‹ Histoire de BloisChapitre 7 sur 25 · BL(KS · texte numérisé non relu

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nationale fut réorganisée et assujettie à un service de nuit. On envoya une colonne mobile à Saint- Secondin et Moulineuf, lieux suspects; mais, malgré tous les efforts des chefs, les soldats citoyens, après ^elques jours de service, désertèrent pour p^a^er leurs foyers ; un arrêté sévère leur enjoignit de retourner à leur poste, so«is peine d'être piursums comme réfiraotaîres ^ Chaque j^hh", la palice faisait des visites domieiliaîreB ; quelques tail^ leurs ie la ville, soupçonnés de ^^onfectionn^ des kabits pour les chouans, subirent «ne perquisition nÛAutieitt^e.

Des alarmes d'une autre nature se mêlaient à la ebouanoerie; plusieurs bandes de malfaiteurs, profitant étB circonstances poétiques, exploitaient les environs ; Blois même eut éprouvé leurs brigandages, sans la vigilance de l'administration et les nesores 4e sûreté qu'elle s'empressa de faire exé-^ c«ter.

Avant de continuer la suite des événements hi^ toriques de la ville, nous croyons devoir donner m quelques renseignements spéciaux sur des opérations financières qui occupent une grande place dans la période révolutionnaire, et produisirent à Blois de mémorables résultats.

* i9 brumaire, 911 tiii (Icfidcmain d* une journée célèbre).

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Domaines nationaux, biens d'émigrés et assignats.

L aliénation des biens du clergé fut pi^ulaire dans ce pays, où la main-morte possédait une grande partie du sol ; les abus de cette impolitique ab* sorption avaient pesé si fortement sur la majorité des habitants, qu'on vit avec joie rentrer dans la drculation une masse de biens qu'une gestion vicieuse rendait à peu près improductifs. La classe bourgeoise, appelée à profiter de cette grande mesure, prit aussitôt l'initiative de l'exécution : dès le 20 mars 1790, la municipalité de Blois s'^npressa de formuler une soumission de cinq millions de biens nationaux; cet engagement avait pour objet l'acquisition, au profit de la commune, avec faculté de les revendre aux particuliers, de la majeure partie des immeubles dépendant des comnuinautés religieuses qui existaient à Blois et aux environs. La garantie que la municipalité offi^it spontanément aux acquéreurs activa d'une manière sensible l'opération des reventes.

Les adjudications commencèrent dans le dépar* tement de Loir^t-Cberau mois de décembre 1790. Les citoyens les plus honorables de la ville ne se firent aucun scrupule d'acquérir des domaines dont le clergé n'était qu'usufruitier, et dont Theureuse

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fusion devait répandre Taisance et le bien-être, auparavant concentrés dans une classe privilégiée.

Les prix d'adjudication, payables par douzièmes en assignats, atteignirent d'abord leur valeur réeUe; une concurrence très sérieuse les porta généralement à des taux assez élevés. Depuis le mois de janvier 1791 jusqu'au 1 ^juillet suivant, les assignats demeurèrent au pair; aussi |les adjudicataires qui ont soldé durant cette première période ( et ils furent nombreux) ont-ils effectivement payé les biens nationaux à leur juste prix. Les choses changèrent en 1793 : le défaut de confiance et l'agiotage firent tomber la valeur des assignats, et par suite celle des biens nationaux, qui furent alors livrés à des prix très inférieurs. Cette seconde période paraissait devoir offrir au tiers-état d'immenses chances de prospérité; mais peu de personnes osèrent en profiter ; car, sous le régime de la terreur^ il n'était pas sans danger d'être riche, même en biens nationaux : aussi peu de fortunes datent-elles de cette époque où les spéculations offiraient tant de risques.

