‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculés jusqua̕ nos joursChapitre 22 sur 27 · HI^OIBE VE BLOIS · texte numérisé non relu

HI^OIBE VE BLOIS

toutes les plaies du pays, llae admmistration puissante , une législation régulièrement organisée , une protection incessante accordée à toute actiTité généreuse , compensaient les kmnenses sacrifices au prix desquete se perpétuait un gouvernement fort, et soigneux de faire respecter notre patrie ^ n^me des ennemis armés contre elle. La mollesse habituelle des Blésois , galvanisée, si Ton peut s'exprimer ainsi, durant quelques années, par Tesprit de parti , se rendormit sur le lit de lauriers que lui faisait partager Napoléon. Reprenons quelques évàiements à Todrir gine du Consulat,

La ville de Blois, ayant été reconnue comme chef-lieu de préfecture , M. Beyts , ancien député un moment proscrit au 4 8 brumaire , prit les rênes de l'administration déparlementsde , et fit proclamer la constitution de Tan vni. Mais la gestion de ce préfet fut courte ^ car nous voyons qu'au mois de juillet i80ô , M. Gorbigny entrait en fomctioms. Les royalistes du départenjent, ayant jeté un coup-d'œil rétrograde sur la carrière politique de cet administrateur , prétendijrent y avoir découvert des intelligences avec le farouche Carrier. Quoi qu'il en soit, M. Corbigny ne tarda pas à se faire apprécier sous un point de vue qui détruisit les préventions que la malveillance avait élevées contre lui ; jamais le département ne fut administré avec plus de sagesse et de sollicitude que sous son édilat.

Cet administrateur était installé depuis environ un an, lorsque le siège épiseopal de Blois fiit supprimé par le concordat de A 801 , et son ressort réuni h Févêché d'Orléans. Mais (xrégoire, en cessant d'adnûnistref son troupeau de fidèles, n'abjura point sa qualité d'évéque, et rien daiïs ïa suite ne l'y fit renoncer. E»core un mot sur ce personnage. Personne ne travaillai plus activement qœ lui au rétablissement de la religion en France; il fut l'un des principaux moteurs de plusieurs conciles nati(M3iaax et d'environ quatre-vingts synodes qui se tinrent de 4796 à 4804 ; e4 &OUS voyons qu'à l'époque du concordat ^ plus de trente mille

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églises avaient été roavertes en France*. H est done inexact de dire que le paete conclu entre Bonaparte et le Saint-Siège rétablit le culte parmi nous; seulement il en consacra TeKercice. Ce fut véritaWement grâce aux soins et aux efforts souvent dangereux de Gr^oire, que le décadi ne mcmgea p>mt le dimanche^ malgré la prédâction d'an républicain exalté , membre du Conseil des Ciiicf-Gents , puis du Corps législatif , puis sénateur, Grégoire signa tonjouirs ancien évéque de Bk)is; comte de Tem- ÏHre, il ne se prévalut Jamais de ce titre , et fut jusqu'à son heure suprême fidèle à deux sentiments : la foi catholique et la conviction républicaine.

On autre député de Loir-et-Cher avait acquis , à l'époque où cette histoire est parvenue, des droits àTestime, nous dirons plus à radmîration ; et ses compatriotes insoucieux ne lui accordèrent qu'avec parcimonie la première , parce que les vertus de ce r^ublieain des temps antiques étaient du nombre de celles qu'on nomn>e négatives, c'est-à-dire sans faste, sans éclat. L'annaliste du Blésois doit s'imposer une tâche de réparation en souvenir du représentant Frécine; ce fut un homme fort contre les séduetions de la fortune , et qui sut rechercher la gloire dans une incorruptible loyauté. La postérité , venue pour ee mandataire du peuple , recueillera , nous l'espérons , son éloge soDs notre plume, au défont de ceux qui ne songèrent qu^à recueillir son héritage ée domaines; il serait trop affligeant qu'une vie pleine de tout ce que le patrîolistne comporte de généreuse poésie , se fôt éteinte tout entière; car l'action même cpri la termina fut empreîMe d'un héroïque désespoir. Sans Frécine, la mort de Gaton n'eut pas eu peut-être de parallèle dans la révolution française.

