‹ Histoire de BloisChapitre 11 sur 25 · BLOIS · texte numérisé non relu

BLOIS

rampe de la rue Sabl-^^ulûn. Ses remises et ses écuries étaient situées dans la rue qui en a consenré le nom.

Fossés nu Château. — Cette rue n*est, comme la rue Gallois ci-après mentionnée, qu'une partie de l'ancien fossé de yille qui bordait l'enceinte for* tîfiée.

Rue de la Foulerie. — Les comtes de Blois y ayaient établi des moulim à foulon pour la fabrication du drap ; ces usines ont cessé d'exister depuis le XVI* siècle environ.

Rue Frangiade. — Cette rue a été ouyerte depuis la Révolution , sur l'emplacement de l'église des Minimes et sur les dépendances de leur couvent; sous la Restauration, elle s'appebr momentanément rue de Bourbon.

Rue Gallois. — Un passage du registre des délibérations municipales de 4702 nous explique l'origine et le nom de cette importante communication:

Sur ce qui a été remonstré, que la Grande- Rue qui monte en Bourg-Nei^ est inaccessible aux cbarrettesy ce qui fait un tort considérable au public, tant pour la perte des chevaux qui périssent à monter ladite Grande-Rue, que parce que la plupart des charretiers n'ont pas le moyen d'avoir assez de chevaux pour pouvoir monter * ; l'assemblée décide qu'il sera fait une

• Ce passage prouve que les voitures chargées montaient diréctc-

Digiti

372 lIlSTOltlE

rue dans le fessé de la rue Porte-Chartrtiine à la tH>rte Côte; elle accepte Toffre faite par Jean Gallois^ huissier, et sa soBur Marie Gallois S propriétaires d'une maison située au-dessus dudit fossé, de faire à leurs dépens les trayaux nécessaires. En considération de quoi, la Tille leur accorde Texemption des logements militaires, leur vie durant, et la jouissance des terrains qui les joignent.

Ainsi la rue s'appelle bien légitimement GaUm^ et non Galas comme a dit Fournier , auteur des E$9ais sur Blois*

GRATa)E-RuE. — De temps immémorial, la Grande-jRwe, celle des Marchands et celle du PortrVieux formèrent une communication directe, appelée, dans un titre de 116G ^, Viam qa/t» dudt à porta Camotensi ad pontem Ldgeris.

Depuis quelques années, plusieurs parties de la Grande-Rue ont été élargies; Timportance d'un passage qui doit être la principale communica^ tion pour arriver à l'embarcadère du chemin de fer, nécessitait cette amélioration que la municipalité espère compléter avec le concours des propriétaires riverains.

Rue du Ghendbr - A - Sel. — La maison où s'exerçait le monopole du sel et où siégeait la juri-

ment de la Grande-Rue à la porte Chartrainc ; aujourd'hui on u*ose' rait tenter un pareil assaut.

• Plusieurs descendants de cette même famille existent encore à Blois.

■ Preuves de Bemier, p. 11.

Digiti

diction préposée au contentieux de la gabelle « existe encore dans cette rue de fiscale mémoire.

Rue de Laurigaiu). — Elle s'appelait jadis rue de la Poterie^ à cause d'anciennes usines qui depuis longues années n'existent plus dans ce quar^ tier.

Rue du Mau.. — On Tétablit vers <754 sur l'emplacement du mur et du fossé de ville; les maisons furent juxta-posées à celles de la Foulerie, quartier bien plus ancien.

Rue des Marchands. — Ce quartier, l'un des plus commerçants du vieux Blois, s'appelait aussi rue de la Baudrerie^ mot qui exprimait autrefois l'industrie des corroyeurs.

Rue des Ohpévres. - — Cette rue, dont le nom indique suffisamment l'étymologie, se prolongeait autrefois jusqu'au petit porche de l'ancien Hôtel- Dieu (aujourd'hui la salle de spectacle et l'école mutuelle); elle était aussi tortueuse qu'étroite; son élai^issement date d'une soixantaine d'années environ.

Rue du Palais. — Elle était autrefois le quartier des bourreliers ; le voisinage de la balle et du marché, rendez-vous ordinaire de leur clientelle rurale, y avait concentré ces industriels ; aussi s'appela-t-élle longtemps rue de la Bourrellerie. Son

Digiti

nom actuel ne sera bientôt plus qu'un souvenir, grâce à la démolition prochaine du vieux palus.

Rue des Papegauts. — On appelait ainsi les figures d'oiseaux en bois ' qui servaient de but au tir de l'arbalète. Longtemps les bourgeois arbalètiers formèrent à Blois une confrérie nombreuse; l'existence officielle de cette corporation est attestée par un article du compte municipal de 1518, qui leur alloue cent sous à titre d'encouragement ^. Uexercice de l'arbalète était sérieux à une époque où il y avait encore peu d'armes à feu ; mais lorsqu'ensuite les arquebuses devinrent plus communes, cet instrument primitif cessa d'être une arme de guerre, et fut relégué parmi les jouets. Probablement les arbalètiers de Blois plantaient leurs papegauts sur le haut de la voie montueuse ainsi nommée. Autrefois cette rue se prolongeait jusqu'au mur de ville; mais la partie haute ftit supprimée pour rétablissement de Tévêché.

