‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculés jusqua̕ nos joursChapitre 21 sur 27 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Fin de la rëirolution. — li» përiodc nupolëoniei dans le Miimoim.

Les révolutions opèrent des métamorphoses aussi rapides qu'étranges : en vingtrquatre heures elles reconnaissent un crime dans la vertu de la veille, et le scélérat du jour qui luit sera l'homme vertueux du lendemain. De combien de témoignages , fournis par nos annales modernes, ne pourrions-nous pas appuyer cette assertion , non compris la réaction du 9 thermidor an in , dont nous avons à signaler les effets dans le Blésois.

Quel jugement porter sur Robespierre , ce Baal révolutionnaire qui tombait noyé dans les flots du sang qu'il avait répandu? On a dit de cet autre Scylla , ce Scylla à pied, comme on le nomma après sa chute , qu'il n'avait suivi aucun plan , ne sîétait pénétré d'aucune donnée nettement tracée; que loin de disposer de l'avenir , il était entraîné par lui et obéissait à une

impulsion qu'il ne pouvait ni suspendre, ni diriger. D'autre^ ont avancé que le chef du parti montagnard n'avait pour mobile que Famour de la destruction ; qu'il conspirait uniquement pour ruiner des prospérités et éteindre des existences. La première de ces opinions serait soutenue avec quelque probabilité, car au sein d'une effervescence politique^ ce qu'il y a de moins défini , c'est le but qu'on se propose. Quant à cette passion inqualifiable qui , sans cause , sans projet arrêté , eût multiplié les victimes , elle n'a pu être supposée que dans l'absence du plus infime raisonnement. Nul être sur la terre ne détruit pour le farouche plaisir de détruire, qui n'est lui-même qu'une chimère des esprits étroits. Le tigre âa désert déchire Thomme pour se défendre ou pour satisfaire sa voracité; le brigand assassine le voyageur pour s'emparer de son or; l'ambitieux frappe son concurrent pour se débarrasser d'une rivalité; l'amant devient meurtrier pour anéantir une rivalité plus cruelle encore à ses yeux. Bref, en explorant toutes les régions de la fureur on de la petTenké, <m ne rea6«n^« aotte p«rl la deaCriiel^on gratuite. Elle n'est pasàaB&laaaIvreil'iimour du sang ne peut naître que d'une anomalie intellectuelle , et Robespierre n'était pas fou. Lorsque ce despote disait, avec un atroce sourire, je régéaère la natkm , peutrélre laissai t-iis pénétrer plus avant qu'on ne Pa pensé da&s ses prc^etei; 8era»i-il donc » hasardeux d'an vancer que ce donmaieur s'efforçait d'user la réveluiioQ par la véloeilé meurtrière qu'il ifûprimait à sa marche. Or , (fuaiàd la révokAtioo eét été lurojée, daée&lie par les après ^irotteflieat^ de ses rénales , il n'eât res<ié à k nation qu'un seul i»oyea de salut : le rcSour aux vietile» insUiotions, Mais dans eeUe hypothèse, qiael éiait le chef (te^^la reslduratfoii que pouvait se proposer \s dktaCeor meatagnard? Bonaparte aiiticipé, Aobespèetre édifiait-il poar lai-mème , dans sa pensée, un trône lorraé d'éléments révolutionnaires; ou scnigealt-il à ressaisir , à rassembler les débris du Irène de Leuis XVI, au pied de cette Montagne eoBtre laquelle il s'étaii brisé / p&im y replacer un Bour-

ET DE SON TEBRITOtftE. 303

bon, qall se fàt flattd de gouverner à la manière des anciens maires du palais? C'est à ce dilemme (|a'une sage iudictaire doit s^arrèler , en admettant ks incertitndes , les tâtonnements d'ua système vaguemeikA arrêté y et to^i^oors heurté par le choe des partis dîrers.

Et si Ton examine mamtenant qu^ était ^ d'aa.boat à l'aiK tre de la république , le concours des agents de la Mûotagnei^ dans un état de cîoses aussi peu défini, on ne peut voir en eux que des instruments plus <m moins passifs... Traduit k la barre delà Convention, Foucpiier-Tinville s^éeriait : « L'Assemblée a » mis la terreur à r<»dre do jour; elle a proclamé Feitermina- 9 tien des rebelles; les comités me les envoyaient pour que je » remf^se les formalités du jugement; je n'ai fait qu'obéir à » vos ordres, citoyens représentants, et vous m'accusez... Le- » quel de vous m'a fait entei^e une partde de réprimsmde ? Le » sang déeoulait de la boucke de tous vos orateurs , et vos dén crets sorpassaient encore votre tribime... Sa je s«is coupable,, » vous Têtes tous , et j'accuse TAssemblée entière. Je n'ai été » que la baehe de la Convention... PanitH>n une hache? » Ce que Fouquier disait de lui ne doit-41 pas s'appliquer à cette multitude de séides cpii , par une fanatique conviction ou par crainte, obéissaient, en 93 et 94, au parti jacobin? Celui-ci avait aocusé et frappé presque toujours aveuglément ; la réaction thermidonenne ne se montra pas nn^ns avouée dans les punitions qu'elle infligea.

