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Ponts-Chartrains. — Une croyance populaire attribue leur construction aux Romains. La plupart def monuments incertains ont obtenu l'honneur de pareilles traditions, comme s'il en était beaucoup qui depuis dix-sept ou dix-huit siècles eussent pu braver le temps et les révolutions. Le peuple, et même les archéologues^ semblent avoir pris plaisir à multiplier les ouvrages , prétendus impérissables, des maîtres du monde ; et pourtant le vandalisme a fait plusieurs fois table rase sur le
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sol du pays : les Barbares d^abord, puis les Nonnands« les armées féodales, les Anglais, les protestants, les révolutionnaires, n ont-ils pas successivement porté des coups terribles à nos antiquités locales? Le souvenir de toutes ces destructions doit nous inspirer quelque défiance pour les origines peu vraisem*blables assignées à beaucoup de monuments atn ciens.
Ces observations générales s'appliquent d'autant mieux aux ponts Cbartrains , que leur structure n offre aucune apparence de style romain, et semble plutôt se rapporter à l'époque du moyen*âge. En admettant même que la voie romaine de Chartres à Bourges passât en cet endroit, on peut supposer que les ponts actuels succédèrent à d'autres plus anciens, anéantis depuis longtemps. Cette hypothèse justifierait leur dénomination historique, sans néanmoins leur attribuer une antiquité exagérée.
Anciennement ces ponts faisaient partie de la route de Blois à Romorantin : maintenant Us ne for^ ment plus en temps ordinaire qu'une communication vicinale entre Blois et Yineuil. Aux époques de grandes crues, ils redeviennent très passagers, par suite de la nécessité où l'on est d'éviter les portions de routes inondées.
En 1844, une partie des ponts Cbartrains a été réparée avec soin; les parapets furent entièrement remis à neuf.
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Ponts SAiNt-MiGHEL. — ils 86 prolongeaient autrefois jusqu'au tertre de Saint-Garvais , et joignaient le val de Vienne au grand chemin de Chailles par la forêt. Lorsque ce chemin faisait partie de la route de Bordeaux par Montrichard et Loches, les ponts Saint-Michel étaient une communication fort importante. Âpres la construction du pont actuel de Saint-Gervais (1770), ils cessèrent d'être fréquentés, et tombèrent en ruines, faute de réparations. Les arches qui en restent semblent être d une construction plus ancienne que celles des Ponts-'OiartrainSc Ces ruines ne sont plus d'aucune utilité^ et sans doute on achèvera tôt ou tard de les faire disparaître complètement.
Il serait difficile d'expliquer la pieuse dénomina* tion des ponts SainP-Michel : un carrefour de la ville porte le même titre ; d'où l'on peut conclure que l'archange victorieux était en grande vénération dans le pays.
Pont de Blois. — L'ancien pont , composé de vingt arches basses et étroites, faisait face, du côté de la ville, à la porte Saint-Fiacre et àla rue du Portp Vieux, du côté de Vienne à la rue Croix-Bmée: tine porte à pont-levis, flanquée de deux tours, et correspondant à celle de Saint-Fiacre, le séparait du faubourg. Lorsque les eaux sont basses, quelques restes de ses anciennes piles paraissent encore^
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Aucun titre connu ne parle de la fondation de ce pont f mentionné comme existant déjk, dans une charte de Tannée 1078, par kquelle Etienne, comte de Blois, donne aux Bénédictins de Pont-Levoy deux moulins situés près le pont de la Loire (^duo$ molenàvMt ad porUeniLigem ' J. Louis XII, voulant augmenter les ressources municipales de notre ancienne commune , permit à la TiHe de bailler ou baUir les argeaux du font et mr iceulx faire maisons, et reoenm d'icelle appliquer au profiet de ladicte ville *. Par suite de ce privilège, la municipalité vendit, moyennant des rentes perpétuelles ou viagères, les autorisations de bâtir ; et le pont fut bientôt entièrement obstrué de maisons. Le compte des recettes et dép^ises municipales de 1518, rédigé quelques annétô après la concessioD de Louis XII , énonce plusieurs de ces rentes comme étant déjà dues à la ville. Les maisons rétrécissaient singulièrement notre vieux pont, et lui donnaient un aspect des plus disgracieux. Outre ces constructions particulières, on y voyait aussi plusieurs édifices publics. Au milieu s'élevait une chapelle dédiée à Saint-Fiacre; plus loin, une grosse tour et une pyramide. Un pont ainsi encombré ressemblait plutôt à une rue;
* Preuves de Benûer, p. un.
