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S 4. — COURS ET NAVIGATION DE LA LOIRE

La Loire, comme la plupart des grands fleuves, a conservé son lit primitif, sans éprouver les déviations auxquelles sont sujets des cours d'eau moins eonsidérables. Cependant on se figure généralement qu'aux environs de Blois, avant la confection des levées, elle se répandait entre les deux coteaux et ne formait qu'une vaste nappe d*eau sans profondeur : Dans cette hypothèse, adoptée lég^ement par plusieurs écrivains , les crues seules l'auraient rendue navigable ; car en temps ordinaire , elle n'aurait pu porter bateau. I^ témoignage de l'histoire et la plus simple inspection des lieux démontrent l'impossibilité d un pareil état de choses. La géographie de Strabon, plus ancienne assurément que les levées ,

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noitioiine la navigation ligérienne comme un fait normal et permanent» et non comme le résultat accidentel des crues. D'ailleurs la base des diaussées se trouve à huit pieds au moins au-dessus du fond de la Loire ; et jusqu'à cette hauteur , le chaa* lier naturel suffît pour contenir la masse d'eau né* eesswe aux plus lourds transports. Toujours il en a été ainsi ; car on ne saurait supposer que le lit du fleuve se soit creusé par laps de temps ; des attassements et des ensablements semblent au coq* traire l'avoir exhaussé dans certaines parties. Ce ne furent donc point les turcies qui rendirent la Loire navigable en temps ordinaire; avant ces travaux de l'homme , le fleuve était dans nos contrées ce qu'il est encore au-dessus d'Orléans^ dans plusieurs endroits où l'interruption des levéea n'empêche point la navigation.

On a prétendu aussi que la Loire formait à Blois deux bras distincts ^ Suivant cette opinion , le bras passant à Blois n'était qu'une déviation secondaire; le principal courant, qui n'existe plus aujourd'hui , décrivait une courbe autour de \ienne à partir du lieu de la Bouillie, passait sous les ponts Chartrains et Saint-Michel , et se réunissait à l'autre bras vers le heu appelé Aigrefin: mais tout le val que ce

* Voir fe« Otigines de Blùis , 1. 1 , p. $16 des Mémoires de la Sof iété A€ad6m^ue de Blois, ayec le plan annexé ft cette tayante dis— B«riaiion.

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bras principal eût traversé, se trouve plus élevé (de dix pieds environ ) que le sol même du chantier actuel ne Test à Blois, aunlessns. comme au-dessous de la ville < comment donc le fleuve eût-il pu, en temps ordinaire , couvrir simultanément deux terrains si différents de niveau? Dira-t-on qu'autrefois le val était moins élevé? L'assiette des ponts Chartrains répondrait à cette objection ; car les fondements de leurs piles sont établis à une profondeur en rapport avec les terrains adjacents ; leur dallage, non moins ancien, se trouve exactement de niveau avec ces mêmes terrains : d'où il résulte que le sol du val a peu varié depuis la construction dès ponts Chartrains, c'est-à-dire depuis huit ou neuf siècles^ époque où les deux bras supposés eussent encore existé suivant la dissertation précitée. D'ailleurs le peu de hauteur et de largeur des arches prouve qu'elles servaient moins à la navigation qu'à l'écoulement des grandes eaux.

Les restes de l'ancien pont de Blois, bâti pendant le X® siècle , démontrent aussi que le cours de la Loire n'a pas dévié depuis ce temps au moins ; car plusieurs piles encore existantes sont établies à la même profondeur que celles du pont actuel : l'identité du niveau des deux constructions prouve bien celle du sol aux deux époques. Le lit du fleuve ét^it donc tel au X^ siècle que maiptenant, et dev^iit, alors comme aujourd hui, retenir toute la masse d'eau

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jusqu'à une hauteur de huit ou dix pieds : conséquemment le bras principal de Vienne ne pouvait exister; et Ton s'étonne à juste titre de le voir figuré sur le plan annexé aux Origines de Blois^ plan intitulé : Imula Evenna à veteribm monumetais u$que ad decimwn semlum detcripta.

On ne peut admettre non plus que Vienne fût en tmnps ordinaire une ile formée par les deux bras supposés. Si d'anciens textes appellent ce faubourg Inmla Evenna, cette désignation accidentelle ne peut s'appliquer qu'aux époques de crues, où Vienne est effectivement cerné par les grandes eaux, et devient pendant quelques jours une sorte de près* qu'ile; mais, excepté le cas de ces violentes dérivations , le val dut être habituellement à sec, comme il Test encore la plus grande partie de Tannée^ et le faubourg dut o&nr à peu près l'aspect que nous lui voyons aujourd'hui.