Il serait difficile de déterminer le produit total des ventes de biens nationaux dans le département de Loir-et-Çher. Le relevé exact ne parait pas avoir jan^is été fait; le désordre administratif qui régnait à l'époque révolutionnaire empêcha sans dou^ te de conserver les éléments de ce compte. On voit

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S5ft HISTOIRE

néanmoins par led fiommiers que, du 29 décembre 4790 au 4 septembre 1 795, il y eut dans le distriet de Blois 4,942 adjudications montant à 40 milKons 586,31 8 fr.< Ensuite il resta peu de domaine nationaux à vendre, tant Foperation avait été active et prompte. Du 6 août 1796 au 5 mars 4799, on ne trouve plus, pour tout le département, que 893 ventes.

L'aliénation des biens d'émigrés n*obtint pas le même succès que celle des biens du clergé. Le gouvernement fut obligé de les offrir à vil prix; encore trouva-t-il peu d'acquéreurs. A cette occasion, Couthon, membre du comité de salut public, écrivait aux administrateurs du district de Blois :

FaitcÊ tous vos efforts pour vendre les biens de$ ennemis de la république. S*il le faut, vmdez-les à vil prix. Si vous ne trouvez posa les vendre^ dùr^ nezAes /. . . .

Ainsi, dans la pensée de la Convention, la Vente

^ Les mêmes domaines se rendraient au>oilrd*hui trente millions au moins, par suite de la plus-value des propriétés foncières. Ca chiffre donne une idée de Ténonne masse de biens possédée par le clergé blésois. On peut sans exagération affirmer qne le tiers environ du sol lui appartenait en toute propriété; il percevait en ouue lei droits féodaux et la dime sur les deux autres tiers.

Le chiffre de 10,386,318 fr. résulte d*un sommier déposé aux arebives de la préfecture. Diaprés un relevé que nous avons fait sur le même registre, il fut, dans la période du 22 dèaembre 1790 au 4 septembre 1795, aliéné 450 maisons du patrimoine ecclésiastique, situées dans la seule ville de Blois ; et il en restait encore à vendre

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des bieâs d* éinigrés était bien moiM un^ cfpéttûon financière qn'une mesure politique; car elle se proposait avant tout de rattacher à son existence deâ bofiinies qu'elle engageait, compromettait même par ces acquisitions, et non de remplir ses coffres d'assignats sans yaleur qu'die febnquait à profusion.

Indépendamment des causes tenant à la politi^ que générale, il y eut beaucoup d*autres circoiNstances de localité qui entrarèrent Fexécution de cette mesure violente. Les émigations de familles entières forent rares dans ce pays; la plupart des émigrés blésois y avaient laissé de très proches parents dont la présence inspirait de légitimes scrupules aux personnes tentées de se rendre adjudica-* taires. Les familles, de leur côté, faisaient tous les eflbrts imaginables pour conserver un dépôt confié par les absents à leur sollicitude. Aussi laissa-t-on à ces parents la faculté de racheter sous-main les domaines séquestrés, ou de se les faire attribuer par des partages de présuccession. L'administration, reconnaissant les difficultés de la vente, se prêta assez volontiers à des arrangements de famille qui la débarrassaient de biens peu recherchés: rarement elle laissa échapper ces occasions de lever un séquestre plus dispendieux que productif. Enfin il est à remarquer que les possesseurs de la plupart àes ebâteaux et des grands domaines situés

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16a HiSTOiftE

aux environs de Blois ne sortirent point du royau* me : c'étaient en général des vieillards qui, laissant à leurs fils les périls de Témigration, préférèrent attendre en France le résultat de la lutte ; plusieurs même ne quittèrent pas le sol blésois, et vécurent dans leurs terres patrimoniales aussi paisiblement que les circonstances le permettaient. La présence de ces chefs de famille sauva beaucoup de domaines considérables, malgré l'émigration de leurs héritiers présomptifs. La confiscation n'atteignit guère que de petites propriétés ou des parts de présuccession. Les grandes masses de bois échappèrent aussi à la vente : cette exception introduite dans la loi profita à plusieurs Blésois dont les domaines se composaient en partie de forêts étendues.

