi somptueusement que les souverains : la maison de Georges d'Amboise eut tourné dans le grand salon du nouveau palais appelé THôtel-de-Ville de Paris.
Tandis que Louis XII surveillait les opérations de la gaerre en Italie , la reine Anne , restée au château de Blois , y ouvrait une lice de poésie, où l'on s'efforçait de célébrer les exploits guerriers du roi. Au premier rang des panégyristes rimeurs, on comptait Tltalien Famto Andrelini, qui chantait en latin le monarque français, et se faisait appeler Faustus, ni plus ni moins qu'un successeur immédiat de Salluste ou de Tacite. Or, comme la reine , qui , en fait d'idiome étranger au langage usuel, ne devait guère pratiquer que le breton , se faisait traduire les pastiches latins de Fausto , par un poète blésois nommé Marc de Villebresme , texte et traductions atteignaient le genre grotesque, sans y viser , bien entendu. On distinguait encore auprès de la reine Jean d'Auton, historiographe du roi : celui-là écrivait en français ; et par malheur , c'est sur l'autorité de cet écrivain ,
hôte du foyer royal , que Louis XII a été jugé dans phisîears des actions de sa vie. Il y avait encore à l'académie de Blois Francisque Suard , de Bergame , qui , à Timitation de son compatriote FcMStus, ne rendait hommage qu'aux Muses latines. De son côté, Louis XII Yoitnrait à sa suite ^ parmi ses bagages de guerre, d^s poètes chargés de répondre aux épitres , |Aus ou moins louangeuses qui lui parvenaient de Blois : Jean Lemaire était l'astre le plus lumineux de cette réunion cyclique.
De ces poésies , dont nous ne rapporterons aucun fragment , Anne de Bretagne fit composer un volume, écrit sur vélin , et illustré, comme on dirait aujourd'hui, des plus fines miniatures. Ce volume est bon à consulter , en ce qu'il offre des portraits fidèles de Louis XII, d'Anne de Bretagne et de plusieurs personnages éminents de leur cour. Le romancier , le poète et l'artiste y trouveront aussi la reproduction exacte des costumes du xYi.* siède , de l'ameublement des palais et même de quelques scènes d'intérieur.
Si cependant nous professons le scrupule de l'historien jusqu'à vouloir donner à nos lecteurs une idée de ce recueil, nous en citons le chapitre le plus curieux. Là, Jean d'Auton, adoptant la fabuleuse version qui fait remonter le peuple français à Francas, fils d'Hector, se pose en secrétaire intime du fils de Priam, et correspond, des Champs-Elysées, avec Louis XII ,au nom de ce prince troyen. Le roi , enchanté de cette courtoisie d^outretombe ^ adresse incontinent au malheureux adversaire d'Achille une épitre en vers, façon Lemaire, par laquelle, entre choses obligeantes, il exprime le désir de voir sur le saint-siége un pape assez bon pour tirer lui Hector des enfers , et le conduire au ciel , ainsi qu'un autre pontife fit de l'empereur Trajan. La miniature qui accompagne cette épitre représente Borée , des aîles au dos , Tépée au côté, attendant le message royal pour le porter à son adresse *.
* Voyez , pour de plus amples détails sur rechange de poésie dont nous Tenons
ET Mî SON TERRITOIRE. 125
Cependant le pape guerrier Jnles II n'était ni prisonnier ni même vaincu en 1542; seulement, Louis XII avait obtenu du concile de Pise une bulle qui déclarait ce pontife suspendu de la papauté, et qui fut promulguée à Blois au mois d'avril. A cette disposition illusoire , Jules répondit par une bulle du concile de Saint-Jean-de-Latran , où le royaume de France était déclaré en interdit : c'était opposer une illusion à une autre. Enfin , les événements tournèrent de telle manière qu'au commencement de rannée i543 ^ Louis XII avait presque toute l'Europe sur les bras.
En politique , tout ressentiment s'efface dans les nécessités impérieuses : la république de Venise devait conserver un souvenir amer de la rupture du roi avec elle ; mais , se trouvant mal de ses alliances actuelles , le sénat vénitien écouta favorablement les propositions d'accommodement qui lui furent faites par la cour de France. Un traité de réconciliation et d'alliance fut signé à Mois, le 214 mars, d'un coté par le sénateur Gritti , d'autre part par Louis XII lui-même qui , depuis la mort du cardinal d'Amboise, ne voulut plus avoir de premier ministre.
