ST0IR
Guy P"^ de Chàtilloii> alûrs très obéré, céda /son droit à Philippe do Valoi3 moyennant 45000 livres (aujourd'hui 430,32K> fr.).Par de semhWJe» Uransactions» le roi accpût successivement le monopole de la Êibrication monétaire et des bénéfices firaudu* leux si commuas dans Tbistoire finanicière de Fan* cienne monarchie.^
Plusieurs cajtises; affîôblirent la puissance des grands vassaux: les croisades surtout leur occasionnèrent d'irréparables pertes. Les comtes de Blois furent des premiers à suivre ces expéditions aventureuses et lointaines qui fla,ttaient singulier rement leurs goûts belliqueux. Dès que le concile de Clerraont eut résolu la pi:emière croisade^ (4 095), Etienne partit avec Godefroy de Bouillon, conduisant à Jérusalem une troupe de ^einq mille soldats, m^*tionnée dans ces vers du Tasse :
Ma cînque mila Stefano d'Ambuosa E di Blese et di Ture ia guerra adduce.
Quelque temps après, Etienne ramenait en France quatee mille hommes seulement; mille, parmi lesquels se trouvait un certain nombre de Késois, avaient déjà péri en Palestine, victime à la fois de la guienre et du cUmat. Sans se décourtg»*, le comte Etienne retourne en Tcrr^^àinte avéd dés troupes fraîches qui bientôt sont anéanties ; lui-même reçoit une blessure mortelle à la bataille de Rama (4 4 02)-
Ces échecs ne calmèrent point dans nos contrées
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w Btour. 47
Fardeur ée k fièvre refi^use qui touraïaitail: l^ princes et les peuples. Peu de temps après, saint Bernard étant Tenu prêcher à Chartres une nmitelle croisade, les habitants du pays hUsoîs répondirent avec ènthousbsme & cet aq^tri ; les enrdlemeAts spinitanés produisirent JBème une dépopolatîdA seot siMe, tant était piûssante la voix de l'orateur ^ C«t âan irréfléchi ent de bien fimestd» i^sultats pour nos comtes et pour Iwrs sujets. Thibault périt au siège d'Acre en Palestine avec son armée (H 94). Louis I^ trouva pàrôl sort devant la pla^ d'Andrir nople (1204). Malgré Je triste exemple de ses prÀdéoesseurs, Hugues de ChatîUon, déjà battu plUr sieurs fois« continua de recruter pour la Palestine; mais il moiirat au milieu de ses prépairatifs^ et avec hii finirent des expéditions malheûi^edses.
Les croisades endettèrent fes comtes de Blois, qui furent obligés d'aliéner phisieurs domaines considérables. Le prioc du comté de Ghartred, vendu au rcb Philippe4e-Bel en 4386 par Jeanne de Chàtillon^ 8<dda l'arriéré des guerres saintes auxquelles sâa prédécesseurs avaient si activement concourt. Déjii les comtes avaient perdu la Tourainei la Obampagne et autres grandes seigneuries; réduits presque à leur domaine de Bloîs, ils tombèrent au rang de vassaux subalternes ; les derniers Châtillon surtout
* Cherart, Hiftoire de Chaitrct, 1. 1, p. 562. ^^
n'offirftient plus qu'une cmibre de l'ancienne puis*sance des Thibault, des Eudes, des Etienne.
Tant que ces seigneurs furent occupés à gner«royer, ils habitè^rent peu les yiHes d^leivs domaines; aussi eurent-ils long^temps à Bkns un vicomte (vioe C(miHsJ; le premier fut le peux Gelduin, fondateur de Tabbaye de Pont-Levoy. La terre de la VicoÊUé^ près Blois, forma Tapanage de ce dignitaire féodal dont elle porte encore le titre. La oessation des guerres seigneuriales et des croisades rendit ies comtes plus sédentâres, et les dispensa de se faire représenter par un suppléant. En 1372, Renaud, dernier vicomte, vendit le domaine de la Vicomte à Louis I^ de Chitillon pour 200 florina d'or ^ Les Châtillon, (piittant la vie aventureuse de ksats prédécesseurs, habitèrent Blob et les châteaux voisins ^ ; le pays n'eut qu'à s'applavdir de ces séjours habituels ; car la famille était bîen&isante, cMmne le prouvent plusieurs chartes de généreuses concessions déjà citées. Plus sédentaires que leurs devanciers, ils ne furent cependant pas exempts d'agio tationsf Le comte Louis, frère de saint Charles de Blois^ prit part aux guerres de ce pieux et infertuné personnage contre Montfort qui lui disputait le du^ ché de Bretagne. Il combattit aussi les Anglais sous
' Beraier, p. 319.
* La plupart, ainsi que nous Tavons dit, moururent à Blois ou aux environs, et furent inhunés i la Guicbe.
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fa bannière du roi de France, et fut tue à Crécy : ses trois fils suivirent son héroïque exemple; et tandis que beaucoup de seigneurs embrassaient le parti de l'étranger, ils demeurèrent fidèles à la cause nationale. Lie dtfnier, Guy de Châtillon^ eut Thonneur de serrir d'otage au roi Jean, captif en Angleterre.
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loTasiei Aiglatse. — Teite da emiL — Mois mhu laBiisoi f Orient. S^ k U Ciir.
Le pays blésois ressentit les maux d'une inyasion aussi désastreuse que celle des Normands au IX^ siècle. Les hordes anglaises ne cessaient de traverser en tous sens le territoire, de piller, même d'incendier les bourgs, les monastères et les châteaux ; aux environs de Blois elles détruisirent le castel de Bury ; non loin de là se trouvent une vallée, dite des Anglais^ et un Champ-Dolent^ noms lugubres qui attestent le passage de l'ennemi. Sur lautre rive de la Loire, les Anglais brûlèrent plusieurs maisons religieuses et seigneuriales , entre autres le riche
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eaoveat de Potrt^Lwoy K Ces désastres eurent lieu à répefne delà ftineste journée de Maupertuis en Poitou* Leg AnghflsquittèTOTt le champ de bataille pour se répandre dans la Touraine, le BerryetleBlésoîs, où ils commirent toutes sortes d^excès. Une de leurs troupes, commandée par le prince de Galles , s'empara de Romorantin (4356), ravagea la Sologne et s'ayança jusqu'aux portés de Bloîs. Uétranger avait à sa solde des bandes de voleurs qui exploitèrent pendant quelque temps les environs de Blois ; mais le eoflit^Lods parvint à réprimer ce brigandage organisé.
L'attachement des seigneurs de Blois à la cause du roi de France occasionnait de fréquentes réquirgitions ; c'est ainsi qu'e» 4 390 l'armée de Charles V reçut un renfort deSOQ hmmm d'anm'', tous gens d'élite du Blésois, commandés par les seigneurs de Vienne, de Chaumont et de Montigny-en-Dunois; chaolm de ees feiiddtaires fournit m part du contingent au moyen d'une levée &ite dansses terres^Les recruestles sommes d'argent, que les Châtillon four^ nir^t au roi, et les «péditions personneUes qu'ils forent obligés de £iÊre pour défendre leur propre
* GaUia ChrUtiima, t. YIII, p. 1385. A peu de distance de Pont-teToy est U Méttîrie des Ânglak^ ainsi appelée en mémoire de FlnTa- •ien.
* Fournier. Essais sur Blois.
' Chaque honmt d'armes menait avec lui quatre personnes de service.
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ht msTOIEfi
territoire contre riovasiop, épuisàrent leirsrM« sources, en même ten^^s qu'îles ruioèilent le pajs. S'il faut en croire les indiscrétions defintatôme, des malheurs d'une autre nature contribuèrent à h pénurie extrême du dernier comte de te famille; le malin chroniqueur s'exprime ain^:
Marguerite de Namar, femme de Gmy de Ghâtînoiii hi si 80tte de donner toat ce qu'elle pouvait à Loiâs, dac d'Orléaas, lui qui était si grand et si puissant seigneur et frère du roi; et pour cela de tirer de son mari tout ce qu^elle pouvait , si bien qu'U en devint si pauvre qu'il fut contraint de vendre le comti 4e Blois audit monsieur d*OrléaaS| lequel pensez fd'îL le tad paya de l'argent et de la substance même que sa sotte femme lui avait donnée; sotte bien était-elle, puisqu'elle donnait à plus grand que soi, et pensez qu'après il se moqua de l'un et de Tautre, tant il était volage en amour *.
Cette anecdote prouverait que le rusé prince âut exptoiter à son profit l'amour de Marguerite ^ et trouva dans cette femme galante autant de dèsinté* ressèment que de complaisance.
La vente du comté de Mois, qui depuis 500 ans avait été transmis par ordre héréditaire, eut Keu en 4394 au prix de 200, 000 fr. d'or (envhH)n fi, 400,000 fr. de monnaie actudle). Louis d'Orléans , frère puiné de Charles YI, trouva dans cette acquisition l'emploi avantageux des libéralités de sa tendre comtesse, et d'une partie de la dot que Yaleiitine de Milan venait de lui apporter. Froissart, confident
* Dames galantos. Discours l*'.
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DE BLOI$. 53
intime de la famille Châtillon, raconte les moindres
détails de cette négociation à laquelle concoururent
le roi et les princes du sang. Le malheureux Guy
de Châtillon, malgré ses embarras financiers, ne
pouvait se résoudre à vendre le domaine de ses
pères ; Louis d'Orléans, pour lui arracher un sacrip-
fice pénible, fit jouer tous les ressorts de l'intrigue;
on verra même qu'il ne fut pas très scrupuleux dans
le choix des moyens; mais laissons parler avec sa
naïveté ordinaire le chroniqueur, témoin de toutes
ces manœuvres :
Louis, duc d'Orléans, fils de France, qui finance avoit pour acheter et payer le comté de Bloys, pays bel et noble, s'ayisa que ce domaine lui seroit séant. Le duc, sur ceste imagination, ne reposa point, ne cessa point; et en parla premièrement au roi de France, son frère, puis au duc de Bourbon et au seigneur de Goucy, pour cause que ce seigneur étoit im grmid coniraeUur et bien en la grâce du comte Guy de Châtil Ion. Si proposèrent ces quatre, le roi et les dessus nommés, qu*au département de Tours en Touraine ils viendroient yers leur cousin le comte Guy qui se tenoit à huit petites lieues de Toors, en un moult beau chasteau qu*on appelle Chasteau-Morant ' et traiteroient dlcelle marchandise avec lui et avec la comtesse sa femme, Marie de Narour, qui estoit moult connoitaue *. Or estoit advenu qu*un vaillant homme et de grand*prudence, chevalier en ioix et en armes, bailli de Bloys, lequel se nommoit messire Regnaud de Sens, fut informé de toutes ces besongnes; quand il les seut, il en eut pitié pour Tamour de son seigneur le comte de Bloys qui en icelle vendition se pourroit déshonorer et ses loyaux hoirs deshériter.
< Morent est une commune située aux environs de ChAteaurenauU. * D'argenty sans doute.
Ledit messire Regnaud, pour obYter ^ ces besongnes, se départit de Bloys et chevaucha toute la nuit jusqu*k Chasteau- Morant, où il parla au comte et lui dit: < Monseigneur, tous % serez requis et pressé de vendre vostre héritage; si ayee ad- » vis. » — € Avant que je fisse ce mardié, répondit le comte» il » ne me demoorroit plat ni escuelle d^argent à vendre odi à en- * gager. » Monseigneur, reprît le chevalier, or vous en souvien- » ne quand temps et lieu sera.» Deux jours après, le roy arriva avec les dessus nonmé»; adonc le roé, pour attraire le comte de Bloys, lui dit: « Beau cousin^ vous avez eu au temps passe » de grands coustages ; pour vous récompenser nous vous don- » nons en la comté de Bloys une aide < qui vous vaudra bien % vingt raille francs. » Le comte dit grand merci, et retint ce don qui oncqnes profit ne lui fit ; car il n*en eut rien. Après ce don fait, on commença à entrer et traiter pour vendre et acheter la comté de Bloys, et en ouvrirent premièrement la matière le roi et le duc de Bourbon, et trouvèrent sur ce le comte assez froid. Donc se retournèrent les seigneurs à la comtesse de Bloys, et lui dirent tant de paroles colorées, et comment au temps k venir ce seroit une pauvre femme et que bien mieux lui valoit qu'elle demeurast une dame riche et puissante, garnie d*or et d*argent et de beaux joyaux, que toute nue et pauvre; cat elle estoit trop bien taillée pour ne pas sm-vivre an comte soù mari, et que c*estoit son advantage qu'elle conseillâst au comte son mari que cette marchandise* se fist. La comtesse, qui éstoit une femme convoiteuse, s'inclina k cette idée, et procure* le tout, avec un varlet de chambre du comte ; ce varlet appelé Sohier avoit tellement surmonté le comte que tout se faisoit par lui: Ainsi le comte Guy de Blois, monseigneur et mon maistre, comme mal conseillé par sa femme et son varlet, fit ce pauvre marché. Or, après la conclusion de cette affaire, le roi et les seigneurs prirent congé dn comte Guy et s'en retoum^mt m Franu.
* ImpM sur les denrées et marchandises.
* Ce marcbé.
* Décida.
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L'état féodal du pays explique cette dernière oIhsenration qui aujourd'hui n'offre plus aucun sens; au XIV® siècle, le comté de Blois, priniûpauté indé* pendante et souveraine, n'était pas censé faire partie du royaume ; la France proprement dite ne se coinposait cpie des provinces réunies à la couronne.
Ceat ainsi que Louis d'Orléans, premier prince du sang, devint comte de Blois.
Les populations virent avec joie une famille ri-* che et puissante succéder à des princes tombés dans la pauvreté. Sous cette nouvelle domination, Blois atteignit un degré remarquable de prospérité J nous eatrons dans lepoque la plus brillante de no^ tre histoire.
L'illustre maison d'Orléans portait pour armes: d'axwr à4Toi$ fleurs-de^p d'or àû lambel d'argent à trw petudanU ; c'étaient les armes de France aug-* mentéos du lambel, signe distinctif de k branche cadette.
Le comte Louis d'Orléans, après une vie agitée dont ses sujets blésois ressentirent les infortunes, périt assassiné par les sbires de Jean-sans-Peur , doc de Bourgogne (1407). Valentine de Milan, sa veuve, n'ayant pu obtenir justice du crime, se retin k Blois, où elle mourut de chagrin la même année. En dernier lieu , cette princesse infortunée avait pris pour devbe : rien ne m'ett plut, pluê ne m'est rien I lugubres paroles qui demeurèrent long-
temps après sa mort gravées sur les murs de notre vieux château. Avant d'expirer, elle fit venir pour l'embrasser Jean d'Orléans, fils bâtard de son mari et de la dame de Canny. Elle aimait cet enfant à Tégai des siens, et le faisait élever à Bloisavec le plus grand soin. Parfois, le voyant plein d'âme et d'ardeur, elle disait qu'il lui avait été emblé (dérobé), et qu'aucun de ses enfants à elle n'était aussi bien taillé à venger la mort de son père ; cet enfant fut le brave comte de Dunois.
I Le comté de Blois échut à Charles d'Orléans, fils kiné de Louis et de Yalentine; ce domaine subit un démembrementauprofitdej[^,fi*èrepuinéde€harles (aïeul du roi François I^) qui eut en partage les châtellenies deRomorantin et de Millangay, anciennes dépendance oucomîSrle jeuneaucM'Orléans épousa la fille du comte d'Armagnac, chef de la&o* tion opposée aux Bourçuignons ; Blois devint alors un des points de ralliement de ce parti.
Charles fut fait prisonnier à la bataille d'Azincourt. Pendant sa longue captivité, il y eut un mo^ ment où la ville était cernée par les Anglais; tous les lieux fortifiés de la Beauc^^exgegtéMs^ leur appartenaient; mais Hsne purent s'emparer de Blois, que protégèrent sa situation escarpée, son château parfaitement fortifié, sa nombreuse garnison, et la vaillante épée du bâtard d'Orléans, fi^re naturel de Charles , investi par ce prince du gouvernement militaire de la ville.
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ÔE BLOIS. 67
Les Anglais , qui faisaient chaque jour de nouveaux progrès, assiégèrent enfin Orléans; la prise de cette place importante eût probablement entraîné Toccupation de tout le littoral de la Loire. La population blésoise, menacée d'une prochaine invasion, attendait avec anxiété le résultat de ce siège décisif, lorsqu'elle vit arriver Théroïne de Yaucouleurs, qui venait de Chinon et marchait à la délivrance d'Orléans (avril 1 429). Jeanne d'Arc demeura plusieurs jours à Blois, jusqu'à l'arrivée des troupes et des munitions que le roi Charles YII lui avait promises. Elle fit bénir dans l'église Saint-Sauveur sa blanche bannière, et communia avec tous ses hommes d'armes. La chronique de la Pucelle décnt naïvement les préparati& de son départ ; on ne lira pas sans intérêt les particularités du séjour de Jeanne d'Arc à Blois:
Lors forent ehargés en ladite ville de Blois plusieurs charriots, charrettes et chevaux, de vivres, grains et autres choses requises en pareU cas , et y furent assemblés quantité de bétail, comme bœufs, vaches, moutons, brebis et pourceaux ; et fut conclu par les capitaines tant par ceux qui les devaient conduire comme parle bastard d'Orléans, qu'on irait parla Solougne pour ce que toute la plus grande puissance de Tennemi * estoit du costé de la Beausse. Ladite Jeanne ordonna là-dessus que tous les gens de guerre se confessassent et se missent en eçtat d*estre en la grâce de Dieu; de plus elle leur âst ester leurs fillettes*.
* Les Anglais occupaient les forteresses de la Bcaucc, tandis que la me gauche était libre.
* Filles de mauvaise vie qui suivaient Tannée.
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Jeanne d'Arc et son armée passèrent la Loire à W()is,«t suivirent la rive gauche du fleuve. On connrit Vheureuse issue de <îette héroïque expédition. La levée du siège d'Orléans sauva le pays blésois et rendit là sécurité aux habitants, qui à cette occasion instituèrent une cérémonie religieuse. Tous îes ans, le 42 août, jtmr de Sainte-Claire, le clergé blésois se rendait processionnellement à l'î^lise des Corde- Kers où îl chantait une messe solennelle en mémoire de ce que , par intercession de la sainte Vierge, la v^Me avait ét^ délivrée des Anglais. Ce pieux anniversaire ne cessa qu'à l'époque de la révolution.
Le retour du comte Charles, après 25 ans de captivîtéen Angleterre, fut un sujet d'aHégresse(l 410). La ville, depuis long-temps opprimée par les garnisons, et soumise à toutes les exigences de l'état de guerre, accueillit comme un libérateur le prince dont l'autorité paternelle répara les maux du régime passé. Charles récompensa la fidélité et les services du bâtard d'Orléans par la concession du pays Dunois qui dès-lors forma un comté particulier subordonné à celui de Blois ; les descendants du brave donataire l'ont possédé jusque dans le dernier siècle. Le mariage du duc d'Orléans avec Marie de Clèves, nièce du duc de Bourgogne, mit le sceau à la réconciliation des deux familles. Les Blésois, troublés par leurs longues dissensions, seréjouirent d un
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&iénemeùt si heweux. ^ seul fils né de cette alliacé fut Louis d'Oidéans, quidevint roi de France. Cii»4es passa le reste de ses jours à Blois dans la pratique édifiante des iFertus chrétiennes. Son humilité égalait sa biei^sance ; tous les vendre^s, a^ant de se mettre à table, H larait les pieds à treize pauvres de la ville, et leur servait lui-même à dîner \ Ce piÎBce vaillfioit, pieux et charitable, eut aussi le privilège de la gloire littéraire; ses compositions correctes et gracieuses dans un temps où la langue était encore barbare, lui assignent un rang distingué parmi les pères 4e la poésie >françabe'; elles lurent composées en partie au château de Blois, et quelques - unes sont empreintes de couiew locale. Sous ce prince, ami des lettres et des arts, la ville deviat le rend^-vous des beaux esprits de I époque ; les savants , bannis de la cour du sévère Louis XI , formèrent à Kois , sous le patronage de Gbartes d'Oléans , une brillante académie ; malheureusement la mort du protecteur ne tarda pas à dissiper cette réunion intellectuelle.
Charles d'Orléans mourut à Tours en ii^; sa bienfaisance laissa de touchants souvrairs à Blois.
Vers la même époque se forma k ligue du bien pcAItc; plusieurs seigneurs blésois, notamment
* Chronique 4e jtfonstrelet.
' La meilleure édition de ses œuvres est celle que M. Champollion- Figeac a publiée en 1842.
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Pierre d'Âmboise , sire de Cbaumont , entrèrent dans cette association, Louis XI, voulant dès le principe donner un grand exemple aux conspirateurs , ordonna que le château de Chaumont serait démoli et rasé, ce qui fut exécuté au mois d'octobre 1 485 ; cet événement produisit une profonde terreur dans le pays.
