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ines pour la réception , qui fut très brillante, Â la naissance du duc de Bourgogne (1 751 ), on 4ota deux filles pauvres» chacune de 300 livres; Fallè» gresse publique ne pouvait mieux sie manifester que par ces 4Ctes de bienfaisance* Le rigoureux hiver de l^à même année nécessita des charités extraordipaires. La commission instituée en 1738 se réorga^ ms^i M. de Grussol rendit de nouveaux services à k ville.
Le règne de Louis XV et de ses favorites, si dé-? plorable sous tant d'autres rapports, eut quelques l)OQs résultats pour nos contrées. La possession du château de Menars attira dans le pays madame de Pompadour, dont la bienfaisance y a laissé d'honorables souvenirs ; la route qu'elle fit ouvrir de MeqarsàBlois arendu sa mémoire populaire; l'établissement de cette importante communication est en effet un titre légitime à la reconpaissance des habitants. Sftn frère, le marquis de Marigni, gouverneur^ du château de Blois, obtint du trésor royal des allocations considérables pour divers travaux d'utilité publique exécutés dans la province.
La population blésoise prit part aux controverses religieuses et politiques du dernier siècle. Le jansénisme , protégé secrètement par M. de Caumartin, évèque^ comptait à Blois un grand nombre de prosélytes ; la bulle Unigenitus y rencontra une assez vive opposition, dans les rangs mêmes du cler-
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tm HISTOHtE
gé. Le fameux diacre Paris, coryphée du nouveau parti, eut aussi d'ardents zélateurs; une circonstance locale contribua surtout à cette vogue passagère : Tabbé Pommart, curé de Saint-Médard de Paris, fiit eidlé à Rlois pour avoir encouragé les bizarres pratiques des oofwuhiommreê qui se réunissaient dans le cinietière de sa paroisse sur le tombeau du diacre vénéré ^. Le pasteur proscrit, stimulé par la persécution, excita le zèle des Jansénistes blésois pour le patron des convulsionnaires ; et bientôt on entendit parler de miracles opérés par Tintercession de saint Paris ; telle fut la guérison subite du fils de M. Texier, président du bailliage; cette anecdote [M^uve que le Jansénisme eut des partisans déclarés dans la haute bourgeoisie de Blois. On fit grand bruit aussi de la cure merveilleuse d'une veuve Mercier de Moisy ; le nécrologe des plus eéièbre$ amis de la vérité *, attribue à cet événement plusieurs conversions au Jansénisme, opérées dans le pays. Les partisans des nouvelles doctrines trouvèrent
' Pour mettre 6d à ce pèlerinage, parfois tumultueux ou indécent, Tautonté ordonna b fermeture du cimittière de Saint-Môdar<l ; un plaisant écrivit alors sur la porte le fameux distique :
De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.
Dans un pays où Tanne du ridicule est si puissante, cette saillie fut une bonne fortune pour les adversaires du jansénisme, et contribua beaucoup à déconsidérer la secte des convuUionnaira.
^ Recueil d*anccdotcs favorables au jansénisme, (. H, p. 8.
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ta BLOIS. 161
dans M. de CrussoU sueceôBeiir de M. de Caumartîn, un adversaire déclaré; la réaction Ait instantafiée et vid^te, coomie le dènontare ee passée du même nécrologe ':
« M. Bfergottm , chapelain de Féglise Saint-
> Honoré de Blois, supérieur des religieuses de la » Visitation , avait exercé tranquillement ces di- » Torses fonctions soua MM. de Bertier et Caumar*- • tin ; mais M. de Crussol lui retira ses pouvoirs^ et
> rdbligea m^e de quitter la maison du confesseur >de la Visitation. Dès-lors, personne du clergé»
> soit séculier » soit régulier, ne le voyait ; les sim-
> pies clercs même évitaient de lui parier. Ce n'est >pas qu'il ne fôt estimé de la plupart; mm son
> approche avait quelque chose de funeste pour la
> fortune; c'^'t un crime que la cour épùcopalene ^ffianquaUpas deptmir. Quels reproches n'ont pas
> eu à se faire plusieurs ecclésiastiques qui ont re-
> fusé d'ent^odre sa confession , quoiqu'il tes priât «avec instance, et qu'il offiit de prendre toutes
> précautions possibles ! Il mourut dans une pai- » ^ble agonie, le 38 décembre 4 762 , mim des sor
> erementa que Févèque finit par lui accorder. Tout
> le dergé de sa paroisse se fit un devohr d'assister
> à ses funérailles; mais il n*y parut aucun autre » ecclésiastique ni religieux. Il y eut bailleurs beau- » coup de lîttcs de l'un et de l'autre sexe, et de tout
• T. VI, p. 186.
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» état. On disait avant Tentarement (^'ùn y con^ » naUrait tous le$ Jumsémstes de BUns: on a dû dire » après, que ces prétendus J^m$éni$te$ ne êoM pas en » H petit nombre. »
En 1768^ les Jansénistes virent avec utie indicible joie l'expulsion des Jésuites qui possédaient le collège de la ville depuis 16S4; cet événement fut pour eux un véritable triomphCi. Leuf secte opiniâtre continua de se soutenir à Blois, malgré les censures ecclésiastiques. Au momeût de la révolu^ tion, la magistrature et là bourgeoisie blésoiâes comptaient encore un certain nombre de zélés Jan*sénistes ^i ne dissimulaient pas leurs opinions.
La cause des parlements^ quoique liée à celle du Jansénisme, ne trouva pas les mêmes sympathies dans le paysblésois; nos pères, aitais de l'ordre» redoutaient les suites d'une lutte passionnée, et ne purent qu'approuver les édits portés contre des corps dangereux ; d'ailleurs ils se trouvèrent associés par des motifs d'intérêt local aux coups d'Etat du chancelier Manpeou. Une ordonnance de février 1771 réduisit à un territoire peu étendu le vaste ressort du parlement de Paris, et répartit les provinces distraites entre six nouvelles cours, appelées conseils supérieurs ; un de ces sièges souverains fut placé à Blois^ Des considérations politiques déter^ minèrent le choix de cette résidence : le calme des habitants, leur résignation habituelle aux faits
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accomplis, leur attachement au pouvoir et le* froideur pour les parlements, oflraiebt des garanties cpie le ministère n'eût peut-être pas trouvécf^ dans d'autreis villes, plus l^onsidérables sans doute, màb animées d'un esprit tout différent; enfin il pouvait compter sur les sympathies intéressées d'une cour souveraine étafclie depuis long-temps à Hois : notre chambre des domptes avait donné plusieurs gages de fidélité et de dévouement ; le chancelier voulut récompenser ses magistrats, en joignant à leurs offices les charges de la nouvelle .cour ; moyen assuré de rallier les anciens titulaires.
Le conseil supérieur de Blois remplaça le par-lement de Paris, et jugea tous les appels des bailliages de Blois, Amboise, Tours, Langeais, Saumur, la Flèche, Laval, le Mans, Mamers, Mayenne, Angerfej Beaugé, Châteâu-du-Loir , Château-Renault, Ghâteaudun^ Chiuon, Loches, Châteauroux, Vierzon , Romorantin , Bourges, Mehun-sur-Yèvres, Dun-le-Roi, Concressault.
Le personnel répondait à l'importance du tribu* nal et à l'étendue de son ressort, bien plus vaste que n'est aujourd'hui la circonscription d'une cour royale; il se composait d'un premier président, deux présidents, deux conseillers^ deux avocats gé^ néraux, un procureur général et deux greffiers; ces nouveaux magistrats, presque tous choisis dans la chambre des comptes, cumulèrent les deux fonc-
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164 HISTOIRB
ti§sx$. Ainsi s'établit , sans nulle seccmffîe » uae juridiction qui , placée à Orléans ou à Tours » aurait pu soulever de violents orages : à Blois, elle s'eucar dca naturellement dans la chambre des couiptos» et la fusion des deux cocupagnies réalisa les vues ô^l pouvoir. Toutefois le consâl supérieur rencontra quekpie opposition dans le pays. La minorité parlamentsôre se prononça avec éne^îe. Le bailliage db Biais fit difficulté d'enregistrer l'édit; {Jusiews membres récalcitrants , entre autres M. Druillon , lieutenant-général , donnèrent leur démission. Le conseil fut en butte aux quolibets de ses mnemis; les couplets suivants d'une chanson de l'époque attestent la licence et la grossièreté du sarcasme:
Dès que le souverain conseil Sortit ayec grand appareil, Nos ânes voyant main conCrère»
Se mirent aussitôt à braire ; On comprit qu'en disant : hi^ han , Ils voulaient entrer dans les rangs.
Ils avoient tous pour eux la voix.
Il fallait pourtant faire un choix ; Pour éviter la bigarrure , Parmi cette magistrature ^ Les rouges furent les élus ; Car leur couleur convint le plus *.
Le conseil supérieur, composé de magistrats la plupart irréprochables , méritait d'être traité plus sérieusement. Cette institution trop dénigrée fut
^ AlUitioQ i la robe rouge que portait cotte compagaio touverainc.
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pour la ville une source d'avantages matériels , qui rélevèrent à la hauteur des grandes cités , et firent revivre un instant les beaux jours de Fancienne résidence royale. De tous les points du ressort, depuis Angers, le Mans et Bourges, les plaideurs, les avocats, les procureurs, affluèrent dans nos murs ; de nouveaux hôtels s'ouvrirent pour recevoir cette masse extraordinaire d'étrangers. La haute bourgeoisie s'augmenta de plusieurs familles distinguées. Quelques mois s'étaient à peine écoulés, et déjà les loyers avaient doublé dans les principaux quartiers. Les environs du palais prirent alors un aspect parlementaire. Les manières aristocratiques, les habitudes luxueuses de la magistrature souveraine contrastèrent avec la «implicite des mœurs blésoises. Enfin la ville offrit un mouvement, une animation inaccoutumés ; probablement elle aurait subi une transformation brillante, si l'établissement eût été plus durable.
La population appréciait justement tous ces avantages ; aussi ne faut-il pas s'étonner de voir rassemblée de ville, sur le bruit inquiétant de la translation du conseil à Tours, députer au chancelier Maupeou deux échevins pour en obtenir la conservation. La délibération (du 25 novembre 1772) provoquée par M. Hurault, marquis de Saint -Denis -sur- Loire, premier échevin , était accompagnée du placet dont la teneur suit :
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tM BISTOIRË
A M. le chancelier,
Les maire et échevins de la ville de Blois, ont llionneur de représenter a votre Grandeur que, de tous les bienfaits qu*elle a reçus de Sa Majesté et des rois ses prédécesseurs, il n*en est point de si avantageux que celui de rétablissement d*un conseil supérieur qu'il a plu au roi et à vous Monseigneur, de fixer dans notre ville ; mais, au moment où tous nos citoyens se félicitaient de rimportance de ce bienfait, il s*est répandu un bruit public qui les a plongés dans la plus grande consternation. Tout nous annonce eiTectivemeut , Monseigneur, que S. M . est presque déterminée à transférer à Tours un tribunal sur lequel nos habitants fondaient leurs plus flatteuses espérances. Notre ville, qui ne renferme dans son sein aucune manufacture ni commerce intéressant, ne subsiste que sur des fonds de vignes, et souvent la production en est détruite par rintempérie des saisons dont nous faisons depuis long-temps Texpérience. L'établissement d'un conseil supérieur procurait k nos citoyens de nouvelles ressources: mais si, par le plus triste des événements, elles leur étaient enlevées, notre ville se trouverait en quelque sorte comme anéantie , et ne serait pas à beaucoup près ce qu'elle était auparavant, par la raison que cette translation lui enlèverait ses meilleures familles ; c*est pour prévenir un pareil malheur que les exposants, justement alarmés, ont cm devoir faire assembler les notables, lesquels ont pris une délibération tendant ë ce qu'il vous plaise. Monseigneur, obtenir de Sa Majesté que le conseil supérieur dont elle a bien voulu honorer notre ville, y soit conservé ; tout nos citoyens, et nous particulièrement, ne cesseront de rendre ao Tout-Puissant d'immortelles actions de grâces sur l'importante faveur qu'il aura pin au meilleur des rois et au plut digne chef di la magiiiraiure de nous accorder !
Le chancelier Maupeou eut égard à cette flatteuse supplique, et n'opéra point la translation
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projetée; mais bientôt le changement de règne et de politique vint abolir pour toujours une institution éphémère. Un des premiers actes de Louis XVI fut de réintégrer le parlement de Paris dans son ancienne autorité. Notre chambre des comptes ellemême expia cruellement sa soumission au chancelier Maupeou ; cette juridiction si ancienûte fut supprimée en même temps que le conseil supérieur. Blois perdit alors Téclat momentané que lui avait donné la réunion imposante de deux cours souveraines ; le triomphe des parlementaires vint tout-àcoup arrêter Tessor de sa nouTeUe prospérité, briser violemment une foule d'intérêts particuliers, priver plusieurs familles blésoises de positions avantageuses, enfin, compromettre les notabilités du pays, liées par une sorte de solidarité au système Maupeou. Cette perturbation subite produisit un mécontentement général qui développa les idées d opposition politique; nos pères se souvenaient encore des rigueurs du pouvoir, lorsque le grand mouvement de 89 vint stimuler leur zèle pour la réforme des abus.