Rue du PoiDShDU-Roi. — Le bureau de pesage public occupait un hôtel de cette rue. La variété et l'incertitude des anciens poids occasionnsdent de

* Le Papegaui est un oiseau de la famille des perroquets.

* Tous les ans il y aiait pour Tobtention de cette sommes un concours public entre les confrères de Tarbalète ; celui qui gagnait lo prix municipal y était qualifié roi du papegaui, et jouissait de plusieurs privilèges.

Digiti

fréquentes contestations qui obligeaient les particu^ lia^ de recourir aux étalons déposés dans cet éta-» blissement ; le ministère des peseurs publics était alors indispensable au commerce. Le droit de pesage, fixé au centième du prix des marchandises» appartenait au Domaine, qui en 1 660 Faliéna à M. de Saumery, bailli de Blois et gouyemeur de Chambord ; au moment de la Révolution ses des^ cendants Taffermaient tëO livres. Aujourd'hui ce même droit est affermé au profit de la ville avec celui du mesurage des grains; mais, par suite de l'uniformité et de la vérification périodique des poids commerciaux, il est bien rare maintenant que Ton ait besoin de recourir aux étalons ; aussi cette perception est -elle d'un produit presque nul.

Rue du Pont-du-Ga8t. — Nous rétablissons la véritable dénomination de cette rue ; car c'est seulement depuis une quarantaine d'années qu'on lui a donné, nous ne savons pour quel motif, le nom du fameux aqueduc romain de la ville de Nimes. Voici comment on peut, ce nous semble, expliquer l'ancienne orthographe : autrefois les magasins du château appelés gastes (mot très anciennement usité à Blois) étaient situés dans ce quartier, à la suite des jardins bas; on sait aussi que FArrou, avant d'être voûté, était traversé par de petits ponts construits de distance en distance; d'après ces deux

Digiti

données, ne peut-on pas supposer qu'il y avait un de ces passages vis^à-yis les ga$te$ du ch&teau? En effet l'Arrou coulait autrefois à découvert au bas des maisons de la rue dont il s'agit.

Depuis quinze années^ le Pont-du-Gasts'e&t sensi^ blement amélioré sous le rapport des constructions^ et même de la population ; car il fut un temps où ce quartier était fort mal habité.

Rue du Puits-Chatel. — Ce puits, qui n'existe plus, était situé au bas des degrés de Saint-Louis. Suivant Ducange, le mot castellum signifie quelquefois ville ou portion de ville; en admettant cette version du savant glossateur, puits Châtel voudrait '^ dire un puits à l'usage de la ville ou du quartier, comme il y en avait jadis plusieurs dans Blois, par exemple sur la place appelée aujourd'hui encore Pmls-dvrQuartier. La publicité bien constatée de l'ancien puits Châtel parait justifier cette interprétation; car en 1751 les habitants de la rue furent maintenus dans le droit d'y puiser, malgré l'opposition de madame veuve Belot, propriétaire de la maison voisine.

Rue du Pont. — Elle s'appelait autrefois rue de la Poissonnerie, à cause de la halle au poisson qui s'y trouve établie depuis fort longtemps. Anciennement elle était fermée, du côté de la Loire, par le mur de ville, et l'on n'y entrait que par une

Digiti

0fi BLOIS. 377

ample poterne. Après la construction du nouveau pont (1724), la poterne et le mur furent démolis pour élargir l'entrée de cette rue, qui prit alors son nom actuel, et devint une des plus importantes issues de la ville : auparavant ce n'était qu'un passage secondaire; car les rues du Port-Vieux et des Marchands, situées vis-à-vis l'ancien pont, concentraient presque tout le mouvement et le commerce. Depuis quelques années, la rue du Pont a été bien élargie, surtout aux abords de la Poissonnerie : elle s'est aussi embellie de plusieurs maisons neuves.

Rue Saint-Hongre. — On l'appelait autrefois rue des VannierSy de même (nous l'avons déjà dit) qu'on appelait celle du Palais, rue des Bourreliers. Ces noms d'industrie étaient communs sous le ré^ gime des corporations qui tendait à toujours rapprocher les gens du même métier ; chaque communauté avait alors son quartier distinct, comme il avait ses statuts et ses privilèges particuliers.

Rue Saint-Lubin. — Nom d'un des premiers évèques du diocèse de Chartres dont Blois faisait partie avant 1 698. Au moyen-âge, il existait dans ce quartier, au bas de la rampe du château, une petite église dédiée au saint prélat; mais depuis longtemps il ne reste plus^ aucune trace de cet édifice. La rue Sain t-Lubin est une des plus anciennes de la ville ; on y voit encore plusieurs maisons en

Digiti

colombage, avec des boiseries sculptées qui pacaissent être de la fin du XY* siècle. Avant l'établissement de la place Louis XII , elle se prolongeait jusqu'aux Grandes-ForUames : cette partie supprimée n'était pas moins étroite que la portion existante. La plupart des quartia*s du vieux Blois ressemblaient à ce qui reste de la rue Saint-Lubin, type exact de l'ancienne ville.

Rue du Sermon. — Le mot sermon parait indiquer que les Calvinistes eurent un prêche dans cette rue retirée ; les faubourgs étaient en effet les seuls quartiers où il leur fut permis d'exercer leur culte suspect.