' Texte du titre de concession relaté dan» un iiwcntairc municipal de 157t.
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csir c est à peine si l'on apercevait la Loire» en traversant cette voie étroite et embarrassée.
En 1593 un orage renversa la pyramide: la pierre seule où étaient sculptées les armes de France demeura intacte; cette circonstance remarquable inspira au sieur Chauvel, prévôt de Bloîs, quatre vers latins dont voici la traduction. « Sur le pont » s'élevait une haute pyramide ornée de fleurs-de- » lis. La légèreté et la hardiesse du monument » semblaient défier le ciel, lorsque tout-à*coup, » pendant une nuit de tempête, il s'écroula et » pérît ; mais l'ouragan désastreux n'osa toucher à » la couronne sacrée, ni porter atteinte aux fleurs- » de-lis de France ; car la foudre même respecte ft cet emblème royal que protège le nom salutaire » de Henri.» ' Le dessous de l'ancien pont n'était pas moins embarrassé que le dessus. Qnq moulins, appartenant aux comtes de Blois, obstruaient plusieurs arches : en 1692, le domsdne les aliéna à divers particuliers, qui en jouirent jusqu'à la chute du pont : chaque moulin était alors affermé moyennant un prix en nature qui variait de neuf à treize muids
* Les circonstftnces politiques donnaient à ces vers le mérite de r^-propos; etr en 1599, tandis que It plupsEft des villes s*étâient sou-» levées contre le Béarnais , Blois par eiteeption lui demeura fidèle. Le poète ChauTel , en célébrant la légitimité , se rendait Torgane des sentiments royalistes de la population , et protestait contre les foreurs de la Ligue, alors puissante et audacieuse*
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(environ quatre-vingt-dix hectolitres), moitié froment, moitié méteil.
Une ancienne transaction des comtes avec la ville chargeait celle-ci de réparer le pont ; mais le Domaine payait, chaque année, cent sous d'indemnité pour le dommage qu occasionnaient ses moulins; en dernier lieu^ cette redevance, fixée à une épo« que où le marc d'argent avait fort peu de valeur, n'était plus proportionnée au prix de la main-d'oeuvre; et la dififérence tournait au préjudice de la ville.
Les bateaux chargés, passant sous le vieux pont, étaient soumis à un péage, dont les deux tiers appartenaient au Domaine^ et l'autre tiers au prieur de Saint-Jean en Grève; en 1698 ce droit était affermé 4,200 livres'.
La débâcle qui suivit l'hiver rigoureux de 171 5, renversa cet édifice dont la construction remontait à plus de six cents ans. Les 6 et 7 février 1 71 6, les glaces emportèrent treize arches, avec la chapelle, les maisons et les moulins ; les sept arches du côté de Vienne résistèrent seules au choc de la débâcle. Le faubourg de Vienne, envahi subitement par les
* En 1802, le conseil municipal proposa d*établir au profit de U Tille un nouveau péage applicable aux marchandise passant sur le pont actuel ; mais ce vœu n'eut point de suite* L'intérêt de la navigation f déjà grevée de droits considérables , fit abandonner un projet dent raccompliseemcnt eût rencontré d'àilleuis beaucoup d'opposi^ tion.
