‹ Histoire de Blois et de son territoire, depuis les temps les plus reculés jusqua̕ nos joursChapitre 23 sur 27 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

lies trente dernières annëes de notre liistoire dans le Blësois.

Les premiers mois de la restauration furent, dans le Blésois, une époque obscure. Les mœurs douces et conciliantes de la population n'admettaient ni le regret vivement exprimé des jours éclatants de Tempire , ni une accession énergiquement prononcée aux nouvelles destinées politiques apportées par Pancienne dynastie. Les citoyens échangèrent , en général , avec un calme parfait, leur cocarde tricolore contrôla cocarde blanche; le raisin de leurs coteaux ayant mûri en octobre 4814 , comme dans l'automne précédente, et le mouvement commercial de leurs celliers n'ayant pas paru péricliter, ils jugèrent que Ton pouvait vivre sans le moindre souci avec beaucoup de gloire de moins et quelques humiliations de plus, en attendant les félicités que sa majesté Louis XVIII promettait. Certains esprits forts seulement trouvèrent que , si Ton avait pu perdre la gloire

avec résignation , on payait un peu cher la perspective de bonheur que Von saisissait , avec quelque bonne volonté , à travers un million de baïonnettes étrangères.

Tel fut l'effet du changement de régime chez les classes bourgeoises et prolétaires de Blois et du territoire environnant. Mais la noblesse accueillit tout autrement le retour des Bourbons : elle se flatta que , sous leur règne , allait renaître le beau temps des privilèges ; que tous les vilains favorisés par la révolution allaient rentrer dans la poussière, et que la classe titrée seule serait admise au banquet des faveurs. Les voitures publiques et les attelages de poste purent à peine suffire , durant plusieurs mois , au transport des gentilshommes qui , des bords de la Loire, du Cher, dn la Sauïdre et du Loir, firent irruption vers le palais des Tuileries. On cessa bientôt de pouvoir compter les nobles voyageurs qui reviiurent de Paris avec l'ordre de Saint-Louis, voire même avec la croix d'honneur, accordés en récompense du dévouement que ^ du fond de leurs châteaux, ils avaient voué aux princes lëgîtimes. Quelques-uns, sous-Iîeutenants ou simples cadets en 1789, revinrent de Paris, colonels , eu égard à Tavancement quHls auraient eu dans l'armée royale, n^eùtété k réfvoluffekm; I^'duirea , il est vrai, ^'étaient rendu» dignes de cesr foveors,, soit seus ks ordres de Condé, floit parmi les Yenâée&s , s^i dans tes bandes de kt ehouanaerie: AMIS aurions dit leêrangâ y si les explûHs de ces derniers partisans euâsefit été^ empreints de laeosivicitou qui aBimsâ4 Les premiers Gombatta»ts de la Vendée.

Petide provixkces Qffirirent,i en 4844, un mouvement véiragrade aussi prononcé que eekiis doni on se piquait litos' daas le Bléso»: : les propriétaire» litres y étaient redevenu» de prknr* alvord des mgitetÉts^; on reeoudtruiaait à leur inteniioii le banc d'heiuaeiirà l'élise paroissial; Vene/^ns ne îaxûok fies toto€e pour eux; mais le otergé le leur promettait; et la fuie féodale eoinmençail à se repeupler de jngfdo&s iuviolaUeftw Dans las £6rdeS(da Blois, jamais ofk n avait entesadu réaoaner un. échange

ET DF. S039 TUtHHPOntE. 3SS

pèas noam des^ titees de osamte ^ àe baron , de msMqms:: on eût dit. que ter noMesse s'étail sextuplée (iorant ies annéss da proscripdkMoi (fui avaient pesa sor elle. Par malbear^ les fenânilles noèlea dui BAésoli ^ oom^Bie oelles. de plusieiSTS aakresst {xf oviaces , vqidnrBixt maireher toref» vite daus la voie rélrograd» cMiila resr tooraiioR les ayaritla^é s- engager : on n'eiiàree p^ en un jour lesf trmses d'vike révolntoon, so^t^ot lorsqof'emi veisS slattâ^tfuer auK mténèls cfii'ellfi a c^asacréSi Le mot de reairtiution £nl puro^ nencé dansiFenoeinte légalativ«^ à piiopo& des propriélés deve^ noesnalionaiea ;. ei sondaifïle trône de Loukt XVttI s'é;bfaida* juscpi'àt sa basoy encoire mai assise; il: ne se raffinât plosi Napo^ iéon, attentif à ce qui se passait en France, crufe déSHhursàfla pmsïlB^Mé deaoa reCoirr..^ Après quelques semainesy k proèabâUé d ome^ réassHe se dessvDa nelteosent dans sa^vast^e pensée. ht débarqsremaUi de l'fsnpereof sur la ^bge» provençale ^> la conséquence d^ne a^xréeiation logicpie des évé^emeails , plutèc qnlune hasardeuse es péditson. U y evt moins d'andacsefqa'on ne pense dans celle marche^ qu'on, a nominée prestigieuse; maïs «neprofende hsl^llé avait présidé an dioîx du monneni.

Tandis que l'aigfoiiiftpériale planait du Gdphe-Joam a«it toua*s de Notre-Dame y on organisait à Blois un© légion royaliste pour se porter contre Napoféen : MM. de Maupas et de 9akb«?rf étaiest chargés de eette organisation *.

