‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculés jusqua̕ nos joursChapitre 14 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lie 'Blémoîm, apanage de dlirers.

Lb comte d'Angotdême, qui monta au trône en 1515, avait été élevé , comme on Ta vu , au château de Blois; mais il se dégoûta promptement de ce séjour de son enfance et premier théâtre de ses exercices chevaleresques. Ce prince aimait avec ardeur la vie agitée ; il lui fallaft une cour abondamment pourvue de ces beautés, sans lesquelles, disait-il, cette cour eût ressemblé à un printemps sans roses. La petite vîUe de Blois, malgré son importance historique , ne pouvait offrir aux goûts tumultueux du nouveau souverain les éléments de plaisir qu'il recherchait. Cependant François L", dans les premières années de son règne , habita souvent Romorantin , dont il fit restaurer le chftieau, ainsi que nem le dirons en son lieu. Maïs le siège de la cour de France fut établi le plus ordinairement au palais desToar-

neîles,àParis*. Louis XII , en mariant Claude, sa fille, au comte (rAngoulérae, lui avait donné, entre autres apanages , le comté deBlois; François I." en laissa l'administration à cette princesse. Le roi , disons-le sans détour , espérait que ce soin , en occupant les loisirs de la reine , détournerait son attention des innombrables infidélités du plus volage des époux. Il se trompait : une femme blessée au cœur par le plus grand outrage qu'on puisse lui faire, le mépris de ses charmes , ne saurait être distraite d'un tel chagrin. Seulement la jeune souveraine souffrit avec cette résignation apparente qui trompe les regards / mais qui tue.

Claude fut pour la ville de Blois et son territoire , une bienfaitrice attentive. Elle aimait les savants, les gens de lettres; elle les admettait dans sa petite cour, dont les plaisirs bruyants étaient exclus. Tant que cette vertueuse princesse vécut , on n'entendit point retentir au château la musique des fêtes; mais la bonne reine y était souvent entourée de ses obligés , qui la bénissaient. Sa devise était une lune dans son plein , sans doute admise comme symbole d'une vie douce et calme, avec ces deux mots : Candida candidis.

L'histoire générale , après la niort de Louis XII , cessa d'avoir une connexité aussi immédiate que sous son règne avec la ville de Blois , où le souverain ne paraissait pins que rarement. Nous laisserons donc François I." vaincre et échouer tour-à-tour en Italie; et rentrant dans les limites que nous avons à frandiîr quelquefois sur la trace des événements, nous aborderons le récit des faits inhérents à la localité , mais qui ne sont pas sans intérêt pour l'histoire des mœurs et des institutions de l'époque. La rédaction de la Coutume de Blois, préparée, comme nous l'avons dit, sous le règne précédent, devait, pour devenir définitive , être confirmée dans une assemblée des trois états de la

* Voyex notre Histoire de Paris ^ règne de François L** (Félix Jahyer, éditeur. )

province, puis publiée et homologuée par le souverain. Or, François I." (lettres -patentes du 26 février 1522) envoya à Blois, en qualité de commissaires , les sieurs Roger Barme et Jean Prévost, le premier président , le second conseiller au parlement de Paris, avec ordre de faire assembler en ladite ville, ' chef-lieu du bailliage , « tous et chacuns les châtelains et sei- » gneurs hauts justiciers , prélats , abbés , chapitres, oflSciers » auxdits lieux, licenciés, advocats, praticiens, bourgeois, » marchands et autres bons et notables personnages dudit » bailliage en leurs personnes; et en présence, de rechef lire et » accorder lesdites Coustumes; et si en faisant ladite publica- » tion , sur aucuns des articles desdites Coustumes, y survenait » contradiction ou opposition par la plus grande et saine partie » des gens d'église ou des notables ou de ceux du tiers-état , et » que ladite difficulté ne peust être vidée en ladite assemblée, ' » faire mettre et rédiger par escript les différends d'une part et » d'autre , pour icelles rapporter par devers les gens de la cour » de parlement, afin d'en ordonner comme de raison. Et quant » aux autres articles desdites Coustumes qui seraient en ladite » assemblée , accordez et arrêtez , faire iceux publier et enre- » gistrer es registres dudit bailliage , et ces présentes insérées » aux procès-verbaux pour estre doresnavent observées comme » loy perpétuelle et irrévocable. »

Ce mode de rédaction , qui fut employé , à quelques variantes près , pour toutes les coutumes de France , était une heureuse combinaison des éléments sociaux de l'époque. Aussi Tajournement des personnes convoquées était-il impérieux : les commissaires étaient investis de pouvoirs tels qu ils pouvaient opérer , comme moyens coërcitifs, pour les gens d'église , la saisie de leur temporel , et pour les laïques , la prise et saisie de leurs meubles et immeubles^ sans préjudice des ajournements personnels eu cour de parlement.

Les états de la province , en exécution des lettres-patentes

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sus-mentioiinées , se réunirent le 45 avril 4523, dans le réfectoire du couvent des Jacot»ns , ainsi cpie noos Tavons dit en rapportant la fondation de cette commanatAé. Les noms de tons les comparants, dont la liste ne peut être rapportée dans cette histoire, Airent consignés auprocès-varbai de l'assemblée , par les sieurs Eslienne Billart et Jean Papin , greffier du bailliage. On y voit également que , pour les manants habitants de la ville de BlcMS, comparurent Pierre Munet, et maristre Denyf îhtpmt, conseil d'ioeile ville. Nous feisons remarquer à cet effet que te célèbre avocat blésois était, dans toutes les affaires d'un intérêt majeur, t^rgé de défendre la communauté blésoise : on connaissait l'espèce de culte qu'il vouait à son pays nalal , et dont Texpression se retrouve dans tous ses écrits.

Si la liste que nous venons de citer ne peut être reproduite dans notre précis , c'est un motif de phis pour que nous en re^ commandions Texamen. On y verra quelles seigneuries ressortissaient au bailliage de filois , au commencement du xvi.* siède ; quels étaient alors les ordres refigiwx existants dans la ville principale ; enfin , ii ne sera pas sans intérêt d^apprendre que cette localité avait envoyé à l'assemblée neuf avocats et onze procureurs ; ce c[ui peut donner une idée de Timportence des affaires traitées au chef-lieu du baittiage.

Au nombre des députés réunis aux étals provinciaux qui nous occupent , figurait messire Florimont Robertet , baron d* Aîluye et de Brou , dont le nom ressort avecédat des fastes du Blésors, Ge seigneur, dont la haute fgrtune était enfent de ses œuvres , âvaitcependant recule jourde parents nobles du Forez. D'abord conseiller à la chatobre des comptes de eette province, il ftit recommandé à Charles Vlli par le duc de Bourbon , et devint bientôt trésorier de France. Sous Louis XIÏ , Fiorimont Robertet obtint la charge de secrétaire d'état , puis François I.« lui oonfia l'administration du royaume. Cet homme d^état, sous trois règnes successifs; fiit initié à toutes les affaires de la monarchie,

Et M son ISRItTrORlE. 141

et sortit de toutes 9ivHi un^ réputation i&oontestée de capaeilé émiiiente et de probité *.

€ Florknofit Robertet, dit le maréchal de la Marek , dans ses •» mémoires^ était rkomme le mieux en tendu qtieje pense gcière y «voir vtiy et de meillear esprit qui s'est mêlé des aSairesde » France , et qui en a eu la totale charge, et a eu cet heur qu'il » s*y est toujours merveilleusement bien porté. »

Le baron d'Àlluye revenait d'Italie en 4 54 5 , après avoir signé la paix pour le roi avec les Vénitiens. lla<Aeta la cJràtellenie de Bury, et fit reconstruire avec une magnificence royale le cfe^ teau : têovs en parlerons ailleurs. Ce ministre fit bfttir aussi dans la ville de Mois, rue Saint-Honoré , un hôtel du meilleur goût , dont DOius cbnmerons plus tard la desmption. Enfin, par les soins de messire Robertet , que ses contemporains surnommé^ rent le grand, fut élevée la chapelle dite d'Alluye , dans l'église paroteialeSaint-Honoré. il fit faire à cette église de grandes réparatioDS^bidotade diverses fondations et de riches ornements.

Tel étaitie puissant personnage qui siégeait aux états de i 5913 ; on coBçoit^qn'ii dût, par l'ascendant du génie , en dominer sou^ vent les travaux, La Coutume projetée contenait deux cent soixanle-quînze articles, dont le phis grand nombre fut adopté sans discQSBion ; mais plusieurs donnèrent lieu à des débats asses animés. Lors€|ue l'on ne pouvait arriver à une solution amiable , les commissaires donnaient acte du point litigieux , qui devait être soumis mi parlement de Paris, appelé à juger souverainement. La discussion la plus sérieuse fut cdle qui s'engagea sur l^artîcle cent neuf, compris sous le titre des^ cens. Or, le cens était une redevance acquitaWe en grains ou en argent , et que les héritages provenant de roture devaient payer au sei-

^ Louis XII , faisant un Jour allusion à la rapacité des gens d*affirir«s^ disak tfue toutes les plumes volaient.... For5t/n^n«, sire , répondit Robertet Ces deux nots loi forent aeoord^ pour éeyise en mémoire de ce mouvement d'une noble susPcn>UbiUté»

gDeur, comme hommage féodal, puis comme représentation du domaine utile, cédé originairement au censitaire ou à ses auteurs. Cette redevance, d'autant plus vexatoire qu'elle reposait le plus souvent sur une ancienne usurpation, qualifiée de cession, était accompagnée dans le Blésois de diverses charges accessoires. Par exemple, Tabus avait introduit, au préjudice des héritages asservis, l'usage de payer au seigneur, à chaque mutation des biens tenus en cens , le droit de douze pour cent

de leur valeur redevance qui, en raison de son énormité,

avait reçu le nom de cens à cher prix.

Lors de la première rédaction de la Coutume , Tarticle cent neuf n'y avait pas été admis sans une vive et longue opposition de Denis Dupont; et lorsqu'il se reproduisit en 4523, le savant légiste signala ce vehemens amor qu'il portait à ses compatriotes , en repoussant de tout son pouvoir le cens à cher prix, qu'il appelait avec toute l'énergie de l'indignation yt/^^/rangt^tttnim. Les commissaires eux-mêmes, se joignant au chaleureux opposant, proposèrent, pour concilier tous les intérêts, le rachat à prix d'argent d'un droit ruineux , qui ne laissait aucune ressource pour Tembellissement de la ville. Mais les seigneurs de censive étaient des adversaires puissants ; les commissaires , faibles ou séduits, laissèrent insérer larticle dans la Coutume. Dupont n'hésita pas à taxer ces magistrats de corruption : Sordene avaritiœ an nimiâ ecclesiasticorum favore corrupti nostrijudices.

Vaincu sur le terrain de la discussion , Pontanus, au nom de sa ville natale , appela en parlement de la décision de ses commissaires. Le procès dura douze ans, et nous devons, afin de n'y plus revenir , intervertir l'ordre chronologique pour en mentionner le résultat. La victoire du légiste blésois fût complète : un arrêt de juin 1 535 décida que le droit à cher prix ne pourrait être perçu que lorsqu'il serait fondé en titre et nullement comme cens coutumier.

Pour revenir à la Coutume en général , nous dirons que la promulgation en fut faite solennellement le 38 avril 4523, dans

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les termesi suivants. « Déclarons les Coustumes qui ont été lues » par Jacques de Mailly , huissier en ladite cour de parlement , » en vos présences, de vous, gens des trois estats, selon les » modifications et limitations de vos consentemens , faites et j> accordées, mises et couchées en nostre procez-verbal, être » les vrayes Coustumes du bailliage de Bloys. Et selon icelles » jouxte le pouvoir à nous donné, nous commandons à vous ' » gouverneur et bailly de Bloys, à vostre lieutenant et à tous » autres juges, qu'ils ayent à juger", décider et déterminer de » tous les procès meuz et à mouvoir. En deflFendant par exprès » à tous advocats qu41s n'ayent doresnavant à alléguer, poser » ou articuler aucunes coustumes contraires ou dérogeantes à » icelles sans préjudice des oppositions particulières des oppo- » sans, dont est fait mention en nostre procez-verbal , pour » lesquelles décider avons renvoyé les parties en ladite cour de y> parlement , à six sepmaines. )>

C'est donc de l'année 1525 que datait la législation écrite ou la Coutume de Blois : de cette époque elle s'adapta à cette mosaïque de lois locales qui régit la France jusqu'en 1789 , et dans laquelle il n'y avait de système complet qu'en ce qui se rapportait à la féodalité. Telle est pourtant la bigarrure incohérente que quelques écrivains et des meilleurs, regrettent vivement, au mépris de cette admirable unité législative qui seule pouvait faire des Français une nation unique.

Il n'est pas sans intérêt de dire que les principaux seigneurs qui, durant douze années, essayèrent de maintenir le cens à cher prix^ étaient les pauvres serviteurs de Dieu religieux et abbés de Saint-Laumer, Bourg-Moyen et Marmoutier.

La Coutume de Blois étant fixée, Denis Dupont résolut d'en composer le commentaire , sur les instances réitérées de ses compatriotes. Ce travail, d'une immense étendue, n'étonna point le courage du laborieux légiste , quoiqu'il fût d'ailleurs accablé d'afifaires et consulté de toutes parts. Mais le commentaire était loin d'être terminé , lorsque Dupont sentit que le terme de

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sa vie approchait; il appela alors son fife, qui étudiait en ItaKe sous le fameux glossaleur Alckit, calomnié parBoHoau. Ce fut Dupont fils qui mit )a dèrmère main à l'ouvrage dé son père ; mais a UQ présentait point l-explicâtion entière de la Coutume : L'AngetUer de Bkns n'iraprima , en 1556 , que les commentaires des neufs premiers chapitres, Oo n^euMong-lemps que cette première partie ; égaré pendant plus d'un siècle, ïe manuscrit contenant kasoonâe ne se retrouva qu'en 1677, danâ la bibliothèque du chanœlfer Séguiér ,, et fût publié© par Loi»s Bîflaine , imprimeur à Paris. '

La commentaire ser la Coutume do Bîois obtînt , en jurisprudmice y une autorité qui s'étendit au-delà des limites du Blésoîs ; il était dto sotii^Dt pair ks anciens légistes; les modernes même eu ont plus d*upe fois invoqué le texte , entie autres Merlin, dans 80>n Répertoire, et Touiller, dans son Drmt cwil, Dupont j indépendamment de ses A^astes oonnaissanoes dans le droit de tous les temps, possédait une érudition immense, universelle; sa dialectique était pressante, vigoureuse, et s'armait souvent d'un sarcasme amer. Le style de oc grand légiste , qurfquefûis diffus , mais toujours chaleureux et animé , révélait dans diaque ^rase cette verve originale, celte verdeur de pensées qui émanent d'un écriv^n passioniié.