Frécineétait, en 47^, baîHî de Montrichard ; « Pourvu des qua- » lités que nous venons de signaler , est-il dit dans le seul article » biographique qui ait été rédigé sur lui , il ne devait considérer

* Oa tr«av«la preuve ée cette assertion dans on releva fett e» 1798 par Tadminislraiion des domaines.

» la révolution que dans ce qu'elle présentait de principes gé- » néreux; peut-être pouvait-il, en quelque sorte à l'insu de 9 son ame , en suivre les égarements , jamais il n'en partagea ni » les crimes ni les intrigues.... A cette vérité absolue, nous » n'admettons pas môme pour exception son vote dans le procès » de Louis XVI : la condamnation à mort de ce monarque fut un » acte éternellement regrettable ; mais le temps n'est pas venu » de décider si ce fut un attentat ou une terrible nécessité.... » Attristons-nous en songeant à cette grande catastrophe, et » laissons à nps arrières-neveux la tâche de la juger.

» Membre de FAssemblée législative et de la Convention , Fré- » cine manifesta un patriotisme ardent dans le sein de ces deux » législatures : il ne pouvait en être autrement d'un homme qui » ne voyait que le beau côté de notre régénération sociale; et » s'il appuya des mesures illégales ou extrêmes, c'est qu'elles » étaient assez habilement masquées d'opportunité normale, » pour ne laisser apercevoir que les besoins du pays.

» Lorsque l'armée française , commandée par Pichegru , eut » conquis la Hollande, F récine, représentant du peuple en mis- » sion dans cette république , encore si opulente , fit admirer » de tous sa probité incorruptible. Il habitait le palais du sta- » thouder , dormait sur ses trésors , vivait au milieu des inesti- » mables collections d'objets précieux , de chefs-d'œuvre des » arts , que la maison d'Orange avait réunis ; et pas un seul j) ducat , pas un seul tableau ne le tenta ; il n'accorda pas un » grain d'or à la convoitise des hommes cupides qui l'environ- » naient. Frécine , ordinairement si débonnaire , se fut montré » sévère jusqu'à la cruauté , si le brigandage eût essayé de lui » forcer la main : il avait annoncé qu'il ferait fusiller le premier )) des militaires ou des administrateurs qui oserait porter une » main illicite sur la moindre parcelle de propriété batave.... i) A la clôture de l'Assemblée conventionnelle , Frécine fut nom- » mé commissaire général pour la fabrication des salpêtres, puis » receveur général du département de l'Yonne. Après le 48 bru-

7) maire, ce républicain franc, sincère et désintéressé, classé » parmi les incorrigibles qui rompaient en visière au premier » consul , laissa réfugier sa vie politique dans les plus que mo- » destes fonctions de sous-inspecteur des forêts à la résidence » de Montrichard , sa ville natale. Il aimait trop la simplicité » pour regretter les splendeurs au milieu desquelles il avait » vécu sans en être épris ; mais le patriote aux opinions radi- » cales s'abandonna au plus profond découragement , lorsqu'il » vit le grand peuple effeuiller sa couronne civique , et ciseler » un diadème d'or pour Napoléon.... Un jour on entendit, au ) pied de la riante colline de Bourré , la détonation d'une arme' » à feu... C'était Frécine qui venait de récuser Tasser vissement » de la patrie... La France avait un maître * »

Le 29 floréal an xii, M. Gorbigny réunit les autorités de la ville de Blois , pour délibérer sur le mode d'adhésion à adopter relativement à la fondation de l'empire français et à l'hérédité dans la famille de Napoléon Bonaparte. « Abandonnons-nous , » dit le préfet dan^ cette réunion solennelle, à l'heureuse étoile » qui nous a guidés depuis cinq ans ; et glorieux d'être les té- » moins de l'une des grandes époques historiques qui frappent )) si rarement les yeux des hommes ; heureux d'être l'objet de » celle-ci , votons avec sécurité la création , la durée et la gloire » de la république, dans la personne de Napoléon Bonaparte et » de ses descendants. »