Ce layonnemeaaili passager de la Fenaissai!»t& étoile de Napo^ léoB,. appelé les Gent^J^urS; s'était érfatioui; Mi Terray, noureau pcéfètr de Loff^l-Cher, avait mission d'esLercieT la vindicte royale OHBtre les napoléo»istes qni s'é$aiônt prononcés durant celte conrte péiïiodte. Henrensemenl pour sa renonsmée, ce magistrartBC'pufei^w avec etuautô. Plusieurs eofps delà garde

* Neitt isiMrons les moiii^ q«ii ontekupéelié oe ecsps de TafoQUwe&ct'entrGir en campagne ; nous pensons que les éléments qui le composaient durent entraîner sa dissolution. Réunis sur la place pour une distribution de ciiaussures, ils ne reparurent pins le lendemafin.

Hfou de l*M(Uteitn.

336 HISTOIRE DE BLQIS

impériale avaient été cantonnés dans le pays avant leur licendément, et quelques officiers s'y étaient fixés après. Or, le gouvernement rendit fort laborieuses les premières années de leur résidence: on les soumit à des dispositions draconiennes qui n'étaient pas propres à effacer , au jugement des contemporains, la défaveur historique attachée au nom de Terray. Les prêtres mariés qui hibitaient le département furent , pour le moindre mot d'opposition , recherchés aussi avec une extrême sévérité par le préfet. Enfin , il se montra empressé d'accueillir les dénonciations que les inimitiés personnelles ne manquent jamais de multiplier aux époques de réaction, si favorables à rémission des calomnies.

Instrument d'une politique vengeresse , M. Terray autorisait en quelque sorte les vengeances individuelles ; aussi en eut-on plusieurs à déplorer dans le ressort de son administration. Nous ne citerons qu'un de ces actes , qui doit être voué à l'indignation de la postérité : M. Terrier , vieillard infirme , retiré dans la commune de Sambin , avait été, durant la révolution , administrateur du district de Saint-Âignan. Patriote ardeat , peutêtre , mais homme doux et inoffensif, il avait rempli ses fonctions avec zèle , et le zèle républicain , même dans une gestion indulgente, devait compromettre les ennemis déclarés de la patrie. Or, les contre-révolutionnaires que Terrier avait pu signaler se vengèrent en 481 5. L'ancien administrateur , malade e4 alité , fut assaiUi par ces furieux, dont les noms resteront suspendus à notre plume , afin d'épargner à leur front , s'ils vivent encore, la rougeur dune honte indélébile. Sans égard pour l'âge , pour la maladie , Us attaquèrent un homme sans défense, couché , et le lardèrent de coups d'épée à travers sa couverture. On peut affirmer hardiment que la révolution n'offrit aucun trait comparable à cette action de Caraïbe.... Elle resta pourtant impunie.

Qui n'a pas déploré les massacres commis durant la terreur de 93 ; qudle ame honnête a pu approuver ces terribles sévices

d'une puissance executive en délire? Mais qui ne s'est pas dit : « Les bourreaux de cette lugubre époque frappaient dans le paroxisme d'une frénésie sanguinaire. » Les Bourbons, à leur retour de Gand, devaient-ils donc s'inspirer d'un tel exemple? Pouvaient-ils avoir oublié qu'à leur première rentrée et au mépris des plus expansives promesses de félicité , ils avaient désorganisé une brave armée , frappé d'une destitution inu^^ritée d'innombrables fonctionnaires, pour appeler aux emplois des créatures sans justice ou sans capacité ; et^ faute plus grave encore , laissé craindre la reprise des biens nationaux. Ainsi , les enfants d'Henri IV , tout en invoquant le nom de ce grand et généreux prince , avaient commencé leur règne en punissant. Après la suprême leçon qu'ils venaient de recevoir, il ne leur restait qu'un parti sage à prendre, celui de la clémence. Ils avaient puni en 484 4 des Innocents ; il eût été beau , il eût été politique surtout^ de pardonner en 4815 à des coupables.... En 4830, il se retrouva des souvenirs dont l'amertume s'était conservée à travers une période de quinze années : il est rare que les désastres des souverains ne soient pas le résultat de leurs fautes.

Cependant la vindicte royale atteignit peu de victimes dans le département de Loir-et-Cher : Tadministration de M. Terray se résuma par une inquisition vexatoire pour les citoyens suspectés d'un levain de vieux républicanisme , ou connus pour avoir été dévoués à l'empereur ; mais ce saint-office politique laissa son glaive au repos , et ne ralluma pas les bûchers du XYi.« siècle.

Après les premiers transports de fureur réactionnaire que nous venons de mentionner , les esprits , naturellement paisibles , des habitants du Blésois , se calmèrent , et les royalistes ne songèrent plus qu'à jouir de leur victoire. Toutefois, instruits par l'expérience , les nobles du pays comprirent qu'il fallait se hâter moins qu'en 4814 à reconquérir les privilèges perdus en 89 : ils se laissèrent aller au mouvement de bascule que l'habile Louis XVIII imprimait au levier gouvernemental , en atten-

3âS HidTCHRB DB ILMB

dant BÛeux^ Laft élecikHis s'étaienlj faile» dans ie départemesit augnédummigtère : les ooUéges de Loir^-etrdMerii'aTaieDt grossi d'auoviB élémieiU d'oppositioa )e cofpa re^sematif. Le coi, alors convaineu quW royalisBae parienealaire' trop prononeé DiuimbU à s<m gouvernement plua qu'il ne le secvirail, pféférml les iien^valeors oraitoiros ^ le» YolaBli»/Nmr sileDoieax , »ua char leureux oraleups du oètè droit. Sooâ ce rappeari^ ii fél bien servi dans, le département de Loir-eMilber. Aussir Thifitoipe ne doitelle recueillir que deux noms paroû ceux d«s clépNités que les électeurs du pays eavoyèreni à lia. ehaaibre, de 484^5) à 4ë^: ce& noms sont ceux de MM. Pardessus et de âsilaberry.

