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PALUS DE JUSTICE ET PUSONS

Anciennement on rendait la justice dans une des salles de l'abbaye de Bourg-Moyen ; mais au XV* siècle , Charles d'Orléans, père de Louis XII, fit bâtir le palais actuel et y transféra les tribunaux. La disposition de ses trois pignons sur rucy qui s'élèvent en guise de façade, caractérise l'architecture de cette époque. Les halles, rez-de-chaussée de l'édifice, n'ont pas changé d'aspect depuis l'origine: à défaut de renseignements historiques, la forme ogivale de leurs ouvertures suffirait pour démontrer l'ancienneté de la construction. Plusieurs par-

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lies accessoires de l'édifice sont plus modernes^ ainsi, les entablements que l'on voit au dessus de la porte extérieure et' d'une grande fenêtre, offirent le style du XVIP siècle.

Henri II fit travailler au palais» témoin le crois^ sant, symbole de Diane de Poitiers, qui ornait jadb le dessus de la porte principale : la Révolution a ralevé cet emblème d'un amour illégitime.

Il n'est pas sans intérêt de reconnaître où siégeaient les anciennes juridictions de Blois ; cette indication restituera à chaque partie du monumrat ses souvenirs historiques. Et d'abord^ le présidial occupait la salle actuelle des assises, appelée autrefois la grand'chambre ; cette salle a été allongée depuis par le déplacement de l'ancienne cloison. La chambre des comptes siégeait dans la chambre actuelle du conseil, où elle fut, après sa suppression (<776), remplacée par la maîtrise; on voit encore au-dessus de la cheminée un cerf, emblème de cette juridiction des eaux et forêts. L'élection occupait la salle du greffe. Les anciens greffes n'étaient point au palab de justice, mais en ville, dans les maisons particulières des possesseurs de ces offices. La salle actuelle du tribunal civil n'existait pas ; son emplacement feisait partie du vestibule des pas perdug; la cloison qui a formé cette chambre, fut élevée en <797. On s'explique difiicilement que l'ancienne administration n'ait pas utilisé un si

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yaste palier; car la salle actuelle des pas^perdus, quoique bien rétrécie par ragrandissement de la cour d assises et par rétablissement du tribunal civil, est encore assez étendue.

Les États-Généraux de 4576 et de 1588, tenus à Blois , ont laissé quelques souvenirs au palais : ce ht dans la grand'salle que Tordre de la noblesse tint ses séances mémorables. Cette même enceinte, où les électeurs de Tarrondissement de Blois nomment encore aujourd'hui leurs députés, réunissait autrefois les trois ordres du bailliage, convoqués pour élire nos représentants aux États-Généraux. La dernière réunion de ce genre eut lieu au mois de mars 4 789 ; l'assemblée était si nombreuse (il y avait au moins sept cents personnes) que Ion fut obligé d'enlever la cloison de la grand'ehambre et d'étayer les voûtes des halles \ A la place qu'occupe le bureau du tribunal civil, s'élevait un autel où fut dite la messe du Saint-Esprit qui précéda l'ouverture de l'assemblée.

Les bureaux de recette et de comptabilité du domaine comtal de Blois étaient placés dans une partie du palais; cette circonstance explique les noms de deux rues adjacentes , appelées rue des Donmnes et rue des Bureaux.

Autrefois le palais de justice appartenait à l'État;

* Pi«eè8-T«rbal de» élections àt 1789.

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4Si HISTOIRE

mais en 1 84 4 , il est devenu la propriété du département, à l'exception des halles, possédées par la ville en vertu d'une concession du domaine.

Cet antique bâtiment qui a vu se succéder tant de magistrats, et dont les murailles muettes ont sans doute épuisé toute la série des émotions judiciaires et électorales , touche à sa fin ; car la ville sera bientôt en possession d un nouveau palais et d'une nouvelle halle qui le rendront inutile : aussi a^t-on rintention de le démolir après la translation des tribunaux et du marché aux grains* Ce s^a pour le quartier une sensible amélioration; le marteau, dans l'espèce, deviendra l'instrument du progrès et non du vandalisme.

La construction d'un nouveau palais fut décidée en 4836. Le conseil général mit au concours le plan de cet édifice départemental ; M. Macé, architecte, obtint le prix fixé à 3,000 fi*., et par suite la direction des travaux. On choisit pour la construction un emplacement qui dépendait autrefois du couvent des Cordeliers. L'inégalité du terrain a nécessité de grands travaux de nivellement; une partie des terres de la Grande-Pièce fut employée à cette préparation.