Tandis que l'accusateur public se défendait à la tribune eonventionnelle, de nouveau commœsaires , sortis du sein de V Assemblée, se rendaient dans les départements avec la mission d'incriminer les rigueiirs qu'euxL-mémes avaient autorisée!» , soit par tears votes conlirmatifs, so^t par la lâcheté de leur si* lence. Le premier représentant qui parut à Blois après le 9 thei^ midor lut Breval : il ne s'occupa guère que de faire exécuter la loi du maœinmmj et de hâter le départ des militaires pour rejoindre leurs corps. Le député Pordier , sénateur desteokps fu-

turs, arriva ensuite dans le département de Loir-et-Cher, où sa présence ne produisit aucune sensation. Il n'en fut pas ainsi durant la mission du citoyen Laurençot. Girondin amnistié après la chute du parti montagnard, il apporta à Blois cette animosité vindicative que les proscrits du 31 mai vouaient à leurs vainqueurs de cette époque. C'était le moment où Ton inculpait, dans le sein même de la Convention, Carnot, Barras, Fréron, Tallien, Billaud-Varennes, CoUot-d'Herbois , Fouché et surtout Barrère. Laurençot écouta avec faveur les plaintes , les dénonciations exhalées contre ceux qu'on lui désigna comme des terroristes. Interprète d'un décret récent , il fit désarmer les hommes accusés , même vaguement , d'avoir pris part aux horreurs de la tyrannie. Pour être compté dans cette classe vouée à la vengeance réactionnaire, « il suffit, portait le décret, d'avoir » fait des motions sanguinaires , d'avoir tenu des propos incen- »diaires^ d'avoir contribué à des actes arbitraires, d'avoir » dicté des dénonciations mensongères et d^avoir opprimé les » concitoyens. »

On peut juger jusqu'à quel point ces griefs , abandonnés à l'interprétation des ennemis du parti tombé , durent être envenimés , surchargés de calomnies , et combien les thermidoriens opprimèrent en prétendant punir les oppresseurs.

Le girondin Laurençot , durant sa mission aux bords de la Loire moyenne^ inspiré, comme nous venons de le dire , par ses souvenirs acrimonieux du 31 mai , croyait pouvoir compter parmi ses ennemis politiques les représentants Grégoire, Frécine et Foussedoire , députés de Loir-et-Cher ; mais ne pouvant les atteindre personnellement , il s'appliqua à rechercher leurs amis , et se montra accessible aux dénonciations fulminées contre eux. Peut-être, au nombre des citoyens que ce représentant persécuta , s'en trouva-t-il quelques-uns qu'avait égarés un républicanisme ardent, mêlé de cet amour de la domination qui naît si facilement au cœur de l'homme ; mais Laurençot putil , sous l'empire de ses préventions, exercer une justice exempte

de blâme? Nous ne le pensons pas , et un fait particulier vient appuyer en cela notre opinion.

Nous avons vu que François-Etienne Péan , membre de l'administration départementale , avait été accusé de modérantisme par le commissaire conventionnel Garnier de Saintes , sans doute parce qu'il s'était opposé à divers traits de vandalisme révolutionnaire; peut-être aussi pour avoir, en qualité de député suppléant, refusé de remplacer , dans le sein de T Assemblée , l'ex-capucin Chabot , l'un des plus fougueux orateurs de la Montagne. Péan , incapable d'ensanglanter son mandat d'administrateur ou de représentant, était d'ailleurs un patriote pénétré d'une chaleureuse conviction. Il abhorrait le meurtre commis au nom de la République ; mais il l'avait servie avec sincérité, persuadé que rien n'est plus criminel que de trahir, dans la mission qu'on a acceptée, le gouvernement adopté par l'universalité des citoyens. Or, on ne peut disconvenir qu'en présence de l'Europe , armée par l'émigration pour apporter en France tous les excès de la conquête et de la vengeance , l'universalité des citoyens ne fût, en 1793 et 4794, ralliée au régime existant, parce qu'il était l'ame delà force nationale , ou, si l'on veut, le lien du faisceau. Après le 9 thermidor, ce n'était plus le temps de suivre avec sécurité une telle ligne de principes : le parti royaliste parlait haut; on chantait sur tous les théâtres le fameux Réveil du Peuple ; et la jeunesse dorée , que le défectionnaire Fréron se prévalait hautement d'avoir organisée , insultait partout impunément les citoyens qu'on lui signalait comme républicains. Ce fut pendant ce paroxisme réactionnaire que Laurençot frappa , dans l'irréprochable Péan , l'ami du représentant Grégoire.