M. Pardessus , emprisoané eui même leflops qae son père^ n^a^ait pas dû. puiser daus cette peffséeuiioii «m amour bien vil de la révoèution... L'empire le trouva moiikSTndifîéRent : ctn 4806 , il fut< nommé maire de lavilledeMois^etbientôl^alevitffigmner sur les bancs du Corps législatif. Sans do«ie il se flatla.de propager y sous le manteau de sa fortune politique ^ le savoir émi^ nexitqui le distinguait. Ce fui en effet dmrantaa caimièra légi»lative, que M. Pardiessus publia son Traité des aervitudêê mvant les^ prmdpes du- code civil ^ et son Traité du MUrat d^échange. En 1840 , il obtint la chaire de droi4 comineroial à. la Faculté de droit, et. fit paraître^ l'année suivante^ se&ÉIdniexUa de jurisprudence commerciale. Au barreau , M. Pardessus s'était £»it une belle réputation; celle qu'il acquit par ses Uavaux de jurisprudence acheva de le classer parmi leâ légistes illustres. Dans sa double^carrière de professeur et de membre du Corps législatif,. Fauteur du Traité des serviiitdes s'était soumis aarégisne impérial avec une docilité qui bii pré4a phis d'une fois le^^aUttres du courtisan; mais on doit penser que ses véritables aSécjtkMiâ étaient vouées aujs princes de l'aoeienaer maison de Fra&^ ; car en 4845 , il accepta avec joie le mandat qui Tenv^^yail èkhàf chambre des députés , où il prit place à l'extrême diH>ite. Plus tard , M. Pardessus recueillit avec spleadeur le prix de son zèle monarchique : il siège, au moment ou nouséorivons, àla€our de

£T DE. tan ixaBiiiHimE. 399

caBSfttioû ; et la. haute dignité âe conseiller à ce tribiinal'sapréme, rehaussée du titre de membre de l'Académie des inscriplions et b6Ues4ettres , est lé C9rmple9iient.de divers autres honiisups qui furent amplement mériéé» sou» ku Restauratien.

M, de Salaberiy , comme M. Pardessus , siégea aiit côté droit de la chambre eoi 4845. Élude nouveau en 4846 , i8@4 et 48^ par le cefiége Rectoral de Btoîs^ il n'obttat point en 48âl7 ks^ suffrages de ce eoUége ; mai» il dut aen éleclÂén à celui dti eiu* quième arrradissement de Paris, cpû ne kr reneouBflb pas en juin 4830. Nous n^eaamiœffons pdiat ici la ligne parlementaire qœ suivit! M. de Salaberry ; satns doute les moyens extrêmes qu^il proposa souvent d'Cmployeir ec^ntre ceux qu'on appelait dors des eenspirateiurs, émanaient de se» convictions; et nous le répétons , les hommes convaincas , même da<i& la sphèce de l'erreur , ont dxoit à rindu)gence« Nous devons ajouâer €|ue ^ du^ rant sa earrièite l^slative , M. de Salaberiry renootttca de la sympathie parmi ses cosdinettants : dan» certaines petites villes, on TaecueiUit avec des démoBStratioDS'qui visaient' à Uovatîon ^.

Nou» avons ko que le siège épiseopal de Blois av^it été réuni à l'évêché d'OrlésÂs par le concordat de 4 8M ; il fat vétabH en 1847; mais aucun titulaire nWpritalors possession: le diocèse rest» soos le gouvernement apostdique de Tévéque d'Orléans jusqu'au moi& de juillet 48Si3, époG|ae à laqMolle fiit installé

* M. de Salaberry s*ëtant rendu à Montrichard , un panégyriste des rif es dtt Cher composai en aoa bomiaûr une diaason dont le reflrai» , mestiré sur celui de Bichard-Cœur-de-Lion' : Que Je vous plains (bis), vêus ne Ui verrez pas , se produisait ainsi :

Sala. Sala»

Sala, Sala>berry. f9i/.)

tJn petit journal de Paris , Le Miroir, ne prit pas cet honmage poéiique au sérieux, et en amusa ses lecteurs. M. de Salaberry a publié, dans le second volume ées^lféiBerfresdela société académique de Blois, on charmant arkidc sur le ienreifurimquei le spMcue^ aateura comBÉa une flagrante «nission an ne dtuit pa» le ihant de se* pan^riste de Monlricliard*

M. Pierre-François de Sausin. Nous aurons occasion de parler ailleurs de ce vénérable prélat.

En janvier 4819, M. Pelet ( de la Lozère ) fut rappelé à la préfecture de Loir-et-Cher ; l'administration de ce préfet , aujourd'hui pair de France, a laissé dans le département le souvenir d'une action sage , bienveillante et éclairée. M. Pelet de la Lozère voyait sans doute dans le dévouement un sentiment consciencieux et bien entendu du devoir , et pensait que Popinion, toujours effervescente lorsque la société est agitée, ne devait jamais dominer la justice du magistrat. Malheureusement peu d'administrateurs, peu d'hommes d'état, de 4845 à 4830 , suivirent cette ligne heureuse de conduite : ce n'était point à des mesures conservatrices que la monarchie , surtout sous le règne de Charles X , bornait ses vues et ses projets. Ce souveverain n'avait pas accédé un seul instant aux institutions nées de la révolution ou de l'empire; il s'était soumis au régime de la charte aussi peu volontiers que Louis XVI à celui de la constitution. Il fallait donc que les agents de son gouvernement préparassent avec habileté, mais avec une activité incessante, le retour de cet ancien régime pur, à la renaissance duquel Louis XVIII n'avait pas cru , mais que l'incurie de son successeur croyait possible. M. Pelet de la Lozère ne pouvait être le metteur en œuvre d'un tel système ; il fiit remplacé par M. le comte de Saint-Luc, que remplaça à son tour en 4829 M. Lezay de Marnésia.