Rue de la Tupiniere. — (Et non pas Taupinière). Au XIIP siècle, plusieui*s maisons de ce quartier appartenaient à Renaud Tupirij riche bourgeois de la ville : le pieux comte Jean de Giatillon les acheta pour y fonder le couvent des Jacobins dont les bâtiments existent encore. Le nom du possesseur primitif demeura toujours à la ruelle sinueuse qui traversait cet ilot de masures. La Tupiniere aboutissait autrefois à l'angle de THôtel-Dieu ( à l'endroit où les élèves de l'école mutuelle prennent maintenant leurs récréations); elle faisait suite à la rue des Orfèvres qui se prolongeait alors jusqu'à cet angle, et conduisait au quai par le bas de la rue Madeleine : devenue inutile à la circulatioil depuis

Digiti

Touverture de celle des Jacobins, elle a été en partie concédée aux propriétaires riverains, et réunie à leurs maisons.

Rue de la YiEiLLE-PosTE. — Anciennement les écuries de la poste aux chevaux se trouvaient dans cette petite rue, appelée aussi rue des Écuries. L'hôtel de la poste, situé dans la rue du Port-Yieux, existe encore ; c'est aujourd'hui une petite auberge. On doit regretter la destruction récente du basrelief des quatre fUsAymmy emblème chevaleresque qui surmontait la porte de cette ancienne maison et rappelait sa destination première.

L'ancien parcours des voitures de poste dans la traverse de Blois était d^une longueur et d'une di& ficulté que Ton a peine à s'expliquer. Celles par exemple qui venaient de Paris et allaient à Tours» arrivaient par la rive gauche (seule route praticable)» suivaient la rue de la Chaîne en Vienne, passaient le pont, entraient au Port-Yieux où elles relayaient , détournaient par la rue des Orfèvres, traversaient les rues Saint-Lubin, des Trois-Marcbands et du Foix» et gagnaient enfin la grande route de Tours^ La rencontre de deux attelages dans ces rues n'était pas sans danger. Cet itinéraire seul prouverait l'extrême rareté des voitures de poste; car assurément de tels passages n'eussent pas suffi aux. besoins d'une locomotion tant soit peu

Digiti

active. Dans le dernier siècle, après Touv^ ture de la route de Menars et la construction des quais, la ligne droite, que les postes suivent encore, remplaça tous ces détours incommodes; le relais fut alors transféré sur la levée du Foix, à l'hôtel de la Galère.

Dans la nomenclature qui précède, nous avons omis à dessein les noms indécents de certaines ruelles où l'ancienne police , gardienne sévère des mœurs, avait concentré une honteuse industrie. L'édilité actuelle devrait bien supprimer ces titres ignobles que proscrivent les convenances modernes, et particulièrement la politesse proverbiale du langage blésois.

Digiti

OBAVITBZ ZV.

PUOS, CAKUFMM, PROIMADES PDBUQUES^ Blim DES ClPIiClNS.

Grande -Pièce. — Cette place, que les vieux titres appellent Grande-Pièce^' Angleterre (à cause du voisinage de la rue ainsi nommée), fut longtemps la promenade favorite des Blésois; mais après la construction du nouveau pont et des quais, les abords de la Loire, devenus plus agréables, obtinrent la préférence sur les quartiers hauts. L'arrêté suivant prouve qu'au commencement du siècle dernier la Grande-Pièce était l'objet des sollicitudes municipales ' :

Pour la conservation du plant d*arbres appelé la Quinconce, 1 Délibération de 1710.

Digiti

gui fait un très bel omemml en cette ville, et surtout au quartier haut où il n'y a pas d^ autre promenade; attendu que les barrières ont été déjà plusieurs fois refaîtes, et qu'elles sont continuellement volées de nuit, il sera fait tout autour des fossés bordés de haies vives.

Cinq journaliers, hommes de peine, entreprirent cet ouvrage; la ville leur accorda, outre le prix convenu, Texemption de logements et d'impositions militaires, leur vie durant : cette dernière clause, que Ton rencontre dans beaucoup de marchés municipaux de la même époque, prouve l'extrême pénurie de la ville, qui, pour donner moins d'argent, prodiguait des privilèges contraires à l'égalité des citoyens devant^ la loi et aux principes d'une bonne administration.

Plus tard (1732), la ville fit marché avec un jardinier pour entretenir les ormeaux de la Quinconce ' et remplacer ceux qui manqueraient, pendant vingtneuf ans, à raison de 33 livres par an.

Cette plantation, qui formait dans Tété un magnifique ombrage, fut abattue en 1 809, et remplacée par les arbres chéti& arrachés lors des derniers terrassements.

En 1 749, on éleva la Grande-Pièce, et on l'entoura de murs de soutènement ; l'exhaussement fut fait en partie avec les terres extraites de la citerne de la place Saint-Louis. En 1803, on combla les

• C*C5i ainsi qu'oa appelait alors la Grandc-Piêcc.

fossés de ville qui bordaient le côté du midi. Enfin on vient de niveler la place et de la remettre à peu près dans son ancien état ; les terres ont été transportées, pour faire des remblais, sur l'emplacement du nouveau palais de justice, et sur le champ destiné aux foires de bestiaux. Ce travail considérable, commencé en 1839, a utilement occupé la classe indigente, surtout au cours de Thiver si long et si rigoureux de Tannée 1 844.