Le jurisconsi:^ Uésois^ dans son commentaire, se fait parfois moraliste :il atteint surtout d^unecritique sévère les matriages d'argent de soii époque. S*il vivait de nos jours, aràrait-ii assez débile à distilkr contre ees unions intéressées, qu'il qualifie de déplorable abus d'iœe sainte institution ; çt ea in re hodiè nt phirimùm peœatw. Mais il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre les imputations critiques dont l'œuvre de Pontanus abonde : esprit allier, trandiant et quelque peu pessimiste , il s'exaltait contre tout ce cfm blessait son humeur austère, et souvent les travers qu'il signalait n*étaient qu une I^re déviation des vertus. Mais si Dupont fut sévère avec excès envers ses compatriotes, jugés individueU^Euent, il les servit et les aima

( Maison de Denis Dupont. )

ET DS son TBR&iTOiaiL 14SI

avec passion : lui-méixie nous donne la mesure de son afiEdcUoa oa qualifiant les habitants de Blpia : cives mei amantissimi.

Mi^é son grand savoir et ses hautes vertus^ Denis Dupont, qui méritait d'être classé au rang dtô Gujas , des Dumoulin , des Pothier , était à peu près oublié , même des habitants de Blois^ dont il aima tous les aïeux , lorsqu*e& 4839^ M. Leroux, avocat, dans une savante iiotice , rendit un hommage tardif à la mé~ moire de cet homme illustre. Bernier lui avait bien consacré quelques lignes ; mais l'historien et le légiste furent long*temps enveloppés du même voile d'oubli , par les dédains superi^es de rhistoire générale.

Maintenant que le nom de Denis Dupont est en quelque sorte exhumé des annales blésoises , les voyageurs visitent avec intérêt sa maison , située Grande*Rue y à Unis ^ et qui rappelle , par quelques détails heureux ^ la beUe architecture des premières années du xvi.* siède. L'escalier surtout a quelque rapport de construction et d'élégance avec la péfriÀe nord du chiteau , dont il est contemporain. On y voit, sculptés^ le paon et le bouc qui figuraient dans les armoiries du grand juriseonsuhe et de Marie Barbe, sa feoune. Dans l'intérieur, ce trouvent {réquemaie&t reproduites ces devises , que Diq>ont avait inscrites aussi au bas de ses armes : Virtm ùmfortunà tnanoa. — ChauffMes d^ardens désirs. Le Logis que nous signalons, se trouvant {lîacé fort près de l'hôtel d'Alluye, fut le sujet d'une vive difliculté entne Florimont Boberlet , alors au faite de la puissance^ et le simple avocat blésois. Mais cette fois le pot de terre ne fut pas brisé par le pot de fer : la ténacité du jurisconsulte l'emporta sur l'opposi* tion du ministre , et la maison de Pmtanus resta.

Tandis que Ton promulguait la Coutume de Blois , Glande de France languissait dans œtte ville ^ malheureuse des ^dains d'un époux cpi'dle aimait , malgré ses torts envers elle. Durant cette triste retrûte, François L*' , engagé dans la guerre d'amomrpropre plutôt que d'intérêt politique , qui remplit son règne , essayait, nrais vainenient, d'enlever à Charles-Quint sa pré-

pondérance européenne. Sa fortune, au commencement de Tannée 1525, avait été tour-à-tour prospère et malheureuse : après le triomphe de Marignan était venue la défaite de Lautrec; après les magnificences stériles étalées au camp du drap d'or, on avait eu à déplorer les désastres de Bonivet à Romagnano. Bayard , rillustre parrain de François 1." en chevalerie, n'existait plus ; La Palisse seul restait sur la terre des derniers émules de DuguescMn , Lahire, XaintraiUes et I>unois, et les jours de ces preux étaienïparcimonieusement comptés par le destin.

Le roi préludait à la campagne de 15315 par des fêtes splendides données au palais de Tournelles; il réunissait autour de lui la plus brillante noblesse de son royaume, en tête de laquelle il allait passer les Alpes , et promettait déjà à ses compagnons d'armes , victorieux dans ses caressantes prévisions , des plaisirs nouveaux à Chambord , dont la construction était commencée. Soudain , un héraut couvert de deuil apprit à François L" la mort de la reine ; il accourdt à Blois , et fit rendre à l'infortunée, que ses trahisons conjugales avaient tuée lentement, des honneurs qui dérobèrent, sous les splendeurs du faste, l'indifférence avec laquelle il accueillait ce triste événement. Ce n'était plus ce bon Louis XII qui , à la mort d'Anne de Bretagne, avait fait trêve à tous les soins de l'empire pour pleurer son épouse en liberté; François !.•' s'occupa froidement, durant son séjour à Blois, de quelques ordonnances de finances et d'ordre intérieur.

Claude de France ne connut pas au moins les désastres de Pavie ; elle n'eut pas la douleur de voir ses enfants otages de leur père chez l'empereur Charles-Quint, et le roi peu empressé de briser les chaînes que ces jeunes princes portaient pour lui. Le corps de la reine Claude fut porté à Saintr-Denis; on l'enferma plus tard dans le magnifique tombeau exécuté par Germain Pilon, pour François I." Ce lit de marbre fut peut-être l'unique couche conjugale que ce couple royal ait partagée constamment.

Dans le temps que la tombe se refermait sur la reine Claude

et que ron réunissait au château de Blois la rançon du royal prisonnier de Pavie, Florimont Robertet , qui avait fait du Blésois son pays d!adoption , voyait approcher avec calme le terme de sa vie . illustrée par d'éminents services : cet homme d*état mourut à Paris, le 18 décembre 1526; et peu de jours après, on vit s'acheminer vers Blois un magnifique convoi, au milieu duquel se trouvait le chariot d'armes portant le corps de Robertet. Il fut inhumé, avec splendeur, dans Féglise de Saint- Honoré , où sa dépouille mortelle resta jusqu'à la révolution.

Clément Ma rot, dont ce ministre avait été le Mécène, lui consacra une longue complainte. Cette pièce de vers, selon l'usage du temps, est remplie de figures exagérées. Le poète, se trouvant sur la route que parcourt le cortège funèbre , aperçoit, sur le char, la Mort foulant aux pieds un corps humain; il demande le nom du personnage environné de ieWe pompe mondaine; mais ceux quMl interroge ne peuvent lui répondre :

Le cœur qui leur fend

Toute parole à leur bouche défend/

ce que Marot n'a pu savoir des serviteurs suffoqués , il l'apprend par une conversation laudative sur le défunt entre la République française et la Mort. 11 sait donc que Ton a conduit Robertet à Blois,

Où les manants , pour le corps reposer , Préparaient tombes et pleurs pour l'arroser.

Puis le poète vous montre partout les populations effrayées à l'aspect de la Mort, toujours montée sur le char funèbre: nobles , prêtres et marchands s'enfuient; les animaux vont se cacher dans leurs retraites; les poissons de la Loire, palpitants d'effroi au fond des eaux , vont trouver le dieu du fleuve et lui disent :

Comment la Mort qu'ils avalent rencontrée , Avait occis quelqu'un de la contrée.

Le fleure Loire adonc<) eu ses eiprHii BicB devioa que la Mort avait priz.

Son bon voisin dont si fort lamenta , Que des ses pleurs ses ondes augmenta, Et n*eii8t été quMI estoit Immortel Trespassé fustd'onlr un remors tel.

 Tarrivée du corps à Bloîs , les habiUnts éperdus courent au-Klevant

Sinon aulcuns qui les cloches sonnaient , Et qui la fosse et la tombe ordonnaient ; Justiciers laissèrent leurs pratiques; Oens dé labeur serrèrent leurs boutiques , Dames aussy tant feussent bien poliyes Pour ce jour-là ne se feirent jolyes.

Tels étaient les Ters du poète par excellence des premières années du xvi.* siècle : rimagînatiou n'y faisait point défaut ; la pensée y apparaissait quelquefois ingénieuse ; mais le goût , ce régulateur unique de toute composition de Tesprit, n'était encore éclos que chez les Muses latines ; plus d'un siècle devait s'écouler sans qu'il vint tempérer sensiblement les écairts de la poésie française. Avant le triomphe de ce grand maître, l'art d'écrire devait passer par toutes les exagérations prétentieuses ou bourrées de fadeurs , de Ronsard , de Balzac , de La Calprenède, d'Honoré d'Urfé, de Scudery et de Voiture, sans que Malherbe , lui-môme , eût pu suffisamment

D'un mot mis à sa place enseigner le pouvoir.

Les sciences , à Pépoque où nous sommes parvenus , plus heureuses que les lettres, reconnaissaient des règles et des lois. L'illustre Âmbroise Paré avait eu à Blois des émules et même des prédécesseurs. Pierre Breschebien , doyen de la faculté de Paris et médecin de la reine sous Charles VU, était Blésois ; Louis de Bourges, premier médecin de François L", avait

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ET BE SOIH TERHITOIKC. 149

paiement vu le jour sûr les bords de la Loire moyentiè) ««Mi que Jebau Dufour y qni devint deyen de la Faculté àe Par» , en 1548.

Si noua portods dos regards dans te domaine des arts , nous voyons Tarchitecïture, ridié des élégantes inspirations écloses ter comment en Italie , fleurir àBlois et miic environs. Sous le règne de François I." , oû vient de finir le ofaàteeu do Bury; on construit Taile septentrionale du châtoau de Blois , en même temps que Chambord. Une prodigieuse adivité signale ces splendidas constructions : des architectes , des maîtres en pierres vives , des sculpteurs j des peintres, arriveni ebaqne jour ; el paut-étre ks travaux^ qui s'exéouteat avec une rapidité féerique ^ sont^ils dirigés par un artiste blésois. Nous examinerons ailleurs celte question. Mais en dotant la vilie où il avait été élevé d'un palais magnifique , le roi-olievalier imposa à cette ville , naguère encore royale, une triste compensation : ce fut lui qui enleva la bibliothèque formée à Blois par Louis I/' d'Orléans, et grossie avec taiit de sollicitude par Charles d'Orléans et Louis XII *. François L*'^ inconstant dans (ous ses ^Is , comme en amour, s'éprenait passagèrement de ses châteaux f ainsi que de ses mat^ tresses ; il préféra tour^*à-«tour Bomorantin , Blois , Amboise , Chambord, Foniaineblelu; et lorsqu'xme résidence lui plaisait, là se concentraient toutes ses magnificences, toutes ses prda^ sions. Il couvrait ses murs de sculpUires à Textérieur , de tableaux ou de tapisseries inestimables inlériearement , avec toute l'ardeur qu'il apportait à parer une femme adorée d'étoffes précieuses et de pierreries.

Sous la direction du Primaiice, Franopis fit exécuter à Fontainebleau des peintures qui hn revim-ent à des sonwnes febu* leuses; et généralement les sujets peints à fresque étaient d'une immoralité si crue, qu'Anne d Autriche, dont nous n'avons pas mission déjuger la diasteté, ordonna de faire disparaître ces

* Me ûit transportée à Fontâinebleatu

tableaux licencieux.... La brosse ignoble d'un peintre à la toise anéantit , en quelques heures , la ^eur représentative de plusieurs millions.

Depuis son mariage avec £léonore , sœur de Charles-Quint , François I." , aussi peu fidèle à cette seconde épouse qu'à la première , entretint souvent à Chambord une cour où régnaient ses favorites plutôt que la souveraine. Ce château fut une nouvelle Gythère, dont le héros de Marignan n'était pas exclusivement le dieu Mars. Avant môme que Chambord fût devenu Tune des constructions les plus magnifiques de PEurope , le galant souverain s'était quelquefois exilé dans cette^contréfi alors prescpie sauvage , si Ton peut s'exiler sur les traces d*une femme que Ton aime. La belle comtesse de Toury, châtelaine du voisinage, avait inspiré au roi Tune de ces passions qui , chez ce prince , étaient aussi vives qu'éphémères. François vint chasser souvent sur ses terres de Montfraut; il se plut à s'oublier, des semaines entières, au vieux manoir des comtes de Blois. Les vastes et sombres appartements de ce château retentirent-ils des soupirs d'une passion martyre, ou furent-ils témdns d'une plus heureuse destinée? nous rignorons; mais il est certain que durant le paroxisme de tendresse du roi pour madame de Toury , il conçut le dessein d'élever un merveilleux palais pour remplacer le noir donjon dont l'existence remontait, dit-on, à ThibaUlt-le-Tricheur.... L'amour fut donc le premier architecte de Chambord; mais ce volage inspirateur n'en fit pas l'hommage à celle qui , dans la pensée du roi , avait dû y régner sur toutes les femmes. A son retour de Madrid, et sous l'empire même d'un nouveau lien conjugal, qui lui promettait au moins un éclair de félicité , François L" s'était vivement épris de mademoiselle du Heiliy , qui fut depuis duchesse d'Ëtampes^ On la vit à Chambord l'ame de toutes les fôtes : ce fut long-temps la rose privilégiée du parterre de beautés dont le galant monarque fleurissait constamment, mais sous les lois de l'inconstance, cette cour, fort insoucieuse de principes , qui l'environnait partout. « Souvent, a

9 dit un auteur moderne , le roi , durant les tièdes nuits d^été , » passait quelques heures sur une terrasse attenant à sa cham- » bre à coucher, entouré de ses courtisans des deux sexes, que )) Ton appelait peu congrûment la petite batKJIs de la cour. Là , » quelquefois, Vaurore surprenait ce cercle intime devisant de » faits d'armes , d'aventures de chasse ou d'exploits galants*, » dont , peut-être , on pouvait trouver l'application dans une » anecdote de la veille. Parfois on décidait, durant cette agréa- » ble veillée, un courre pour le lendemain : les dames rece- » vaient alors une douce assignation à se trouver au repos de » chasse , qui n'avait jamais lieu assez matin pour qu'elles n'eusf> sent pas eu le temps de reconquérir, dans les bras du som- » meil, ce qu'une veille prolongée leur avait fait perdre de fraî- » cheur. A l'heure dite , elles trouvaient les chasseurs sous des » pavillons élégants , dressés dans une des allées du parc ; un » repas était %ervi comme par enchantement; puis des jeux de y> toute espèce y succédaient, jusqu'à ce que les cors annonças- » sent la reprise du noble exercice *. »

n faudrait adopter le caractère de la chronique pour raconter minutieusement tous les épisodes de la vie peu royale que François I."' menait à Ghambord , et notre plume n'est point ici celle du chroniqueur. Ce monarque, au sein des délices de cette résidence, se livra peu aux soins de l'empire; tout au plus y rendit- il quelques édits financiers , tristes expédients qui , sous son règne , furent souvent employés par son gouvernement. On peut compter parmi ces expédients quelques lettres-patentes qu'il signa, pour la création des charges multipliées dont l'histoire lui reproche justement d'avoir embarrassé l'administration.

En 1539, Erançois I.«' prit à Ghambord un parti impolitique et dangereux : ce fut celui de laisser traverser la France à CharlesrQuint, se rendant en Flandre, sans avoir sotigé à profiter

* La Loire hittoriqw^ tome TU , p. 763. t

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d*ane tdle démarcha , impérieuseioeat imposée à lempereur , pour obtenir certaines garanties que ce prince cauteleux eût accordées. Se piquar^ d'une géJiérosité chevaleresque qui n'était plus de son temps, François s'abandonna à la prétendue loyauté d'un rival dont il n'avait jusqu'alors éprouvé que la mauvaise foi. Le seul Triboulet , fou du roi , fut sage parmi les persoi^nes qui approchaient sa majesté, lorsqu'il déclara l'empereur insensé de traverser le royaume , et François I." plus insensé de le laisser librement passer.

