CRUES DE LA LOIRE
Ces funestes compensations des avantages qu'of* fire à nos contrées le parcours d'un grand fleuve, étaient autrefois bien plus fréquentes et bien plus désastreuses que de nos jours. Avant la confection des levées, la Loire débordait au-delà de dix pieds, profondeur naturelle de son chantier. La structure première de ces digues n'opposait, nous l'avons déjà
Digiti
DB BLOIS. 4d3
du, qu'un di>6tacle insuffisant aux grandes eaux; mais ensuite leurs exhaussements successifs et leur consolidation assurèrenti autant que possible^ la conservation des propriétés riveraines et Tintérèt de la navigation : leur état actueU sous ce double rapport, laisse peu à désirer.
Les renseignements précis sur les inondations de Blois et des environs, ne remontent pas au-delà d'un siècle; aussi nous bornerons-nous à rapporter les principaux faits de cette période.
En i 736 la levée de la rive gauche creva vis-àvis le bourg de Montlivault; les eaux se prédpitè* rent par la brèche, et couvrirent le val pendant huit jours. Les habitants attendaient avec anxiété la fin de rinondation ; mais leur désespoir fut complet, lorsqu après la retraite du fleuve ils virent, sur un espace de plus d'un quart de lieue , la portion la plus fertile du val, enfouie sous une couche de jars de six à sept pieds : la perte était irréparable; aujourd'hui encore les campagnes frappées de ce désastre n'offrent plus que des grèves incultes où l'on aperçoit ça et là quelques arbres de mauvaise venue.
Une autre crue, arrivée en <765, emporta cent trente-deux toises de la levée de Vienne, au lieu dit la MaisonrBigarrée^ et creusa la fosse qui existe encore en cet endroit; plusieurs maisons furent violemment renversées; leurs ruines que Ton voit à
Digiti
43é HISTOIRE
côté de la fosse, rappellent le fait d'une destruction malheureuse.
La débâcle, survenue à la suite du rigoureux hiver de 1 783, occasionna une crue de dix-neuf pieds (2 février 1784). La levée de l'île Gochard, vis-à-vis le hameau de Madon, fut emportée. Les habitants inondés trouvèrent asile et secours au château de Candé, alors possédé par la famille Maussion^ qui montra dans cette triste circonstance un empressement et une charité dignes d'éloges. Du côté de Chouzy, les glaces s'amoncelèrent à une hauteur de six, huit et dix pieds. Le val fut entièrement subm(»rgé, et Ion eut à déplorer la pale des blés semés dans ce terrain fertile. A Blois , l'inondation ne fut pas moins affligeante; le port SaintJean était couvert de glaces et de débris de bateaux : M. de Thémines ouvrit son palais épiscO' pal aux malheureux habitants des faubourgs de Vienne et du Foix, obligés d'abandonner leurs maisons ; MM. Boucherat , maire, Marchand de la Chauvinière, Masson de Yillepeaux, Ditelj et Counn, échevins, déployèrent b^ucoup de zèle pour secourir les victimes.
Le grand hiver de 1788 causa de nouveaux désastres. Après quarante jours consécutifs d'un froid extraordinaire qui avait entièrement gelé la Loire, la débâcle commença le 1 1 janvier 1789, et s'opéra d'abord sansfeîre de dégât ; mais pendant la nuH du
Digiti
DE VLOIS. 4d&
18 ao 1 9, Feau, retenue au pont par une masse de glaçons qui obstruaient les arches, monta subite^ ment à vingt pieds : le bourg Saint- Jean , la rue Foulerie , le Fotx et Vienne, fiu^nt subm^gés ; les habitants de ces quartiers perdirent presque tout leur mobilier , et coururent personnellement de graves dangers. La crue , dépassant ses limites or* dinaires, envahit la rue du Pont et monta jusqu'à celle du Change. Une portion de la nouvelle chaus-sée de la route du Berri, auprès de la maison actudle, d'octroi fut emportée; les levées du déversoir, des Pingres et de File Cochard crevèrent; une digue, faite à la hâte, sauva le faubourg de Vienne. Tout le port Saint-Jean ^ait encombré de glaces, dont le choc arracha même plusieurs anneaux de fer de la cale. Les parapets du Mail furent renversés à divers endroits; l'eau et les glaçons se précipitèrent aussitôt par les brèches, et couvrirent en un instant toute cette promenade. La crue fut stationnaire pendant trois jours ; enfin le jeudi 2S, à une heure du matin, les glaces qui obstruaient les arches du p<mt commencèrent à s'écouler, et bientôt l'eau baissa sensiblement. On conserve encore dans le pays la mémoire de cette terrible inondation , sui* vie de tant de calamités.
Le 8 août 1 804 , après une longue sécheresse et un été brûlant, on vit tout-à-coup la Loire s'élever à dix-huit pieds ; cette crue insolite fut le résultat
Digiti
de la fonte tardive des neiges qui couvrai^t les montagnes de FÂuvergne.
Le 3 janvier 1823, la débâcle et le dégel produisirent une crue de dix-sept pieds; la rupture du déchargeoir donna de grandes inquiétudes pour le faubourg de Vienne. De mémoire d'homme, Tinon* dation ne fut aussi longue; car, pendant dix jours, la Loire se maintint entre quatorze et dix^ept pieds, et les quartiers bas demeurèrent submergés sans interruption.
Le 9 décembre 1 825, une crue de dix-neuf pieds trois pouces, la plus considérable qui ait eu lieu depuis celle de 1789, a£Qigea le pays. La levée de la rive droite, aux environs de Menars, aurait été submergée et probablement emportée , si les riverains ne se fussent empressés de l'exhausser pendant la nuit. On craignit aussi la rupture des ponts Chartrains, accident qui eût élé bien funeste au faubourg de Vienne; mais quelques travaux de consolidation, exécutés à la hâte par les militaires de la garnison, prévinrent ce malheur.
Le 3 juin 1835, une crue de seize pieds, qui rompit de nouveau le déchargeoir, causa de grands ravages aux blés et aux foins du val de Vienne et de Chailles. On envoya les soldats de la garnison travailler aux ponts Chartrains ; car l'état de plusieurs arches inspirait de sérieuses inquiétudes , et quelques-unes des piles menaçaient ruine.
Digiti
Le 7 mai 1 836, une crue de quinze pieds se manifesta; mais son peu de durée fit cesser les craintes qu'elle ayait d'abord inspirées à cause de la saison avancée ou Ton se trouvait.