Depuis 1806, la Grande-Pièce sert de marché pour les menus grains, qui auparavant se vendaient sur la place Saint-Louis et vis-à-vis le palais de justice.

Non loin de là se trouve une pépinière qui existait déjà longtemps avant la Révolution : à cette époque, elle appartenait à la généralité d'Orléans ; devenue ensuite propriété particulière, elle a pris une extension remarquable, et laisse peu à désirer sous le rapport du choix et de la variété des espèces.

Place Saint-Louis. — Anciennement elle servait de cimetière à la paroisse Saint-Solenne. La rue du Palais s'étendait jusqu'à la porte Clouseaulx ; ce prolongement, formé par un second rang de maisons parallèle à celui qui existe encore, s'appelait rue du Grand - Marché ' • Ces maisons furent

' Titres des archives départementales.

Digiti

abattues, et la place mise à peu près dans son état actuel, lors de la construction derÈvêché (1700). A la même époque, on transféra le cimetière sur le petit mail Clouseaulx. Jusqu'au commencement de ce siècle, la foire du mois d'août et le marché aux menus grains tinrent sur la place SaintrLouis ; mais on leur a depuis assigné des collocations plus convenables. La citerne qui donne de Veau aux habitants du quartier, a été creusée en 1749, sous la direction de l'architecte Cendrier; une inscription de 1 époque, placée à l'intérieur, constate les noms des échevins qui administraient alors la ville, et auxquels on doit cet ouvrage important; c'étaient* MM. Léonard Cuilly, lieutenant de l'élection; Etienne Duchesne, procureur du roi; Claude de Réméon^ gentilhomme; Charles-Léonard Vallon, notaire. La citerne forme un rectangle de 37 mètres 37 centimètres de long, sur 4 mètres 32 centimètres de large. Le peu d'accord des propriétaires du quartier empêcha longtemps de l'utiliser ; mais depuis 1828, l'administration est parvenue, avec le concours des riverains, à faire converger dans ce réservoir toutes les eaux pluviales des maisons voisines. En 1833, de nouveaux travaux firent cesser la déperdition de l'eau. Une dernière amélioration, opérée en 1 839, fut l'établissement des gouttières de la cathédrale, qui aboutissent aussi à la citerne et * contribuent à l'alimenter.

Digiti

Les degrés servant de communication entre la place Saint-Louis et les quartiers bas existent depuis un temps immémorial.

Place des Jésuites. — Autrefois ce terrain dépendait des jardins bas du château ; mais après la mort de Gaston, dernier comte de Blois, la ville en obtint la concession pour faire une place publique aboutissant aux fossés du château, qui ensuite devinrent eux-mêmes une rue fréquentée par les voitures. La place porta d'abord le nom de la communauté religieuse qui occupait la maison actuelle du bureau de bienfaisance (l'ancien collège). Après le bannissement des Jésuites (i762), on l'appela place Royale; cependant les personnes attachées à la congrégation proscrite continuèrent de la désigner par son titre primitif qui s'est perpétué Jusqu'à nos jours.

Avant la Révolution, c'était le lieu affecté à la célébration des fêtes publiques , et le champ de manœuvres de la milice bourgeoise ; on y passait les revues^ on y allumait les feux de joie et d'artifice. La même place devint ensuite le théâtre des fêtes révolutionnaires, et fut, comme nous lavons vu " , solennellement dégradée cle son nom monarchique, dans une de ces bizarres solennités : à partir de 093, elle eut aussi le triste privilège des exécu-

• V. sttprà ; p. 70\.

Digiti

lions capitales , qui auparavant se faisaient dans la rue du Bmrg-Neuf; pendant tout le cours de la terreur , la guillotine y demeura en permanence : par bonheur, cet instrument de mort ne fut à Blois qu'un épouvantail inoffensif, et ne fonctionna point comme en d autres villes où l'assassinat politique était à Tordre du jour. En 1 806 , les sanglantes œuvres furent transférées sur la Grande-P^. Après l'établissement de la nouvelle préfecture, la place des Jésuites reprit une destination, que le système des drconstances alténuanles a rendu de plus en plus rare. (Il n y a pas eu d'exécution capitale à Blois depuis cinq années.)

Le passage étroit, dit la voûte du Château, abou* tissait anciennement au fossé de ville que Ton traversait sur un pont-levis ; plus lard, ce fossé, en partie comblée devint une rampe à l'usage des piétons, et servit de communication directe entre le château et la porte Côté. Michel Bégon % échevin qui, vers 1615, fit élever au bas de cette ruelle quelques constructions, lui laissa son nom. En 1805 on démolit ces masures de triste apparence , pour l'établissement de la fontaine Corbigny.

La place des Jésuites vient de subir une transformation complète, par suite des travaux remar-

* Cette famille blésoise, distinguée dans la magistrature et les cm' plois administratifs^ s*C8t éteinte au cours du dernier siècle.

Digiti

quables exécutés ra 1845, le nivellement du terreplein yis-à-yis le château ' , le déplacement de la fontaine Corbigny, la belle construction du mur de soutènement et de Tescalier qui a remplacé les marches de la ruelle Bégon , désormais supprimée, ont tellement changé Taspect de ce quartier devenu méconnaissable, que nous avons cru devoir entrer dans quelques détails pour conserver le souvenir de son ancien état.

