‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculés jusqua̕ nos joursChapitre 13 sur 27 · IX.« janvier · texte numérisé non relu

IX.« janvier

La botte cPor , réclamée par l'autorité municipale de Nantes , est retournée dans cette ville ; mais , sans doule visitée plusieurs fois intérieurement , dans le cours de ses vidUrtudes , «lie ne eontient plus le «cceur royal : le souffle pw^fene des «urieux en a dispersé tes titfymts.

vention , quelque chose comme Fétincelle du génie distinguait surtout une pièce intitulée : Rondeau de Vesprit et du cœur du roi sur le trespas de la royne; mais l'auteur, à force de vouloir sublimer sa conception , l'avait rendue grotesque ; tant il est vrai que le sublime , pour la moindre déviation , tombe dans le ridicule.

Anne de Bretagne était douée d'une chasteté assez peu commune à la fin du xy.* siècle et au commencement du seizième ; aussi se montrait-elle fort rigide à l'endroit des dames et demoiselles qui l'entouraient. Cette reine était impérieuse et fière dans ses relations avec la noblesse; mais bienveillante envers le peuple. Quoique ses entretiens fussent graves, sévères, elle compatissait aux maux d'autrui avec un abandon que prouvaitla bonté de son cœur. La raison de cette princesse, si diversement jugée, subit constamment l'empire de sa vanité : ce qu'elle croyait utile à sa gloire l'emporta toujours , dans sa pensée, sur ce que la sagesse prescrivait. C'est ainsi qu'Anne de Bretagne domina souvent la politique de son époux par une ténacité qui fit commettre bien des fautes à ce souverain. Louis XII motivait, mais ne justifiait pas sa faiblesse par cette phrase, qui revenait souvent dans ses discours : « Il faut bien souffrir quelque chose d'une » femme quand elle aime son mari et son honneur. » Ceci eut été bien dans la bouche d'un bon bourgeois; mais le monarque personnel jusqu'à rechercher la paix du ménage par le sacrifice des devoirs du souverain , a de graves reproches à se faire.

Anne de Bretagne avait institué, pour les dames de sa cour, Tordre de la Cordelière, dans une intention diversement expliquée par les historiens : quelques-uns nous rapportent que ce ftit en mémoire des liens dont le Sauveur du monde fut garotté durant la nuit de sa passion.

Les grandes douleurs , comme les grandes tempêtes , se calment promptement: quelques mois à peine s'étaient écoulés, lorsque Louis XII conduisit à l'autel Marie d'Angleterre , sœur d'Henri VIII. 11 est vrai que ce mariage, conclu pour rétablir en-

Ba la paix , était entièrement politique, et ne se fit pas sans de gros sacrifices de la part du roi. Il reconnut avoir reçu quatre cent mille écus pour la dot de sa femme, somme qui ne lui avait point été comptée , et abandonna en outre la ville de Tournai. Des fêtes magnifiques, qui durèrent six semaines , jetèrent un voile doré sur le contrat onéreux de cette union : un moment le vieux roi se fit la suave illusion d'une vie caressée par tous les enchantements de la jeunesse , en couronnant une reine de dixhuit ans. Mais cette existence , si riante d'abord , devint bientôt un labeur. Louis avak quitté le paisible château de Blois , son berceau , le séjour qu'il avait toujours affectionné ; Marie d'Angleterre avait voulu qu'il transportât sa cour à Paris, où l'humeur vive et galante de cette princesse rencontrait plus d^éléments de sympathie. Le roi , pour plaire à sa jeune épouse, changea sa manière de vivre , a car où il soûlait diner à huit heures, il conve- » nait qu'il dinât à midi ; et où soûlait se coucher à six heures. )) du soir , souvent se couchait à minuit. » Ce que les historiens timorés du temps n'ont pas dit, c'est que le bon prince, au malaise que lui causa ce régime nouveau et quelques excès imposés avec vanité à ses cinquante- trois ans, se mêlèrent des chagrins dus à certaines assiduités du jeune comte d' Angouléme auprès de la reine. Par ces diverses causes , Louis fut atteint d'une dyssenterie qui , en peu de jours, le conduisit au tombeau. Il cessa de vivre le premier jour de l'année 1515 *, sans^voir revu le château de Blois qu'il avait tant aimé et embelli.