Aux époques de réaction , il faut qu'un fonctionnaire public soit bien favorisé par la destinée , ou doué d'une grande habileté pour rester en place. A laquelle de ces puissances M. deLezay^ Marnésia dut-il d'y être maintenu en 4830? C'est une question que nous abandonnons à la sagacité de nos lecteurs. Voici les faits. Dès que M. le préfet eut communication des fatales ordonnances , il les livra à l'impression et se disposa à les faire publier. Mais, par une circonstance providentielle, ou plutôt l'imprimeur ayant été frappé de ce que ces ordonnances con-

sacraient d'odieuse impopularité , Tiropressioa en fut retardée ; et elles n'étaient point sorties des presses , lorsque les événe* ments de Paris furent connus à Blois. Alors , M. le préfet parut vouloir donner sa démission : elle fut même imprimée pour être affichée; toutefois, ce magistrat s'abstint de résigner ses fonctions auprès du pouvoir nouveau... Il attendit , et cette temporisation fut heureuse. Le chef de Popposition blésoise , qui s'était emparé de Tautorité municipale , s'effraya sans doute de sa responsabilité. Il amena les personnes qui Fentouraient à solliciter de H. deMarnésia de rester à l'administration départementale... Celui-ci put s'autoriser de cette manifestation , et le ministère dut croire au ralliement du préfet de la Restauration.

Nous allons bientôt atteindre l'actualité , ce terrain brûlant sur lequel l'historien ne doit marcher qu'avec prudence. Les dernières années de la Restauration sont , si l'on peut s'exprimer ainsi , la veille de cette actualité à Fépiderme délicate , et bon nombre d'hommes d'alors sont les hommes d'aujourd'hui. Or, c'est une entreprise trop difficile pour l'écrivain qui ne veut pas être hostile , que de suivre le mouvement des consciences au moment d'un changement de dynastie ; nous déposons la plume politique.

Mais il nous reste à accomplir une partie intéressante de notre tâche : le mouvement progressif des esprits et de la pensée; la direction et le succès des études dans le Blésois , ou chez des hommes de cette contrée depuis trente ou quarante ans , méritent une mention qui n'échappera pas , nous l'espérons , à l'histoire générale elle-même. Dès 4805, une société impériale d'agriculture fut établie à Blois : elle fonda des prix , décerna des encouragements à l'agriculture , à l'industrie ; et son concours pouvait être d'une grande utilité au pays , si la routine , cette rouille des siècles , n'eût souvent paralysé l'action d'une si utile association. Ce fut aussi en 1 805 que s'ouvrit la bibliothèque de Blois, composée, comme nous l'avons dit, des livres confisqués à l'évêché après l'émigration de M. de Thémines^ et de

34S OnffiHVEIflB MiOIfi

çmx aoiervésidM aiaeteas monastères dattésois. Getle collection, piaeéaà Tliôiel^de-viHe, dans «n local dis{iûsé avec^oùt , jske s'élève pas aur^elà de quaraixte mille Tolames, parmi lesopielsiie ggureai qu'en très pstôt nombne les [produotians de la presse moderne : Hois^^iM ce irapport, subit l'effejbde i'extrôme mo^ dioité des ienods aoeordés :par les chambres ^\êt tout oe qui tient au dévetetppfinenA .des oonnaossatftces iotaUeûtnéllfis.

Suçant ia fiériode impériale , Blois ne pcnvjiit guère ^eiter panmi ses no^ibilâtés litléraif^efi cpie MM. àe Salâlberry et de èaint^Ange. he preouer ô»t«ulieur d'un Voyagea Constantinople, dii Voyage mMont-d'Or, dHm roman intitulé Comanine de Beaiur villiers , d'utte Mûtoire de l^ empire Mmian ^ justemeixt efiflknée , et à'Eztoéssitvr la Val&ckie est la Moldamei. M. de.Saiot'-Asige , tradueteur des Fa^es , de VArrt damer ei des Métamorphoses d'Omde , fut an interprète tnédiâcnemeKt beiirenx: .dn f)eète iatâoL La versifieaiifm de «ee littérateur J^lésois est suave ^ graoietise , mais d'urne mollesiie habitueUe où la pensée «d'^^vâde ee n^nlo^ dHme tiédeur qui n'ieàt pas ait exiler l'amaiït de JMie parmi les Seythes. Savnt^Ange était f>oèlja -tout juste .aasc^ pour être admis à l'Académie fraaaçaise; Irop peu pour -être classé au nombre de nos illustrations poétiques.

Vers l'origine de l'en^àre, le [collège de JBiois, dirigé par M. Godeau ,âi:^urd'bui4oyen des gens delettn^ de Blois, était devenu un «entre de bonnes études , d'où s'élancèirent quedquas années plus tard^ powr acoompUr de nobles missions dans Je inonde scientifique et littéraire., les dooteurs fiaAly et SimoA , MM. Augustin et Amédée Thierry , de la Saussaye , et plusieetTs autres bonunes d'intelligenoe et de savoir.

fiailly fut plus qu'un savant; toute sa vie, malheureusement trop oourte , signala eaa lui le bienfaiteuir de l'bumamté. Eeçu doûteur ea médetâne par la FacuHé de Paris quelque temps avant nos désastres de 1814, Bailly courut à Meaux soigner Jes blessés de l'armée française dont cette ville était ^SfOouabrée au mois de mars.En 4820, des fièvres intermittentes pernioieufles