La première pierre fut bénie par l'évèque de Blois, le 89 août 4843, en présence du préfet, des membres du conseil général alors assemblé, des autorités de la ville et d'une foule nombreuse. La

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construction coûtera environ S20,000 fr., d'après le compte présenté au conseil général dans sa der-* niëre session.

Les anciennes prisons se composaient seulement de cachots étroits et infects où l'on entassait pèlemêle les malheureux détenus. Giaque année, la veille du dimanche des Rameaux, de la Pentecôte, de la Toussaint et de Noël, le lieutenant général du bailliage, assisté du greffier , tous deux en robe, se rendait à la prison, visitait les cachots, entendait et consignait sur un procès-verbal les dires, les observations, les plaintes même des prisonniers^ sur le régime intérieur de la maison et sur la conduite des employés. Rarement sans doute cette enquête fut favorable, car l'insalubrité d'une si horrible geôle devait exciter de continudles et justes rédamations '.

En 1793, le local ordinaire ne suffisant plus pour loger les nombreuses victimes de la Terreur^ les couvents de Rlois furent transformés en repaires de mspectt ; ce titre officiel caractérise Fesprit de l'époque révolutionnaire.

Les bâtiments des G)rdeliers, réunis à ceux de Fancienne prison > formèrent en 4806 un lieu de

* Aujourd'hui la surveillance des prisons est confiée à une eommis • sion spéciale ; plusieurs soeurs de charité sont attachées à cet établissement qui reçoit chaque année de nouTelles améliorations.

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détention plus spacieux et moins méphiûque ; T^ise fut démolie, et son emplacement devint un préau. Le portail et le parvis donnant sur la rue Beauvoir, datent de la même époque; le parvis a remplacé des masures entre lesquelles on pouvait à peine drculer par une ruelle ignoble ; au bout de ce passage étroit se trouvaient les deux portes des G)rdeliers et de la maison d'arrêt ; la première, située à droite» était surmontée d une statue colossale en bois représentant saint François d'Assise, patron des G)rdeliers. Le rapprochement des deux maisons donna lieu à un proverbe local qui est tombé en désuè* tude : lorsqu'un malfaiteur avait mérité la prison^ on disait communément à Blois qu'il serait conduit dans Vhôtel de Saint-François , à gauche. Le même dicton s'appliquait aux personnes mal famées; et souvent la calomnie abusa de cette injure populaire.

L'officialité, tribunal du clergé, avait sa prison particulière dans une tour maintenant réunie au nouveau couvent des Carmélites.

lOTEL DE Tllll.

La municipalité blésoise siégea dans une des sables de l'abbaye de Bourg-Moyen, jusqu'à ce que ta bienfaisance d'un honorable seigneur l'eût dotée

dun hôtel-de-\ille. En 1459, Jean de Saveuse acheta dans ce but, moyennant 300 écus d'or, une maison qu il donna à la ville de Blois , et qui devint dès-lors le siège de l'administration municipale.

Parmi les travaux faits à cet ancien hôtel, on trouve mentionnée sur les registres municipaux la reconstruction du portail et du grand escalier "; à cette occasion, un Blésois rima ce quatrain, curieux comme document historique et même comme poésie :

Pour garder oest hostel d*aller en précipice, Et pour croistre encor plus sa décoration , Le dessein projeté de ce neuf édifice Fut mis comme Ton voit en exécution .

Viennent ensuite les noms des échevins sous Tadministration desquels eurent lieu les travaux ; Tun d'eux était Yalentin Belot, aïeul d'une famille existante. La pierre qui porte cette inscription fut longtemps enfouie sous des décombres ; depuis environ 40 ans elle est incrustée dans un mur de la cour de rhôtel*<le- ville ; on aurait pu lui choisir une place plus apparente.