Ce beau mouvement de grandeur théâtrale étant décidé , le roi envoya les princes ses fils au-devant de Charles jusqu'à Bayonne; lui-même, à la tète d'une brillante noblesse, alla recevoir Tempereur à Loches , et l'amena triomphalement à Chambord y où toutes les séductions d^une cour galante avaient été réunies pour le fêter. Ce ne furent, durant plusieurs jours, que banquets^ concerts, bals, tournois et chasses grandioses, soit le jour, soit à la clarté des flambeaux , dont l'immense parc fut constellé dans toute son étendue. A Chambord, selon quelques historiens, le jeune duc d'Orléans, moins enfeint que son père, quoiqu à peine sorti de Tenlance , s élança un jour sur la croupe du cheval que montait l'empereur, et jetant ses bras autour de son corps , lui cria : « Sire^ je vous fais mon prison^ nier ».... Là-propos pouvait être une leçon 'si utile, que le César du xYi.'' siècle se troubku... On le vit pâlir. Mais le roi , persistant dans sa niaise générosité , ne profita ni de ce jet lumineux d'une vivacité enfantine, ni du conseil conforme, et plus réfléchi , que lui donnait la duchesse d'Ëtampes.

Yoici une réminiscence des moeurs de la chevalerie d'un caractère bien dififérent , et celle-là fait beaucoup d^honneur à François L*' Un pomte Guillaume de Saxe était attaché, avec un poste éminent, à la cour; le roi l'avait pris ea affection, parce qu'il était parent de sa mère. Or , ce gentilhomme , séduit, dit-on, par les promesses brillantes que lui avaient faites les ennemis du monarque , nourrissait l'horriWe proiet de l'a^sas-

Ef DE son TERRITORIE. J33

sinerdans une partie de cbâsse. François^ instmii d^n si Mcbe dessein , dissinmla l'indignaiion qu'il lut inspirait; mais la première fois qu'il chassa a^ec le comte , ii l'emmena seul dans une partie retirée du bois. Là , s'arrétant soudain ^ il mk% pved à terre , et ordonna à Guillaume d'en faire autant. Tirant son épée : — Que pensea-voiK , dit41 , de la trempe de cette lame , monsieur le comie? — Sire , répondît le se%iaetir interpellé , avec une surprise mêlée de trouble , je pense que cette trempe est bonne. — C'est donc aussi volare avis , reprit le roi en regardant s<m interlocuteur fixement ; et croye&*voos que le bras qui mania cette arme à Marignan et môme à Pavie, fût défaillante à la faire peser sur celle d'un ennemi. — Assurément non , sire, répliqua Guillaume de plus en plus troublé. — Eh bien donc, monsieur , si vous avea quelques griefs contre moi , éprourvez en bon et loyal gentilhomme ce que vaut cette épée. — Ahl sire, pouv^-vous penser. — Je pense, monsieur, qu'un duel , môme avec son iMonfeiteur , pourrait s'excuser^ mais cpi'un assassinat , seulement médité, imprime à la mémoire d'un noble une tache ineffaçable*.

A ces mots , le roi remonta à cheval , piqua des deux et rejoignit la (^KNSse, sans laisser rien apercevoir de ce qui venait de se passer.

Il ftmt Men, pour être exact, redire Tanecdote, tant de fois raooQtée, de Tinscription d'un distique sur une vernnede Chambord. François L**, vieilli avant l'âge par les excès, désabusé sur les illusions que chaque année emporte avec elle , jetait un regard songeur sur les triomphes amoureux de sa brillante jeunesse , et les reflets heureux qu'elle renvoyait à sa mémoire ne frisaient que Tattrister. Trop flatté, trop bercé de chimères care»santes pour avi^r pensé aux sévères réalités du retour , il n'avait pas su se iàire ceUe douce philosophie qu'on appelle la résignation; il seiïtMt seulement qu'entouré de la eour la plus galante

* Anecdotes sur Ghambord , par^. Ueiit , page A6.

de VEurope, Û ne conservait que le pâle avantage d'en être le roi , après en avoir été le héros. Ce souvenir d'un passé si fleuri , mêlé aux désillusions du présent, le rendait habituellement mé« lancolique... Tous ceux qui ont vieilli par les ans, et se sentent encore jeunes par Fimagination , comprendront ce malaise du roî-chevalier. Sa sœur eMe-mèmey la Marguerite des Marguerites^ ne s'inspirait plus près du monarque de cette verve de consolations qu'elle lui avait montrée si secourable à Madrid. H y a plus , tout porte à croire qu'en écrivant sur la vitre de son cabinet , en présence de Marguerite , cette sentence chagrine :

Souyent femme varie , Bien fol est qui 8*y fie ,

ramant désabusé de tant de femmes adressait à la princesse un reproche direct. Pour ne plus revenir sur cette redite de tant d'écrivains, nous ajouterons que la boutade médiocrement rimée de François I." a disparu depuis long-temps : Louis XIV, livré à toute Pardeur d'un amour juvénil et confiant dans le plus mobile des penchants, fit effacer cet élan de scepticisme du royal poète. Il aimait mademoiselle de La Yallière ; sa confiance avait raison ; elle eut eu grand tort sous le favoritisme de madame de Montespan.

A la fin de sa vie , François venait peu daûs le Blésois : les historiens ont su le motif qui l'en éloignait ; mais un mémorialiste du temps l'a fait soupçonner. Ce monarque, fort aimé durant sa jeunesse dans ce pays , où son enfance s'était écoulée, vit FaSection des habitants s'affaiblir lorsqu'ils furent^ témoins du délaissement de la reine Claude , cette bonne princesse née parmi eux. Selon Sainte-Marthe*, elle mourut d'une espèce de dartre que les médecins n'avaient pas su traiter; mais Brantôme , le cynique mais sincère Brantôme , a fait entrevoir que cette dartre avait une origine honteuse , dont le roi lui-

* Histoire généalogique de la maison de France.

même devait subir les effets. Bernier dit à ce sujet : « Brantôme ][>. exprime fort librement son avis sur cette maladie, i» Or, les habitants du Blésois, qui l'avaient reconnue avant que le sire de Bourdeille Teût signalée , ne pardonnèrent pas au monarque trop galant d'avoir jusqu'à ce point compromis la vie d'une princesse vertueuse.

Henri II fit une entrée à Blois immédiatement après son sacre ; Bernier, d'après Monstrelet, mentionne les réjouissances qui eurent lieu à cette occasion. La cour, sous le règne précédent, avait pris un caractère de licence presque sans bornes : on pourrait dire que l'immoralité y était érigée en titre d'office. C'est ainsi que , parmi les officiers de la couronne , il en existait un appelé le roi des ribauds , et dont les fonctions consistaient à répartir les femmes folles de leur corps entre les courtisans. Dans toutes les villes de résidence royale , ^es noms qu'une plume chaste ne peut écrire , étaient attachés aux rues que ces créatures habitaient , soumises à des règlements spéciaux ^ apparemment peu sévères. Là , le roi des ribauds venait désigner les femmes ^ostinées au service de la cour , et l'une d'elles , selon l'auteur des Essais sur Paris . devait faire le lit du singulier chef de cette milice dissolue. Quelquefois , pour se réjouir , les jeunes seigneurs promenaient , bizarrement accoutrées , ces gouges de bas lieu, comme ils les appelaient; parfois môme, dans ces joyeusetés, elles étaient produites en un tel état, que nulle dame qui se respectât ne pouvait en supporter la vue. Lors de rentrée d'Henri II à Blois, dit Bernier, les courtisans de ce prince n'eurent pas honte de promener deux de ces filles toutes nues, montées sur des bœufs. Ce trait d'un cynisme inqualifiable peut donner une idée de la moralité du temps.

L'époux peu fidèle de Catherine de Médicis se plaisait encore plus que son père dans la délicieuse résidence de Chambord, dont il fit continuer avec activité les constructions. Là , ce souverain ratifia , en janvier 4552 , le traité conclu avec les princes

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allemands détachés du parti de Charles-^^uiat, dans une^iserre cpii n'm fut pas moins désastreuse. L'astucieux rival de François I.«>, retiré dans tiaetoitre, vit, de la tombe anticipée qu'es** sayatt sa folie, son ôb PhdippeH, vainereàSaînt^QaentiA, par réfiée d'Ëmmanuel^PhiUbert de Savoie , le yaniteux connétable de Montmorency. A Blois même, Henri II créa, aussi. en 4^2, les grandes divisions du royaume appelées génémliiét : le omnté de Blois foi eomprisdansceUe d'Orléans. En 4556^ oe soaverain signa à Bleis une trêve de cinq ajos avec Philippe II et Chairles.- QnÎDt, qui, par ime 60l%e de recrud^oence de vanité soove* raine, souleva te suaire dont il se couvrait vivant, pour intervenir dans cette conclusion.

Ce repos temporaire des armes françaises fut une hatie daas la bo«e, qui donna aux ennemis de la France le temps d'augmenter leurs resscAirces ; tandis que les dissensions religieuses remplissaient déjà le rayaume de troubles , d'attentats , et fondaient la domination des Guises , qui devait ^!itraîner la perte de la maison régnante.

Autant qu'il le put , Henri H , homme de plaisir comme Fran* cois L^^S resta étranger aux dissentiments, de plus exi plus terrines, qu'avaient amenés eu Europe la rélo^rme et les opposants qn'dle rencontrait* Le roi , dut sein des déliées de Ghan^rd^ ne voulait point entendre l'orage se former au loin; à peine s'y montra«*t-il attentif , lorsqu'il commença à gronder au pied du trôna.

La rmne Éléonore avait gémi souvent, dans qudcpie aiqiartement écarté de Ghambord , sur les dérèglements de François L*^, soupirant peur la duchesse d'Ëtampes ; Gayderinede Médicis accepta plus philosophiquement l'empire de Diane de Poitiers, dont Henri IL, malgré l'âge avancé de cette daaae, fut éperdûment amoureux jiâqu'à sa dernière heure. Les mémorialistes de l'époque ont rapporté que T Italienne Catherine s'était habituellement dédommagéedu délaissement de sou royal époux;

ET DE son TERRITOIRE. 157

ils ont cité une vidame de Chartres appartenant à la maison de Bourbon*, comme ayant plu à cette princesse, avant que ses mo^ biles intrigues eussent epgagè les charmes de ses femmes et les siens dans les sourdes menées de sa politique. Quoi qu'il en soît, Catherine de Médicis, durant son séjour à Chambord, ne paraissait dominée que par sa passion d'astrologie. Chaque soir, avec Côme Ruggîerî ou quelque autre astrologue , elle montait au sommet de la campanille du grand escalier , pour interroger nuictamment les deux et les estoiles.

Ainsi inattentîve aux galanteries d'HenrilI, la reine ne semblait pas voir les H et les D surgissant , sous le ciseau du sculpteur , dans toutes les partie^s de rornementation du château , et jusque sous les arceaux de la chapelle. Confiant par vanité , comme tous les hommes qui pensent que personne ne peut les remplacer auprès d'une maîtresse , Henri était loin de soupçonner que Diane fractionnât sa tendresse sous les yeux même de sou royal amant. Cependant elle favorisait entre autres le comte de Brissac. Or , un soir que sa majesté se rendait incognito près de la duchesse de Valentinois, dans une maison qu'elle occupait au milieu du parc, Brissac, qui se trouvait alors à ses côtés, ne fut prévenu que fort tard de la venue du roi. Déjà l'on apercevait, sous une voûte souterraine , par où ce prince sortait de ses appartements , les flambeaux que les pages portaient devant hii. Brissac, s'étant pris alors à fuir à travers les allées du parc, se trouva face à face avec M. de Tais, grand-maître de VartîUerie, qui le plaisanta sur ses courses nocturnes , dont il lui fit entendre quil connaissait le motif. Piqué du ton ironique qui avait

' * La haine que Catheriae de Mëdicis vouait au connétable de Montmorency avait peut-être moins qu*on ne Ta pensé une origine politique r ce vieux homme de guerre, inissi rude dans ses expressions que redoutable sur le €li«iap de ba« taille , avait dit indiscrètement un jour que , de tous les enfants d'Heari IJ , Diane , sa ÛUe naturelle, seule lui resâemhlait. C'était prêter beaucoup de consistance à ceitaios bruits qui avaient couru de la liaison intime de Catherine de Médicis avec le vidame de Chartres.

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accompagné cette remarque, Brissac s'en plaignit à sa maîtresse, qui , pour le consoler , fit destituer M. de Tais et donner la charge de grand-maître de Tartillerie à son amant. Henri II , ainsi que tous les hommes trop amoureux pour n'être pas niais, ne soupçonna pas même la vérité.

Au château do. Blois , subsiste un monument qui prouve que , là aussi, Catherine de Médicis se livrait à ces folles rêveries astrologiques, qui prirent tant d'empire sur sa vie, et contribuèrent si souvent à l'égarer. Au sommet d'une tour située à la partie sud du château, se trouve un petit pavillon d'une construction vulgaire , et dont Tépouse d'Henri II avait fait son observatoire : on lit encore au-dessus de la porte : Uraniœ sacrum : brève inscription qui suffit pour révéler les penchants superstitieux de Catherine.

Sous les règnes de François I." et d'Henri II, la ville de Blois, à part l'aîle du château dite de la renaissance , reçut peu d'embellissements; [l'hôtel d'Alluye et la maison de Denis Dupont sont les seules constructions remarquables appartenant à c^ette époque, si elles ne remontent pas aux dernières années du règne de Louis XII. Mais plusieurs demeures seigneuriales s'élevèrent aux environs de la ville, taudis que l'on bâtissait le château de Chambord et l'aîle septentrionale de celui de Blois. Nous citerons le château de Villesavin, situé en Sologne, sur les bords du Beuvron. Le sieur Le Breton de Villandri , secrétaire des finances sous François 1.*', avait surveillé avec autant de sollicitude que de goût, les constructions de Chambord, presque ter^ minées du vivant de ce prince; pour récompenser cet homme d'état, sa majesté lui donna la terre de Villesavin. Le nouveau possesseur fit bâtir le château avec la magnificence dont il avait eu le sentiment pour la direction des travaux de Chambord ; et le roi jugea qu'une si belle terre devait être le siège d'une haute; moyenne et basse justice.

C'est à peu près à la même époque que l'on peut faire rapporter la construction du château de Beauregard , situé près du

de Cellettes * . nous en reparlerons. Sous Henri II , Beauregard appartenait à Jean de Thiers, seigneur de Menard et secrétaire d'état.

Un vaste champ de bruyères sépare le château de Chambord de celui de Boisrenard, édifice du xy.« siècle, acquis en 1528, par Abraham Bodin, seigneur de Main ville, en Artois. Ce gentilhomme , qui fut probablement le premier gouverneur du nouveau Chambord, puisque sa nomination datait de cette même année 4528 , dut sans doute embellir le manoir du siècle précédent, pour le rendre digne du voisinage de la magnifique résidence royale. Le château de Boisrenard appartient toujours à la* femille qui le possédait alors , et dans laquelle s*est perpétué le gouvernement de Chambord jusqu'à la fin du xyiii.' siècle.