Le 16 janvier 1839, la Loire s éleva à treize pieds; cette crue, comme la précédente, n'oflSrit aucun incident remarquable, et s'apaisa presque aussitôt
Deux ans aprës> survint une inondaticm plus grave. Dans la nuit du 22 au 23 février 4841 , le fleuve att^gnit la bauteur de adze pieds; on eut k déplorer une perte malheureuse. Quatre bateaux chargés de vins et cinq de pavés s'étaient rangés le long du quai de Vienne; mab des trains de bois de marine , amarrés à une demi-lieue au-dessus de Blois, s'étant détachés, vinrent frapper contre les bateaux , rompirent leurs cordages, et les poussèrent sur les piles du pont , où la violence du choc les brisa; un enfant seul périt dans ce désastre.
Le 20 mars 1845, i\j eut une crue de quinze pieds, qui cessa bientôt.
Nous ajouterons à ces renseignements quelques mots sur les dermères gelées de la Loire.
Le 28 décembre 1829, à cinq heures du soir,^ par un froid excessif^ la rivière fut entièrement prise à Blois , et demeura dans cet. état pendant un mois. Il y eut un commencement de dé-
Digiti
bftcle le 26 janvier 1 830, à quatre heures du matin ; mais ce n'était qu'un feux dégel : la Loire fut de nouveau glacée \e 5 ftvriar jusqu'au 8 du même mois , époque de k débâcle définitive.
Le 16 janvier 18d8, les glaçons que le fleuve charriait depuis une semaine, s'arrêtèrent au pont : la débâcle commença le 8 février, et s'effbctua smis inondation. Depuis ce temps, la Loire n'a point été complètement gelée ; mais elle a charrié cha^e année, et quebiuefois à dîfverses reprises, excepté néanmoins pendant l'hiver de 1843^(6, remarquable par son extrême douceur.
Digiti
fcHAÎPITBX Vit.
POSTAMES. >- «miDUG IMUBI.-^iUOil;
Le» i!i>Mmiie)itir liydranitiquîes, ioAt k ville est doté(9 èepcrift lofDgtenlips , feisaiient dire à rhistorien dé SmhMJatiiiiër ' quisi Blois était mùgniflque êti fMMféei et glorieux en aqueducs. Qtielqtitô détails deM^^i^l^ jouteront k vérité de ert te assertion .
Huit fi>Mûibed, réparties surr divers points de là basse ville, tirent leur ëau d'un réservoir commun , appelé le GouffrCi creusé derrière le Bureau de Bienfaisance à SO pieds sous terre, et alimenté par un aqueduc. Ce canal commence auprès du puits des Basses-Granges , par trois petits rameaux qui bientôt se réunissent en une seule branche; il est
* Hist. manatcrite, M21 v«.
Digiti
440 BISTOIRE
taillé dans le roc, sauf quelques parties maçonnées, et offre un développement de 529 mètres ; de distance en distance on peut y descendre par des regards ' , dont la profondeur varie de 1 5 à 50 pieds suivant l'inégalité du sol : la voûte a 5 pieds et demi de haut; sa largeur est d'environ 2 pieds et demi. L'eau de l'aqueduc coule sur une couche peu épaisse de vase : elle provient sans doute d'infiltrations pluviales à travers le rocher ; car on n'aperçoit aucunes traces de sources dans la partie supérieure. Une tradition, consignée par notre ancien historien ^, attribue laqueduc de Blois aux Romains^ : ses rapports manifestes avec des travaux d'une origine certaine justifient l'opinion qui fait remonter sa confection à l'époque de la domination Romaine dans les Gaules. Une telle ancienneté ne doit pas étonner; la solidité de l'œuvre et l'intérêt que les habitants eurent toujours à l'entretenir convenablement, étaient des motifs particuliers de durée, des garantiesassurées de conservation. D'ail-
> Une transactioD, datée de 1834, reconnaît le droit de la ville sur ces regards, même sur ceux qui sont enclavés dans des propriétés particulières.
' Bernier, p. 31.
' M. de Caumont {fiowrs d'antiquités monumentales, t. m, p. 183), décrit plusieurs aqueducs romains, analogues à celui de Blois ; entre autres parties essentielles de ces sortes d^ouvrages, il signale le réservoir appelé par les architectes de Rome, castellum aqwe (château d*eau) , et qu'il Blois nous nommons le gouffre.
Digiti
I>£ BLeiSx 441 1
leurs ra({ueduc> ouvrage souterrain, na point du subir les mêmes causes de détérioration ou de destruction que la plupart des édifices extérieurs. On . conçoit p^ exemple qu'il ait pu échapper au vandalisme des invasions et des guerres civiles, si funestes à d autres monuments du pays Blésois« Les hordes ennemies qui, à diverses époques, dévastèrent la ville, laissèrent subsister peu de constructions apparentes; les monuments cachés, moins exposés à leurs ravages, avaient par cela même plus de chances de salut..
Du Gouffre partent les tuyaux de distribution qui alimentent toutes les fontaines de la ville, excepté celle de THôtel-Dieu ; les tuyaux sont en terre cuite,, sauf quelques parties en plomb. Depuis le Gouffire jusqu'au milieu de la place des Jésuites, les tuyaux» sont placés presque à découvert dans un second aqueduc en maçonnerie, construit en 1744: cette voûte &cilite beaucoup les réparations; car on peut y circuler et y travailler» sans être obligé, comme dans les autres quartiers^ de dépaver les rues et de £adre des excavations considérables.
Les tuyaux, fabriqués à Saint-Âvertin , près Tours, en terre du pays, furent posés en 1 51 1 pan le sieur Valence, mattre fimlainier à Rouen. Le roi Louis XII, dans l'intérêt de sa ville natale, provoqua ce grand travail, qui fut exécuté sous la direction des échevins alors en exercice : Jacques Gai^
Digiti
dillon, religieux et infirmier de Saint-Laumer ; Jacques Hurault, seigneur de Chevemy; Geoffiroy Jbcquet et Louis du Luctz, orfèvres; Jean Terrier, procureur. Les tuyaux de maître Valence rempla-» cèrent des ttryaux de plomb qui euxHBèmes avaient wceédé à d'autres en terre : la plupart ont six pou* ces de diamètre et deux pieds de long ; une maçonnerie de chaux, de ciment et de cailloux les entou^ re« f jes travaux de pose durèrent quatre mois (du 44 mai au 15 septembre) ; ils sont minutieusement détaillés dans un procès-verbal sur pardiemin» con^ serve aux archives delà ville. Le toisé général donna piHpr résultat 302 toises de gros tuyaux à 1 5 sols la toise, 6t 99 toises de petits à 1 2 sols ; total 31 1 Iw Ytes 44 sols, qui vaudraient en monnaie actuelle environ 4,130 francs.
