BLOIS
Dans les dernières années de l'Empire, le pays éprouva les malheurs de la disette. Des achats considérables de grains pour la guerre d'Espagne avaient épuisé les greniers et les magasins. Cepen* dant la récolte de 1841 donnait les plus belles espérances; on était arrivé à la mi-juin^ et l'aspect des moissons prochaines commençait à rassurer les populations; mais en 10 ou 12 jours, des pluies froides du vent d'est détruisirent les trois quarts au moins des froments; le peu qui en resta était de la qualité la plus médiocre. Ce genre d'intmipéries fut une exception momentanée aux chaleurs excessives de l'année, qui brûlèrent même les seigles de la Sologne.
Les cours du marché de Blois s'élevèrent bientôt. La hausse se manifesta surtout à partir du mois^e janvier 1812; le gouvernement, pour en arrêter les progrès, fit revivre la loi du maximum^ et défendit de vendre le froment plus de 33 francs l'hecto- Htre; mais ce taux, quoique déjà excessif, fut bien dépassé; des ventes clandestines eurent lieu aux prix énormes de 55 et 60 francs. Les achats se faisaient à domicile ; car les fermiers avaient cessé d'amener leurs grains au marché, malgré les réquisitions pressantes de l'autorité et l'envoi de garnisaires chez les récalcitrants.
Dans ces circonstances critiques , l'administration prit plusieurs mesures salutaires. Une
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souBcriptk)n charitable» ouverte par ses soins, produisit 1 4,000 francs qui furent mis à la disposition du bureau de bien&isance. La distributbn des soupes économiques à la Rumfort fut un des moyens employés pour secourir la classe pauvre ; chaque commune devait en fournir un certain nombre par jour; le contingent quotidien de la ville de Mois était de 1 ,240 portions.
Des commissaires, choisis parmi les notables habitants^ se chargèrent» sans rétribution et même sans aucune indemnité de voyage, d'aller au loin feire des provisions de grains et de farines ; ils par coururent la Beauce et le pays chartrain, et firent des achats considérables dans ce pays, à Êtampes surtout. On établit un grenier d'abondance dans un vaste bâtiment situé sur le port Saint-Jean ; le blé s'y vendait au cours du dernier marché ; c'est ainsi que Blois et les environs furent approvisionnés pendant plusieurs mois. Le magasin, suivant lobjet de son institution , ne devait être ouvert qu'aux habitants de la Ville et des communes voisines ; malgré cette restriction , les acheteurs affluaient de tous les points du département; il en venait même d'Amboise ; et l'on aimait mieux les satisfaire que de compromettre par un refus la tranquillité publique, en exposant hi ville à des troubles et à des émeutes. La taxe du pain continuait d'avoir lieu ; mais ce n'était plus qu'une fixa-
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DE BLCHS. im
tion iHusoîre; car elle restait toujours au-dessous dtt prix réels : la mercuriale la plus élevée de l'an-» Hée 4812 porte le pain à 3 fr. 85 c, et cependant il est certain qu'en mai, juin et juillet, il se vendit à Blois de 4 fr. 50 à 5 fir. ; encore n'en avait pas qui vtolak , car les boulangers feisaient là loi ; Tauto-^ rite, craignant de plus graves désordres, tolérait letnrs prétentions exagérées), et filmait les yeux sur l'inexécution de la taxe. Les cours ne commencé^ r^t à fléchir qu'après la moisson qui fût asset 8atis£dsahfe.
Le pays blésois eut sa p^rt des désastres de 1 81 3 et 181 4 ;. les revers de nos années et les nécessités continuelles d'une guerre à outrance lui imposèrent alors de lourds sacrifices. La conscription, renforcée de nouvelles exigences, désola de plus en plus les &milles. Le prix des remplaçants de\int exorbitant, et même on n'en trouvait que très difficilement, par suite de la fréquence des^ levées en masse; les obligations pécuniaires, contractées pour soustraire aux dangers du service des fils appelés sous les drapeaux, compromirent gravement les intérêts de personnes qui s'engagèrent au-^elà de leurs moyens. Le sort des conscrits exdtait sans cesse de douloureuses préoccupations ; ce n'étaient pas de vaille inquiétudes, car beaucoup de Blésois «urent à pleurer leurs parents victimes de combats meurtriers. L'élHe de la jeunesse paya aussi son
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tribut à la milice éphémère des gardes d'honneur ; ce nouveau service exigé des mdUeures familles de {Mois, v'mt encore aggraver les vacations du régime militaire qui pesait sur la France.
