ANCIEN HOTEL -DIEU
Les fondateurs de cet établissement, dont l'origine remonte à une époque très éloignée , le placèrent entre l'abbaye de Bourg-Moyen et le couvent des Jacobins; il fut entièrement rebâti au cours des trois derniers siècles, et longtemps avant la Révolution il n'existait déjà plus aucune trace des constructions primitives.
En 1793, la ville échangea les bâtiments de l'Hôtel-Dieu pour ceux de Saînt-Laumer, moyennant une soulte de 13,100 fr. , payable à l'État.
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LHôtel-Dieu fut alors transféré dans le local des Bénédictins; et le domaine prit possession des bâtiments abandonnés, qu'il aliéna ensuite à divers particuliers. En 1804, M. Couteau , lun des acquéreurs, céda au Bureau de Bienfaisance Tarrièrebâtiment oùse trouve aujourd hui l'Abattoir ■; mais cette administration reconnut bientôt que le local ne lui convenait pas. La ville , qui venait de racheter un des grands bâtiments et d y transférer les boucheries, voulant aussi avoir une tuerie tout auprès , profita de l'occasion : le bureau rétrocéda le petit bâtiment, et reçut de la ville l'ancien collège qu'il occupe depuis cet échange. L'abattoir fut ouvert en 1807. Depuis quelques années, on s'occupe du projet de transférer dans un quartier plus éloigné des habitations cet établissement insalubre.
Les primitives destinations des différentes parties de Tancien Hôtel-Dieu sont bien changées. La salle des hommes et la pharmacie forment maintenant une salle de spectacle ; la scène et les loges ont remplacé les lits de douleur; le plaisir, par un étrange contraste, a pris possession du lieu où gémissaient nagucres les pauvres malades. Ce corps de bâtiment paraît assez ancien; le toit et les pignons indiquent une construction du XVP siècle :
* On avait rinteotion d*y transférer le Bureau de Bienfaisance, qui se trouvait établi provisoirement dans Tancicn couvent de la Visitation.
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les propriétaires de la première salle de spectacle t située rue du Haut-Bourg, l'ont acheté du domaine vers 1802; les distributions intérieures et le matériel du théâtre furent établis à leurs frais. Aujourd'hui encore ce local est possédé par une société qui Tafferme au directeur de la troupe d*Orléans. Il serait à désirer que la ville rachetât, comme il en a été plusieurs fois question, un édifice dont la destination est essentiellement communale ; elle pour^ rait faire des conditions moins onéreuses aux entrepreneurs de spectacles , et s'imposer, pour les plaisirs du public blésois , des sacrifices qui léseraient les intérêts pécuniaires des possesseurs actuels.
La grande boucherie, ouverte en 1 803, et supprimée en 1 826, occupait la salle de$ enfants. L*école d'enseignement mutuel, établie au-dessus de ce rez-de-chaussée, est Tancienne salle des femmes. Ce corps de bâtiment fut construit vers 1 657, aux frais de Louis XIV, de Gaston d'Orléans, et des plus riches habitants de Blois qui se cotisèrent volontairement pour cette œuvre de charité. Les armes de France, jadis sculptées sur les écussons que Ton voit encore à la façade, rappelaient la participation généreuse du roi et du prince aux dépenses de construction.
Le bâtiment transformé en tuerie après l'échange de 1804, servait autrefois de boulangerie et de
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buanderie ; c'était la partie la plus moderne de l'Hôtel-Dieu; elle occupe remplacement de l'ancien hôtel d'Angoulême ", qui fut, en <755, cédé par les Jacobins et démoli '.
I^a chapelle de THôtel-Dieu, détruite pendant la Révolution , était bien plus ancienne que les bâtiments, comme le prouvaient les sculptures gothiques du portail : le chœur et le maitre-autel se trouvaient sur remplacement qu'occupe aujourd'hui l'escalier de la salle de spectacle.
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Cet hospice, fondé en i 657, ne fut d'abord qu'un ilôt de maisons achetées successivement ; l'insuffisance des ressources retarda longtemps la construction d'un ensemble régulier.
En 1775, on éleva la partie des bâtiments actuels située au couchant ; c'est la première construction remarquable qui ait été exécutée à IHôpital général; M. de Thémines , évèque, concourut aux dépenses pour une très forte part. Cette aile fut affectée au logement des femmes, des petits gar-
' Cet hôtel avait sans doute été possédé ou du moins habité par les princes de la maison d'AngouIéme, ancêtres du roi François I*' et. collatéraux de la maison d^Orléans.
* Titre des archives départementales.
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çons et des jeunes tilles, qui Toccupaient en 1789. Le charitable prélat avait conçu Fheureuse idée d'une reconstruction générale, dont les plans ftirent dressés par M. Mandar, professeur de fortifications à l'école militaire de Pont-Levoy ' ; mais la Révolution empêcha l'accomplissement de ce projet. Les vieillards continuèrent d'occuper les anciens locaux, masureshorriblesdont un compte moral delan XIII, rendu par les administrateurs de l'hôpital , dépeignait en ces termes le triste état : a Le bâtiment » des vieillards tombe de vétusté ; ces malheureux » sont comme entassés dans des chambres peu aé- » rées; malades, ils sont soignés dans une infir- » merie aussi sans air, basse d*étage, où les lits » sont tellement rapprochés qu'un malade reçoit » forcément les miasmes de son voisin, comme il . » lui communique forcément les siens. Et c'est là » qu'au milieu de vieillards mourants, on est obligé » de soigner des enfants malades! . . . »
Vers 1807, on commença à bâtir pour les vieillards l'aile du midi, terminée en 1 811 : la petite rue des Barbeaux qui longeait l'église de Vienne , fut alors supprimée et réunie h l'hôpital.