ET IkE S<m ZBIIKfS'OIRE. tiS

sèvisâaieaA >eiQ>Italîe, particulièrement daufi le voisinage â€S Manaiis*^onlâsis; jBaiUyse reoidÀt sor des lieux oùpé^^iila >inaiaâie endéiakfiie , et publia à son retour ie Irmùémi^omBOo-^hoiogique des fièvres intermittentes , simples et pemicieîues^ fondé :sur des observatiom diniques^ et reaueUHes en JéaUe, notamment à l^hùp^l du âmnt-^spmt é Rome , jmndant des unnéts 1820^ &%%\ et ^îSââ. 4]ot âmpoptant^ ouvrage ^veoiai t deparaître {4^6)^ lorsque le conuAé fihi&elléniqae de :Pairis ohioisût fiailly pour organiser uiiBervkse^B sanÊé danseefcle nastifaecireuBe Gpèœ , que déaoiaimitalors^ tont.à.laisis., les^idéaues, iajguerre oivHe et la giKme éÉi^aigère. Le : goiédeoin Jalésois ,accwnpli t œtle ièxAm pUr ianÉropiqi» airec (tani de aèie >el de sneoès , qu'fl rfat proclamé tétoyeii giree par il/^ssenibiée iBationale. Au miérrle que les iiellàaes^attachai^it.à cette récoiB^nse , en peut recoanaUne qise la vanité stÉiqiBd subsiâlai-t paximi 1^ desoendaate des Ai^énieiBS.

il eabirare qoe Ifon fiasse «sa fourkme i>ar Kies.élans d'humanité i ëaiHy gae drapporia a» Fi^aiice que la douce stfitbfoction d^YV'K»ir 3oula^ses:ao»blalïle6; ii dut atteindre del'eïerciDe.de la jnédeoine, à Paris^, une ^xisAenaice iioBDnable, c^i ne loi eût pas ùi\i défault si âa vie se fût pràbngôe. Mais, atteint de Fépidémie qui parcourut ia France en 4Â35, il y suecomba le 1:6 février de l'année sai^anteuH étoitèpemoégé de qttarante-troiss ans. Independarameat^e Touvrageqoe nous avons cité, le docteiurBailly a laissé pflusiBurs écrits d -importa noes diverses ; les principaux S0»t : VEiJcisknce de Dieu -et la liberté morale dëmonirées p&r tes argttmer^s tiré^deda doctrine du docteur Gatl, sur l'origine et la nature des penchants et des qualités moraks 4e riomme -et des animaux. — Mérmire^ur ies différents Ghmigementsqm surmmnent dans le système osseux et dams les principaux organes de la nutrition ^ de iarespiration , mix différentes époques de V^accroi^" sèment deVi^^mme — Mawuel d'astronomie , i vol. in-18. — Bailly a publié en outre une multitude de Notices dans les recueils périodiques; puis, se rlaisôant alier à cette déviation deTinteHi-

gence donnée aux hommes de savoir , qui les engage dans Farène politique, le docteur blésois fonda le journal le Français : feuille dont l'existence éphémère suffît pour engloutir les économies de celui qui l'avait créée.

MM. Thierry, par une route différente, portèrent plus loin encore que Bailly, la renommée de leurs travaux. Augustin Thierry , particulièrement, a pris rang depuis bien des années déjà parmi nos historiens célèbres. Admis à l'école normale en 1814, après de brillantes études, le savant blésois en sortit bientôt par l'étroite issue réservée aux membres débutants de l'Université : il se livra jusqu'en 1814 à l'enseignement. Mais, las de suivre une carrière où le plus pénible labeur ne donne souvent que de l'ivraie à celui qui s'y livre , le jeune professeur se jeta dans cette république des lettres , dont le sol , aussi peu productif que celui de l'instruction publique , se pare au moins de toutes les fleurs de l'illusion. M. Thierry se lia avec Saint- Simon ; « ce rêveur que notre époque vit apparaître comme une y> dérision vertueuse à travers ses corruptions. Nous devons » nous hâter de dire que notre compatriote avait trop de raison » et de logique pour croire candidement au prophète du xix.« siè- 9 cle; il associa toutefois son nom au sien dans deux brochures » intitulées : De la réorganisation de la société européenne , et » Opinion sur les mesures à prendre contre la coalition cfe 1 81 5. » Le biographe auquel nous empruntons ce passage ajoute : « M. Thierry avait été trop assidu aux leçons de M. Royer- » CoUard pour se pénétrer de la possibilité d'une réforme ab- » solue de la sociabilité actuelle ; mais il y avait de bonnes • )) vues dans les mesures proposées contre les coalitions. * »

Les jeunes réputations qui s'entent sur les vieilles agissent toujours dans leur intérêt : après les publications que nous venons de citer, M. Augustin Thierry put voler de ses propres ailes : son nom n'était plus inconnu. Il écrivit d'abord dans le

* La Loire historique, tome IV, 2.* partie , page 507.

Censeur européen, publié par MM. Comte et Dunoyer ; puis il publia dans le Courrier français, ses Dix lettres sur r Histoire de France, qui furent accueillies avec un succès éclatant : cet ouvrage forma le noyau de celui que l'auteur fit paraître en 1827 , sous le même titre. Cette dernière publication , qu'avait précédée V Histoire de la conquête de r Angleterre par les Normands, acheva de classer M. Augustin Thierry au premier rang de nos historiens, et lui ouvrit les portes de l'Académie des inscriptions et belleslettres. Vinrent ensuite les cçmpositions suivantes : Dix ans d'études historiques; Nouvelles lettres sur l'Histoire de France, et récits du temps des Mérovingiens, précédés de considérations sur l'Histoire de France.