La rampe de Champbourdin^ qui établit une comnication entre le quartier de ce nom et la place des Jésuites, existe depuis un temps immémorial; on Ta élargie vers 1804, telle qu'elle est aujourd'hui.

Place Louis XIL — Elle fut commencée en 1806 par la démolition de l'église de Bourg-Moyen, sur l'emplacement de laquelle on éleva en 1 81 9 la nouvelle halle aux légumes. En 1822 la ville acheta et fit abattre une douzaine de vieilles maisons en bois qui formaient le prolongement de la rue Saint- Lubin, et obstruaient les abords de cette halle. La place, telle qu'on la voit, fut inaugurée sous le titre blésois de Louis XII, le 21 décembre 1823. Le conseil municipal, en adoptant cette dénomination, décida qu'une statue serait érigée sur la même place

^ Cette élévation avait été formée de terres rapportées, ainsi (|u*oii a pu s*cn convaincre lors du nivellement.

Digiti

au Père du peuple ' ; deux ans après une souscrip^ tion fut ouverte, et la ville s'inscrivit aussitôt pour la somme de 3000 fr. ^ . Ce louable projet n'mt point de suite ; Louis XII attrad encore de sa ville natale un hommage que d'autres cités ont accordé à de bien moindres illustrations.

L'ancien aspect du quartier de la place Louis XII, tel que plusieurs p^sonnes vivantes se le rappellent, donne une triste idée du vieux Blois. Les deux églises de Bourg-Moyen et de THôtel-Dieu , avec leurs cimetières , les rues Saint-Lubin et des Orfèvres, couvraient tous les points de cet empla-* cément. Tel était autrefois Fencombrement de la plupart des quartiers; Tair et l'espace, conditions essentielles de Tédilité moderne, importaient peu à nos pères; leur ville, partout resserrée, partout sombre, choquait tous les principes de salubrité, de bien-être et de régularité, qui dirigent l'administration moderne et suggèrent tant d'améliorations.

Place du Château. — Autrefois c'était l'avantcour du château ; les officiers du comte de Blois et les chanoines de Saint-Sauveur occupaient les maisons situées à Tentour. La place était fermée et soutenue de hautes murailles, dont une partie subsiste encore. La rampe pratiquée dans le roc qui

< Délibération du 32 février 1822.

• Délibération du 2 février 1824.

Digiti

OE htOiS, 5^9

descend à la rue Saint-Lubiù , fut longtemps la seule communication entre le château et la ville : les escaliers ont été construits en 1836; auparavant ee n'était qu'une pente abrupte et inégale.

 l'époque de la Révolution^ le côté s^tentrio*nal de la place n'offirait qu une rangée tortueuse de masures sembbèles à celles qui se trouvent au-^ près de la voûte du diâteau. Au midi s'élevaient la belle église Saint-Sauveur, et les deux anciens hô^ tels d'Amboise et d'Êpemon qui existent encore. Le dé&ut de communication directe avec le centre de la ville rendait ce quartier très incommode; aussi était-il peu habité. Gaston avait conçu le projet de pratiquer dans le rocher un nouveau passage pomr le service du château ; mais il ne l'exéeuta point. La rampe actuelle, qui descend de cette place à la rue Saint-Martin, date seulement de l'année 4807. De nouvelles maisons, bâties depuis vingt années, ont embelli et peuplé ce quartier jadis presque désert.

Place DU PûiTS-DU-QuARTiER '. — Longtemps la ville fut privée d'un emplacement spécial pour le marché au beurre, aux œufs et aux légumes, denrées ({ui se vendaient dans la rue du Pont, sur la petite place du Qiange, aux abords de la Poissonnerie et dans les carrefours. Plusieurs accidents démon^ trèrent l'insuffisance de ces emplacements étroits^

1 Et non pas Pied^u-Quarêier, comme on dit souvent.

Digiti

390 HTSTOmE

Lorsque les Nouvelles - Catholiques , transférées aux Cordeliers (la prison actuelle) , abandonnèrent leur maison du Puits-du-Quartier, la ville Pachto avec d'autres du même ilôt, et les démolit pour établir la place actuelle (1787). Les maisons adossées au rocher fiirent bâties vers 4791 par M. Guillon , le même qui à cette époque exécuta dans Blois un si grand nombre de constructions. Avant la démolition du couvent des Nouvelles-Catholiques, il n'existait en cet endroit qu une rue fort étroite , faisant suite à la rue Basse et rejoignant la Grande- Rue ; les maisons situées au midi de la place formaient un des côtés de cette rue. Entre la rue Haute, la rue Basse, et les degrés de Saint-Honoré, se trouvait un carrefour, au milieu duquel était un puits public figuré sur le plan de 4573; à cette époque on l'appelait Puits-dynQuartier^ c'est-à-dire du carrefour (en latin cartériumy d'où est venu le mot français , que Ton écrivait autrefois cartierj. Plusieurs enfants du voisinage s'étant noyés dans ce puits , que la proximité de la fontaine Saint- Jacques rendait d'ailleurs peu nécessaire, la municipalité ordonna en 1 628 qu'il serait curé , rasé et voûté au niveau du pavéy sauf à le rouvrir en cas de besoin ' ; il n'a jamais été rétabli depuis cette suppression opportune.

* Procès-verbal du 6 juillet 1628.