Du côté de la rue Foulerie se trouve une autre inscription semi-gothique qui rappelle la donation de Saveuse ; ce renseignement de l'époque est ainsi conçu :

* Proies-verbal de rassemblée de ville du 14 mai 1584. T. I. 31

486 UISTOIRE

« L'an 1 459, noble homme Jehan de Saveuse ', » escuier, conseiller et premier chambellan rie » hault et puissant prince monsieur le duc d'Or- » léans et de \iilan, et son gouverneur et bailly de » ceste ville de Rlois; pour la bonne aiMour qu'il » avoit aux habitants de cestc ville , leur donna » ceste maison, à la charge cVunc messe du Stiinlr » Esinit * à eslrc cellobrée chaqu'un lundi de l'an, » en la chapelle Saint-Fiacre sur le pont de Rlois. » Duquel escuier les armes sont ci-dessus ^. Priez » Dieu pour lui. »

La fondation de Saveuse fut religieusement accomplie jusqu'en 4790: depuis la chute dn vieux pont et de la chapelle Saint-Fiacre (en 1716), elle avait été transférée dans l'église Saint-Martin. Outre la messe hebdomadaire, la ville Causait dire tous les ans un service à Saint-Sauveur, pour le repos de l'âme du bienfaiteur, dont les cendres y reposûent , suivant son dernier vœu , dans la chapelle Sainte-Barbe.

L'ancien* hôtel-de-ville, biti au niveau de la rue de la Foulerie , était flanqué d'une tour peu élevée qui a servi de fondation au cabinet du maire et

* Sa famille était originaire de Picardie.

* Cesi ainsi ({u*on appelait anciennement les meases pour les morts.

' On reconnaît encore, au-dessus de Tinscription, le casque ou Jteaume qui surmontait les armes grattées pendant la Révolution.

à la terrasse adjacente ; elle s appelait Tour des Poudres^ parce que, dans les fêtes publiques, les artilleurs municipaux montaient sur sa plate-forme pour tirer les couleuvrines de la ville. On voit encore les restes de cette construction stratégique dans le magasin situé au dessous des bureaux de la mairie^

Dans le dernier siècle, l'hôtel donné par Saveuse tombait de vétusté ; et d'ailleurs son aspect ne répondait plus aux quais élevés depuis la construction du nouveau pont. L'architecte Cendrier proposa donc de rebâtir toute la partie de devant ; M* de La Saussaye, maire, fit à ce sujet un rapport au conseil de ville^ qui adopta le projet '» La première pierre de la nouvelle façade fut posée au mois de juin 4 777 par l'épouse de ce magistrat. Les travaux avaient été adjugés au sieur Momion '. L'année suivante, Farchitecte soumit au conseil la question de savoir si l'on ferait un comble à la Rœaaine ou à la Frarin çaùe; l'assemblée opta pour cette dernière forme. En 4 779 les échevins firent marché pour le plafond et les lambris de la grande salle avec un habile ouvrier qui passait à Blois. Tous les travaux furent reçus, et l'hôtel inauguré, le 27 novembre 1779»

On s'occupa ensuite de Tameublement; mais les

* Délibération du 25 février 1777.

* Soa fiU, qui est aujourd'hui un des principaux entrepreneurs de la Tille, exécute en ce moment à Blois plusieurs grands travaux d'utilité publique.

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ressources municipales imposèrent une extrême simplicité : par exemple, on ne mit d'abord des rideaux qu'au petit bureau de messieurs les échevins (cabinet actuel du maire), la ville, ajoute la délibération prise ad hoc, n'ayant pas le moyen d'en mettre à la grandesalle. En 1784, année où la ville était plus en fonds, elle meubla cette salle; la cheminée fut ornée d'une glace, et Ton couvrit les murs d'une tapisserie fleurdelisée provenant de la chambre des comptes , tenture précieuse que déchirèrent les émeu tiers de 1792 ".

Depuis une trentaine d'années, il a été fait plusieurs travaux à l'hôtel-de-ville, La terrasse adjacente au cabinet du maire date de 1812 ; en 1844 elle a été agrandie, pour communiquer directement avec la maison de l'ancien café du Midi. Cette habitation, devenue propriété communale en 1830, avait autrefois plusieurs servitudes sur l'hôteWeville. En 1702, le propriétaire, Jacques Tremblay marchand, obtint le droit d'élever un pignon sur le mur de clôture qui séparait sa maison de la cour de l'hôtel, laêrne d'y pratiquer un jour à fer maillé et verre dormant "* ; les jours dont ce pignon est percé attestent encore la concession primitive.

Il est facile de distinguer dans Thôtel-de-ville le

' Voir ci-dessus p. 184.

' Registres delà ville.