Le successeur de Charles, fié à Blois le 9St juin 4 462, est assurément la plus grande illustration de cette ville. Ëlevé dans nos murs, il aima toujours le lieu de sa naissance qui fut aussi le berceau de sa jeunesse. Disgracié sous le règnede Charles YIII, ce prince quitta la cour, et [vint habiter le château de ses pères. La mort subite du roi à Âmboise changea ses destinées et celles du comté de Blois qui fut alors réuni à la couronne. Tandis que Louis XII, sortant de sa retraite, allait se faire sacr^à Reims, Timmense convoi de Charles YIII , dirigé sur Samt-Denis, passait à Blois (21 avril 1 498). Ce spectacle funèbre y produisit peu de sensation; les habitants, pleins de sympathie pour leur comte bien aimé , virent même avec une secrète joie la fin d'un r^e qui lui était hostile. D'ailleurs l'avènement d'un prince Êivorable aux intérêts de la ville promettait de nouvelles concessions. Cet espoir ne fut pas trompé; aussitôt après son sacre, Louis XII accorda aux habitants une exemption perpétuelle de la taille et de l'impôt sur le vin ; le préambule des lettres patentes
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DE BLQIS. 61
exprime en termes affectueux les sentiments du bon roi pour sa patrie'.
Ayant regard, dit-U^ k ce que nostre yîlle de Blois est le lieu de uostre nativitéi en laqueUe nous ayons esté nourri tout nostre jeune ftge, et que en iceUe feuz nos très chers seigneur et père» dame et mère, en leurs vivants, y ont faict leur principale demeure et résidence ; considérant aussi que eulx et nous pareillement avons toujours trouvé les bourgeois, manants et habitants de la dicte viOe, bons, loyaux et fidèles, et très pron^, enclins et délibérés ^ nous gratifier et complaire en ce qu'il nous a plu commander et ordonner, voulant, en considération de ce et de Tamour naturel que nous leur portons, les traiter favorablement, etc.
L'avènement de Louis XII, dernier comte de la maison d'Orléans eut pour effet immédiat de réunir le comté au domaine de TËtat. Cependant quelques jurisconsultes, Dumoulin notamment, prétendent qu'en vertu de certaines dispositions du prince, il continua d'être possédé à titre privé, d'abord par Claude sa fille, épouse de François P', puis par Henri II, François II et Charles IX. Jusqu'en 1566, époque oit l'ordonnance de Moulins ^ aurait opéré sa réunion ; mais les actes allégués paraissent concerner seulement l'administration et non la propriété du comté ; d'ailleurs notre ancien droit pu-
* Preuves de Bernier, p. S7.
' L'article 12, qui confirme simplement le principe de rintliénabilité , distingue Tancien domaine de la couronne des terres depuis accrues, et classe Blois dans cette dernière catégorie ; ainsi , loin d'opérer la réunion, il la suppose déjà effectuer.
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Mie voulait que tous les biens particuliers du prince fussent immédiatement dévolus à la couronne , et il n'est pas supposable que Louis XII ou ses successeurs aient méconnu d'une manières! ehoquante ce principe fondamental. L'époque précise de la réunion intéresse particulièrement le domaine qui possède encore les forets de ranciencomté ; la solution de certaines difficultés pourrait dépendre d'une date que nous pensons devoir fixer au 7 avril i 498, jour de lavènement de Louis XII.L'^née suivante^ le Père du peuple convoquait à Blois une assemblée de notables, chargée de la réforme des abus. Un édit célèbre, daté de cette ville, fut le résultat de la mémorable assemblée de 1499; la cour ne pouvait mieux inaugurer sa présente dans nos murs«
Grâce à l'affection de Louis XU pour sa ville natale, Blois acquit une grande importance. Les Valois y transférèrent souvent la cour .et le gouvernement; les principaux actes de leurs règnes furent délibérés et résolus dans cette résidence privilégiée. On comprend les avantages immenses de pareils séjours, la prospâ^ité extraordinaire qu'ils durent occasionner. Toutes les notabilités du royaume, entourage oblirgé de la monarchie, se réunirent à Blois comme au sein d'une capitale. L'affluence de tant de hauts personnages nécessita de nouvelles constructions ; car Tancienne ville ne suffisait plus ; de riches seigneurs, attirés par le voisinage de la cour et par la
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beauté des sites, bâtirent aux enTÎrom de BMs un grand nombre de châteaux qai diangèrent l'aspeot du pays. Le commerce et Thidustne prirent uii élam prodigieux; ce dérdoppement fnt surtout simfsU>le pour les arts de luxe, tels que rémaillerie et la bi* jouterte. Enfin la présence habituelle de leKte de la société française civilisa le pays; les mieurs des hahitmitis se polbent par le contaet d'hâtes distingués, l«ir langa^ s'épura ; on prétend nème qu'ils dvrent à cette influence la pronondaticai irréproeba^ ble reconnue par les étrangers. Pendant tout le XYP siècle, Blois fut yraiment une cité royale ; le poète Roosard , qui plusieurs Ibis suivit dans ses murs les cours de Charles IX et Henri UI , lui adresse cette flatteuse apostrophe :
Ville de Blois, naissance de ma dame ». Séifour des rois et de maTolonté !
Les divers séjours de l'ancienne monarchie furent signalés par des événements qui se rattachent à l'histoire de France, mais qui ont néanmoins un intérêt de localité.
En 1501 , Louis XII reçut à Blois l'archiduc Philippe d'Autriche et son épouse Jeanne la Folle, qui venaient pour négocier un projet de mariage entre leur*fils Charles (depuis Charles- Quint), âgé d'un an, et dlaude, fille de Louis XII, âgée de deux. Lo
^ Allusion à quelque bonne fortune du poète voyageur.
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cérémonial de leur brillante réception offire des détails curieux sur rameublement du château de Blois au temps de la renaissance \ Â cette occasion il y eut un magnifique tournois sur la place des Li* ces*.
Trois ans après, on publiait dans la ville un traité d alliance offensire de la France et de l'Âutridie contre les Vénitiens ; crtte coalition imprudente, signée au château, annonçait uneguerre prochaine ; la nouvelle consterna nos pères, qui goûtant alors les douceurs de la paix, craignirent le retour des calamités passées.
Malgré ses fautes politiques (le traité de 1504 en était une) Louis XII fut toujours en grande vénération dans le pays blésois où sa bonté lui concilia tous les cœurs; Seyssel, biographe contemporain, décrit ainsi les hommages empressés que lui rendaient les populations.
Quand-il alloitpar les champs, on accouroit de plusieurs journées pour le Yoir, luy jonchant les chemins de fleurs et de feuillages, essayant de faire toucher des mouchoirs à sa monture pour les garder comme de précieuses reliques.
Anne de Bretagne, digne épouse de Louis XII, se plaisait comme lui à Blois ^ et sut inspirer la même affection ; les habitants l'appelaient naïvement notre bonne reine; elle mourut au milieu d'eux le 9
' M. de la Saussayc, Histoire du cb&teau de Blois. ^ Auprès du cimeticrc actuel.
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janvier 1514. Louis XII la suivit de près dans ia tombe ; cette perte affligea profondément la popuhdon au sein de laqudle le prince vécut le plus sou« vent et qu'il avait comblée de bienfaits.
Le Père du peuple avait charmé Blois par la pratique touchante de vertus modestes; la cour fastueuse de son successeur répandit sur cette ville un grand éclat; les arts, dont François P*^ se montra toujours protecteur éclairé, y furent cultivés avec succès. Au milieu du luxe et des plaisirs qu'encourageait ce monarque brillant, son épouse Gaude, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, continuait dans Blois leurs traditions de simplicité et de bien- &isance; cette autre bonne reine y mourut le 20 juiUet 1524.
La réforme protestante s'introduisit dans nos contrées sous le règne de Françms P*^; les. villes de Mer et de Marchenoir furent les premières à l'embrasser. Blois imita bientôt cet exemple, malgré les censures ecclésiastiques et Fintervention active du bras séculier. En 1532, Louis Guillard, évèque de Chartres, commit l'abbé de Bourg-Moyen et l'official de Blois pour faire le procès à François Dubreuil, habitant de cette ville, qu'un arrêt du parlement de Paris avait renvoyé devant lui sous prévention d'hérésie '. Ces rigueurs irritèrent les
' Cbevart, Histoire de Chartref, t. H, p. 309.
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paptiatnii des nonvdles doctrin»; un jour, cpte le pfélat était à Bk»6, ils eurent ^audace d'afficher publiqueroeat ce distique scandateix :
Sancta pii vivent tenvpet monxmmta Lutheti, MifU*ii»fièimfmtiiepafas9o.
t Les oeuvres du pieux Luther vivront toujours, » tandis que la puissance du malheureux pape s*é- » croulera. »
L'évêque indigné lança un monitoire qui enjoignait de dénoncer les coupables ' ; on ignore la suite de cette procédure sévère.
A l'exemple de François I^, Henri II, son successeur, résida souvent à Blois. Le jour de sa première entrée dans nos murs, on vit les courtisans conduire et piquer des bœufs montés par des fem-* mes nues * ; tels étaient les spectacles que la reine Catherine de Médicis se plaisait à donner au peuple. Quelques jours après cette scandaleuse exhibition, le roi signait une ordonnance qui autorisait, pour la première fois, les jésuites à s'établir en France ; cet acte mémorable, daté de Blois, rencontra une vive opposition au sein des parlements et des universités.
La nouvelle congrégation, animée d'un zèle violent, ne fut pas étrangère aux rigueurs que le pou-
* Chevart, Histoire de Chartres, t. Uy p. 312. ■ Bemicr, p. 22.
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veir exerça contre les calriuîttes. L'égltse protestante de Blois eut sa part des persécutions ; deux de ses membres, Guillaume Uussoa» apotikicaire, et PeUoquin, bourgeois, furent brûlés yii^ sur de simples soupçons d'hérésie ; mais les supplices, comme il anriye tûujouirs, ne firent que stimula le zèle des religionnaires.
Le premier pa&teur protestant , établi dane la ville, fut Simon Brossier« L'immoralité de son suoeesseur, Duplessîs, de Tours, cjiusa un grand scandale; quoique déjà marié, cet indigne ministre sé^ duisit une demoiselle catholique ; le père, avocat au présidial, porta plainte au roi, et peu s'en &llut que tous les religionnaires de Bloîs n'expiasjsent oruellement une &ute individudle.
En 4568 le nouveau culte n'était pas encore légalement établi ; les réformés tenaient leurs assenvblées le soir à une certaine distance de la ville, comme le démontre l'anecdote suivante, extraite d'un chroniqueur protestant \
Vdjïùèe 155B, sur la ftn du mois de juiii, eeut de la religion retenant de rexhortaticm foite aa Ikii afypelé k$ B(mdeÊf aitaé Ters les tuileries de Blois, entre onze et douze heures de minuit, un grand brandon de feu cheminoit fort bellement, et tirant par-dessus eux vêts la ville leur éclaira une bonne partie da lÀeinin jos^nes à ce qu'estant sur la liamte totff du pont il se perdit, et fut vu eda, non s^ulemetii de Tasiwnblée, mais
* Histoire des égliseï réformées, par Théodore de Bèse; édition de 1580, 1. 1, p. 544.
08 RISTOIEE
aussi âe plusieurs de la TiUe, qui se lerèrent voyant oue telle clarté.
C'est ainsi que toutes les sectes naissantes aiment à entourer leur berceau du prestige des faits miraculeux.
L'année suivante, pendant la nuit du dimanche gras, une image de la Yiei^e, placée à une maison de la rue Foulme, eut la tête brisée ; la rumeur publique accusa les protestants; mais cette inculpation ne fut pas justifiée. Le conseil de ville, extraordinairement assemblé, décida que la tète serait recollée au plus tôt, et qu'il serait fait une {procession expiatoire.
Vers la fin du règne de Henri II, plusieurs grands personnages anglais, pris aux sièges de Calais et de Guines , fiirent amenés aux environs de Blois ; l'un d'eux, mylord Grey , aïeul du ministre que l'Angleterre vient de perdre, fut renfermé dans le château d'Onzain : sa captivité ne fut pas sans consolation; car, dit le sieur de Mergey^ gentilhomme français, préposé à sa garde^ « il avoit tous les plaisirs» bons » traictements et courtoisies qu'il pouvoit désirar, » ju$que$ à eslre vinti sov/oent par le$ dames de » Bloys '. > Nous citons ce &it comme une preuve du bon accueil que les étrangers reçurent toujours dans ce pays essentiellement hospitalier.
' Mémoires militaires du sieur de Mergey, f^ 10 ( Recneil de Camusat ).
DE BLDtô. 60
François II, successeur de Henri II, vint habiter Blois à la fin du mois d'octobre 1 559 ; son arrivée inattendue suspendit l'exercice du calvinisme. Les huguenots, craignant que la présence de leur mi« nistre Desmerenges ne fôt un prétexte de persécution, le firent immédiatement partir de la ville. Le jeune roi passa l'hiver à Blois; le bruit courut que ce prince valétudinaire prenait des bains dans le sang de petits enfants ravis traîtreusement aux &mille8 '; horrible soupçon qui fit trembler les mères blésoises!
Les Guise, créatures de Catherine de Médicis, gouvernaient alors le royaume sous le nom d'un monarque fictif. Les huguenots, dirigés par La Renaudie, résolurent de renverser les princes lorrains qui fiirent informés assez à temps pour transférer la cour à Âmboise. Cette retraite précipitée fit échouer le complot et causa la perte des conjurés; heureusement notre ville n'eut point le triste spectacle de leurs supplices.
La conjuration d'Âmboise fiitle signal d'une longue lutte entre des factions acharnées.
Les deux partis, plutôt politiques que religieux, qui sous le règne suivant désolèrent la France, n'ont pas épai^é Kois. Les protestants furent les premiers agresseurs. En 1562 un bataillon de l'armée du prince de Condé^ commandé par le sieur d'Her*
* Théodore de Bëze, 1. 1. p. 544.
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70 HISTOIB£
baiilt, g€»tiIbomme blésois, tomba à Timproviste sur le &ubourg de Vienne, traversa ie pont^ surprit rhôtel-de-ville, s'empara du dépôt d'armes placé dans les magasins, pénétra ensuite au cbâteau par la galerie ieê Cerft. Les catholiques, réfugiés dans Fégli» Saint-^Solenne, y soutinrent un sié^e meurtrier ; Fédifice fut criblé de balles et de boulets dont la tour et un pignon du vieux Saint-Solenne portent encore les marques ; telle est aussi la cause des trous que Ton voit au vieux pignon d'une maison voisine (habitée par M. Baschet). La ville resta six aeoaines au pouvoir des huguenots ' ; ensuite die fut refu^ise par un détachement deFarmée royale^ que commandaient le duc de Guise et le roi de Nai^ire, père de Henri lY ( 1 1 juillet 1 562). Ces princes trouvèrent peu de résistance ; quelques décharges de leur artiUme suffirent pour rompre les murs de la Porte Côté qui étaient déjà très bibles, faute de réparations* Après l'ouverture de la brèche, les soldats se précipitèrent dans la ville et mirent tout à feu et à sang ; beaucoup de protestants furent tués ou noyés; plusieurs catholiques éprouvèrent pareil sofi , et peu s'en &llut que le massacre ne devint général. Insciis3>le aux larmes des Êonilles qui le si^pj^iaient de faire cesser le carnage, Guise répondit ^'îl y omt trop de peupleau wumde ^. Les fem-
* Théodore de Bèie, t. II, p. 9T7 et S78. ^ De Thoa» Uv. 30.
* Vingt-iis ans après, son fils mourait assassiné au ch&teau de
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DE BtOlS. n
meô même n'échappèrent pas à la cruauté des vainqueurs ; une dame^ poursuivie par quelques soldats» s'étant jetée dans la Loire, les forcenés la retiré^ rent pour Tégorger aussitôt.
L^histoire a consigné les noms et les supplices de quelques autres victimes blésoises; nousrapporterons ces horribles détails, pour donner une idée de la fu«* reur inkumaine avec laquelle le parti triomphant usait alors des droits de la victoire. Un ouvrier sel** lier, Louis Rolet, fut promené par la ville sur uil âne, la face tournée à rebours^ puis jeté à Teau : ce malheureux parvint à regagner le rivage ; mais les soldats le ressaisirent, et le précipitèrent une seconde fois dans la Loire où ils Tassommèrent h coups de perches. Rentrés en ville , ils aperçoivent à UM fenêtre le beainpère de la victime, le sieur Lore, pelletier, âgé de 70 ans, qui lisait le Nouveau* Testament ; irrités de cet acte inoffensif, les soldats montent à la chambre du vieillard, Tinjurient et le Budtraitent; le plus féroce delà bande lui assène sur la tète un coup mortel. Un autre religiomiakef Pierre Prévost, diangeur au earroi de Yiermey eut les yeux crevés et périt assommé '«
De Blois la troupe de Guise se rendît à Mer, où le massacre des protestants dura 9 jours consécutifs.
Blois ; les psretrtf» de* malheureux qu*il avait laissé égorger, purent se croire vengés.
* Crespin, Histoire des martyrs de TEvangile» p. S54.
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Ces actes barbares demeurèrent impunis; car on ne connaissait alors d'autre droit que celui de la guerre, et le parti vainqueur pouvait se permettre tous les attentats, sans craindre aucune poursuite judiciaire.
Le roi de Navarre était resté dans la ville pendant tout le temps des massacres ; mais il n'interposa point son autorité pour empêcher les cruelles exécutions qui désolèrent Blois. Le prince de Condé, dief du parti protestant, lui écrivit à ce sujet une lettre ainsi conçue ' :
Monsieur, plusieurs personnes de Téglise réformée de Blois, qui se sonit retirés à Orléans, m'ont fait entendre comment ils ont été avertis cpie depuis que tous estes Ik, il s*y fait de grandes persécutions et cruautés contre tous ceux de ladite église que Ton 7 a pu appréhender. Tout ce qu'on leur fait souffrir ne peut estre que pour exercer la vengecmce d^ aucuns de contraire opinion. A ceste cause je tous ai bien voulu escrire la présente pour vous supplier très humblement, Monsieur, qu'il vous plaise tenir la main à ce que telles pauvres personnes qui ont déjà souffert beaucoup d'affliction, ne soient traitées si inhumainement, le pense bien que telles cruautés procèdent principalement de la poursuite des deuusdiu de ladite ville, pleine de vindication f si elles continuent, j'en prendrai occasion de traiter d'une môme façon ceux de rostre c^té qui sont entre mes mains ou y tomberont par ci-après $ me recommandant sur ce très humblement à vostre bonne grâce, et suppliant le créateur , Monsieur, qu'il vous donne très bonne et longue vie. D'Orléans, ce 23« jour de juillet lô62.
Les passages soulignés démontrent que plusieurs Blésois exaltés (aucuns, dit le texte) profitèrent mal-
' Mémoires deCond6, t. lU, p. 561.
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heureusement de Toccasion pour exercer des yengeances personnelles ; sans doute ces faits déplorables ne furent que de très rares exceptions à la tolérance et à Tesprit modéré de la majorité des habitants.
Quelque temps après la bataille de Dreux , gagnée sur les huguenots par Tarmée royale, la cour vint à Blois; le prince de Condé, l'un des prisonniers de cette mémorable journée, fut enfermé au château d'Onzain par ordre de Catherine de Médicis ; pendant sa captivité il fit plusieurs tentatives d'évasion et parvint même à corrompre un des soldats qui le gardaient ; ce malheureux aussitôt découvert, fut, par une mesure d'intimidation, pendu vis-à-vis la fenêtre du prince '.
La cour résidait encore dans nos murs , lorsque Poltrot assassina le duc de Guise à Orléans ; son corps fut transporté par eau jusqu'à Blois, où Catherine de Médicis lui fit rendre de grands honneurs ; leconvoi se dirigea ensuite sur Chartres; partoutsur son passage éclatèrent les manifestations pompeuses du deuil public. Une pensée politique présidait à ces funérailles; Catherine, en promenant ainsi de ville en ville la victime des huguenots, espérait soulever contre eux les populations ; cet appel aux passions religieuses produisit peu d'effet dans notre ville-
* Histoire de Charles IX, par Varillas.
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74 HISTOraB
dont les habitants avaient éprouvé récemment Hnhumanité du défunt.
La même année, un secrétaire du roi et la femme du lieutenant de la maréchaussée furent pendus à Blois pour crime d'adultère'; cette exécution atroce prouve que les dames blésoises ne résistaient pas toujours aux obsesâons licencieuses des seigneurs de la cour.
Le prince de Condé, mis en liberté, recommença bientôt la guerre avec un nouvel acharnement, malgré les édits de pacification ; le pays éprouva toute la ftireur du parti dont il était le dief. Déjà son armée, victorieuse sur plusieurs points',, menaçait Orléans et les villes de la Beauce; Blois semblait à la veille d'une catastrophe, d autant plus, disait l'assemblée de ville du 27 septembre 1567^ que « plusieurs de religion prétendue réformée qui » résident en cette ville, se sont retirés secrète- » ment hors dicelle ; desquels départs on ne pou- » vait présumer qu'une ouverture de guerre ou de » chose qui était pour altérer le repos public. » Emus de ce danger, tous les membres de l'assemblée se lèvent et jurent d'un commun accord « de r^ révéler à la justice les avertissements, conseils et » délibérations qu'ils entendraient être entrepris » contre la majesté du roi et au préjudice du repos » public, des édits et ordonnances '^. ».
' Varillas, Histoire de Charles IX.