Le projet d*établir un marché au Puits-du-Quartier datait de fort loin; car nous voyons qu'en 1624, le conseil de ville exprima le vœu d y transférer le marché au gibier et à la vokillej qui alors tenait au Change '. Ce marché au gibier ^ dont la mention semble un anachronisme, devait être bien peu de chose dans ce temps de frugalité où le luxe de table était inconnu, et où les lois féodales défendaient la chasse aux roturiers , sous peine de hart (pendaison).

La place du Puits-du-Quartier a été embellie en 1839, par la pose des bornes que l'on y voit aujourd'hui ; ces bornes en remplacèrent d'autres qui remontaient à une vingtaine d'années.

Place Saint-Honoré. — C'est l'ancien emplacement d'une église paroissiale et du cimetière adjacent. Les tilleuls , qui forment un couvert agréable pour ce quartier brûlant , ont été plantés en

Le Change. — Celte petite place, dont nous avons déjà expliqué la dénomination historique*, fut commencée en 1 808 par la démolition de masures aflfireuses; quelques années après (1 81 1), on l'agrandit en abattant Fancienne boucherie publique de la ville. Aujourd'hui elle sert de marche à la filasse.

« Délibération du 18 juillet 1624.

« Voir#Mprd,p. 45.

39t HISTOIRE

Place de Tâve-Maru. — Elle a été substituée, depuis quinze années environ, aux deux ruelles ignobles du PuUeau (ou Pissot) et de VAte-Maria , qui formaient de véritables cloaques. Des constructions neuves ont heureusement changé Taspect de ce quartier. Il serait à désirer qu'on fit subir la même transformation à plusieurs ruelles voisines ', notammrat à celle de la Serrurerie , ancienne demeure des ouvriers à marteau.

Carrou* Gaudebert. — Ce carrefour était situé à la rencontre de la Grande^Rue avec celle de la Porte-Côté, et avec une autre rue percée vis-à-vis, qui traversait remplacement occupé aujourd'hui par un magasin d'étoffes (maison Muht), et rejoignait la rue Haute. Cette quatrième rue est indiquée sur le plan de 1573 : depuis sa suppression, déjà fort ancienne , il n'existe plus à proprement parler de earroir s puisqu'il ne reste en cet endroit que trois issues. Au XYIP siècle, la dénomination de Got^feheirl fut remplacée par celle de UQ\rA%m , qui faisait allusion à l'enseigne burlesque d'un magasin de ce quartier commerçant.

* Dernièrement on avait le projet d*ouvrir une rue qui eût conduit on ligne droite du pont & la place du Puits-du-Quartier ; cette 'nouvelle communication eût fait disparaître les cloaques dont nous parlons. Peut-être les finances de la ville, ou les ressources de Tindustrie privée (car on a proposé d'établir une société par actions), permettront-elles quelque jour de passer à Vexécution de ce plan.

Digiti

DE BLOiS. 393

CaiToir de la Croix-de-Blois. — Formé pat la i^ncontre de la Grande-Rue avec celles du Pont , des Trois-Gefe, des Marchands et de St.-Martint il doit son nom au signe religieux qui décorait autreibis la plupart des carrefours : la Croix de Blois , témoignage de la foi de nos pères, a disparu depuis longtemps.

Carroir Saint-Michel, — Ce carrefour, formé par la rencontre des rues des Juifs, des Papegauts, de la Fontaine-des-Ëlus et du Poids-du-Roi , doit son nom à une statue de Farchange Saint-Michel que Ton y voyait autrefois. La maison étroite et saillante qui fait le coin de la rue des Papegauts est remarquable par la forme bizarre du toit ; son aspect rappelle la physionomie de l'ancien carroir consacré au vainqueur de Satan.

Le Mail. — Cette promenade doit son nom à un mail ou palmaiU sorte de jeu de boule qui s'y trouvait anciennement. Deux magnifiques rangées d'ormeaux la décoraient avant la Révolution. Lors , de la rupture du pont en i 793, cette plantation fut sacrifiée à des craintes prématurées dont l'impression profonde n'admettait aucun délai *. Après quatre années de nudité, le Mail fut replanté de platanes en 1797 : on eut d'abord le projet d'ei^ mettre qua-

* Voir Suprâ, p. 233.

Digiti

tre rangées ; mais on se contenta avec raison des deux qui forment un agréable berceau. Ces arbres, précieux pour les promeneurs, commencent à dépérir, malgré les soins apportés à leur conservation.

Le rond-point du bout du Mail a été agrandi et consolidé en 1 844 ; auparavant les crues £ûsaientde fréquents dégâts à ce terrain abrupt, dont Firrégularité. et l'aspect disgracieux étaient peu en harmonie avec l'ensemble de la promenade.

Les Allées. — Elles faisaient suite aux vastes jardins du château, et conduisaient à un rendez-vous de chasse appelé la Noue^ situé au bord de la forêt. Henri III affectionnait particulièrement ce manoir champêtre ; aussi le duc de Guise avait-il résolu de faire enlever son roi, un jour qu'il irait à la Noue ; mais le rusé Valois prévint Fembuscade, et se débarrassa, comme on sait, du conspirateur ^ Non loin de la Noue, à l'entrée de la forêt, se trouve la belle avenue du Mailj ainsi nommée à cause du jeu de boule qui existait autrefois en cet endroit, et qui servait à l'amusement des seigneurs de la cour.