M. Augustin Thierry , quoique atteint d'infirmités graves et d'une cécité complète, poursuit courageusement ses travaux d'un ordre supérieur. On ne peut refuser à cet écrivain la gloire d'avoir ouvert à l'histoire une voie plus large , plus lumineuse , plus propre à faire juger les hommes et les événements. M. Thierry s'est surtout attaché à faire surgir de l'histoire des aperçus nouveaux , à répandre la lumière sur des faits mal appréciés , et à rendre à l'histoire cette marche indépendante qu'elle eut si rarement. Peut-être cet habile annaliste, que l'on comprte parmi nos plus élégants écrivains , a-t-il trop sacrifié à cette idole contemporaine qu'on nomme Voriginalité, en recherchant Torthographe des noms historiques, noms francisés depuis long- temps. Ce soin, qui n'ajoute rien à l'authenticité bien établie des origines, jette une certaine perturbation dans les études élémentaires, et ne joint qu'un bien petit mérite aux brillantes qualités de l'écrivain.

M. Amédée Thierry, à une grande distance de son frère, a marché dans la carrière historique avec un beau succès. Après avoir publié plusieurs articles remarquables dans la Revue encydopédique et dans Le Globe , vers les premiers temps de la Restauration, il fit paraître, en 1826, un Résumé de V Histoire de la Guienne, d'une exécution plus étudiée que celle des résumés

Z^ fllSTOmS DE BLOiS

qu'on polBiôaii alors à titre d^ spéculation. Beux 4111s plus tard , JL Amédée Thierry donna son histoire des Gaukis. « Ce livre, <lit le hiograp^ déjà cité^ dont nous partageons l'opiniDn, of^ fre noire histoire originaire sovus un point de vue nonvean. Les monuments romains y sont mis en harmonie avec les Iraditîoos celti€[iiies , avec les origines anglaises et bretonnes. L^ntecor ayant pris pour base l'idée de la permanenoe des types moraâx dans les races humaines, compare les Gaulois auK diffépetites époques de leur histoire , et arrive à cette conclusion , essentidlement systématique, que l'identité de leur caractère s'est conservée au milieu de tous les chafigefoents surveaus depois Fantiquité , et que l'on retrouve ce caractère sans aHération dans les Français de nos jours. Il y a là sans doute une pensée noblement patriotique; mm qui pourra aodieiliir cette donnée , en songeant aux nombreux croisements des races prodints par les invasions mmaine , visigothe^ germaine , bourguignonne , bretonne , saxonne , qui se sont succédées dans les premiers sièdes de notre monarchie. &

Sous le miniâtère de M. deMariîgnac, ministère qui pouvait , s^il eût été maintenu^ sauver Charles X des désastres doait il fut frappé en 1830 ^ M. Amédée Thierry obtint la chaire d'histoire 4e la Faculté de Besançon. Mais ce professeur, d'un libéralisme modéré pourtant , ne pouvait sympaUiiser avec le systèoae Polignac, qui réalisa bien

>.>...^ Cet esprit de vertige et d'erreur , De la cbute des rois funeste avant^coureur.

L'auteur de VHistoire des Gcmhts fut révoqué. Le gouvernement de jttillet ki rendit avec usure ce -qu'il avait perdu, en le nommant préfet de la Haute-Saônè. Rappelé en 4838, l'écrivain hlésois laissa daii« le pays qu'il avait administré la réputation d'un magistrat éclairé , bienveillant et intègre. Ce déplacement ne fut pas précisément une disgrâce : M. Amédée Thierry prit place au conseil d'étal en qualité de maître des requêtes. Il re-

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prit alors sa carrière littéraire ^ publia , de 4 840 à 4 842 , V Histoire de la Gaule scnis la domination romaine y faisant ;suite à son histoire des Gaulois. Ainsi M. Amédée Thierry a oomplété l'histoire de nos origines celtiques et romaines; tandis que son frère et M. Guizot donnaient Thistoire de nos origines germaniques. Ce qui distingue surtout les compositions de M. Amédée Thierry, c'est une certaine portée philosophique , qui égare quelquefois peut-être ses déductions; mais dont la tendance est toujours noble et généreuse.

Parmi les hommes d'une Valeur littéraire éminente sortis du collège de Blois, M. de la Saussaye mérite d'être cité honorablement; nous le disons avec une vive satisfaction : heureux d'avoir à parer l'histoire de notre pays natal d'une notabilité intelUgefnte de plus*. Le nom de M. de la Saussaye se rattache a plusieurs institutions fondées récemment à Blois , et dont il fut le principal promoteur. En 1823 , il y eut dans cette ville un essai d'association littéraire et scientiâque qui prit peu de consistance; cette association tomba bientôt, avec un journal littéraire aussi , fondé dans son sein et sous la direction de M. Aucher-Eloi.

Nous venons de nommer un savant compatriote^ dont les efforts en faveur du progrès intellectuel furent aussi constants que malheureux. M. Aucher-Ëloi publia à ^ois même , dans les dernières années de la Restauration , une biographie des contemporains, rédigée avec autant de conscience que de talent :

* M. de la Sausss^e se montre plus restrictif : selon ce qui nous est revenu , il s'arrangerait volontiers , quant au Blésois , d'une sorte de monopole historique. H considère comme sa propriété légitime tout ce qu'il emprunte des anciennes autorités, et se déclare spoUé lorsqu'on les cite après lui. En admettant môme que oe soit d'après lui , ce qui serait un gage de confiance , peut-être cet écrivain devrait-il tenir quoique compte des éloges qu'on lui accorde en le citant. Car , il faut que M. de la Saussaye se le persuade , la réputation , fille du mérité quelquefois (et c'est à ce titre qu'elle lui est acquise) , ne se réalise que par le bruit. Or^ la dignité d'académicien est, de nos jours, peu retentissante; nos corps savants absorbent les iuiniôres ; ils la reflètent raremont.

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c'était une œuvre utile ; ce fut une mauvaise spéculation : cela se voit tous les jours.