* Mémoires de Condé, i. UU
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Le tendemain (28 septembre 4567) les Blésois apprirent avec terreur la prise d'OrléaBs et de Vendôme, et les tentatives du parti sur Mer. A Tinstsait en établit des gardes aux portes de ta ville et 4 2 arquebusiers au château. Le 3 octobre» rarchidiacre de Pithiviers et trois chanoines d^Oriéans airivërMt à Blois, fuyant la rage des soldats huguenots; ThospitaRté quils demandaient leur fut accordée.
informé des alarmes de la pc^ulation, le roi Cbavks IX envoya dans nos murs une compagnie de 4 80 hommes d*infanteiie. Une querelle de préséance s'éleva entre le sieur Villeneuve , capitaine de la compagnie, et Raymond Viart, bailli de Blois ; ie gouverneur de la province, consulté sur leurs dî^~ férends, répondit en ces termes :
M. le bailli I j*ai reçu la lettre que tous m^arez escrite sur le ■ difiEérent auquel vous estes, M. de Villeneufve et vous, pour tenir le premier rang en vostre ville de Bloys, y commander et y donner le mot. 11 fault que je vous dye que je trouve cela un peu ettrange de votre part. Partant, M. le Bailly, je vous prye de ne demeurer plus en ces difficultés, surtout en ce temps où il se liault employer librement pour le service de sa majesté... Je ne vous ferai plus longue lectre, que pour prier le créateur qull vous ay t en sa gnrde.
Tours, le 4 octobre 1567.
L'exercice du commandement militaire et les. honneurs de la préséance furent attribués au capitaine. On distribua la compagnie dans les différents quartiers j 25 hommes furent placés à la porte Char-
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traine, 50 au quartier de la Foulerie, 50 au Foix, 20 dans les rues basses, 30 aux environs des halles, et 25 à la porte du Pont. En même temps on ordonna que chaque paroisse de l'élection de Blois fournirait un certain nombre de pionniers pour travailler aux fortifications de la ville '*
Le gouverneur de la province pensa avec raison que Blois n'était pas suiBsamment défendu par 180 hommes, et résolut d'envoyer une autre compagnie ; mais la ville refiisa en termes formels de recevoir ce supplément de garnison^; car déjà elle commençait à se lasser des soldats de M. de YUleneuv«, gens mal disciplinés qui rançonnaient les habitants et se conduisaient avec une extrême licence. Les exigences du capitaine devinrent de plus en plus pressantes ; outre les réquisitions en nature, il osa demander à la ville une somme de i ,200 livres pour payer ses soldats. Aussitôt le corps municipal se transporte chez M. de Villeneuve, et lui remontre la nmwaiêe façon dont le$ soldats usent à Vendroit de leurs hôtes et l'impossibilité actuelle de fournir aucun argent; mais l'inflexible capitaine répond « qu'il ne peut recevoir en paiement telles excuses, » qu'il est nécessaire que sa compagnie soit payée 9 par les habitants de Blois ; que si, à faute de ce 9 faire, ses soldats se débandent, il proteste de n'en
* Délibération du 7 octobre.
' Procè8-verbal du 15 octobre.
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DE BiOIS. 77
1 être tenu, mais de s'en excuser et défendre où il » appartiendra. » Pour éviter de plus grands malheurs, la ville offire 1000 livres et se débarrasse ainsi d une troupe onéreuse '•
Bientôt le sieur de Richelieu (le père du célèbre cardinal) amène à Blois une autre compagnie pour remplacer celle de Villeneuve ; cette garnison, qui donna lieu à de nouvelles plaintes de la part des habitants, ne put sauver la ville au jour du danger.
Le 7 février 1 568, après s'être emparé de B^ugency, les protestants, au nombre de 5000 hommes de pied et 4000 cavaliers, presque tous gascons ou provençaux, commandés ps^ le capitaine Boucard, émissaire du prince de Condé, vinrent du côté de la Beauce assiéger Blois avec deux grosses pièces de canon et deux couleuvrines ; cette faible artillerie leur suffit pour s'emparer d'une place déjà démantelée. Dès la première attaque, ils emporterait le faubourg Neuf et ouvrirent une brèche à la porte Chartraine. La garnison ayant refusé de se rendre, ils descendirent à la porte Côté où la canonnade recommença avec plus de succès encore. Richelieu perdit tout espoir , et demanda à parlementer; après bien des négociations, on stipula que la ville se rendrait^ mais à condition que les
* Procéfl-verbaux des 3 et 12 novembre 1567.
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personnes et les propriétés seraient respeetées, que la faroison aurait la yie sauTe et sortirait avec armes et bagages. Au mépris de cette capitulation, la compagnie de Richelieu fut entitoement massacrée« les ^îses dévastées» les couvents de Bourg- Moyen et de SaHifr*Laumer » pillés \ Les soldtets bugu«iot# commirent d'horribles excès, ils déterrèrent les morts inhumés à Saint-^olenne, et prirent plaisir à jeter leurs ossements en Tair \ Les Cordeliers surtout éprouvèrent la rage des vainqueurs ; le père Voisin de Tours, Tun d'eux, fut jeté à la Loire; m^is, disent les annales de Tordre^ son corps surnagea, descendit jusqu'à Tours, et s^arrèta vis»à-vis la maison où il était né. D'autres Cordetiers furrat noyés dans un pidts du couvent. Ce puits existe encore dans une cour qui autrefois dépendait de l'endos des religieux (maison de M« de Bagîeu^ rue des Rouillis); une inscription latine, gravée sur une pierre que l'on voit auprès, atteste les cruautés des huguenots; voici le texte du docu* ment:
D. O. If.
/mmom portmtoso^ torei^s mottsiro pertotam ferè GaUiam olim altaria et sacra$ funditits nostras cdeê profligandOy tandem sœlestimmi et nefarii ho-
* De Thou, livre 42.
' Relation de Tambassadeur Jérôme Lippomano, publiée dans let. DocumcnU inédiu de lUistoire de Franoc, U I , p. 503.
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mmeê ecsnobium hoc Franciscamim , ira farente%^ tnkciâmaer ingressi, proboi qae viros œpioso salis immero niique rdigiososj ae ingenti virtute, scientiâ d fietaie conspicuos, obviam nacti, dire frustatim di$$etantesy putei hyus in alvum primpitcs, in domi-m Jem catUempium et crucis^ sœviter dederuntj sic fie fluctuantes profuso sanguine, aquarum undâ, velut aUero baptismale ea^itilLS hjMratos, ac divini amoris eiarru de tyrtmnide vietores, ad immortalitatis gloriœ trophœwn Deut optimas mammus in mjus conspectu mon pretiosa sanctorumj evectosy miré sublimavitj, mno 1568.
Une traduction abrégée de ce texte historique dont la latinité est peu lucide, ne sera pas inutile pour son intelligence.
€ Du temps que le monstre de lliérésie, répandu » dans la plus grande partie de la France» détruisait » les édifices sacrés, des scélérats du parti hugue^ » not envahirent le couvent de Saint-François , y » teèrent un assez grand nombre de religieux, aussi » distingués par leur vertu et leur piété que par • leur science, et les ayant coupée par morceaux,
> les précipitèrent au fond de ce puits ; ils firent » tout cela par mépris de N. S. Jésus-Christ et de
> sa croix. Les victimes, purifiées dans les eaux de
> ce second baptême, s'élevèrent sur les ailes du
> divin amour jusqu'au trône de Dieu, devant qui » la mort des saints est précieuse. Année 1568. »
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Cette épitaphe, rédigée d'un style de rhéteur, est sans doute 1 œuvre de quelque moine qui aura survécu à ses malheureux confrères. L'horrible circonstance de la dissection ffru^atm dù$ec(mle$J caractérise bien les mœurs féroces de cette époque où le fanatisme étouffait tous les sentiments d'humanité.
Avant de quitter Blois, le capitaine Boucard se fit compter i 0,000 livres. Le souvenir de sa perfidie se conserva dans le pays ; foi Boucard y devint synonime de foi punique; Bernier cite ce dicton populaire comme un proverbe local encore usité de son temps *.
Quelques jours après le siège et la prise de Blois ( i 8 février), le sieur des Prunes, envoyé du prince deCondé, vint exiger une nouvelle rançon^ et résuma ainsi sa demande :
« Le prince exhorte les habitants à demeurer en » paix et en parfaite soumission au roi ^. Pour le » paiement des troupes qu'il a levées et entretenues » dans l'intérêt du roi, il veut que la ville lui donne » cent mille livres, ne voulant aucune excuse en paie- » ment d'icelles. »
L'assemblée de ville répondit en termes énergi-
' Histoire de Blois, p. 37.
* Condé, chef de la révolte, pour donner le change sur ses desseins liostilesy affectait de parler au nom du roi et de prêcher Tunion des partis.
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DE BtOIS. 81
ques à ce message perfide ; voici Tanalyse de sa longue déclaration :
Nous sommes très disposés k Tunion, à la concorde et à la tolérance religieuse. La ville, composée en partie de pauvres officiers du roi, de la reine et des princes, est maintenant réduite à la dernière pénurie. Elle a eu à supporter un Hége de dise jours entiers qui a été sans mesure ni discrétion. Pour comble de malheurs, la ville et les environs, à plus de six lieues à la ronde, ont été livrés au pillage, malgré les belles promesses de M. deBoucard. Il avait promis notamment d'^eraployer les biens ecclésiastiques au soulagement du peuple, et cependant les reliquaires et les meubles des églises et des communautés out été enlevés, les ecclésiastiques mis à rançon pour conserver leurs vies. En récapitulant tous les sacrifices de la ville, ils se trouvent monter à plus de 40,000 livres. Le prince est supplié de prendre ces remontrances en considération, et âe ne permettre pas que les nUnes qui sont bien commencées en ce lieu se contmtMfU^ niqmles sujets du roi demeurent affUgés comme ils sont.
Les doléances des habitants ne furent point écou* tées. Quelques jours après» le prince de Condé ei>voyait à Blois un gouverneur {urotestant, porteur de la déclaration suivante :
Messieurs, je suis venu en cette ville par le commandement du roi a de monseigneur le prince de Condéy afin d*advîser et d'ordonner des affaires de ladite ville pour la conservation d'icelle et de chacun des hs^itants, et faire en sorte que la destruction des églises cesse ; lesquelles églises ledit sieur prince a dit avoir trouvées à sou arrivée, qui fut le jour dliîer, ruinées et démoUes^ demandant acte de la situation où il les a trouvées.
Ce manifeste inspira peu de confiance aux catholiques. Le bailli Raymond Viart, et le lieutenant-
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générdi Simon RioUe se retirèrent deyânt le gou« yerneur protestant que le parti vainqueur imposait à la ville. Pendant plusieurs semaines, Tautorité fut exercée au nom du prince de Condé, comme s*il eut été seul souverain; des monnaies frappées à son effigie circulèrent dans la ville.
Bientôt la paix, dite boiteuse et mal assise ^ con-« due le 23 mars 1 568, replaça Blois sous l'obéissance du roi| et ramena dans ses murs les aut<mtés légi** tines. Les garnisons continuèrent néanmoins de rançonner la ville, qui eut siurtout à se plaindre du capitaine Cadot; ce brutal officier menaça publiquement un des écbevins de lui donner des ooup9 de MtonS s il ne fournissait de l'argent aux soldats de sa compagnie. Enfin la ville obtint la levée des gar^ nisons, à condition d'entretenir sur pied une garde bourgeoise de 200 hommes ^; elle aima mieux s'im« poser ce sacrifice, que de subir joumeOement les exjMd;ions et les violences des gens de guerre; £adi^ gués de leurs excès, les habitants préférèrent se charger eux-mêmes du service*
L'année suivante (4569), sur ta nouvelle quelei luiguenots obtenaient de grands avantages dans le Poitou, et se rapprochaient de la Loire, le roi donna ordre de faire rompre deux arches du pont de
* Pvoei^^êtM da 6 jtrifteC 1566.
* Prec^-f«rbal du 13 octobre ISdS.
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m BLOIS. 8S
Bloia ; mais oetteftiiisge alarme n'eut pas de suite elle pont demeura iataet. Nous Tcrnms que les démagogues de 4793 ne reculèrent pas devant Texé* cution de pareille mesure.
Telles furent à Blois les principales drcoiistancas des guerres dites de r^ioii. On Toit que la population éprouva tour^tour les fureurs des deux ho^ tiens protestante et catholique» sans jamais user de représailles; après avoir beaucoup soofiJBrt, elle s abstint de réactions et de vengeances. Des ebefe de parti, étrangers au pays, causèrent seuls les mdheurs de 4562 et 1568; car les habitants des deux rdigions vivaient alors en assez bonne intelli-* gence.
Comparé aux troubles de la plupart des viHes, le calme de Blois, après Tannée 1569, était une heureuse exception; aussi les derniers Valois, fuyant les ÊMtioBS de la capitale, vinreût41s sdors s'airiter dans nés murs. Cbaries IX profita d'un de ces sé^ jours pour simuler une réconciliation avec famiral deColigny (1573); moyen perfide é» àotmec le change sur le projet de la Samt-fiarth^ems qui fut, dit-on, ourdi au château de Blois.
On a écrit récemment^ qalt la suite de oètte san* ^ante catestropbet Btois fut le Ibéa^ d'un massa-
* ProcdB-Tcdbal du 13 juillet 1^60.
' Mémoire sur la Sologne par M. Beauvalet f p, 32 (publié nlS44).
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crede protestants; mais les registres municipaux nous apprennent au contraire que beaucoup de hu-* guenots parisiens ou Orléanais s'y réfugièrent, et que la ville, loin de les persécuter, les accueillit avec bienveillance «
Les protestants blésois échappèrent à la proscription , mais ils forent souvent inquiétés par Tautorité locale; un document postérieur à la Saint-Barthélemi prouve qu'on leur laissait peu de liberté et qu'on surveillait de près toutes leurs démarches :
Âujourd*hui 27 juillet 1576, en assemblée de ville, le procareur du roi expose que, dimanche dernier, sans aucune autorisation, les religionnaires ont commencé à faireprescheenla âiet€ ville f en la maùan du sieur Antoine de Loynet, et à faire astsemblée, y recepvant tout estrangen demourans hors la ville et faulxhourgs , m grand nombre, gamys d^armes. Les mêmes sont venus nous déclarer qu'ils entendaient renouveler leur prêche dimanche prochain; que du reste ils éviteraient toute manifestation séditieuse. Nous leur avons fait observer que ces réunions n'étaient légales; alors ils ont persisté en disant que leur ministre s'acheminait déjà vers Blois. Sur quoi rassemblée décide que Ton s'opposera à ladite réunion, et que dimanche prodiain toutes les portes de la ville seront fermées, et gardées par personnes respomsables, aoec Vespée et dague seuiemeni sans aultra armes.
Les circonstances locales de la gu^re civile expliquent ces précautions. L'armée protestante, commandée par le roi de Navarre (Henri lY), occupait alors plusieurs places voisines, et pouvait d'un instant à l'autre s'emparer de Blois. Les souvenirs
de 4 568 excitaient vivement les alarmes de la population et la vigilance des magistrats; un incident imprévu venait encore d'accroître Tinquiétude : le roi de Navarre, cantonné à Montoire, avait demandé passage par Blois ; la ville, craignant que te prince n'abusât de cette faculté, députa vers lui deux échevins, pour le supplier de prendre une autre direction '. Le roi de Navarre obtempéra à ces remontrances ; mais les troupes de son parti continuèrent leurs incursions aux environs de Blois; les religionnaires furent même soupçonnés d'intdligences secrètes avec Fennemi; la* délibération précédente eut lieu sous l'impression de cette pensée défavorable dont elle porte le cachet.
* Délibération du 14 mai 1676.
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CBAVITBZ ▼.
iu\\% de Bois en iS76. — ÉtaU de 1588. — learlre 4es Cuise. Bort de Catheriie de lédicis.
La retraite du prince de Condé, qui porta en Guyenne le théâtre de la guerre, fit cesser toute inquiétude. Cet heureux événement coïncida avec la convocation des Ëtats-Généraux, à Taidé desquels Henri III espérait rétablir la paix et Tordre dans le royaume. La position centrale deBIois, son éloignement des provinces insurgées, l'esprit sage et modéré des habitants, déterminèrent le choix du lieu assigné à cette grande assemblée.
Les États de 1 576 se composaient de 326 députés : 104 du clergé, 72 de la noblesse, et 150 du
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HISTOIRE DE BLOtS. 87
tiers. La séance d'ouverture fut précédée d'une procession, d'un jeûne de trois jours, et d'une communion générale de tous les députés dans l'église Saint-Sauyeur, paroisse du château ; cinq membres de chaque ordre se présentaient ensemble à la sainte table en signe d'union.
Le roi ouvrit la session , le 6 octobre , dans la vaste salle qui depuis a toujours été appelée mUe des ÉtaU \ Le clergé tint ses séances particulières dans Téglbe Saint-Sauveur, la noblesse au palais de justice, le tiers à Thôtel-de-ville.
Blois, habituellement si paisible, fut, pendant trois mob, le centre du mouvement politique et l'arène des partis. L'aiSuence des étrangers y produisit upe presse extraordinaire, au point que les am~ bassadeurs des diverses puissances, ne trouvant po'mt à se loger dans la ville, furent contraints de rester à Saint-Dyé; ce fait est attesté par l'un d'eux, Jérôme Lippomani, représentant de la république de Venise^. Les maisons particulières servaient d'hôtelleries; les personnes de la cour et les membres des États se logeaient par réquisition, comme aujourd'hui les militaires. Cette hospitalité forcée
* te tr6ne royal faisait face & la grande porte ; à côté 8*éleTaient les tribunes, estrades et sièges réservés aux princes , princesses et grands dignitaires. Les députés du clergé occupaient une rangée d» bancs à droite du trône ; la noblesse siégeait à gauche ; le tiers était relégué derrière les deux autres ordres, le long des murs.
* Mémoires déjà cités.
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dut singulièrement troubler Tinlérieur et les liatîtudes domestiques des bourgeois, déplacés par les grands personnages du monde politique , qui venaient s'installer avec leur suite au domicile de ces pauvres hères. On peut aisément se figurer l'animation extérieure de la ville, la circulation continuelle, les pourparlers, les débats , les rixes même des acteurs passionnés du grand drame dont Blois fut le théâtre, le mouvement qu'occasionnaient les communications fi'équentes des États avec la cour et des trois ordres entre eux ; nos rues , alors si étroites, encombrées d'une foule continuelle d'étrangers de distinction; le château, le palais, l'hôtel-de-ville , sans cesse assiégés de courriers, de commissaires, de groupes animés. Au milieu de ces agitations, la population sut conserver son sangfroid ordinaire, et ne se mêla point aux luttes des factions.
Les dévotions officielles interrompirent souvent le travail des États. « Le huit octobre, dit un député S rien nesefittj à cause que chacun s'occupa à prier Dieu ce jour là qui estoit de la Conception Nostre-Dame. Après la messe, le roi toucha près de trois cents pauvres de Blois, malades des écrouelles. » Tous les dimanches, les États assistaient à une grand' messe célébrée dans l'église Saint-Sauveur.
Les haines politiques fermentaient au sein des
* Mémoires de Taix, folio 15 (Recueil de Camusat ).
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Etats, et souvent leur influence réagit sur les délibérations de l'assemblée; mais elles ne furent pas la seule cause de trouble; les vengeances privées excitèrent aussi de cruelles émotions qui interrompirent les travaux parlementaires. Un soir, à onze heures, le jeune Saint-Sulpice tua le sieur de Semblançay, vicomte de. Tours, au pied de la rampe du château (rue Saint-Lubin) , triste dénouement d'une querelle que ces deux gentilshommes avaient eue ensemble, le même jour, au jeu de PaHemaille\ LesËtats en corps assbtèrent aux funérailUs de la victime. Quelques semaines après, un soldat assassina son ancien chef, le sieur de Birague, capitaine des gardes, qui venait de faire le service du soir aa château. Ces guetrapens, commis à des heures peu avancées , aux portes du royal manoir, dans une ville remplie de troupes , répandirent une terreur profonde.
Malgré ses graves préoccupations, la cour se livrait au plaisir avec un abandon joyeux; presque tous les soirs la troupe des Gelosi, que Catherine de Médicis avait fait venir d'Italie, jouait au château dans la salle même des États. Ces représentations font époque dans l'histoire de l'art scénique , car on y vit figurer les premières actrices ; jusquelà les femmes n'avaient osé paraître sur aucun théâ-^ trc de France*.
' Établi sur le Mail actuel.
* HUtoin: (ics tbéàtrct.
Les États se séparèrent le % mars 1577, après avoir demandé que le protestantisme fut anéanti , et que la religion catholique subsistât seule. La plupart des bailliages ayaient exprimé ce vœu intolérant; le ti^rs-état blésois , cédant à Tentrainement général, disait en tête de son cahier: Ordonnez, sire, que n'y aura en vostre royaulme exercice de religion auUre que de celle qui est unique, à scavoir de catholique, aposlholique et romaine \
Les doléances des trois ordres produisirent le célèbre édit de 1579, appelé ordonnance de BUns, quoiqu'il ait été signé à Paîris.
Vcts la même époque, le gouvernement s'occupa aussi des intérêts particuliers de la ville ; la fondation du collège de Blois, en 1 584, fut un événement heureux pour la jeunesse du pays. Un autre établissement, celui des Capucins , eut lieu par rinfluence de Catherine de Médicis, qui se plaisait à multiplier les communautés religieuses.
Au mois de mars 1585, nos pères revirent Henri III dans un appareil bien différent des pompes que sa cour déployait en 1576. Le roi de France, vêtu d'un cilice, ceint du chapelet, marchant à pied avec le bourdon du pèlerin , conduisait lui-même à Notre-Dame de Cléry une longue suite de pénitents blancs et noirs. La procession ,
* Registres de la ville.