Enfin les nouveaux corps de bâtiments et la chapelle, élevés depuis dix ans d'après les plans dé
* Devenu ensuite ingénieur distingue. Une rue de Paris, qu'il a ftii b&tir, porte son nom.
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M. Mandar S ont complété un ensemble qui aujourd hui ne laisse plus rien à désirer. L'ancienne chapelle, bâtie peu de temps après la fondation de rhôpital, a disparu; mais on a conservé une portion du tabernacle que Louis XIV , protecteur de la maison naissante , avait donné pour om^r le maître-autel*.
La chapelle actuelle, bénie le 30 novembre 1 837, fut construite au moyen d'une souscription volontaire à laquelle concoururent beaucoup de personnes de la ville et des environs.
ÉGLISES, COUVEim ET CniETIÈRES.
Avant la Révolution, il existait à Blois vmgt églises, tant paroissiales que conventuelles. Par suite de l'abolition des ordres religieux et de la suppression de plusieurs paroisses, quinze églises, savon* : celles de Saint-Sauveur , de Saint-Martin, de Saint-Uonoré , de Saint- Nicolas , de Ghampbourdin, de Sainte-Catherine, de Bourg- Moyen , des Cordeliers , des Jacobins , des Mini-
*■ L'église actuelle , dont on a tant critiqué la position et Tordonnançe extérieure, existait sur ces plans telle qu'on Ta construite et au même endroit.
' Le dessus de ce tabernacle a été placé dans une petite chapelle de Téglise neuve, bénie en 1845.
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mes, des Véroniques , de la VisitatioD, des Ursu- Unes, des Carmélites, des Nouvelles-CalhoUques, ont été détruites ou abandonnées. Les cinq autres, celles de Saint-Solenne , de Saint-Saturnin , de Saint-I^aumer, des Capucins et des Jésuites , sont encore consacrées au culte.
Presque toutes nos églises supprimées furent achetées et démolies par M. Guillon , ancien menuisier, né à Ângouléme, qui vint habiter Bloîs quelques années avant la Révolution. Ce spécular teur hardi et intelligent éleva sur leurs ruines des constructions utiles, et changea ainsi Taspect de plusieurs quartiers. On doit lui savoir quelque gré de ces entreprises, conçues et exécutées à une époque critique oii de semblables spéculations offraient peu de sécurité et de chances fevorables; il fallait assurément un certain courage pour bâtir au milieu des orages révolutionnaires, sous l'impression d'événements qui mettaient en péril jusqu'à la propriété elle-même.
Si plusieurs de nos anciens édifices religieux sont regrettables comme monuments, m graéral leur disparntion a favorisé Tembellissement de la voie publique ; car cette multiplicité d'églises et de couvents obstruait les abords de rues populeuses et fréquentées : l'édilité n'eût pu> en les conservant, réaliser les améliorations remarquables opérées sur les principaux points de la ville.
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De ces observations générales nous passons à une revue historique et descriptive, indiquant les pba* ses diverses de chaque église ou maison conventuelle du vieux Dlois.
Saint- Saitv'eur. — Suivant certaine tradition populaire, cette église, une des plus anciennes de la ville, avait été hâtie sur les ruines d'un temple païen dédié à Jupiter-Sauveur. Son clocher de pierre s élevait à une grande hauteur ; le beffroi renfermait Thorloge de la ville. Dernier ' vante Tancienne sonnerie de Saint-Sauveur , comme Tune des plus harmonieuses du royaume ; « c'est pourquoi, ajoute » notre historien , le roi Henri III se plaisait fort » à l'entendre, outre qu elle contribuait extrême-»
> ment à le tirer d'une profonde mélancolie à la-
> quelle il était sujet. »
Le porche de Saint-Sauveur, appelé Cour île» SaintSf était orné de sculptures, dont les sujets ascétiques motivèrent cette dénomination. Dans Tintérieur on remarquait une statue de saint Christophe, haute de 1 8 pieds, adossée au premier pilier près la porte d'entrée.
Les principales basiliques de France étaient char* gées de pareils colosses ; il y en avait un monstrueux à l'entrée de Notre-Dame deParis. Cette image
* Hiatoire de Blois, p. 85.
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symbolique attestait Fancienneté de Saint-Sauveur, et semblait confirmer Thypothèse de son origine païenne; car on a prétendu que saint Christophe était une représentation de THercule gaulois : peut-être celui de Téglise blésoise avait-il servi dabord au culte primitif de nos ancêtres.
De grands souvenirs se rattachaient à ce noble et pieux édifice : plusieurs comtes de BIoîs reposaient sous ses dalles antiques ; église paroissiale du château, elle fut longtemps fréquentée par les rois, les princes et les grands personnages qui résidaient à Mois ; enfin, c'est à Saint-Sauveur qu'eurent lieu différentes cérémonies religieuses, célèbres dans THistoire de France , notamment les dévotions officielles des États-Généraux de 1576 et de 1588.
En 1793, cette basilique fut adjugée à M. Guillon, qui s'empressa de la démolir, sans lui substituer d'autres constructions. Ses dernières ruines disparurent en 1827, lorsque sur son emplacement on éleva les maisons neuves qui bordent le côté méridional de la place du Château.
Saint-Louis. — La première église bâtie en ce lieu était dédiée à saint Pierre. L'adoption postérieure du vocable de saint Solenne se rattache à une légende singulière ', que nous rapporterons
* Grégorius Turoncnsis. De gloriâ confessorum , éd. Euioart , col. 912 et 1399.
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