Nous espérons que le blâme dont nous devons empreindre cette page n'atteindra que la mémoire des persécuteurs de Péan^ et nous épargnons à leurs enfants le reflet de honte attaché au nom qui leur a été transmis. L'ex-administrateur du département vivait depuis quelques mois retiré à Saint-Âignan ,

SOS BISTOiRE WK VLOm

iraïquiUe arec raison sur les suites de sa carrière politique; sa femme allaitait son premier enfant. Toot^-coup son àomtéks est envahÉ ; on s'emipare de se& annes, de ses papiers; il est enlevé Ini^-mème avec les formes les phs grossières; on te jetle dans une ckarreUe on sa jeune épouse, qui ne veal psc» se séparer de lui , se place à ses côtés; Péan esA GMiduit à BtoBS avec l'appar^l formidbble qu'on eût déployé poia* un crimineL Cependant ses ennenis n'avaient jtêA préleodiL s'est tenir à ces sévices d'une rigueur farouche; arrivée an fauèoorg de Y ienaev la voitiune fut environnée d'une beiKie forieuse;, qoi , après a^oir accal^Aé d'injures le eoujde infortuné, poussa la fureur jusqu'à faire pèeuvoir une gréLe de projectiles sur Féa» , sur sa femoeiev sur l'inROceDie créature qu'eîb pressait contre son sein^ m bientôt les sources noarridères devaient se tarir. La courageuse épouse euJi le corps meurtri en plissi^rs endroits par svite de cette attaque.^» La préteâodue Némésis du terrorisme suirpessa assuirément, dans cette circoostance^ ce qu'il avait connaus à Blo»9 de pjus barbare. Madame Péan, pour tou£ ddoucissenaent à ces rigueurs inouies , obtint des adrai&istratetxrs da département, ses compatriotes r la permission de s'enfermer avec son mari, et peu de temps après, elk^ perdit son enfant.

Pour ne plus revenir sur cet épisode bonteus , nous ajouterons que Péan y fort de son innoœnce, repoussa lamoistie pur btiée après le 43 vendémiaire; il eiigea qu'on bsii doimâtdes jijtges, et fut acquitté à l'unanimité. La cos^ance de ses concitoyens ne tarda guère à le faire tricHnpber de ses ennemis ^ dont il ne se vei^ea qa'efa leur faisant partager les bienfaits d'une administration pat^nelle. De l'an iv à l'an 3^,. Péan fut successivement commissaire du pouvoir exécutif près l'administration cantonal de Saint^Aignan , chef de division, au ministère de l'intérieur , kaut^juré pour le département de Loir-et-Cher , près la haute-cour nationale j entin, juge-de-paix du canton de Saint- Â^nam.... Si François-Etienne Péan eût été un terroriste; l'estime publique ne se fût pas trompée tant de fois.

ET Ml SON TERRtTOlftE. 307

Cependant la Goaventioii nalianale, après avoir donné an pays la eonsiUntion dile de l'an lu ; après avoir souims les conspirateurs de vendéoMairë ei kiu* avoir pard^onné , la Convention termina sa carrière ^ et réégna ses pouvoirs. Grégoire , que les partisans de la centre-révolu tîon s'efforçaient de noircir dans reprit de ses diocésains^ revint à BIoâs ; il avait fekit rendre le décret du 3 nivôse an iv , sur la liberté des coites.

La rafHdité que nous avons dû imprimer jusqu'ici au récit des foits généraux accomplis dans le BlésiMS, depuis l'année 1789 ^ ne nous a pas permis d'aborder, avec quelque détail, la vie politique et religieuse de raneia[i évèque constitutionnd ; nous revenons à cette tâche destinée ^ nous [espérons , à rétablir bien des vérités sdiérées.