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Dt BLOIS. 91
partie de Téglise des Chartreux de Paris, passa par Chartres, Châteaudun et Blois, et se recruta de Tille en ville ; les dévots blésois grossiitent le cortège.
AjH^ la journée des barricades (mai 1 588) , le monarque effirayé se réfiigia à Chartres, laissant Paris au pouvoir des Guise et de la ligue. Bientôt il convoqua à Blois , pour la fin d'octobre, une seconde assemblée d*États-Généraux'. L'expérience que le gouvernement avait déjà faite des avantages d'une position centrale et du bon esprit des habitants , détermina Henri III à choisir le même lieu qu'en 1576. La ville de Chartres, résidence provisoire, n'était pas aussi paisible, et d ailleurs sa proximité du foyer de l'insurrection offirait de graves inconvénients pour la tenue d'une assemblée délibérante.
Le roi n'attendit pas le moment de la réunion des États pour se rendre à Blois; la cour vint , dès le l**" septembre , avec douze compagnies de gardes françaises , habiter notre ville, qui lui semblait un port assuré contre la tempête. La municipalité, officiellement prévenue de cette arrivée, avait reçu l'ordre de tenir prêts dix mille pains destinés à la nourriture des troupes royales , et d'en fournir ensuite 2,500 chaque jour * : l'importance de cette
* Procès-verbal de h scaaw da 30 août 1588.
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réquisition prouve que le déploiement de b force armée était en rapport ayee les périls de la situation politique. Les rostres municipaux ne mentionnent pas que la ville ait été remboursée de ces fournitures énormes; si réellement elles demeur^ent à sa charge 9 ce dut être une cause de ruine pour notre malheureuse cité; les avantages du s^our de la cour n'auraient pas compensé de pareils samfices.
L'ouverture de la session fut précédée des mêmes cérémonies religieuses qu'en 1576; un député, témoin oculaire \ décrit ainsi le cortège et l'itiné*raire de la procession générale des États.
Le dimanche, deuxième jour du mois d*octob]ie, fut faite une procession solenneUe où le roi assista; rassemblée fiit k Sainr Sauveur. Après les prêtres officiants marchait le tiers-^tat, puis la noblesse, puis le clergé, les abbés commendataires revôtus de surplis et de grands manteaux par-dessus , les évêques, les cardinaux. Puis Tenait le Saint-Sacrement porté par M. révoque d*Aix, sous un poêle d*or, suivi du r6i qui était à droite avec M. de Montpensier, et M. de Guise à gauche, avec la reine et les dames de la cour. La messe fut dite en Téglise de Vienne, et la prédication faite par M. de Xaintes , évêque d'Évreux. Les rues étaient tapissées et remplies d'un grand peuple.
Le 16 octobre, Henri III ouvrit, dans la grande salle du château, les Ëtats-Généraux, composés de 505 députés : 134 du clergé, 180 de la noblesse, et
' Bernard ; Relation des ËtaU de 1588.
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191 da tiers. Ensuite le clergé alla siéger dans le réfectoire des Jacobins, la noblesse au palais, le tiers à l'hôtel-de-Yille.
LesËtats de 1588 produisirent à Blois encore plus de mouvement et de sensation que les précédents; car les circonstances étaient devenues bien autrement graves. Le pouvoir espérait trouver dans cette assemblée un appui contre les Guise ; niais la majorité partageait les affections des ligueurs pour les princes lorrains, sujets ambitieux qui aspiraient au trône. En vain le roi avait juré et Êdt jurer k tous les députés ïédit d'union^; cette manifestation tardive ne désarma point les conspir rateurs ; la foi des serments avait perdu toute sa puissance. Une cérémonie religieuse consomma le parjure ; Henri III et le duc de Guise communié^ rent ensemble dans Féglise Saint-Sauveur et se promirent amitié réciproque sur TEucharistia. Malr gré ces apparences de réconciliation, aussi peu sincères d'un côté que de l'autre, la Êiclion se forti^ fiait chaque jour. Enfin le monarque^ menacé de perdre lautorité et même la vie, prit une résolu^ tion désespérée; la mort des Guise fut résolue.
Les mémoires contemporains, écrits sous Tinfluence de passions diverses, ne sont point d accord sur plusieurs circonstances de cette terrible
< Séance du iS octobre.
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catastrophe. Deux versions surtout^ celles de Jean Patte, député du tiers-état S et deMiron, premier médecin de Henri III, offrent de nombreuses yariantes. Les auteurs différaient profondément d'intérêts et d'opinions politiques ; le premier, ardent ligueur^ et partisan outré des Guise, raconte, à la ehai^e de Henri III, des détails odieux que Miron dissimule en bon courtisan. Les historiens n'offirent pas moins de variétés et de contradictions. Plusieurs ont traité d'une manière remarquable ce sujet si dramatique; M. de Chateaubriand, entre autres^, décrit avec un soin particulier le sanglant épisode du château de Blois. N'ayant pas la prétention de faire mieux, ni même aussi bien, nous transcrirons ce beau fragment du grand écrivain ^, en y joignant les principales variantes de Jean Patte, chroniqueur peu connu, avec quelques notes explicatives sur certains détails de localité. Les cîr* constances de ce grand événement offrent d'autant plus d'intérêt, qu'elles se sont \ assées dans une partie du château de Blois , dont la distribution intérieure a peu changé, et que l'on doit bientôt admirablement restaurer ; les souvenirs attachés à ces
1 Manuscrit r6ccDiDicot'[puLI é dans le bulletin de la société de rUistoire de France, t. I , p. 77.
' Etudes historiques ; analyse raisonnée de ruisloire de France.
' 11 parait avoir suivi principalement les versions de Miron et de l'Étoile.
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appartements historiques méritent d^ètre recueillis et conservés. La relation brillante et animée que nous allons reproduire suppléara à \k lecture fastidieuse de mémoires écrits d'un style peu attrayant.
Le roi assembla son conseil, composé des seigneurs de Rienx, d'Alphonse Omano et des secrétaires d'état. « Il y a » long-temps, leur dit-il, que je suis sous la tutelle de MM. de » Guise. J'ai eu dix mille arguments de me méfier d'eux, mais » je n'en ai jamais eu tant que depuis l'ouverture des États, le » suis résolu d'en tirer raison, mais non par la vole ordinaire » de justice, car M. de Guise a tant de pouToir dans ce lieu, » que si je lui faisais faire son procès, lui-môme le ferait èi ses » juges. Je suis résolu de le faire tuer présentement dans ma
> diambre ; il est temps que je sois seul roi ; ^' a compagnon » a maÊtre, » (Pasquier). Le roi ayant cessé de parler, un ou deux monbres du conseil proposèrent l'emprisonnement légal et le procès en forme ; tous les autres furent d'une opinion contraire, soutenant qu'en matière de crime dé lèse-majesté, la punition devait précéder le jugement. Le roi confirma cette opinion. « Mettre le Guisard en prison, dit-il, ce serait mettre dans » les filets le sanglier qui serait plus puissant que nos cordes. » (L'Étoile). On délibéra sur le jour où le eoup serait frappé ; le roi déclara qu'il ferait tuer le duc de Guise au souper que l'archefèque de Lyon lui devait donner, le dimanche avant la SaintrThomas. Ensuite l'exécution fut retardée jusqu'au mercredi suivant, jour même de la Saint-Thomas, et enfin renvoyée au 23, avant-veille de Noël.
Le 22, le duc de Guise, se mettant à table pour dtner, trouva sous sa serviette un billet ainsi oonçu : « Donnez-vous » de garde, on est sur le point de vous jouer un mauvais tour. » 11 écrivit au bas , au crayon : On n'oserait; et il jeta le billet sous la table. Le même jour, le duc d*Elbeuf lui dit qu'on attenterait le lendemain h sa vie. «Je vois bien, mon cousin, répondit
> le Balafré; que vous avez regardé votre almanacb, car tous
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» les almanachs de cette année sont farcis de telles menaces. > (L'Étoile).
Le roi avait annoncé qu*il irait le lendemain 23 à la Noue, maison de campàgne^au bout d*une longue allée, sur le bord de la forêt de Blois, aûn de passer la veille de Noël en prières. Rassuré par le projet de ce prétendu voyage, le cardinal de Guise pressa son frère de partir pour Orléans^ disant qu'il était assez fort, lui cardinal, pour enlever Henri et le conduire à Pans. Une fois remisj^^ux^mains des Parisiens, les États l'auraient déposé comme incapable de régner, puis conûné dans un château avec une pension de deux cent mille écus ; le duc de Guise eût été proclamé roi èi sa place.
Le 22, le roi, après avoir soupe, se retira dans sa chambre vers sept heures ; il donna Tordre h Liancourt, premier écuyer, de faire avancer un carrosse èi la porte de la galerie des Cerfs ', le lendemain matin 23 décembre, èi quatre heures, toujours sous prétexte d'aller à la Noue*. Eb même temps, il envoya le sieur de Marie inviter le cardinal de Guise à se rendre au château à six heures, parce qu'il désirait lui parler avant de partir. Le maréchal d'Aumont, les sieurs de Rambouillet, de Maintenon, d'p, le colonel Alphense Ornano,. quelques autres seigneurs et gens du conseil, les quarante-cinq gentilshommes ordinaires, furent requis de se trouver à la même heure dans la chambre du roi. ▲ neuf heures du soir, le roi mande Larchant, capitaine des gardes-du-corps, et lui enjoint de se tenir le lendemain, à sept heures du matin, avec quelques-uns des gardes, sur le passage du duc de Guise, quand celui-ci viendrait au conseil. Larchant et les siens présenteraient à ce prince une supplique tendant à les faire payer de leurs appointe-
* Ce pont, qui n^existe plut, établissait, âu -dessus des fossés, une communicâtioD entre le château et le chemin des Lices, conduisant âux Allées.
' Cette villa, située à Tcxtrémité des Allées, au bord de la forêt, dépendait alors du château ; c'était le lieu de plaisance de la cour et son rendcz-\ous de chasse.
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ments. AnssitAt que le due serait entré dans la chambre du conseil, qui formait Tantichambre de la chambre du roi, Larchant se saisirait de Tescalier et de la porte, ne laisserait ni entrer, ni sortir, ni passer personne. Vingt autres gardes seraient placés par lui Larchant à Tescalier du vieux cabinet, d*où Ton descendait à la galerie des Cerfs. Tout étant disposé de la sorte, Henri rentra dans son cabinet avec de Termes (c^était Roger de Saint-Larjr de Belgarde, si connu depuis). A minuit, Valoid lui dit : € Mon fils, allez tous coucher, et dites » à Duhalde qu*il ne faille de m'esreiller à quatre heures, et > TOUS trouvez ici à pareille heure. » Le roi prend son bou« gewr, et s'en va dormir avec la reine. (Miron).
Le duc de Guise veillait alors auprès de Charlotte de Heaume, petite-fille de Semblançay^ mariée d*abord au seigneur de Sauve, et en secondes noces à François de la Trémoille, marquis de Noirmoutier. Aussi belle que volage, elle allait, selon l'expression libre du Laboureur , eotuher d'un parti ches Vautre. Liée jadis avec le duc d'Alençon'^t le roi de Navarre, les secrets qu'elle dérobait au plaisir elle les redisait à Catherine de Médicis et au duc de Guise. Cette fois, elle essaja de Téclairer sur les dangers qu'il courait; elle le conjura de fuir; mais il crut moins à ses conseils qu'à ses caresses, et il resta. Il nd rentra chez lui qu'à quatre heures du matin. On lui remit cinq billets, qui tous l'admonestaient de se précautionner contre le roi. Le duc mit ces billets sous son chevet. Lejeune, son chinvgien , et beaucoup d'autres clients qui l'environnaient, le suppliaient de tenir compte de ces avis. « Ce ne^eroit jamais » fini, répondit-il; dormons, et vous, allez coucher. » (Miron.)
Le 23, à quatre heures du matin, Duhalde vint heurter à la porte de la chambre de la reine ; la dame de Piolant, première femme de chambre, accourut au bruit. « Qui eH là? dit-elle. » ^ C'est Duhalde, répondit celui-ci; dites au roi qu'il est
* Leduc logeait au château, que Charlotte habitait aussi en qualité de dame d*honneur de la reine mère.
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» quatre heures. — Il dort et la reine aussi, répliqua la dame » de Piolant. —Éveillez-le, dit Duhalde, ou je heurterai si y> fort que je les réveillerai tous deux. » Le roi ne dormait point, ses inquiétudes étaient trop vives. Ayant appris la venue de Duhalde, il demande ses bottines, sa robe de chambre et son bougeoir; il se lève, et laissant la reine toute émue, se rend dans son cabinet, où l'attendaient déjà de Termes et Duhalde. Il prend les cleCs des cellules destinées aux Gapudns'; il monte éclairé par de Termes, qui portait le bougeoir devant lui; il ouvre une cellule , et y renferme Duhalde effirayé; il redescend , et à mesure que^ les quarante-cinq gentilshomsies de sa garde se présentent, il les conduit aux cellules, dans lesquelles il les incarcère un à un, conmie Duhalde. Les personnages convoqués au conseil commençaient d'arriver au cabinet du roi ; on y pénétrait èi travers un passage étroit et oblique, que Henri avait fait pratiquer exprès dans un coin de sa chambre à coucher, laquelle précédait ce cabinet. La porte ordinaire de la chambre avait été bouchée. Lorsque les ministres et les seigneurs sont entrés, le roi va mettre en liberté ses prisonniers, les ramène en silence dans sa chambre, leur recommandant de ne faire aucun bruit, èi cause de la reinemère, qui était malade et logée au-dessous.
Ces précautions prises, le roi revient au conseil, et redit aux assistants ce qu'il leur avait déjà dit sur la nécessité où il se trouvait réduit de prévenir les complots du duc de Guise. Le maréchal d'Aumont hésitait, parce que le roi avait promis et juré, le 4 décembre, sur le Saint-Sacrement de Tautel, parfaite réconciliation et amitié avec le duc de Guise. « Mon cou- » sin, lui avait-il dit, croyez-vous que j'aie l'âme si méchante > que de vous vouloir inal? Au contraire, je déclare qu'il n'y » a personne en mon royaume que j'ayme mieux que vous , et » à qui je soi^ plus tenu, comme je le feray paroistre par bons » effects d'icy à peu de tempsr. » Cet athéiste Henri de ValfÀi ca-
* Situées au-dcs8ii» des appartements dans les combles du château.
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chOa sa trahison aoôc une eirs du corps di Hoirs Seigniur iésus- Christ. (Vie et Mort de Heari de Valois.)
On calma les scrupules du maréchal d*Aumont, en s'eflbrçant de lui prouver que le duc de Guise avait manqué le pre« mier à sa parole. Le roi passa du cabinet du conseil dans la chambre où étaient assemblés les gentilshommes, et il leur parla de la sorte : « Il n*y a aucun de vous qui ne soit obligé
> de reconnoître combien est grand l*honneur qu'il a reçu de » moi, ajant fait choix de vos personnes sur toute la noblesse » de mon royaume, pour confier la mienne à leur valeur, vigî- » lance et fidellilé^ Vous avez été mes obligés ; maintenant je » veux être le vôtre, en une urgente occasion où il y va de mon » honneur, de mon Ëtat et de ma vie. Vous savex tous les in-
> suites que f ai reçues dn duc de Guise, lesquelles j'ai souf-
> fortes jusqu'à faire douter de ma puissance et de mon cou- » rage, pensant par ma douceur allentir ou arrêter le cours de
> cette violente et furieuse ambition. Il est résolu de faire sob » dernier effort sur ma persomie , pour disposer après de ma » courcmne et de ma vie. Ton suis réduit èi telle extrémité, >» qu'il faut qu'il meure, et que ce soit ce matin. Ne voulez*
> vous pas me s^vir et me venger? »
Tous ensemble s'écrièrent qu'ils étaient prêts à tuer le rebelle; et Sariac, gentilhomme gascon, frappant de sa main la poitrine du roi, lui dit : Cap de Diou, Sire , ton lou bous rendit mort! Henri les pria de modérer les témoignages de leur zèle, de peur d'éveiller la reine-mère. « Voyons , dit-il ensuite, qui » de vous a des poignards? » Huit d'entre eux en avaient ; le poignard de Sariac était d'Ecosse. Ces huit gentilshommes, pourvus de l'arme des assassins , furent particulièrement choisis pour demeurer dans la chambre et porter les premiers coups; le roi leur adjoignit un autre garde, nommé Loignac, qui n'avait qu'une épée. Douze autres des quarante-cinq furent placés dans le vieux cabinet, où le roi devait mander le duc; ils reçurent l'ordre de le tuer ou l'achever de tuer à coups d'épée, lorsqu'il lèverait la portière de velours pour entrer dans letabinet. Le reste des gardes prit poste à lamentée qui
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coromutii<iuait du cabinet à la galerie des Cerfs ^ Naminl/ huissier de la chambre », ne devait laisser entrer ni sortir per^ sonne que par le commandement exprès du roi. Le maréchal d'Aumont s*assit au conseil, pour s*assure^ du cardinal de Guise et de Tarchevêque de Lyon, après la mort du duc. Le roi se retira dans un appartement qui avait vue sur les jardins^ ayant tout ordonné avec le sang-froid d*un général qui va donner une bataille décisive. Il ne s'agissait que d'un assassinat et de la moti d'un honmie; mais cet homme était le duc de Guise. Henri, demeuré -seul, ne garda pas cette tranquillité; il allait , venait , ne pouvait demeurer en place , se pr^entait à la porte de son cabinet. Plein d'intérêt et de pitié pour les meurtriers , 11 les invitait k se bien prémunir contre le courage et la force de cet autre Henri, qu'ils étaient chargés d'immoler. « Il est grand et puissant, leur disait-il; i'il vous endomma^ » geoit, j'en serois marry. > On vint lui apfnrendre que le car^ dinal de Guise* était entré au conseil ; mais son firère n'arrivait pas, et le roi était cruellement travaillé de ce retard.
Le due dormait; il cherchait dans le sommeil le renouvelle' ment de ses forces, épuisées aux voluptés de cette même nuit qui vit préparer sa mort; il allait entrer dans une nuit plus
* Pour rintelligence du récit, il importe de connaître la dispoêition des lieux. Tout le drame des Guise s^est passé dans la partie du diâteau qui donne sur la place des Jésuites. Les appartements de la reine Catherine de Médicis sont situés au premier étage; ceux du roi Henri III, au second ; la distribution de ces derniers n*a pas changé depuis le seizième siècle : la salle des gardes où se tenait le conseil ouvre sur le grand escalier ; de cetta pièce on passe dans là chambre à coucher où fut assassiné le duc de Guise, puis vient le cabinet du roi ; à la suite de ces appartements se trouve la tour du MovUn, autrement dite de Châieaurenmdt.
* Membre d'une ancienne famille blésoise citée dans le nobiliaire de Bemier.
' Il logeait rue Saint- Honoré, hétél d*A1]uye (cette maison appartient aujourd'hui à M. Naudin ).
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DE fiLOIS. loi
Hmgiie où il aurait le temps de se reposer, prêt à tomber qu'il était des bras d'une femme dans les mains de Dieu. Ses valets de chambre ne réveillèrent qu'à huit heures, en lui disant que le roi était prêt de partir. Il se lève à la hâte, revêt un pourpomt de satin gris, et sort pour se rendre au conseil. Arrivé sur la terrasse du château, il est accosté par un gentilhomme d*Àuvergne, nommé la Salle, qui le supplie de ne passer outre. < Mon bon ami, lui répond-il, il y a long-temps que je suis » guéri d'appréhensions. » Quatre pu cinq pas plus loin, il rencontre un Picard 5 appelé d'Aubencourt , qui cherche à le retenir; il le traite de sot. Ce matin môme, il avait reçu neuf billets qui lui annonçaient son sort, et il avait dit en mettant le dernier dans sa poche : € Voilà le neuvième. » Au pied de l'escalier du château, le capitaine Larchant lui présente, comme il eji était convenu avec le roi, une requête afin d'obtenir le paiement des gardes qui allaient assassiner celui dont ils imploraient la bonté; on profitait du généreux caractère du duc pour lui ôter les soupçons qu'il eût pu concevoir à la vue des soldats ^ Arrivé dans la chambre du conseil, il parut cependant étonné de la présence du maréchal d'Aumont; car
' M. de Ottise arrivant à la salle du roi où était assemblé le méchant conseil, et ayant regardé d'un costé et d'autre les archers des gardes de la compagnie de Larchant, leur dit : « Pourquoi, mes amis, estes- » vous ici ; c'est une chose non accoustumée ; car vous n'estes jamais » ici, le conseil tenant. » L'un des principaux personnages de la trahison lui dit : « Monsieur, ces pauvres gens m'ont prié de supplier le
> conseil qu'ils demeurassent ici^ jusques à ce que sa majesté y soit » ▼enue, pour lui faire entendre que, si elle n'y donne ordre, ils se- » Tont contraints de vendre leur chevaux, d'autant qu'ils ont sollicité » les uns et les autres qui leur font réponse qu'il n'y a pas un sou
> pour eux. » M. de Guise répondit : « Monsieur, je leur servirai et à » vous de tout mon pouvoir ; il est bien raisonnable qu'on y donne
> ordre. » (Jean Patte.)
Suivant cette version, la pétition aurait été présentée, non au bat de rescalier, mais dans la chambre même du conseil.