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CaAVRBK IX.
•LMS FmftAlIT LA BÉTOUITIOII.
Gkerté des gniis.— Ban tnit de bvoisier. — CmumbcomU de b Kér»- Itttion. — Fête de U fédéntion. — Sedétés pepnlaires. — Éaefttes. — Prêtres insermentés. — Séances da dnb. — Passages de Yolontaires. — lodération des habitants. — La lonicipalité au prises arec les aitres corps constitaés.— fission de Tallien, représentait da penple. — Règne de la Terreor. — lission de Carra. — Fêtes r^iUicaiies. — Gnlte-KaisM. Kssion de Giimberteu; éptratiois. — Emprisonnements de snspects. — Fasilladede prisonniers Tendéens. — Victimes de la Terreur. — Émigration.— laiimMm.— -lission de (amier de Saintes. —Fêle de rEtI^ Snpfféme.— lission de Ferry.— Fin de la Terrev. — Bisette, et tronUes di marché. — lission de Lanrençot. — Ession de Semtre. — Amnistie accordée anx réToIntionnaires.— Élections de Tan IV. — Fêtes du Directoire — Destitation de la Innicipalité. — ChoBannerie.-— liens
■MQl
La génération actuelle connaît sans doute l'ensemble historique de l'époque mémorable qui fera
le sujet de ce chapitre; mais elle ignore ou ne sait qu'imparfaitement les circonstances locales ; et si quelques vieillards les racontent encore de visu 9 lage de ces témoins rend leurs souvenirs de plus en plus incertains. Pour rétablir l'exactitude des faits, il est indispensable de remonter aux sources, d'exhumer les récits officiels, pages colorées où revivent les passions, les événements, les hommes d'autrefois ; car, si les traditions orales s'altèrent ou s'effiicent , les documents écrits restent, toujours vrais, toujours impartiaux. Du reste nous éviterons, autant que possible , les noms propres qui pourraient réveiller de pénibles souvenirs : notre intention est d'exposer simplement les £aits, et non de choquer les familles ; toute personnalité blessante serait indigne de l'histoire, et d'ailleurs surchargerait inutilement un chapitre déjà fort étendu.
Le désastreux hiver de 1788 à 1789 semblait présager les malheurs de la révolution. Un froid excessif et prolongé désola les populations ; la Loire demeura entièrement gelée pendant plus de deux mois ; une terrible inondation, produite par l'engorgement des arches du ponU obstruées de glaçons, suivit la débâcle. Le fauboui^ de Vienne, entièrement submergé, éprouva des pertes considérables; les blés du val furent détruits, et bientôt cette perte réagit sensiblement sur les cours du marché. Une effervescence général (entravait le
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ni HISTOIRE
commerce des grains, dont lelransportmêmetf était pas sans danger ; phisieurs voitures venant à Blois furent arrêtées et pillées ; les fermiers de Beauce, les uns par spéculation, les autres par crainte, cessèrent d'approvisionner suffisamment notre halle ; enfin la rareté des arrivages menaçait la ville d'une prochaine disette.
Cependant les trois ordres du bailliage se réunirent à Blois pour nommer les députés aux États- GénératMc. La misère publique contrastait péniblement avec la présence de cette grande assemblée, aux opérations de laquelle se rattachaient les vœux et les espérances du pays. Tous les cœurs ne furent pas insensibles aux souffirances du peuple; un membre de la noblesse, entre autres, fit preuve de désintéressement et d'humanité. Lavoisier, seigneur de Fréchines, qui joignait à l'illustration de la science le mérite plus rare des vertus morales, prêta sans intérêt 50,000 francs à la ville de Blois pour acheter des blés'; la municipalité reconnaissante offrit les droits de cité au généreux étranger qui traitait les Blésois en compatriotes *; Lavoisier accepta avec bonheur ce titi'e modeste, et devint citoyen jde Blois par droit de bienfaisance. La lettre affec- ]tueuse par laquelle cet homme distingué répon*
' Lavoisier fit ce prêt peadant son s^our dans notre ville, où il /était venu voter avec la noblesse, en qualité de sei^eur de Fréchines, terre située aux environs de Blois.
' Délibération du 15 avril 1189.
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DI BLOIS. 17t
dit à l'adresse municipale , existe aux archives de la ville ; la transcription textuelle de ce document confirmera le souvenir d'un fait exemplaire :
Messieurs, rien ne pouvait me flatter davantage que le titre honorable de citoyen de Blois que vous venez de me déférer, parce qa*il est Texpression du sentiment. G*est un nouveau lien qui m'attache à votre province et à votre viUe ; BlOis devient pour moi une patrie d'adoption , qui ne m'est pas moins chère que celle qui m'a vu naître. Recevez, Messieurs, le serment de fidélité que je prôte entre vos mains en acceptant le titre do votre concitoyen. Toujours vos intérêts me seront chers ; toujours je me ferai un devoir de les soutenir, si les circonstances m'appellent à les défendre. Je suis avec un profond respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur, Lavoisier.
Les 50,000 francs de Lavoisier servirent à approvisionner nos marchés, et sauvèrent Blois des horreurs de la famine. Dans Tétat de pénurie et même d'insolvabilité où se trouvait la ville, le bienfaiteur ne pouvait compter sur un remboursement ; le titre de prêt n était de sa part qu une manière plus modeste de donnier ; en effet la somme fut intégralement perdue pour sa famille qui n'exerça d'ailleurs aucun recours contre l'administration.
Les événements politiques firent oublier un sacrifice dont nous sommes heureux d'avoir retrouvé et de pouvoir livrer à la reconnaissance publique la pièce justificative ^ L'époque dans laquelle
' Ce préeieux autographe était égaré dans un ri^gistrs de la fille, Où VoB ne soupçonnait pas son existence.
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172 HKTOIRE
BOUS entrons offre des souvenirs tout différents; car on verra bientôt les passions révolutionnaires prendre la place des vertus civiques.
La prise de la Bastille excita dans les provinces tin mouvement général ; partout aussi on sentit le besoin de prévenir des troubles imminents. Les notables de Blois organisèrent alors un comité permanent; cet utile auxiliaire de l'administration municipale, présidé par M. de Maupas, lieutenant de roi, et composé des principaux magistrats et habitants, devait, suivant Farrété de fondation, veiller au maintien de Tordre, à Tapprovisionnement des marchés, à la police des subsistances, à la discipline et au service de la garde nationale : il s'occupa activement de ces divers objets auxquels les circonstances donnaient une gravité particulière. Le jour même de son installation (22 juillet 1789), il mit sur pied la nouvelle garde nationale, et lui assigna deux postes, Tun en Vienne, Tautre au Foix. Pour empêcher le. mauvais usage de la poudre, il défendit d'en vendre aux gens de la campagne (arrêté du 26 juillet); quelques jours après, on le voit écrire au ministre Necker une lettre de félicitation sur son rappel inattendu.
L'insuffisance de la récolte, et les vives alarmes causées par les événements politiques, avaient considérablement élevé les cours du marché de Blois et restreint les arrivages ; le comité, pour assurer
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DE BLOIS, m
rapprovisionnement, établit un second marché fixé au mercredi, et alloua une prime de six livres par muid de blé conduit à Tun ou à l'autre. Après avoir institué ces salutaires encouragements , il écrivit aux curés des paroisses de la Bcauce, pour réclamer le concours de leur influence sur les laboureurs et les fermiers ; car, est-il dit dans cette lettre : « Si
> les détenteurs de grains refusent d'amener au
> marché, ils s'exposeront à voir le peuple de Blois
> se porter en foule à leurs domiciles et enlever les
> gerbes de leurs granges, comme il menace haute- » ment de le faire ". »
Le deuxième marché cessa au bout de quelques mois; le comité qui Pavait établi, n'eut lui-même qu'une très courte durée, et fut bientôt remplacé parles sociétés populaires; malheureusement ces nouveaux conciliabules ne conservèrent pas toujours la sagesse de l'institution primitive.
A la fin de 1789, l'affaire de Théodore Mahy, marquis de Favras, issu d'une des plus anciennes familles de la ville, préoccupait tous les esprits ; la mort malheureuse de ce personnage affligea profondément les parents et les amis qu'il avait laissés à Blois.
Avec la révolution commence une série de fêtes patriotiques, bien différentes de celles qui jadis s'adressaient à l'ancienne monarchie; la première,
' Procès-verbal de U ftéaace du 31 juillet 1789.
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dite la Fédération, eut lieu à Blois, le 14 juillet 1790, jour anniversaire de la prise de la Bastille. Quelques jours auparavant, les dames de la ville vinrent offirir elles-mêmes à la municipalité un drapeau qu'elles avaient fait bénir solennellement dans Téglise cathédrale. Toutes les gardes nationales du département furent invitées à la Fédération ; la plupart y envoyèrent des dépu talions. Voici les principales circonstances de cette grande solennité:
Âujourd*hui, 14 juillet 1790, nous, maire et officiers municipaux de la viUe de Blois, nous sommes transportés, revêtus de nos ëcharpes, dans la forêt de Russy, au climat du Parc Genty, sur un emplacement faisant autrefois partie du chemin de Clénor, à reflfet d'assister au pacte fédératif du département do Loir-et-Cher. Bientôt une salve d'artillerie a annoncé l'arrivée de l'armée composée de la maréchaussée, d'un détachement du Royal 'Craivate*^ des gardes na^ipnales , et dix Royal-Comtoû*, Après que MM. de TÉtat-Major nous eurent fait le salut, nous nous sommes placés au centre, d'où nous avons été conduits à gauche de l'autel de la patrie; MM. du département et du district occupaient la droite. Les drapeaux ont été bénits; puis la messe a commencé au bruit d'une salve d'artillerie ; une autre a été tirée pendant l'élévation, une troisième après la messe. Alors M. le président de l'assemblée fédérative, montant à l'autel, a fait à haute voix la lecture du serment, et en présentant répée sur l'autel, a dit : Je le jure. Tous les habitants ont répété les mômes paroles. Après le défilé des troupes , les autorités
* Régiment de cavalerie alors caserne au ohàteau de Chamhord.
* Régiment d'infantorie en garnison à Blois.
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te sont retirées; des tentes avaient été dressées aux alentours; les députés à la fédération ont été invités à y prendre un rafrMiissemetU simple et frugal, mais préparé par r amitié, etc.
Deux clubs se formèrent à Blois au commence-* ment de 1 791 , l'un dit des Amis de la Constitutiony Fautre appelé Société populaire; ce dernier prit pour devise: Vivre libre ou mourir; ses membres portaient à leur boutonnière le ruban national. Peu d« temps après, les deux sociétés se réunirent en une seule, qui conserva le titre d'Amw de la Consti-lutton, et siégea d abord dans une des salles de Tabbaye de Saint-Laumer, puis dans l'église des Jacobins. Les curieuses délibérations de ce club, consignées sur deux registres, présentent toutes les phases des idées révolutionnaires de 1791 à 1794.
Aussitôt après son arrivée dans nos murs, Févèque constitutionnel Grégoire fut reçu membre de la société populaire ; la première fois qu'il y vint, le président lui céda le fauteuil par déférence (27 mars 1791), Une élection l'appela ensuite à ce poste; le procès-verbal de son installation prouve la vivacité des sympathies que le prélat inspirait aux sociétaires ;
Aujourd'hui, 13 novembre 1791, à 5 heures du soir, nombre de sociétaires, accompagnés d'une multitude de citoyens, ont été chercher M. Grégoire à son palais épiscopal. La salle était illuminée de tous les côtés et ornée de guirlandes ; les bustes couronnés du grand Mirabeau et du philosophe Jean*Jacques
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en faisaient le plus bel ornement. A Varrivée de .M. révoque^ tous les spectateurs enchantés et attendris, gardèrent d*abord le plus profond silence; mais réveillés par Tair chéri Ça tro, ils flrent bientôt retentir la voûte des cris de Vive Grégoire /A 6 heures, la séance étant ouverte, M. Tévêque, qui la veille avait été nommé par acclamation président , se préparait à monter au fauteuil, quand un jeune patriote, porté par un des deux grenadiers de la garde nationale qui étaient à ses côtés, lui a posé sur la tête une couronne de chêne. On a bien jugé, à sou embarras et à sa rougeur, combien sa modestie souffrait; mais rassemblée n*en a pas moins recommencé les cris de Vive Grégoire^ et la musique, Tair de Ça ira, etc., etc.
