‹ Histoire de BloisChapitre 14 sur 25 · S. 3. — LEVÉES DE LA LOIRE · texte numérisé non relu

S. 3. — LEVÉES DE LA LOIRE

Les premiers essais de ces grands travaux n eu^ rsnt pour objet que de préserver des inondations les varennes de la Loire, fertiles terrains cultivés de* puis un temps immémorial. De petites digues étroi* tes et basses, construites ça et là au gré des propriétaires riverains, et suivant toutes les sinuosités du fleuve, parurent suffisantes pour atteindre ce but; les parties les plus exposées aux crues furent d*abord les seuls points que Ion s'occupa de protéger. Ces trançons épars et inégaux ne formaiait point une levée continue ; mais ensuite ils servirent de mo* dèle et de base à des ouvrages d'intérêt public exécutés par l'État. Lorsque nos rois entreprirent d'améliorer la navigation de la Loire au moyen des levées, on joignit les divers tronçons, de manière à composer un ensemble qui embrassât tout le cours du fleuve. Ce résultat ne fut pas instantané ; le grand nombre de sinuoûtés et d'angles saillants ou rentrants que présentent nos levées, prouve qu'elles furent faites successivement, sans aucun plan général : superposées peu à peu à des travaux d'intérêt privé, elles conservèrent toujours

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les traces de Firrégularité priimtive. Enfin , après une suite d'élargÎBsenients et d'exhaussements, on est arrivé à par&ire ces belles turcies ' , qui sont à là ibis les remparts du fleuve et les piincipales routes du pays; les populations dont elles traversent les territoires, leur doivent d'immeuftes avantages; car sans elles, k culture et les communications seraient souvent impossibles.

Les rois de la secondé race firent travailler aux levées; plusieurs capitulaires èonanés d'eux statu^ftt sur la confection de ces ouvrages. Une médaille commémorative, frappée sous le règne de Louis le D^nnaire, et inscrite au livre intitulé France métaUiqMy porte d'un côté l'ei&gie du roi, de l'au- ' tre la Loire et une maison avec la légende Yia$ tuas edocemty Dtmme, à l'exergue lAgeris. Les travaux des rots Carlovingiens commencerait dans l'Anjou; on ignore même s'ils s'étendirent à la Touraiûe et au pays Blésois. Aucun document n'indique l'époque prédse où le gouvernement ^tr^prit de cou^ vertir en turoies les essais individuels d'endigué^ ment exécutés par les riverains aux enviroi^ de Blois* L'cnrigine de aos levées se pcard dans les siè« clés obscurs de la monarchie, où Fadministration négligent de constater les entreprises ks plus im-

* Ce mot, que Ton écrit aussi (urgie, vient du latin turgere enfler, et signifie que l'effet des levées est d*eropécher le débordement des eaux enflées.

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pcurtantes. Suivant toute probabilité, ces immeflsi» terrassements, qui aujourd'hui seraient si dispen-' dieux, furent faits par corvées et presque gratuite^ ment; car tel était au moyen-^âge le mode ordinaire d'exécuticm des travaux publics.

Les turcies primitives demeurèrent longtemps dans un état d'imperfection qu'explique le peu de développement des idées, des connaissances tech-' niques et des besoins industriels; leur exhaussement convenable date seulement des r^nes de Françob P', d'Henri II et de Charles IX, qui rendirent à ce sujet plusieurs ordonnances. Le gou-' vemement apporta un soin particulier à la construction des levées qui avoisinent Blois ; ce fut une des heureuses conséquences de la prédilection marquée des princes Valois pour un pays où ils sé^ joumërent souvent. Les levées de la Basse^Loire n'offirentpas la même perfection; celles de Bloblear sont bien préférables sous le rapport de la hauteur et de la solidité; elles préservent mieux le Tittoral, et sont bien moins sujettes aux ravages du fleuve.

Ces utiles chaussées furent d'abord soutenues par des murs en talus, qui résistaient rarement à l'impétuosité des crues ; au commencement du XVIP siècle, on remplaça les murs par des ouvn^es plus solides.