En môme temps que l'on établissait les tuyaux, oa réparaît l'aqueduc, sânsi décrit par le même pro^ oès*T^bal : « les mynes sont belles h merveilles, à » «e les croire qui ne les ayt veues; car dles sont » faites en roc h coups de pic, en façon d'anse de
> panyer aussi plusieurs gens de bien de la
» ville y entrèrent et des femmes aussy, pour voyr » icelles voustes. » A cette occasion, les échevins paix^oururent plusieurs fois laqueduc ; dans une de leurs tournées , ils trouvèrent des essemerUs qui ^aimt vetmn on ne sait d'oà. . « une épée rouiUée^ tm grand fer.despi^es et. autres firrailles. Ces oh-
Digiti
D£ mois. 448
jets, si OD les eût examinés avec soin, auraient (mi confirmer Tori^e romaioe de notre aqueduc ; malheureusement nos administrateurs municipaux étaient trop peu archéologues en 1 51 1 , pour mettre à profit ces découvertes singulières.
Un accident survenu pendant les travajuix causa te plus grand effroi. Certain jour, le batardeau, élevé dans Taqueduc pour contenir l'eau, se rompit, et il en résulta une inondation subite; far bonheur ^ dit le procès-verbal, cela eut lieu pendant que let manœuvres eetoient allés gouster; car siles dicts mon ncdmres y eussent estéetdi9 miUe hommes avec eux, tout ernt esté noyé. Cette observation exagérée té^ moigne de Tépouvante qu'avait produite la rupture du batardeau.
En 1 51 1 il n'^ avait k. Bloi^que trois fontaines : celle de Larcy ', autrement dite l$s Grandes-Fontatnei, celles du Poids-dn-Roi ^t du PuMs-du-Quartier.
Les sculptures de la fontaine de Larcy datent de la même époque ; malgré de nombreuses dégradations, elles oifreoit encore qu^quQs détails curieux qui ont motivé le classement de cette ruine parmi les monuments historiques. 11 serait bien à désirer qu UAC grille préservatrice lentouràt, . et que des
* Ce nom, que i*on trouve ausei écrit en deus mots (VAr^y), viert du \aiiii arcus, qui daoi le langage techiii(|ii€ signiiie aquçduc. .
Digiti
f44 HISTOIRE
réparations intelligentes rendissent son aspect moins disgracieux du côté de la place Louis Xll. Cette fontaine, maintenant isolée et dépourvue d'ensemble, était autrefois adossée à des maisons de Tancienne rue Saint-Lubin, qui se prolongeait jusqu'à celle de Saint-Martin ; les habitants du quartier pouvaient se promener sur la plate-forme, alors entourée d'une balustrade à jour dont quelques restes subsistent.
Postérieurement aux travaux de 1 51 1 , (nous ne saurions préciser les dates) on établit cinq autres fontaines; celles des Élus, de l'Hôtel-de-Ville, de Bourg-Moyen (aujourd'hui le collège), de l'ancien Hôtd-Dieu, et celle que l'on voyait autrefois à l'angle des rues du Pont et de^Troîs-Clefs.
En 1 805 on prolongea jusqu'à l'abattoir le tuyau de la fontaine de l'Hôtel-Dieu, qui fut supprimée à l'exception de la cannelle du petit porche de la Comédie. L'année suivante, la fontaine de la rue du Pont fut transférée à la poissonnerie. La fontaine Corbigny, adossée au mur de clôture du bureau de bienfaisance, fut établie en 1805, date constatée par une inscription en Thonneur du préfet qui lui donna son nom ; les sculptures du frontispice sont dues au ciseau de mademoiselle Charpentier, artiste blésoise. Cette fontaine avait été élevée vis-àvis la rue Porte-Côté; mais, au mois de juillet 1845, /par suite du nivellement de la place des Jé-
DE ULOiS. 445
suites, on Ta transférée au lieu qu elle occupe maintenant.
Les fontaines ont quelquef(ys manqué d'eau par Feffet delà sécheresse, comme cela eut lieu pendant Tété de 1834. Il est arrivé aussi que l'interposition de l'air dans les tuyaux empêchait l'eau de couler ; cet inconvénient se fit sentir en |51 1 , au moment même de la pose des tuyaux; mais le fontainier Valence, physicien intelligent, rétablit aussitôt la cir^ culation, en pratiquant une petite ouverture au tuyau qui passe sous la place du Puits-du-Quartier. L'expérience a depuis été renouvelée plusieurs fois avec un égal succès ; on pourrait, en cas de besoin, rouvrir ce trou de sûreté qui existe encore et n'est boudié qu'à ciment.
Outre les fontaines alimentées par le Gouffre, nous devons mentionner aussi celle de l'ancien couvent de Saint-Laumer (aujourd'hui l'Hôtel-Dieu)^ située devant l'église Saint-Nicolas: ses eaux viennent du rocher, et traversent un canal particulier que rhistorien de l'abbaye bénédictine a décrit en ces termes ' :
L'an 1630, not pères *, voyant que Teau ne coulait plus jusquo dans le monastère à cause des ruines qui s'étaient 'faites dans le canal, firent travailler fort et ferme pour la faire venir. On envoya six hommes chercher la source de cette eau, auxquels
* F* 7S V* du manuscrit de la bibliothèque.
* C'est-à-dire les Bénédictins.
Digiti
446 UISTOIBE
on donna lorches, fusils et lanternes ; ils furent plus de deux heures dans les caveaux, et dirent qu'ils avaient fait presque une lieue, et avaient remarqué en certains endroits des caveaux de la hauteur de deux ifbmmes et larges à proportion, et que ceux qui allaient depuis Tabbaye de Saint-Laumer jusques an pied de la montagne sous le jardin du Roi, étaient piqués dans le roc, et ils donnèrent advis qu*ils eussent été plus loin s*il& n'avaient rencontré une grande fosse. Après avoir fait travailler à ceste fontaine plusieurs fois, enfin Ton jouit du fruit du travail que l'on j a fait ; car à présent elle coule sans cesse^ dans le cloître, ce qui est une grande commoiUké pour U maison.
Des éboulements considérables, surveous depttia ces travaux des Bénédictins, empêchent aojowd'hui de remonter le canal au-delà d'une maison située sous les degrés de la petite rampe Saint-Nioolas. La voûte n'étant point maçonnée comme ceHe du grand aqueduc, il airive parfois que de nouveaux éboulements interceptât le cours de Teau, et alors la fontaine tarit; son insufiisanoe pour les besoins, de rtiôtel-Dieu a nécessité ( il y a environ vingt années) la confection, dans l'intérieur de la maison, d'un puits à manège.