Après la révolution, les émigrés qui rentrèrent en France dans un certain délai, recouvrèrent leurs biens non vendus. Le gouvernement de Louis XVIII compléta cette restitution, en relevant les familles de toutes les déchéances qu'elles avaient encourues d'après les décrets impériaux. Enfin la loi d'indemnité (1833) accorda aux propriétaires dépossédés ou à leurs successeurs l'équivalent en rentes 3 0[o des domaines aliénés.

Le papier -assignat, base de toutes les spéculations sur les biens nationaux, fut, pendant la Terreur, la seule monnaie courante. On ne voyait plus ni or, ni argent; la possession du numéraire

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DE BUHS. ^1

était même une cause de suspicion, un prétexte de visites domiciliaires; tous ceux qui conser- Talent des espèces les cachaient soigneusement; les orfèvres exigeaient des escomptes exorbitants pour les échanger contre des assignats ; encore Êtisaientrils difficulté, car ils craignaient eux-mêmes d'être in({uiétés et pillés.

Les assignats, émis d'abord aupair, éprouvèrent une suite non interrompue de dépréciations, et finirent par perdre toute leur valeur. En dernier lieu, personne n'en voulait plus, tellement que les détenteurs de cette monnaie fictive ne pouvaient se procurer les denrées de première nécessité.

Cette époque de baisse fut très avantageuse pour le paiement des domaines nationaux. Les remboursements de créances et de rentes n étaient pas moins faciles avec les assignats dépréciés : au moment de leur chute définitive , les débiteurs retardataires voulurent saisir une occasion qui allait échapper sans retour ; beaucoup furent obligés de recourir à la justice ; les officiers ministériels ne suffisaient plus aux procédures occasionnées par les refus de» malheureux créanciers; jamais peutnètre il ne fut posé tant d'exploits, ni prononcé tant de jugements àBlois.

Le papier-monnaie, cause de tant de perturba-^ lions, cessa d avoir cours le 20 mars 1796. Bientôt après, un arrêté de radministration centrale de

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Loip-et-Cher détermina sa valeur, aux différentes époques, comparativement à celle du numéraire* En parcourant cette échelle de dépréciation, on voit que cent livres d'assignats ne valaient plus que 87 livres d'argent à la fin de 1791, 74 fin de 92, 55 fin de 93^ 25 fin de 94, 12 sous fin de 95, 8 deniers à rinstant de la suppression. Les liquidations et les paiements, soit dans la comptabilité publique, soit entre particuliers, s'opérèrent d'après les évaluations de l'arrêté administratif.

La démonétisation du papier eut de tristes résultats : plusieurs familles du pays, obligées d'acquitter en argent des obligations contractées sous l'empire des assignats, éprouvèrent le terrible contrecoup de cette réaction. Les acquéreurs de biens nationaux, qui n'avaient pas soldé leurs prix, fiirent aussi cruellement déçus : les paiements forcés en écus absorbèrent presque tout le bénéfice de leurs opérations ; car l'argent était devenu d'une extrême rareté, et l'on ne trouvait plus à emprunter qu'à des taux énormes.

Les conséquences désastreuses de la crise financière occasionnée par la chute des assignats se faisaient encore sentir à Blois, lorsque le pays passa sous un régime politique qui promettait plus de stabilité aux transactions civiles et commerciales.

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BLO» MPmS Là MlftVOLOTiON ICSQU'A NOS I0CJB8.

itèMMit di Ctimlil. — léUklisseMit k Tordre. — Coneordit et Msudeiice. — Aiûre de dionaoïerie. — Baf ttee de I"* Cerkigiy.

— S^nr de prisemiers élnigen. — Passage di rei d'Espagie. — Passage de Napoléeo.—FélesderEBpire. — Mseite de i8i2.~La tégeice ï Mets. — lallieiirs pnblics. — Prenière testaaratioi. — Cent Joirs. — Imsiei. — Seceide lesUoratioi; réactions politiques. — Fêtes données SMS h lestanralÎM,— lissioB reHgiene. — Jonnées de JaiUet 1830.-^

' PrMès des aecvés Terféen. -Congrès sdeitiifie.— «rfle de 1839.