Le château d'Herbault appartint, sous François L", à François deFoyal, maître-d'hôtel de ce monarque , seigneur qui l'avait Sgiit reconstruire au moins en partie. Ses héritiers vendirent la terre d'Herbault à messire Raimond Phelypeaux , secrétaire d'état, qui appartenait à l'une des maisons les plus nobles du Blésois. Avant François I." , il y avait des Phelypeaux au ministère ; ils s'y perpétuèrent jusqu'à la seconde moitié du xviii.* siècle; mais il faut ajouter, en historien sincère, que cette illustre maison eut conservé plus d'édat en ne comptant pas, au terme de cette longue succession d'hommes d'état, M. le duc de La Vrillière et M. le comte de Maurepas. Pour ne plus avoir à parler du château d'Herbault , nous dirons qu'il fut reconstruit sous Louis XV, par M. Dodun , contrôleur général des finances.

Après la mort fdneste d'Henri II, la cour se rendit à Blois; là Catherine s'empressa d'ôter au connétable de Montmorency , qu'elle haïssait, la charge de grand-maître de la maison du roi , dont elle investit le duc de Guise. Tel fut le véritable point de

* En général , nous mentionnons , daas Tordre chronologique de cette liistoire , les monuments qui furent le tliéâtre des divers événements ; nous décrirons dans des chapitres spéciaux ceux qui ont un caractère monumental»

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départ d'uûe omnipoleBce sans bornes usurpée par la maison de Lorraine, et qui faillit lui donner la couromie. Le cardin^ de Lorraine avait sans doute été puissant sous Henri II ; mais son auto* rite ne s^était pas élevée aunlesi^is du pouvoir que s'aUribuent les hommes d^état habiles, sous les souverains distraHS' , pso* k guerre , des soins du gouvernement. Le temps des miidsU'es qui ont régné n'était pas encore venu . Richeliea et Mazarin ^ les premiers, se firent une {^ace au trône. Et qu'il nous soit permis d'émettre une réflexion qui trouve ici soa application : toutes les fois que les reines gouvernèrent, leurs fautes y leurs crimes et par suite le malheur des peuples , eurent pour origine l'uiie des deux passions qui appartiennent essentiellement ou caractère du sexe : l'amour et la haine. Cléopètre et Agrippine , diez les an* ciens; Constance et Blanche de Castiile, au moyen*ége ; Elisabeth d'Angleterre, Catherine et Marie de Médiois, eafin, Anne d'Autriche , à des époques plus rapprochées de la nôtre, ont con^ signé cette vérité en traits sanglants sur les tables de l'histoire. Catherine 11 et Marie-Thérèse , seules dans les temps lûodenies , se montrèrent, lorsqu'il le faJhit , supérieures aux influenees de leur nature féminine : l'une et l'autre , lorsque la raison d'état commandait , savaient n'être femme qu'un instanU

A peine les Guise furent-ils investis du pouvoir , qu'ils songèrent à se faire une arme terrible du glaive de la rdigion romaine , d^ tant de fois ensan^anté sous les deux règnes précé- • dents. Dans le cours de l'année \ 559 , plusieurs ordonnances du jeune et maladif François II furent dirigées, non-seulement contre les calvinistes, mais contre c^ix qui les favorisaient. Ces ordonnances ne prescrivaient rien moins que la démohtioQ des maisons où la cène était célébrée, et l'extermination de leurs propriétaires. Une chambre inquisitoriale était établie au sein du parlement; les bûchers se rallumaient de toutes parts; enfin, les Guise, dans l'espace de quelques mois, portèrent au plus haut point d'exaltation le mécontentement d^une partie delà noUesse et du peuple.

ET ïffiî BOn TËItRïTOlRE. 4T1

Ces rigiienrs excessives, autant que te désir d'entever aux Lorrains une autorité dont il était facile de prévoir la tendance, déterminèrent cette conjuration dite d* Amboise, qui devait éclater à Bkns , si des indiscrétions , que quelques historiens ont taiiées de trabisoa , n'eussent pas décidé les conjurés à choisir une autre vîile. Mais ks premières conférences de La Renaudie avee le prince àe Condé eurent lieu à Blois : là fut arrêté le plan deF-exécatk)!!!, fixée du 4 5 mars 1560. D'après «es <;0nventions , les consitiréâ devaient se réunir d'abord à Nantes, et se rendre en* suite dans le» eïrrirons de Blois par divers chemins , pour inves* tir la cour au premier signai , et se saisir des Guise , morts ou vife.

Le récit du conp de main tenté à Amboise n^appartient point à notre sujet : beaucoup ont écrit sur le massacre qui prit , dans cette circoflastance, le caractère d'une mesure nécessaire; et presque tousieshistoriensy ont vu le légitime châtiment d'un attentat contre la oowronne. Il est avéré, cependant, que peu de jours avant l'événement, François R disait au cardinal de Lorraine : « Je ne sais, mais j'entends qu'on n'en veut qu'à vous. Jedé- » arerais que, pour un temps, vous fussiez hors d'ici, pour voir » si c'est à vous ou à moi qu'on en veut *. »

François II était trop jeune , en tous cas , pour être accusé d'avoir ordonné ï'horrible boucherie d' Amboise ; il ne savait alors que pleurer , non il est vrai sur les malheurs de son peuple , mais sur les dangers dont il se croyait personnellement environné. Nous devons ajouter que quelques mois plus tard on vit se déveh^p^ dans ce prince , à peine sorti de l'adolescence , des inclinations cruelles : on sait qu'au uïoment où la mort étendait déjà sur kiî sa main ^acée , il ordonna l'exécution du prince de Condé, son parent, et que la résolution seule lui n;ianqua pour

♦ Voyez tous les mémoires du temps : De Serres , Le Laboureur , Condé , Tavannes , etc. , etc.

faire assassiner le roi de Navarre , dans une chambre de Fhôtel Groslot, à Orléans*.

Nous voudrions montrer à nos lecteurs, réfléchie par les souvenirs du château de Blois, Marie Stuart la belle, la gracieuse , la docte ; Marie Stuart qui fut faible , coupable peut^^tre , mais dont les malheurs expièrent trop les tendres faiblesses et même les fautes. Pourquoi cette suave figure historique , cette hôtesse de toutes les imaginations qu'anime le sentiment de la poésie, ne nous apparaîtrelle nulle part dans les annales deBlois 1 Bien qu'on pût montrer un jeune Montmorency soupirant près de cette royale beauté, dans quelque cabinet mystérieux du château, sans forfaire beaucoup à l'histoire , nous renvoyons aux chronicpieurs cette esquisse d'une vérité qui appartient à leur tâche.

Charles IX séjourna aussi à Blois dans les premières années de son règne : Catherine de Médicis affectionnait le Blésois , pays de chasse par excellence. Cette princesse , qui , le soir , se plaisait à consulter follement le cours des astres sur les événements de la terre, passait une partie de ses journées à chevaucher dans les forêts de Blois et de Chambord. « Elle avait toujours fort aimé, » dit Brantôme , d'aller à cheval , jusqu'à l'âge de soixante ans et » plus qui, pour la faiblesse , l'en priva, en ayant toutes les en- » vies du monde. »

En 4562 , Charles IX rendit à Blois plusieurs. édits, plusieurs recommandations contre les calvinistes. Les collégiales, les communautés dont le roi était environné dans cette ville , se réjouirent en apprenant ces dispositions, dont la mise à exécution était confiée au connétable de Montmorency, le plus fougueux antagoniste des protestants. Mais le clergé cessa de se réjouir lorsqu'une ordonnance , également rendue à Blois, prescrivit l'aliénation des biens de l'église, vu le besoin d'argent, pour mettre les rebelles à la raison, sacrifiés aux susceptibilités ecclésiastiques.

• Voyez la Loire historique , tome III , pages 461 et 462.

Dans la même année , le duc de Guise ayant gagné la bataille de Dreux sur le prince de Gondé, ce dernier, fait prisonnier dans cette journée, fut amené au château de Blois, et transféré ensuite à celui d'Onzain , où il ne resta pas longtemps.

L'obscurité des dates dans les historiens du Blésois nous fait hésiter sur l'époque précise à laquelle les protestants en armes entrèrent pour la première fois à Blois ; mais comme à cette même époque Orléans était assiégé par les catholiques , il nous parait hors de doute que cette occupation eut lieu vers la fin de 1 562 ; et le passage suivant, emprunté àDelhou, visita Tappui de cette opinion.

ce Le triumvirat, dit cet historien, décampa la nuit en grand » silence , et alla droit à Blois , dont les protestants s'étaient eut- » parés , et où ils avaient mis garnison. La place n'étant pas bien » fortifiée, et se trouvant sans espérance de secours, tous ceux » qui étaient en état de porter les armes abandonnèrent la ville » le 4 juillet , passèrent le pont , marchèrent à enseignes dé- )> ployées et se retirèrent à Orléans. Le duc de Guise entra àus^ » sitôt à Blois ; et quoiqu'il ^eùt pris cette ville sans combat , il » l'abandonna à toute la fureur du soldat. On pilla toutes les mai- » sons , on tua ou l'on noya tous les protestants qui étaient restés i> dans la ville. On n'épargna pas les femmes : les unes furent )) violées, les autres massacrées, et entre autres une femme de » bonne famille, qui, ayant été retirée de l'eau , ne put se dérober » à la rage des meurtriers. »

Anquetil , que l'on ne soupçonnera pas de prévention favorable pour les calvinistes , confirme le rapport du protestant De Thou . « Les royalistes , dit-il, pillèrent avec inhumanité Tours , Mer et » Poitiers. »

L'année suivante , Catherine de Médicis apprit à Blois la mort du duc de Guise , assassiné sous les murs d'Orléans : c'est de cette résidence qu'elle écrivit au cardinal de Lorraine , frère du défunt, pour lui apprendre le malheureux ihconvênient advenu à son frère, du paillard qui lui avait donné un coup de pistolet en

payant. >«: Encore que l'oni m'ayé aseuré ajoutait la reine-mère, » avec5©ai orthogcapbe italienne^ qae le coup ée yoVce^ frère n'est )) mortel ^ si ese que je souis si troublée que je neses que je seuls. » Mes je TOUS assoore bien: que je meteré tout ^ses que je au » monde et dé crédit et dé pouissamce pour m'an vaoger et » souis seure quéDiou mé lé pardonaera. V»lre boniie^ couâne » entérine. »

La basade poHtique^ si yi^ement agitée de nos joors, ^ait un desnûoyeiES de Catherine de Médicis. Apvès hb mort du duc de Gttise, caraigBant qwe personne ne pût remi^aoer ce ehampioii puissant de Téglise romaine , elle se rapprocha du parti pro*e&tant i Gandé , Bon seosdement fut mis en liberté , ixm»s la rememère Fajttira à la ceur de Blois^ qu'elle lui peignit toute volap- Uaeuse,,et ne mâoqisia pas de dafiaes auprès d'elle poor justiier eette assertion. Ce prince, enlacé par ces séductien&au commeneemeot de l'année 4S6E, se kissa bercer par elles; ei bientôt l'amiral de Coligny se reondit lui-même à Kois , caressé par Tespcfir d'amener enfin ta cour à des intentions pacifiques eny&rs les protestants. La paix fut en efiBe* signée au milieu des fêtes, ckières ^t contentements : conclusion qui n'était qu'un nouveau jwiége , ainsi qu'on en ppurra juger par ce passage d'ime lettre que Vambassadeur d'Espagne , Chantonnay , écrivait de Blois à sa cour : « Le sieur Don Francis est parti pour s'en retourner en Espagne; » la reine ki a <lanné grand espoir que tout ceci se rhabillerait , » et qu'il fallait reculer pour mieux sauter*. »

En 1565 , Charles IX étant à Mois , convoqua les notables à Mont4^uis; il partit au commencement de 1566 powr présider cette assemblée.

Cependant la religion réformée , malgré les persécutions exercées contre ses sectateurs , avait fait de grands progrès dans le Blésois en C568^. Un prêche existait dès-k>rs à Blois, dans le BiDurg^Haut ; tes protestants s^ réunissaient au son des clodhes

* Mémoinsde Cùwfé , t©me II , page 144.

ET DE SON TEERrrOIEE. 178

de Saiat-Soteim6 , qui, à certadnes becires, leur sèrvaieat de signal *. Mais ce n'était pas sans trouMe qu'ils se livraient à Teicrcice de leur religion : il y eut même des yictimes parmi e«i , et d'amers ressentimcols y fermentaient»

Ce fut donc avec joie que ces religionnaires virent apjwroeher , e» 1568^ «ne dirision des troupes du prince de Condé, commandée par le capitaine BoKBctetrd. Les habitants , dépcwïrvus de moyens de défense, promirent d'ouvrir à ce corps les portes de la ville , si le cfaef calviniste s'engageait à ne point détruire ni piller les ë^es ; il s'y engagea. Mais soit impaissanoe de cet officier pour prévenir le désordre , soit accession secrète de sa part , à peine ses troupes àiren(tr«^les entrées par la PorteK^âié^ qu'elles mirent tout à feu et à sang.

Les dieux grandes abbayes de Saïnt-Laumer et de Bourg-Moyen forent entièrement dévastées. Les soldats de Bouchard enlevérefMt les vases sacr^ et les châsse enrichies de pierreries ; brAièr«fït les on^ments ponr em tirer l'argent parfilé , et dispersèrent les reliques après en avoir lait le jouet de le«r mépris**. L'église de Bong-Moyen fat en qn^ue sorte détruite : tes calvinistes crevèrent les voûtes, brisèrent les tombeaux, emportèrent les clocbes et s'emparèrent de tout ce qnHls trmivèrent de métaux : il y en avait quarante miMiers pesant. Nous devons ajonter toutdbis que, deux ans phis tard, une procuration fut donnée à quelques membres du chapitre, pour aâler recouvrer à Orléans la plupart des objets enlevés.

L^é^ise coltégiate de Sadoat-Sauveur éprouva les mêmes dommages ; dejdus, les csdvinîstes brûlerez tes titres de cette maison, qui renfermaient des documents prédeux pour l'histoire. Plus affligés ^loore, les Gordeliers de Blois n'em^ent pas seulement à

* Note tirée des archives (hi chapitre de Saînt-Solenne. .

** En 1624 » lorsqu'on établit à Saint-Laumer la réforme de Saint-Maur, les reliques furent retrouvées , est-il dit dans rhisloire manuscrite de Tabbaye , et mises dans d«8 châsses aussi précieuses que les premières.

regretter des objets matériels : plusieurs de ces Pères furent massacrés au pied des autels , et jetés , encore palpitants , dans un puits du cloître. Enfin , Féglise de SaintrVictor fut ruinée , dévastée et presque démolie ; elle ne se releva jamais de ce grand désastre.