M. Gorbigny savait assurément trop bien l'histoire, pour ne pas comprendre combien le mot république jurait inscrit sur un trône impérial, et en présence des institutions monarchiques dont on l'entoura. Mais il sut réprimer ses réflexions , et fit partir pour Paris une députation de six membres , qui porta à l'empereur le vceu unanime du département:.... vœu unanime des citoyens qui avaient signé au registre d'adhésion.

L'année suivante , et à la suite des pressantes sollicitations

* La Loire historique, tome III, page 474.

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du préfet et de Tautorité municipale , on restaura le poat de Blois, d(wit une arche avait été démolie, comme nous Tavcais dit en son lieu : Tingénieur Rance , homme de talent, né à Montrichard, dirigea cette restauration avec habileté. Le travail moderne ne diffère en rien de la construction primitive.

La ville de Blois dut à M. Corbigny un grand nombre d^amélioratîons dont le détail excéderait nos limites ; nous signalerons toutefois les principales dans la partie de cette histoire où nous tracerons un précis rapide du Blésois monumental.

Nous ignorons si en effet M. Corbigny fut compté avec justice parmi les Montagnards de 4793; mais, nous le répétons, son édilat n'offrit aucune trace de Texaltation républicaine qui lui avait été reprochée à son arrivée dans le département. Il servit Tempereur en fonctionnaire dévoué, et mérita dignement le titre de baron , qui lui fut décerné dans le cours de sa carrière administrative. Nous devons ajouter que le zèle dont M. Corbigny donna constamment des preitves au gouvernement impérial, s'allia toujours avec ce qu'il devait de soins à ses administrés : en un mot, ses fonctions offrirent une scrupuleuse pondération de devoirs et de sollicitude. La conscription même, ce terrible impôt de sang qui fit payer trop cher à la France les lauriers cpi'elle moissonna sur tous les champs de l'Europe , la conscription avait revêtu, sous la main du préfet Corbigny, des formes peu sévères : il ne sévissait qu'à la dernière extrémité contre les réfractaires. Prodigue de circulaires adressées aux autorités communales, il se montrait, autant qu'il le pouvait, économe du recours à la gendarmerie , et s'eff»rçait surtout d'épargner ces invasions de garnisaîre , qui rendaient les familles , quelquefois les communes entières , responsables d'mi délit dont les conscrits étaient seuls coupables.

Dans une autre partie de ses obligations, non moins importante que le recrutement des armées, M. Corbigny sut allier l'urbanité du fonctionnaire avec le devoir dn délégué fidèle. Lesaflffec-

lions , disons plus , les espérances anté-révolutionnaires subsistaient cbez certains habitants du département, et s*y affranchissaient parfois des règles de la prudence. L'austère Fouché et l'actif Real çn)açaient avec inflexibilité la responsabilité des préfets du centre de Tempire, touchant ces insouwissions qui , n'osant devenir hostiles, ne laissaient pas d'être remuantes. Or^ le préfet de Loir-et-Cher fut assez habile, ou si l'on veut assez heureux , pour maintenir dans l'enceinte des châteaux ce frémissement de royalisme , ^ ne fut qu'incommode tant qu^H y e«t danger à le rendre redoutable. M. Corbigny , chargé d'adresser des brevet» de sous-lieutenants à quelques jeunes gens nobles du Blésois, sut environner cette intimation militaire d'une politesse si exquise , que ces gentilshommes, engagés, un peu malgré eux , sous les aigles glorieux de Napoléon , finirent par voir une feveur dans une mesure qui n'était qu'une précaution.

M. Corbigny avait entrepris d'améliorer la situation physique et même la physionomie do chef-lieu de préfecture : tâche difficile assurément; car parmi les villes où le moyen-âge send>te s'être attardé, sa»s avoir conservé sa parure pittoresque d'édifices particuliers, Mois peut être cité en première ligne.