Au XVP siècle,, et même du temps de Bemier (1692), les Allées formaient quatre rangées d'ormeaux ; leur plantation fut Tœuvre de Catherine de Médicis, qui aimait beaucoup cette essence d'arbres et faisait des Allées sa promenade favorite.

• Voir suprâf p. 96.

Digiti

Tant que le ehâteau fut la demeure des rois et des princes, ces hôtes augustes conservèrent la jouissance exclusive des Allées , dépendance natur relie- de leur manoir. L'interdiction ftit levée après la mort de Gaston^ dernier prince qui habita le château. Depuis cette époque» on laissa au public la liberté de se promener dans les Allées ; mais la ville, malgré plusieurs demandes S ne put obtenir du Domaine la concession de cette promenade, dont elle jouissait par simple tolérance. Du reste l'absence de communication directe avec la place des Jésuites, ne permettait pas que les Allées fussent beaucoup fréquentées. I^s jardins du roi occupaient alors r^pace c^mprjs entre YEperon et la rue du Pont'du-Gast; des murs élevés r^naient d'un bout à lautre, et fermaient complètement ce côté de la place : on ne ppuvait donc arriver aux Allées qu'en faisant le tour par la rue du Pont-du- Gast, ou bien par la rampe des Lices, le chemin de la Butte "^ et celui du Pressoir-Blanc. En 1794 las jardins furent adjugés à deux particuliers, sous la réserve expresse du terrain nécessaire pour établir un chemin public de la place des Jésuites aux Al-

• Voir par exemple une. délibération du T juillet 1781.

* Cette commuDication, qui a été coupée par le chemin de feç, s appelait autrefois le pavé des Capucins. L'allée parallèle au cimclièrc, établie entre ce chemin et les Allées , n'existait pas avant 1807; son emplacement faisait partie du vaste enclos des Capucins.

Digiti

lées. Cette même année, Favenue projetée fîit ou^ verte aux frais communs de h ville et des acquéreurs.

En 1804, d'après les conseils du préfet, M. de Corbigny, qui affectionnait particulièrement ce isite élevé, on \>OTd^ les deux côtés de haies et de fossés. Les Allées ainsi embellies devinrent la pro^ menade à la mode ; mais le lugubre voisinage du cimetière les fit bientôt abandonner. En 1822, la ville voulant se procurer des ressources pour payer les maisons détruites sur la place ^Louis XII, vendit les magnifiques ormeaux de la partie située entre le pont du Pressoir-BUmc et la forêt; les promeneurs regrettèrent la destruction de cette longue et belle avenue. Le précieux berceau qui restait fut en partie sacrifié au passage de la voie de fer et de la route de Châteaurenault , ainsi qu'à rétablissement de lembarcadère. Un nouveau chemin de voitures, établi dans le même but, vient d'être pra» tiqué au bas de l'école des Frères. On avait songé d'abord à le percer en ligne plus droite vis-à-vis h rue Porte-Côté; mais l'extrême rapidité delà pente ne permit pas d'exécuter ce projet, qui sans doute eût été, bien préférable; et l'administration, après une longue étude des difficultés du terrain, adopta par nécessité une direction moins courte.

En devenant route départementale et chemin d'embarcadère, les Allées doivent nécessairement

Digiti

perdre leur caractère primitif de solitude. Le passage des voitures et des wagons, le mouvement de la gare voisine, le tumulte de la moderne locomotion, vont bientôt donner à ce lieu, naguères si calme, une animation qui changera complètement son aspect : on ne peut plus espérer désormais d'y trouver comme autrefois un silence favorable aux rêveries.

Butte des Capucins. — La ressemblance manifeste de ce monticule avec d'autres buttes reconnues gauloises, démontre qu'il eut sans doute la même origine, et que sa construction est l'œuvre des Celtes, nos ancêtres, premiers habitants du pays Blésois. Les archéologues ne sont pas d'accord sur la destination primitive de ces monuments bizarres. Les uns pensent qu'ils furent élevés pour la sépulture des princes, des guerriers ou des Druides de la nation gauloise. D'autres les considèrent comme des lieux sacrés, autour desquels les Celtes se rassemblaient à certaines époques de l'année pour offrir des sacrifices ; en effets les peuples de l'antiquité ont révéré les hauts lieux et célébré sur des éminences leurs cérémonies religieuses. On a prétendu aussi que les Druides montaient sur ces piédestaux de terre pour rendre la justice , pour annoncer les lois, les déclarations de guerre ou les traités au peuple qui se groupait à Tentour : un fait attesté par

Digiti

398 HISTOiae

les historiens donne quelque vraisemblance à cette dernière hypothèse. Les Gaulois, qui connaissaient peu Tart de bâtir, et qui habitaient ordinairement des cavernes ou des huttes grossièrement construites y n'avaient point d'édifices assez vaste» pour abriter une foule considérable; aussi leurs assemblées populaires avaient-elles lieu en plein air, et probablement sur des lieux élevés d'où les senten-. ces et proclamations officielles pussent être mieux entendues. Enfin on a dit que les Gaulois allumaient sur ces hauteurs des feux , qui en temps de guerre servaient de signaux, indiquaient les divers mouvements de Tennemi et faisaient appel aux braves de la nation : si tel était l'usage de notre butte , elle devait correspondre par des monticules intermédiaires avec d'autres buttes non moins anciennes, situées aux environs de Blois. Le lieu dit la Motte f qui se trouve dans le val de Vienne, pouvait bien être un de ces points d'observation ; car la petite élévation , ou motte , que Ton y voyait autrefois, faisait exactement face à la butte des Capucins. Ces différentes destinations, toutes plausibles quoique incertaines, ont pu exister simultanément ; la butte blésoise a pu servir à la fois de tombeau, de siège de justice, d'observatoire, de fanal: sa forme, sa situation et l'aspect du territoire voisin, autorisent également diverses conjectures entre lesquelles il serait difficile d'opter.