L'Arrou*. — Ce ravin profond, pareil s'écou-
* Ce mot semble dériver du latin enrcuê , et désigner les ai'ches ou voûtes qui couvrent FArrou. On pourrait aussi lui donner pour raeîne le celtique or (cours d*eau) ; en effet plusieurs ruisseaux ou torrents qui traversent d*autres localités, s'appellent Arrou. Il est également à remarquer qu*un bourg de Tarrondissemcnt de [Chfltcaudun, située au bord d*unc ravine , porte le même nom.
Digiti
lent dans la Loire les eaux pluviales de la forêt de Blois, 4les hameaux de Yilliersfins, des Granges et de la ville, est à sec une partie de l'année. Vers le milieu de la rue du Pont-du-Gast, il commence à être voûté; au-delà^ il sert de chemin pour arriver aux Basses-Granges. Depuis longtemps on recon* nait le danger de faire passer des voitures chargées dans un fossé étroit et profond ; les piétons mêmes s aeeommodait peu des petits sentiers qui bordent ce précipice; les jardins et les habitations du quartier sont d'un accès fort difficile, et reçoivent en outre les exhalaisons insalubres de l'Ârrou. Ces graves inconvénients ont plusieurs fois suggéré l'idée de prolonger la voûte; mais jusqu'ici ce projet opportun n'a pu recevoir d'exécution.
Au moyen-âge l'Arrou parcourait la ville à découvert ; on le traversait sur de petits ponts établis de dislance en distance. L'infection qu'il répandait alops^ occasionna souvent des maladies pestilentielle» ; car ce réceptacle d'immondices était pour les quartiers les plus populeux une cause perma-* nente d'insalubrité.
La ville concéda successivement aux propriétaires les parties du ravin qui bordaient leurs maisons; les riverains obtinrent ces emplacements à condition de les voûter à leurs dépens, et de plus à charge de rentes foncières, dont plusieurs figurent au compte municipal de 1518; cerlaines maisons
Digiti
448 IIISTOIRE
de la Grande-Rue étaient encore grevées de ces redevances au moment de la Révolution. Dans le cours du dernier siècle, Tadministration, pour encourager les riverains à voûter, concédait gratuitement les parcelles encore découvertes. C'est ainsi que peu à peu TÂrrou a été presque entièrement voûté aux frais des particuliers. Aujourd'hui il ne reste plus à couvrir qu'une portion située derrière la rue du Chant-des-Oi$e(mx ; on doit désirer, dans l'intérêt de la salubrité publique, l'achèvement de cette dernière lacune;
En 1 803, l'Ârrou fut pavé et bloqué aux dépens communs de la ville et des riverains. Cette amélioration facrKte l'écoulement des eaux, et prévient le danger des afibuillements qu'elles pourrai^it for^ mer au pied des maisons voisines.
Les engorgements de l'Ârrou étaient assez fréquents avant la confection du blocage ; quelquefois ils ont fait refluer l'eau , de manière à inonder la rue Porte^Côlé , le carrefour du Mal* Assis et le Puits-du-Quartier. Bemier rapporte un exemple de ces accidents désastreux \
La nuit d*après la Saint-Martin d*hi?er de Tannée 1512» il survint une si grande quantité d'eaux, qui entrèrent par la porte Gosté, qu'elles dégravèrent le pavé jusques k cinq pieds de profondeur, et emportèrent les plus grosses pierres qui
' Hiat. dcBloi8,p. 36.
Digiti
DE DLOIS. 449
soutenoient les cotez des maisons et prenant leurs cours
par le carroy Gaudebert , entroîent par eertaitii gouleu qui estoieut sous le chapitre et le trésor de Saint-Jacques ; en sorte que le dit chapitre, ses voûtes et son trésor * fondirent^, et que la cassette où estoient les titres fut submergée. Veau ayant monté jusqu'au grand autel, V église fut fort défigurée. Plusieurs chanoines furent en péril de se noyer, pour avoir voulu sauver les titres. Quelques maisons et quelques caves du voisinage fondirent , plusieurs animaux de service furent' noyés, et mesmes plusieurs marchandises ' furent gastées.
Les ouvertures par lesquelles eut lieu Tinondation de 1512, existent encore sous une maison de la Grande-Rue, à l'endroit appelé le$ Trois-Goulets. Il ne faut pas s'étonner que la crue soit montée jusqu'à l'autel de l'église Saint-Jacques ; car ce niveau serait peut-être au-dessous du pavé actuel. Depuis trois siècles , en effiet , le sol de la Grande- Rue et de la place du Puits-du-Quartier a été considérablement exhaussé; on peut en juger par la fontaine Saint- Jacques, qui anciennement devait se trouver de niveau avec la voie publique , tandis qu'aujourd'hui on y descend par plusieurs marches.
De temps immémorial, on nettoya l'Ârrou , en feisant couler l'eau de l'étang de Pigelée. Les registres municipaux du XYP siècle offrent plusieurs
* Li«u où étaient déposées les archives de la maison et les objets précieax appartenant à la communauté.
■ S'écroulèrent.
' Dans les magasins de la Grande-Rue.
Digiti
450 HISTOIRB DE BLOIS.
exemples de cet usage". De nos jours même^ aii mois d'août 1833, époque de grande sécheresse, le bureau de bienfaisance » propriétaire actuel dci Tétang, sur la demande de l'administration municipale , a fkit lever la bonde pendant deux heures, pour entraîner les immondices dont les exhalaisons devenaient insupportables^ Cette prise d'eau » fondée en titres, constitue au profit de la tille une servitude imprescriptible^ qui suffirait poUr m^tre obstacle au dessèchement de l'étang ^ car la salu^ brité publique pourrait exiger encore le prompt nettoiement de l'Arrou par l'emploi du même moyen.
* \mt pa^ exemple. Une délibération du 13 juin 1581, époque oA ta p«ile régnait & Blob ; entre antres mesures sanitaire» prises dsMi tette séance , on ordonna que Veau de l'étang de Pigeiée eeroH tirée et Muée aller pour nettoyer fArrou, A des époques postérieures^ celle prise d*eau eut également lieu, en tertu de délibérations des 30 juil^ let ITOi et 15 novembre 1788.
Digiti
CttAMTBS 19tli«
isiviaaa » varias '.
il CUTUD IT SES JindH'.