Malgré les améliorations successives de nos le^ vées, il restait encore à faire dans le dernier siècle

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pour les perfectionner. Ainsi, jusqu'en 47859 la leyée du déchargeoir de Vienne n'eut pas plus de huit pieds de hauteur. Les habitants du bourg Saint- Jean s'étaient toujours opposés à son exhaussement^ sous prétexte qu en temps de crue une levée plus haute ferait refluer Feau de leur côté; dans cette question ils avaient pour adversaires naturels les propriétaires du val, qui sans cesse se plaignaient des débordements causés par rinsuffîlsance de la levée. Enfin ces derniers obtinrent gain de cause; et la chaussée, objet du litige^ fut en 1785 portée à la hauteur des autres. La crue de 1 789 détruisit ce nouvel ouvrage. Les événements révolutionnaires ne permirent pas de procéder à une recon« struction immédiate ; la contrariété d'intérêts , qui divisait encore les populations des deux rives, fut aussi une cause de retard. Enfin , après de longs et vifs débats, il y eut une sorte de transaction entre le bourg SaintJean et Vienne: on décida qu'une nouvelle turcie arrêterait les eaux jusqu'à la hauteur de quinze pieds, et qu'au-delà elles passeraient par-dessus. Le déversoir fut ainsi établi vers 1800^; mais bientôt la crue extraordinaire de 1804 rompit cette chaussée construite peu solidement ; r^ faite en 1 807, elle céda encore à la violence des eaux en 1 8S3. Une petite digue provisoire, qui la remplaça, fut emportée par la crue de 1 825. On en éleva de semblables à diverses reprises> et toutes

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eurent le même Bort : chaque rupture causait de grands dommages à la route de Saint-Djé, et nécessitait des travaux dispendieux. En présence d'un pareil état de choses^ l'administration comprit le besoin de constructions plus durables, et fit exécuter, au cours des années 4837 et 1838, le solide déversoir qui a déjà soutenu^ sans éprouver le moindre dégât, le choc de plusieurs crues. L'eau passe par-dessus, lorsqu'elle atteint , à Fétiage du pont, cinq mètres de hauteur. Ce niveau concilie désintérêts opposés : plus élevé, le déversoir aurait pu , en temps de crue , occasionner la submersion complète des quartiers bas de la ville; moins haut, il eût aggravé les dangers du val : ses proportions actuelles suffisent aussi pour prévenir l'engorgement des arches du pont.

La Boire, vaste terrain situé auprès du dév»^ soir, dépendait autrefois de la seigneurie de Yineuil; maintenant il est affermé par la yiUe, et sert de champ de manœuvres à la garnison.

Outre les deux grandes levées latérales, il existe dans le val de Vienne plusieurs autres chaussées, construites à diverses époques pour préserver le faubourg et les propriétés environnantes. Deux de ces digues, établies par ordre et des dons de Cadierine de Médicis, joignent les ponts Chartrains à la route de Saint-Dyé, et forment les deux côtés pa-^ rallèles du déchargeoir. Cette reine prévoyanM

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ii*âiirait rempli qnlmparfaitement son but, si elle n'eût en même temps fait construire, plus près du Êiubourg, une troisième levée aboulbsant aux pont» SaintrMichel, laquelle part de l'extrémité des pont8 Ghartrains, et se termine au lieu dît lê$ Métairies; on l'appelait autrefois leuée de la Garde ; maintenant elle se nomme allée des AcadaSf à cause d'une plantation faite par la ville vers i 807 \

A peu de distance du bureau d'octroi, se trouve la levée dite des Pingres^ qui joint les ponts Chartrains à la route du Berri ; construite vers 1770, en même temps que cette route, elle fut emportée par la crue de 4789, et refaite en 1796.

Dans les temps de crues, lorsque la Loire passe sur le déversoir, et par suite sur la portion déprimée de la route du Berri, la circulation s'établit par ces levées, à l'aide desquelles on peut éviter les endroits submergés ; il serait à propos qu^on les empierrât solidement, pour faciliter le passage des voitures.