Nous avons vu , sous le bon roi Louis XII , le château de Blois étincelant de somptuosités ; on y professait quelques-unes des vertus du bon vieux temps ; elles avaient trouvé accès à la cour d'un monarque qui les aimait. Parfois, sans doute, la perfidie s'y glissait dans les conventions ; l'intrigue y usurpait quelques avantages enlevés au bon droit;. mais l'injustice ne se trouvait que dans les'exceptions. Depuis l'avènement des enfants d'Henri II au trône , cette demeure royale semblait s'être environnée d'un voile funèbre : les fastes qu'on voyait s'y accomplir étaient le jdus souvent tissus de fourberies , de trahisons , de complots sanglants. Une lugubre fatalité entraînait la dynastie de Valois qui , depuis que Catherine gouvernait , roulait vers l'abîme où la poussaient encore des ambitions audacieuses.

C'est à Blois , selon d'authentiques témoignages , que fut tramée de longue main , avec une persitance et une dissimulation infatigables , la perte de ces protestants que la cour ne pouvait soumettre par les armes. Catherine de Médicis, toujours habile à enlacer de séductions ceux qu'elle voulait tromper, réunit à la cour tout ce que la noblesse du temps offrait de femmes peu soucieuses des principes : en première ligne brillait Marguerite de Valois , dont chacun admirait l'éclatante beauté et déjà passablement compromise par ses galanteries avec le duc Henri de Guise. Attirés par les fêtes qu'on leur promettait, surtout par les aventures qu'ils espéraient , une multitude de seigneurs calvinistes accoururent succossivement à Blois : on y vit d'abord Teligny , Briquemault , Beauvais , La Nocle ; puis vinrent le comte de Nassau , l'un des plus habiles capitaines du temps , La Noue , surnommé Bras de fer, et de Francourt , chancelier de la reine de Navarre. Charles tX , digne élève de sa

mère en dissimulation , protesta de ses bonnes intentions envers ceux de la religion réformée; poussant plus loin la perfidie, le jeune monarque se prit à déclamer, en présence des chefs calvinistes , contre la domination de la reine-mère , et jura de s'en affranchir. Devant Nassau, le roi parla de la guerre qu'il se proposait de faire à FEspagne , fit briller par anticipation une perspective glorieuse pour le prince qui Técoutait , dans les hostilités contre Philippe II, et finit par témoigner le désir que Famiral de Goligny vînt s'en entendre avec lui.

Au milieu de ces intrigues , dignes de la nouvelle compagnie de Jésus , et que dirigaient peutrôtre plusieurs de ses membres , dans Tombre du confessionnal, furent abordées les premières ouvertures sur le mariage du jeune roi de Navarre, depuis Henri IV, avec Marguerite de Valois. Certes ! la proposition d'une telle union n'était pas la moindre des perfidies de Charles , quoiqu'il s'engageât à doter sa sœur de trois cent mille écus d'or , somme équivalant à trois millions trois cent mille livres de notre monnaie. Mais le jeune Béarnais ne se trouvait point encore à la cour de Blois ; s'il y eut été , la conduite de la princesse qu'on lui destinait eut promptement prouvé à ce fin connaisseur en fait de galanterie , combien peu c>e lien conjugal devait lui convenir. Jeanne d' Albret , sur les communications qui lui furent faites par les seigneurs protestants réunis à Blois , se décida à s'y rendre , de Vendôme , apanage de son fils. Ce ne fut pas toutefois sans se tenir sur ses gardes qu'elle prit ce parti : appréciant à leur juste valeur les solennités d'une entrée toute royale qu'on lui ménagea, et les fêtes dont sa venue fut le sujet , elle écouta avec défiance les protestations expansives du roi , qui l'appelait sa bonne tante , sa plus aimée. Elle pensa que ce jeune comédien devait se féliciter en secret , avec sa mère , de l'art qu'il mettait à tromper la veuve d'Antoine de Bourbon ; et en efifet , il disait à Catherine * « Madame, que vous en semble , ne joue-je pas bien mon rolet? » — Oui , répondait l'astucieuse Florentine ; mais ce n'est rien » qui ne continue. — Laissez-moi faire seulement , répliquait

178 aMlOlItt DE BL0I6

» Charles ea riant, el yoi» veqrrez que je les mettrai aa filet o J^mne d'Albret ne tarda point à reeonnaHre la légèreté de Marguerite ; et lorsqu'elle écrivait ce qui suit à son fib , fl y avait unenotaUe réticenoe an bout de sa phrase : <c ËUeestb^e, bien » avisée eA de bonne grâce ; mafe nourrie en kk plus mauvaise et » corromfnieooiiir (pli fui au monde, et je ne vois pas qui neigea

» sente Id ce sont les fenwaaes qui prient les hommes*. »II

faut bien le dire, la couronne de Navarre était fragile; le tràae du jeune Henri chancelait ; Funion projetée hri doimait im appui , et la raison morale fut toujours secondaire dans les avances de cour. Assarément la douairière de Navarre jetait le voile d\ine extrême indidgence sur les égarements de Marguerite.

Cependant le roi persistait à solliciter la présence à Kois de Goiigny, pour conférer avec lui, disaît41, sur la guerre d'Espagne. H lui députa le maréchal de Cessé à la Rochelle, afin de le décider à venir le trouver sans retardement; lui permettant d'amener vingt gentilshommes armés. L^amour-propre est, de tons les courtisans, le plus habile à endormir la prudence; PaiMral vint , et ne lut pas même éclairé sur son imprudence quand Chai^ lesIX lui dît : « Enfin, mon père, nous voqs tenons; vous ne » nons édiapperez plus quand vous voudrez. » Le grave Pasquier eut-il raison de dire , sous Fempire d'une pensée ^tidique. « L*a- » mirai obéissait à ce merveineux jugen>ent de Dieu qui court » contre nous. i^

Toutes les conventions matrimoniales et autres étant arrêtées. Henri de Navarre arriva , avec le jeune prince de Condé , le^omte de Larochefoucaolt , et^us de dnq cents gentilshommes pixHes^ tants.D'^ouissantes rë^uisssances acoueffîireiitoeprineeaBti des piai^rs, et qui pouvait tout oublier dans lear sein. Or, tandis que les nouveaux venus se réjouissaient et se laissaient enlacer et fleurs par les sirènes de la cour , Charles-, comme il le disait luimême , s%trv€^kit sê$ ûiseaux Lui et sa mère faisaient pi«s :

* ifémoirett 4e Cmêêtmmm , additions , leme I.^ , page 859.

ET ]K& «OK TuaRireoiE. i7i

tafidis q«i« touAcss les fenééres de la galerie élcTée par Louis XH , etcteTédifioe, teatUanc encore, bâti sous Frâïiçois 1.", élincelaieatcbtomière, Catherine et ses adhérents, disons mieux, ses owûplices, sft retiraient daas «ne partie éloignée du château, et co«fipiraic«il, au bruit Iciiilain des fêtes que démentait leur perfidie. BmsTine notke Ime à la Sodélé acadéraiqwede Blofs en 1853, M. Angoste-de Oaflard dit : « A Blois , au mois d'avril 4S72 , dans » le ciiâteau et précisément datïs la chambre môme où depuis ftit » assassiné le duo de Guise , fureat déftnitiveroent arrêtés les » moyens <f exécution d'«m des faits les plus saiUanis du xn.* siè- » de; le pla» du eomplol le plus épouvantaUe dans sa oonoep- » tion^ lej^usprofondément machiâvélîcfiie dans ses préparatife ; » le |iiiis Ûébe et te plus nwiheureusettient comp^ dans son exé- » cation : d*u» complot tramé contre une moitié en peu{^ fram* » Çais, paa-deux rois, une reine, u» pape, des cardinaux et » BOHAre de princes et de seigneurs; et dans racoomjdisseaaeBt » duquel Pairtre taoifié du peuple concourut avec une ardeur, un » ianaptisme, cfue peut seule expliquer Finfluenoe qu'aivaieiit alors » la pr^ttique italienne et ^irritation des haines religieuses.... Je » vcttx parler de la Saint-Barthélémy*. » La notice que nous venoos de <îiter ne Mt , du reste, que confirmer ce que Sully a rapporté dans ses Eoommiegro^e^ : « Charles IX, la reine-mère, le duc d'Anjou , le cardinal de Lonraine, le duc de Guise , le gaurde*des-sceaux Biragues et quelques autres se réunissaient , pour conjurer la perte de» protestant»; au lieu même oti seize ans plus tard, le duc de Guise, Maintenant assis à ce conseil, devait tomber sens les coups du même duc d^ Anjou, depuis Henri lU, qw siégeait près de loi. » H est des fatalités pour les dbuoses ^ oomr me pour les hcnnmles.

Catherine deMédicis, trop peu certaine du succès de sa poli* tique inténfure^ au miliett d'une nation que divisait la plus inesadMabie des diversités d'opinions, k dissidence religieiise;

* Mêmêitêsée êaSoûiété âe9BciBme9ei lettres de BMi^ tome I.*', fmgaS^Q.

lOS HISTOIRE DE BLOIS

Catherine , disons-aous , chercha à former des alliances à Fétranger , afin de s'en appuyer au besoin pour dominer celui des partis qu'elle pourrait avoir à redouter. Or , cette princesse ne songeait à rien moins qu'à placer chacun de ses fils sur un trône. Dans le temps même que Ton méditait à Blois l'extermination des protestants, la reine-mère intriguait pour assurer au duc d'Anjou la couronne élective de Pologne. Deux historiens de Blois , Bernier et M. de la Saussaye , affirment que l'habileté du Blésois Bazin , autant que l'influence de Montluc , évêque de Valence, fit réussir cette négociation. On avait été moins heureux précédemment dans la tentative d'unir ce même duc d'Anjou, avec Elisabeth , reine d'Angleterre. Cette astucieuse souveraine , mieux jugée par les négociateurs , ne leur eut pas laissé concevoir la moindre espérance : qu'eût été , bon Dieu ! pour cette princesse , l'unité d'un mari dans les régions de la tendresse? Au sein de cette cour galante , dont elle était dès longtemps le modèle , un gant qu'elle laissait tomber , un bouquet qui paraissait lui échapper par mégarde, devant quelque beau gentilhomme, étaient toujours parfaitement compris; et quelle que fût la faveur de ses. amants en titre, le gant ou le bouquet ne tombait pas long-temps aux pieds du même cavalier. C'est ainsi que la reine^ierge s'affranchissait des liens de l'hymen ; et jamais monarque ne pensa plus constamment qu'elle :

Qu'un trône est trop étroit pour être partagé.

Le duc d'Anjou ne fut point le mari , c'est-àniire le premier serviteur d'Elisabeth , et malgré l'échec d'une première tentative, Catherine espéra, au printemps de l'année 1572, unir le duc d'Alencon à sa bmne sœur d'Angleterre, comme elle rappelait. A cette* époque ( 29 avril 1 572 ) , un traité de paix et d'alliance fut signé à Blois entre la France et la Grande-Bretagne , dont le cabinet était représenté par l'ambassadeur lord Lincoln. Elisabeth avait tenu singulièrement à faire admettre dans le traité une

clause portant qu'en aucun cas , la France n'interviendrait dans les différends qui pourraient survenir entre l'Angleterre et l'Ecosse. A la honte de la cour du Louvre, cette clause fut admise • aussi , non-seulement Charles IX violait d'anciens engagements pris avec ces Ecossais, qui s'étaient toujours 'montrés les fidèles amis des rois ses prédécesseurs, mais il suspendait par un cheveu le glaive sur la tête de Marie Stuart , qui avait été reine de France. Jusqu'à cette honteuse conclusion, Elisabeth leurra l'ambassadeur français de l'espoir d'accorder sa main au duc d'Alençon ; et chaque soir, dans l'intimité du boudoir , elle s'égayait , avec son amant du jour, de la prétendue prochaine possession des charmes qu'elle lui abandonnait, par le plus jeune fils d'Henri II. Une fois en possession du traité mentionné plus haut, la Sémiramis anglaise rompit brusquement les négociations matrimoniales : la subtilité florentine fut pour cette fois en défaut.

Peu de temps avant le jour funèbre préparé de longue main à Mois, la cour quitta cette résidence, et n'y revint qu'en 1576 , époque de la convocation des états réunis pour la première fois en cette ville , par Henri III. Durant cet intervalle de quatre années, les querelles religieuses s envenimèrent de plus en plus dans le Blésois comme partout : les calvinistes y avaient aussi compté des victimes , mais le nombre n'en fut pas très grand : cette mollesse de caractère, reprochée par Le Tasse aux habitants des rives de la Loire , eut au moins , dans cette circonstance , l'avantage d'attiédir ce fanatisme religieux qui versait le sang à flots , au nom d'un Dieu miséricordieux.

En 4 576 donc, la cour se rendit àBlois durant l'automne ; la convocation des états était fixée au 4 5 novembre, aucun des députés ne se trouvait encore au lieu de la réunion. Henri III n'en voyait pas sans trouble arriver le moment : il avait, d'un côté, contre lui les protestants , avec le prince de Condé et le jeune roi de Navarre ; de l'autre côté , le duc de Guise avec les catholiques : ce dernier parti surtout se montrait menaçant. Les calvinistes , jusqu'alors

iS3 MISTOlfiS im 111.016

ei t<Hii récemmeûi encore leurrés^, se ser«ieiitâ>Dtenlës du libre exercice de leur religion e4 d'une reconnaissaoace sans arrièrepeiKée de leurs droits politiques ; les catkoëques romain», eux , ne voulaient rien moins (pie le peuvxDîr supréone pour leur <Aef, Peutrêtre le prince lorrain n'eutril pas aspiré à placer d^aboitî sur son front cette couronne de France , dont le rayonnement eut pu exciter Tindignation des oonsea'vatmirs du temps; mais le Balafré avait médité sur l'histoire, et connaissait la portée de cette puissance populaire qu'il avait usurpée. Il savait qu'avee le pouvoir d'un Charles-Martel , on iûar4juait la, piacc éa trône d'une nouvelle dynastie.

Placé entre ces deux factions, sans appui «mire qm les intrigues delà perfidie, presque saâs ressources pécuœaires pour entretenir une armée, le roi dievait voir approcher avec frayeur l'instant où les déliés de la nation allaient kri demander compte de ses intentions, et des moyens qu'il avait de soutenir la monarchie au milieu des périls qui l'environaaieiit. Tels étaient en effet , les projets des députés quine portaient point leur v«e jusqu'à la ruine du trône des Valois; mais le perti caliwlique vint à Blois avec le dessein tout formé d'une-compiètesubver^o». Un plan de révolution , dressé par un avocat nommé David , poi^ tait : a Des soldats , levés sourdement daas les provinces , paraî- » tront autour de Blois, fortifiés de quelques trot^pes éWangè- » res; on enlèvera Monsieur (le duc d'Anjau) et on lui fera son » procès , comme k un crimind de lèse-magesté divine ee hu- » maine, pour avoir extorqué du roi, son frère, des conditions }) laveries aux hëa^iques rebelles. Le doc de Guise maître

♦ Pour rappder à la cour le duc d'Alençon , tïui s'était jeté dans leurs rangs ea leur avait fait de eos promeaBes tant de fois. TloWes. Dans cette drcon^ance,' Catherine de Médlcis avait aieaé as camp des Btaloontenu^ une miOtftode dô dames peu sévères qu'on appela l'escadron volant , et qui , du moins , accordèrent aux calvinistes plus que des promesses. C'était tout ce que l'on se proposait de féaKser des engagements pris envers enx, La paix fut signée en 1575 au cliâteau de Chambord, entre Henri III et le duc d'Alençon , son frère.