— GkeBildefer.

L'avènement du Consulat fut pour le pays une époque de pacification et d ordre. Les réfractaires qui s'étaient joints à l'armée vendéenne, profitèrent de l'amnistie générale pour rentrer dans leurs foyers : dès*lors la conscription s'opéra sans diffi-

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304 nistaiRE

culte, et le gouvernement n*eut plus besoin de rigueurs pour attirer et retenir sous les drapeaux la jeunesse blésoise.

Beaucoup de personnes qui s'étaient tenues à l'écart pendant les orages de la révolution, acceptèrent sans répugnance des fonctions publiques du nouveau gouvernement. En même temps le retour des émigrés combla de joie plusieurs familles blésoises, privées depuis un certain nombre d'années de membres qui leur étaient cbers ; des restitutions considérables de biens séquestrés suivirent cet heureux retour.

Malgré tous les symptômes de réconciliation, la chouannerie ne disparut pas aussitôt de nos contrées ; les chefe vendéens conservèrent des intelligences secrètes dans le pays, et ITiôtel des Trois- Marchands continua d être le rendez-vous d'une agence royaliste; c'est là, dit-on, que fut concertée en 1804 larrestation de M. Clément de Ris ', sénateur, et qu'il fut traité de sa délivrance entre

* Ce personnage n*était pas aimé des chouans qu^il avait plusieurs fois dénoncés ; une de leurs escouades le surprit, au mois de seprre de Beauvais, près Tours (commune d*Aposa dans une caverne située aux environs indant quinze jours gardé à vue et nourri au >osa que plusieurs Blésois avaient pris part à aucune personne du pays ne fut comprise I au tribunal spécial de Maine-eC- Loire. Le 319 condamnations & mort; la sévérité excès* sit une impression pénible.

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m DLOIS. 965

les émissaires du gouvernement et les agents du parti vendéen.

L'influence salutaire d'un gouvernement régulier ne tarda pas à se faire sentir dans le pays. L'agri* culture» le commerce ef t*industrie^ paralysés par les troubles révolutionnaires, reprirent un nouvel essor. La réapparition du numéraire, seule base solide du crédit, ranima la confiance qu'avaient anéantie les fatales déceptions du papier-monnaie. Le pays tout entier sembla sortir de ses ruines : autant la destruction avait été affreuse dans la période qui venait de s écouler, autant fut brillante et prospère la réorganisation complète due au nouvel ordre de

Le rétablissement des autorités administratives et la création d'une préfecture doivent être comptés parmi les grands bienfaits de la mémo époque.

Bientôt les habitants virent avec joie la restauration du culte catholique, longtemps interrompu. La révolution avait froissé toi Kgieux du pays ; les prêtres C( spiraient aucune confiance; ( pris part aux excès de la Tei valent pas même été oi^doni Les églises desservies par ces vo'u* et sans considération et la fois des esprits-forts et des catlioiiqucs serupu-

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leux ; ces derniers continuaient leurs réunions clandestines, et suivaient toujours les prêtres insermentés. La promulgation du concordat de Tan x, grande mesure destinée à faire cesser un si triste état de choses, devait rendre la paix aux consciences et rétablir dans toute sa force le ministère ecclésiastique. Au sortir des crises désespérées que le culte venait de subir en France, on pouvait espérer que ce pacte réparateur serait accudlli avec empressement et reconnaissance par tous les zélés catholiques; il n'en fut point ainsi dans ce pays. Un certain nombre de personnes pieuses, dirigées par des prêtres attachés à M. de Thémines, ancien évêque de Blois^ refusèrent de se soumettre aux nouvelles règles ; elles prétendirent que TÊtat , même avec Tassentiment du pape, n'avait point eu le droit de changer la circonscription des diocèses, de supprimer notamment Tévêché de Blois, de réunir son ressort à celui d'Orléans, d'enlever à M. de Thémines le titre et les droits épiscopaux. Ces idées, soutenues avec toute la chaleur des convictions religieuses, donnèrent naissance à une secte qui fut désignée sous le nom de petite église ou dUiidents : soumise à la direction absolue de M. de Thémines, elle ne reconnaissait que lui pour chef et pour évêque ; elle traitait d'intnu le prélat auquel la nouvelle organisation avait confié l'administration religieuse du déparlement > et refusait