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eaux, Êûllit être submergé. Aussitôt après ce grand désastre , l'assemblée de ville décida qu'il serait établi provisoirement sur la brèche un passage de bateaux, et pourvut à cette dépense par l'imposition d'un péage spécial. La comparaison des taxes de cette ancienne pancarte avec les prix, bien diffé* rents, des péages actuels, offre quelque intérêt. Entre autres articles du tarif de 1 71 6, on remarque ceux-ci : « un piéton payait 3 deniers, un âne non chaîné, 3 deniers, un âne chargé, 6 deniers, une charrette chargée, 5 sols, un carrosse à six chevaux, 8 sols, à quatre chevaux, 6 sols, à deux chevaux, 6 sols. » L'élévation des taxes applicables aux voitures, démontre qu'à cette époque il en passait peu sur le pont de Blois : si la locomotion eût été aussi active que de nos jours^ on n'aurait pas eu besoin sans doute de porter si haut cette partie du tarif. Les courriers de poste et les soldats en marche ne devaient rien payer. En attendant la confection du pont de bois, la municipalité prit des mesures sévères pour arrHer le$ vexations que les bateliers font sur ceux qui veaUent se faire passer. Il paraît, d'après ces termes de la délibération, que les passeurs avaient d'abord rançonné le publie.
Informé du malheur qui venait de frapper notre ville, le gouvernement résolut de faire construire un nouveau pont à vingt toises au-dessus de Tan-
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cien, vis-à-vis la poterne ouvrant sur le Port-Neuf et sur la rue de la PoîssouBerie. Les travaux furent adjugés aux sieurs Crigwn-Bon/mUet, Pû»(fMer et Lambot. Le devis, dressé par Gabrid, architecte du roi, et Pitrou', ingénieur en chef de la généralité d'Orléans, est transcrit tout entier dans le Traité de la Police^ de Dekmarre^ qui le cite comme ub modèle à suivre pour les travaux de ce genre. L'adjudication eut lieu moyennant 900,000 liv. ; naais les entrepreneurs dépensèrent cette somme, seulement pour élever les piles et les quatre premières arches ; de sorte que te gouvernement fut obligé de doubler le prix convenu. Cette énorme différence prouve quelle était la légèreté ou l'inexpé* rience de Fadministration des ponts et diaussées, dans un temps où Ton faisait encore bien peu de travaux publics. La dépense totale fut de 1 ,800,000 1. La première pierre du nouvel édifice fut posée au mois d'avril 1717 ; on y incrusta une pierre remplie de médailles et de monnaies de Tépoque. Nous allons donner la chronologie exacte des divers travaux , d'après une note du registre des délibérations municipales de 1 époque.
En 1717 on fit la culée et les trois prewières piles du côté de la ville; en 1718 les cinq piles sui-
■ Le» Rabinrnu, famillr bl«îS(»is(» , «IcsrrrMlciit <lr ce Pilrmi par k*» fcaiiQcs.
vantes, et les murs du quai Aeipm^ Tenbouebure de FArrou jusqu'au Port-Vieux; en 1719 les deux autres piles; en 17S0 les quatre premières arches du côté de Vienne; en 1721 les quatre sut* vantes; en 1722 les trois dernières arcl^s; en 1723 les parapets ; en 1724 on fit les trottoirs et les ouvrages qui restaient à exécuter, enfin on éleva la pyramide ; Guillaume Coustou, célèbre artiste, sculpta sur le socle les deux remarquables tri^ tans qui soutiennent Técusson de France. Les pierres employées à tous ces travaux prove&ûent des carrières de la Chaussée^Saint- Victor. En résumé, la construction dura sept années ; aujourd'hui une seule suffirait pour mener à fin un semblable ouvrage. Nous n'exagérons point la célérité des entreprises modernes ; car tout récemment le pont de Montkmis, près Tours, destiné au passage du chemin de fer, a été bâti en ce court espace de
Le nouveau ponf de Blois, premier édifice im. portant du règne de Louis XV, fiit livré à la circulation le 4 mai 1724. A cette occasion, le gouvernement fit frapper une médaille commémorative, représentant le pont et la ville de Blois, avec la légende : Augendo populorum commerdo; à l'exergue : Pons lAgeri impositus ad Blesum Caslrtm '.
* Recueil des médailles di' Louis W , n" 26.
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Les travaux furent exécutés entièrement aux frais de TËtat, qui depuis a toujours pourvu à l'entretien ; car les réparations ne sont pas» comme celles de Tancien pont, une charge municipale.
Les partisans outrés de la régularité architecturale reprochent à notre pont sa courbure ; mais ce prétendu dé&ut est une des causes de sa solidité. L'hiver de 1788 mit à l'épreuve la force incontestable de l'édifice; car, tandis que la débâcle emportait, après dix ans de construction, deux arches du pont si droit, si uni, de Tours, le nôtre soutint sans dommage une masse énorme de glaçons entassés jusqu'aux parapets.