L'abbé Gn^pire^ curé d'Embermesnil en Lorraine, fut nonuné en 478d député du clergé de cette province aux états-généraux; il siégea au côté gauche de F Assemblée constituante, et fat un des membres de cette I^^ktture ks plus inûuents , les pkis dévoués à la cause populaire» Le député lorrain peaasait que rbeure était venue ^ non pas seulement d'apporter quelque soulagement précaire aux classeis les plus souffrantes de la nation , mais d'a]M>rder une réforme radicale , que des maux invétérés ridaient urgente. Gr^oire avait la conviction que cette réforme, admettant l'égalité des droits, était la réalisation de la loi du Christ, et qu'il appartenait à son devoir de prêtre d'y concourir. Ce fut ce principe émii^mmentchréti^i qu'il s'eSbrça de Caire passer dans l'ame des députés du clergé inférietir , ses collègues; ^, ayant été amenés à partager sa conviction, ils sunirent bientôt aux députés du tiers-état.

LofS(pie les évéché^ devinrent vacants, par suite de la coalition des évoques contre le décret sur la constatation civile du dergé, le peuple, appelé, comme aux vieux temps de la monarchie, à dire les évoques, nomma simultanément Grégoire aux évéchés du Mans et de Blois. 11 opta en faveur de cette dernière ville , sur les instances de la députation de Loir-et-Cher ,

et surtout , a dit Grégoire lui-môme dans ses Mémoires , « à la i> sollicitation de cet intéressant Beauharnais , qu'une douce sym- » pathie m'avait attaché depuis notre première entrevue à Ver- » sailles, chez le duc de Nivernais. Si la nouvelle de mon arri- » vée dans le diocèse, continue le prélat constitutionnel, fut un » signal de joie, il faut placer ici des restrictions; les partisans » de M. de Thémines m'envoyèrent une multitude de lettres » anonymes, dictées par la fureur, contre un homme qu'on ne » connaissait que par les dires contradictoires des journaux : » sur quelques-unes , on se promettait avec une sorte de volupté li de me plonger un poignard dans le cœur. »

L'élu du peuple , selon les ennemis de la révolution , était un intrus; on va voir que rien ne justifiait le moins du monde cette injurieuse qualification. M. de Thémines n'avait point émigré spontanément; et quoiqu'il se fût appliqué à combattre la révolution dans le Blésois, ainsi qu'il en est convenu lui-même, il était cependant décidé primitivement à prêter le serment ordonné par l'Assemblée constituante. Voici un passage consigné dans ses lettres écrites à l'abbé Adam , chanoine de la cathédrale de Blois : lettres qui ont été imprimées. « Le serment » tombe sur la puissance de faire plutôt que sur l'acte; plutôt » sur l'exercice que sur l'autorité , et l'on engage sa soumission D plutôt que son suffrage^ surtout dans un temps où l'opinion » est proclamée à si grand bruit la reine de l'Univers. Toutes » les puissances de la terre peuvent juger le fait et le provisoire; » le temps se réserve le fond de toutes les causes. D'après ces » observations, le serment ne doit plus allarmer. Il ne faut » d'ailleurs jamais perdre de vue que les puissances et les cons- » titutions sont des faits, et les faits sont les règles; la Providence l'a même voulu ainsi pour le repos du monde. Le serr> ment est maintenant un devoir civique quand il est requis ; il » est encore, vu la disposition des esprits , une convenance pour » bannir les soupçons et les fantômes d'aristocratie et de con- » tre-révolution. »

M. de Thémines avait étudié Machiavel; dans le système que nous venons de reproduire , il accédait d'ailleurs au plan adopté par la cour : promettre ouvertement et violer en secret les engagements pris. Mais il dut suivre Tentraînement général de Fépiscopat, et quitter le diocèse qu'il eût fictivement organisé d'après les lois nouvelles^ en attendant que le temps eût jugé au fond le grand procès agité entre l'ancien régime et la révolution.

Henri Grégoire n'arriva donc pas au siège de Bloispar intrusion , puisque son prédécesseur , un peu malgré lui il est vrai , en était descendu ; et l'évéque constitutionnel n'avait en rien abjuré les principes fondamentaux de la foi ; en voici une nouvelle preuve. Lorsque les droits de Thomme avaient été décrétés , Grégoire s'était écrié : a L'homme n'a pas été jeté par le » hasard sur le coin de terre qu'il occupe ; et s'il a des droits , » il faut parler de celui dont il les tient. » Puis l'orateur chrétien proposa de placer le nom du Créateur au frontispice de la déclaration à intervenir. Non moins moral que religieux , Grégoire avait aussi demandé qu'en consacrant les droits des citoyens, on statuât sur leurs devoirs : « Établir seulement des droits, » avait-il dit pour appuyer sa proposition, c'est exposer la so-, » ciété à voir l'égoïsme, au nom du droit individuel, entraver » tous les progrès de la grande raison , la raison publique. » Cette seconde motion ne fut pas prise en considération : à l'aurore de la révolution , on croyait au patriotisme héroïque et à son infaillibilité.