ET I>E SON TERRROlKir; 183

» des armées , potipsuivra tes révoltés y s'assurera des priacîpa- » les viliies y mettra sous bonne garde tous les complices de » Monsieur, doatilfera achever le proo^; et, enfin, de PaTÎs y> du pape , xsà eiiferitiera le reî dans un monastère pour te reste » de ses jours^. )> Le pape Gr^oire XllI , eonsulté k Rome par David même, aul^ur du projet dont nous avons abrégé tes détsdis, l'approuva, parce qu^l lui secabla pr<^pre à suspendre tes progrès du calvinisme en France : Sa Sainteté ne vit pasau-deià. Quant à Philippe U , roi d'Espace, tout ce qui pouvait empêcher les Français de coatenir les révoltés des Pays-Bas, convenait à sa politique; il saisit donc avec avicUté une occa^n d'entretenir la discorde en France , et promit deseooader la ligue.

Telles étatent les disjpositions apportées mis états de i 576 , par tes partisans d'Henri de Lorraine, duc de Guise; Henri Hi en était informé ; lui et ses ministres se disposèrent à soutenir une haute lutte. Néanmoins, en dissimulant ses inquiétudes avec une habiteté commune aux enfants d'Henri U, d^ons-mieux, aux élèves de l'Italienne Catherine, te roi ouvrîtes états au milieu d'un feiste éblouissant : toutes tes magniâcences de la grandeur souveraine furent jetées sur la trame higubre préparée par les partis. Nous laiseons aux historiens préoccupés des petits détails le soin de faire scintiller tout cet oripeaai à la vue de leurs lecteurs ; en oela ne i^ide point, à notre avis, ce que l'étude des moeurs d'une époque exige de descriptions pittoresques ; te moraliste-historien esquisse à grands traits te caractère des hommes et des ebeses ; il n'appartient qu'aux romanders d'attacher des^drapertes aux murailles d'une salle d'assemblée, et d'auner les passements d'un pourpoint^ tes rubans d'une aiguiltette. j

Les débats soutevés dansl'assemblée de i 576 tut été consignés par l'histoire générale ; noms croyons devoir nous borner à les résumer. Les états demandèrent que les décisions résultant de

♦ Le tabmrmtr ^ tome I; Cayet, tome I, page 5; Journal d* Henri TII, UmeL" , livrea 1 et 3.

r unanimité des avis eussent force de loi, ou bien que, pour la plus prompte expédition des affaires, le roi nommât un certain nombre de juges , auxquels les états en joindraient autant , et que les règlements arrêtés par ce conseil souverain devinssent irrévocables. Henri n'eut pas de peine à reconnaître que ces propositions tendaient évidemment à introduire dans Tétat une autorité rivale de la puissance royale ; il éluda avec adresse les propositrons de rassemblée. Mais un trait de véritable habileté , dans la circonstance , fut le parti qu'il prit de se déclarer le chef de la Ligue. On a prétendu que par cette détermination , il faisait descendre le souverain du trône jusqu'au pavois d'un chef de parti , et s'exposait à être sacrifié comme tel. Ce raisonnement est juste ; mais il valait encore mieux masquer ainsi son autorité, que de se la voir arracher de vive force. Ce qui ne tarda pointa prouver que l'expédient était bon, au moins pour le moment , c'est que les Guisards furent déconcertés par ce coup d'état machiavélique. Alors , ne pouvant plus embarrasser le roi autrement, ils le pressèrent de déclarer la guerre aux huguenots , espérant de la sorte rendre impossible tout recours de ce prince à eux , si la Ligue trouvait plus tard l'occasion d'arborer ouvertement l'étendard de la révolte. Henri répondit cpie , par suite des démarches pacifiques faites auprès des huguenots pour ramener à lui son frère d' Alençon , il ne pouvait entrer en campagne contre ces religionnaires sans, au préalable , connaître l'intention actuelle des princes et seigneurs calvinistes : peutêtre , ajouta Henri HI pour mieux enlacer les ligueurs, ces hérétiques sont-ils disposés à rentrer dans le giron de l'église ; nous leur devons une sommation. Les cathpliques goûtèrent peu cette proposition ; mais elle fiit admise par la majorité de l'assemblée , et celle-ci décida qu'une députation tirée de son sein serait envoyée au roi de Navarre , au prince de Condé et au maréchal de Damville, chefs de l'armée protestante. Le futur Henri FV, qui , peut-être , regrettait les plaisirs faciles et sans frein de la cour , eut alors accédé volontiers à un arrangement, sans s'inquiéter

ET DE SON TERRITOIRE. i85

beaucoup des garanties; maisCondé etDamville, plus graves, plus réfléchis que le jeune monarque béarnais , répondirent aux députés : « Nous ne demandons que la paix ; qu'on nous tienne » les paroles données et tout sera tranquille. Au reste , nous ne » connaissons point vos états , et nous protestons contre toutes » les résolutions qui s'y prendront à notre préjudice. »

Les catholiques fougueux virent dans cette déclaration un motif suflBçant d'hostilités immédiates. « Je consens à la guerre , » dit Henri in ; donnez-moi de Pargent, et demain j'entre en cam- » pagne. » A cette demande, les plus exaltés sentirent refroidir leur fougue belliqueuse. D ne faut pas perdre de vue que c'était surtout dans le tiers-état que Guise comptait le plus de partisans; or, sur cette classe allait peser , en cas de guerre, le fardeau des impôts Les états se séparèrent le 2 mars 1577 , sans

avoir pris aucune détermination fixe, et sans que le roi eut fait connaître clairement à quel parti il s'arrêtait.

Le seul résultat de l'assemblée de 1 576 fut que le roi s'y étant déclaré le chef de la ligue, Guise se trouva momentanément déçu ; ses partisans se voyant trop faibles encore pour essayer unerupture ouverte avec la monarchie.

Après la séparation des états , Blois retomba dans l'espèce de somnolence qui était la situation habituelle des villes de cour , lorsque ces brillantes cohues les avaient quittées. Et même durant la tenue de l'assemblée , à part une circulation incessante de seigneurs , d'ecclésiastiques , de pages et d'hommes d'armes dans ses rues étroites et montueuses , la vieille cité était restée bien étrangère aux débats qui s'agitaient dans son château : débats où l'on n'avait vu figurer aucune notabilité blésoise. Le soir , tandis que des intrigues s'ourdissaient au sommet du coteau ; tandis qu'oublieux des dangers qui l'environnaient , le souverain se livrait à des plaisirs impurs mêlés de pratiques dévotes*;

* On peut se faire une idée des licences auxquelles les daines de la cour d'Henri m se prêtaient , lorsqu'on lit , dans les Mémoires du temps , qu'à certain

{86 stsvmmE ds blois

enfin, tandis qu'on jouait avec' fureur dans ses apparteraeots, et qu'un mot équivoque amenait souvent des rixes sanglantes, le couvre-feu au tintement impérieux plongeaîÉ la vifts dans l'obscurité ; et le bout^ois devait s'endormir au bruit des vaiets ivres qui eirculaient ou des rapières qui se croisaient.

Nous parlions tout-à4'heur6 des appel!s> en oombaft ângfdier, qu'unie parolâ hasardée mi j«u pouvak déterminer : u» ocanbat de ce genre eut lieu pendâml la durée des élats de I57d. Le sieur de SaiDWSul{nee ayant apfwlé' le vicomte de Tours vUain et le desàaignamt aimme tel ^ le seigneur ouAragé provoqua l'axitre. Bs se rendire&t pour se battre dans la cour extérieure da €iiâtea[U , suivis d'un seul laquais portant une tordre.». Arrivé sur le lieu du combat , Saint-Sulpice renvoya cet bonme ^ qui était à Ini j et les deux gentilshommes se baitirent àèx& Fobscurité. La htte fiit courte : après quelques estocades , Samit-âulpke, frappé mortellement , tomba en s'écriant : je suis mort. A ce cri, le vaJel, €{ui s'était peu Soigné,» reyienA sur ses pa6 , saisit l'épée de son maître , et en assène un coup sur la tête du vioovate , cfui pourtant parvi^at à s'éloigner. Les beaux jours de la dkevaterîe étaient loin à cette époque où les duellistes se qualifiaient pour^ tant de raffinés d^hsmeur : au xiv/ i^ède , un valet qui, même pour venger son maître^ eut frappé le moindre gei^àtre ,- aurait péri au gibet. Henri IH ne fit pas même rechercher celui-ci : Saint-Sulpice avait été un de ses mignons ; trois jovrs (birajtt , ce prince le pleura , sans avoir quitté un seul instant sa chanûirei

Ce fut aussi pendant ta durée des états de 457^577^ que les premiers acteurs italiens appdés en France jouèrent à Blois en présence de la cour. Ces bouffes , appelés getosi , donnèrent leurs représentations dans la salle même de» états ; le roi leur avait permis de percevoir un dem^teston par place. Henri III , dît

banquet donné par Catherine de Médicis au roi son flls et à ses courtisans . « les » plus bettes et honnêtes de lar cour, étant à mottié wma et ayant leurs cheveux » émrs, faieaft eflipioTée» à fibre k ser^ce* »

ET V& SON TEtturroiRE. 187

L^toile 7 assistait à cesreprésentatioiis, « babillé en femme, on» » YraBt son pourpoint, découvrant sa gorge, et portant un )) collier (Je perles et trois collets à fraises , ainsi que les portaient » les dam^ de la cour. 9 Ceci se passait an mois de février 4 577 ; oonséquemment les députés aux états pouvaient être témoins de cette dégénérescence inooie de la dignité souveraine»

Dans Fei^paee de temps qui s^écouk eDftre leê premiers et les seconds états de Kois, cette ville ne fut le Ibéàtred'ancim évé*nement digne de rhistoire : la vie politique, qui anime, qui agite quelqifêfois les populations, y somm^elllait; 0I la noblesse r&âdente, seule peut-^re , s Y [occupait des aflE»ires générales, dont la trame échappait alors au peuple dés qu'A cessait d ^ être intéressé. Uorage des partis grondait; mais il grondait au Imn, et l'on devisait de ses ravages dans le Blésois , comme s'ils eussent sévi sur un autre continent. Enfin , ils se rapprochèrent, ils tonnèrent au-dessus de BkÂs en 1588 : nous disons athctesêtts, et c'est le motoMivcnable; car à peine vit-on la viBe s'émouvoir des terribles p^ipéties qui s'accomplirent au diAteau vers la fin de cette année.

Les états étaient convoqués pour le 1 5 sepiemlM^ ,• le roi , qui avait quitté Paris en fugitif dès le 43 mai, arriva à Kois après avoir fait un séjour bref et tourmenté dans chacune des villes de CSiartres , Vemon et Rouen. Poussé par une fatalité malheureuse, il venait de congédier , sans aucune raison apparente , le chancelier de Ghevemy, ce sage et vertueux Blésois, dont la longue expérience eut pu le servir dans la crise imminente qui se préparait. Jamais cependant Henri III n'avait eu plus besoin d'être éclairé : il marchait sur le bord d'un prédpice, et n'ignorait pas que Guise se disposait à l'y pousser. Depuis que les états étaient convoqués, ce prince lorrain travaillait à faire envoyer à l'assemblée des hommes qui lui fussent dévoués : son succès , dans cette voie de corruption, était tel, qu'il pouvait compteur presque autant de partisans qu'il devait y avoir de députés présents aux états. D'un autre côté, des villes, des provinces en-

tières lui étaient dévouées : d'un mot il eut soulevé Paris , la Brie, la Picardie, TOrléanais, la Normandie, la Bourgogne, le Soissonnais , tout le pays qui environne la capitale.

Les états furent ouverts le 1 6 septembre : on y comptait cent quatre-vingts députés de la noblesse, autant du clergé, autant du tiers-état , plus un. On peut juger , par cette proportion , comment les intérêts des classes moyennes et inférieures étaient soutenus. Le régime constitutionnel a-tril produit une représentation mieux constituée? C'est une question qu'il ne nous appartient point de résoudre. Ce fut le prince lorrain qui , en sa qualité de grandmaître de la maison du roi , ouvrit la séance. « Les députés étant » entrés et la porte fermée, dit Phistorien Mathieu, le duc de » Guise , assis dans sa chaire , habillé d'un habit de satin Wanc , » la cape retroussée à la bizarre , perçant de ses yeux toute l'é- » paisseur de l'assemblée , pour reconnaître et distinguer tous^ » ses serviteurs , et d'un seul coup les fortifier en l'espérance d(^ » l'avancement de ses desseins , de sa fortune et de sa grandeur , » et leur dire, sans parler, je vous vois; se leva, et après avoir • » fait une révérence , suivi de deux cents gentilshommes et capi- » taînes des gardes , alla quérir le roi ; lequel entra plein de ma- » jesté*, » portant au cou l'ordre du Saint-Esprit qu'il avait fondé en 1579.

De Thou a dit de cette assemblée ce qu'on pourrait dire de toutes : on y fit beaucoup de propositions , qui furent discutées avec chaleur ; mais on finit par se rapprocher et s'entendre sur un terrain où la conscience chancelle perpétuellement , le domaine de l'intérêt particulier. Il n'y eut rien de statué , si ce n'esl que Védit de VUnion fut déclaré loi fondamentale du royaume. Guise n'en demandait pas davantage : cette loi trempait fortement l'arme déjà si terrible qu'il avait à la main .

Après avoir abandonné tant de pouvoir à VUnion ^ il ne fallait pas mécontenter celui qui en était le véritable chef. Or , Henri III

* Matthieu iUyTeyUL

HUtoire de BloU. < ^^ «•»« ^' <î»'»« '' '* '""*'=•'■• d'A"™oDt. ) ^ ^^^^^^ ^^.,^^^

ET DE SON TERHITOIRE. i89

commit cette imprudence en donnant à d'autre que le duc de Guise , le commandement des armées , dont il était le généralissime. Ce prince exprima un jour son mécontentement au maréchal d' Aumont , le conjurant de le faire élire connétable par les états , afin d'être à même , lui dit-il , de défendre la religion , contre le roi lui-même , s'il le fallait. Guise , en récompense d'un appui si vivement sollicité , promit au maréchal le gouvernement de la Normandie ; mais le grand-oflScier de la couronne demeura froid à cette proposition. Le duc, qui crut voir dans cette froideur la crainte d'une déception, se découvrit le bras jusqu'au coude ; et posant la pointe de sa dague sur ce bras nu , il ofiTrit de signer de son sang la promesse qu'il faisait. D'Aumont s'excusa avec politesse et courut informer le roi.