Digiti

M BLOiS. 390

Du reste, quelque fût son véritable emploi, elle prouve incontestablement l'existence d'une population très ancienne; car, ainsi que nous l'avons déjà fait observer^ on n'eût pas élevé un pareil monument dans le désert.

Cette butte dépasse la grosseur et l'élévation ordinaires des tumulus; SO mètres de hauteur et 56 de diamètre à la base, sont des dimensions assez rares pour ces sortes de monuments : la grandeur seule de notre monticule démontre qu'à l'époque lointaine de sa construction gigantesque, le pays avait déjà atteint un certain degré d'importance.

Quoique la butte appartienne évidemment à lé' poque gauloise, une tradition moderne, rapportée parfauteur des Essais sur Blois, s'est élevée contre cette antiquité bien démontrée. On a prétendu^ sans preuve et même sans vraisemblance, que Gaston avait fait construire ce massif dans un temps de famine, pour donner de l'ouvrage aux malheureux ; mais on ne s'expliquerait pas une semblable perte de temps et d'ai^ent : le prince éclairé, auquel on doit le bâtiment neuf du château, exécutait des travaux plus utiles, et faisait un meilleur usage de ses richesses. Les registres de la ville font foi qu'en 1651 il créa plusieurs (Ueliers de charité à Blois, pour réparer les murs, fossés et portes de ville. Les délibérations municipales de la même époque, rédigées sous rimpression d un vif attachement à la

Digiti

personne de Gaston, relatent avec soin tout ce qu it fit dans^rintérèt de la ville et en particulier pour les pauvres : probablement ce recueil officiel aurait mentionné la butte des Capudns, si effectivement sa confection première eût été un ouvrage de pure bienfaisance, exécuté par les conseils et aux dépens de Gaston. D'ailleurs^ les travaux dont il prit Theureuse initiative révèlent une tendance positive, un but d'utilité réelle, que n'offiriraient point les terrassements attribués sans motifs raisonnables au bon comte de Blois ; une pareille fantaisie honorerait peu sa mémoire ; sa charité était plus intelligente qu'on le suppose, et nous croyons la réhabiliter, en réfutant une erreur historique assez répandue parmi nos concitoyens. Il est vrai que de son temps, et peut-être à ses fhiis, des terres extraites de la rue Bourreau ftirent rapportées h la butte ; cet ouvrage accidentel, exagéra par la postérité, aura sans doute fait attribuer au prince la construction entière du monticule, le peuple étant toujours porté à amplifier.

Suivant la Inème tradition» Gaston aurait planté l'ormeau qui ombrage le terre-plein ; mais c'est encore là une assertion inexacte ; car la butte est figurée sans arbre sur une vue de Blois tirée par Claude Mangier en 1675, quinze ans après la mort du prince: on peut conclure de ce document

Digiti

que iWmeau date d'une époque postérieure à Tannée 1675.

Notre tumulus gaulois a plusieurs fois changé de nom. Les plus anciens titres conservés appellent les terrains environnants clinuU du Pommier du Pifij climat de la Butte du Pommier; ces pièces, qui remontent au XV® siècle, sont une nouvelle preuve de Texistence de la butte antérieurement à Gaston. Vers Tannée 1600, les Capucins s'établirent entre les jardins du château et le monticule, qui prit alors le nom de cet ordre religieux. Dans le dernier siècle, Thypothèse invraisemblable cidessus rapportée fit nommer butte de la Bienfaisance Fouvrage prétendu de Gaston. Pendant la période révolutionnaire , on l'appela butte de la Montagne^ à cause des fêtes patriotiques dont elle fut alors le théâtre. Dans ces jours solennels, les autorités occupaient des sièges disposés sur le terre-plein ; le peuple se tenait au bas et à l'entour. Â cette occasion, on pratiqua les sentiers qui existent encore : auparavant , le sommet du monticule était presque inaccessible.

Une plantation d'arbustes, faite en 1831, pour empêcher les dégâts et consolider les terres, nous semble peu en rapport avec le caractère du monument ; les simples gazons qui naguères croissaient autour, rappelaient mieux sa physionomie primitive; tout en approuvant les motifs de cette inno-

Digiti

vation^ nous regrettons que Ton ait changé l'aspect d'une de nos plus curieuses antiquités, et que l'on n'ait pas trouvé moyen de concilier l'intérêt archéologique avec la conservation matérielle.

Digiti

CHAPiniz ▼.

PMTS. — OUilS. — LETiSg. — COURS R lUnGATHM Dl LA LOBI. GBIIES IT niONDlTIOIlS.

Page 1