La société compta d'abord dans son sein les hommes les plus honorables du pays; sur la fin de 1 791 , nous trouvons parmi ses membres M. Alexandre de Beauhamais, député de la noblesse blésoise aux États-Généraux; son collègue, Tavocat Dinochau, de Blois, fut reçu le même jour.
Plusieurs dames faisaient partie de la société; elles y assistaient dans une galerie réservée ; mais elles n'avaient pas le droit de porter le ruban distinctif. Non contentes de leur admission au club mixte, les Romaines de Blois en formèrent un pour elles seules, et sans doute ce ne fut pas le moins tumultueux.
Lorsque Louis XYI eut accepté la constitution de 4791, notre société populaire lui adressa de vives félicitations. La municipalité suivit cet exemple; mais une expression , peut-être involontaire, de son adresse, motiva, de la part du club, un blâme
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aiofli formulé : « Nous ne pouTons qu'improuyer le
> mot de svgets qui se trouve dans l'adresse de f la municipalité ; nous respectons en vous le chef » suprême du pouvoir exécutif, mais nous ne vous » reconnaissons point pour notre souverain ; nous
> sommes les sujets de la loi, mais nous sommes t libres, etc. » Ce germe d'opposition prendra bientôt un nouveau développement, jusqu'à ce qu'enfin le club déclare guerre ouverte à la municipalité.
L'assemblée législative reçut plusieurs adresses de la société populaire ; une entre autres, rédigée par Grégoire, demandait qu'à l'avenir la charge fût battue au son de Vair chéri de Ça ira.
Différentes émeutes vinrent troubler à cette époque le cahne ordinaire de la ville. Le 1 3 septembre 4789, des ouvriers étrangers, sous prétexte de la cherté du pain, insultèrent les officiers du Royal-' Cmtm; ces braves militaires parvinrent à rétablir l'ordre sans effîision de sang. Leur régiment, qui était en garnison à Blois depuis 1788, avait déjà rendu à la ville des services signalés.
Pendant le grand hiver, il ouvrit généreusement au public ses greniers pleins de farines demunition. Ensuite les troubles causés par la cherté des grains hii donnèrent plusieurs occasions de maintenu* l'ordre et de réprimer l'émeute. Il eut aussi le mérite de rester soumis à ses chefs, alors que l'indiscipline
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m HISTOIRE
la plus effrénée régnait au sein de Tarmée ; la mu^ nicipalité rendit compte à rassemblée nationale de cette conduite exemplaire '. Le Royal-Comtois quitta Blois vers la fm de 1790, emportant les regrets de la population ; peut-être, s'il fût resté plus longtemps, aurait-il préservé la ville des désordres qui suivirent son départ. Le 58® de ligne remplaça ce régiment estimable ; mais il était animé d'un tout autre esprit, et quelquefois, loin de s'opposer à l'insurrection, il fraternisa avec les perturbateurs.
Cependant le parti révolutionnaire commençait à s'agiter ; ses premières hostilités , dirigées contre l'autorité municipale dont la modération lui portait ombrage , déterminèrent le mouvement séditieux constaté par le procès-verbal suivant :
Le 17 juillet 1791, à neuf heures du soir, sont comparus plusieurs gardes nationaux sous les armes, qui nous ont amené la demoiselle N. . .poursuivie par la clameur populaire. Bientôt la multitude a envahi le vestibule de l'hôtel de ville; nos exhortations n*ont pu éloigner les factieux; ils nous ont répondu que nous soutenions les aristocrates par notre bonté et notre faiblesse, qu'ils voulaient avoir ladite demoiselle, qu'ils l^wrrachê^ raient de nos mains et la fouetteraient malgré nous. Nous étions bloqués par le peuple qui observait la seule issue d'où nous pussions demander du secours et requérir la force publique. Enfin nous sommes parr enus à faire approcher des détachements de la garde nationale qui, sans effusion de sang, ont forcé le peuple à évacuer l'hôtel de ville ; mais les rebelles se sont tenus dehors jusques à plus de minuit que la cavalerie réussit à les
* Dél ibéra lion «t adresse du 10 septembre 1796.
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DK BLOtS. 179
disperser ; ensuite de nouveaux groupes se sont formés ; alors nous leur avons fait les sommations légales du haut des fenêtres de rhôtel de ville. A une heure du matin, le calme étant on peu rétabli, nous avons fait conduire la demoiselle aut prisons de la ville, escortée de plusieurs détachements d'infanterie et d'un détachement de cavalerie.
Le mois suivant, le second bataillon du 58® de figne se révolta pour obtenir la délivrance de quatre soldats condamnés disciplinairement à la prison ; le commandant intimidé les fit mettre en liberté ; c'était encourager les factieux. Vers la même époque, un escadron de cavalerie, en quartier à Blois» manifesta quelque effervescence.
Tandis que les symptômes de désordre matériel prenaient chaque jour plus de gravité, la situation ne devenait pas moins inquiétante sous le rapport religieux. La constitution civile du clergé, le serment imposé aux ecclésiastiques , le refus de M. de Thémines de prêter ce serment, exemple suivi par beaucoup de membres du clergé blésois; la retraite forcée de ce prélat, l'avènement de son successeur constitutionnel, Grégoire, et les changements opérés dans le personnel des curés , occasionnèrent une scission profonde \ Une partie de la population ne voulut point reconnaître les nouveaux ministres institués par Grégoire, ni assister i leurs offices; les chapelles des communautés,
' Voir pour plus dt détails le ch^ipitre de V administration religieuse.
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celle de THôtel-Dieu surtout, donnèrent asile aux prêtres insermentés et à leurs adhérents ; la municipalité ayant fait fermer ces lieux prétendus suspects (arrêté du 15 juin 1791 ), les fidèles se réfugièrent dans deux maisons particulières, situées rues Chemonton et Pierre-de-Blois : mais la police municipale ne tarda pas à découvrir leurs réunions clandestines; un jour elle y surprit Tabbé Yillain, ex-professeur de rhétorique au collège de Blois, disant la messe à 64 personnes de la ville'; Tarrestation de cet estimable ecclésiastique ne fit que stimuler le zèle du parti hostile à des innovations malheureuses.
Ces troubles furent les avant-coureurs d'événements plus graves. Le 29 juillet 1792, on publia dans la ville le décret de rassemblée législative qui déclarait la patrie en danger.
Le surlendemain de la fameuse journée du 10 août, les Blésois entendirent avec douleur et inquiétude proclamer la déchéance de Louis XVI et la suspension du pouvoir exécutif. Aussitôt^ l'administration départementale, celle du district et la municipalité, se déclarèrent en permanence.
Les enrôlements volontaires, qui se multipliaient chaque jour, occasionnèrent d'autres désordres. Des troupes de jeunes soldats arrivaient à Blois
* Proeës-yrrbal du 12 février 1703.
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de tous les points du département ; masses turbulentes qu'agitaient lenthousiasme et les passions de répoque. Les volontaires fraten^isaient aVec lei club; un jour qu'ils se présentèrent à cette assem-* blée, ik y obtinrent les honneurs de la séance; plusieurs discours, tous plus incendiaires les uns qae les autres, furent improvisés à cette occasion. Dans la même séance, un membre demanda : que, les citoyens devant tous se rallier sous f égide de la Uherté et de l'égalité, le mot de vous fui proscrit de la société. L'assemblée, persuadée, ajoute le procès-* verbal, que Von n'a/cait jamais dit vous aux Brutusy om Lycurgue et autres grands hommes de l'a/ntir* (fuitéj adopta unanimement cette motion, grave atteinte portée aux traditions d'urbanité ^
Le tutoiementy d'abord concentré dans l'enceinte du club, s'étendit bientôt à toutes les relations de la vie pubKque ou privée. Les termes de monsieur rt madams furent également bannis du vocabulaire républicain, comme entachés d'aristocratie : on ne les toléra plus même au théâtre, dans les pièces anciennes; pour complaire aux réformateurs de la civilité française, il fallut, jusque sur la scène^ appeler citoyens et citoyennes des personnages à l'égard desquels ces nouvelles qualifications étaient autant d'anachronismes. Des acteurs qui jouaient à Blois^
* Procès-vcrbaLdela séance du 5 aoùi 1792.
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ayant par mégarde fait usage des formules proscrites, encoururent le blâme sévère de Tautorité '. Telle était alors la susceptibilité des oreilles républicaines, que les expressions les plus inoffensives portaient ombrage aux fanatiques du parti démocrate.
Les enrôlements volontaires occasionnèrent des réquisitions de toute nature; les tailleurs, les cordonniers, et autres artisans de Blois, furent astreints à confectionner gratuitement les objets nécessaires à l'équipement des défemears de la pairie ^. Les registres du temps attestent la multiplicité de ces exigences; à chaque instant, la propriété et Tindustrie étaient mises à contribution pour Tentretien des armées républicaines.
Un autre sujet d'inquiétude^ qui paraît préoccuper sans cesse l'administration pendant la période révolutionnaire, c'est l'approvisionnement de là vitle ; en parcourant la série des actes municipaux, on voit souv^t la commune, menacée de disette, acheter des grains et les revendre à perte, indemniser même les boulangers pour ne pas taxer le pain jMroportionnellement au prix réel des grains ^. Les communes voisines étaient obligées, sous peine de fortes amendes, de fournir au marché de Blois la
* Délibération du t septembre 1792.
• Voir par exemple une délibération du 29 septembre 1792. ' Procès- verbal de la séance municipale du 8 messidor an ii.
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quantité de blé fixée par le district; chacune airait sa place marquée, de manière que la police pût vérifier aussitôt les quantités ; en outre, les possesseurs ie grains subissaient des visites et des recensements, dont la fréquence dénote les alarmes de Fadministration. Malgré l'activité et la rigueur de la police, les arrivages, comprimés par la crainte du désordre et du pillage, devinrent de plus en plus rares et insuffisants. Les propriétaires des environs , sommés de battre les gerbes de leur récolte, résistèrent à toutes les injonctions de l'autorité; on prit alors le parti d'envoyer sur les lieux un certain nombre de volontaires chargés de procéder eux-mêmes au battage; cette mesure, utile en soi, eut aussi pour bon résultat de délivrer la ville d'une partie des conscrits qui l'encombraient; mais bientôt les jeunes soldats, appelés sous les drapeaux, quittèrent le fléau pour saisir le nM)usquet et fépée. Les fermiers ne continuèrent pas une opérati<m qu'ils avaient subie à regret, et leurs granges se refermerait bientôt.
Le discrédit des assignats, la rareté du numéraire, et surtout les alarmes des vendeurs , élevaient de plus en plus les prix du blé et des autres denrées ; e^te cherté exe^sive fut la cause ou du moins le prétexte d'émeutes graves. Des gens mal intentioni^ se plaisaient à répandre les bruits les plus sinistres, annonçant partout, avec une feinte \nd\r
gnation, que les riches voulaienl faire mourir le peuple de faim. Excités par leurs propos incendiaires, les ouvriers des verreries de Montmirail (Sarthe), demandèrent à grands cris que le pain fût taxé à deux sous la livre; en moins de deux heures il se forma un attroupement de 200 hommes armés de fourches, de faulx, de sabres et de bâtons. Les chefs divisèrent la masse en deux colonnes ; la première fut dirigée sur Chartres, la seconde sur Vendôme. Les Jacobins de ces deux villes concoururent à la révolte, et les autorités épouvantées laissèrent foire. Il en (ut de même à Blois, où cette troupe séditieuse arriva le 25 novembre 1792, grossie d'un grand nombre d'habitants de Vendôme, iqui avaient été contraints, sous peine de mort^ de suivre les insurgés ; elle marcha aussitôt sur Thôtel de ville, conduite par le sieur Velu, armé d'tm poignard. Les factieux exigèrent^ comme à Vendôme> la taxe des denrées; quelques-uns, apercevant dans la grande salle des tapisseries fleurdelisées et quelques portraits de nos rois> les mirent en pièces; les magi»^ trats municipaux, craignant les suites d'une plus longue insurrection, furent obligés de céder et de proclamer la taxe.
Le lendemain, les Jacobins de Vendôme et de Blois, enhardis par ce succès, contraignirent les habitants de la ville et des environs de se transporter à Mer, pour y exercer^ disaient-ils, la souioerai^
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neté du peuple. Partout sur son passage, cette foulQ tumultueuse fit de nouvelles recrues dans les populations rurales. A Menars elle ei^vahit les jardins du château, où c«s vandales brisèrent plusieurs marr . bres d'un grand prix, notamment la statue en pied de Louis XV, œuvre du sculpteur Pigalle ; un des chefs cassa le buste de Fempereur Gralimy parce qu'il avait cm lire au bas le nom de Gotienj saint évêque de Tours. La ville de Mer, privée de défense et surprise inopinément, subit la loi des factieux ; mais les autorités d'Orléans envoyèrent à Beau*gency des troupes avec deux pièces de canon ; ce déploiement de forces eut bientôt dissipé la masse insultée.