Une nouvelle tentative d'association fut faite en 1825, avec aussi peu de bonheur qu'en 1823 : M. de la Saussaye , lui-même, nous apprend , dans une Notice intitulée : Histoire littéraire du Blésois, que des discussions politiques amenèrent la dissolution de cette société.

Mais la persévérance ne manqua point aux amateurs du savoir et des lettres dans le département de Loir-et-Cher : vers la fin de 1832, des éléments d'organisation plus compatibles leur permirent de fonder enfin l'institution académique de Blois sur des bases plus solides. M. de la Saussaye , dans la notice sus-mentionnée , fait modestement au corps médical les honneurs de cette nouvelle réunion; mais nous devons dire que cet écrivain en fut le principal organisateur, puisque le premier plan du travail qu'elle avait adopté fut rédigé par lui. Du reste, la liste des fondateurs offre les noms ci -après: MM. Amaury , Beaussier père , Beaussier fils , Blau , Colliez père, Colliez fils , de la Saussaye , Desbrosses , Desfray , Duplessis , Leroy , Naudm et Renou.

La société des sciences et lettres de Blois se compose de vingt membres titulaires , et de membres honoraires ou correspondants, en nombre illimité. Si la liste des sociétaires résidents n'offre pas Tétincellement de noms précisément illustres , quoique plusieurs aient une valeur scientifique ou littéraire digne d'estime , un bon nombre d'illustrations figure sur la liste des membres honoraires ou correspondants. Nous citerons entre autriBS MM. Augustin et Amédée Thierry, Pardessus, Guérard , Spencer Smith, Eloi Johanneau, de Caumont, Laurentie, Julien de Paris, etc. Les membres titulaires sont divisés en deux sections : une section scientifique et une section littéraire; néanmoins la société n'élit qu'un seul président et un seul secrétaire^ nommés pour un an , au scrutin secret et à la majorité absolue. La société se réunit le vendredi de chaque semaine; ses séan-

ces sout secrètes. Une séance publique a lieu annuellement à la fin d'août.

L'association qui nous occupe compte douze années d'existence , et les mémoires qu'elle a publiés ne forment encore que trois volumes. On devait attendre davantage du zèle des membres qui la composent : cette attente était d autant mieux fondée que , par les mémoires mis en lumière , on peut reconnaître que ni le talent , ni l'inspiration n'ont manqué aux sociétaires. Nous avons surtout remarqué dans les recueils imprimés les Notices intitulées : Essai sur la population de Loir-et-Cher, Origine ei progrès de la féodalité, et Notice sur la vie et les ouvror ges d'Abel Brunyer, par M. de Pétigny. — Essai sur Vorigine de la ville de Blois et ses accroissements , et Préds de V histoire des sciences et des lettres dans le Blé^sois, par M. de la Saussaye. — Notice sur la vie et les ouvrages de Pierre de Blois , par M. >Duplessis. — Des divers moyens de communication , à Vusage des sourds-muets^ par M. Alphonse Laurent.— Du Burlesque^ et Etudes littéraires pour servir à l Histoire du Blésois et de Blois, par M. de Salaberry. — Notice sur le château de' Bury , par M. Naudin. — Notice sur Denis Dupont, par M. Leroux.— iVb^tce sur Dinocheau, par M. Vallon. — Coup- d* œil sur quelques anciens systèmes phihsophiques , par M. Cler. — Lettres écrites d'Orient, par M. Aucher-Eloi. — Mémoire sur les inscriptions latines de la ville de Blois aux zi.* etxu^ siècles, par M. Eloi Johanneau.| — Enfin, Notice sur la vie et les ouvrages du père Jean Uorin, par M. E. Godin.

Depuis la fin de Fannée 4790, il n'avait point existé à Blois de journal politique, et nous avons vu que la carrière du Courrier de Madon avait été éphémère. Sous l'empire , la politique était une sorte de noli me tangere : les préfets maintenaient soigneusement la lumière sous le boisseau. Durant cette période , on publia à Blois le Mémorial de la Préfecture et les Petites affiches, deux feuilles d'une innocence candide quant aux matières de gouvernement. Sous la Restauration, les hostilités du champ de bataille ayant cessé , toute l'activité des esprits se ré-

fugia dans one polémique ardente, et celle-ci s'attach» à toot ce qui pouvait l'alimenter. Louis XVIU nous avait donné des institutions aaglaises ; nos pubiicistes emprufii^Fenl à leur tour de l'Angleterre, Vopposition, cette puissance si utile lorsqu'elle émane des consciences pures d'ambition ou de mauvaise foi. Le pouvoir, souvent attaqué, eut besom de se défendre; les défenseurs^ ou le conçoit sans peine, ne \m manquèrent; pas : la profession était bonne et le serviMsme se rencontre partout. Mais le Blésois ayant offert, de 4845 à 4830 , une bomogéoéilé à peu près euphonique d'opiniions, il ne s'établit point à Blois de journal conservateur : là où l'attaque n'existait pas, la- défense eût été superflue.