La campagne qui suivit cette conclusion n'offrit qu'une suite de défetites ; la fortune des armes françaises en Italie fut compromise dans les désastres de Novarre. Bientôt Louis XII , attaqué de toutes parts sur le territoire même du royaume , se vit réduit aux plus tristes extrémités après la déroute de Guinegate en Picardie. Là Bayard, le preux Bayard, qui fut, avec La Palisse, la dernière réalisation de la chevalerie, se vit contraint de remettre à un capitaine anglais cette bonne épée , dont aucun autre ne pouvait soutenir le choc.
Aux larmes qu'arrachèrent à Louis XII ces déplorables évé-
dc parier , to Château de Blois (année 1511 et 1512). M. de ta Saussaye résume avec autant d'intérêt que de goût, cet épisode singulier ; il explique plusieurs des miniatures, et cite des fragments d'épitres que n'admettaient ni le caractère ni rétendue de notre livre.
nements, devaient, à son retour à Blois , succéder les pleurs de l'épouî au lit de mort d'une femme adorée. La reine , déjà condamnée par les médecins, caressa jusqu'à son dernier moment l'idée fixe d'unir ses deux filles avec la maison d'Autriche. Chaque jour , dit un historien du temps , elle faisait appeler près d'elle un gentilhomme nommé Fleuranges « pour quelques » menées qu'elle voulait faire avec le roi de Castille et toute la » maison d'Autriche ; ayant le cœur merveilleusement affec- » tienne à faire plaisir à cette maison de Bourgogne. » U est probable qu'Anne de Bretagne eût fini par faire adopter à Louis XII cette double alliance , objet de tous ses vœux, et qui eut jeté la France dens les plus grands embarras ; mais la mort ne laissa pas à cette princesse le temps de remporter cette victoire funeste sur la volonté de son mari. Anne, après avoir langui quelques mois avec une calme et pieuse résignation sur le sort qui l'attendait, expira dans les premiers jours de janvier 1514. La douleur qu'on éprouve en perdant ceux qu'on aimait est quelquefois hostile : les dames et les serviteurs de la reine, en la pleurant, accusaient, peut-être avec raison, les médecins de n'avoir pas connu sa maladie.
Anne de Bretagne , à peine âgée de trente-sept ans quand elle mourut , conservait encore tout l'éclat de sa beauté. Le roi qui l'avait si tant aimée qu'il avait déposé en elle tous ses plaisirs et toutes ses délices , dit Seyssel , fut long-temps inconsolable ; il déclara que , nonobstant l'usage de la cour , où le deuil était porté en violet , il le porterait en noir , comme le dernier de ses sujets, n refusa de voir personne pendant plusieurs jours ; et ceux qui lui furent présentés ensuite , durent être habillés de drap noir.
Le roi d'armes Bretagne , le sieur de Fleuranges , et d'après eux Montfaucon , ont décrit minutieusement la solennité funéraire qui fut célébrée à Blois en l'honneur de la reine Anne. M. de la Saussaye , résumant avec clarté la longue et diffuse narration des deux premiers écrivains , a reproduit tout ce qu'elle
présentait d'intéressant. Nous analysons quelques fragments des divers récits.
Le corps de la reine resta six Jours dans la chambre où elle était morte; un grand nombre de dames , de seigneurs et de prêtres priaient en ce lieu jour ei nuit. Pendant deux autres jours, le corps , revêtu des habits royaux, fut exposé dans la salle d'honneur du château, sur un lit de parade couvert d'un drap d'or de trente-six aunes de long et fourré d'hermine. « La » reine, dit l'auteur du Château de Blois, était couchée sur le » dos, ayant les mains» jointes, revêtues de gants blancs et sa
» couronne en tête Sa robe et son corsage étaient de velours
» pourpre , fourré d'hermine , et ses manchons en drap d'or , » garni de pierreries. Un grand manteau, aussi en velours pour- » pre, fourré d'hermine, était attaché à ses épaules. Sur deux » coussins placés à droite et à gauche de la reine , on avait posé » d'un côté , le sceptre , de l'autre , la main de justice. * »
Le huitième jour après la mort de la reine, elle fut ensevelie, et Ton remarqua que ses traits n'avaient éprouvé aucune altération.... « Pour avoir tant aimé et servi Dieu durant sa vie , est-il exprimé dans les récits contemporains^ Dieu lui préservait sa beauté après sa mort. » Alors, la salle fut tendue de noir , et le cercueil se trouva dérobé à la vue par les ornements du lit de parade. « La tenture de cette salle, dit le roi d'armes » narrateur , était de couleur dolente et mal plaisante à la veue » des assistans ; car ce fut velours noir , enrichy d'orfrayes et » armoyiées et remplies des armes de ladite dame et des cor- » delières de sa devise. » Le corps resta exposé ainsi jusqu'au 3 février ; pendant les vingt-quatre jours que dura cette exposition, tous les chapitres, toutes les abbayes, tout le clergé du Blésois vinrent, tour-à-tour, chanter des £i6era auprès delà défunte reine; tandis que les princes, princesses, seigneurs et dames y venaient journellement prier.