En 1786 on posa sur la principale face de la pyramide une plaque de marbre, dont l'inscription retraçait en ces termes l'historique des travaux :
Ponte, turge$centi$ aqaœ impetu et coacervaim glor eiei moK6u«, diruto même februario anni 1 71 6, tiovum kunc ampliore(fi œmmodiorem que fieri jmsit Ladovieus XV. Absolutwn ea anno 1724. Inscriptio lapidi incim est 1786, régnante Ladovico XVh principe beneficenti$mio.
En 1793, les révolutionnaires, indignés devoir les noms des deux derniers rois figurer sur un monument public, voulaient briser cette plaque; mais l'autorité s'empressa de la faire disparaître. A la fin de la même année, les représentants du peuple, Guimberteau et Levasseur, firent rompre la pre-
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mière arche du côté de la ville, pour empêcher le passage de Farinée vendéenne; c'était, comme on Fa vu S une crainte prématurée. Le rapport des ingénieurs chaînés de cette opération^ constata des difficultés extraordinaires^ qui démontrent la parfaite solidité de Fédifice; on en jugera parFextrait suivant :
Le pont de Blois est de la construction la plus solide peutêtre qui ait jamais existé; tout y est massif de maçonnerie faite à chaux vive, jusque sous la plate-forme du pavé ; tous les dayeaux des routes sont liés les uns aux autres par des crampons de fer de quinze lignes d'épaisseur. Il a fallu près de trois cents mines pour la démolition de quatre-vingt-dix toises environ de maçonnerie ; pour faire tomber la voûte, il a été tiré cent mines. Tout ce travail s'est opéré sur un espace de cent toises carrées au plus de superficie, et par le temps le plus défavorable aux mines, k cause de la pluie battante qui n*a pas cessé pendant deux jours.
Quelques jours après cette rupture, on remplaça la croix du pont par un bonnet de la liberté. L'alarme s'étant dissipée, il fallut rétablir une communication indispensable. On fit d'abord un passage en bois, avec Fintention de le remplacer bientôt par une arche de pierre : cette construction provisoire dura plus longtemps qu'on ne pensait; car la pénurie du gouvernement fit ajourner la réparation défi*
« Voir p. 222.
* llegifltres d« Tadministration départementale. (Archives de la préfecture. )
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QÎtive jusqu'à une époque d'ordre où Tétat des finances permit de l'entreprendre. Malgré Texisteiice prolongée de la brèche, notre pont continua de soutenir sans aucun dommage les inondations et les débâcles. L'arche rompue fut enfin reÊdte en 1803 et 1 804, sous la direction de M. Cabaille, ingénieur; les travaux coûtèrent environ 68,000 fr. : c'était payer bien cher une panique révolutionnaire. La plaque enlevée en 1793 reçut alors une nouvelle inscription sinsi conçue :
Ce pont commencé m 1717, achevé en 1724 , fut le premier ouvrage public du règne de Louis XV. Des ordres imprudents firent commencer sa démolitiQH au mois de novembre il9i. lia été rétabU par les sains deM.de Corbigny^ préfet de Loir-et-Cher, l'an 1804, le premier du règne de Napoléon,
La croix et la girouette actuelles ne furent placées au sommet de la pyramide qu'après la restauration de 1814, en conformité d'une délibération municipale ainsi motivée : < L 'obélisque du » pont de cette ville était, avant 1793, surmonté » d'une croix; il est de la dignité du conseil de » faire rétablir ce signe révéré 11 serait même pos- » sible, pour l'utilité des mariniers et des voyageurs » de la surmonter d'une girouette indiquant les » quatre vents principaux. »
En 1843, il fut question de substituer à cette colonne historique la statue de Denis Papin ; mais
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une péUtkm, signée de la majorité des habitants , fit échoua ce projet qui eût enlevé au panorama de notre cité un des traits les plus pittoresques de sa physionomie séculaire. Déjà, sous FEminre^, on avait proposé, sans plus de succès , de rem^c^ la pyramide par une statue de Napoléon.