Quelques jours après cet entretien, Guise demanda des gardes, qu'il devait avoir, disait-il , en qualité de généralissime; Henri III refusa, et à ce refus il joignit celui de laisser Orléans à VUnion.

comme place de sûreté « N'importe , s'écria le duc, je saurai

» bien la retenir malgré lui. »

Dès-lors , on put prévoir que le chef de la ligue marcherait résolument à son but , et ce but , depuis la mort du duc d'Alençon , n'était autre que le trône lui-même. Henri HI ne pouvait plus ignorer les projets audacieux de son rival : celui-ci , dailleurs , ne prenait nullement le soin de les cacher. Logé au château, il y était entouré d'une foule de serviteurs et d'amis, formant une cour plus nombreuse que celle du monarque ; Henri de Guise paraissait plus roi qu'Henri de Valois. Bientôt le flot des courtisans, qui jusqu'alors s'était porté près du souverain, se dirigea presque entièrement des appartements royaux vers ceux du puissant ligueur : on se pressa dans ceux-ci ; les autres restèrent déserts. Enfin , le roi de France n'avait plus sur l'ambitieux qu'on nommait hautement le roi de Paris, que le triste avantage d'une couronne sans éclat. Chaque jour , Guise expédiait des courriers, tandis que Valois , dont la cassette était vide , ne pouvait envoyer ses dépêches aux gouverneurs des provinces , aux comman-

dants des arméœ. Dans l'assemblée dâibérante., le duc influençait toutes les opinions, dirigeait à son gré tous les votes; et si Henri lU , dans ses luttes malheureuses avec les députés , s'avilissait juscpi'à invoquer le crédit de son lieutenant^énéral, Guise répondait froidement qu'il était sans pouvoir.

Dans les entretiens des Guisards entre eux ^ on parlait du roi comme d'une puissance tombée; la duchesse de Montpensi^ , so^ des Guise, vouant le monarque à la vie monastique, ne raïqxelaît que frère Henri de Valois ; et montrant de petits cise^ix d'or qu'elle portait à son côté , elle ajoutait en riant : « C'est pour » £aire la couronne monacale à Henri, quand il sera confiné dans » un monastère... « A cette extrémité, Henri HI pensa qu'il n'y avait plus à transiger avec son ennemi.... Sa mort fiit résolue. Fixé dans ce funeste dessein, Henri UI te dissimula avec autant d'habileté que de perfidie; sa mère avait en lui un digne élève. Le roi sembla plus que jamais persister dans son inertie, et parut chercher, au scindes pratiques d'une dévotion minutieuse, quelques consolations à ses chagrins. On vit un jour arriver au château des moines de divers ordres ; il les logea au-dessus de ses appartements , dans un vaste grenier distribué en cellules qui, dès4ors , étaient destinées à recevoir les soldats.

Cependant , pour accomplir le meurtre qu'il méditait, Henri HI devait nécessairement s'en ouvrir à quelqu'un : il lui follait des complices , ou , si l'on veut , des instruments. Or, il choisit pour c^te terrible communication une soirée durant laquelle on célébrait le mariage de Christine de Lorraine avec Ferdinand de Médicis. On était en décembre; toute la cour, livrée aux joyeuses préoccupations du bal , ne vit pas disparaître le maréchal d' Aumont, et les sieurs de Rambouillet et Beau vais deNangis, cpe le roi avait appelés dans son cabinet. Valois exposa devant ce petit comité les dangers qu'il prévoyait devoir résulter de l'omnipotence du Balafré; mais il n'osa pas, au premier moment, communiquer la résolution qu'il avait prise pour se soustraire au péril qui le menaçait. On convint unanimement qfue les craintes

ET WB son TEaUUTOmE. 191

du maoarqae étakmt fondées ; iouiefais il ne rencontra pas la même unanimijté quant aux joiesuras à prendre daBS cette oc^ curreBce. La diversité des avis déAermioa le roi à s'entourer d'un plus grand nombre de oons^ilers : il fit venir immédiate^ menit Louis d'Ârgenneset le cdonei Âl^onse Corse. La discussion ayant été reprise «a présence de ces deux gentilshommes, eUe lut longue et vive. Le maréchal d' Aumont proposait de faire juger le duc de <jutse ; niais ce moyen pannt illusoire , parce qu'ocà pensa que ]a oofnimssi<»n ipaelooeque qai serait chargée d'inu tel procès, n'oseradt prononcer une <Minâamiiatîon contre la puissance qu'il s'arasait d'abattre. On ne vit donc de réussite possible que daos mi oomp décisif, instantané , eit qui portât la lierreur panni les partisans du redoutable Lorrain. €e parti fut adopté ; on dédida en ^utre qu'on s'assurerait du cardinal de (juise, du prinoe de JojinviUe et des ducs de Nemours et d'Ëlbeuf , aii»fii que du vieux loardiual de Bourbon.

Il demeura bien ccmveoiu qu'afin de frapper :sàreBaent , on friperait dans l'ombi^, toute attaque à force ouverte parais^ sanX hasardeuse ) pour ne pas dire impossilde. A la cour, comme dans les états. Guise comptait plus de créatures qu'Henri lil ; ei les habitants ide Bbis , intimidés par les nombreux ligueurs assemblés dans leurs murs , peu aSdctiociiiés d'ailleurs pour un souversân dont ils avaient pu juger la scandalev^e immoradité , ne lui eussent pas prêté le moindre secours. Ms se tenaient calmes, résidaient étrangers aux éébais agités au dià^eau, et résignés à subir la conséquence des évéï^ements, qui, du reste, ne pouvaient leur caus^ plus de dommage que les perpétuelles fluctuations d'un gouvernement sioks force comme sans vertu.

De son c6té, le Balafré, quoique sans défiance, au moins quant au péril de sa vie , ne laissait pas cependant de prendre quelques précautions : il marchait to^^ours environné d'une double haie de gentilshommes dévoués, tout en disant d'Henri III , qu'il ne le croyait pas capaUe d'une résolution énergique. « Et

pour ce qui est de Calherine , ajoutait le Lorrain , la vieille tigresse a perdu ses griffes de la Saint-Barthélémy. »

Pour Texécution secrète du funeste projet arrêté dans le conciliabule, le roi jeta d'abord les yeux sur Grillon, colonel de son régiment des gardes , et ennemi déclaré de Guise ; mais ce brave officier rejeta avec indignation la mission d'assassin qu'on osait lui proposer : a Sire , répondit-il , je suis bon serviteur de » votre majesté; qu'elle m'ordonne de me couper la gorge avec » le duc de Guise , je suis prêt à obéir ; mais que je serve de » bourreau et d'assassin , c'est ce qui ne convient ni à un soldat » ni à un gentilhomme. » Henri répliqua froidement : C'est » bien , monsieur ; je vous demande seulement le secret. — « Sur mon salut, sire, réplio[ua vivement le colonel , ma ra- » pière même ne saura pas ce que votre majesté m'a confié. )) Alors le roi s'adressa à Loignac , premier gentilhomme de sa chambre qui, contrairement à Grillon,* ne se croyant bon serviteur du souverain qu'en se piquant d'une obéissance passive , accepta , sans hésiter , cette tâche d'assassin contre laquelle le chef des gardes s'était révolté. Le jour du meurtre , que Valois appelait le jour de la vengeance^ fut fixé au 23 décembre.

Et lorsque cette atroce détermination fut prise , il s'était à peine écoulé une semaine depuis que le roi avait juré à son cousin de Guise sincère réconciliation et entière oubliance de toutes querelles et simtUtés passées. Les deux Henri avaient reçu , l'un près de l'autre, la sainte communion, des mains d'un légat du pape : l'exemple de Jean-sans-Peur , duc de Bourgogne , et de Louis d'Orléans , avait profité au monarque et au chef des ligueurs. Enfin , lorsque le prince Lorrain avait demandé une garde d'archers , le roi , tout en refusant , s'était répandu en protestations d'attachement adressées à son beau cousin.

Guise ne pouvait être dupe des perfidies d'un élève de Gatherine de Médicis; et cependant il persistait dans les menées audacieuses qui augmentaient chaque jour la colère du roi. Vainement lui représentait-on qu'il devait songer à sa femme , à

ses enfants, encore en bas-âge , il répondait avec stoïcité: « Abandonné dans un âge encore plus tendre , d'un père qu'un » coup porté de la main perfide des hérétiques venait de ni'en- » lever ; resté avec mon frère en butte à tous les traits des en- )) nemis de ma maison , ai-je cessé , pour cela , de m'élever , » de rassembler les débris de la fortune d'un père si grand et » même de le venger? Je remets à Dieu, qui m'a protégé jus- » qu'à présent, le soin de conserver mes enfants; mais je ne » les ai pas mis au monde pour qu'ils troublent mes projets. » Si la mort m'enlève avant qu'ils aient atteint un âge mûr , )) qu'ils se fassent eux-mêmes leur fortune , comme je me suis » fait la mienne, et que par leur conduite , ils se montrent les » dignes héritiers de ceux qui leur ont donné le jour. )i

Tandis que les avis prudents étaient ainsi repoussés par le duc de Guise , il écoutait avec avidité les conseils qui tendaient à l'affermir dans sa marche hardie vers le pouvoir suprême. Cependant ses amis persistaient à lui donner l'éveil sur les périls dont il était environné : un jour , en se mettant à table , il trouva sous sa serviette un petit papier roulé ; il le déroula nonchalamment et lut ces mots : « Donnez-vous de garde , on est » sur le point de vous jouer un mauvais tour. » Guise, souriant avec dédain , écrivit au-dessous de cet avertissement : On n'oserait; puis il jeta le billet sous la table. Ceci se passait la veille de son assassinat.

Le même jour , les partisans du prince lorrain Payant prié d'assister à un conseil secret, le conjurèrent de quitter Blois.... (T Non , par te sang du Christ, s'écria-t-il , quand je verrais la » mort entrer par la fenêtre , je n'ouvrirais pas cette porte pour » lui échapper. » Telle était sdors la dégénérescence des beaux sentiments de la chevalerie , qu'il n'en restait plus qu'un vain mépris de la mort : faste pompeux de l'ame , sans noblesse , comme sans utilité.

£t pendant qu'Henri de Guise secouait ainsi follement le joug de la crainte, Henri III, aux approches de Noël, se livrait à ces

i94 HIBTOtBX ms BLOn

austérités , à caes bigc^es momeries <çoà forumeoi un si étrange contraste avec le scandale de sa vie dissolue. Enfin , ie S2 au soir, \e roi annonça qu'il voulait le lendemain se r^idre enpéleritfâge à Notre-Oame-de-Cléry, et qu'avant son départ, ildéaralt tenir «oi»i»eil à six heures du matin , afin d'expédier cpieiques affaires pressantes ^ et pouvoir se livrer ensnite, pendant

le reste de ia semaine , xiu^r dewdrs de mire sainte reiigi<m

Les affaires pressantes , c'était un meurtre! et eelut qiû l'ordonnait osait parier de prière !

Gqjendant Loignac , qui avait accepté la mission d'assassin , s'adjoignit , avec la permission du roi ^ le nommé LarckuA , i'nn des capitaines des gardes : Loignac était Vdme du complot; Larchant en devait être le bras. Après avoir i^çu les dernières instructions du rot, il fit sortir secrètement les moines des ^Uufes qu'ils ooeupaient dans les combles du diàteau , et y fit <sacfaer , avec non nmns de mystère , les gardes ordinaires appelés les qmraaUe-cmq. Tandis que ees dispositions s'accompiissaient , Henri III , en se retirant dac^ son appartement, recommandait à Dn Halde, son valet de diambre, d'avoir soin de l'éveiUer à (piatre heures ;«t ootte recommandatéon, surgissant d'une pensée sauvante , fut faite d'un accenA aussi cdme que s'il se fût agi d'une partie de ebasse. £n efiet , quatre beures sonnant , DuHalde heurta à la porte de l'appartement royal. Louise de Pidaas, première femme de chambre, demanda qui frappait*... « Dites y> au roi qu'il est quative beunes, » répondit le ponctuel serviteur.

Henri 01 se lèvte alors , avec le même calme qu'il avait montré la veille ; demande ses bottines , son bougeoir , et se rend à son cabinet. Déjà Du Hakle et Betlegarde s'y trouvent. Bientôt Loi-

* Au sein de la vie la plus déréglée , les grands , au moyeu-âge , respectaient encore quelques usages des époques patriarcales : ainsi , Henrt III tpii , de raflle façons, avait violé la saioleté du lien coBjugai , liabiUit met la reloeH, comme un homme que rien a*eut disirait de ses devoirs û'épmx.

ET DE SOK TBatlTOlRE. 1^

gaac arrive avec oeuf gardes , qu'il a fait desoendre à bas bmà; des combles où se tiennent les cpiaranie-ciQq Là , dans la demiobscurité que laisse régù^ un seul flambeau de «ire blanche , ces soldais apprenneot ce que l'on attend d'eux , et reçoivent la promesse de grandes récompenses... Éblouis par le reflet loi»* tain de ces richesses, ils jurent qu'ils sont prêts k £aire tout ee qu'on attend d'eux.*. Henri lui-même les aposte dans sa chambre à coudier^ avec recommandation à Thuissi^ Nambu de n'y laisser pénétrer personne , et défense d'en laisser sortir ceux qui s'y trouvent.

£n donnant tous ces soins aux préparatifs d*un mme , Henri de Valois s'était montré constamment impassible : pas un soupir n'avait annoncé en lui la nunndre émotion. Rentré dans son cabinet, il fait parvenir au maréchal d'Aumont Tordre d'ouvrir le conseil; tandis queBellegarde, qui vient d'amener deux chapelains dans l'oratoire , leur recommande de prier Dieu qu'il daigne favoriser une expédition entreprise pour le repos du royaume.

Le temps , dit le mémorialiste Paquier , était triste et sombre ; «ne pluie froide tombait par torrents lorsque , vers huit heures du matin ^ ledncdeOuise se rendit au conseil. « Le ciel, ajoute » le même écrii^in, semUait pleurer les malheurs qui allaient 9 advenir, d A cette époque , la galanterie se mêlait à toutes les c(mspiratiens : on a vu que Catherine <le Médicis avait long« temps exploité , comme moyen de séduction, les charmes des femmes qui Tenvironnaient , et peu défendu les siens même contre les incitations de sa politique. Ces tendres et spéculatives préoccupations militaient encore pour ou contre Guise ; et parmi les auxiliaires de ce prince , se trouvait la belle marquise de Noirmouiiers, alors catholique fervente, quoiqu'dle eût été naguère quelque peu hérétique, de par l'amour, avec Henri de Navarre. Le Balafré venait de passer la nuit avec cette dame , qui , vers trois heures du matin , ne l'avait laissé s'éloigner qu'en lui recommandant de veiller à sa sûreté. Guise , en rèn-

trant chez lui, s'était couché, et ses valets de chambre ne Ta valent pas éveillé sans peine à huit heures.