Le premier diâteaii de Blois, bâti par les comtes de la maison de Champagne, était simplement une forteresse, plutôt faite pour loger des soldats et de» ttioiikkms, que pour servir à Iliabîtation de sei-^ gfieufs ou de princes. Le rocher abrupte et isolé ' qui fut choisi pour l'assiette de cet édifice, convenait
*Dans le second voluibe nous traiterons des administrations et des établiB«einents civils ou religieux qui ont occupé ces édifices. Ici nous faisons seulement Thistorique de leurs constructions et de leurs destinations successives.
* M. de la Saussaye a publié en 1840 une histoire dn cb&teau de Bloi«. On trouve dans cette savante monographie des détails curieus qui dépasseraient les limites plus restreintes de notre cadre.
' La petite rampe du Poix, nous Tavons dit , fut longtemps la seule communication directe établie entre la ville et le château.
Digiti
452 BISTOIRE
par&itement à sa destination toute stratégique. Au XIII^ siècle , les comtes de la famille de Châtillon firent exécuter dans ce manoir militaire et féodal d'importantes constructions» entre autres la $alU des ËtaUj ainsi nommée depuis que les États-Généraux de 1 576 et de 1 588 ont siégé dans son enceinte '; la tour de Châteaurenault, autrement dite du Mour lin, située au nord, et celle du Foix au midi, datent de la même époque : ces trois édifices sont aujourd'hui les parties les plus anciennes du château. Nous empruntons à l'architecte André Félibien * la description du cachot de la tour du Moulin , ob se trouvaient, dit-on, les (mblieltes de nos comtes :
Il y a dans Tépaisseur des murs deux petits cayeaux proche Fun de Tautre : au miUeu de Tun, au niveau de Faire du plancher est une ouverture comme d*un puits très profond, mais de forme carrée et bien enduit de tous les côtés. Il y avait autrefois une trappe sur cette ouverture avec des roues et d'autres machines au-dessous, pour Fusage des supplices qu*on voulait faire secrètement, et c*est ce qu*on appelle oubUeUetf mais présentement ^ il n*y a plus aucun de ces instruments : on en a ôté quelques restes pourris qtii apparemment n'avaient pas servi depuis longtemps. Il est à croire que ces sortes de supplices ne se pratiquaient que dans des temps où les seigneurs
^ Elle fut d'abord destinée aux plaids de nos comtes et aux réunions périodiques de leurs vassaux. Les niilitaires de la easenie en font aujourd'hui une salle d'armes.
* Mémoires sur les châteaux de France, ouvrage resté manuscrit ( biblioth èque royale ) .
* Félibien écrivait cela vers 1680.
ii*avaient pas assez d*autorité pour fahro punir ex^mplairemenU comme Ton fait aujourd'hui, ceux qui commettent des crimes atroces.
Sur la tour du Foix s'élève l'observatoire bâd par Catherine de Médici^, qui assurément ne pouvait choisir un point de vue plus avantageux ; on y voit encore la pierre où elle plaçait ses instruments cabalistiques.
Cette tour, nouvellement recrépie, est devenue un dépôt de poudres : sa proximité de la ville offre de graves inconvénients pour une semblable destination ; aussi proposait-on dernièrement de transférer les poudres dans un bâtiment spécial qui eût été construit à l'extrémité des Allées.
Charles d'Orléans , prince ami des arts et du luxe, embellit le château de Blois , édifice aupara-vanl lourd et sombre comme devait l'être une forteresse ; quelques ouvrages en briques et en pierre, situés auprès de la tour du Foix, sont les seuls vestiges des constructions élevées par le père de Louis XII. Ce monarque changea complètement l'aspect du lieu de sa naissance; l'aile orientale , où se trouve la principale porte d'entrée, fut bâtie sous son règne bienfaisant. Avant la révolution, sa sta^ tue équestre en bronze, faite d'après nature, ornait la niche dentelée qui msdn tenant est vide; deux distiques latins à la louange du bon roi , étaient gravés à la place où sont maintenant les mots ofli-
4fti HISTOIRE
ciels : ca$eme d'infanterie. L'ancienne Inscription» composée par Faustus, poète contemporain, rappelait un des plus glorieux souvenirs de notre ville» le fait de la naissance de Loub XII à Blois. I^ statue fut enlevée en 1793, et fondue pour l'usage de Fartillerie républicaine.
On doit aussi à Louis XII la construction de la jolie chapelle de Saint-Calais, dont les derniers travaux de casememrat ont retranché une partie '.
A l'exemple de éon prédécesseur , Françob P** fit bâtir l'aile septentrionale donnant sur la place des Jésuites. Cette construction offre tous les caractères de l'architecture italienne , tandis que le pavillon de Louis XII appartient plutôt au style français du XY* siècle , style de tran»tion enté sur le gothique pur : on peut étudier sur ces modèles les nuances qui séparent les deux principales ramifications du genre Renaissance, et suivre le passage visible de l'une à l'autre. L'aile de François I^, souvent habitée par la cour des derniers Valois, est un des édifices les plus historiques du royaume ; nous avons rapporté les grands évén^ ments qui s'y passèrent à une époque oU Blois de-
* Cette chapelle en remplaça une autre plus ancienne qui était dédiée au même saint^ et dont il est aouvest questieii da«a rbiatoîfe du château. On y conseryait le eorps du patron , abbé dt Saint-Calais au Maino.
Digiti
vint la résidence du gouyernement , et fut pour ainsi dire la capitale momentanée de la France.
Un demi-siècle après, Gaston d'Orléans, princeremuant, que les constructions délassaient du rôle pénible de conspirateur politique , fit élever la partie neuve du château , dessinée par le célèbre François Mansard, et commencée en 1635. Ce bâtimrat coûta environ 300,000 livres; on y vît un des premiers exemples des toits à mansardes , intentés par larchitecte du prince. Gaston avait Fintention de démolir tout le vieux château, et de remplacer les ailes de Louis XII et de François P' par des constructions à la Mansard ; ce projet prouverait peu en faveur de son goût archéologique ; il est heureux que le temps et l'argent lui aient manqué pour laocomplir , car nous aurions eu à regretter deux monuments bien précieux. Gaston laissa même inachevé l'intérieur de son édifice, et neut pas la consolation de 1 habiter. Après sa mort le château deBlois cessa d'être occupé; ses meubles , sa bibliothèque et ses collections scientifiques furent immédiatement transférées à Paris ; il ne resta plus que les murs d'une demeure jadis si brillante.
Depub ce temps, Louis XIV, dont toutes ks affections étaient concentrées sur Versailles, ne s'arrêta qu'une seule fois au château de Blois : Louis XV n'y vint jamais. Bien qu'abandonnée de la com*t cette illustre résidence conserva néanmoins le titre
Digiti
de maison royaU, et eut un gouverneur particulier jusqu'à la Révolution ' ; le dernier titulaire de cette sinécure a été M. le comte de foeteuil.