D ailleurs, si la Loire eût traversé le val, elle se serait confondue avec le Cosson , ou plutôt cette rivière n'eût pas existé. Cependant le Cosson, mentionné dans les chartes les plus anciennes du pays, a son cours tout-4-feit indépendant de celui de la Loire : son ht profond, ouvrage de la nature, n'a pu être creusé par aucune révolution du sol. Enfin on ne s'expliquerait pas pourquoi les fonda^ teurs de Blois auraient reloué la ville à une pareille distance du pnncipal courant. Dans Thypo-

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thèse que nous combattons^ la ville ^t été biea plus convenablement placée du côté de Vienne, et rien ne justifierait la préférence donnée au bras secondaire de la rive droite.

Au lieu de hasarder ces conjectures , il est plus vrabemblable de penser que la Loire a toujours suivi son cours actudl, et n'a jamais eu d'autre lit; que de tout temps aussi, le passage des eaux dans le val fut le résultat momentané des crues , et non l'effet d'une déviation permanente.

Anciennement deux petites iles, figurées sur le plan de 4573, existaient entre Blois et Vienne; la plus grande , située vis-àrvis le faubourg du Foix , forme aujourd'hui une grève qui se découvre peurdant les basses-eaux ; l'autre a complètement disparu. La multiplicité des iles dans tout le cours de la Loire rendait autrefob la navigation très diffiôle; de tout temps aussi , les sables ont dû nécessairement l'interrompre pendant une partie de Tannée.

Outre ces obstacles naturels, la Loire o£Dit longtemps au commerce les entraves du système féodal ; car son cours était grevé d'une multitude de péages dus aux sôgneurs riverains. Charles VI supprima une partie de ces droits onéreux par ordonnance deU32.

Le même roi autorisa l'établisseoient d'une compagnie de maréhandi fréquentant krioière de Loint instituée pour veiller à ce que le lit du fleuve fût

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toujours eu bon état, et pour perfectionner, s'il était possible, les procédés de la navigation.Blois fit tou-* jours partie de cette association industridie. Le si^e de la compagnie était Orléans , où les négociants des villes riveraines envoyaient des délégués* (px\ adjugeaient tous les quatre ans le balimge de la Loire moyennant un prix recouvré par impôt sur les villes et bourgs du littoral. Cette utile institua tion fut supprimée en 1772. Aujourd'hui Tadministration des ponts et chaussées fiût exécuter le balisage aux dépens de TÊtat.

De nos jours on s'est occupé très, activement de rendre la Loire navigable en toute saison ; une loi de 4836 avait autorisé la confection d'un canal latéral sur la rive gauche ; une compagnie de capitalistes en obtint la concession, et même elle commença les travaux au-dessus d'Orléans; mais le projet d'un chemin de fer de cette ville à Nantes suspendit bientôt Texécution de ce grand ouvrage. La compagnie avait proposé de réunir les deux voies de communication, en établissant le chemin sur un des fi*ancs-bords ; l'adoption du tracé de la rive droite empêcha de donn^ suite à cette idée, et vint ajourner indéfiniment la continuation du canal. Bientôt en efifet la voie de fer suppléera, mieux que tout autre genre de communication, aux difficultés de la navigation ligérienne.

L'établissement des bateaux à vapeur feit époque

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dans l'histoire de ses progrès ; le premier service régulier d'Orléans à Nantes fut établi vers l'année 4828. Aujourd'hui, deux compagnies, celledes Inexplosibles ^ fondée en 1839, et celle des Paquebots, en 1844, exploitent concurremment oette ligne dXMéans à Nantes^

Le remorquage à vapeur est une autre application de cette force motrice qui surmonte les plu» grands obstacles. A l'aide de ce nouveau véhicule, les bateaux chargés de marchandises peuvent re-. monter la Loire par tous les vents^ et ne sont plus à la merci des variations atmosphériques. Les premiers remcHrqueurs parurent à Blois en 1^40. Ce nouveau mode de traction se propage de plus en plus , et semble même appelé à soutenir par la modération de ses prix la concurrence redoutable du. chemin de fer.

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