Les ressources et le temps manquèrent à l'administrateur dont nous retraçons à grands traits la gestion , pour accomplir le» projets cpi'il avait conçus ou approuvés. Atteint d'une maladie grave et <piî fit de rapides progrès, M. le baron de CorWgny moarut le 99 avril 48li , et fot vivement regretté de ses administrés en général, qui avaient apprécié sa gestion douce et sofovent paternelle. Ce fonctionnaire laissa même des regrets aux onne«Qfls du régime impérial , parce qu'ils craignirent qttô son successeur ne continuât pas le système de modératioa qu'il avait adopté.

Sous ce rapport , cette minorité d'administrés se trompait : M. le comte Ghristiani de Ravazan , qui remplaça M. Corbigny , ne se montra pas plus sévère que luû. Administrateur dont le

zèle méthodique se renfermait scrupuleusement dans la sphère de ses devoirs , il se garantit avec habileté du blâme , mais ne fit rien qui décelât la recherche de l'éloge. 11 est vrai que son prédécesseur lui laissait tout ce que l'admitiistration impériale eut de soins ardus à s'imposer : au comte de Ravazan échurent les dispositions extra- légales qui devancèrent d'une et même de deux années les appels de la dévorante conscription ; il lui fallut se faire quasi-poète pour persuader à une jeunesse , à grands frais libérée, qu'il y aurait pour elle honte indélébile à ne pas revêtir, encore à grands frais, le harnais des gardes d'honneur; et lorsque ces générations escomptées au profit de la guerre , ou ces soldats inscrits impérieusement sous les bannières de l'honneur, tombaient, grêle humaine, sur les champs de bataille, M. Christiani avait chaque jour la triste mission d'annoncer aux familles qu'elles avaient payé du sang de leurs enfants , cette gloire qui , depuis long-temps déjà , avait été abjurée par nos mobilités françaises.

Cependant plus l'étoile de Napoléon pâlissait , plus le parti royaliste devenait remuant : lorsque les conciliabules de Plessisles-Tours s'ouvrirent, dit-on , sous la direction de M. le duc de Duras, la noblesse blésoise y eut ses représentants.

Telle était la situation du département de Loir-et-Cher, lorsque Napoléon , trahi à l'intérieur, accablé sur les champs de bataille par une coalition qui comptait des millions de soldats, sentit échapper de ses mains ces palmes que vingt ans de victoires y avaient maintenues. A cette heure suprême d'une fortune immense, Blois vit se renouveler Tagonie d'une monarchie : 1844 y ofiTrit le parallèle de 1 589 ; là où la dynastie des Valois avait expiré, tachée du sang versé par le meurtre, la race napoléonienne tomba glorieusement sur son glaive brisé dans les combats. On va voir , en effet , qu'à Blois s'écroula réellement le trône de l'empereur ; car dans cette ville encore , la couronne impériale pouvait être sauvée. Voici , nous le déclarons , l'épisode le plus imposant de l'histoire du Blésois : nous laissons à d'autres le

soin d'exalter les exploits des anciens comtes : aux historiens adorateurs de la féodalité le fourmillement de ses pygmées ; il faut s'armer d'un prisme bien grossissant pour prétendre nous les faire admirer, après ce que nous avons vu depuis cinquante ans. ' .