Les seuls grands personnages qui Thabitèrent momentanément au cours du dernier siècle, furent deux reines de Pologne, connues dans le pays par leurs bienfaits. Marie-^]asimir . d'Ârquien , issue d'une famille du Berry, veuve du brave Sobieski, mourut dans cette retraite en 1716. La princesse Anne, mère de Stanislas, roi de Pologne, et aïeule de Marie Lekzinska, femme de Louis XY, y termina également ses jours et fut inhumée dans Fégiise des Jésuites (1722). Ensuite quelques familles nobles du pays obtinrent par faveur des logements gratuits dans le château. Le Domaine faisait si peu de cas de ce monument, qu'il négligeait même de réparer la toiture ; cependant les droits féodaux et les belles forêts du comté de Blois lui procuraient des ressources plus que suffisantes pour les travaux d'entretien. Les gouverneurs, agissant comme s'ils eussent
t Le{>cr8onacl du château continua d'exister pour la forme longtemps après qu'il fût devenu complètement inutile. Ainsi, en 1704, nous trouvons sur un registre de la chambre des comptes, conserve aux archives de la préfecture, le texte des lettres de provision accordées à un portier, & un gardo-meubles, à un garde-defs, à ua garde des jardins. Ces offices sans fonctions n'étaient plus alors qu'un objet de pore finance ; le gouvernement tolérait leur transmission profitable au trésor ; l'exemption d'impéts, accordée aux titulaires, était un moyen assuré de trouver des acquéreurs.
Digiti
été propriétaires, affermaient en détail les différen tes parties du château: ces avides personnages n'étaient pas difficiles sur le choix des locataires ; car on vit souvent des ouvriers à marteau occuper les grandes salies du royal manoir.
Jamais l'ancienne monarchie ne s'occupa de ter-<< miner le bâtiment de Gaston. Un des gouverneurs de Blois, le marquis de Marigni, frère de madame de Pompadour, fit même enlever une partie des charpentes pour la construction du château actuet de Menars. Cette étrange soustraction témoigne do l'extrême liberté que le gouvernement laissait aux intendants des maisons royales.
Les gentilshommes logés gratuitement se permirent, malgré la natqre précaire de leur jouissance, de £aire à l'intérieur des changements de mauvais goût, des appropriations du plus triste effet: plusieurs, pour accommoder aux usages du XYIIP siècle un édifice du XVP, mutilèrent les sculptures de la Renaissance , abattirent des murs, élevèrent des cloisons^ commirent enfin toutes sortes de dégradations.
En 1784, le château reçut une nouvelle affectation, qui était encore moins faite pour lui restituer son caractère archéologique: le Royal-Comtois, régiment dMnfanterie de 1 ,200 hommes, vint tenir garnison dans les ailes de Louis Xll et de François P', Ainsi leur conversion en eascrne n'est
Digiti
438 UISTOIRE
point, comme oo la dit, une pensée de la Révoliition ; I initiative et la respoQBabîUté première de cet emploi appartiennent réellemait à raneiemie monarchie.
En 1 792 les bataillons de voUmteirei remplaoèrent les troupes du roi. L'année suivante, l'administration mit en vente le cirdemnt chSteau, comme on l'appelait alors. M. Guillon, qui déjà avait acheté plusieurs couvents et églises de la ville, marchanda cet édifice avec l'intention de le démolir; heureusement ses oflfres ne furent pas acceptées, et il se contenta d'acheter les jardins.
Le gouvernement impérial continua de loger des soldats dans tes vastes bâtiments ; il les Btilisa encore d une autre manière, ainsi que la remarqué on illustre voyageur: « En 4807, dit M. de Château- » briand S revenant de la Terre-Sainte, je passai à » Blois, et je visitai le château; il àait r$mpU de » priumniers de guerre. Ce fut un soldat polonais » qui me montra la salle des Ëtats, la chambre où > le duc de Guise avait été assassiné, et sur le pavé » de laquelle on avait cru longtemps voir des tra- » ces de son sang. »
Quelques années après, il fut questim, mais sans résultat, de transférer le collège au château. Enfin un décret du 10 août 1810 le céda gratuitement
* tlUiU> bi?loriqius; ai.ahsr r;;i?oiiucrilt.' liliçtoircdo Fraiirc.
Digiti
DE BLOIS. 45f
à la ville pour Fosage de ses garnisons. Plus tard (182i) on résolut déplacer la préfecture et la bi* bliotbèque dans la partie de Gaston» les tribunaux ei les prisons dans celle de François P, d'abattre le bâtiment de Louis XII (destruction qui eût été bien? regrettable) et de lui substituer une grille : ces projets, approuvés par ordonnance royale, n'eurent point de suite, et le château continua d'être une caserne. L'établissement définitif de sa destination militaire et l'espoir d'obtenir un régiment entier de garnison habituelle, motivèrent ' les constructions dispendieuses faites^ il y a dix ans,, sur les ruines du vieux manoir des Châtillon, dand l'aile de Loub XII , et surtout dans le bàtim^t neuf : elles furent habilement dirigées par M. Douet, capitaine de génie, qui s'efforça de concilia l'intérêt archéologique avec les exigences administra-* tives. Toutefois il était impossible de transformer, sans mutilation, un palais en caserne ; le château de Blois a éprouvé les conséquences fatales d'une appropriation si étrange. L'intérieur de l'aile de Louis. XII a été complètement dénaturé, la chapelle Saint-Galais a subi une démolition partielle, la colonnade extérieure du bâtiment de Mansard a disparu. Il est fâcheux que le génie militaire n'ait pu éviter de pareils changements. L'édifice de Gaston,.
^ Délibération du conseil muDicipal du 9 mars l8Sd.
Digiti
qui pendant deux siècles était demeuré à Tabandoo, a été parfaitement disposé pour sa destination actuelle, et forme aujourd'hui une des plus belles casernes dç France. Les travaux, commencés en 1834 et terminés en 1 837, coûtèrent à la ville i 70,000 fr.; le gouvernement paya le surplus.