Le règne de Louis XII , malgré les bonnes qualités de ce prince, ne fut ni l'un des plus sages, ni l'un des plus heureux du moyenàge. Le désir de recouvrer le royaume de Naples et le duché de Milan entraîna le Père du peuple dans une succession de fautes politiques qui ne finit pas avec lui ; et ce peuple qu'il aimait n'eut

^ On sait que depuis la fin du xii.* siècle Jusqu'à l'édit de 1A64, Tannée commençait à Pâques. Du temps de Gharlemagne elle avait commencé à Noël , et sous les rois de la première race le 1.*' mars. .

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pas moins à souffrir de ses erreurs que delà tyrannie d'un mauvais roi. On peut donedîre, malgré le panégyrique sans restrictioo de Saint-Gelais et de Claude Seyssel , que la bienveillance de Louis XII résida constamment dans ses intentions et se produisit rarement dans les résultats. Le second des historiens que nous venons de citer dHavec raison que, sous le règne du souverain né à Blois , la population s^accmt , les viHes furent mieux bâties, les landes défrichées, le commerce fiivorisé , Findustrie encouragée; il est encore vrai , qu'à cette époque, il se dével<q)pa, non seulement parmi la noblesse, mais dans les classes bourgeoises, un luxe éclatant et de bon goût. L'élégance des ameublements, la recherche des objets d'art, la profusion des joyaux d^or , des pierreries , de la vaisselle d'argent et même de vermeil ; enfin , la magnificence des habits furent portés plus loin qu'on ne les avait encore vus. Mais Louis XII contrîbua-t-il beaucoup à cet essor rapide de l'émulation générale? Nous ne le pensons pas. Le temps était venu où Pesprit hmnain devait reprendre sa marche; la lumière, ranimée enlialîe, projetait sur la France ses rayons nouveaux , et réveillait toutes les ambitions. Cette brillante époque, appelée la renaissance , avait commencé ; tous les arts , toutes les intelligences , tous les émulateurs de la ^oire étaient conviés au splendrde banquet de l'îmagînatîon et de la pensée. Louis Xn assista , sans y mettre obstacle, au progrès imiversel qui se préparait dès les premières années du XVI.* siècle , et que devaient bientôt comprimer, pour longtemps encore , ces funeste» guerres de religion , que le successeur de ce monarque pouvait éleuflfer dans leur germe , en faisant , de sa main royale, la part de la raison. Ce qu'on peut dire sans blesser la vérité , c'est que Louis XII aima la justice et s'efforça de la pratiquer, toutes les ibis que son droit , cette idole à laquelle il ne cessa de sacrifier, ne paralysa point en lui le sentiment de l'équité.

Le règne de ce souverain fut trq)i courtpour qu'il ait pu donner un grand lustre aux sciences, aux arts, aux letlresqui venaient de

ET DC S0N TBRRFIOlftE. ISS

rcEiiaitre ; mais il en élasl le digne apprécîafteiir , et le& pvatégea: Noit» avons sâgnalé ailleurs rélablisseneni d'ime bibllotliècfiie aai ehàteaa de Bkiis; Louis XII reuricbit de 0^6 des r<HS de Naptes et ûe& dues de Mâaa; pois iJ; y s^uta les ms^iuscrils dci oél^»re Pétrarque, et la cdketiofi die La Gruttrase^ aoeien charabeUaa de Marie de BoiH^gogne. En un mot, cette bildtothèque deviot une collection si riche ^ qvt'etle fut citée dans toAte l'Europe. Or, pourdfiinner icf une idée de ce qu^oii appelait a^>rs ropuleaee littéraire , nous dirons qme le noiâère de lÎTres réunis à Bk>is était de miQe huit cent quatre*Yiiigl-quat ne volumes, dont caskt aaulseiilevient étaienti impriiâés. Le roi oonsidtaH souvent ces ouvîBges, les jt^eait axec sagesse , ei tira&t de ses lectures des induetioBS toujours justes,, ses of>imoDS, en histoire suartoul, a'eusseot pas été désavouées par les meilleurs dialecticiens. « Les » Grecs y diaaitrU, n'oBi&it cpie des exploits médiocres, mais » ite oskt ea un merv^Ul^iiz talent pour les ef»bettir * les Romains » ont fait de plus grandes dioses et les oui dîgn€»nent écrites ; D les Français eor ont fait d'aussi grandes , mais ils ont toujours » manqué d'écriviâns pour les raconter convenayenient. ;^