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d assister aux cérémonies du culte, célébrées daas les églises par les curés de nouvelle institution. Du reste elle était peu nombreuse à Blois ; trois prêtres seulement y avaient embrassé la dissidence, et le nombre des fidèles qui suivirent cette règle , ne s'éleva jamab au-delà de 60 à 80 ; on célébrait les offices dans une maison particulière de la rue du Foix, où les dissidents avaient une petite chapelle. Tous les efforts des amis éclairés de la religion ne purent parvenir à dissoudre cette secte opiniâtre; L'autorité civile, prévoyant avec raison qu'à la mort de M. de Tbémines une division, désormais sans prétexte, s'éteindrait naturellement, eut la sagesse, bien qu'excitée à diverses reprises par des conseils violents, de fermer les yeux sur ces inoffensifs rassemblements, et d'attendre tout du temps ; ses prévisions n'ont point été trompées ; la dissidence a cessé d'exister à Blois ' ; mais il en reste encore quelques traces à Vendôme, ville qui dans l'origine fut son principal foyer. Ce schisme, auquel la génération actuelle ne s'est aucunement associée, s'af-r faiblit chaque jour: si la conduite des premiers zélateurs parut appuyée sur des motifs jusqu'à un certain point plausibles, tels que l'existence de M. de Tbémines et son caractère indélébile d'évê^

* M. Lccour, dernier prélrc de la peiUe église du Foix, est mort 'il y a environ 10 années.

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que , ce n'est plus mahilenant qu'une affaire d'entêtement qui ne peut pas même se eolorer de prétextes spécieux.

Peu de temps après la proclamation du concordat, le département de Loir-et-Cher ftit consulté commo les autres sur le projet de conférer à Bonaparte le consulat à vie. On ouvrit des registres aux mairies et chez les notaires ; le relevé des signatures donna pour résultat : 40,593 suffrages ailirmatifs dans le département, 309 seulement à Blois ; c'était peu comparativement au chiffre total des citoyens actifs qui auraient eu droit de voter ; mais il parait que tous les opposants s'abstinrent.

Le vote sur l'érection de l'Empire réunit dans le département 10,588 suffrages afiirmatifs; la ville de Blois en exprima 396 affirmatifs et 8 négatifs. La députation départementale, chargée de porter le résultat des votes à Napoléon, se composait de MM. Corbigny , préfet , Verdières , général commandant le département, Martin, président de la cour criminelle, Turpin, président du conseil général, Bergevin, maire de Blois, et Gallois, curé de Saint-Louis.

Tandis que la main victorieuse et toute puissante de l'Empereur replaçait l'ordre social sur les bases solides de la religion et de la monarchie , un fait inexplicable se produisit aux environs de Blois. La chouannerie, qui depuis plusieurs années sem-