Un rapport du procureur général de Loir-et- Cher au conseil de département , décrit ainsi les diverses circonstances du soulèvement ;
L*agîtation du peuple était extrême ; notre coQur, accoutume à entendre depuis quatre années les accents généreux de la liberté, a été déchiré par les cris de la licence. Les autorités constituées se sont réunies pour rappeler à. ses devoirs ce peuple trompé, et lui faire entendre le langage de la loi ; leurs efforts ont été inutiles Nom voulons, a dit l'un d'entre eux, que sur le champ le blé soit taxé à 20 sous le boisseau du poids de 12 livres, le seigle à 16 sous, Vorge à 12 sous, l^avoine à 8 sous, le beurre à 10 sous la livre, la douzaine d^œufs à 5 sousj nous vous sommons de vous transporter sur-le-champ au marché, pour promulguer cette iaxe. 11 a fallu céder h l'empire des circonstances, et sauver la cité entière par une sage condescendance. Au milieu de ce désordre affligeant, les cloches sonnaient Talarme dans toutes lo^i
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180 mSTOIRE
paroisses. Une partie de cette po^lace, séduite par de criminelles instigations, s'est permis de briser dans la maison commune des cadres dorés adhérents aux murs, d*arracher les tapisseries, même de déchirer le drapeau de la commune qui était décoré de quelques fieurs-de^lis éparses sur un fond aux couleurs de la nation. La multitude ne s*edt pas bornée à ces premiers essais de sa force ; elle a employé les menaces de vio^ knce et même d^incendie, pour contraindre les habitants de Blois et tous les corps administratifs à se porter sur la ville de Mer pour y aller faire la taxe des comestâ)leSi 19&ut ne partirons poif disaient-O^y 9m toi» les eiîofens M|fu emomne eae^Uon ne se meUeni en marche pour cette destination. Bientôt U perquisition la plus minutieuse 8*est faite dans toutes les maisons. Les citoyens de tout ftge sont déjà partis, et sur leur route ont réuni les vil. lages déjèi préyenus d'avance. Arrivés à Mer, la taxe des cornes^ tible? a été faite le soir même, à la demande de dix mille hommes rassemblés dans une ville qui compte tout au plus trois mille âmes de population.
Plusieurs citoyens honorables qui n'avaient pas Youlu se joindre à la colonp^ insurgée, faillirent expier cruellement leur refus. L'un deux, retiré à sa campagne de Bas-Rivière , courut un assez grave danger; des groupes séditieux cernèrent son habi^ tation ; mais un détachement de gardes nationaux, envoyé par la municipalité , les dispersa sans peine '.
De nouveaux désordres suivirent cette insurrection, ainsi que le constate ce passage d'un autre procès- verbal :
* Procc8-\crbal du 28 novembre 1792.
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N BLOIS. Hr
Aujourd'hui, premier décembre 17999 1a taxe illégale, faite par le rassemblement de Vendôme sur les comestibles» a été exécutée. Le blé s*est vendu 8 livres le setier ; mais» à la sortie du marcbé, des pelotons attroupés se sont portés dans les différentes boutiques d*épiciers de la ville» où ils ont forcé les mardiands à leur donner la ohandelle à 15 aous la livre. Dans le tumulte» il s^est commis des vols et des pillages ; des marchandises ont été emportées sang paiement. La force publique n*a. pas suffi pour arrêter le désordre.
La Convention, informée de ces troublea, envoya àBlois trois de ses membres, Lonchamps, Yillers et Couthon, qui apportèrent au peuple (dit un procès-verbal) des paroles de paiic et de consolation; leof présence ne réussit qulmpar&itement à calmer une exaspération fomentée par des agents provocateurs.
Quelques jours après, les électeurs de Blois pro» cédèrent au renouvellement de la municipalité; dans cette circonstance, la population sembla vouloir protester contre les désordres qui venaient d'avoir lieu ; les noms suivants sortirent de l'urne du scrutin secret: Nicolas Girault, maire; Dinochau, procureur de la commune; Lemaignen, Charniau, Donnay, Métivier-Massau , Rogier, chirurgien; Salaberry, ex-juge de paix de Blois; Pointeau, Romieu, Bergevin-Berrier, Lefebvre, Ferrand, officiers municipaux; Guyon-Montlivault , Bellenoue-Villiers, Touzard, Bucheron-Cheron, Delêtrq, Lecomte-Bartomeuf, Deby, Bocsnier de l'Orme,
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16$ ffiSTOlEB
Attdoum, fioutinière, Bruère, Toutan, BaignoHx, Roux^ Cousin, Massion, Mouton, Bergevin-Rabineaif^ Biffault, Gaudron, Pardoux, Cheron, GuiLlon, Masson-VUpaux, Godeau, membres diu conseil des notables. Plusieurs de ces dtoyens honorables auraient mieux aimé rester h Técart^ et conserver le calme de la vie privée; mais l'intérêt de )a ville, e|; peutr-être aussi Tespoir d'échapper personnellement à la suspicion, leur firent accepter les fonctions municipales.
Bientôt Fagitatipn causée par le procès de Louis XYI, et le besoin pressant d'assurer le maintien de l'ordre, suggérèrent l'idée d'établir une garde à cherval ; on ne lira pas s^ns intérêt les noms des personnes qui prirent l'initiative de cette mesure de sûreté publique :
Nous soussigné?, citoyens de la ville de Blois, déclarons nous soumettre volontairement à faire un service à cheval, à condition d9 ne recevoir de réquisition que de la municipalité; Blois, le 15 janvier 1793 ; signé .- Guyon , Baillebache , Legros fils , Lignau, Testu, Mahy, P. Roger, Cousin-Pezay, Charles Belot, Dezenne, Douaire, Cellier, Ferrand, Martin fils. Porcher père, David , Salomon», Giroust , Malherbe l'aîné, Belot de Laleu, Boulet, Fleury, Roger, Pardessus, Aurioust-Beaujouï, Deby fils, Rome, Leroux, Maliy d'Argy, Milochin, Cheron - LanioUe , Roullet, Mestivier fils.
Cette soumission exclusive à la municipalité prouve que les autres administrations inspiraient peu de confiance aux signataires. En effet l«s der-
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DE BLOIS. iB9
niëres élections avaient introduit dans ie personnel du district et du département les hommes les plus dangereux : les électeurs de Blois ne furent pas assez nombreux pour faire prévaloir les idées d'ordre qui avaient déterminé le choix de leurs magistrats municipaux; l'esprit révolutionnaire d'autres populations moins sages que celle du chrf-lieu, emporta h balance; car leurs représentants étaient en majorité dans les assemblées électorales %
La mort du roi fit éclater une scission profonde entre la municipalité d'une part, les administrations supérieures et le club de l'autre. Le département , le district et la société populaire envoyèrent à la Convention des adresses de félicitation sur le suppfe» du dernier tyran; la commune seule garda le silence : ce corps estimable eut même le courage de combattre les tendances démocratiques des autres administrations ; mais sa lutte inégale attira sur lui les colères du {Sarti dominant ; un incident , occasionné par le passage d'un bataillon de volontaires du département de Seine-et-Marne, mit bientôt la municipalité aux prises avec les autorités supérieures. Ce bataillon avait planté sur la place du Château
' La municipalité de Blois était élue par rassemblée primaire de celte ville seulement , tandis que tous les cantons du district ou du ^artament concouraient ù la formation des deux autres corps administratifs , chaque assemblée primaire de canton nommant un cer- ^in nombre de membres pour composer rassemblée électorale dn district ou du département.
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t9» HISTOIRE
un arbre de liberté qui fut brisé penil&nt une nuit : malgré d'activés recherches, on ne put découvrir les auteurs de cette imprudente provocation. Le conseil général du département, indigné d'un pareil attentati crut devoir ordonner une manifestar tion œpiatoire, et décida que Ton planterait à la même place un nouvel arbre, avec tout Tappar^ d'une fête patriotique,, dont la dépense serait sup* portée par les personnes svspeOes seulement. La municipalité improuva cette distinction haineuse ; le département^ sam avoir égard à cet avis, maintint ^ fit «écuter sa première délibération ; il en résulta un violent conflit entre les deux administrations (Mars 1793).
A quelque temps de là, un autre corps de volontaires se porta dans les écuries d'une auberge de Vienne, où les forçats de la chaîne devaient passer la nuit, et fit une tentative pour les délivrer ; la garde nationale dissipa ce rassemblement.
L'envoi de représentants, imitation trop fidèle du proconsulat romain, fut le grand moyen de la Convention pour stimuler le zèle révolutionnaire et pour épurer le personnel administratif. Plusieurs vinrent à Blois avec cette double mission, qu'ils accomplirent au grand contentement des révolutionnaires delà localité: ceux-ci furent même les principaux instigateurs de leurs actes illégaux et violents; car à peine un représentant était* il arrivé dans nos
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murs, qu'aussitôt les membres les plus exaltés du club, empressés à le circonvenir, lui dénonçaient tous ceux qu'ils youlaient perdre, et dressaient euxmêmes les tables de proscription j c'est à teurin^ fluence qu'il faut attribuer tant de destitutions, de taxes et de mesures arbitraires, sanctionnées par les représentants. Livrés à eux-mêmes, ces étrangère n'auraient pas assurément commis les mêmes excès ; leurs dangereux indicateurs firent presque tout le mal. Ainsi exploitée par les ennemis de l'ordre, llnfluence des conventionnels en mission eut pour effet déplorable d'attiser le feu des passions politi^ ques , d'encourager les agitateurs , et d'imposer silence aux modérés.
Le conventionnel Tallien, un de ces émissaires politiques, vint à Blois au mois de mars 1 793, et fit publier une réquisition générale de tous les hommes du département en état de porter les armes, mesure extraordinaire motivée par l'insurrection de la Vendée ; en tête de l'arrêté du représentant, on lisait cette dépêche des administrateurs d'Indre-et- Loire à ceux de Loir-et-Cher :
Aui attnes ! aux armes ! Vite, k Tinstant même, que vos coudtoyeûs se mettent en marche. Arrivez en plus grand nombre possible. De la cavalerie, de Fartillerie, des secours d*argent de toute espèce ! L'ennemi est à nos portos ; nous recevons de Saumur les nouvelles les plus alarmantes; Cholct est en feu, et Doué ne peut tenir un instant ; toutes les horreurs suivent ces
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I9S WSTOiRE
^cmds; repoassons-;Ics , ou ipouirouâ!.... Tours, le 17 mars
Cm nouvelles' alarmantes obligèrent TaHien de quitter subitement Blois et de se rendre à Tours» En partant , il laissa la proclamation suivante :
Nous soussigné, membre de la Convention nationale, roquerons au nom du bien public, au nom de la patrie en danger, les corps ^dniinistratifs de la yille de Çjiois, de presser avec la plus grande activité tputes les opéirations du recrutement, de nous en rendre compte, jour par jour, par voie de courriers extraordinaires, de faire mettre en état d'arrestation tous ceux qui s*y opposeraient, et de les faire conduire à Tiastant au tribunal réyplutionnaire de Pari^.
Blois , devenu le quartier général de la réquisitioui offi*it pendant quelques mois un mouvement extraordinaire de troupes. La ville en particulier fournit peu d'enrôlés volontaires ; le gouvernement conventionnel n'inspirait pas assez de sympathie à la population, pour trouver dans son sein beaucoup de défenseurs spontanés. Il y eut même parmi la jeunesse blésoiàe un certain nombre de réfraclaires qui se joignirent à l'armée vendéenne ; la plupart appartenaient aux meilleures familles du pays : tels furent les commencements de la chouannerie, puissante association qui jeta de profondes racines dans nos contrées.
Tallien, après une tournée dans le département dlndre-et-Loire, revint à Blois pour renouveler le personnel administratif. Le l^'mai 1793, le reprc-
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Bf BIOIS. 193
sentant alla tenir dans la salle du club une de ces séances dites d'épuration^ où les fonctionnaires suspectés de modérantisme , publiquement dénoncés , subissaient le jugement d'assemblées tumultueuses, n renforça d'ardents révolutionnaires les administrations de district et de département ; mais, chose assez remarquable, le personnel de la municipalité ne subit aucun changement, quoique les membres de ce corps fussent connus pour leur modération, et qu'ils eussent dans le parti exalté la réputation i'aristocrates:
La présence de Tallien n'était point une garantie pour Tordre ; une manifestation séditieuse, qui eut lieu à Blois pendant son séjour, démontra sa faiblesse en présence de Témeute. Ce proconsul altier, qui décimait nos administrations et tranchait du dictateur, ne put empêcher le pillage d'un bateau de blé destiné aux Nantais» Les yilles voisines usaient de représailles ; et la réciprocité semblait justifier ces sortes de captures. Du reste ce moyen violent d'approvisionnement n'était pas nouveau; car, ainsi que nous l'avons vu précédemment, les anciennes disettes occasionnèrent de pareils excès, triste ressource des populations affamées.