Mais après k révolution de 18âO, les esprits, même dans le Blésois , furent émus par Tévénement qui venait de changer la dynastie : le trône de Juillet , en s' environnant d*espérances , eut ses sympathies; le trône dé la Restauration , en s'écroulant, avait laissé des regrets sur ses débris ; enfin les opinions radicales, en 4832 , peu satisfaites de la Oiarche du gouvernement^ demandèrent à la pre-sse des organes el d^ échos. Trois jeurnaux furent fondés presque simultanément à BMs. Une lewlle, uniquement consacrée aux aniKHices , était publiée pmr Timprimeur Jahyer ; il songea à transformer, sons le titre du Bhisois, cette publication , en un journal semi-quotidien, et à lui donner uu caractère politique et littéraire. M. Henri CelHes , jeune avocat dont l'avenir littéraire s'était déjà révélé par des écrits remarquables , accepta la rédaction du nouveau joumid. Alors les questions sociales , comprises à la manière dies économistes et des Saint-Simoniens , étaient accueillies par bon non^re d'esprits supérienrs : M. -Henri Celiiea en était profondément imbu ; et dans sa rédaction, tous ses efforts, par l'entratttementd'une vive conviction , tendirent à substituer la discossion des matières sociales à celle des matières politiques. le Bkn9ois était donc une feuille vraiment radicale, mais trop>exekisivement au point de vue de cette sociabilité feboleuse, qu^au sei» dba nos

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briUftBies oonrBptîoofl , rév»ieat ks prQgélyles àe Saijil^&iinoB. Plus tiivd, M. CeHies, mieux conseillé paur Peipérienee, a i^conca que la polttiqaâ'^ ayant pour ofajet à» Bési^udre les questions sociales , ne pwitait être séparée à» eelk$~ci sans tes rendre insoluWeSv

Un autre jcitmal , fondé yers la même époque, Xe Cmaiitt^ tvmnely ctepûss, La Courrier de Loir-et-Cher ^ se déclara le efaaimpion des inslHQtîoBS de JuiHel daa& ftouie leur ûxbégnté. Vactîon énerglque^ de celle fèoiUe fut telle que Fadministration lec«)e éptonva le be^n de lui oppeser un oegane conservateur : Le Journal de Lêér^t-Gher descendit dians la lice poor Ift minis'tère. Nous, ne preiiDCicerens point sur la tâche poliliqtte qne poursuit cbaoïMi de ces jear naixx ; nous ferons rentaiirquer seulement que Le Céwrier de Loir^eâ^Cher repésenie im principe y et que Le Journal de Loir-^^Cker aocac»pÛl une missiao.

Le BlatsoiSj qui avait cessé de paraître eai 4834, reparut, en 4835 ou 1836, sous la direction de M. Alphonse LaiSFenl; mab durant cette ronaîssaii'te carrière ^ terminée depucist quelque temps^ il fut o<msacré aux intérêts industriels, agrieeles et ior^ teliectnels , pais aux annonces légales, à rexdnsion de toute matière polilicpie.

Vers le mésie temps encore , MAL de lia Saussaye et Cartier (de Tours), fondèrent à Blois La Revue de la Numismatiipêe française j qui manquait aux sciences historiques, à une époque où, par des fomilesinteiligentes , la G^le souterraine com* mençait a être explorée avec autant de persévérance que de talent. Ce recueil, plus enoere que Le Châtecm de SS)ois, Le Chû^ team de Chambord, LaNum&maÊiquê de la Gcmh narbimnai&e et La Sologne eeCHqm et romame , vient d'ecivrir les portes de l'Iastitut à M. de te^ Saussaye : depuis* le milieu de l'année 1845 ^ cet écrivain est mrefiabre de P Académie des inscriptions et belles-lettres. Quant à la croix de la Légion-d'Honneur qui lut a été donnée peu dejeurs après son éleetion, e' était te complément obligé de la braderie d'académicien. On n'explique pUi»

depuis long-temps , on constate seulement la présence de cette distinction , que Fempereur Napoléon n'accordait qu'au mérite transcendant ou à la valeur éclatante. Ajoutons que M. de la Saussaye eût pu la mériter dans tous les temps.

Au mois de septembre 4836, une solennité scientifique eut lieu à Blois , oà elle avait été préparée par les soins combinés de la Société d'agriculture et de la Société des sciences et lettres : le Congrès scientifique tint en cette ville Tune des sessions qui , conformément aux statuts de cette belle institution , doivent tenir dans les villes importantes du royaume, afin d'appliquer aux localités les recherches des hommes éminents réunis au congrès. Combien l'histoire surtout ne doit^Ue pas profiter d'une telle institution, elle encore si aride, si pauvre, faute d'avoir pu se livrer à l'observation des mœurs locales , à l'étude des monuments et au dépouillement des archives^ dont les liasses poudreuses sont encore, sur plusieurs points, vierges de toute investigation.

Il ne nous reste à consigner dans ce chapitre , comme événement digne de mémoire, que la mort de M. Philippe-François de Sausin , évèque de Blois , décédé au mois d'avril 4844 , dans sa quatre-vingt-dixième année, et l'avènement au siège devenu vacant par ce décès , de M. Fabre des Ëssarts , vicaire-général près du même siège. M. de Sausin laisse de vifs regrets aux habitants du département de Loir-et-Cher : c'était un prélat chez lecpiel la plus haute piété n'altérait point cette douce tolérance , cette charité sans restriction , qui est la véritable réalisation du saint esprit de l'évangile, et le plus noble attribut de la morale chrétienne. M. Fabre des Ëssarts, depuis long-temps témoin des vertus de son vénérable prédécesseur , en continuera , sans nul doute, l'exercice ; et les lumières qui le distinguent, à un âge odla foi est aussi puissante que profonde , garantisisent aux fidèles du Blésois un gouvernement apostolique exempt de blâme. La pompe qu'on a déployée lors du sacre de M. des Ëssarts ne peut manquer de lui avoir révélé la sympathie avec laquelle

son installation était accueillie; car nous ne voulons voir aucune influence étrangère à ce sentiment, dans la présence à Blois , en cette occasion , des archevêques de Paris , de Tours , et des évêques d'Orléans et de Chartres. Tout nous porte donc à Fespérer , si l'épiscopat de M. de Sausin reste dans les]traditions heureuses du pays , les qualités éminentes de son successeur consoleront ses diocésains de sa perte.

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