De tels précédents à une autre époque eussent rallié tous les fidèles autour du nouvel évéque; mais les passions politiques ne reconnaissent les vertus que dans ce qui sympathise avec leur efifervescence. Loin de tenir compte à Grégoire de ses manifestations vraiment évangéliques , le parti contre-révolutionnaire s'attacha à le noircir dans l'esprit de ses nouveaux diocésains. Avant le départ de M. de Thémines , on prêta , par exemple , à son successeur, l'affreux projet de le faire enlever. On assure même que cette trame odieuse avait [été ourdie par deux hom-

310 HcmmE us bloib

mes dofit noos taisons les noms, afia qa'eile fât, attribuée au ^élat consliUïtioonel ; heur^isemeoi cet sAVeaDAat n'eut pas d'exécution.

Si quelques èatntants de Biois purent ajouter foi à cette calomnie^ ils durent assurément être désabnsés lorsque , dans son premier seraoïn ^ &régotre prit , a^ec autant de chaleur que d'éloquence , la défense de son prédécesseur, ^ reprocba doucement aux Blésois de n'arvoir pas secondé le projet de M, de Thémines , lorsqu'il -voulait consacrer dix ro^e livres à l'étaMisment d'une filature à Blois. Puis, de cette même traire où M s'était fsét le panégyriste de son devancier , il laissa tomber ayee une douce onction -ces paroles : « i 'apprends, mes chers frères, » qu'un nouveau libelle Tient de paraître à Paris contre moi *; » j'en ai fait venir des exemplaires pour être distrîbirés aux cu- » rieux à l'issue de Tofiioe. y> Certaines personnes s'étant hasardées à demander à l'évéché qod(][ues exemplaires <le ce facUun , on ieur donna tout. Le fnrélat avait agi en habile appréciateur du coeur humain : l'înd^nation produite par la lecture de cette diatribe fut tdle que, le soir même , on en fit «n auto- .da-fé devant l'hôtel-de-ville.

Tel fut le début de Tévêque Grégoire dans le département de Loir-et-Cher; on ne tarda pas à lui tenir compte presque généralement d'une conduite sage etpatemefle, sans s'arrêter à ses opinions patriotiques quelquefois exaltées. Les citoyens approuvèrent même l'énergie du prélat, au milieu d'une population qu'influençait encore, de temps à ai£tre , le parti aristocrs^ique; ils appdèrent Grégoire à la présidence du conseil général du département.. v. Après le 4^ août 4792, ce fut le prédat administrateur qui , sur l'injoinction de l'Âss^aoblée légisr lative , ât proclamer à Bkns la suspension des fonctâons royales.. . Il faut aionter que Grégoire s'abusait iiNrsqu'ii se persuada que iout fni ékctrisé par cette proclamation : nous aurons bientêt

* M, eréffoîre démnté à la nati<m , fai-9.'' 4e 22 pages.

ET BE S(m TCatAITOfRE. 3i 1

l'oocasioû d^ prouver que Je parti royaliste , iatimidé alors , éiait k^n d'être converti dans le Blésois. Peu de temps après , les électeurs de Vendôme envoyèrent l'évéque de Blois à la€onvention nationale.

On peut hardiment ava&cer, qu'à part ses motions exoeotriques sur la liberté des Noirs , utopie généreuse dont il n'avait pas pris le temps de prévoir toutes les oonséqueaces , la carrière de «Grégoire sur les bancs législatif fut essentiellement conservatrice. Une erreur , accréditée parla malveillance, s'est propagée et subsiste encore quant au vote <ie ce député dans le procès de Louis XVI ; il est authentique qu'il ne se prononça point pour ta mort. Voici Texposé des faits: Grégoire avait demandé la mise en jugement 4u roi; mais il était si loin de vouloir opiner pour une condamnation capitale , qu'il proposa en nïême temps l'abolition de la peine de mort , afin qu^elle ne pût être prononcée contre le monarque. Durant le procès , Grégoire se trouvait en mission à Chambéry , avec les représentants Hérault de Séchelles , Simon et Jagot , pour la réunion de la Savoie. Ces trois députés avaient rédigé un projet de lettre à l'Assemblée, contenant leur vote Ils se prononçaient pour la condamnation à mort. Grégoire refusa de signer la lettre, déclarant que ni sa qualité de prêtre , ni son opinion sur la peine capitale , ne lui permettaient d'apposer sa signature à cet écrit , à moins que iesdeux derniers mots n'en fussent effacés. Après une assez vive discussion , ses collègues y consentirent et la dépêche fut ainsi rédigée :

a Chambéry, 2Ûjaiivieri;753.