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on ne deyait traiter que de matières de finances. Il s*asstt» et dit un moment après : c J'ai froid y le cœur me fait mal ; qu'on » fasse du feu. » Quelques gouttes de sang lui churent du nez, et quelques larmes des yeux ; aiTaiblissement qu'on attribua plutôt à une débauche qu'à un pressentiment. S'étant étabH devant le feu, il laissa tomber son mouchoir, et mit le pied dessus comme par mégarde. Fontenay ou Mortefontaine, trésorier de l'épargne, le relera; sur quoi le duc de Guise pria Fontenay de le porter à Péricart, son secrétaire, pour en avoir un autre, et de dire en même temps à ce secrétaire de le venir promptement trouver. € C'était, comme plusieurs ont cru, dit » Pasquier, afin d'avertir ses amis du danger où il pensait » être. » SaintrPrix, premier valet de chambre du roi, présenta au duc quelques fruits secs qu'il avait demandés au moment de sa défaillance.
Henri, ayant aj^ris l'arrirée du duc de Guise, envoya Révol l'inviter à hii venir parler dans le vieux cabinet. L'huissier de la chambre Nambu refusa, d'après sa consigne, le passage à Révol; celui-ci revint vers son maître avec un visage effaré. « Mon Dieu! qu'avez-vous, dit le roi: qu'y a-t-il? Quevoos » êtes pâle ! Vous me gâterez tout ; frottez vos joues, Révol. » La cause du retour de Révol expliquée, Henri ouvre la porte du cabinet, ordonne à Nambu de laisser passer Révol. Mariliac, mattre des requêtes, rapportait une affaire des gabelles quand Révol parut dans la salle du conseil. « Monsieur, dit-il au duc » de Guise, le roi vous demande ; il est en son vieux cabinet. » Et Révol se retire. Le duc se lève, met quelques fruits secs dans un drageoir, et répand le reste sur un tapis en disant : « Qui en veut? » Il jette sur ses épaules son manteau qu'il tourne, comme en belle humeur, tautêt d'un cêté, tantôt de l'autre ; il le retrousse sous son bras gauche, met ses gants, tenant son drageoir de la main du bras qui relevait son manteau. « Adieu, messieurs ! » dit-il aux membres du conseil ; et il heurte aux huis de la chambre du roi. Nambu les lui ouvre, sort incontinent, tire et ferme la porte après lui. Guise saîuo les gardes qui étaient dans la chambre ; les gardes se lèvent,
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i^indbtônt, et accompagnent le duc coHime par respect. Un
d'établi marcha sur le pied Etait-ce le dernier arertisse-
ment d*UQ ami? Guise traverse la chambre : comme il entrait dans le corridor étroit et oblique qui menait à la porte du vieux cabinet, il prend sa barbe de la main droite, se retourne à demi iMHir regarder les gentilshommes qui le suivaient. Montlhéry Fahië, qui était pr^ de la cheminée, croit que le duc voulait reculer pour se mettre sur la défensive ; il s*élance, le saisit par le bras, et lui enfoiiçant le poignard dans le sein, s'écrie : c TtdUnI tu m mourras, > Effranats se jette à ses jambes; Sainte- Malines lui porte un autre grand coup de poignard de la gorge dans la poitrine ; Loignac lui enfonce Tépée dans les reins. Le duc, à tous ces coups, disait : £^ / met amU I ekl mes omtf / Frappé du stylet de Sariac par derrière, il s*écrie h haute Toix : Mitéricardel « Et bien qu*il eût son épée engagée dans » son manteau et les jambes saisies, il ne laissa pourtant de
> les entraîner, tant il était ptiissant! d*un bout de la chambre » à rftutre. » Il marchait les bras tendus, les yeux éteints, la bouche ouverte, comme déjà mort. Un des assassins ne fit que le toucher, et il tomba sur le lit du roi. Jamais lit si honteux ne vit mourir tant de gloire. Le cardinal de Guise, assis au conseil avec Farchevôque de Lyon, entendit la voix de son • frère qui criait merci à Dieu. « Âh ! dit-il, on tue mon frère. » n recule sa chaise pour se lever ; mais le maréchal d*Âumont, la main sur son épée : « Ne bougez pas, morbleu ! monsieur, le
> roi a affaire de vous. » L*archevêque de Lyon, joignant le^ mains, s*écria : « Notre vie est entre les mains de Dieu et du » roi. » Le cardinal et l'archevêque furent d*abord enfermés dans les cellules des Capucins, et de là transférés à la tour du Moulin *. Henri, informé que la chose était faite, sortit de son cabinet pour voir la victime , et lui donna un coup de pied au irisage, conune le duc de Guise en avait donné un à l'amiral de Coligny, le jour de la Saint-Barthélémy, il contempla
* Autrement dite tour de Cb4teaureDault, située entre Tailc de François l"' et le bâtiment de Gaston.
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un moment le Lorrain et dit : « Mon Dieu, qu'il est grand ! » Il parait encore plus grand mort que Tiyant. > Derechef il le poussa du pied, et parlant à Loignac : « Te semble-t-il qu*il » soit mort, Loignac ? » Alors Loignac, le prenant par la tète, répondit li Henri de Valois « Je crois qu*oui, car il a la couleur » de mort, sire. > Àkm Henri de VaM$, tralUre, couard etp9Ur<m, fU mourir ce magnoÊnime prince,,. Et je croie que ei M, de Guiee M Mutonail reepvré lorsq%^il le pousta du pied, il ftu tombé de fra^em auprèe de lui, (Vie et mort de Henri III, J Les courtisans abon* daient en moqueries : insultant à Thomme qu'ils ayaient flatté, ils rappelaient ^le beau roi de Pariiy nom que lui avait donné Henri. L'un des secrétaires d'état, BeauHeu, eut ordre de fouiller le duc ; il lui trouva autour du bras une petite def attachée à des chaînons d'or ; dans les poches de son haut-dechausses, ime bourse qui contenait douze écus d'or, et un billet sur lequel étaient écrits ces mots du duc : Pour en^etenir la guerre em France, Ufaut1QO,QO0 livres tout lee mois. Un cœur de diamants fut pris par d'Entraigues à son doigt. (Miron.) Les quarantecinq lui itèrent son épée, ses pendants d'oreilles et anneaux fort précieux qu'il avait aux doigts. (Vie et mort de Henri III, ) Beaulieu ayant achevé sa recherche, et s'apercevant que l'illustre assassiné respirait encore : € Monsieur, lui dit-il, cepen- » dant qu'il vous resté un peu de vie, demandez pardon à Dieu » et au roi » C'était le roi qui aurait dû demander pardon à Dieu et au duc de Guise; l'homme le lui eût accordé. Alors le prince de Lorraine, sans pouvoir parler, jetant un grand et profond soupir comme d'une voix enrouée, rendit l'âme, fut couvert d'un manteau gris, et au-dessus mis une croix de paille '. » (Miron,)
(Ici finit l'extrait du livre de M. de Chateaubriand.)
U Le roi entr'ouTrit U porte, et voyant le prince ainsi par ses meurtriers abattu, conunanda à Fontaine, valet de garde-robe, de voir s*il était mort, lequel lui toucha les lèvres ; le duc étant aux soupirs de la mort, remua un peu la tète, ce qui étant rapporté au roi, il sort de son cabinet Tépée nue au poing, aborde le corps, frappe du pied sur
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Aussitôt après le meurtre de Guise, le roi fit arrêter les che& de la ligue logés au château, et posa lui-même des gardes aux portes de leurs chamtwes; le cardinal de Bourbon et le duc de Nemours fareai du nombre des prisonniers. Le sieur de Ridielieu, grand prévôt» accompagné de ses archers, se transporta à l'hôtel-de-ville où siégeait le Uerséfat, et se saisit du président De Neuilty> de laCbapelle-Marteau, prévôt des marchands de Paris, préndent de Tordre, dePéchevin Compan,tous trois doutés de Paris, et de quelques autres ligueurs. L'assemblée laissa silencieusement arrachen de leurs sièges les- membres suspects-; il fallait bien subir la puissance des hallebardes. Les doutés furent enfermés dans un galetas du château qu'Henri III avait fiiit disposera Tàvance sous prétexte d'y mettre des F^ûDants (d'autres disent <lès Capucins).
En même temps on^ ferma toutes les portes de la ville, pour s'assurer des ligueurs, et pour empêcher qu'ils n'allassent soulever les cités voisines; mais déjà plusieurs s'étaient évadés, notamment le nommé Yerdureau q^i se sau/oa de vUe$$e^ et porta la
rettomac, sur la gorge et siir la face, disant : Nous né sommet plus dSMX, je suis roi maintenanL Et en ce disant, il lui lança un coup d'estoc dans rettomac, commandant A Tun de ses mignons de faire le lenblable. Cela fut aussitôt exécuté sur ce pauvre corps mort, lequel après fut laissé à terre et un tapis jeté sur lui.. (Jean Patte.)»
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nouvelle aux Parisiens^ Quelques-uns, pour échapper aux sbires du roi, se cachèrent dans les caves des quartiers hauts. Les marchands de la ville, craignant une émeute, s'empressèrent de fermer leurs boutiques.
Henri III, par un message impérieux, ordonna aux Ëtats de continuer leurs travaux ; les députés obéirent, etmrle soir tout (ut aussitranquille à Blois qu'auparaioimt ^. Ce calme était sans doute T^et d'une profottde terreur. En présence des trqupes qui encombraient la ville, les Ëtats et même la population eussent vainement essayé de résister.
L'administration municipale suivit son cours ordinaire, comme les affîdres publiques. Le jour même du meurtre de Guise, il y eut assemblée de ville ; le procès-verbal de cette insignifiante séance ne trahit pas la moindre émotion.
Aucune des circonstances qui accompagnent les grande3 catastrophes n'est à dédaigner. Les chroniqueurs remarquent que, le 23 décembre, il plut à Blois une partie la journée ; le ciel, dit Pasquier, êemhloit fleurer les calamités (jui peut-être nous adr viendront ^. Palma-Cayet ajoute cett« autre particularité *. Le soir, le vent se tourna tellement à la
* Patma-Cayet , chronologie uovenaire.
* Chronologie norenairc.
'* Lettre 5, livre 13.
* Chronologie novcnaire.
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gdée, que la rwière de Loire fut glacée troi$ semaines durant.
H^iri IH n avait accompli que la moitié de son dessein ^ il lui fallait encore la vie du cardinal de Guise; mais les assassins de sa première victime refusèrent de porter la main sur un prince de TËglise. Valois trouva, suivant Tén^gique expresâon de Jean Patte, quatre coquins casse-im^ qui, moins scrupuleux , se chatgèrent de tuer le cardinal au prix de cent éeus chacun ; lui--mème fit marché avec ces misérables. Ils exécutèrent leur commission , le matin du 24 décembre, dans le sombre cachot de la tour du Mouknj où le cardinal était renfermé. Pour ne point toucher à ce personnage sacré» ib lui jetèrent une corde au cou ; le cardinal se mit à genoux, se couvrit la tète, et recommandant son âme au ciel : je prie Dieu, dit-il, que celui qui lue fait mourir vienne bientôt en sa préseme rendre raison desatgrannie. Les assassins, n'osant non plus frapper sur sa robe de cardinal, l'obligèrent à la ipiitter, bizarre soiipule de la part de meurtriers stip^idiés! Enfin ils le percèrent à coups de hallebardes. Après cette exécution, Henri lU, toujours impassible, alla entendre la messe dans la chapelle du château.
Jean Patte ajoute aux circonstances (X)nnues du meurtre des Guise une dernière atrocité que les autres mémorialistes passent sous silence :
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« Le soir, pendant quon chantait la messe de » minuit, le roi fit découper et détrancher les coi^s » des deux frères morts, puis les fit brûler et ré- » duire en cendres par les tourne-broches de sa cni- » sine, et fit jeter les cendres au vent; toutefois il » réserva les deux tètes, disant que Tune servirait » d'épouvantail aux habitants d'Orléans, étant mise » sur une de leurs portes de ville, et l'autre, de sem- 9 blable effroi aux habitants de Paris '. »
Catherine de Médicis, qui n'avait pas été consultée sur ces meurtres politiques, en conçut un violent déplaisir. Lorsqu'après l'assassinat du duc de Guise, Henri HI alla voir la reine-mère, et lui dit : Madame, je mis maintenant $eul roi^ je n'ai plus de compagnon, elle lui répliqua : que pemez-^vous avoir fait? avez^ous donné ordre à l'asmrancedei villes? c'est bien coupé, mon fik, mais il faut coudre. Catherine, depuis long-temps malade, était mourante; elle expira le 5 janvier 1 589, âgée de 70 ans. « Son » corps, dit Pasquier *, fut mis en l'église Saint- » Sauveur dedans un cercueil de plomb, en attai- » dant que, la France plus calme, on la puisse transit porter à Saint-Denis^; vrai que n'ayant été bien » embaumée, car la viUe de Blois n'est pourvue de
* Les Orléanais, comme les Parisiens, avaient embrassé avec ardeur le parti des Guise et de la ligue.
* Livre 13, lettre 8.
'• Celte translation s'op<^m quelque temps après.
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» drogues et épiceries pour cet effets quelques jours » après, commençant de mal sentir, on a été con- » traint de Fenterrer en pleine nuit, non dans une » YOùte, pour n'y en avoir aucune* mais en pleine » terre, tout ainsi que le moindre de nous tous. »
La mort de cette princesse, qui à toute autre époque eût &it une immense sensation, fut à peine remarquée, tant les esprits étaient préoccupés des derniers événements ! A Blois, dit Miron, elle n'eut fos phUôt rendu le dernier soupir, qu'on n'en fit non plus de compte que d'une chèvre morte.
Le meurtre des Guise précipita la clôture des États qui eut lieu le 1 6 janvier 1 589 ; jamais session parlementaire n'offirit un incident aussi extraordinaire; ce coup d'État prodigieux, conçu et exécuté à Blois, suffirait pour justifier Fillustration historique de notre cité.
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CBAnTRE TZ
SilutioB de BkMS «pris k sort des Wse. — Fidélité des haMtants m ni leiri nr, peidiil la Ugae.— Afure de Jean BUeBfi.
Henri III pensait étouffer la figue en se débarrassant des Guise; mais le duc de Mayenne, leur frère, se mit à la tête d'une insurrection générale. Dans beaucoup de villes les ligueurs obtinrent layantage et renversèrent les autorités légitimes. Blois fut alors le refuge des défenseurs de la monarchie. A chaque instant on voyait arriver, de tous les points de la France, des prélats, des gentilshommes, des officiers de cours souveraines, et autres personnages, qui se sauvaient pour ne pas tomber sous les coups de la sainte ligue \ L'afiluence était
« Palma-Cavct.
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HISTOIRE DE BLOIS. lit
8i considérable que, malgré la rigueur de Thiver, plusieurs boui^eois abandonnèrent leurs maisons de ville, et se réfugièrent dans leurs closeries ; du reste, les loyers excessifs que les émigrants tirèrent de leurs hôtes, compensais t les désagréments d'une retraite intéressée.
Tandis que la ligue faisait de nouveaux progrès, Emri in restait inaotif et tremblant. « Nous » estions dedans Blois aux escoutes pour savoir qui > aurait le dessus ' » dit un des personnages importants de la cour. La ville offirait en effet tout le calme d'un observatoire politique. Retiré dans cet asile, le monarque atte|ui|ait que les iactions eussent décidé de son sort. L'audace des ligueurs était telle que, malgré la présence de la cour et de troupes nombreuses, ils poussèrent plusieurs fois leurs attaques jusqu'aux portes de Blois; ces tentatives sur une ville si bien défendue ne pouvaient réussir , elles prouvèrent seulement laudace inouïe des agresseurs.
La cour, après deux mois d'attente et d'inertie , quitta Blois au mois de mars 1 589, pour se rendre à Tours ; mais à peine les royaux avaient-ils traversé le pont, qu'un détachement des chevauxlégers du comte de Sagonne, venant de Beauce, envahit leFaubourg-rNeuf ; cette troupe de ligueurs
* Pasquier, Icjtrc 11, livre 13.
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fat aussitôt repoussée ' par une compaguie des gardes qui rebroussa chemin. Le roi laissa une forte garnison sous le commandement du duc d'Epernon; car le bruit coursdt que les ligueurs voulaient raser Je château» pour venger le meurtre des Guise ; heureusement ils ne purent accomplir ce projet barbare.
La ligue n'obtint aucun succès à Blois. Toutrfois, s'il faut en croire une lettre confidentielle d'HeI^li rV à Duplessis Momay, la fidélité de nos pères n'était pas inébranlable. Bloisj écrivait-il, va crier miséricorde au devant du duc de Mayerme ^. Cette prévision ne se réalisa pas, et notre ville fot une des cinq qui ne prirent aucune part à Tinsurrection ^. Bientôt le roi eut occasion d^appréeier le dévouement sincère d'une population qu il »vait d'abord mal jugée. Le duc de Mayenne convoqua les États de Paris (1 593) ; Blois ne voulut point envoyer de députés à cette assemblée factieuse ; et tandis que les États de la ligue délibéraient sur l'élection d'un nouveau roi, le souverain légitime s'acheminait vers nos murs, et la municipalité lui préparait une réception empressée, dont elle régla ainsi le cérémo* niai:
« A esté délibéré d'aller au devant du roy Uii
< Palma-Cayet.
* Bodin, Recherches sur Saumur, t. II, p. lU.
^ Mémoires de Sully, 1. 1 , p. 139.
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» faire la réyérenee> et que tous habitants delà yille » iront en armes, et enjoinct au clergé d'aller en > corps faire révérence à sa majesté '.
Cette manifestation paisible, qui contraste avecles troubles de la plupart des villes en 1593, fait hon« neur à la cité blésoise. Les circonstances expliquent l'injonction spéciale adressée aux ecclésiastiques; Henri FV n'avait pas encore abjuré le calvinisme^ et l'Église s'obstinait à repousser un roi hérétique.
Loin d'accueillir les factieux, Blois fit tous ses efforts pour les éloigner ; tel est l'esprit de la défibération suivante (28 décembre 1593):
l&t enjoinct à toutes personnes demeurant oa résidant es lieux et ville n*estant en Tobéissance du roy de vuyder desloger de ceste ville et faulbourgs de dans 24 heures, surpeyne d*estre déclarés prisonniers de guerre, sauf ceulx qui ont faict oa voudront faire le serment de fidélité au roi dedans ledit délay de 24 heures.
L'abjuration inattendue d'Henri lY alarma les protestants de Blob, qui, à cette occasion, affichèrent des libelles en vHle et jusqu'aux portes du char teau. On leur attribua aussi un autre scandale dont le clergé vint porter plainte en ces termes :
< Aijgourd'hui, 14 juin 1596, devant l'assemblée de ville, se sont présentés Tarchidiacre de Blois, le père gardien des Cordeliers et les prieurs de Bourg-Moyen et Saint-Honoré, qui ont
' Délibération municipale du 19 féTricr 1593.
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dict que, le jour dlijer, le dkt sieur archidiacre portantleto^ cre à la procession générale qui se feist en ceste rille , passant par la rue de la Foullerye*, l'on jecta a l'endroict d'une maison une certaine brique qui tomba assez près de luy, et eust pu Toff^nser, sans Tayde de Dieu qui retourne et empesche la mauvaise vollonté des malings ; et que les ecclésiastiques eussent pensé faire une grande faulte, s'ils ne nous en communicquoient, pour ce que en ce faict Dieu et les hommages y sont outragés. A quoy leur a esté remonstré que Ton ne peult faire justice sitosi qu'ils désirent bien, d^ autant q%^U fauU tirer prewe du tout, »
Cet ajournement prouve que la majorité de l'assemblée municipale, où siégeaient plusieurs calvinistes influents, ne partageait pas les colères impatientes du clergé catholique. La miiiiicipalité, tolérante en matière religieuse, traitait plus sévère-' ment les conspirateurs politiques; un sentiment bien prononcé de royalisme lui dicta cette autre délibération ^ :
 esté conclud et arresté que ceulx qui se trouveroient prévenus d'avoir conspiré ou faict quelques menées, praticques et monopolles durant les présents troubles pour surprendre cette dicte ville et la mettre es mains des ennemis, ou bien qui au^ roient esté de la cofifrair^é du cordon en la ville d'Orléans, ne se^ raient encore receuz à faire leur demeure en ceste viUe jusques à ce que par quelque temps ou par le moyen d'une paix générale on eust recogneu en eulx quelque amendement, et ce non-* obstant la prestation du serment qu'ils auraient pu faire.
Autant cette confrérie du cordon avait eu de vo-»
* Les processions de la Fête-Dieu parcourent encore cette rue,
• Mars 1595.
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gtte pormi les iîguecurs d'Orléans, autant Hoîs la détestait ; car, bien que voisines, les populations de ces deux yilles étaient animées d'un esprit tout diffe^ r^t, et suivirent, pendant les troubles, des direc^ tions contraires. Leur divergence politique produis» sit une antipathie que révèlent plusieurs incidente administratife. En 1597, les officiers de la génàran Hté d'Orléans, chaînés de répartir certaine somme sur les villes du ressort, frappèrent celle de Mois d'un contingent dont le chi£Gre disproportionné suscita les plus vives réclamations. « Cest, dit rassemblée municipale, une taxe tellement excessive qu'on peuU dire que les généraulx d'Orléans ont esté fressés à la faire, d'Orne haisne particulière qu'eulx et ks habitants d'Orléans portent à eeulx de Blois^ pour oestre lesdicts habitants de Blois opposés de tout leur pouvoir j durantles troubles derniers, aux desseinsdes OeU habitanU d'Orléans.