L'aile de François P^ heureusement délaissée par les militaires depuis leur translation dans la nouvelle caserne, n'a point subi les mêmes distributions que celle de Louis XII, et a mieux conservé l'antique ordonnance du Palais des Valois, On retrouve au premier étage les appartements de la r^ne, notamment la chambre de Catherine de Médicis, chambre que sa cousine, Marie de Médicis, veuve de Henri lY, habita ensuite, et d où l'auguste eûlée se sauva par une fenêtre qui existe encore; aurdessus sont les appartements du roi, entre autres la salle des gardes, la chambre à coucher do Henri III, où le duc de Guise fut assassiné, les cabinets de ce monarque; au troisième étage, sous les toitâ, les galetas qui servirent de cachette aux sbi-* res royaux, et les sombres corridors où se donnaient les rendez-vous équivoques d'une cour licendeusCt Déjà, en lisant le récit de la mort des GuisCj on a pu distinguer ces différentes pièces; mais les historiens n'étant pas d'accord sur le rôle de chacune d'elles dans ce drame terrible, nous croyons devoir ajouter ici quelques observations
Digiti
topographiques sur le meurtre du Balafré. Suivant le récit de M. de Chateaubriand ( voir ci-dessus , p. 98), le conseil du roi siégeait, au moment de l'exécution, dans le cabinet neuf^ situé à droite de la chambre du roi S tandis que Henri III se tenait dans le vieux cabinet, situé à Tautre extrémité, et séparé de la chambre par un couloir : le roi ayant mandé le duc, il sortit du cabinet neuf (où il se trouyait comme membre du conseil ) par la porte qui donne dans la chambre, traversa cette chambre, et fut frappé au moment d'entrer dans le couloir. D'autres disent que le conseil siégeait dans la salle des gardes donnant sur le grand escalier, et que le roi se tenait dans le cabinet neuf; suivant ces auteurs, le duc serait passé de la salle des gardes dans la chambre, et aurait été assassiné à la porte du cabinet neuf. Cette version expliquerait mieux comment le duc, après avoir entraîné les oi^ sassim d'un bout de la chambre à l^autre ( texte de plusieurs mémoires)^ serait allé tomber au pied du lit; car l'alcôve royale se trouve précisément à côté de la porte du couloir. En admettant au contraire que l'attentat ait été commis à cette dernière porte,
* tes solitet de ce cabinet conservent quelques restes de dorure ; probablement romementatioo de cette pièce était moins ancienne que celle des autres appartements , où il n'existe plus aucune trace pa reilk ; et c*est pour cela sans doute que du temps de Henri 111 on rappelait le cabinet neuf.
Digiti
il faudrait supposer (hypothèse peu vraisemblable) que Guise» non-seulement se serait traîné jusqu^à Tautre bout de la chambre, mais encore aurait eu assez de force pour revenir sur ses pas; car tous les mémoires s'accordent à dire qu'il tomba au pied du lit. Ces détails ne sont pas sans intérêt ; les visiteurs qui parcourent les célèbres appartements du roi, aiment à reconnaître sur place les diverses circonstances de la scène sanglante du 23 décembre 1588 , à localiser chaque souvenir historique; nous avons voulu leur faciliter ce rapprochement instruc* tif.
L'édifice de François P' méritait d'être restitué à l'histoire et à l'art ; il le sera en effet, grâce à la sollicitude éclairée du gouvernement. Un arrêté ministériel, daté du 20 juillet 1844, a concédé à h ville la jouissance de ce bâtiment pour y fonder un musée. Ce projet en rappelle un autre, dont les circonstances politiques empêchèrent la réalisation. En 1 792, le conseil général du département de Lofa^ et-Cher avait décidé que les statues, les tableaux et les autres curiosités des châteaux de Menars et de Chambord seraient transportés à Blois, pour form^ le commencement d'un musée * ; mais les événe-
* Yoici quelques -uns des motifs républicaras de cette d^ibératlon, datée du 21 octobre 1792:
H Le conseil, considérant que ces divers morceaux de peinture et « de sculpture sont pour la plupart les chefs-d'œuvre des meilleurs
DE BLOiS. 463
ments révolutionnaires ne permirent pas de donner suite à cette pensée d'art. Aujourd'hui la yille ne peut tarder plus longtemps à suivre l'exemple des cités voisines, qui toutes possèdent des collections de ce genre.
Les chambres, dans leur session dernière, ont voté un crédit de 438,000 francs , affecté à la restauration de ce précieux édifice , dont Tavenfar est désormais assuré; la ville, de son côté, contribuera aux dépenses pour une somme de 43,189 francs. D'après les plans remarquables de M. Duban, architecte, le monument tout entier, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, doit reparaître tel ( peut-être même plus beau ) que nos pères le virent au XYP siècle dans son intégrité et sa fraîcheur primitives; le palais des Valois, ainsi rétabli, sera digne de ses grands souvenirs, et formera par lui-même un véritable musée. Les travaux,
» maîtres de France et d'Italie, que si quelques-uns respirent la » nollesse et la volupté, il y règne néanmoins un goût excellent, et » une beauté de forme admirée des eonnaisseura; considérant que » si, sous une cour fameuse par ses débordeskents, des êtres frivoles >» et corrompus ont pu asservir A leurs caprices les artistes en tout » genre et rendre leurs talents tributaires de leurs plaisirs, il est de » TboûneuT d*un peuple libre d'offrir au génie tous les moyens de se » développer ; considérant qu'il est intéressant de transporter les » monuments de sculpture et de peinture, placés au sein d'une cam- » pagoe et exposés A chaque instant à être mutilés, dans un lieu A k Tabri de toutes les incursions, où ils puissent être vus par les con<- » oaisseurs, etc. »
iU HISTOIRE
conrimencés au mois de septembre 1845, ont été conduits avec la plus grande activité , et déjà on peut apprécier les résultats d'une entreprise si importante pour Fart. Les dégradations s'effacent peu à peu, la restitution des riches détails du style de la Renaissance s'opère avec bonheur, et fait chaque jour de sensibles progrès. Bientôt il ne restera plus à cette construction monumentale aucunes traces du temps ni du vandalisme.
Jardins du Château. — Ils se divisaient en jardin haut et jardin bas ; entre ces deux parties existait une galerie d'arcades en pierre de taille , construite sous le règne de Henri IV, et dont il reste quelques ruines dans le jardin actuel des frères de l'école chrétienne. Autrefois on communiquait du château dans le jardin haut par un pont de bois, appelé la galerie des Cerfs ^^ à cause des figures peintes ou sculptées sur ses côtés. Gaston substitua à cette construction peu solide un pont de pierre, établi entre le pavillon septentrional de son nouveau bâtiment et la terrasse de YÉperon ^. Ce dernier passage fut détruit pendant la Révolution , lorsque les jardins , devenus propriété
' Au XVI* siècle, la cour sortait par cett« galerie, pour se rendreauv Allées et à la fofét.
* Ainsi nommée à cause de sa forme arrondie.
particulière, cessèrent de dépendre du château; quelques-uns des crampons de fer qui tenaient les pierres, se voient encore au grand mur de rÉp«ron.