Le même proconsul mit dans Blois la terreur à l'ordre du jour, et confia Tapplication de ce système à un comité de mnfeillance révolutionrmrej com-
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posé de trois membres de radministration départementale. Le triumvirat blésois, corre^ndant du fameux comité de $alut public Àe la Convention, fonctionna bientôt avec ardeur. Les visites domiciliaires, les séquestrations d'objets mobiliers et d'argent monnayé» les taxes arbitraires, les arrestations enfin signalèrent Favènement de cette autorité dictatoriale. A ce nouveau pouvoir la commune opposa un connU de $ûraé publique, chargé de protéger le$ pertormei et les propriétés ', dont les membres furent choisis dans le sein de Tadministratbn municipale. Le comité communal ne put fiûre tout le bien qu'il aurait désiré; ses louables efforts échouèrent souvent contre la terrible puissance d une autorité rivale que fortifiaient toutes les mauvaises passions de l'époque. La municipalité, de son côté, ne cessait de s'interposer pour les victimes du comité départemental de mrveiUame; mais raremœt elle parv^oiait à les sauver. Malgré ses énergiques réclamations ^, elle ne put obtenir l'élar^ gissema:)t de M. de Salaberry, un de ses membres, inearcéré sans motife sérieux.
Au milieu de tous les abus de pouvoir qui affligèrent alors la ville, les mœurs douces et tolérantes de la population ne se démentirent pas un seul in-
* Délibérttîon du l^'juio 1793.
* P«lib«r«CHMi4u 19 nai 1701.
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DE BL0i6. 195
stant ; le caractère hospitalier, que nous avons reconnu dans les Blésois aux différentes époques de leur histoire, se manifesta constamment, même pendant les plus mauvais jours. En 1793, Blois renfermait un grand nombre de prisonniers autiîchiens envoyés par la Convention, de nobles, et de prêtres vmdéens, qui s'y étaient réfugiés* pour échaK>er aux terribles représailles de l'armée répur bbcaine ; la majorité des habitants accueillit avec bienveillance ces étrangers malheureux, et ne s'associa point aux vexations dont ils furent l'objet de la part de quelques exaltés.
Les bons citoyens éprouvèrent plus que jamais le besoin de s'unir. Les nouvelles élections de la garde nationale, qui eurent lieu le l^'juin 1793, annonçaient une ferme volonté de résister au mouvement révolutionnaire; MM. Guyon de Montlivault et Eeni de Maupas furent nommés chefe de bataillon; le même esprit présida au choix des officiers et des sous-officiers.
Les Jacobins, outrés de ces élections âgnifica** tives , résolurent d'intimider la majorité par une démonstration séditieuse. Le passage d'une troupe de septembriseurs leur offiit une occasion favorable de troubler l'ordre. Au jour indiqué (6 juin 1793), ils se portèrent en masse sur la route de Paris , au* devant de ces Jrhrès et amisj pour leur dénoncer rincivisme de la municipalité et de la garde natio-
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nale. Tous les Blésais, criaient-ils aux nouveaux venus, sont des r^blicains^ à V exception de ces arùUh craies de munidpaïuc ! Ces étrangers forcenés écoutèrent volontiers des suggestions malveillantes; ils se rendirent en foule au club, et demandèrent à grands cris la destitution des officiers municipaux ainsi que de Fétat-major de la garde nationale; Tun d'eux, plus atroce, proposa de les assassiner ; on frémit en lisant cette motion, consignée sur les registres de la ville :
Profitez du peu de temps que nous avons à rester parmi vous» pour exterminer et faire disparaître cette horde de briga$ids. Fiez-vous ii nous pour cette expédition patriotique. Nous sommes patriotes ; nous sommes tnaratistes; mon camarade et moi, nous avons fait tomber sous nos coups trente aristocrates k la journée des poignards, soixante au moins au 10 août; et quel nombre, aux fameuses journées des 2 et 3 septembre, de ces évêques, abbés, ex nobles!.... Ce n*est pas demain, c'est tout. M*heure qu*il faut donner le 6aZ, exterminer cet état^major aristocrate, et cette municipalité de modérés. Portons-nous y en foule, et terrassons les repaires de raristocratie!
Dans la même séance , Velu, chef occulte de rémeute, prit la parole en ces termes :
Prions le frère qui nous a fait voir un poignard à laMaraty de le déposer sur le bureau; non pas pour l'en priver, puisqu'il en fait un si bon usage , mais pour qu'à son exemple nous puis^ siens nous armer de ces armes républicaines. Je vote pour que la société souscrive pour en faire tel nombre qu'elle jugera convenable. Je souscris le premier, pour avoir l'avantage de rao décorer du premier qui sera fait.
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Ces horribles propositions ne furent point appuyées : rassemblée remisa d'autoriser lassassinat < et rappela les orateurs à Tordre ; eif d'autres temps on eût sévèrement puni de pareilles proveca- Uons^
La même troupe se porta tumultueusement à rhôtel-de-ville, ainsi que le constate cet autre procès-y^bal :
Une réunion de plus de soixante personnes, composée pour \é majeure par^ de Tôlontaires parisiens, mêlés de quelques citoyeasy est entrée tumultueusement dans la salle. Le citoyen Véluy armé d*un sabre, ayant un casque sur la tête, a parle comme orateur de la députation. Tous les soldats étaient armés de leurs sabres ; beaucoup d'entr'ëux de pistolets, et Tun d'eux d'un poignard. Le citoyen Vélu a demandé là suppression des deux clubs de la Poissonnerie et du Quai S attendu que dans la ville il ne devait y avoir qu'une seule société où l'on annonçât les maximes delà liberté. L'un des volontaires, décoré du grade de capitaine, a parlé contre la composition de l'étatmajor de la garde nationale, disant qu'il était commandé par deux ex*nobles.
La municipalité et^t beaucoup de peine à dissiper ce rassemblement. Les deux commandants inculpés et plusieurs officiers de la garde nationale donnèrent leur démission pour calmer l'exaspération des Jacobins ; cette concession faite à I émeute prévint de plus graves désordres , et hâta le départ du bataillon séditieux.
• Ces clubs étaient sans doute fréquentés par les modérés. T.i. • 13
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i9S RISTOIRC
Le lendemain de ces scènes tumultueuses « le conventionnel Cam, chargé d'une mission en Vendée, passait à Blois. Quoique le département de Loir-et-Cher excédât les limites de son pouvoir, la municipalité le pria de s'arrêter, pour rétablir Tordre et faire droit aux vives réclamations des habitants contre les actes du comité départemental; Dinochau, procureur de la commune, lui exprima avec chaleur ce vœu de la population. La réputation de modéré^ dont jouissait Carra, et son opposition bien connue aux excès de la Montagne, déterminèrent cette démarche qui fut généralement approuvée. Le député, cédant à des sollicitations si pressantes « tint une séance publique au club; les officiers municipaux y assistèrent avec une foule de citoyens estimables; les Jacobins, qui avaient lieu de craindre les interpellations, s'absentèrent à dessein.
Le but principal de l'assemblée était d'entendre les dénonciations portées contre le comité ; Carra les accueillit favorablement, et prononça la dissolution de ce triumvirat, la mise en liberté de f^Kisieurs détenus, et la réintégration de deux officiers municipaux suspendus arbitrairement.
Les Jacobins prétendirent que Carra avait voulu détruire l'oeuvre de Tallien et protéger les aristocrates, que d ailleurs la Convention ne lui avait donné aucune mission k Blois ; ce motif d'incompé-
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tence èt^it asfiez fondé. Le comité refusa d*obéir à rarrèté prétendu illégal qui le firappait, et n'en continua pas moins ses fonctions arbitraires ; il s'empressa même de dénoncer Carra au comité de salut public; la municipalité au contraire députa un de ses membres à la barre de la Convention , pour le justifier, et pour réclamer l'exécution de l'arrêté. L'accusation , fortifiée de ressentiments personnels , prévalut dans les conseils du tribunal révolutionnaire, car^ peu de temps après, le malheureux représentant périt sur Féchafaud. Les exaltés de Blois applaudirent à ce résultat, et rq)oussèrent comme aristocrates toutes les personnes qui avaient eu des relations avec le condamné, ou même seulement assisté à sa séance. Dinochau, principal instigateur de la réunion, fut suspendu de ses fonctions municipales; ses collègues protestèrent contre cet acte par une lettré rendue publique ; manifestation courageuse de sympathies honora^ btes qui alors n'étaient pas sans péril.
Vers cette époque, la constitution démagogique de 1793 fut présentée à l'acceptation des assemblées primaires du département de Loir-et-Cher; les suffrages, recueillis sous l'impression de la terreur, ne pouvaient manquer d'être unanimes; nul n osa courir le danger d'un vote négatif.
Bientôt la ville célébra par ordre l'annivçrsaire du jour de labolition de la royauté ; nous transcri-
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rons quelques extraits du cempte-rendu de cette solennité républicaine :
Aujourd'hui 10 août 1793, à onze heures du matin, la force armée s*est rangée en bataille sur le quai ; k la même heure, ]6s autorités constituées se sont réunies à la maison commune. Au moment du départ, il a été tiré une salve générale d*artil« lerie. Les artilleurs ont ouvert la marche : puis venait la société populaire, dont le plus ancien membre portait une flamme sur laquelle était peint un œil avec Ces mots : publicité, surveilkmcê; le plus jeune portait la figure de la liberté. Ensuite marchaient les administrateurs du département et du district, ornés ûe bon. nets rouges, 12 vieillards de Vhôpital de Vienne formant avec des rubans tricolores une chaîne, chacun d*eux portant une branche de verdiire; un jeune enfant de l'hôpital portant une flamme sur laquelle on lisait : admmistraUon patemeUe; les autres autorités, précédées d*une jeune citoyenne de Thôpital portant une flamme avec ces mots : le peuple et les magistrats c'est la même chose,' les bustes de Brutus, Rousseau et Lepelletier ; un char traîné par deux chevaux, orné de palmes de chêne et contenant 12 blessés de Vhôpital miUtaire S chacun d*eax portant une branche de chêne ; les mères de famille portant leurs enfants, la plus ancienne tenant Tacte constitutionnel surmonté de cette inscription : ce dépôt nous est confié; Tespérance de la patrie*, réunie aux enfants des écoles publiques, portant un faisceau d*armes avec cette inscription : VoUà ce que nous préférons aux hochets de la royauté; la garnison, les gendarmes, la garde nationale, etc.
Le cortège, ^nsi composé, stationna successive-
* C*est ainsi qu'on appelait alors VHôtel'Dieu, dont le titre religieux avait été change.
• C*est-à-dire les jeunes gens.
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VE BLOIS. fOt
ment devant Tarbre de la liberté de \ienne, devant celui du Bourg-Neuf, sur la place des Jésuites, et aux Allées ; ces deux dernières stations sont décrites comme il suit :
Sur la place Royale*, quatre coups.de canoaiUrent tirés. Le président du département, monté sur Faulel de la patrie, et tourné vers le peuple, en face du château, a annoncé que le château de Blois, ouvrage de l'orgueil et de la tyrannie, porterait désormais le nom de c<ueme des volontaires * et la place Royale celui de place de la Liberté. En même temps , le président a jeté de l'encens sur de la braise pour purifier Vair infecté jadis par la présenu d^une cour corrompue. Au pied de Tarbre de la liberté était dressé un bûcher sur lequel on a jeté tous les papiers et titres de la féodalité qu'il a été possible de réunir ' • CD y a pareillement jeté la loi miartiale, la constitution de 1791, tous les ho^iets de la royauté, les fleurs-de-lis, les rubans bleus, des sceptres, des couronnes, et la bannière du département.
La dernière station s'est faite aux Allées où s'élevaient un autel de la liberté et un d-dwant trône; le président a distribué à plusieurs groupes les armes déposées sur l'autel, avec lesquelles ils se sont portés, au son d'une musique guerrière, vers le trône , qu'ils ont renversé à coups redoublés, et aux cris répétés de haine à la tj^annie ! Ensuite on a planté des drapeaux tricolores sur les débris du trône.
Les arbres vivaces de liberté , dont il est parlé dans ce procès-verbal, se multiplièrent à Blois par suite de l'influence de leur historien Grégoire, évê-
* Nom que la place des Jésuites portait av^nt la Révolution. ' Le château servait de caserne depuis Tannée 1788. ' Il faut attribuer Jk cet auto-da-fé la prrtc rcj;rp!tal)lo de documents qui aujourd'hui &craient précieux pour l'histoire du pny».