Le 29 mars 4814, au matin, le canon se faisait entendre depuis l'avantrveille à Paris : les détonations , de plus en plus rapprochées , faisaient maintenant vibrer les vitres de la capitale. On ne pouvait se le dissimuler , l'ennemi n'était plus qu'à une petite distance; et du pavillon principal des Tuileries, on apercevait, au rayonnement de ses baïonnettes, le demi-cercle de légions étrangères qui s'avançait dans la plaine de Saint-Denis. L'ordre de l'empereur était impérieux : à cette extrémité , l'impératrice , le roi de Rome et la cour devaient quitter le palais impérial, et se diriger sur Blois , où le siège du gouvernement serait établi. Nous ne reproduirons pas ici le récit de la résistance énergique que l'impératrice Marie-Louise opposa à cet ordre de départ : résistance que seconda, dans sa ténacité enfantine, le jeune Napoléon, en se cramponnant, dit-on, aux portes de l'appartement. Marie-Louise était régente : mieux inspirée encore des traditions de son aïeule Marie-Thérèse , elle eût persisté dans sa désobéissance , se fût réfugiée au milieu du corps municipal , et le lendemain la coalition reconnaissait Napoléon IL Car c'est une vérité aujourd'hui bien démontrée, qu'alors encore les princes de la maison de Bourbon n'étaient, pour les souverains alliés , que des voyageurs à la suite de leurs armées. Tous ceux qui ont écrit le contraire se sont pris à fabriquer des précédents, sur l'autorité des événements accomplis. Mais la fille de François II céda ; on partit.

Le cortège, qui se dirigea sur Blois par la Beauce , se composait de l'impératrice, du roi de Rome , de l'archichancelier Cambacérès^ du conseil de régence, et d'un assez grand nombre d'officiers et de dames attachés à la cour impériale. Les rois Joseph , Louis et Jérôme , suivirent de près l'impératrice ; dans

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la même journée, les minisires q^tittèreiilt Paris, ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires. Le soir, on s'arrêta à fiambooiâet; le ^0 à Chartres , le 31 à Châteaiidun , et le 4 .^ avril à Vendôme. H. le comte Ghristiani ^'était avancé jusqu'à la limite du département, pour recevoir l'impératrice; mais avant qu'il l'eût jointe, un oourrier lui remit Tordre de retourner à Bdois, afin d'opérer son déménagement et de préparer à la préfecture le logement de Marie-Louise et de son fils. Le préfet rétrograda pour se conformer à cet ordre , et répartir les dignitaires qui suivaient la cour, chez les principaux habitants de la viUe.

La route inachevée de Vendôme à Bk>is rendit le voyage de la oour si lent, que le comte de Ravazan put touA disposer pour la réception de Timpératrice avant son arrivée. Marie-Loalse fit s&a entrée à Bloisle 2 avril au soir. €'é^t un spectade étrange que ce convoi ou l'on ne comptait pas moins xle quarante voitures et plus de deux cents chevaux... Les magnificpies csrosses de la cour , même celui du sacre , crottés jusqu'à l'impériale ; les harnais tissus d'or et souillés de boue; les habits brodés des chambellans couverts d'ignobles éclaboussures; eafin» tout le désordre d'une déroute, tranchant sur la splendeur souveraine, attristait l'ame par le sentiment du désastre que cet aspect révélait... Ubc heure auparavant , on jouissait encore à Blois d'une entière sécurité ; le tourbillon qui faisait irruption dans cetti^ ville initia ses habitants aux malheurs du pays , qui ne leur fut que trop confirmé en voyant le visage hâle et les honorables blessures des soldats, au nombre d'environ dix-huit cents hommes , qui formaient l'escorte de Timpérabrice.

Pour achever cette bigarrure afiligeante^ la garde nationale qui, le préfet et les autorités locales en tête, s'était portée andevant de sa majesté à une lieue de la ville , mêlait, en y rentrant, le désordre de son inexpérience -au déplorable état des illustres voyageurs après une journée pluvieuse^ Marie-Louise , ayant dans sa voiture le roi de Rome, traversa Blois au milieu d'une foule immense et silendeise : pas un cri ne s'en éleva.

ET lœ SON TERRITOfliE. 327

L'épouse de Napoléon commençait à sabir l'effet de sa mauvaise fortune. Ce fut au milieu de ce morne cortège que la fille des Césars parvint à Ihèlel de ia préfecture (l'évéobé); tandis qu'elle s^y établissait des ministres^ des hommes d'état, peu rassurés par une distance de quarante-cinq lieues qui les séparait des troupes ennemies , continuèrent de fuir jusqu'à Tours ; d'autres poussèrent jusqu'en Bretagne : entre autres M. Bigot de Préameneu , ministre des cultes , et le général Pommereul, directeur général de ia librairie. Quelques fonctionnaires , moins timides , ou plus disposés à se tourner vers un soleil levant quelconque , même russe ou autrichien , ne dépassèrent pas Orléans. Quant au prince Maurice Talleyrand de Périgord , s il sortit de Paris par une barrière , ce fut pour y rentrer par une autre : le plus mobile des hommes d'état modernes formulait déjà , peutèire y dans sa pensée , un nouveau serment de fidélité.