Cette inimitié n'était pas simplement une que» relie déchiffres; des dissentiments profonds, dont le temps n'a pas effiicé toutes les traces, séparaient les deux populations. Aujourd'hui encore elles Mfèrent d'idées, de mœurs, d'habitudes. Les Blésois, peuple doux, tolérant, ami des plaisirs, fraternisent peu avec les Orléanais, gens plus sévères dans leur manière de penser et de vivre. A Orléans, les convictions paraissent plus vives, les opinions transigent peut-être moins avec les faits ; Blois au con-
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traire se dbtingue par un esprit decondliation, qui toujours tend à prévenir les troubles, à éloigna les causes*de discorde. Le contraste des deux caractères apparaît surtout pendant les crises religieuses et politiques du XYP siècle. Orléans eut alors une Saint-Barthélemi, une ligue, une guerre ciyUe; plus heureux, nos pères surent éyiter ces réactions déplorables.
Le triomphe d'Henri FV ne détruisit pas complètement les espérances du parti espagnol; cet auxi* liaire obstiné de la ligue essaya encore d'ébranler la population blésoise. Plusieurs habitants, séduits par l'or et les promesses de Philippe II , acceptèrent le rôle odieux d'embaucheur; leurs manœuvres, presque aussitôt découvertes , les conduisirent en prison ; mab un prompt élai^ssement suivit cette mesure préventive. De là; rumeur parmi les zélés royalistes de Blois, inquiets sur les suites d'une dangereuse indulgence : Jean Dutemps, avocat au bailliage, fut leur organe empressé ; la lettre remarquable qu'il écrivit à un personnage influent de la cour, dévoile ainsi les intrigues du parti espagnol :
« Monsieur, la présente sera pour vous informer de la ruyne de laquelle nous sommes menacés, non-seulement nostre ville, mais Testât entier, sans que nous puissions y remédier, nous ayant esté osté le pouvoir de le faire par Tastuce de longtemps
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méditée du roy baxané* et de ses pensionnaires qui gouvernent le conseil et les affaires, ^i nous n^avons aultre moyen de chasser ce danger, au moings devons-nous efforcer de le cryer si hault que quand nous serons tous péris, on dye qu'il n'a point tenu en nous. Et ne pouvant donner cet advertissement à aultre, je le donne à vous pour le départir partout où vous pourrez, toutefois avec discrétion. Nous avons bien sceu que le roy d'Espagne a envoyé lectres en ceste ville, promettant à ceuk qui le voudront servir Ûdellement exemption de tailles, récompenses et pensions grandes : les conunissaires de ceste légation sont Paluau, Le Moyne, Chavy et le gendre de Morales. Leur menée ayant été découverte à M. Riolle nostre lieutenantgénéral, ils ont été aussitost emprisonnés mais aussitost eslargis. Cet élargissement soudain m'augmente la crainte; car en tel crime l'absolution ne doit estre sy soudaine, non pas même au plus honune de bien du monde, que ne sont pas ceulx-ci. C'est le fruit de l'assemblée des jacobins. Ce que les jésuites ne peuvent, ceuk-ci le font très bien. II s'en pratique aultant par toute la France, et je croy que sa majesté n'a plus la volonté, ny le pouvoir d'y remédier; car il n'a jamais voulu croire jusques à ce qu'il ait veu. Au moins quand nous serons péris, quelqu'un dira do nous que nostre ûdellito envers nostre maistre et nostre patrie nous aura perdus. Il nous serait facile d'entrer en la dance des aultres, mais nous sommes trop mieulx instruits, et tout le remède qui reste en nos mains est de prier Dieu qu'il ne nous punisse selon nos faultes et qu'il détourne son yre de nous. Si vous voyez M. de Montigny, vous lui pourrez donner cet advertissement ; car combien qu'à notre très grand regret il ne soit plus gouverneur de ceste ville, néantmoings nous sommes assurés qu'il le prendra fort bien et le fera entendre à sa majesté. Ce que vous mes me aussi dobvez faire au plus tost qu'il vous sera possible.
» Vous baisant très humblement les mains, je prieray Dieu, monsieur et cousin, qu'il vous donne une sancté heureuse et
*■ Philippe II, roi d'Espagne.
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longue vyo. De Blays en nostre maison, ce 6« juin 1596. Voire serviteur et cousin, Jehan Dutemps.
Cette missive fût communiquée au cfaancelî» Hurault de Cheverny, qui la renvoya au bailli de Blois, avec ordre d'instruire l'affaire. Dutemps comparut à l'assemblée de ville, et subit un long interrogatoire'; ses réponses offrent de curieuses révélations sur un complot qui troubla momentanément le calme de la ville; voici l'analyse de ce document politique :
Reconnoissez-vous la présente lettre? — Oui, je l'ai écrite et signée, pour mon grand désir de rendre sOTvice à mon roy.
Âvez-vous connaissance des pensionnaires du roy d'Espagne qui gouvernent le conseil, et quels sont-ils? — Je n'en connois aulcun ; mais c'est un bruit qui court, dès trente ans, sont en ce royaulme.
Qui ont été les porteurs des dictes lettres du roy d'Espagne et à qui ont-elles esté baillées? — Je n'^n ay rien veu ni conneu que ce que j'ai oy dire.
Comment entendez-vous ce que vous écrivez, que c'est le fruict de l'assemblée des jacobins en ceste ville y tenant 2eur chapitre provincial? — lisent presché, et ont rempli leurs prédications de propos qui tendaient à sédition et à l'advantage du roy d'Espagne ; quant à moi , je n'ay été aux dictes prédications, n'estant icelles de ma religion '.
Qu'avez-vous entendu par vostre dire, que ce que les jésuites ne peuvent faire les jacobins le font bien? — C'est chose notoire que par les arrests qui ont esté donnés contre les dicts jésuites, ils ont été chassés de ce royaume comme voulant
' Regittret de la ville.
> Dutemps était le chef des protestants de Blois.
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attenter à la personne du roy et à son estât, et que le roy d'Espagne 8*essaye par le moyen des dicts jacobins à faire ce qu*il n*a pu faire par les dicts jésuites '; d*ailleurs le feu roy a esté assassiné par ung de leur ordre '.
Qu'avez-vous sceu des intelligences du roy d'Espagne ? — Parle brieftems qu'il a pris les villes de Cambray, Calais, Ardres, La Chapelle, Douions, il est croyable que ce fut par rintelligence des gouverneurs et des habitants d'icelles. J'ai aussi entendu dire qu'il avait entrepris sur plusieurs aultres villes, mesmes sur celles de Saumur, Angers et aultres, et j'ai eu occasion d'en craindre autant de celle-cy.
Comment entendez-vous ce que vous dictes du roy? L'attentat faict à sa personne par un jésuite m'a fait écrire ces mots ; que S. M. n'avait voulu croire jusques à ce qu'elle ait
Uafiâîre de Jean Dutemps ne parait pas avoir eu d'autres suites; il est probable qu'on le trouva suffisamment justifié par ses réponses ; d'ailleurs il avait fait acte de bon citoyen , et les événements confirmèrent en partie ses iatales prévisions.
* Les jésuites, rappelés ensuite par Henri IV, étaient alors bannis do royaume.
* Jacques Clément.
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ORAFinUE TU.
Hoii icfm Heiri IT jasqa^à la D«rt de fiaston. — Affaire de la Paicirle. lort de Henri If. — Trevbles de la Dinorité de louis XIH. — Ketraite de larie de lédicis à Blois, et son éfasion. — État des Protestaals. — Arrestation des princes de YendAme. — ATenement de Gaston. — Pestes et Famines. ~T<en de 1631. — Séjonr de Gaston à Blois.— Tronbles de la Fronde. --letraile et mort de Gaston.
La cour des Bourbons renonça malheureusement à une résidence que les derniers Valois avaient affectionnée; Blois perdit alors son importance politique et même sa prospérité matérielle. Depuis la même époque, ses annales n'offirent plus, comme au XYI* siècle, une suite de grands événements, et deviennent presque étrangères à l'histoire de France.
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Henri IV , chef de la nouvelle dynastie , habita encore de temps à autre le château de Blois; les amateurs du jardinage liront avec intérêt dans les Mémoires de Sully, que le Béarnais, gastronome intelligent, aimait beaucoup les melons de cette ville. U y vint aussi par motif de santé respirer l'air vif et pur des bords de la Loire.
Les Blésois conservèrent pour leur roi Taffection qu'ils lui avaient témoignée pendant les plus mauvais jours de la ligue. Cependant ils crurent devoir s'opposer à l'établissement de la pan<;arte, droit d'entrée sur les vins et les marchandises; le texte de leur réclamation prouvera que, tout en respectant l'autorité royale, nos pères osaient au besoin protester contre les exigences de la fiscalité :
Aujoard*hui 28 novembre 1587, en l'assemblée générale tenue dans la maison commune, où estoient phis de trois cents manants et habitants de la viUe et fauxbourgs, tous aseemblés suivant le cri public faict par les carrefours par le trompette de la dicte viUe. Sur ce qui a esté remonstré par les eschevins, que depuis trois jours monsieur Regnault, conseiller du roy en la cour des aydes, est venu en ceste ville pour Testablissement de la pancarte, pardevant lequel sieur ils se seraient pourvus par humbles remontrances, fondées sur ce que la dicte ville s*est obérée, pour se maintenir en Tobéissance de sa m^^esté, de la somme de cinquante mille écus et plus, et sur plusieurs aultres raisons et moyens qu*ils auroient déduicts, proposés et allégués au dici sieur Regnault ; lesquelles le dict sieur n*auroit voulu recognoisire, insistant toujours à rétablissement de la pancarte. Sur quoi les dicts eschçvins ont requis que les habitants aient à leur donnor advis de ce qu'ils doibvcnt faire pour le
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bien, proficts et utilité de la dicte ville. Et par Tadvis particulièrement pris do tous les dicts assistants, a esté condud et arresté que ke sieurs Talani et Gmikhray» eschevinsi iront aux dedpens de la ville vers le roy notre sire et ttos seigneurs de son conseil, pour leur faire très humbles remonstrances, avec mémoires amples qui leur seront baillés, tendant à fin, s*il est possible, que ceste Tille soit déchargée de la pancarte, ou à tout le moins en ait modération ou diminuàûn, pour le proflct et soulagement des dicts habitants, au mieux qu*îls pourront.
Cette requête, comme la plupart des doléances de la même nature, n'eut aucun succès, et la pancarte affligea pendant quelques années la population. Le roi, malgré sa bienfaisance naturelle, subissait l'empire des nécessités gouvernementales; l'intérêt pres^ sant du trésor, épuisé par les guerres dviles, n'admettait pas la moindre concession.
La mort tragique de Henri IV fit une profonde, impression sur nos pères; à la nouvelle de Thorrible attentat de Ravaillac, l'assemblée du 15 mai 161 0, composée de la nuyewre et pim mine partie de$ habito/nts de Vune et Vautre religionj prit la résolution suivante :
En conséquence de Texécrable parricide commis sur la personne du roy notre sire, a été unanimement déclaré par tous, que leur vouloir et intention était de vivre et mourir en la fidélité et obéissance du roi et de la reine régente et d'employer leurs personnes et biens pour la manutention et conservation de leurs majestés et de l'état de ce royaume.
Fidèles à ce serment, les Blésois ne prirent aucune part au soulèvement des provinces insurgées
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contre b régente et contre son favori, le malheureux Concini, maréchal d'Ancre.
En 1614 et 1615, les troupes de cette action, répandues dans la Beauce, firent une entreprise sur Chartres. Les Blésois, alarmés, se plai^irent au gouverneur de la province du mauvais état des fortifications du château, d'avimi, plus, disaient-ils» 9ue la conservation de la viUe dépendait de celle dudit éiteau; ils demandèrent aussi, pour la défense de ce poste essentiel^ une garnison de cent hommes de guerre ". En attendant^ les bourgeois reçurent Tordre de monter la garde à la principale porte du château, auprès de la voûte.
Au lieu décent hommes, le gouvernement en en* voya cinq cents, commandés par le sieur du Bourç, porteur de la lettre suivante du maréchal de Boisdauphin, général en chef de l'armée royale :
Messieurs, j'ay este advcrti que monseigneur le prince a tourné son armée vers Bloys, et quil y a entreprise sur vostre bien . Cest pourquoy je vous envoie six cents hommes, afin de rompre les desseins de M. le prince.... Prenez garde h vou.s; car vous scavez de combien vostre ville est d'importance. Je serai près de vous dans quatre jours. Prenez donc bien garde h vous, et m'en crc^yez.
Du camp devant Gien, le 3 novembre 1615.
On conçoit quelle inquiétude dut produire cette missive imprévue. L'armée du prince de Condé,
* Dclibératioii du 30 orlohrc 1615.
Digiti
chef des insurgés, avait passé la Loire à Briare, et se dirigeait du côté de Blois ; mais bientôt elle s'éloigna des rives du fleuve, pour pénétrer dans le Berry.
L'assassinat du maréchal d'Ancre suspendit la guerre civile. Marie de Médicis, obligée de quitter la cour et de choisir une retraite, préféra Blois à toute autre résidence, et vint dans cette cité paisible chercher un asile assuré contre les réactions de la haine populaire ; une lettre du roi annonçait ainsi son arrivée:
Chers et bien amez, là royne nostre très honorée dame et mère, s'en allant faire sa demeure en nostre chasteau de Bloys, nous Yous faysonsla présente, par laquelle nous vous mandons, ordonnons et très expressément enjoignons, que vous ayez à la recevoir, assister, servir et recognoistre avec tout l'honneur, le respect et l'obéissance qui lui sont deubs, et tels que vous les pourriez rendre à nostre propre personne; luy donnant le mesme pouvoir et auctorité que nous avons, tant en nostre dict chasteau que en nostre ville de Blois ; sy n'y faictes faulte, sur tant que désirez fere chose qui nous soit agréable ; car tel est notre plaisir.
Donné à Paris, le 2 may 1617.
Signé Loys '.
Richelieu, créature de l'auguste exilée, la suivit à Blois; mais bientôt le gouvernement jugea à propos d'éloigner ce personnage dangereux ; un ordre ministériel rélégua dans son diocèse le politique évêque de Luçon.
^ Registres de la ville.
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DE DLOIS. 125
Le roi n'eut pas pour sa mère les égards que sa lettre officielle recommandait aux habitants de Blois. Une surveillance ombrageuse lui enleva toute liberlé; on l'entoura d'espions ; ses excursions furent limitées à une certaine distance; nul visiteur ne pouvait l'approcher sans permission expresse ; enfin on lui interdit même de sortir de la ville, et les jardins du château devinrent alors sa seule promenade. Ces vexations ne firent que l'irriter davantage, tout en stimulant le zèle de ses amis. Des seigneurs mécontents préparèrent son évasion, qui eut lieu la nuit du 20 au 21 février 1 61 9. Sortie par la fenêtre de sa chambre, elle descendit à Taide d'une échelle de corde dans les fossés du château. Deux chroniqueurs dignes de foi ' racontent ainsi les principales circonstances de cet événement:
Étant résolue à sa sortie, et considérant que d*un côté on avait mis des forces à l'entour de Blois, et que le comte do Che- ▼erny, gouyerneur du Blésois, avait promis de s'opposer îi tous 868 justes desseins, que quelques-uns même de ses domestiques étaient gagnés à cet effet, elle se trouve contrainte de se servir de la nuit pour couvrir sa retraite, et de ne point chercher d'autres portes que des fenêtres, d'autres degrés qu'une échelle. Elle n'avait avec elle qu'une de ses femmes nommée Catherine; au pied de l'échelle étaient le comte de Drejme, quatre de ses gardes et le sieur Du Plessb. Elle fut contrainte de se trais* ner le long du fossé, et d'aller k pied jusqu'à l'autre bout du pont de Blois, où son carrosse l'attendait. Elle y monta avec
' Mémoires de Richelieu, édition Petitot, t. I ^ p. Il I j et Recueil d'Aubcnr, 1. 1 , p. 286.
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t36 HISTOIRE
une seule de ses femmes^ ses pierreries et une lanterne, parce qiTeUe ne pouvait demeurer dam son carrosse sans anoir une bo%t^ attumée , et vint en cet é(;uipage jusqu'à M ontrichard où elle changea de ckeyaa]C«et y trouTff le sieur Roceellaï etTarehe- ▼eaque de Toulouse. De là elle s*en alla à Loches ^ où M. 4'Espemon estoit arrivé le soir d*auparavant ; ce seigneur vint une lieue au devant d'elle avec deux cents cavaliers.
Les Blésois apprirent avec indifférence le départ delà reine-mère; ses intrigues politiques avaient trouvé peu de sympathies dans une ville dévouée au gouvernement; et d'ailleurs on ne voit pas qu'elle ait fait aucun bien pendant son séjour; sa présence était plutôt un sujet de trouble ; la population vit sans regret s'éloigner une camariUa ambitieuse et remuante.
Enhardi par l'évasion de Marie de Médicis, le parti des mécontents redoubla d'activité et d'intrigue, et tenta même de s'emparer de plusieurs villes. Le gouvernement, craignant qu'il ne surprît Blois, ordonna aux habitants de monter la garde jour et nuit; la lettre du roi, portant injonction de faire ce service extraordinaire, est ainsi conçue* :
Ghers et bien aimés, lors du parlement inopiné de la royne mère de nostre ville de Bloys, nous vous doimasraes advis du sub)ect de deffiance que nous avions, que quelques-uns mal af* fectionnés au bien de nostre estât et au repos do nos subjocis se vouUoient prévalon: de l'occasion pour entreprendre sur quel-
* En passant par les Montils, Ponl-Lcvoy et Montrithard.
* Registres do la ville.
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DÉ BtOIS. 127
ques-tines de do» villes et de nos places. Mainteuant que nous Toyons le mal s'augmenter, et qu'il est d'aultant plus nécessaire de yeûkft soigneusement à rostre consenration et tous présern Ter de toutes surprises, nous tous mandons, ordonnons et com* mandons cpie incontinent la présente reçue, tous ayez k pour- Toir et donner ordre qu'il se fasse bonne et sure garde, tant de jour que de nuict, en nostre Tille de Bloys. Sy n'y faites faute ; car tel est nostre plaisir.
Paris, le 30 mars 1619.
Les craintes du gouvernement n'eurent pas de suite, et bientôt les Blésoîs reçurent avec bonheur celte autre missive du jeune roi :
Chers et bien aimés, les occasions pour lesquelles nous tous aTons ci-dOTant commandé de faire garde estant maintenant passées, nous aTons jugé à propos de vous ester ceste charge. C'est pourquoi nous tous mandons et ordonnons que inconti^ nent les présentes reçues tous ayez à cesser la garde. A. quoi vous ne ferez faute.
Tours, le 29 mai 1619.
En 4 621 , une rixe sanglante eut lieu à Tours entre les huguenots et les protestants ; plusieurs familles de cette dernière communion se réfugièrent à Blois où elles trouvèrent une bienveillante hospirtalité. Ces religionnaires vinrent en personne à l'as*: semblée de ville du 17 mai déclarer les maisons où ils avaient intention de se loger. Suivant les édits alors en vigueur, ils auraient dû, pour obtenir Tau» torisation de résider à Blois, représenter les certificats des magistrats de Tours ; mais l'assemblée les dispensa de cette formalité, aUcndUy dit le procès-
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verbal, qu'ils s'étaient évadés le plus promplement possible^ et n'amient eu le temps deretirer oâicun cer^ tificat. L'admission de cette excuse, qui en d'autres villes eût été rejetée^ prouve la tolérance de Fadministration blésoise.
L'émeute de Tours donna occasion de prendre diverses mesures de sûreté contre les protestants des cités voisines ; ceux de Blois furent désarmés, par ordre du gouverneur de la province; leur ministre Viguier, et leurs anciens Bazin et Dufour, promirent publiquement, au nom de l'église entière, de ne faire aucune assemblée illicite ni dans la ville ni dans aucun lieu du baillage ' ; en effet ils s'abstinrent de toute démonstration hostile. Bientôt on ordonna aux habitants catholiques de monter la garde aux portes de la ville ; les huguenots, exemptés ou plutôt exclus de ce service, payaient par compensation une certaine taxe *.
Les protestants du midi étaient alors en pleine insurrection ; mais ceux de Blois demeurèrent calmes et soumis aux lois. Le gouvernement profita de la tranquillité du pays pour introduire dans nos murs les jésuites, qui prirent possession du collège en16S4. Dans beaucoup de villes, l'établissement de ces religieux fut une occasion de troubles et de désordres; nos pères les reçurent sans opposition,
* Procès-verbal do rassemblée de ville du 23 mai 1621. ' Procés-vcrbal du 6 novembre 1621.
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et n'eurent qu à s'applaudir de l'heureuse direction qu'ils donnèrent au collège.
Au mois de juin 1626, la cour s'arrêta quelque temps au château de Blois. Une vaste conspiration s'ourdissait alors contre Richelieu qui tenait les rênes du gouyemement. Le cardinal, entouré d'ennemis, prêts à tout entreprendre, ne se croyait plus en sûreté dans le palais du roi ; aussi alla-t-il loger au château de Beauregard avec la compagnie de mousquetaires que Louis XIII lui ayait accordée pour sa garde personnelle '. Le rusé ministre utilisa ce séjour en faisaqt arrêter les deux principaux conjurés, César, duc de Vendôme , et Alexandre, grand prieur de France, enfants naturels de Henri rV et de Gabrielle d'Estrées. Mandés par lettre du roi leur frère, les princes vinrent à Blois^ sans se douter qu'on leur tendit un piège; quelques jours après leur arrivée, des archers de la garde allèrent, à deux heures du matin, les arrêter dans l^irlit au nom du roi; ils furent aussitôt conduits à Âmboise, où s'écoulèrent les premiers temps de leur longue captivité. On les y transporta par bateau; deux compagnies de la maison du roi suivirent cette embarcation si précieuse pour Richelieu; l'une, composée de soldats français, marchait sur la rive droite, l'autre, de troupes écossaises, suivait la rive gauche.