La compagnie de Larchant était réunie au bas du grand escalier quand le duc y arriva; surpris de cette disposition, il en demanda le motif. Alors le capitaine s'avança tète nue près du prince , lui remit une requête tendant à faire payer à ses gardes leur solde arriérée , et sollicita la permission d'attendre en ce lieu la décision du roi à ce sujet. Ce prétexte était maladroit : la présence en armes d'une compagnie entière pour un tel objet , devait faire naître le soupçon dans l'esprit du Lorrain ; la fatalité voulut qu'il n'en fût point ainsi : Guise passa sans défiance , après avoir promis son appui pour la demande exposée par le capitaine. Soudain celui-ci dispose ses gardes sur les escaliers mêmes ; puis il en envoie vingt à la montée du vieux cabinet , sous les ordres de l'exempt Montcler. En ce moment , Grillon fait fermer toutes les portes du château.

Lorsque le duc entra dans la salle du conseil , il y trouva déjà réunis les cardinaux de Guise et de Vendôme ; les maréchaux d'Aumont et de Retz; le sieur de Rambouillet; MM. de Marillac et de Pétremol , maîtres des requêtes ; Marcel , intendant des finances , et Fontenay , trésorier de l'épargne ; l'archevêque de Lyon , Pierre d'Espinac, arriva presque aussitôt.

Cependant Guise , qui s'était plaint du froid en entrant , se plaça près du feu. Il était pâle , réfléchi et se sentait près de dé- . failUr. Fut-il frappé en cet instant d'un de ces pressentiments funestes qui traversent quelquefois la pensée de ceux dont rheure suprême approche ; ou subissait-il seulement la conséquence des excès auxquels il s'était livré durant la nuit? Toujours est-il certain que ce prince , d'une voix affaiblie , demanda un confortatif. M. de Saint-Priest , premier valet de chambre du roi , lui apporta des prunes de Rrignoles confites. Mais à peine avait-il goûté de ce fruit , lorsque le nommé Revol ouvrit la porte et lui dit que le roi l'attendait dans son vieux cabinet. Le

duc, se levant alors, mit quelques prunes dans son drageoir, et jetant les autres sur la table , il dit en riant : « Messieurs à qui en veut. » Puis , saluant l'assemblée , il releva son manteau avec grâce, rapportent les chroniqueurs du temps , et se dirigea vers la chambre du roi. La porte fut aussitôt fermée derrière lui.

Dans la pièce qui précédait lé cabinet , Guise se trouva , avec quelque surprise, au milieu des quarante-cinq, dont la présence en ce lieu lui parut inusitée. Il salua ces hommes en traversant leur groupe et s'avança vers le cabinet, dont il hésitait toutefois à lever la portière , lorsque le nommé Montsery , le saisissant par le bras, lui porta à la gorge un coup de poignard

« Mes amis, mes amis, trahison! » s'écrie le prince, dont le sang coule à flots. Des amis ! hélas l il n'en a pas à- ses côtés ; il ne s'y trouve que des assassins. Frappé simultanément par des Efirenats, Sainte-Malines et d'autres meurtriers, le duc éprouve néanmoins , durant quelques instants , cette excitation du désespoir qui double la vigueur de l'homme; il renverse un des gardes d'un coup du drageoir qu'il tient à la main, et entraîne les autres , qui se cramponnent à lui. Un instant , il parvient à les écarter et court en chancelant jusqu'au bout de la chambre

du roi Mais là , les bras tendus, la bouche ouverte , les yeux

éteints, il tombe au pied du lit , en s'éciant : Mon Dieu! miséricorde! Ce furent ses dernières paroles.

Alors Henri III sort de son cabinet, s'avance vers le cadavre, le contemple froidement , ordonne de s'assurer des papiers qu'il peut avoir sur lui , et rentre dans la pièce dont il vient de sortir.

On trouva dans la poche du Balafré une note ainsi conçue : « Pour faire la guerre civile en France , il faut cent mille écus » par mois. » Au moment de cette recherche , Gûise poussa un long et bruyant soupir , qui fit relever brusquement et pâlir les investigateurs : c'était le dernier effort d'une vie puissante.

198 BlSTOiRB DR BLOIS

Après celle 8iq>réme oonvuiaoa^ le corps demeura raide et inaniiBé. Oajeta dessus un tapis; puis il fut tratoé dans une garde-robe.

Cependant le bruit tuinultueux causé par le meurtre avait été enlendu de la salle du conseil. Le cardinal de Guise et Tarchevêque de Lyon veulent s'élancer vers la chambre du rÎÀ; le maréchal d'AuiiMHit , se levant alors de son siège , tire son épée et dit aux deojL prélals : c Ne bougea ^ messieurs , le roi a » a&ire à vous^... — On tue mon irère» répond le cardinal » avec le cri du âéseiq)oir.... » Un gesie impérieux du maréchal est s<m unique répartie , et la porte est barricadée. La France est perdue J s'écrie en ce moment le maréchal de Beti, d'un accent solocmel , empreint de la prévision des suite» d'une m horrible catastrophe.

En efitet y le roi avait affaire au cardinal de Gutse et à Tardkevéque de Lyon : on les arrête dans la journée y au nom du roi y ain» que la mère d'Henri de Gruise, ses eafeints^ ses phis prodMS parents, ses principaux partisans et le vieux carc&aai de Bourbon. Tandis que ce coup de main bardi s'exécute , sans la ntôindre rédam^ion d^ états ^ qumque V(m fouille brutalement toutes les maisons où les députés sont logés ^ le roi descend chez sa mère, alors retaiiue au lit par la gotftte... a Voilà, » mon fils, un grand cocqp , d dit-elle en apprenant le premier crime de ses enfants aoqudl sa volonté n'ait pas participé ; a mais en avezr-vous prévu les suites? — Oh I que oui , madame, » réponditlemonarquej'ai pourvu à tout. — C'est bien coupé, » reprit la retne avec son sinistre sourire; il faut coudrê à » présent. »

Après cette entrevue , Henri lU se montra au peii^ple^ qui

resta muet et sombre à sa vue L'indignation était au caatr

h\e ; mais une terreur secrète glaçait les esprits. Le roi eut, dans cette même journée, une loi^ue conférence avec le cardir nal Morosini, légat du pape , qui , sans se prononcer ni pour m contre le terrible coup d'état qui s'accomplissait , se contenta

ET IML SCfN TERRITOIKE. 199

d^exhorter le monarqt» à so!rtemr la religion. Henri , se croyant ainsi autorisé à terminer, à la gloire de Dieu, l'altentat commencé , ordonna de massacrer le cardinal de Guise , prélat turbulent , emp(wté , que Ton regardait comme aussi dangereux que son frère. Mais les qucerante^nq , assassins du Balafré , reftïsèrent de tremper leurs mains dans le sang d'un prêtre. Ce furent quatre soldats des gardes qui , moyennaiit quatre cents éciis » se chargèrent de ce meurtre. On sépara d'abord le cardinal de Farcbevêque de Lyon , avec lequel il avait été enfermé ; ils venaient de passer en prières loute cette lugubre journée du 23 décembre. On les trouva encore prosternés quand on entra dans leur prison. L'un et Fautre se croyaiemi voués à la mort ; l'un d'eux se trompait : ce n'était pas le cardinal de Guise. On lui dédara bientôt qu'il n'avait pk» que quelques Instants à vivre. H entendît sans se troubler ce terrible avis^ se mit à genoux , recommanda son ame à Keu ; puis , couvrant sa tête d'un pan de sa robe , tl dit d'une voix ferme aux assassins : « Faites votre commission. » A l'instant , vingt coiçô de hallebarde lui sont portés ,' il expire en disant : « Seigneur , je » suis à vous. »

Les deux Guise'morts , le roi les craignait encore ; on mit leurs corps tout habillés dans la chaux vive , do peur que les Guisards n'en fissent des reliques.

Henri, disait-îl, avait pourvu à tout; cela était si peu vrai qu'il ne sut pas même profiter de son crime, qui devait , avec plus d'énergie de sa part, restaurer sa pm'ssance expirante. Il ne sut pas prendre le moindre ascendant sur les états ; il ne leur fit aucune proposition importante; )' assemblée se termina par de longues et verbeuses harangues , qui ne pouvaient aider la couronne à sortir des embarras inextricables où elle était engagée : embarras auxquels allait s'ajouter l'indignation publique. L'effort de résolution qu'Henri III venait de foire en abattant une tête redoutable , avait suffi pour épuiser son courage : il retomba bientôt dans sa langueur, dans scm apathie ordi-

naire; il ne parut avoir été roi un instant que pour acquérir la réputation d'un tyran sanguinaire*.

« La reine-mère ne vit pas les sinistres événements qui se succédèrent avec rapidité après le drame sanglant de Blois : frappée des reproches du vieux cardinal de Bourbon, qui Faccusa d'avoir amené ses neveux et lui à la boucherie , cette princesse fut saisie d'une sombre terreur , au sein de laquelle se reproduisirent à ses yeux , dans une lugubre fantasmagorie , les victimes qu'elle avait elle-même sacrifiées ; les portes de l'enfer s'ouvrirent devant son imagination troublée. Dans le redoublement d'une fièvre ardente, elle eut la terrible prévision des châtiments qui lui étaient réservés.... Elle expira au milieu de ces terreurs , comme avait expiré Charles IX , son fils et son élève dans l'art des perfidies , dans l'exercice des vengeances, homicides. Catherine mourut le 5 janvier 4589 , dix jours avant la clôture des états si tristement célébrés en 4588**. »

Les chemins du sépulcre royal étaient fermés par la guerre civile : la mère d'Henri III ne put être transportée immédiatement à Saint-Denis ; on la déposa, maladroitement embaumée , dans l'église de Saint-Sauveur à Flois. Mais bientôt la décomposition du corps ne permit plus de le conserver ; il fallut l'enterrer en pleine terre dans Téglise, où cette dépouille mortelle demeura long-temps dans le plus profond oubli. Les acteurs de la grande scène du monde , comme les autres , meurent souvent tout entiers dès qu'ils sont descendus de leur théâtre.

Selon les dernières volontés de la reine-mère , ses entrailles

* M. de Chateaubriand a consacré une page sublime aux états de Blois et de leur sanglante catastrophe : page aussi bien pensée qu'admirablement écrite.

Depuis lors , M. Vitet a traité le même sujet en romancier , mais avec tout le charme de la poésie. Sous l'empire , M. Renouard , auteur de la belle tragédie des Templiers^ avait fait représenter à Saint-CIoud, devant Napoléon , une tragédie des Etats de Blois , sur laquelle Tempereur porta un Jugement sévère , que le pur blic confirma.

*♦ La Loire historique , t. III, page 709.

furent inhumées dans Téglise de Saint- Saturnin du faubourg de Vienne , oii elle avait fondé l'entretien d'une lampe qui devait brûler à perpétuité. Sur des vitraux de cette église , que Catherine avait protégée, on voyait autrefois ses armes et cette devise , faisant allusion à la lampe que nous venons de mentionner : Ardorem eœtinctâ testantvr vivere flammâ.

Catherine de Médicis laissait pour huit cent mille écus de dettes ; Henri III, du trône de France , vit vendre à Tencan les meubles de sa mère, dont le prix ne put suflSre à payer ce qu'elle devait , sans qu'il fût au pouvoir du roi de combler le déficit. Mais dès -lors on ne &'étonnait plus de la banqueroute d'une monarchie.

Cependant Henri III tenait prisonniers dans son château de Blois le cardinal de Bourbon , le duc de Nemours , le jeune duc de Guise, l'archevêque de Lyon, le président de Neuilly, le prévôt des marchands Marteau , et quelques autres personnages moins marquants. Jusqu'alors Tunique résultat de sa victoire sanglante était d'avoir fait du monarque un geôlier , et même un geôlier inhabile , car le duc de Nemours parvint sans peine à s'échapper. Henri , furieux de cette évasion , fit arrêter la duchesse : déplorable vengeance qui , selon Brantôme , put avancer la mort du dernier des Valois qui aient régné en France. En se jetant dans le parti de l'Union , dont il n'avait pas su rester le chef, il s'était privé , sans être réconcilié avec les protestants, de l'appui que les papistes auraient pu lui prêter; et parla catastrophe de Blois , il venait de s'aliéner à jamais ces derniers. Il se trouvait donc isolé entre deut factions puissantes, sans moyens pour les combattre , et contraint de se livrer pieds et poings liés à l'une ou à l'autre. Henri ne savait que résoudre , lorsque le comte de Soissons vint le trouver à Blois , et lui conseilla de se rapprocher du roi de Navarre. Ce parti était en effet le plus sage ; Henri le comprit et se disposa à le prendre.

Le Navarrois occupait alors une partie de la Touraine, dont il pouvait sans peine prendre la capitale , si tel eût été son dessein.

20â HISTOIRE DE BLOIS

Henri de Valois partit pour Tours , traînant à sa suite les illustres prisonniers que nous avons nommés plus haut , et laissant dans la ville et dans le château de Biens une garnison suiRsante pour les défendre, au moins contre un premier coup de main. Les deux monarques se joignirent au château de Plessjs4es-Tours ; l'alliance qu'ils conclurent* pouvait sauver le trône des Valois, si Henri ne s'était pas fait des ennemis irréconciliables de certains seigneurs plus habiles que lui à remuer les masses , qui , dans tous les temps , donneront la victoire aux grands qu'elles serviront.

Dans l'été de i589 , les troupes calvinistes couvraient les deux rives de la Loire , à titre d'alliés de la couronne ; Henri de Navarre occupait le château de Biais , d'où il écrivait à la belle Gorisandre d'Audouin, sa maîtresse : « Je vous écris de Mois, » où , il y a cinq moès , on me condamnait comme hérétique et » indigne de succéder à la couronne, et j'en suis à ceste heure » le principal pilier. Si le roi use de diligence , comme je l'es- » père , nous verrons bientôt le clocher de Notre-Dame de » Paris. »

Henri UI revit en effet les tours de la vieille basilique ; mais il ne devait pas pénétrer victorieux dans son enceinte.

Durant l'un des s^ours de la cour à Blois, Catherine de Médicis y avait attiré des Capucins , qu'elle avait logés au jardin bas du château ; ils célébraient les ofi^es dans un pavillon de cette demeure royale. Ces religieux, qu'Henri lU et sa mère comblaient de b^nfaits , quittèrent Blois en 1 589 , sous prétexte de l'excommunication lancée contre le roi à l'occasion de l'assassinat du cardinal de Guise. Sa Sainteté avait vu sans cdère le massacre du duc, tout fervent catholique qu'il se fût montré; mais Sixte-Quint y ce pâtre élevé, au Saint-Siège par la pkis étrange fortune , n'avait d'entrailles que pour les puissances sacerdotales, et les souverains n'eurent jamais d'ennemi {dus

• Voyex £41 JLotVe historique, tome IV, «rtide PlfSêis^es^Tnirs.

acharné. Il enviait à Elisabeth , reine d'Angleterre , le supplice de Marie Stuart , et répétait souvent qu'il mourrait heureux s'il faisait condamner à mort une tête couronnée.

Les autres religieux de Blois ne se crurent pas obligés de quitter leurs maisons par respect pour les fureurs du souverain pontife : ils s'indignèrent d'une manière moins excentrique du meurtre sacrilège d'un prince de l'église. Nous soupçonnons même que si les Capucinseussent joui de l'existence splendide des autres communautés d'hommes établies dans la capitale du Blésois , ils ne se fussent pas montrés orthodoxes au point de l'abandonner.

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