On laissa ignorer plusieurs jours à la régente ce qui s'était passé à Paris depiis le 30 mars; les arrêtés du gouvernement provisoire, les décrets du sénat lui étaient inconnus; on éloignait d'elle tous les journaux ; on ne lui parla pas une seule fois des Bourbons. Le 6 au soir , cette princesse ne prévoyait pas encore d'autres malheurs que la nécessité où se trouverait Napoléon de conclure la paix à des conditions désavantageuses. Elle était loin d'ailleurs de penser que l'empereur d'Autriche , son père , pût songer à détrôner le mari de sa fille. Le 7 an matin , toute la vérité fut dévoilée à l'impératrice. Madame D****, l'une des dames du palais, partie de Paris la veille, apportait à sa majesté des papiers dont l'avaient chargée des serviteurs fidèles , restés au centre du mouvement pour exciter le zèle de quelques hommes puissants, et qui pouvaient relever la cause de Tempereur, si limpératrice reparaissait parmi eux. Les dépêches la pressaient de revenir avant qu'un prince de la maison de Bourbon, en se montrant dans la capitale, n'offrît aux Parisiens cet attrait de nouveauté , qui fera toujours leur conquête. Les auteurs des lettres apportées par madame D**** promet-

taient à Marie-Louise la régence pour elle et le trône pour son fils. La route était encore libre; la régente , après avoir lu , se leva avec résolution , et dit : Je partirai ce soir même.

Lorsqu'une résolution généreuse est prise , il ne faut pas la remettre en délibéré , surtout en présence d'intérêts contraires à son exécution. Madame la duchesse de Montebello, dame d'honneur, et le baron Gorvisart, premier médecin, voyaient peut -être la brillante existence dont ils jouissaient compromise par la vie aventureuse proposée à la souveraine ; ils l'en détournèrent. Le conseil de régence vint appuyer leur avis ; Gambacérès lui-même s'y rallia; mais on verra bientôt que ce fut en vue d'un autre projet.

Gependant les chefs du parti royaliste n'étaient pas sans inquiétude : non-seulement ils craignaient le retour de Fimpératrice à Paris ; mais ils ne redoutaient pas moins qu'elle rejoignit Pempereur. Ils comprenaient que leur réunion pourrait amener une réconciliation de Napoléon avec son beau-père; et alors s'évanouissaient les espérances de Louis XVIII.... Le trône impérial pouvait être bien mieux consolidé par les traités que par la guerre. Or, le prince de Schwartzemberg, qui n'avait jamais aimé Napoléon , quoiqu'il se fût courbé bien bas devant lui , soutenait les royalistes ; par des intelligences secrètes , il gagna ou trompa tout ce qui entourait Marie-Louise; puis il envoya à Blois M. de Schowaloff , accompagné de M. de Saint- Aignan, diplomate français, abusé sans doute; et tous deux étaient chargés de rassurer l'impératrice sur les bonnes intentions de son père, au moment même où ce prince sacrifiait le trône de sa fille et de son petit-fils aux amers ressentiments du vaincu d'Austerlitz et de Wagram.

Trompée par ces assurances fallacieuses , la régente fit partir tour-à-tour MM. de Ghampagny, de Saint- Aulaire et Regnault de Saint-Jean-d'Angely , pour entretenir l'empereur François II dans ses bonnes dispositions. Et tandis que ces hommes d'état se rendaient au quartier-général des souverains alliés , Ihetman

des cosaques Platoff se dirigeait mystérieusement versBlois, avec un corps de troupes légères, afin de surveiller et diriger au besoin la marche de ^impératrice lorsqu'elle se rémettrait en route.