» Nous apprenoôs , par les papiers publics , que la Convention » doit prononcer idemain sur Louis Capet. Privés de prendre » part à vos d^ibérations ; mais instruits par une lecture réfléi> ehie des pièces imprimées , et par la connaissance que chacun » de nous avait acquise , depuis long-temps , des trahisons non » interrompues de ce roi parjure , nous croyons que c'est un

» devoir pour tous les députés d'annoncer leur opinion publi- » quement , et que ce serait une lâcheté de profiter de notre )) éloignement pour nous soustraire à cette obligation.

» Nous déclarons donc que notre vœu est pour la condam- » nation de Louis Gapet par la Convention nationale , sans appel » au peuple. Nous proférons ce vœu dans la plus intime con- » viction, à cette distance des agitations où la vérité se montre » sans mélange, et dans le voisinage du tyran piémontais *.

» Signé: Hérault, Jàgot, Simon, Grégoire. j>

Non-seulement le vote de ces quatre représentants ne pouvait être compté pour la peine capitale ; mais le jugement ayant été prononcé le 20 , date que porte la lettre partie de Chambéry , il était impossible qu'elle parvînt à temps pour que les députés en mission à Chambéry fussent compris au nombre des votants. Aussi furent-ils dénoncés aux Jacobins comme ayant mal rempli leur devoir de citoyens. D'après des témoignages irrécusables, les listes sur lesquelles Grégoire et ses collègues sont portés comme rd^'iacte^ ont donc été évidemment falsifiées, et ces quatre représentants ne sont pas les seuls qu'on y ait inscrits frauduleusement. Les ennemis particuliers de Grégoire poussèrent l'esprit de vengeance et de perfidie jusqu'à imprimer la lettre rapportée ci-dessus , en rétablissant , après le mot condamnation, les deux mots à mort. C'est le souvenir de ce^ infamies qui fit dire à Tancien évéque de Blois, durant sa lente agonie : a Une circonstance de ma vie a été odieusement déna- » turée; je n'ai jamais voté la mort de personne. »

Lorsqu'après la clôture des travaux de la Convention nationale, Grégoire revint occuper.son siège, Tinjustice d'une partie de ses diocésains, insensible à Futilité des grandes institutions dont il avait été le fondateur, ne parut se souvenir que des ca-

* Cette lettre existe aux archives du royaume.

lomnies accumulées sur la conduite de ce prélat. Qu'importaient aux ennemis de la révolution le rétablissement des anciennes académies sous le nom d'Institut national ; la création du Corner^ vatoire des arts et métiers et celle du Bureau des hngitudes; que leur faisaient la conservation des livres recueillis dans les bibliothèques religieuses et des monuments publics , la protection réclamée en faveur des savants , des gens de lettres , des artistes : c'était sur des ruines que la contre- révolution pouvait se fonder; toute innovation nationale devait être antipathique à ses partisans.

Grégoire, de retour à Blois , ne parut pas apercevoir les inimitiés qui l'entouraient; il ne s'expliqua point sur les proscriptions de Laurençot : il voulait , disait-il , dépouiller en lui l'homme politique , et ne reproduire dans son diocèse que le prélat. Mais la confiance des électeurs le fit plus tard renoncer à cette détermination , en l'envoyant au Conseil des Cinq-Cents. L'évêque de Blois n'ayant guère eu de biographe que parmi ses ennemis , on ignore presque généralement sa noble conduite à l'époque où , le plaçant sous le glaive de la terreur , on lui demanda d'abjurer sa qualité de prêtre. « Ma croyance religieuse, » répondit alors le lévite républicain , est hors de votre do- » maine : catholique par conviction et par sentiment, prêtre » par choix , j'ai été désigné par le peuple pour être évêque ; » mais ce n'est ni de vous ni de lui que je tiens ma mission. . » Agissant d'après ces principes sacrés qui me sont chers , et » que je vous défie de me ravir , j'ai tâché de faire du bien dans » mon diocèse ; je reste évêque pour en faire encore. » .