* Le château de J7/ot<, édition in-18 , pages 104 et 195.
1^8 msTontB de «lo^
Le 43 lévrier, le corps fat transporté avec «n appareil «ompiueux dans Téglise de Saint-Sauveur et placé sous one chapeBe ardente , écVairée par deux mille ci^ges. Après le service , qui fut célébré par le cardinal de Bayeox, le prince deChalais, dievalier d'bonneur de la leae reine , le grand-maître , le grande écuyer , les clames d'hc^ineur , le rot et les hérauts d'armes restèrent auprès du eorps. Le lendemain, d'autres offices furent c^ébrés par le cardinal , assisté de quatre évéques. Maître Paray , confesseur du roi , prononça ensuite Toraison funèbre , qui , selon l'usage du temps, commença par la généalo^ de la reine , qu'il fit d^endre de Brutus, On ne sait jnsqu'à quel point csette origine parut heureuse à l'assistance ; mais il est certain cpie la &le du duo de Breta^ie , François II , avait peu conservé les inspirations et les allures répuMicaines de son premier alienL Puis le maître Parny (nos jeunes gens s'airôteront aussi k ce nom) établit que la reine ayant vécu trente-sept ans, il convenait de kri consacrer tr^ote-sept éloges de trente-sept vertus différentes : heureusement pour la cour de filois , le panégyriste n'aborda qu'en partie cette nomenclature ; mais il finit en groupant les trente-sept vertus de la reine autour d'un chariot d'honneur, destiné à porter cette princesse en paradis.
Enfin , le convoi devant partir pour Saint-Denis % il lot
* Le oeeur d'JkoBe de firels^ne , sépiré de son isorps ,fet enfermé te» ime ^Ite d'or ayant la forme de ce viscère , et placé dans k tombeau de flraoçoto li , duc de Bretagne , père de cette princesse. Ce monument , possédé long-temps par les Carmes de Nantes , se voit maintenant à la cathédrale ; mais le cœur de la reine Ame ne s'y trouve pkis. La l»otte d'or qui le contenait fut exposée durant plusieurs années au G£d)lnet des aédaiiles k Paris... Triste retour des choses les plus nobles de ce monde! Après avoir inspiré la vénération, ce comr était deveBUun objet de curiosité. On Usait sur la boite d'or :
ÛMvr de rertv» orné Dignement covronné.
Et sur une autre face.
En ce petit yaisseav Se fin «r p^ «t flWDde^
Bf Dfi SON TERRITOIRE. 129
aononeé à son de trompe, par ta viUe, qu'une torche ûe dre portant l'écusson aux armeâ de Bretagne devait être af4achée à chaque maison des rues que ce cortège funèbre traverserait. La grandeur a ses puérilités : chaque jour depuis la mort de la reine jusqu'au départ du convoi , on continua de servir son dîner et son souper aux heures accoutumées; et les officiers qui devaient assister k ces repas étaient présents , comme si la souveraine eût été là. Ce jeu bizarre de T étiquette avait quelque chose de navrant : ce fauteuil vacant près d'une table servie; ces officiers couverts de deuil et gardanl un morne sUence ; le souvenir des somptuosités qui naguère régnaient au couvert royal, tout contribuait k rendre Ivgobre ice simulacre d'hommage aux besoins delà vie , rendu à la mémoire d'une princesse morte.
Un poète, nommé André de Lavigee , composa plusieurs roxideaux en forme d^épitaphe ei compitsmM de mari. Il y avait ihïc pensée poétique dans chacune deccscompositic^s ; mais die se noyait dans un déluge de divagations étranges. Le germe de l'in-
Rc^OM^rng pl^ gt«nd eftvr Que oaqve d^me evt av movde.
Anne fvt le nom d'eHe.
Ea France -dcYK ibis raioe , Dvchesse des Bretons Royale et 'seTTeraliM.
Enfin , SOT une Iroistèrae face , an ItsailT
Ce cvevr fvt si très havlt , Que te la tecre avK«l«n , Sa vertv libérale *
Accroissait mievlx et mteVhc. ;
Mais DiCT en a rtprin»
Sa portion meiilevre, '
Et oestc part terrestre En grand devil nova demevve.