Les rois Joseph et Jérôme , ainsi que Farchichancelier Cambacérès, ne se laissaient pas, eux , abuser par les démonstrations trompeuses de l'Autrichien ; ils avaient trouvé un moyen de sauver du naufrage le trône de Napoléon, sans recourir à la politique d'une coalition rancunière. Le 8 au matin , les deux frères de l'empereur et l'archichancelier entrèrent dans l'appartement de Marie-Louise, après avoir fait préparer une voiture de voyage qui, les postillons en selle, attendait à la porte de l'hôtel. — Madame, dit l'ex-roi d'Espagne en se découvrant, il est indispensable, il est urgent que vous veniez avec nous. — Je suis bien ici , répondit l'impératrice. — L'erreur de votre majesté est grande , reprit Joseph avec feu : vous êtes sur un volcan dont le cratère se cache encore ; ce soir , peut^tre , il s'ouvrira pour ensevelir votre puissance. — Mais où voulez-vous me conduire? — Il ne nous est pas permis de répondre maintenant à cette question ; mais croyez qu'il y va du salut de la couronne. — Me parlez-vous au nom de l'empereur? — Non, madame; mais nous agissons dans son intérêt , dans le vôtre , dans celui du prince , votre fils. — Je ne vous suivrai pas , répliqua Marie- Louise avec résolution , et elle se prit à pleurer.

Jérôme , essayant de profiter du trouble de l'impératrice , s'avança vers elle et voulut la saisir par la taille ; elle se dégagea vivement, et appela du secours. Le comte d'Hausson ville, le général Cafarelli , M. de Bausset , préfet du palais , et quelques autres officiers de la maison accoururent. Le général , prenant la parole d'un ton sévère , dit aux deux princes de cesser leurs violences. «Savez-vous à qui vous parlez , s'écria alors le fougueux Jérôme. — Oui , je le sais, répartit Cafarelli...» Et il y avait dans son accent de ce dédain que montraient aisément les

8SÔ flISTOIRE DG BLOIS

cbefs îmlitaires de i'empire , parée que si toits n'étaient pas devenus trois, ils se croyaient tous dignes de l'être.

Marie^Lonise , placée ainsi entre TautorHé de ses i>eaaK*^£pène6 et la protection des officiers qui l'entouraient, dit qu'il fallait s'assurer si 'sa garde é lait disposée à la protéger contre ies tentatives qu'on vouWt exercer à «on égard. À ces mots, M. d^Ksiiesonvilte s'élance 6ur Tescalier , le descend avecpréoipitatîo», et {Redressant h la troupe assemblée 4ans la co»r , il dit en éàjo^asti U v^i'x : « Officiers et soldats, vou^eB-yous obéir aux frères de T) Tampereur ou à rifnpératrioe régente. — Nous cfbéiroos è la ■» Bouvera-me , répondit le «oloneL — Jurez-^le done , reprit » M. d'HaussBonv^lle. » La troupe €t 4e serment demandé.

Le chambellan rentre alors da«s Vappartenwwt -et-proiMmce à^haute voix : « Madame , la garde est aux ordres de votre ma- D jesté. » Joseph , iéràme e^ rftrébiotianf elier se retirèreat ; maiSjde la porte, rex-i^oid'Espagnearticiila ces .mots d'aaacce&t pénétré : « Malbeurease'princesse , voas vo«s jetez dans les laos T> ée vos ennemis. »

fje roi Louis était resté étpaoger h la tentative que nous venons nie rapporter : pevt^re se vappeiattHl amèrement enoove son trdne batove renversé asssi ^ile qu'U avant été édifié. On voyait oe prince, depaisiplusleors jours, «genouillé chae|ne matin dans iéglise de Saiot-Loais^ «a assister aux «tfiicGs avec l'apparence d'urife fervefrte jpiééé,