Les bâtiments de Tadministration des vivres de l'armée 9 situés dans la partie du jardin bas où était Forangerie, servaient jadis au logement des jardiniers du château. Tout à côté, se trouve un petit pavillon à facettes, bâti dans le goût de la Renais-' sance. Primitivement ce belvédère ftit Foratoire d'Anne de Bretagne : suivant une chronique , la pieuse reine dut aux prières et au vœu qu'elle y fit la cessation d une longue stérilité. Plus tard , Catherine de Médiçis transforma cet oratoire en salle de bains. La Révolution établit au même lieu un arsenal et une salpêtrière ; pendant les guerres de la Vendée , ce dépôt fournit à Farmée républicaine une quantité considérable de poudre. Le pavillon et le grand bâtiment appartiennent à la ville depuis 1810, année où ils lui furent cédés avec le château. (Jusqu'à cette époque , la manutention avait occupé provisoirement une partie du couvent de la Visitation.)
Anne de Bretagne, passionnée pour les fleurs, donnait tous ses soms à Fembellissement des jardins. Un siècle après , Gaston y forma la première collection de plantes exotiques qui parut en France; Abel Brunyer , son principal médecin , publia , en
Digiti
1653 , un catalogue de ces espèces rares , sous te titre de : Horius regiui Blœnm. Le jardin royal de Blois contenait aussi une grande variété de simples, que Brunyer, par ordre de son maître , distribuait gratuitement aux pauvres du pays. A la même époque, on voyait dans le jardin haut plusieurs allées de mûriers blancs^ destinés sans doute à relève de vers à soie , qui devaient alimenter une manufacture projetée par Gaston ' . Après la mort de ce prince, sa collection fut transportée à Paris, et réunie au Jardifir^ôf^PlanUê , qui venait d'être établi dans la capitale. De toutes les curiosités du jardin botanique de Blois , il ne reste plus sur pied que deux rejetons d'un diène vert {quercm ilex). Avant la Révolution, le directeur des pépinières du royaume faisait amasser chaque année le gland de cet arbre d'une par&ite essence, pour servir aux semis exécutés dans les forêts du domaine.
Les gouverneurs honorifiques, qui succédèrent à Gaston , soignaient aussi peu les dehors du château que rintérieur. Les jardins furent alors aflTermés h des particuliers, qui substituerai le potager au muséum y le lucre à la science.
Pendant la Révolution, le domaine mit en vente les jardins du roi; la ville, désirant les acquérir,
* Voir le chapitre de Pindiutrit.
Digiti
adressa à la Conventioii nationale une supplique ' où Ton remarque ce passage singulier :
n existe au milieu de nous deux jardins qui ont appartenu à €$hti qui fut notre tj^ran : ces jardins conduisent à une allée qui sera d'une grande utilité et d*un grand agrément à nos administrés. La commune de Blois tous demande, dignes représentants, une autorisation pour les acquérir... Sous Tombrage de cette allée. Citoyens, nous irons méditer vos lois ; là le peuple célébrera ses fêtes civiques; là il 8*écriera, et les échos répéteront ' « Vive la République , vive la Montagne , dont il ne reut jamais se séparer! »
Cette rédaction boursoufflée porte le cachet bizarre d'une époque où Ton faisait à tout propos des phrases patriotiques. La ville obtint lautorisation demandée; mais il se trouva d'autres enchérisseurs qui couvrirent ses offres. Les sieurs Guillon et Adam , demeurés adjudicataires , revendirent en détail ces terrains fertiles , dont la majeure partie forme encore aujourd'hui d'excellents jardins. On doit regretter que la ville n'ait pas acquis ces dépendances naturelles du château.
A la suite du jardin bas se trouvait le bois de la Gareime , où nos comtes se livraient au plaisir de la chasse : une enceinte murée y retenait le gibier de leur vénerie. Cet enclos devint ensuite une propriété privée^ et perdit sa destination seigneuriale ;
* Délib. manie, du 18 Qoréal an ii.
Digiti
MS niSTOIRB
aujourd'hui le chemin de fer traverse une portion de son ancien emplacement. Du côté opposé, auprès du jardin haut , s'étendaient les Lica , espace ainsi appelé à cause des tournois que les comtes et les rois de France y donnèrent; le nom de ce champ de manœuvres à la fois guerrières et galantes , est demeuré au quartier où il était situé.
Au sortir des jardins, les AUées^ magnifique avenue, conduisaient à la forêt de Blois, parc naturel du château.
Toutes ces dépendances immédiates formaient un ensemble des plus agréables : rien ne manquait à cette noble demeure, où les grands seigneurs, les princes, et les rois eux-mêmes, se plaisaient à résider.
ÉVtCHÉ ET GRIHD SÉIINIIRE.
On eut d'abord le projet d^établir l'évêché dans les bâtiments de Saint-Latuner^ et la cathédrale dans Féglise adjacente ; mais les Bénédictins, possesseurs de ces beaux édifices, s'y opposèrent, et le gouvernement eut égard à leurs réclamations. Les Blésois regrettèrent que l'église monumentale de SaintrLaumer ne fût point devenue cathédrale; toutefois, en voyant le palais élevé par la muni-
Digiti
DC OLOl». 469
ficence de Louis XIV sur un des points culminants de la ville, ils applaudirent à la royale pensée qui leur arait donné le plus bel évèché de France.
Des lettres-patentes du mois de décembre 1698 ^ en autorisant cette construction nouvelle, concédèrent expressément à la mense épiscopale < les ter-
* rains à prendre depuis le coin de la maison du » prieur de Saint-Solenne jusqu'à la porte Clou-
> seaulx, et en descendant de ladite porte par la
> rue des Papegauts jusqu'aux degrés qui con-
> duisent au puits Châtel; ce qui comprend, avec « les maisons qui se trouvent dans cet espace, » tout ce qu'il y a de ladite rue des Papegaut»
> qui y répond, et de lautre côté les fossés et murs » de la ville, tout le long des dites maisons et jus-
* qu'à la petite porte qui ouvre dans le bout de la » rue du Puits^hâtel. »^ Les msâsons du haut de la rue des Papegauts , notamment celle du prieur de Sain(rSolenne , furent démolies pour déblayer l'emplacement nécessaire. Gabriel^ architecte du roi, dressa le plan de l'édifice. En 1 700 le sieur Jacquet, entrepreneur à Blois, se rendit adjudicataire des travaux du principal bâtiment pour la somme de 85,000 francs, qui fut payée sur les fonds du domaine'. Le petit bâtiment, situé au couchant, où sont aujourd'hui les appartements de l'évèque^
' Registre des archÎTes départementales.