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que constitutionnel ' ; ils eurent même tant de vogue dan^ le pays, que la municipalité crut devoir en arrêter l'abus par cet arrêté du 30 brumaire an u:
Considérant, qu*encore bien qu*il soit bon de propager les signes de notre liberté, cependant il est de la sagesse de Tadministration d*empécher que ces signet ne se multiplient à l'excès; que leurs plantations fréquentes détournent un grand nombre d'ouvriers do leurs travaux, et qu'elles sont suivies do repas d'où résulte une consommation extraordinaire de denrées, qui doit Otre réprimée, attendu la disette dont nous sommes affligés, le conseil arrête ce qui suit :
« Il no sera plus planté dans la commune de Blois de nouveaux arbres de liberté, à moins que la plantation n'en soit demandée par une pétition écrite, signée au moins de quatre cents citoyens. U ne sera plus fait aucun repas pour les arbres déjà plantés, sous peine de 100 livres d'amende et môme de prison contre chacun des contrevenants. »
Déjà, dans le département de Loir-et-Cher , il avait été coupé au moins 3,000 arbres de liberté ; il était urgent d'arrêter le gaspillage des plus heUes pièces de bois^ et de prévenir une dévastation funeste. La profusion de ces signes républicains était fort onéreuse pour les personnes suspectes ; car le comité révolutionnaire avait décidé que les arbres de liberté seraient coupés sur leurs seules propriétés, sans aucun dédommagement.
Bientôt il n'y eut plus à Blois d'autres cérémonies que des fêtes révolutionnaires. Toutes les églises
* Auteur d'une Histoire des arbres de liberté*
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D£ BLOIS. 2es
de la ville furent fermées le 24 noyembre 1793^ les cloches fondues, et tous les objets du culte appli* qués à des usa^ répubfieains, ai vertu d'un arrêté de la sodété populaire, qui à cette occasion écrivait ao comité directeur de Paris : « Les saints se lèv^t
> &ï masse pour vaair au secours de la patrie ; » les cloches se fondent en canons, les confession-
> naux se changent en guérites, et les croix en ar-
> I»res de liberté I Tout ce qui reste de la supersti- » tion va être détruit, et un temple sera consacré » à la RaisoB^ »
Les profanations suivirent de près ce langage dérisoire. On vit les Jacobins de Blois, à Tinstar de ceux de Paris, sing^ les cérémonies reKgieuses^ et promena par la ville des ânes revêtus d'ornements sacerdotaux. Les vœux du club ne tardèrent pas à être exaucés; un nouveau culte, celui des Déesses-Raison, remplace les sdennités du catho** licbme. Plusieurs demoiselles honorables furent contraintes de poser pour les fidèles en bonnet rouge; leurs familles n'auraient pu sans péril refuser ce gage de civisme. Les Déesses-Raison, vêtues en danseuses, étaient conduites depuis leur domicile jusqu'au temple, sur un char orné de feuillages et d'emblèmes républicains ; partout sur leur passage elles recevaient de bruyantes félicitations. L'église Saintr-Louis devint le temple de la Raison; les
* Papou, Bistoirc delà Révolution, t. V, p. 482.
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2a4 HISTOIRE
déesses y trônaient sur le maitre-^autel, alors appelé oMel de la patrie; les autorités et le peuple s'y ras^ semblaient tous les décadis; le président de Tad^ ministration départementale^ après avoir entonné la ÈtarseiUaise ou le Cha/nt du Départ^ promulguait les lois de la Convention, et lisait le journal officiel; puis les orateurs du club vantaient la générosité et la clémence du gouvernement révolutionnaire, déclamaient contre les prêtres , les nobles et les ricfaes, prêchaient enfin Tirreligion, quelqu^ois même lathéisme. Les personnes suspectes, soumises à un appel nominal, étaient obligées, sous peine d'incarcération, de comparaître aux décades; lorsqu'elles répondaient, la populace, provoquée par les membres influents de l'assemblée, faisait entendre des huées injurieuses, et nul n'osait protester contre un pareil scandale. Les réunions décadaires étaient en outre consacrées à la célébration des mariages par les officiers municipaux et par les prêtres constitutionnels.
En ce temps d'irréligion , les exaltés du parti hostile au clergé commirent un grand scandale. Informés qu'il restait encore dans 1 église de Vienne divers objets consacrés au culte, ils proposèrent au club de réduire m cendres ces hochels du fanatisme (style de l'époque). Cette motion fut accueillie par des applaudissomoiits frénétiques; aussitôt les Jacobins, Tabbc Uochejoan à leur tête , quittent en
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DE BtOlS. 205
masse la salle des séances \ traversent la ville et le pont, envahissent Téglise de Vienne, s'emparent des ornements sacerdotaux, des chandeliers, des missels, entassent tous ces débris au milieu de la nef, y mettent le feu, et dansent la Carmagnole autour de leur auto-da-fé. Telles étaient les folies sacrilèges auxqudles se livraient les apôtres du culte Raison. Ils prêchaient avec emphase la tolérance, et ne cessaient de déclamer contre le fanatisme ; mais leurs actes démentaient ces protestations peu sincères; car ils étaient, à leur manière, aussi fanatiques et persécuteurs qu'on pouvait letre.
Cependant la désorganisation des autorités constituées et le découragement des citoyens sages avaient livré le pouvoir aux terroristes ; ces hommes, doués d'une malheureuse énergie, profitèrent de la stupeur générale pour se rendre maitres absolus. La plupart, on doit le dire à la louange des habitants, étaiait étrangers au pays; l'estimable auteur des Prisons de Blois fait ressortir cette circonstance en termes incisifs : « On se demandera, » dit-il, comment une poignée de vils factieux a » pu commettre impunément tant de forfaits; notre réponse est dans nôtre engouement pour les
' L*égliie des Jacobins, située xis^à-TÎi les bâtiments de la geiidarmorie actuelle.
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306 HISTOIME
» étrangers; engouement inconcevable, puisquUs » nous ont tous &it verser des larmes, depuis le » député Chabot ' jusqu'au mirmidon qui appose le » cachet de radminbtratîon sur ses dépèdies. »
Malgré notre désir d'éviter les personnalités, nous ne pouvons, historiens véridiques, passer sous silence les noms des principaux personnages qui à cette époque exercèrent à Bt<»s une autorité illimitée ; voici les phis connus : Péan ' , membre de l'administration dé^Mortementale ; Fouchard, excuré de Yillebon, membre de la même administra* tion; Yourgèr^Lambert,d6 Vendôme, ex-tonsuré et bénéficier. — Rochejean, ex-oratorien ; cet ecclésiastique, qui joua un rôle si actif dans nos troubles révolutionnaires, fut d'abord précepteur desm- Êints du duc de Sully; élu ensuite vicaire épiscopal de Grégoire, il devint directeur du séminaire cons* titutionnel deBlois, dont il fut accusé plus tard d'avoir dilapidé la caisse. A l'époque de la terreur, il afficha publiquement l'irréligion la plus prononcée; dans une séance de club , tenue en i 793, il remit sur la tribune ses lettres de prêtrise , jurant, à la face du del et de la terre, qu'il n'oMdt jamais cette de leê tremper Ttm et Poutre pendant toute ïa
' Ex-ctpucin, vicaire épiscopal de Grégoire, Tun des représeofluits de Loir-et-Cher è la Convention nationale.
* Cet individu n*appartenait à aucune des familles do Blois qui portent le même nom.
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DE DLOIS. SOT
durée ds 9on ministète ecclésiastique (textuel). Ro* chejean était doué d*une taille et d'un extérieur remarquables^ qui contribuèrent beaucoup à ses succès oratoires et même à son importance politique. — Hézine, agent national du district de Blois, exprofesseur de mathématiques au collège de Pont^ Levoy. ~ Gidoin, receveur du district de Bloîs^ où il était né d'une Ëimille honorable. (De tous les grands meneurs de l'époque, c'est le seul qui appartienne à notre ville ; les autres étaient des étrangers, attirés par l'influence du club et de plusieurs membres des administrations du département ou du district). — Yélu, d'abord maître d'école, puis administrateur du dbtrict et jugé de paix. — Bergar , ex-cordelier. — Pioche, ex-bénédictin et curé de Selles-sur-Cher. — Plasaiard, ex-bénédictin.
On remarque avec pane que la plupart de ces hommes sortaient des rangs du clergé; les ûistes révolutionnaires d autres villes offrent pareils exemples : il est triste pour l'historien d'avoir à consigner de si funestes apostasies ^.
Pendant plus d'une année, la population subit sans résistance le joug de cette oligarchie; mais on ne peut lui reprocher aucune participation à des accès dont elle fut seulement victime. Cette «laction
' L^évéque Grégoire s'cntourt malhcureuiement de ces hommes qui donnèrent les premiers exemples d'irréligion ; leurs excès ont rejailli sur la mémoire de notre prèUt constitutionnel.
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passive des habitants, en présence d'une minorité toute puissante, s'explique par l'atonie profonde, si justement appelée terreur; fatale impression qui glaçait tous les cœurs, paralysait l'énergie des bons citoyens, et livrait le pays à l'empire absolu des plus mauvaises passions.
Quoique nous sachions la part de chacun de nos révolutionnaires à des événements déplorables, nous nous abstiendrons de les incriminer tous individuellement : le public approuvera sans doute cette réserve , que nous nous imposons pour éviter les personnalités.
L'envoi officiel du représentant Guîmberteau (ut un triomphe pour nos Jacobins. Ce choix de la Convention protestait hautement contre les actes de son prédécesseur Carra, et présageait la ruine des modérés. Le zélé montagnard, dont la mission comprenait les départements de l^ir-et-Cher et d'Indre-et-Loire, se rendit d'abord à Tours; mais la société populaire de Blois, impatiente de le posséder, lui députa deux membres pour hâter son arrivée. Guimberleau ne se fit pas attendre plus long-temps, et vint, accompagné de son secrétaire Rouhière, ardent Jacobin : leur premier soin fut d'annuler les arrêtés de Carra, et de rechercher tous les partisans de cet aristocrate , comme ils l'appelaient. — Rochcjean, Gidoiii et consorts se cliargèrcnt de dénoncer les suspects; le représentant
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éecmta leurs délations, et se conduisit d'après leurs conseils ; les actes de son proconsulat à Blois portent le cachet de cette influence dangereuse.
Le 30 octobre 1793, Guimberteau, accompagné des fonctionnaires publics et des membres delà société populaire, tous coiffés de bonnets rouges, tint dans l'église Saint-Louis une séance d'épuraiiony ouverte par un discours incendiaire de Rochejean, qui commençait ainsi :
Sans-culottes ! Tépuraiion réyolutionnaire, tant désirée par les patriotes, tant redoutée des aristocrates, va se faire avec une justice rigoureuse et une solennité républicaine ! Vous ayez demandé à la Convention un de ses membres les plus purs et les plus énergiques ; elle vous a délégué Guimberteau. Aristocrates et constitutionnels, royalistes et fédéralistes, tremblez! le jour de la vengeance est arrivé ! . . .
On conçoit quelle terreur devaient produire de telles menaces, dans la bouche d'hommes prêts à tout oser; cet exorde suffisait pour consterner les honnêtes gens. La séance ne répondit que trop au début violent de l'orateur.
Organe des passions démocratiques du club,
Guimb^teau prononça contre la municipalité une
accusation collective, dont les principaux chefs
étaient ainsi formulés :
La municipalité fut composée à une époque où l'esprit public de Blois était assoupi, les patriotes persécutés, les aristocrates triomphants *. Les intrigues des Messieurs, en traînant les as-
* Nous arons parlé précédemment de cet élections^
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semUéos en longueur, en bcnnireiit les salM-ctilotieB ; 1m i sieurs se nommeront entre eux ; plusieurs officiers municipaux ou notables, élus h 7 ou 8 voix, osèrent accepter ; cependant ils savaient bien qu'ils n*avalent pas le vœu de la sociétë populaire, (jui fut toHJours le guide dee vrais patrioted : une telle nomination de magistrats annonçait au peuple toua lea malheurs dont ils devaient ôtre la cause et Tinstrument. La municipalité a, dès son principe, toujours reçu avec amitié, favorisé et défendu les aristocrates; elle à pris avec fureur, comme to«9 les aristocrates , le parti du giroiidisAie. — Plusieurs do ses membres ont dit dans des séances des trois corps administratifs, et sans en être repris par leurs collègues, qu*il n'y avait pwnt de gens suspects à Blois. — Elle n'a point félicKé la Convention sur la destruction du tyran , malgré l'exemple de la société populaire, dn département, du district, et les plaisanteries des patriotes. -* Elle a soutenu les èhoix aristocratiques de deux ci-devant nobles, commandants de la garde nationale, malgré le vœu du club et de tous les patriotes >. Elle à mentionné honorablement dans son procès-verbal les discouH feuillantins du ci-devant patriote Roger-Noiret. — Elle s'est laissée mener imbécilement par Dinochau , Tex-constituant , qui depuis son retour de l'assemblée nationale d'est toujours montré le partisan de la cour , et Tantagoniste des bons patriotes.