* Histoire de Louis XUI par Levaasor. Mémoires de Bassompîerre.
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Louis Xin traita plus favorablement son frère légitime, Gaston de France, premier prince du sang, malgré sa participation active au même complot. A loccasion du mariage de ce prince avec Marie de Bourbon, dernier rejeton de la branche de Bourbon-Montpensier, le roi hii constitua en apanage le duché d'Orléans, avec les comtés de Blois et de Chartres.
La bîenfoisance de ce nouveau maître pour ses sujrts blésoîs adoucit, autant qu'il était en son pouvoir, les calamités dont nous aMons suivre la déso* tante série.
L'année même de son entrée en possession, la disette régnait à Blois. Les halles avaient cessé d'être approvisionnées; les habitants, obligés de recourir à d'autres marchés, éprouvèrent de vives résistances de la part des populations voisines, lorsqu'ils voulurent feire les enlèvements ; ptasîeurs Vinrent se plaindre à rassemblée de ville : « qu'ayant
# esté chercher du bled dans plusieurs villages de ik Beauce et de Berry, ils avoient esté empeschés » de les enlever par les gens de ces lieux, lesquels » s'eslevoient en armes contre eux et les charretiers » qu'ils envoioient, arrestoient les chevaux et cbar-
* rettes, et coupoient les poches où éteint les dicts » bleds '. » Ces procédés violents ne pouvaient que
* Ptocèt-verfoal do rassemblée de ville du 6 février 1636.
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DE BLOIS. ISl
mettre obstacle à lapprovisionneinent de h tille. Par surcroît de malheur, une peste horrible affligeait alors la population ; les mesures sanitaires prises à cette occasion firent éclater entre deux communautés religieuses de la ville une rivalité qui troubla le calme ordinaire des séances municipales; leurs querelles sont ainsi rapportées ' :
Les prieurs des Jacobins et de Saint-Lauraer, présents, s'opposent à ce que le chirurgien des pestiférés, et les Jésuites qui doirent administrer les malades, logent dans une maison sise à la Tapinière *. Le lieutenant-général exhorte les opposants à fie désister, et leur promet toute protection et assistance. Lors ftextuelj le prieur des Jacobins auroit dict que nous (lieutenant, général) donnions mauvais ordre aui affaires de la ville, et sur ce, lui avons enjoinct de parler avec plus de modestie et res* pecty lui avons dict qu'il prist garde à ne pas s'engager plus avant en ces parolles insollantes , lui avons en outre remonstré le zèle et charité des pères Jésuites qui s'offrent d'assister nos malades en ceste nécessité, de laquelle les dicts Jacobins s'esloigneot beaucoup, qui ne vouUoient pas seullement souffrir que l'on logeast le chirurgien de la ville proche d'eux, bien que la maison en laquelle on le veult loger appartienne à la ville et qu'elle soitassez éloignée de leur couvent. Le dict prieur des Jacobins a dict que nous n'avons qiie faire d'eslever si hauH Toffre que (àisoient les Jésuites, et que les r^igieux de leur maison des Jacobins avoient rendu plus de service à la ville que les dict Jésuites.
* Procès-verbal du 19 septembre 1626.
' Us prétendaient que, la maison étant voisine de leur couvent, le séjour du chirurgien et des prêtres des pestiférés pourrait répandre la contagion dans le quartier ; leur dépit de voir les jésuites préférés pour Vadministration des sacrements explique cette mauvaise chicane.
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Le prieur de Saint-Laumer» non moins récalcitrant, déclara de son côté « quil mettrait plutôt le » feu dans la maison, qu'il empêcherait tout le » monde d'y entrer, et que l'on verrait beau jeu » avant ledit établissement. »
L'esprit de ccrps, plutôt que le sentiment de la charité, avait suscité ce débat, qui intéressait peu le public et ne faisait qu'entraver l'exécution des mesures sanitaires les plus urgentes. Les jésuites, alors en grande faveur, obtinrent le privilège exclusif de visiter et d'administrer les malades; les jacobins» déboutés de leurs prétentions, subirent forcément le voisinage du chirurgien et du prêtre des f^estiférés.
En même temps que la ville faisait des dépenses extraordinaires par suite de cette maladie contagieuse, le gouvernement lui imposait d'onéreuses réquisitions destinées au camp de la Rochelle ; une fois entre autres , elle fournit 80 pourpoints et jupes à longues basques, hauts et bas de chaussesy et SO paires de souliers. Pour solder ces contributions en nature, on permit aux échevins d'emprunter 3,600 livres^ et même d'engager le domaine de la ville^ déplorable condition qui atteste le peu de crédit dont la ville jouissait alors * .
Il y eut une nouvelle disette de 1629 à 1631 ;
*• Assemblée de ville du 11 novembre 1627.
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DB BLOIjS. 133
pendant cette dernière année, beaucoup de malheureux moururent de faim aux environs de Blois '. Cependant l'administration locale ne manqua pas de prévoyance ; elle établit provisoirement un second marché hebdomadaire, fixé au mercredi, pour suppléer à Tinsuffisance de celui du samedi , qui exista de temps immémorial. D'autres mesures, conâgnées sur les registres municipaux, attestent les vives préoccupations de l'autorité ; ainsi la ville emprunta 120,000 livres pour acheter des blés et les revendre ensuite à meilleur marché ; car^ dit la délibération prise à cet eflFet, le pauvre peuple souffre de la faim^ et il est à craindre qae le bled n'enchérisse encore. Le déficit qui résulta de cette opération fut supportépar la ville. Plusieurs convois, destinés à Vapprovisionnement de Blois , furent arrêtés en chemin ; les habitants de Beaugency pillèrent une voiture de farines que les échevins avaient achetées à Êtampes ; la municipalité blésoise , malgré ses justes réclamations, ne put obtenir aucune indemnité. Dans ces temps malheureux , les populations afiamées se ruaient avec fureur sur les subsistances, sans qu'il fôt possible de contenir leur exaspération ;' le besoin parlait plus haut que les magistrats.
La peste suivit de près la famine ; une dyssenle-
" Histoire manuscrite de Saint-Lnumer, fol. 78.
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rie putride régna pendant plusieurs années ; toutes les communautés religieuses de la ville désertèrent; on ne pouvait trouver ni médecins pour soigner les malades, ni prêtres pour les administrer, tant la terreur était générale et profonde '! Le manuscrit de Saint-Laumer porte à 11 ou 1 2 mille le nombre des morts ; il n'est pas supposable que ce chiffire énorme s'appliquât à la seule ville de Btois ; c eût été une dépopulation complète ; probablement le relevé comprenait aussi les paroisses environnantes.
La mauvaise nourriture, les privations et les souffrances physiques, conséquences fatales d'une longue disette, les chaleurs excessives de plusieurs étés consécutifs, les exhalaisons infectes del'Ârrou, qui traversait alors à découvert une partie de la ville, et où les riverains jetaient leurs immondices, ne pouvaient qu'aggraver et prolonger l'épidémie relie sévit surtout avec fureur pendant les mcHs de juin, juillet et août 1631. Les habitants désespérés entrent recours à l'intercession de la Sainte-Vierge, ^insi que le constate ce texte d'un vœu mémorable ^
A esté resoUu et faict vefu , qae dès le jour et feste de Notre-Dame prochain, et a continuer à pareil jour chacun an /utquet à trente ans^ sera dict et cellébré aux despens de la vflle une grande messe et procession généralle en Téglîse Nostre-
* Procès-verbal de rassemblée du 6 février 1632.
• Procès-verbal du 6 septembre 1631.
Dame-ded-Âydes-deVienne, où assistera le (Sofrps de ville; et porteront les échevins lors en charge à roflferte chacun un cierge de cire blanche du pois d'une livre, et sera faict prière à Dieu à ee que, par Tintercession de la glorieuse Ticrge Marie, il lui plaise d*appaiser son ire et faire cesser les maladies contagieuses dont ceste ville et le pays sont affligés *.
Les Blésois attribuèrent à ce vœu la diminution in fléau ;^résultat heureux qui poorrail s'expliquer naturellement par le déclin des chaleurs et le changement de saison. Une pieuse gratitude dicta deux autres résolutions, témoignages naïfs de la foi de nos pères; la première (9 juin 1633) est ainsi conçue :
En commémoration du vœu faict Tannée dernière^ il sera faiet «D tableau pour oitrir à Nostre-Dame-des-Aydes, dans lequel seront représentés la Vierge, la ville^ et les dicts échevins, sdrocal et clerc de ville, à genoulx, tenant des cierges en leurs mains |oinctes, avec une inscription signifiant le dlcl vœu; au bas du dic^ tableau les armes de la ville.
Le tableau fut exécuté, canfomtément à ces ii»stnictions, par Mosnier, peintre blésoi»; aujour* dliui encore on le voit dans l'église de Vienne , avhdessus de Tautel de la Vierge. Les magistrats^
* Le vœu, renouvelé tous les 30 ans,» Eut accompli jusqu'en 1791^ 'hiclimvement. En 1806 , les habitants de Vienne pétitionnèrent pour •bteiiir le iét«blissement de cette cérémonie;; mais leur demande n*eut pas de suite. La ptoccasion de la Nativité se faisait «vec pompe ; loiites les autorités civiles y assistaient^ entre autres les échevins, qui ne mauquaient pas d'exécuter ponctuellement la clause relative au poidsdes cierges.
municipaux, représentés sur cette toile historique, sont : les échevins Butel, Thierry, Huart et Garnier (les descendants de ce dernier habitent encore Blois), Daniel, avocat de la ville. Un autre personnage , que la délibération ne mentionne pas, est le père Capucin, représenté dans une attitude suppliante; cette figure rappelle le dévouement des religieux de Tordre pour le soin des pestiférés. Bernier ' attribue même aux Capucins la première idée du tableau.
Yoici maintenant le texte de la seconde délibération (8 mars 1632):
Sur la proposition faicte, que le sieur de la Chastre veult faire faire et donner k la ville cinq figures de la Vierge pour mettre sur les cinq principales portes de ceste Tille, pour témoigner du vœu que la ville a faict pendant trente ans, et pour rmdre grâces à Dieu de ce qu'il lui a plu apaiser son ire aussitôt que le diet v€BU a esté faict; attendu qu'il est nécessaire , pour mettre les dictes images, de faire faire cinq niches aux cinq principales portes de viUe. La matière mise en délibération, a esté conclud et arresté que les dictes niches se feront aux dépens de la dicte ville.
Cette délibération fut religieusement exécutée ; une des statuettes données par le sieur de la Chastre, existe encore dans la rue Porte-Côté, à Tangle du carroir du Mal' Asm; autrefois elle était sur la porte de ville, située à Fentrée de cette rue.
* Histoire, p. 68.
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Au milieu des calamités publiques, les fréquents séjours de notre comte apanagiste furent d'heureuses compensations pour la ville et le pays. Gaston, prince remuant, mêlé à toutes les conspirations politique de l'époque, passait à Blois ses moments de disgrâce ou de lassitude. Nos pères, tout en déplorant les écarts du chef de parti, surent apprécier 1^ excellentes qualités de l'homme privé; plu* sieurs documents oiBciels prouvent l'affection sincère qu'ils portaient à leur comte; ainsi, en 1634, le conseil de ville, fidèle organe des sentiments de la population, fêta son retour de la manière indiquée par la délibération suivante :
Assemblée partieulière tenue en la maison commune de ceste TÎUe de Blois, le samedi 21 octobre 1634, où estoient messieurs Chaorel, lieutenantrgénéral, de Bonvoust, procureur du roi, Huart, Garnier, Truchon et Brillon, eschevins, Viart et Toucbain Faisné, conseillers de ville. Sur ce qui a esté proposé de députer vers Monsieur pour lui rendre les debvoirs et lui témoigner la joie que les habitants de ceste ville ont de son retour, la matière mise en délibération, a esté arresté que les sieurs lieuteuant-général, procureur du roi, Huart et Brillon, sont députés de la part de la dicte ville pour se transporter vers Monseigneur et lui rendre pour la ville les témoignages de son obéissance, et en outre qu*il serait faict un feu public sur le quaj de ceste ville le jour de demain dimanche au soir.
Immédiatement après ce retour , Gaston commença au château les belles constructions qui pendant plusieurs années furent si avantageuses aux ouvriers et aux pauvres du pays.
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&1 1638, la municipalité, « voulant, disait-elle, » témoigner Taffection que chacun doit à la con- » aervatioB de la sacrée personne de son akesse, qui » faict sa risideme à BUns la plus grande partye j» é^ Vwméey » prit plusieurs dispositions sévères pour assurer la salubrité et la sûreté de la ville'. Le prince ftit ti>ès sensible à ces attentions administratives.
C'est un fait remarquable, que la ville où Monsietir résida souvent, où il ex^çait beaucoup d'intoence et trouvait une afiectueuse soumission, n ait pris aucune part à ses intrigues politiques. Tandis que Gaston soulevait le peuple de Paris, d'Orléans et d'autres cités, Blois demeurait impassible. Loin d'embrasser le parti de la Fronde, les habitants protestèrent contre l'insurrection parisienne qui avait forcé le jeune Louis XIY et la régente à quitter la capitale et à se réfugier au château de Saint-Germam-en-liaye ; le lieutenant^énéral Grimaudet et réchevin Guelon leur portèrent dans cette retraite les hommages de la ville, l'expres^on de son (Amsr sance et de son dévouement à l'autorité légitime ^ ; cette démarche significative , qui dut être peu agréable à Gaston, prouve Thonorable indépendance de nos pères.
Un fait de la même année démontre qu'ils tenaient
* Dqlibcrationdu Smars 1038.
3 DcUbératioii du 11 janvier lOilK
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essentiellement à conserver intacte leur réputation de loyaux et fidèles sujets du roi. L'introduction frauduleuse des sels de contrebande Ait un des onoyens que la Fronde employa pour troubler les pçovinces; un bateau contenant une cargaison de ce genre passa à Blois, où il fut saisi par autorité de justice. Les mariniers, secondés par une troupe de ngabonds et de gens sans aveu, s'ameutèrent contre les magistrats et commirent quelques désordres. La population n'avait pris aucune part à cette écbauffburée; cependant un procès-verbal du lieutenant-général accusa les habitants de complicité; rassemblée de ville» vivement émue, protesta contre cette imputation en termes énergiques; car, disaitrelle, « il est à propos de ne pas laisser don* » ner une mauvaise impression au roi, que les habi- » tants n'aient en façon quelconque participé au dict » fidct'. »
Après cette délibération, inspirée par de louables susceptibilités, le lieutenant-général vint luinmème donner des explications satisfaisantes qui justifièrent complètement la ville.
La rareté des subsistances occasionna aussi quelqoes troubles. A l'exemple des cités voisines, l'autorité blésoise prit des mesures rigoureuses pour Tapprovisionnement du marché; toutes les nuits, quatre hommes montaient la gaixle sur le pont ; Iciu'
' Dclibératiou du 1" juillet de 1619.
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consigne était d'arrêter au passage les bateaux chargés de blés; chacune de ces sentinelles gagnait 10 fr. par nuit '.
En 1 651 une nouvelle disette affligea Blois ; pour prévenir la famine, il fallut p^mettre à toutes personnes d'apporter et de vendre chaque jour du pain , concurremment avec les boulangers de la ville ^.
Des alarmes d'une autre nature se mêlaient à la crise alimentaire. Les gens de guerre ravageaient les environs de Blois ; la Fronde, qui soudoyait ces hordes indisciplinées, méditait une entreprise sur la ville ; mais la vigilance de l'autorité municipale fit échouer ce complot. Entre autres précautions, on enjoignit à tous les propriétaires des maisons qui avaient des ouvertures dans les murs de ville, de les boucher immédiatement; attendu que Blois « est^t » ouvert de tout costé pourroit estre facilement sur- » pris par les gens de guerre qui font des incursions » de toutes parts et des désordres par tout où ils » passent ^. »
Ces alarmes étaient fondées; la Fronde faisait chaque jour de nouveaux progrès aux environs de Blois; une troupe, enrôlée sous ses drapeaux, s'était même emparée du château de Moran, situé à six
* DélîbâratioD du 30 décembre 1649.
' Auparavant, diaprés un usage immémorial, les marchands forains .lie pouvaient vci:dfc du pain à dois que les tncrcredisct samedis. ^ Délibération du 0 février 1C52.
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lieues seulement de la ville; mais le comte de Schtmberg, général autrichien au service du roi , reprit cette place après un siège meurtrier. Ce fait inconnu est consigné, à la date du S2 février 1653^ sur les registres de sépulture de la paroisse de Moran.
Dans te mois suivant, la ville se préoccupait encore du voisinage dangereux des gens de guerre qd eomimetaient totUes 9orte$ de violences, voU, fneur^ très et voyes de fait extraordinaires, n'épargnant même les messagers publics sur les grands chemins ' . On Q*aignait (les registres municipaux en font foi) qu'ils ne se portassent sur Blois pour piller et rançonner les habitants.
Un autre sujet d'alarme fut l'arrivée inattendue d'un corps de l'armée royale, commandé par le maréchal d'Hocquincourt qui venait de faire le siège d'Angers^. Ces troupes ne causèrent pas moins d'effiroi à la population que les hordes dangereuses de la Fronde; car l'insufiisance de leur solde et l'irr^ularité des paiements, conséquences fatales de la pénurie du trésor , les obligeaient sans cesse de mettre le peuple à contribution ; heureusement elles ne séjournèrent pas long-temps à Blois.
Paris était alors au pouvoir des frondeurs, et la cour errait de ville en ville sans pouvoir approcher
* Délibération du 10 mars 1652.
* Mémoires du cardinal de Retz, \ï\ve 4.
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de kl capitale ; pendant le si^e d'Angers elle résidait à Saumur, d'où elle vint à Bbns, vers le 20 mars 1 658 ; Louis XI Y et la reine mère Anne d'Autriche, demeurèrent une semaine au diâteau; le cardinal Masarin les accompagnait; le roi et son ministre profitèrent de ce séjour pour expédier des instructions coi)cemant les opérations militaires du gouvernement contre la Fronde '.
Le triomphe de la monarchie mit fin aux exac^ tiens des gens de guerre et pacifia le pays.
Après la rentrée de Louis XTV à Paris, le comte de Rois fut exilé dans ses terres (octobre 1652). La ville n'eut qu'à s'applaudir d'une disgrâce qui fixa pour toujours dans nos murs un prince bienfiEÛsant Retiré à Blois, Gaston vécut en sage, occupé de bonnes œuvres, de constructions, de science. La bibliothèque, le médaillier et le jardin botanique , dont il embellit le château, charmèrent les derniers jours d'une existence fatiguée. Il mourut dans son manoir de prédilection, le 2 février 1 660, âgé de 61 ans. Nos pères ont amèrement pleuré cette perte prématurée ; leurs descendants continuent de révéra* une mémoire qui sera toujours populaire dans ce pays ; des traditions vivaces conservent parmi nous le souvenir des bienfaits de Gaston d'Oriéans, dernier comte de Blob. L'établissement précieux '^
' Mémoires «le Bussy-Rubutiu, 1. I , p. 417 à 423. ' L'hôpital gcuôral de Vienne.
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que la vUle doit à ce prince charitable suffirait pour perpétuer la reconnaissance publique.
Gaston avait épousé en premières noces Théritière de la branche de Bourbon-Montpensier, dont il eut une princesse connue sous le nom de la Grande Mademoiselle y célèbre par ses intrigues politiques et amoureuses. Un second mariage avec Marguerite de Lorraine lui donna trois filles, qui épousèrent des prbces étrangers. Personnellement, le prince ne possédait que son apanage; mais sa première femme, la plus riche héritière de France, lui avait apporté d'immenses domaines recueillis ensuite par MademoiseUe.
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CBABVSVLX Vm.
Mois depais li Hort de GastoB jusqu'à la Réfolotioi 4e 1789. —Passage de louis XIV. — Diselte de i662. — Penécotion des Protestants; révocatioo de redit de Nantes. — Fêtes publiques. — Entrée de 1. de Bertier, prenûer évéquc. — Réception des petits-fils de Louis XIV. — Hiver de i709. — BiscHes.— Passages de Princes k Princesses. — Jansénisme. — Établissenent t suppression du conseil supérieur.
Gaston étant décédé sans hoirs mâles, son apanage s'éteignit , et le comté de Blois fit retour à la couronne. Malgré sa réunion définitive, ce domaine continua d'être distingué dans l'administration financière, où ses revenus et ses charges formaient une section spéciale. 11 conserva aussi son titre féo-
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dal; en 1789 le comté de Blois figurait encore au protocole des notaires du pays et dans Fintitulé des jugements ; la révolution seule put effacer ces bizarres réminiscences du passé.