Peu de jours après cette déclaration empreinte d'héroïsme , et qui pouvait renouveler le martyre des premiers chrétiens, trois envoyés de la Convention se présentèrent chez Grégoire pour lui démontrer la nécessité d'une abjuration qui , dans sa bouche , disaient-ils , porterait un coup mortel au papisme. Sollicitations , promesses , menaces , tout fut employé vainement. « Eh bien 1 s'écria l'un des envoyés avec l'accent de la

314 HisTome de ».ois.

» fureur : tu Tiens de monter denx degrés de Tédiafaud ; ta » monteras le dernier. — Je suis prêt , répliqua Grégoire du » haut de sa foi inébranlable; car vous pouvez en être assurés, x> je jie démeutirai jamais ma croyance. >

Voilà ce qui s^était passé en novembre 4793 , et tels étaient les principes avec lesquels Grégoire reparaissait à Btois en Tan iv. 11 adressa à ses diocésains une lettre pastorale, dans laquelle, après avoir déploré les horreurs de la persécution , quelque bannière qu'elle eût arborée, il recommandait Toubli et la charité envers ceux qui s'en étaient rendus coupables.

Grégoire^ au commencement de l'an v de la république , fat, dans le département de Loir-et-Cher , le véritable restaurateur du culte catholique , auquel il s'était montré fidèle sur la dernière marche de l'échafaud. Nous demandons aux juges impartiaux si cette conduite ii^était pas empreinte d'une morale plus essentiellement chrétienne que celle du clergé qui , pour ne pas se conformer aux lois de Tétai , avait déserté Tautel , et grossi de ses ressentiments l'inimitié étrangère. L'évéque de Blois, dans une tournée pastorale qui dura plusieurs semaines , parcourut les principales communes du département , et partout sa présence était constatée par une déclaration conforme à celle ci-après , que nous empruntons d'une histoire encore manuscrite *, « AÎijourd hui 1 .*• brumaire an v de la république , s'est i> présenté devant l'administration municipale , le citoyen Henri j) Grégoire, kqvel, «n vertu de la loi du 3 nivôse et autres p subséquentes, a déclaré avoir l'intention de célébrer le culte )) catholique dans l'enceinte à ce destinée , ainsi que dans tout le

* insfoîre de (a ville €le Saint-Aignan , par Jean-Jacques Delorme. Cet outrage , que MUS croyons sous presse , est un tableau aussi fidèle que consciencieux y où l'on trooTC l'exposé d'une muttitade de redevances féodales propres à prouver combien , selon le bon plaisir des seigneurs^ l'arbitraire pouvait s'étendre .et se singulariser. La période révolutionnaire , dans le livre que nous annonçons « est tracée avec une franchise et une sincérité de détails bien rares. On y remarque (tes esquisses souvent aminées et pleines defralcbeur,

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» canton ; protestant de sa soumisscon mix lois de ia république, » et reconnaissant «cfu© l'universalité du peaple eonstiliue le » souverain. j>

Tandis que ceci se passait , le gouvernement directorial , fondé par la constitution de l'aB m , temiit les rênes de Tétat avec u«e telle mollesse , que , dans plusieurs parties de la France, les dictions s'agitai^pit avec sécurité, Le Blésois, ^ faut faien le dire, était devenu le centre d'une feraïentation royalKte, qui justifiait im bon ïK)Oîbre d'arrestations faites durant la terreur. Nous pourrions citer cpielques noms à Tapjwi de ceUe assertion ; maisThistoire qui , de son burin , remue des -cendres encore brûlantes^ doit envelopper la vérité du naaiBteau des convenances , surtout en se rappdaiit que les convictions , ea matière pol*liqi*e , attéfnuemt les délits. Nous nous i>arnons à noter que , dans les premiers mois de fan v, deux seetwans de la ville de Blois firent des démonstrations royalisftes^ sous la direction d^un des suspects de 4794 : la terrewr ae caJomaiait donc pas toujours. Vers ce m^e temps , un dub secret , correspondant de celui de Clichy , se réunissait dsns une béteHerie de Blois, tenue parle nommé Berruer , homme sans portée , que son intérêt matériel vouait au parti royaliste. Les bandes formant la chouannerie avaient des mtelligences avec ce cénacle , et comptaient même des chefs dans son sein. Mais soit que le courage mamquàt à ces conspirateurs mystérieux , soit qu'ils ne sussent pas oser , ils ne purent donner la main à des révoltés qui venaient d'organiser dans le Berry une petite Vendée. li feut ajouter pourtant que si l'âdmimstration départementale déploya , à cette occasion , quelque énergie , malheureusement passive , ri»ourie d^un général qui commandait à Blois laissait un libre champ au progrès de la révolte. Du reste , la chouannerie était devenue^ dans le Blésois, une manifestation de ton, plutôt qu'un parti pris de se joindre auxbfimdes royalistes. Nous évitons de nommer quelques prétendus défenseurs de l'autel et du trône , qui ne conÂattirent les biens que par une naousque-

terie de gasconnades , et dont les seuls exploits consistèrent alors à danser à des bals donnés en Thonneur de la légitimité.