Oa peut présumer que si Louis Xii eût vécu vingt ans encore , la régénéraâioiEi des leUres se fàt of)érée , sans arriver aux limites de Vabsurde ^ cwnme elle y panint sous rintuence de Ronsard et de sou éccde. Saifô doute Ms temps anciens pouvai^at fournir d'adoûrables exemfplea , incessamimene reproduits par rimfNri'* merie, paissance i¥)UveUe alors, et qui devait g<»ivern^ te mofide un jour. Mais cette foUe qui décaractérisa la littérature nationale jusqu^à la plus servile imitatiat¥ de l'antiquité , ne fit que retarder le jnouiveanent proigreasâl^ et les formes grmco-latines auraie&l été désavouées par dq monarque qai eut é^ , plus rédlemeni que François I.*' , le restaurateur des lettres.

Si la peiisée écrite c^ la poésie s'^rèrent sur les traces de Vèoole grégeme, l'avchitec^ure , grâce à Fétude des raonum^^ts itabeas^ sul œieux combiner Gfa«9L nous les richesses de l'ère gothique avec les beautés de l'art grec. Déià y sous Louis L*" d'On-

léans , la ville de Blojs avait été rebâtie en entier , à Faide da bois coupé dans les forêts du comte, qui, disait-il, ce aimait mieux loger les hommes que les bêtes. » Dès-lors on avait orné les maisons de ces ciselures coquettes , de ces arabesques délicieusement bizarres , énigmes preque toujours malicieuses , dont les artistes du temps ont quelquefois emporté le mot dans la tombe. Et lorsque Blois devint le siège de la cour de France ; lorsque les seigneurs , politiquement tirés de leurs formidables manoirs , vinrent déposer au pied du trône leur pesante armure , et revêtir les pourpoints de velours et de satin , on construisit dans la capitale du Blésois des hôtels d'un style remarquable, dont quelques-uns, que nous citerons ailleurs, ont échappé jusqu'à ce jour aux arrangeurs modernes , plus barbares que les démollisseurs eux-mêmes. Ainsi profita Texemple de Louis XII qui , suivant l'expression de Jean d'Autun , avait fait a refaire son chasteau de Blois tout de neuf, tant somptuenx » que bien sembloit œuvre de roy. »

La bibliothèque de Blois contribua sans nul doute au développemejit des connaissances scientifiques et littéraires dans cette ville. Sous Louis XII, ce riche dépôt ne pouvait être un trésor clos : peut-être fut-ce là que Denis Dupont fPontanusJ prit le goût des études sérieuses. Le principal auteur et le commentateur de la Coutume de Blois, le savant jurisconsulte que Dumoulin devait caractériser par ces mots : Vir bonus et doctissimus, Blesensis advocationis decus, était né à Blois d'une famille noble , vers la fin du xv.« siècle ; et tout porte à croire qu'à une époque où les livres étaient bien rares encore , le jeune gentilhomme fut admis à consulter ceux du château. Louis XII put donc voir avec quelque orgueil croître cette vaste intelligence ; et nous pensons qu'il eût à se flatter d'avoir, contribué à l'instruction de celui qui devait être le législateur du Blésois. Ce concours de la bienveillance royale , dont nous aimons à ne pas douter, Louis en fut récompensé , puisque ce fut sous son règne que Denis Dupont dirigea la première rédaction de la Coutume de Blois.

Le sentiment de Fhérédité en ligne directe est la dernière consolation des rois qui s'éteignent ;' lorsqu'elle leur échappe , le crépuscule de la vie se voile pour eux de sombres nuages. Il y eut de Famertume dans ces paroles de Louis XII mourant : «Nous avons beau faire, ce gros garçon (François d'Angouléme) » gâtera tout. » Les événements justifièrent en partie cette triste prédiction ; mais la mémoire de Louis XII est-elle pure des fautes de son successeur?.... Il lui avait montré le chemin de lltalie.

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