Autrefois le soin des levées formait une administration spéciale. Dès le Xl^ siècle, certains fonctionnaires étaient préposés à l'entretien de ces digues; nos rois, pour stimuler leur zèle, leur avaient accordé £vers privilèges, tels que Texemp-

* Cette levée (bmedtttx parties, depaîe t'établÎMeMeiK d«t» nou^ w)le route 4tt Berri qui k tutvevM.

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tien d'impôt et de service militaire ' . Cette branche des travaux publics fut ensuite attribuée à des commissaires électifs : un édit de 1560 ordonna que tes habitants d'Orléans, de Blots, de Tours et des principales villes riveraines nommeraient » tous les trois ans, chacune deuxprépo$é$ aux levées et tiirdes de la rivière de Loire. Cette institution atteste la sollicitude du gouvernement pour Tentretien et Tamélioration de nos levées : en effet, Catherine de Médicis, auteur de Tédit de 1560, contribua de tout son pouvoir à leur exhaussement et à leur consolidation. Nos registres municipaux indiquent, à partir de 1 567, les noms des préposés blésois, élus par la même assemblée de ville qui nommait les échevins ; c'étaient ordinairement les personnes les plus notables de la bourgeoisie.

Outre ces commissaires de localité, Charles IX, sur la fin de son règne, établit un inspecteur qu il se réserva de nommer sur une liste de douze candidats, élus conformément aux dispositions impératives de la lettre suivante*:

De par le roy. Ghers et bien amez : ayant cy devant cognea par expérience que, quelque bon ordre que nous ayons sen mettre en la conduicte des réparations des turcies et levées de la rivière de Loyre, les choses n*y ont esté si bien maniées qu'il eust esté requis pour le bien de nostre service et du public ;

* Delamaurre, Traité de la police, t. IV p. 587.

* Cette lettre est transcrite sur les registres de la ville.

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BOUS avons advisé de choisir quelque bou et expérimenté personnage de Tune de nos villes d^Orléans, Bloys, Tours on Amboise, qui ayt Tœil et^sgard à faire besoigner aux dictes répa^ rations. Et pour ceste cause nous vous mandons et ordonnons que vous ayez en l'assemblée de vostre ville h choisir et nom-' iper trois de vos concitoyens sages, aiséz. et peu occupés, bien affectionnés à nostre.çervice et à la.patjrie. Nous écrivons aussi aux maires et eschevins de no^ villes d*Orléans, Amboise et Tours d'en nommer de leur costé trois, pour faire le nombre de donae; desquels nous en choisirons ung tel qu'il nous con,viendray pour .vacquer au faû^t.des dites turcies et levées, auquel sera faict taxe raisonnable de ses peines, jour^ nées et vacations, au plus grand soulagement de nostre peuple que faire se pourra. Donné à Paris le 26 janvier 1573. Signé Charles^

Ces diverses fonctions passèrent ensuite à des . o£Qciers choisis par le roi^ le chef de cette nouvelle administration, établie sous le règne de Louis XIY, eut le titre d'tnlendan/ des levées; chaque année il venait àBlois, et adjugeait au rabais les travaux k ^e dans Félection dont cette ville était le chef: lieu. En i 789 la généralité d'Orléans payait annuellement pour les levées une somme de 60 à, 70 mille livres, imposée sur toute la province au marc b livre de la taille. Aujourd'hui cet entretien est une charge de l'État; les travaux, s' ex,écutent sou^ la conduit^ de l'administration des ponts et chaussées.

Les levées, originairement établies pour servir, de dig^ues au fleuve, ne devinrent chemins publics.

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que longtemps après leur coufectioa prenûire, lorsqu'on les eut élargies et niyelées. On pensait autrefois que Fébranlement causé par les voitures pourrait porter atteinte à leur solidité, surtout dans les temps de crues et de dégels; il était même défendu, par mesure de conservation, d'y planter des arbres. D'ailleurs l'inégalité du terrain et Fabsence complète de bordures rendaient presque impraticables ces chaussées, qui maintenant sont de belles et larges routes.

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