Tandis que la guerre absorbait une multitude d'hommes, Tagriculture manquait de bras, et plu- ^i^urs propriétaires laissaient leurs terres en friche, faute de laboureurs; le commerce languissait; tes carrières libérales fesswtaieot eUes-mèmea une wtr^nte pénurie de sujets capables.
Enfin Taugmentation des impôts et Tusage immodéré des réquisitions , triste conséquence de campagnes désastreuses, achevèrent de rendre oppressif et impopulaire un gouvernement dont hi chute était prochaine. Cette catastrophé, que présagèrent plusieurs signes avant-coureurs, fut pour notre ville une époque bien mémorable.
i,a BégwMM pressée par Finvasion étrangère, quitta PavÎB, et vint s'installer à Mois le % avril 18ii, v^le du jour des Rameaux. Marie-Louise, impéi^trioe régente, était accompagnée du roi de Home, des rois Jérôme, Loub çt Joseph Bonaparte, 4e Madame mke Marie Letizia, et des dignitaires 4e FEmpôre, parmi lesquels on remarquait Cambar oérès, arehichancelier. Mole, ministre de la justice, Montalivet, ministre de Tintérieur, Saviori, ministre de la police, R^paault de Saint-Jean d'Angeli, covaeîtlep d'état. Mari^Louiie et son fils occupèmit la
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m BLOtS. STf
{préfecture (aujourd'hui Tévècbé) ; les autres personnages forent logés dans les maisons des principaux fonctionnaires et négociants de la ville. Les eonseils de Régence avaient lien à la préfecture^siége momentané du gouvernement provisoire de Marie- Louise. Les abords de ThMel étaient sans cesse assiégés de courriers, porteurs de dépêches sinistres ; ear toute faction de cette ambulance politique se réduisit pour aiu^ dire à un mouvement d'estafettes.
Le 4 avril, les rois Joseph et J^ôme partirent pour Oriéans, dans le bat de s^assmrer s'il ne convwnit pas d'y transférer la régence, pour&ciliter ks eommunieatîons avec Tempereur; le lendemain ib revinrent à Mois, sans avoir pris de résohitîon.
Le 6 avril, par suite de roecupation de Paris, on vit arriver Técole polytechnique, cette de Charenton et eelfe des pages. Les hôtels et maisons particulier res étaient encombrés; jamais, depuis les femeux Etats de 4588, il n'y avait eu autant d'étrangers notaUes réunis à Blois.
La régente, enfermée dans l'hôtel de la préfectnve, délibérait avec ses beaux^&ères ; une situation si eritic|ue feisait naître les avis les plus contradictoyres ; enfin b force des circonstances imposa une détennination passive. Le 7 avril, Marie-Louise fit afficher en ville une proclamation presque sup*
sao msToiRB
pliante ; car la, cause de Napoléon était définitiye* ment perdue, et Timpératrice ne pouvait plus opposer de résistance à Finvasion.
Cependant une des arches du pont recelait 600 livres de poudre^ à Tinsu des habitants; lés ministres de la Régence n'attendaient que le momoit de faire éclater cette mine cachée et de renouveler la désastreuse opération de 1793; Marie-Louise quitta Blois avant que les progrès de l'invasion vinssent exiger l'accomplissement de cette mesure désespérée. Un instant l'impératrice eut le projet de se retirer à Chambord; déjà même elle avait envoyé dans ce château la voiture du sacre ; mais bientôt elle prit le parti de se dirige sur Orléans par la rive droite. Le départ de ces hôtes illustres eut lieu le samedi 9 avril, veille du jour de Pâques^ à dil heures du matin ; le cortège traversa la Gratir ds-Pièce et gagna la route d'Orléans , ville où la Régence rendit le dernier soupir. Louis Bonaparte demeura quelque temps encore dans nos murs avec Gambacérès, r6XKM)nventionnnel , qui ayant voté la mort du roi» n'osa d'abord s'approdiar de PariSé
L'arrivée» le séjour et le départ des sommités impériales produisirent plus de mouvement extérieur que de sensation politique; la ville r^pretta surtout de perdre sitôt une source inaccoutumée d'avantages matériels.