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blait complètement éteinte, se révéla de nouveau parla plus ijnprudente desécbauffourées. Quelques personnes déjà compromises par leur participation aux guerres de la Vendée et aux enrôlements de la chouannerie , i*é6oIurent d'arrêter la voiture de Vendôme , qui transportait à Blois la caisse du receveur particulier, et de s'emparer de l'argent qu'elle pourrait contenir. Le rendez-vous fut donné aux conjurés par de petites lettres anonymes : une de ces missives intimes était ainsi conçue: « Mon cher ami , je vous préviens que le ren- « dez-vous pour la chasse aux Umps est à l'Étang > du Aoi sur la route de Vendôme. » Les destinataires, qui savaient le mot de l'énigme, ne manquèrent pas de se trouver au lieu convenu. Au jour et à l'heure indiqués, plusieurs individus masqués allèrent se poster dans les rochers qui bordent la route, et guetter la voiture publique; quand le moment futvenu^ ils sortirent deleur embuscade, se précipitèrent à la tète du cheval, et forcèrent le conducteur à se détourner dans les terres : déjà ils s'étaient éloignés de la grande route, et se disposaient à défoncer la caisse contenant plus de 40,000 francs, lorsque des circonstances imprévues, qui n'ont jamais été bien éclaircies, les forcèrent d'abandonner leur proie. Cette capture eût été une bonne fortune pour la chouannerie, alors pauvre et désorganisée. Mue par un esprit de bienveillance et de conci-

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27a HISTOIRE

liation, craignant aussi avec raison de compromettre des familles honorables et de raviver des haines éteintes, l'autorité fit tous ses efforts pour étouffer cette^ffaire ténébreuse, et s'abstint de poursuites judiciaires; cependant elle connaissait les coupables , et pouvait les livrer à la rigueur des lois ; en les épargnant elle fit preuve de longanimité. D'ailleurs le temps des réactions et des vengeances était passé ; l'administration, préoccupée d'objets vraiment utiles, abandonnait les questions de personnes , pour s'occuper enfin des intérêts du pays , si négligés pendant toute la période révolutionnaire. Blois goûta bientôt les fruits de ce changement salutaire. Un homme distingué « dont la mémoire est toujours honorée dans le pays , M. de Corbigny , préfet , avait réorganisé tous les services publics, relevé les établissements de bienfaisance et d'instruction. Son activité préparait encore de nouvelles améliorations, lorsque le conseil municipal saisit une heureuse occasion de lui témoigner la reconnaissance et l'attachement de la population, en l'invitant à accepter la ville de Blois pour marraine de l'enfant dont sa femme était en? ceinte ^ Le parrain fut M. le prince Eugène de Beauliarnais, fils de Timpératrice Joséphine. Ce personnage vint à Blois, au mois d'août 1804, présider le

> Délibération du 6 ventôse, ai» xti.

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DE mois. 271

collège électoral du département ; le mémorable baptême de la fille de H. de Corbigny eut lieu la veille des électioDs. La ville fut représentée aux fonts par mademoiselle Bergevin, fille du maire ; Fenfant reçut le nom flatteur de Mademoiselle de Bloi$i une fête brillante suivit cette cérémonie religieuse.

Avant de se séparer, le collège électoral adopta unanimement une adresse à Tempereur, où il expri^ mait le vœu qu'une statue de marbre blanc lui fût érigée sur le pont de Blois. Dans la session qui suivit, le conseil général vota un impôt extraordinaire pour l'accomplissement de ce projet ; sa délibération, datée, du S floréal an XIII, contient ce passage adulateur :

« Le vœu que lecollége électoral a émis n'est que

> l'expression de celui de tous les habitants du dé-

> partement, et le conseil met au rang de ses pre-

> miers devoirs de proposer la manière de couvrir

> la dépense qu'exigera l'érection d'un monument » qui, en éternisant la mémoire de Napoléon , éter-

> nisera aussi le dévouement des habitants dé Loir-

> et-Gher. » La statue eût coûté au moins 60,000 fr. ; mais le gouvernement se montra plus ménager de nos finances que les notables du pays , et refusa d'autoriser une dépense qui aurait surchargé les eontribuables , sans rien ajouter à la gloire de Napoléon.

La même année, l'ordre de la Légion-d'Honneur,

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2Vt HISTOIUE

récemment établi, fut inauguré à Blois par une cérémonie qui eut lieu dans l'église Saint-Loub, le 29 octobre 1804 : au milieu de la messe, M. de Corbigny et sept notables du département reçurent des mains du général Yerdières les premières croix de cette décoration, qui compte aujourd'hui dans le même département un grand'-croix,'^deux grands-officiers, quatre commandeurs, seize officiers et cent soixantequatre chevaliers.