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bâtiment, de 1777 des constructions plus anciennes qui furent conservées par l'architecte Cendrier. La partie donnant sur la rue Foulerie existait déjà depuis longtemps: au rez-de-chaussée elle n'a subi d'autre changement que la cloison élevée pour former les bureaux de l'octroi municipal; avant, cette séparation, la grande salle, dite des pas perdus, se prolongeait jusqu'aux fenêtres de la rue. En 1828 les combles ont servi à l'établissement de la bibliothèque communale. Le portail de la cour a été rebâti en 1774; l'écusson de fer qui le surmonte date de la même époque ; du côté de la cour il portait autrefois une fleur-de-lis; du. côté delà rue il porte les armes de Jean de Saveuse, donateur du premier hôtel-de-ville fde gueules à la bande d'or, accompagnée de six billcUes de mémej.

L'escalier de la cour et la fontaine adjacente paraissent anciens, de même que les caves voûtées qui servent aujourd'hui de magasins.

La grande salle donnant sur la cour appartient au premier hôtel-de- ville. Cette pièce, aujourd'hui délaissée, est une des enceintes les plus historiques du vieux Blois; car, pendant plus de trois siècles, nos pères s'y sont assemblés pour élire les administrateurs de leur cité, et pour délibérer, comme ils. disaient, sur les besognes et affaires publiques. Les. grands débats parlementaires ont fait retentir aussi cette même chambre où, durant les Ètats-Cénéraux

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de 1576 et de 1588, Tordre du Tiers tenait ses orageuses séances. A ce double titre de parloir mix bourgeois et de tribune législative, l'ancienne grand'salle de notre maison commune est également riche de souvenirs municipaux et de souvenirs politiques.

HALII ADI fiRAlHt.

Ce rez-de-chaussée du vieux palais de justice fut construit, comme tout Fédifice lui-même , au cours du XY® siècle : auparavant, le marché aux grams avait lieu dans la rue du Bourg-Neuf. En 1697 , cette partie du monument fut engagée à plusieurs communautés religieuses et à quelques familles nobles de Blois ; mais la Révolution, qui annula tous les engagements du domaine postérieurs à Tannée 4 566, remit TEtat en possession des halles. En 1 806, le domaine les céda gratuitement à la ville : plus tard (1835), Tadministration contesta la clause de gratuité : après d assez longues procédures, il y eut transaction; des experts estimèrent 3,500 fr. Tobjet du litige^ et la ville consentit à payer cette somme, pour ne plus être inquiétée au sujet d'une propriété si nécessaire.

Les registres municipaux constatent que» dans les

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temps de disette, de peste ou de troubles, le marché aux grains fut souvent reporté au Bourg-Neuf, sa place primitive " ; cet isolement était une précaution utile contre l'émeute ou la contagion. Pendant la Terreur, le même motif fit transférer le marché sur la Grande-Pièce^ où il demeura jusqu'en 1798, époque de la réouverture des halles.

Le projet de démolir lo vieux palais nécessite la construction d'une nouvelle halle. Le conseil municipal a décidé qu'elle serait pFacée sur la Grande- Pièce > en face du nouveau palais. Un concours , dont le prix est fixé à 1 500 fr. , a été ouvert pour l'adoption d'un plan ; mais , au moment où nous écrivons, l'administration n'a pas encore prononcé entre les noi^ibreuxc oncurrents.

Cette halle fut construite sous le règne de Fran-

^ Voir par exemple une délibératioa municipale du 26 avril 1614, où se trouve le passage suivant : « A esté résolu que le marché sera » tenu soubs le porche du Bourg-Neuf, et que les halles seront fcr- » mées. » Quelques désordres survenus par suite de la cherté des grains avaient donné lieu à cette mesure de précaution.

' Le quartier de la Poissonnerie formait autrefois un fief appartenant aux Templiers : en mémoire de ses anciens possesseurs, il conserva longtemps le nom de Temple.

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in HISTOIRE

çois P""; autrefois on y voyait sculptée une salamandre, symbole favori de ce monarque; la forme des piliers atteste d'ailleurs que l'édifice remonte à l'époque de la Renaissance. En 1 807 , on refit la façade du côté de la rue du Pont, et le toit qui était à jour suivant l'usage des anciennes halles. En 1 840, la Poissonnerie a été dallée en asphalte ; c'est la seule application de ce procédé de pavage qui ait encore eu lieu à Blois.

Avant la Révolution, cette halle appartenait au domaine; mais depuis, elle est devenue par vente propriété communale; la ville y perçoit les droits de place, qui anciennement étaient un produit domanial.

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