L'extinction de l'apanage rendit à Louis XIY la libre jouissance des châteaux de Blois et de Chambord ; mais le fondateur de Versailles préférait cette création personnelle à toute autre résidence. Plusieurs fois néanmoins il visita Chambord ; le 1 S octobre 1 668, au retour de ce manoir, le monarque, accompagné de sa cour, passa par Blois, et donna dans les appartements du château une fête qui Ait magnifique, s'il faut en croire le passage suivant d'une lettre de mademoiselle Pellisson à Scuderi : « Tout
> y était merveilleusement bien entendu. Je pour-
> rais faire une description très pompeuse du lieu
> qu'on avait choisi, de Tabondance et de mille au-
> très circonstances ; cette fête n'avait rien d'hu- * main. »
Cette courte apparition du grand roi fut le der^ nier séjour de l'ancienne monarchie dans notre ville délaissée. Louis XIY donna le nom de Blois à l'une des filles qu'il avait eues de mademoiselle de la Vallière; ce titre, purement honorifique, ne conféra aucun droit féodal à Mademoiselle de Blois^ devenue ensuite l'épouse du prince de Conti.
Le pays blésois, abandonné par la cour, perdit tous les avantages dont il avait joui sous les règnes
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146 HISTOOE
précédents. Cette décadence sensible oe ftit p» le seul événement malh^eoreux qui suivit la mûrt de Gaston ; de grandes calamités publiques eurent lieu sous les longs règnes de Loub XIY et de Louis XV. En même temps que Timpôt^ devenu excessif, épuisait les ressources de la propriété et de Tiaduatrie, les maladies, tes £su9Ûnes, les hivers, sévissaient avec une rigueur extraordinaire; jamais ces fléaux ne fourent aussi fréquents, ni aussi intenses.
Eki 1662 la viUe éprouva toutes les horreurs de la famine; le blé valut jusqu'à 300 livres le ittuîd {environ 4 livres te décalitre). Les Orléanais, non moins affligés de disette^ arrêtaient au passage les grains destinés à notre ville. L'administration Uésoise, après avoir vainement réclamé, usa de représailles, et fit saisir tous tes blés qui remontaiart à Orléans. Ces mesures violâtes suspendirait oomplètement les arrivages, et la ville cessa d'être approvisionnée; on fut même obligé de rationaer les habitants. Les pauvres et les vagabonds, ne trouvant phis à vivre dans tes campagnes, affluèreat de toutes parts ; il s'en trouva trois mille à une revue générale, qui eut lieu sur la place du Château en présence des échevins. On fit des distributions de soupes économiques; 6^000 livres furent d^eosées en travaux de charité. Deux personnages célèbres, étrangers à la ville^ la secoururent généreusement ; madame la duchesse d'Aiguillon lui prêta
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40*000 liTres, sans utérèts, pendant un an, pour l'achat de grains et le sonlagraient des pauyres ; le maréchal de la Meilleraie envoya un bateau chargé de blé qui fut distribué gratuitement aux &mines les plus nécessiteuses ; après la mort du bienfeiteur, la ville reconnaissante fit célébrer pour lui un service solennel K On doit regretter que le souvenir de ces bienfaits se soit perdu dans le pays.
Les levées d'hommes, les contributions extraordinaires et les réquisitions en nature, affectées aux guerres ruineuses de Louis XIY, vinrent accroître la misère publique.
Enfin le pays ressentit le contrecoup des persécutions qui fi*appèrent les calvinistes; la plupart furent Teravre du pouvoir ceitral ou de ses agents ; cepaidant on peut reprocher aux Blésois quelques actes de participation. Une anecdote du temps prouve que la population ne résista pas toujours à de mauvaises influences. Âuteroche, pauvre candeur huguenot, avait tenu quelcpies propos irrévérencieux contre TËucharistie; le lendemain, pendant le prêche, une troupe de 300 catholiques se rua sur le temple, enfonça les portes, cassa les vitres et même les ardoises; plusieurs religionnaires furent blessés grièvement. Pour prévenir le retour de pa-
* Registres municipaux de 1662.
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railles violences, Tautorité fit garder le temple par la force armée. Une sentence du bailliage condafiina Auteroche à faire amende honorable, et à rester exposé pendant deux heures au carcan, un jour de marché, avec un écriteau portant les mots impie et iocrilége^. Ces rigueurs ne pouvaient qu'irriter da^ vantage les animosités religieuses.
La révocation de Tédit de Nantes (1685) abolit enfin le culte protestant. M. de Bouville, intendant de la généralité d'Orléans, exécuta à Blois les édits de proscription ; mais on ne voit pas qu il ait eu recours aux dragonnades, moyeu déplorable dont le pouvoir usa souvent à cette époque d'intolérance.
Plusieurs &milles, qui exerçaient des industries utiles , quittèrent la ville et sortirent du royaume, pour exercer librement leur religion. D'autres restèrent en abjurant; tels furent les Baschet, les Baignoux, les Cuper*, et autres Blésois, dont les descendants habitent encore la cité où leurs pères professaient le calvinisme.
La révocation de l'édit de Nantes augmenta beaucoup le nombre des catholiques dans Blois et aux
* Histoire de Tédit de Nantes, livre 17, année 1681.
* On lit sur un registre d'abjurations celle des Cupcr, reçue par M. de Bertier, évéque de Blois ; quelque temps après, une demoiselle de la famille prit le voile aux Nowellet Caiholiques de Blois. (Archives départementales.)
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DE BLOIS. t4ik
eimrons; à Mer seulement» ^e produisit deux cents coava^oDB '. Cet accroissement subit fut une des causes qui portèrent Louis XIV à établir Tévèché de Blois en 1&98 ; le nouveau diooèse eut pour drconscription la partie la plus éloignée de Chartres. Le gouvernement pensa que ht présence habituelle d'un prélat dans nos contrées sonUendrait la foi encore diauMlante des nouveaux coovertis, et raviverait leaèle des fidèles; cette création importante fut la conséquence de l'esprit religieux qui doflùnait alors dans les conseils du prince.
L'abolition d'un culte qui était exercé au pays biésois depuis plus ife 1 50 ans, et comptait de nom* hreux prosélytes, s'opéra sans beaucoup de résis^ tanee. Ce changement fut suivi d'uft calme profond, dont la monotonie ofE^ peu d'incidents remarqua-» Mes; dès-lors, la ville, plus occupée de ses affiîres mimieipales que des intérêts d'Ëtat, disparut pour ainsi dire de la scène politique. A la même époque; les victoires et les traités du grand roi, les mariages, naissances ou décès d une dynastie féconde, multiplièrent extraordinairement les fêtes officielles; ks détaUsde ces solennités locales, qui caractérisent si Uen les mœurs et l'esprit du temps, nous ont semblé dignes de l'histoire. Les cérémonies publiques du vieux Blois furent souvent des occasion»
* Voir dans le» Mémoires du clergé l'cnquctc qui précéda rércction ^ ticgc de Blois.
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(le conflits bizarres entre les diverses autorités. Aiilsi, les magistrats de Blois se disputaient vivement rhonneur d'allumer les feux de joie, lorsque Tarrèté suivant, daté de 1690, mit fin à leurs que^ relies :
« Toutes fois qu il sera fait un feu public ^ » le lieutenant-^énéral -, tenant une torche de ht » main droite^ y mettra le feu. Le procureur du » roy et le plus ancien eschevin, chacun m la main » gaiiche une torche allumée, mettront en même « temps le feu. Toutes ces torches seront de même >» poids et grosseur. »
Il ne faut pas s'étonner de l'importance que loif attachait alors aux distmcUons honorifiques. Sous un gouvernement qui avait supprimé l'exercice des droits politiques^ les esprits, dont l'activité ne pouvait plus s'appliquer à des intérêts sérieux, durent naturellement s'occuper de choses futiles. Les vaines querelles de préséance remplacèrent les luttes nationales de la vie publique : cette nouvelle polémique, stimulée et toujours entretenue par Tesprit de corps , non moins que par les prétentions individuelles^ absorba long-^temps les instincts d'opposition qui auraient pu entraver la marche du pou-* voir; plus tard , l'opinion générale osa s'attaquer à des 'objets plus graves , et ce fut le commencement delà révolution.
Tandis que d'éternelles divisions sur des points
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si déKéafs troublaient les relations sociales', des fléaux horribles venaiénl fréquemment décimer la population.
L'anAée 1693 fut remarquable par une' affreuse disette, conséquence des pluies et de la rouille des blés. L'année suivante^ une fièvre inflammatoire qui régnait à lloîs, enleva, dit un moine dé Saint- Laumer S le qaixrt de la population.
En 1697, la publication du' programme d'une fête, célébrée poui* la prise de Barcelone , donna lieu à des rixes scandaleuses. Le maire et les échevins avaient remis au tamboiir de ville une proclamation ; le hérault municipal, revêtu de ses insignes, arriva au carroir du Mal-Assis j et se disposait à donner le premier coup de caisse , quand survint le président du bailliage; ce magistrat prétendit que le droit de donner des ordres en pareil cas lui appartenait exclusivement. Le maire réitéra ses injonctions; mais le tambour, qui avait embrassé le parti du président, ne voyjut plus écouter l'oflScier municipal , et s'oublia même jusqu'à lui dire (textuel) qu'il briserait plutôt sa caisse en mille nmceàux.
La publication qui avait donné lieu à cette querelle eut peu de succès ; le tambour appela vainement la milice bourgeoise au feu de joie municipal ;
* Registre des choses mémorables de Saint-Laufticr (archives départementales).
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ce corps ne brilla que par son absence. On conçoit rindifférence de nos pères pour ces sortes de solennités ; des victoires lointaines, sans aucune influ* ence sur le bien-être des populations, deyaient exciter peu d'enthousiasme dans Bloîs; d'aiHeurs les temps étaient trop malheureux pour que les réjouissances officielles inspirassent beaucoup de sympathie; une misère profonde contrastait péniblement avec leclat de ta gloire militaire.
L'année suivante» à Toccasion dun traité de paix, les religieux de Saint-Laumer donnèrent une grande fête, dont leur annaliste raconte longuement tous les détails; nous nous bornerons à quelques extraits de cette relation emphatique :
Le 9 février 16d8, dimanche de la Quinquagésime, a été fait un magnifique feu de joie dans la grande flaee devant Téglise Saini-LaumerS pour llieureuse conclusion de la paix générale. On avait formé deux belles compagnies des hommes les mieux faieU du Foix , qui, tous en habits et bonnets de dragons, furent toute la journée sous les armes et allèrent en plusieurs endroits de la ville en très bon ordre, après avoir fiedt d*abord tout Fhonneurpossibleà Tabb^ede Saint-Laumer. Ils y retournèrent sur les quatre heures du soir ; alors on donna une beUe collation à tous les officiers, et plusieurs rafraîchissements aux simples dragons. On ne leur épargna pas surtout lé vin, quoique bien cher cette asnée ; eair Uen cmda um fontaine pendcmt froû au quatre heures. La nuit approchant, tous les religieux allèrent en pro-
*■ Aujourd*bui Saint « Nicolas : cette prétendue grande place est tout siroploinrnt le parvis étroit situé devant le portail de Téglise; la désignation nous semble fort ambitieuse.
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cession attmner le feu ; après les prières faites pour le roi , lo prieur mit le feu au bûcher préparé. Cependant les tours et te clocher étoient éclairés do flambeaux et de feux d*artifice. On jeta un grand nombre do fusées qui réussirent parfaitement bien. Beaucoup de personnes des plus considérables do Blois assistèrent à cette cérémonie, et avouèrent qu'elle Remportait de hemàco^ sur k feu Urépar la ville.
Cette dernière réfleaûoa prouve combien les reli- ^ux étaient enthousiasmés de leur fête ; Tépigramme adressée à la municipalité est une saillie de l'esprit de corps; Meaiews de Saint-Laumer rivalisaiast avec Memeurs de nille^ et prétendaient toujours mieux faire*
La même année, M. de Bertier, premier évêque de Blois, fit son entrée solennelle par la porte du Foix. La prise de possession du nouveau siège épiscopal fut pour notre ville un grand événement ;^ voici les principales circonstances de cette fête mémorable ^
Près la porte du Foii*, en dehors de la ville, on avoit élevé me in(mière de thrône; la place devant la porto étoil couverte do grandes voiles de bateaux. Quand M. Tevesque fut arrivé au pied du thrône, M. Druillon, maire de la ville, h la teste dos eschevins, vint luy faire une grande harangue au nom de toute la ville. Ensuite le doyen de la cdthédrale fit une fort courte harangm au nom de tout lo clergé. Monsieur do Blois répondit à Tune et à Tautre, et monta ensuite sur son thrône, où il fut revestu
' Extrait des procès-verbaux qui se trouvent suc les registres de la ville et sur le manuscrit des choses mémorables de Sainl-Laumer.
* Située au pied du château, entre la rue Saint-Lubies et la rue des Trois-Marcbands .
de se$ habits pontificaux ; puis il s'assit^ et tout le clergé défila der^Dt le thrône; les religieux passèrent deux à deux en faisant la génuflexipn, et les ecclésiastiques séculierSy aussi deux à deux^ en s*inclinant pro/bn<E^mail. Après le défilé, Mgr se plaça sous u^ magnifique dais porté par quatjre curés de campagne, rey,eslus de chappes, et entr.a en ville. Depuis la porte du Foix jusques à la cathédrale, toutes les rues estoient tapissées. 1er hoiurgeoà tout Us armes ' formoient une haie continuelley ce qui servit beaucoup pour écarter le peuple et empêcher la confusion qui seroit arrivée à cause du grand concours de monde qui es toit venu des villes voisines pour assister à ce^te cérén^onie. Quand on arriva h la cathédrale, le prieur-curé eut Thonneur de recevoir M. de Blois et de le mettre en possession avec les cérémonies ordinaires ; puis lui fit une belle harangué à laquelle le prélat répondit si juste qu*on ne pouvoit pas mieux. EntrQ autres choses, comme le prieur lui avoit recommandé le soin et la conservation de son église, M. de Blois lui dit fort bien sur ce^ article gx^on reconnoUroit dans la suite que la gloire de la seconde mpison surpassert^it celle de la première '. On entra dans le chœur. L'evesque baisa l'autel, dit l'oraison de S^nt-Louis, et puis alla sur son thrône. Les chanoines se mirent k droite. Du côté gauche, le prieur de Saint-Laumer ayant pris la première place, celui de Bourmoyen Varresta de la matn, et protesta devant un notaire qu'U ne çédoit que pour éviter le trouble et le scandale. Le prieur de Saint-Laumer protesta , au contraire , qu'il prétcndoit user de son droit ^ et s'assit sur la première phaise '. Tout le monde estant placé, M. de Blois cntpniia le Te Deum,
* C'était la garde nationalp de l'époque. La veille, la municipalité avait pris ud arrêté enjoignant aux bourgeois de se rendre exactement à la fête, sous peine de 20 sous d'amende.
* Allusion à un passage de l'Écriture-Sainte.
' Ce débat scandaleux ne doit point étonner. Souvent, à l'occasion d«t préséances, le lieu saint fut proCané par dos rixes et voies de fait ; les protostations notariées étaient les actos les plus modérés en paroil «HM.
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qui fut chanté par la musique. On chanta aussi un motet pour le Roy. Mgr ayant donné sa bénédiction, on publia les indulgences. Mgr fut reconduit h la sacristie, et de Ih en son palais épiscopal. Dans la cour du dit palais étoit un grand bûcher de joU; les bourgeois en annes se rangèrent autour, et M. le maire mit le feu audit bûcher, qui se consuma aux acclamations du peuple. Ensuite le maire alla prendre congé de Mgr, lui demanda s*il étoit content, et le prta de swppléer '. Fws chamn » retira chez soy,
henx ans après (10 décembre OOO), les ducs d'Anjou, de Bourgogne et de Berry, petits-fils de Louis XIV, passèrent à Blois; le premier allait prendre possession du trône d'Espagne, que venait de lui conférer le testament du dernier roi. La ville fit à ces princes une réception ainsi décrite par le procès-verbal :
Les habitants sous les armes formaient une double haie dopais le commencement de la rue de la Chaîne jusqu'à la Galen; ils avaient eu la précaution de rabattre les chiens et d'ôler les pierres do leurs fusils pour prévenir les accidents. Me$$ie\irs de «tUe avaient fait élever deux arcs de triomphe, Tun à la porto du pont, l'autre h l'hôtel do la Galère où le roi devait descendre; ils attendirent le roi d'Espagne et nos seigneurs ses frrres à l'entrée du pont, et leur furent présentés par le maître des cérémonies. M Dmillon, maire, à la tête dudil corps do ▼ille, ayant pris des mains du clerc de ville les clefs d'iceUo, les présenta au roi, et ensuite le haraiigua p ne harangua point j les princes, parce que le maître des cérémonies dit qu'ils ne le
I souhaitaient. Après quoi, les échevins présentèrent un dais
dcrantla portière du carrosse; le roi ne descendit point; mais
' Formule antienne d'excuse.
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cela n'empêcha point quo le dais ne fût porté par les échcTins devant le carrosse jnsques à f hôlol de la Galère. M. le maire et les ««très officiers du corps de yille accompagnèrent le roi, se tenant aux deux côtés du dais et evdcoiit le peuple <mx aedama- Uons,
Le roi étant descendu de carrosse devant ledit hôtel, et monté dans son appartement, Messieurs de ville firent à S. M. des présents ^ui étaient composés de quatre douzaines de bouteilles de vin et de trois corbeilles, dont Tune était remplie de raisins, la seconde de 14 livres de massepain, et la troisième de 6 livres de biscnit. On alla ensuite faire les présents de ville à nos priaces les ducs de Bourgogne et de Berry, qui logèrent à Tabbaye de Saint-Laumer. On fit porter les corbeilles par des jeunes gens de famille, qui s*en firent honneur. On observa de 8*habiller tout do drap noir, parce que la cour était en deuil. La ville alla «ussi complimenter les ducs de Noailles et de Beaur vilUers-Saint-Aignan, auxquels on fit le présent ordinaire de chacun deux douzaines de bouteilles de vin. Comme M. Desgranges, maître des cérémonies, avait pris la peine de présenter messieurs de ville et de les informer de ce qui se devait faire, ils allèrent en corps le remercier et lui offrir un cadeau. Pendant toute la soirée, les fenêtres des habitants furent illtvmiaée3 par deux chandelles du poids de chacune un quarteron, mise^ à phaq.ue fenêtre, suivant qu*il avait été régie p^r ordonnance du conseil de ville *.
Les princes furent ainsi fêtés sur toute leur route. L'ayèn^ement du duc d'Anjou au trône d'Espa* gne engagea la France dans une longue lutte contre les puissances coalisées. Au cours de cette guerre, Louis XIV envoya à Blois plusieurs convois de prisonniers étrangers, notamment, en 4705, deux
' Cette ordonnance inOigeait une amcadc de 20 livres à quiconque manquerait d'illuminer.
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cents soldats itatiens , que Ton déposa dans la tour Beauvoir \
Les malheurs qui attristèrent la fin du grand règne se firent sentir à Blois ; le cruel hiver de 1799 gela les vignes des Grouets et de la Sologne ; ce sinistre, qui frappait la principale culture du pays, ruina beaucoup de propriétaires. Les faux dégels firent périr tous les blés de Beauce ; on fut obligé de labourer de nouveau les terres de la sole à blé, pour les ensemencer aux mois d'avril et de mai ; le froment, devenu très rare, s'éleva au prix énorme de 50 fr. le setier.
De fréquentes disettes suivirent ces grandes calamités. En 1 738, année où le blé était hors de prix, il se forma, sous la présidence de M. de Oussol, évèquO) un comité chaîné de lapprovisionnement de la vîHe. Le sieur Martin, bourgeois, membre d'ooe ancienne fimiille de Blob, fut envoyé à Nantes pour foire des achats considérables de grains ; le comité, qui se réunissait toutes les semaines, entretenait avec son délégué une correspondance suivie. Le roi avança 50,000 liv., que la ville restitoa au bout de deux ans ; on établit des greniers publics où la vente se faisait deux fois la semaine, suivant un arrêté ainsi conçu :
• Le blé de Bretagne demeure fixé à 9 1. 10 s.
' Registres de la ville.
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i^ HiSTOlBfi
» le setier, et le blé de Zélande à 10 1. Le mercredi, » il ne sera vendu que du blé de Zélande , et le if samedi, que de celui de Biretagne ; le tout jusqu a . n concurrence de 40. muids p^ir chaque jour de 9, vente , ce qui fera SO muids par sem^ç. D ne « sera point débité plus de S4 boisseaux à la mè-r » me personne, »
La ville ûit approvisionnée (jie cette qianière pen-r dant deux années. Outre les blés de Bretagne et de Zélande, on en fit venir aussi du Bourbonnais ; M. de Crussol employa son crédit auprès de Tin^ tendant de la généralité de Mouliqs, pour les obtenir à meilleur marché.
Au cours de cette disette , la ville , malgré sa pénurie, s'imposa de nouveaux sacrifices à l'occasion du passage de Madame de France, sœur de Louis XV. Dans le cortège qu^alla au devant d'elle, on ren)arquait, dit le procès-verbal, deux compagnies de cavalerie composées de la plus belle jeunesse de la ville, fuibillée en uniforme, précédée des timbale liers et des trompettes de la ville.
Madame la-Dauphine vint ensuite (474«H). La lettre du roi , annonçant soft arrivée, portait cette recommandation expresse: « Une ville comme » Blois doit faire les choses comme il faut. Si elle » ne se distingue pas dans le mieux , elle doit » au moins ne pas s'oublier. » L'administration tint compte de lavcrtissemenl , et dépensa 2,589