‹ Histoire de BloisChapitre 23 sur 25 · M MOIS. W · texte numérisé non relu

M MOIS. W

La forêt de Blois fut longtemps le principal rendez-Tous de chasse des comtes , des priùces et seigneurs qui successivement habitèrent le château ; elle formait en quelque sorte le parc de cette demeure féodale, car les Allées établissaient une communication directe entre les jardins et la forêt. L'ambassadeur vénitien Andréa Navagero, qui vint à Blois pendant le séjour de François P', Ta décrite en ces termes :

c II y a plusieurs rendez- vous de chasse et mai- » sons de plaisance; les bêtes fauves y abondent ; » on y voit entre autres une biche colossale que » Ton conserve comme chose merveilleuse , et à la- » quelle il est défendu de toucher '. »

Le petit château de la NouCy situé au bord de cette forêt, (démoli en 1813), était un des rendezvous champêtres dont parle l'ambassadeur vénitien; Henri III et Catherine de Médicis laffectionnaient particulièrement , et se plurent à Tembellir : on doit regretter la destruction de ce joli manoir, également remarquable par son site, par son architecture et par son ornementation intérieure^ Auprès du lieu de la Noue se trouve la grande et belle avenue du MaiU ainsi nommée parce qu'autrefois sa surface longue et unie fut occupée par un

* Mémoires publiés dans la collection des documenU inédits d»rhistoire de France, t. i, p. 28.

jeu depalinail (ou mait); la délibération suivante de notre municipalité prouve qu'au XVIP siède, c'était une promenade publique entretenue aux frais de la ville " :

Sur ce qui a eslo remonstré par les s^ eschevins de cesle ville que son altesse royale • leur a commandé de faire accomoder un mail qui est au bout des Allées, proche la maison de la Noue s y faire mettre des ais , rapporter des terres et auitres ouvrages nécessaires ; a esté conclud et arresté que les dicts s" eschevins feront la dépense nécessaire au dict maO, pour témoigner de plus en plus Vohéissanee que la viUe veut rendre en toute occasion à sa dicte altesse.

A la même époque , la forêt de Blois contenait , suivant Bernier, 5,316 arpents (2,715 hect.) En 1773, elle subit un démembrement, par suite de rechange de 437 arpents, fait par le roi Louis XV avec M. Mesnçird, comte de Chousy, près Blois, conseiller d'état et secrétaire des commandements du dauphin, contre la terre de Villepreux, située dans le graqd parc de Versailles. Cet échange , régulièrement consommé avant la Révolution de 1789, fut maintenu par l'assemblée national^ ; mais plus tard» M. l'abbé Mesnard de Chousy, fils du précédent, remit ce lot au Domaine, et reçut en échange les bois de Rançon situés d^ns la commune de Chousy.

1 Délibération du 6 scplcmbrc 163^.

• Gaston d*0rléans.

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DE BLOiS. 589

Le nom de la forêt de Boulogne n est que la traduction libre de sylva longa (bois long), dénomination employée dans les chartes du moyen-âge. En 11 63 9 le comte Thibault V fonda au milieu de cette forêt, entre Bracieux et Huisseau, un prieuré conventuel de l'ordre de Grammont; le fameux abbé de Rancé , aumônier de Gaston d'Orléans , comte de Blois, et réformateur de la Trappe, posséda ce bénéfice que son dernier et poétique biographe, M. de Chateaubriand, place par erreur à Boidogne-mr-Mer ; plus d'un lecteur aura sans doute accepté de confiance cette faute de topographie échappée à la plume du grand écrivain. Le prieuré était encore habité du temps de Bernier , qui parle en termes flatteurs des ermites de Boulogne : « Ces religieux, dit-il, quoique solitaires et » fort réguliers, n'en sont pas moins civils et hon- > nestes. » Le même historien évaluait à 3,963 hectares la contenance de la forêt. En 1 770, le prieuré fut abandonné par Tordre de Grammont , et ses biens furent unis au séminaire de Blois : vendus comme propriété nationale, ils forment aujourd'hui un domaine particulier d'une quarantaine d'arpents; c'est la seule portion des trois forets qui ait été aliénée par suite de la Révolution; le Domaine eût mieux fait assurément de conserver celte enclave dont il regrette aujourd'hui la distraction fâcheuse.

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590 BISTOUIE

La forêt de Ruuy, située entre le Cosson et le Beuvron , doit sa dénomination, soit au voisinage de ces deux rivières ' , soit à la nature humide et ruisselante du soi. Du temps de Bemier, elle contenait 3,218 hectares. En 1785, le roi en céda la moitié au comte d'Espagnac qui possédait alors la terre de Cormeré, située à peu de distance de cette forêt, et consentit à recevoir en échange le comté de Sancerre dont la valeur était bien plus faible. M. d'Espagnac se hâta de faire des coupes en jardir nagcy contraires aux premiers principes d'une bonne exploitation et aux anciens aménagements. Ce gaspillage dura pendant quelques années de jouissance provisoire. Heureusemeiit l'échange n'était pas consommé à 1 époque de la Révolution, et il fut possible de l'annuler sans sortir de la légalité. Le sentiment public s'était prononcé pour la révocation d'un acte si dommageable. En 1789, M. Fleury, alors procureur du roi en la maîtrise de Blois, membre de rassemblée électorale du tiersétat du bailliage, lit insérer au cahier de son ordre un article qui réclamait formellement cette mesure de justice ; le mémoire qu'il adressa ensuite à l'assemblée nationale entraîna la conviction des législateurs, et le Domaine recouvra une propriété momentanément sacrifiée à des influences de cour ^.

' AiM«y en langue celtique veut dire ruisseau ou rivière. * €e mémoire évaluait à 5,738,281 fr. les biens que M. d'Etpagnac recevait «n échange, et à *i,008,616 ceux qu'il donnait.

Digiti

M RLOIS. 191

PeodaDt la Révolution, ces forêts farent horrililemeut dévastées, malgré les efforts des magistrats , impuissants à contenir le peuple mutiné; plusieurs cantons se ressentent encore de ce pillage funeste.

Autrefois les ventes rapportaient beaucoup moins au Domaine que de nos jours; on en jugera par le tableau suivant :

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