Après ce manifeste général contre la municipalité, chaque membre fut interpellé particulièrement; Guimberteau apostropha d'abord le maire Girault- VilKers, en ces termes :
Un jour qu'on t'avertissait de l'inexécution de la loi qui ordonne aux femmes de porter la cocarde , tu as répondu que ce n'était pas la cocarde qui faisait le patriotisme. Je te destitue;
* Voir ci-dessus, p. 1»5.
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M BiOiS. 2tl
je te taxe fétoIiUionniârement à 1 ,200 Kvted; f orâonneque de ce lieu tu te rendras au refoir» dt$ ûristoêratet % dont tn ae toujours été le souteneur.
Le procès-verbal de la séance continue ainsi :
Le représentant â appelé Dinochau, procureur de la commu^ ne, suspendu de ses fonctions depuis plusieurs mois par d'autres représentants ; un murmure de haine et de mépris s*esi fait entendre dans l'assemblée ; Dinochau était absent. « Le peuple, a dit Guimbeiieau, se trompa en députant Dinochau à rassemblée constituante, et Dinochau le trompa en singeant le patriotisme. Il trdiit la cause populaire en embrassant le parti du roi et de la cour. Depuis son retour à Blois, il fut le chef connu des modérés, et le chef secret des contre-réTolutionnaires ; il a mille fbis par des phrases emmiellées cherché à «lodtf « ronktûr le peuple et la société populaire ; il a mille Ibis voulu armer les patriotes faibles et séduits contre les patriotes énergiques. Toutes les plaintes excitées par la municipalité retom. bent sur sa tète ; ses crimes sont aussi nombreux que ses actes de magistrature; il a recueilli l'animadrersion universelle. Je convertis sa suspension en destitution. 11 n*est pas riche ; je ne le taxe qu*à mille livres. J'ordonne que sur-le-champ le comité de surveillance renvoie saisir par deux gendarmes et conduire à la maison d'arrêt fvifk appleudi»ummuj*.
Le représentant passa de même en revue tous les officiers municipaux, qui pour la plupart furent destitués. L'un d'eux, M. de Salaberry père, auquel Guîmberteau reprocha d^être noble (textuel), fut taxé à 15,000 livres'*. Un autre membre, le sieur Âudouin, reçut cette violente apostrophe : « Tu es
* C'est amsi qu'on appelait les prisons de suspects.
* Payables en assignats. L'assignat de 100 livres n'en valait plu» alors que 48.
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313 fllSTOlRB
» un gros marchand, mais es-tu républicain? es- » tu Jacobin? es-tu montagnard? es-tu sans^ulot- » te? Sans-culottes qui m'écoutez, prononcez sur » Âudouîn ! » Plusieurs voix ayant répondu qu'on n avait rien à lui reprocher, il fut maintenu, et reçut Taccolade civique du représentant, qui embrassa de même les autres membres conservés.
Dans tout le cours de la séance» Rochejean se fit remarquer par son zèle à dénoncer les modérés ; victimes de ses malveillantes accusations, plusieurs citoyens irréprochables furent taxés à des sommes exorbitantes, d'autres, arbitrairement incarcérés.
Guimberteau remplaça sur le champ les membres destitués de la municipalité. Le nouveau maire fut proclamé en ces termes : « Habitants de Blois, je » vous propose pour maire le citoyen Bezard-Boisse » fapplaudis$emenl8j. Citoyen, je te mets à même » de rendre de grands services à cette commune, » trop long-temps gouvernée par des hommes fai- » blés ou ennemis des droits du peuple ; je te pro- » clame maire de Blois fapplaudmemenlsj. »
Telle était la forme abrupte de ces votes par acclamation^ qui renouvelaient en un instant tout le personnel administratif. Ce que les procès-verbaux appellent en pareil cas la voix dupeuple, n'était souvent que l'opinion d'une minorité bruyante. Si plusieurs de ces choix tumultueux furent mal inspirés, la ville au moins n'eut pas à se plaindre du
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maire que lui donna Guimberteau. Bczard-Boisse, l'un des administrateurs du département depuis 1791, avait obtenu dans ces fonctions la confiance du parti dominant par la vivacité de ses démonstrations républicaines , mais au fond il était animé de bonnes intentions ; on ne doit pas le confondre avec les hommes dangereux qui firent à cette époque un si déplorable abus du pouvoir. L'ordre judiciaire fut épuré dans la même séance. Une des justices de paix de Blois devint le partage du sieur Velu ; cette nomination affligea d'autant plus les honnêtes gens que Yélu remplaçait un homme estimable, M. Bellenoue-Vittiers, destitué sous prétexte d'incivisme.
Guimberteau ordonna que le montant des taxes par lui prononcées « serait réparti entre la société » populaire, pour réparations de son local, pour
> frais relatifs à des mesures révolutionnaires et » à la propagation de l'esprit public, et entre les
> pères, mères, veuves, femmes et enfants des dé*
> fenseurs de la patrie. »
Pendant son séjour,ie proconsul rendit un arrêté qui enjoignait à tous les citoyens de Blois d'apporter leurs armes dans les 24 heures, sous peine de passer pour suspects et d'être traités comme tels ; le comité de surveillance distribua ensuite les armes aux seuls terroristes, pour mieux assurer le triomphe de cette faction audacieuse.
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La nouvelle muDicipalité , issue du club, s'empressa d'envoyer à, la Convention une adresse de félici talion, rédigée avec toute Temphasedu style révolutionnaire \ Voulant se mettre à la hauteur des clubs, elle décida que tous ses membres porto- . raient le bonnet rouge aux séances ^. Du reste elle se conduisit avec plus de modération que son kMigage officiel et ses démonstrations sembleraient Tannoncer; on peut appliquer au. corps entier ce^ que nous avons dit dn. mmre ; malgré rex^gératioQ apparente des formes, les actes administratifs furent en général sages et bienveillants.
Fort du patronage de Guimberteau, le comité de mrveillance redoubla d'activité et de rigueur. Ce triumvirat, devenu insuffisant, s'adjoignit douze nouveaux membres pour mieux accomplir son obu* vre de proscription. Dès-lors il commença à tout ûser^ suspendant ou destituant les foactionniûrest disposant à son gré de la liberté dea citoy^a et de leur fortune. Le comité de <altil publie At la Convention, avec lequel il entretenait mne correspondance suivie» ne cessait de stunuler son zèle; Fréçines, l'un des conventionnels de boiiv6t*€3ier, membre de ce comité, écrivit un jour aux frère$ek amis de Blois ^ :
* Délibération du 20 brumaire an ii.
* Délibération du 24 brumaire an ii.
^ Cette lettre est transcrite dans un documenl des archives déparier mentales.
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DE DLOIS. 316
Ea aUeiKlant la couronno civique qui vous sera décernée^ purgez notre dt^partement de ces aristocrates, feuillantins, aris» toihereahtillins, et puis après nous danserons ensemble la Car
maginble. Nos amis, nos ft^res les fédérés* sont de bons b ,
ils soat poirieleg donme des Jaeobins. Ah! comme ils vont à leur retour dentier le bal aux malveillants ! . . . Électrisez les esprits ; nous en avons besoin ; car la gelée du mois de mai * a diablement glacé les coeurs. Il paraît, d'après les lettres de Pitt^ <{lfil a des intcAUgences à Blois, qu'il y paie quelques soéiéfato *; mettez tout ea dcuvre pour découvrir les traîtres; fi....-vous des calomnies qu'on vous prodigue, allez votre train ; votre récbmpense est dans le salut de la patrie ! Adieu mes bfav^9 ani?îs, je vbus embrasse ainsi que tous les vrais sans^ cuMtesv et!>ne c6s9eiat<t'i^e votrefrère et amirPrécines.
Nwtrt cbmité ne stiîvit que trop fidèlement ces înAi^Uctions violentes et grossières. Sous prétexte de patriotisme y il put commettre toutes sortes d^âtltentatS, ekertîer mfème dès" Vengeances personneHesr, cft satisfairte les plus mauVaîsfes passions?. LcSà visites domiciliaires: étaierit sbitreilt iln moyeri officiel* de pHlage ; car les chefs' de ciBè expédîtioife veifâatôitiêèr tle'^ feisàiertt pasf sWtiptile de s'apprôf^ prîei'les'objet^^leurconveiiaiïce, Lecoirtité, pouvoii* omBi*ôgeux et iilquisltbrîal, vioîait jcfnmdlemerttlè
< Le 31 mai 1793, une gelée coiup^ëte détruisit toute» les espérances du vignoble blésois.
**€ëttè^a)Mutot^on - éCaH aussr invrdiséMMaMc qUe eatomnictjsé; car leramialpe de^rAagltterr^iie-seiigtta înmi» siâs ^Mc «l'aire dd la propagande dans la ville de Blois; Du reste, il ne Caut pas s^étonnef de pareilles phrases ; les noms de Pitt et Cobourg servaient de tkèm^ à toutes les déclamations de 93 ; c'étaient les injures 4 la ■6de, les Ueux-^Gomnuns de l'éloquence rérolutionnaire.
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secret des lettres, scrutait sans aucune réserre tous les papiers de famille ; les testaments mêmes, actes sacréSf ne lui échappaient point. II respectait ausM peu la liberté individuelle, comme le prouvent certaines dispositions de son arrêté du 2 décembre 1793, relatif à la délivrance du certificat de civisme ; les personnes auxquelles on doit le refuser, d'après le texte de cette délibération sévère, sont : Celles qui hantent la table de$ aristocrates; — CeL les qui ont sans cesse recomma/ndé Vwmn de tous les partis; — Celles qui ne se rendent pas au dub. Quelle latitude laissée aux opérations de la police révolutionnaire, qui pouvait incriminer à son gré les actes les plus inoffensifs !
Le club partageait avec la municipalité le droit de délivrer les certificats de civisme; il ne les accordait ordinairement qu'aux Jacobins éprouvés, tous les modérés lui paraissant indignes de cette attestation. Animée d'un meilleur esprit, la munidpalité faisait moins de difficultés, et souvent il lui arriva d'accueillir fevorablement des demandes de certificats repoussées par le club.
Pour faciliter les dénonciations, on décida qu'il ne serait pas nécessaire de les signer ; les personnalités les plus haineuses purent ainsi se couvrir impunément du voile de l'anonyme. Le comité supprima de même toutes les garanties de la liberté individuelle. Affranchies des formes ordinaires de
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la procédure^ les arrestations se multiplièrent prodigieusement ; leur longue et triste série prouve que la loi des suspects fut appliquée dans Blois avec une extrême rigueur. Bientôt le lieu ordinaire de détention fut insuffisant; la subtiUté révolutionnaire ne cessait d'étendre les catégories de proscription, et chaque jour il arrivait des suspects de tous les points du département. Les maisons conventuelles des Capucins, des Caritnélites et de la Visitation , devinrent alors, sous le titre ignoble de Repaires de gens fUipeeU, insciit en gros caractères au-dessus de leurs portes, les succursales des prisons de la rue Beauvoiir; On entassa pèle-méle dans ces cachots improvisés tous ceux qui portaient ombrage à la £aiction dominante ; ni la vieillesse, ni Tenfance, ni le sexe, ne purent trouver grâce devant une autorité in^itoyable. Les personnes les plus considérées de la ville expièrent par la détention le crime d'avoir déplu à quelqu'un des terroristes. Parmi les captifs on distinguait MM. Drouin de Vareilles, Boucherat, Hurault, marquis de Saint- Denis, tous trois octogénaires, Pardessus père, avocat, Dinochau, ex-constituant, Ferrand-Vaillant, ex-procureur de la commune , et depuis membre du conseil des Anciens. On peut lire dans la bro-. chure des Prisons de Blois le récit des souffirances et des angoisses endurées par les malheureux détenus : mais, nous devons le dire, cet opuscule, que
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Durie-Massoii , l'un des eaptifs, publia aussitôt après «a ;délivraDce, porte l'empreinte d'une vive aaimofiité, conséquonce naturelle de la persécution ; cette cause, bien excusable, de partialité et d exagération, peut donner quelque défiance sur certains détails adieux, que l'histoire ne doit pas admettre
Les ^emprisonnements de suspects désolèrent les faoïiiles, et répandirent la consternation ; mais rien n'égale l'horreur profonde qu'inspira le crime eomimk filois vers la tin de l'année néfaste 1793.