Les guerres de l'Empire amenèrent à Blois un grand nombre de prisonniers étrangers. Vers 1805 le gouvernement y envoya 700 soldats russes; une partie logeait au château, les autres, chez les habi-« tants de la ville et des communes voisines, qui les employaient à divers travaux. Us partirent après un séjour de dix-huit mois, à l'exception de plusieurs qui demeurèrent au service de M. Mostowky, propriétaire de la terre de la Motte-Beuvron.

Plus tard (1 81 3) des officiers et gentilshommes suédois, victimes d une trahison, furent relégués à Blois, et logés chez les habitants ; ces hommes distingués, la plupart doués d'un extérieur remarquable, étaient admis dans les meilleures maisons de la ville ; leur conduite irréprochable, leurs manières aimables et polies méritaient cette bienveillante hospitalité; leur séjour n'eut aucune des rigueurs de l'exil.

D'augustes infortunes reçurent aussi dans nos

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t>£ BLOfê. 375

murs un accueil qui témoigna du bon esprit des habitants. Le 22 mai 1 808, le roi et la reine d'Espagne» après leur abdication forcée, passèrent à JNois, et s'arrêtèrent deux heures à Thôtel de la Boule^'Or\ où le préfet vint les complimenter. Le monarque d^ossédé eut un mot assez heureux; la foule rassemblée sous les jfenëtres de Thôtel criait Vifveh Bùi I « Hélas, dit en soupirant le vieux Charles IV , ib deDraiefU plutôt crier: vivelapaix I » En voyant passer ces majestés déchues, les Késois purent se rappder la réception pompeuse que leurs pères avaient iaite au chef des Bourbons d'Espagne en 1700, et compara deux voyages de motifs et d'ap-^ fareiU si dif)ers.

Après avoir salué les vaincus , Blois fêta le conquérant. Le soir du 4 3 août 1 808, Napoléon, venant d'Espagne, arriva dans nos murs, avec Timpératrice Joséphine et une suite de généraux. Descendus à la préfecture , ils y soupèrent, et repartirent à 10 heures du soir pour Vendôme^ sans avoir assisté au bal donné par la ville. L'empereur laissa 6,000 fr. aux pauvres de Blois; ce fut presque une compen-sation, car la fête municipale coûta 7)900 fr.

Le conseil profita du passage de Napoléon, pour lui présenter une adresse sur les besoins financiers de la ville et sur plusieurs projets d'utilité locale. Entre autres demandes , il sollicitait l'établissement d'une cour impériale à Blois , et formulait le

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vœu que THôtel-Dieu fût réuni à l'Hôpital-Généraî de Vienne, sous le titre unique A'Hofpke-Na'piÀéon; ces projets, comme tant d'autres de la même époque, n'eurent point de suite.

Sous l'Empire, les fêtes publiques eurent un grand éclat ; la ville s'imposa souvent des sacrifices considérables pour ces manifestations officielles, auxquelles le gouvernement semblait attacher une extrême importance.

A la naissance du roi de Rome (1811), Bloîs dépensa, pour célébrer cet événement dynastique, 7,200 francs, y compris 3,000 francs employés à la dotation de ronèreê. Un décret impérial avait recommandé aux villes ces actes de bienfaisance» et prescrivait de choisir les épousées parmi les jeunes filles paurre^ et t^erttieuses du pays.

Le premier mariage de rosières eut lieu à Blois en 1805; un conseiller de préfecture conduisit les deux élues dans l'église Saint-Louis oii fut célébré le mariage religieux: au milieu de la messe, ce fonctionnaire civil d'abord, et ensuite le curé officiant, prononcèrent des discours de circonstance. Il y eut de semblables cérémonies à la plupart des fêtes impériales \

* Les deux principaux annifersaires étaient [alors celui de la naissance de Napoléon (15 aoAt)y et celui de son. couronnement (6 décembre).

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