La xtémarche 4es nais Joseph jet Jérôme , imteif rétée de plbsieni^s manières «t tou§oars avec des intentions oalamoieisses^ était dictée pai* ie ptus pur idévouement, et sagement méditée par 'Cambaoérès. Les frères de i'emrperaar passaiient la Loine avec rîimpératrice>et le roi de >Rome , ies conduisaiientà ifioanges, puis en Auvergne oa dans le iLimotnvn , oà irempereur , avecites cinquante *miHe hommes cpn l'ontoaraient à Fontatnebteau ^ [re^ joignait sa femiiAe et son fils. Be ilà , mieux -q»e Ciiarles V3i,il pouvait 'reconquérir «ette France dovA à )peiiie une mmtié létait

ET DE S0K TBRnrr^VRlE. 331

oocivpée par r^onemi ; au moiitô pouvait-îl obtenir une paix ^'eussent rendtie facile les craintes que les aBiés eussent conçues sur n^alie, alors dégarnie de soldats, et menacée du joug autrichien, qu'elle abhorrait.

Trois heures après la 1;ent^ive malheureuse des deux princes, p^iloff 0t ses cosaques arrivèrent à Blois*; Timpéra triée ne fut ^e» cpie la prisonnière 'des souverains alliés.

Pendant son séjour à ©bis , Marie-Louise présida chaque jour le conseil de régence : il émana même de ce conseil une procla- «Mrtion aux français. Avant de quitter cette ville, elle voulut récompenser dignement les personnes qui Pavaient suivie : cinq cents mille francs furent distribués aux officiers civils de sa maison; quatre-vingt-trois mille francs furent destinés à payer trois mois ée solde aux officiers de la troupe et un mois aux sousofficiers «t «soldats ; enfin le service du roi de Rome eut une graiiêcation de cinquante miHe francs. ^

Dès que ces indemnités curent ^té réparties , les grands personnages qui avaient accompagné Marie-Louise s'empressèrent de faire viser leurs passeports à la mairie de Blois , puis à Thetman des cosaques , et retournèrent à Paris. On lit dans les souvenirs du baron de Menneval : « Le ministre de la guerre , avec » lé sourire sur les lèvres , me dit qu'il venait faire ses adieux à » son ancien collègue (le duc de Feltre avait été secrétaire du » cabinet) et lui remettre Aiae lettre adressée à l'empereur pour » prendre congé de lui. Il ajouta que quand on quittait les gens, » il fallait le faire poliment; qu'il avait à rendre compte de » l'état des archives de la guerre, du dépôt des cartes, etc.; » qu'il ne voulait pas passer pour un voleur. »

L'impératrice partit pour Orléans le 8 avril au soir ; dans les premiers moments, on lui fit croire qu'on la menait à Fontaine-

♦ Un garçon de bureau de la secrétairerie d'état , qui avait été sapeur dans la garde nationale de Paris , avait laissé pousser sa barbe ; on le prit à Blois pour le général russe, et les plus belles dames de la ville allèrent, dit-on, lui rendre visite.

bleau près de l'empereur Napoléon ; mais le corps russe marchait à l'arrière-garde de son escorte, et pour croire que cette troupe étrangère formait la gauche d'un cortège napoléonien , il fallait une robuste bonne foi.

Durant la route , les perfides conseillers gagnés par Schwartzemberg insinuèrent à Marie-Louise qu'en rejoignant Napoléon, elle devait le suivre à l'île d*Elbe , séjour qui pourrait devenir funeste à sa santé. On lui représenta d'un autre côté , que l'empereur , précipité du trône, n'aurait plus pour elle la même affection. Enfin , comme moyen héroïque , on lui persuada que son père, si elle le rejoignait, prendrait peut-être, à sa sollicitation , une détermination favorable à Napoléon.

Marie-Louise se laissa dissuader de cette réunion à son époux, qu'on lui avait peinte hérissée de chagrins et de dangers; elle s'éloigna de ce souverain , qui lui avait témoigné une tendresse si vive.... Elle ne devait jamais le revoir ; mais après quelques mois , le regret était éteint dans son cœur.

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