Les départements de l'ouest étaient alors en proie à la giierre civile; le parti républicain, vainqueur sur plittieur9 points de l'Anjou, avait concentré un grand aombre de prisonniers dans la ville de Saumnr. Après la mise enfètat de siège de cette place, le représentait du peuple, Lev^isseur, ordonna que les détenus seraient transférés à Orléans, sous la conduite des nommés Lepetit et Simon, membres du comité révolutionnaire de Saumur , déjà connus par leurs excès. Au moment du départ, le nombre des eipti& s'élevait à plus de 800; c'étaient des Vendéens^ d^ prêtres insermentés ou des suspects. En route, beaucoup de ces malheureux ftirent sacrifiés aux terroristes des lieux de passage, Lepetit voulant, disait-il, régaler chaque viUe d'une fitsillade. Blois ne fut pas oublié dans cette horrible répartilion de victipies. Le convoi, décimé par les mau-
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vais traitements et les massaci'es, arriva dans nos murs le 8 décembre 1793, et descendit à Tauberge du Château-Gaillard ' : les femmes occupèrent des chambres; les hommes furent entassés dans les écuries.
Lepetit se mit en rapport avec les exaltés de Blots, et %ous de concert prirent une résolution sanguinaire. En sortant de ce conciliabule, un fougtteux révolutionnaire osa dire "publiquement:. Ic5 priÉonnièifH sow* dei gueux; demain matin on leur darmera u/ne bonne correeiim, et nous ferons voir au^ Blésoii comment on \e^ arrange. La menace n'était qu6 trop sérieuse. Lt lendemain», les plus zéléi^ tefiH)ridtes se rendirent éfes le matin au Château- Gaillard, pour assister à Texéciltion projetée. Entre hait et neuf heures, Lepetit donna Tordre du départ, et le convoi prit la route d'Orléans. Le même individu qui la veille avait prononcé les pat*oles déjà rapportées, dit alors à Lepetit : Eh bien, vas-tu nous en fusiUer ? Combien?. . . Ils sont tous partis I. . . Nous iroAératVttt?... Maisle fidèle complice avait eu la précaution de réserver les Victimes. Aussitôt apt^ès le défilé du convoi , Lepetit rentre à l'auberge, et fait sortir quatre paysans d une écurie ; lui-même les range wr le bord de la rivière, les feiit ftisiller et
* A rcjLtrêmitc (lu Bourg-Saint- Jcao- où ^^l aujourdliui la maison de roulagr; de M. Brclonncau.
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jeter à Feau tout habillés. Les révolutionnaires applaudissent à ce spectacle par les cris de Vive la nation I L'un d'eux, plus féroce, presse de nouveau Lepetit en ces termes : Esirce que tu ne nous funU leras pas aussi quelques curés? Cette nouvelle demande était prévue; car aussitôt on amena au même lieu cinq prêtres qui subirent pareil sort: leur seul crime était d avoir persisté à dire la messe, et de n'avoir pas voulu se transformer en prêtres des Déesses-Raison. Les assassins partagèrent le peu d'argent que portaient les neuf fusillés. Le personnage qui avait demandé la mort des curés, s'étant assez approché pour recevoir quelques gouttes de leur sang, montrait avec joie au peuple consterné ces taches accusatrices.
A Beaugenc^ il y eut un nouvea« massacre ; mais les autorités orléanaises mirent fin aux assassinats , en plaçant le reste des prisonniers sous la sauvegarde de la loi.
L'administration départementale de Loir-et-Cher fil une enquête sur la fusillade du Château-Gaillard, et adressa le procès-verbal au comité de salut public, avec une lettre qui se terminait ainsi : « Nom » ignorons la légitimité de cette action; mais, d'après » la sensation effi^ayante qu'elle a produite à Blois, » nous avons cru devoir entendre quelques déposi- » tions dont nous joignons ici la copie, afin que » vous puissiez prendre des informations sur cette
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DE fiLOlS. ni
• affiûre. » Ou voit que les administrateurs intimidés n osaient se prononcer sur la criminalité du fait, tant la terreur comprimait les sentiments les plus naturels de justice et d'humanité !
L'exécution du Château-Gaillard est le seul acte sanglant qui ait été commis à Blois pendant la Terreur. La population indignée neput> malgré le zèle de ses magistrats, obtenir le châtiment des coupables, qui furent amnistiés par le gouvernement révolutionnaire. Plusieurs exerçaient à Blois des fonctions publiques; par indulgence pour leur mémoire, nous avons omis à dessein les noms de ces hommes égarés; d'ailleurs il n'existe contre eux d'autre document officiel qu'un acte d'accusation; la justice n'ayant point prononcé, il serait impru*deut de désigner individuellement les acteurs de cet horrible épisode.
L'événement du 9 décembre 1793 coïncida avec la prise du Mans par l'armée vendéenne. Les conventionnels Gu'unberteau et Levasseur^ alors en mission à Tours, craignant l'invasion de l'armée ennemie, qui paraissait vouloir marcher vers Blois, résolurent d'intercepter sur ce point toute communication entre les deux rives de la Loire. En conséquence ils expédièrent à nos autorités l'ordre de rompre immédiatement deux arches du pont: cette dépêche arriva à Blois le 10 décembre, à onze heures du soir ; le conseil général , assemblé en per-
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manence, délibéra aussitôt sur les moyens d'exécution: « Préparons-nous, dit-U, à faire sauter le » pont au premier signal d'alarme, après avoir » évacué sur Vienne les caisses publiques et tous » les papiers des administrations ; et si nous ne » pouvons opposer une digue au torrent dévastateur » des brigands j qu'an moins la France entière puisse » dire : les habitants de Loir-etnCher ont fait tout » lewr possible pour iè dàoumer * . »
Un membre du conseil proposa en même temps de faire disparaître la croix de la pyramide, comme pouvant servir de signe de ralliement oojx brigands; cette motion fiit adoptée à l'unanimité.
Immédiatement après la séance, malgré les ténèbres de la nuit et le mauvais temps, on commença à faire jouer la mine contre le pont; la pluie ne cessa point pendant toute la durée des travaux. Une arche fut rompue entièrement , une autre endommagée. Deux ingénieurs de Tours dirigèrent cette opération ; aux termes de l'arrêté des représentants , ils devaient remplir leur mission dans le plus court délai, sous peine de mort.
A la même occasion, on braqua sur la butte des Capucins deux pièces de canon pour tirer sur les Vendéens, que l'on s'attendait à voir arriver par la roule de Vendôme ou par celle de Châteaurenault.
* Extrait du proccs- \crbal de la s^iancc de nuit.
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DE BLOIS. 22a
1.6 comité révûlutioDnaire de Loir-et-Cher, renchérissant 8ur tes craintes de Guimberteau, pensa que si l'année yendéenne venait à Blois, elle pourrait, avec les magfiifiqnes ormeaux qui décsoraient alors la proBienade du Mail, établir un passage à la brèche du |»nt et gagner la rive gauche ; pour prévenir le danger, le comité ordonna que les arbres seraieat abattus et transportés en Vienne, ce qui fut pronaptement exécuté. La même panique suggéra ridée d'anéantir toutes les plantations de la rive droite, notamment les beaux arbres de la vareuse de Chouzy.
Les alarmes prématurées qui donnèrent lieu à ces mesEures désastreuses, n'eurent point de suite; car les Vendéms prirent une autre direction, et ne vinrent pas à Blois, comme on l'avait craint d'abord '. Le représentant Levasseur arriva même assez à temps pour empêcher la r^ipture d'une seconde arche, et suspendre l'exécution, déjà commencée à Chouzy, de l'arrêté contre les arbres de la rive droite.
Les suspects, renfermés dans les prisons, entendirent avec effî*oi le bruit de la fusillade du Châ^ teau-Gailbrd, et crurent un instant que pareil sort leur était réservé ; mais on se contenta de les trans-
' Le Mans ne resta en leur pouvoir que pendant deux jours ; aprèji cette courte occupation, ils furent chassés par les républicains, et srC replièrent sur Laval.
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férer sur des charrettes, les uns à Orléans» les autres au collège de Pont-Levoy ; le plus petit nombre resta aux arrêts à Blois , en fournissant des cautions, depuis dix jusqu'à cinquante mille livresassignats. Les captifs furent mieux traités dans leurs nouvelles résidences; ceux de Pont-Levoy surtout eurent à s'applaudir des bontés de M. Chappotin, directeur du collège, qui leur accorda une généreuse hospitalité, et les traita moins en prisonniers qu'en amis. La plupart recouvrèrent leur liberté au 9 thermidor, époque de la chute de Robespierre: sans cette heureuse réaction, beaucoup eus8a[it passé au tribunal révolutionnaire de Paris. L'heure de la délivrance sonna trop tard encore pour plusieurs Blésois déjà sacrifiés à la haine des triumvirs du comité. Leurs premières victimes avaient été madame Roger ', religieuse et supérieure de l'Hôtel-Dieu, et le sieur Saulnier, prêtre réfugié dans cette maison. Après avoir laissé ces deux accusés languir plusieurs mois dans ses geôles, le tribunal révolutionnaire condamna l'abbé Saulnier à mort, et madame Roger à une détention de six années dans Thôtel de la Salpêtrière. Cette femme courageuse, traînée en charrette sur la place de la Révolution, assista au supplice de son compagnon d'infortune. Le comité de Loir-et-Cher sou-
* Membre d'une famille ancienne de Blois, qui existe encore.
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DE BLOI$. m
haîfaBt Yivement leur condamnation; deux lettres confidentielles ' qu'il écrivit à Taccusateur Fouquier-Tinville^ annoncent une féroce impatience ; la première est conçue en ces termes :
Citoyen, nous sommes informés qu'on fait à Blois et à Paria mflle démarches pour sauver Saulnier du joli ntpplice de la gmlloUne. Beaucoup de gens intriguent il Paris; une foule de protectenrs assaillissent les juges du tribunal rérolutionnaire. On assure mdme que le prêtre en sera quitte pour la déportation» et la béguine pour la peur ; nous ne croyons pas à un semblable résultat, parce que le tribuual, qui s'est bien comporté jusqu'ici, Be Tondrait pas se déshonorer dans cette afliaire.
La seconde lettre n'est pas moins pressante; die se termine ainsi :
Noos devons tous faire obserTor, citoyen, que la position actuelle de la ville de Blois exige impérieusement que la tête du prêtre tombe bientôt sous le glaive de la loi, et que la peine encourue par la nonne lui soit infligée. Blois renferme un grand nombre d'aristocrates et de fanatiques; la terreur et Teffroi s'empareront de leurs Ames coupables, et le patriotisme reprendra son énergie, si ces deux individus sont condamnés, comme tout le fait espérer ; mais , dans le cas contraire, le salut de la chose puUique est essentiellement compromis dans cette cité.
Enfin une lettre du comité de surveillance de Loir'-et-Cher aux Jacobins de Paris, écrite à la même occasion, contient le passage suivant: « A 9 votre exemple, nous avons placé la terreur à
* Archives départementales.
» Tordre du jour. Lea ariatocPiAai de notjte éipap- » tement sont enchaînés pan les mesure» cotHra^ 9 gduses qpe nous prenoas contire euxy liesrpdtmtes B triomphent» eL çàiral »
C'est ainsi que les terroristes célébraient leurs triomphes déplorables ; la guillotine était le ptiis beau trophée de ce parti sanglante
Les aulne» Blésois qui périrent sur réehi^Had rérvohitionnaire de Paris, ftirent MMl Kmbenef , prêtre, fils d'un conseiller en TËlection de Blois; de Salaberry, second président de la cambre des comptes de Paris, propnétaire de la terre de Fossé, le marquis de Rome, son parent^ qui habitait oe château ' ; Mesnard de Chouzy, père et fils ; de Beauhamais, un de nos députés' à la Constituante ; Barbou, fils d*un maréchal du Bourg-Neufi collaborateur de Dinochau au îournsi le Point du Jûiwr»,
1 AU momcniide la-Réfeliitloo, le mtvquk dtt Rémé fit preure àà civiMD», en idonnuit à> la tille <le Bioii ttoi» plèoe» de ' cataon gagnées par son pAre daatMMe bttatU» dv' temp*' 4e tom» XYi (Sésncéi au 13 août 1789, au comité permanent ). On Toit que lei d6Ma|ogttM do 93 ne lui tinrent aucun compte de cette démonstration patrieti^e:
' Cet homme éneigiqne sabit sa peine atec un «ang^^id remarquable ; une notice, imprimée par ordre de la Ccnvention, sur les condamnés politiques de Pépoque, telate ainsi les derniers moments da Birboa: « C^était im forcené royaliste ; en montant aur Téoltafaud^ il a Tomi des imprécations contre la République , et a crié vive U roi! »