Cependant, au moment où la conspiration dite des collets noirs s'organisait dans la capitale , le commissaire du pouvoir exécutif près la commune de Blois écrivait, dans une lettre que nous avons eue sous les yeux : « On voit ici beaucoup de figures étran- )) gères, et nos chouans émigrent vers Paris.... Cela ne sent » rien de bon. » A cette époque, le département de Loir-etrCher fournissait son contingent à cette conjuration formidable que le débile Directoire laissait former sous ses yeux , et dont le conseil des Cinq-Cents lui-même renfermait la tête ( Pichegru) et le bras dirigeant ( Wilot). Vaincus au 48 fructidor, les conjurés ne se crurent pas battus définitivement : ils avaient raison , la corruption régnait encore au Luxembourg , et il y avait chance d'acquérir la trahison : on sait pertinemment aujourd'hui qu'il n'y eut dissidence que sur le taux du marché. La jeunesse dorée du Blésois baissa la tresse , coupa les oreilles de chien , supprima le collet noir qui caractérisaient l'uniforme clichien , et revint aux bords de la Loire attendre une nouvelle occasion de servir le roi.

Cette cause parut plus difficile à défendre , lorsque le vainqueur d'Arcole et des Pyramides fit marcher devant lui les faisceaux consulaires. Sous la Convention, on pouvait noyer la révolution dans le sang même de ses victimes ; sous le Directoire , un peu plus d'or eût racheté le royaume de France aux usufruitiers de la république ; sous le Consulat , il fallait vaincre deux puissances jusqu'alors victorieuses dans le même homme : la fortune et le génie. On l'espéra en élevant une bannière blanche sur laquelle on lisait ce mot de légitimité que la génération du temps ne comprenait plus.

A cette époque, on vit s'établir dans le Blésois l'influence d'un homme supérieur que nous nous sommes rigoureusement interdit de nommer , parce que nous devrions, en historien consciencieux , environner son nom de quelque blâme. Ce person-

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nage, éminent dans la carrière des lettres , pouvait , nous devons en convenir , s'insurger contre la révolution sous l'empire d'un juste et profond ressentiment : la hache révolutionnaire avait frappé Fauteur de ses jours , et la voix de Téquité politique est faible à Toreille du fils qui cherche à venger son père. Il y eut donc à la fin du dernier siècle un habitant du Blésois dont la haute intelligence dirigeante se signala , sinon en tête des bandes royalistes , du moins dans les conseils secrets que tenaient leurs chefs. Le personnage sur lequel nous étendons le voile de l'anonyme, était un appréciateur trop éclairé des hommes et des choses, pour croire que le premier consul Napoléon se fût fait le continuateur de la révolution avec ses institutions républicaines ; mais il pensait sans doute qu'il était digne d'une vaste capacité d*arréter, s'il y avait lieu , au profit de la légitimité , l'essor de la plus grande fortune des temps modernes. Des considérations d'un ordre élevé nous font une loi délaisser dans le nuage les détails , très circonstanciés , parvenus à notre connaissance sur l'enlèvement du sénateur Clément de Ris , sous le Consulat : c'est un épisode peu honorable de cette guerre de partisans appelée la chouannerie ; guerre qu'il faut bien se garder de comparer à celle des Vendéens en 1793, de peur d'insulter ceux-ci d'un parallèle. Notre réserve est d'une convenance dictée ici par les égards que nous devons à un vieillard honorable , dont Napoléon lui-même respecta les convictions , en se bornant à le faire surveiller dans sa retraite. 11 y reçuJ plus tard madame de Staël, qui venait d'être obligée de quitter le château de Chaumont, où elle avait séjourné quelque temps, après une prise de possession étrange dont nous parlerons ailleurs.

La période napoléonienne fut, pour le département de Loiret-Cher, comme pour toutes les provinces de la France, une époque de soumission , née de l'extrême lassitude que laissaient après eux les troubles civils , puis animée par l'enthousiasme et le sentiment de cette gloire éclatante , qui couvrit de ses palmes

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