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Quelques jours après la retraite de Marie-Louise» un corps de cinq à six cents Cosaques , qui s'était égaré dans la Beauce, arriva à Blois; son apparition inattendue causa quelque eifroi; mais cette troupe» épuisée de fatigue et de faim, ne demandait qu'un asyle et des yiyres. Ces inoffensifs Cosaques campè^ rent trob jours et trois nuits sur la Grande-Pièce ; car Tautorité ne voulut pas les laisser entrer en xiUe; satis&its des provisions abondantes qu'on leur fournit, ils obéirent sans difficulté aux injonc^ tions administratives, et partirent après s'être gorgés de viandes et de liqueurs fortes.
Bientôt on apprit k capitulation de Paris et la rentrée des Bourbons. La nouvelle génération ignorait pour ainsi dire l'existence de l'ancienne famille de nos rois; l'Empire avait tout absorbé, tout, jusqu'anx souvenirs de la monarchie légitime et de la révolution elle-même ; aussi le retour de Louis XVIII excita-t-il peu d'enthousiasme à Blois ; on ne savait quel parti prendre, on attendait.... M. le duc d'AngouIême, qui traversa le département au mois de mai 18ti, en venant de Bordeaux, put remarquer l'indifférence et la réserve des populations. L'un des plus beaux régiments de l'ancienne garde impériale, celui des grenadiers à chevaU tenait alors garnison à Blois ; le prince le passa en revue sur les grèves de la barrière du Foix ; l'attitude morne et concentrée de ces braves militaires^ leur
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silence absolu, malgré les incitations royalistes dont ils furent l'objet, révélaient la profondeur de leurs regrets; le duc en fut, dit-on, vivement bktssé. Quelque temps après, le maréchal Ney vint inspecter oe régiment, qu'il traita avec une excessive sévérité, malgré son excellente tenue et ses antéoé* dents irréprocliables; ces rigueurs imméritées de la part d'un ancien frère d'armes, donnèrent Ueu a des soupçons et à des conjectures diverses , qui furent encore accrédités par la conduite ultérieure du maréchal. Ce beau corps fut bientôt presque désorganisé, et perdit son nom pour prendre celui de preÊfder de cuiramers. Des mesures si impofitiques produisirent un vif mécontentement dans ses rangs, et plus tard il embrassa avec une nouvelle ardeur la cause de Napoléon.
La Restauration de 181 4 conserva le personnel de nos administrations locales; le préfet même, M. de Christiani, fut maintenu : le respect du nouveau gouvernement pour les positions acquises fut une des causes qui lui rallièrent la majorité des habitants. Les populations, fatiguées des exigences de la conscription, avaient reçu la paix que leur apportait Louis XYIU, et commençaient à respirer après de longues transes. Les familles d'émigrés, appauvries par la révolution, recouvrèrent ceux de leurs biens qui n'avaient pas été vendus, et sortirent de Fétat de gène où la confiscation les avait
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plongées ; la restitution de ces biens « prononcée par la loi de 1814, releta dara le pays blésoîs plu-sîeurs fortcnes déchues. Cette mesure de justice obtint Tassentimeât généml; il n'en fut pas de même de quelques pensions attribuées ssum titre connn à des personnes dont la fidditi monaoïchi^ que était même un pmnt fort douteux.
Malgré les dispositions modérées des mmes, quelques royalistes exaltés manifestaient des idées de réaction qui heureusement trouvèrent peu d'écho. Des paroles imprudentes descendirent aussi de la chaire évan^étique : le 10 juin 1814, on c^bra dans Féglîse Saint-^Louis le premier service expiatoire pour la mort de Louis XYI et de Marie^Antoinette ; plusirars passages de Toraison fnn^re produisirent une sensation pénible.
Au moment où la charte yeoait sceller la réconciliation des partis^ c'était au moins une maladresse d'évoquer les souvenirs brûlants de la Révolution ; mais le parti royal»te ne sut pas toujours garder les ménagements convenables; son imprévoyance prépara une catastrophe qu'il lui eût été possible de prévenir*
Lorsque la nouvelle du débarquement subit de Napoléon parvint à Blois^ les partisans les plus dévoués des Bourbons essayèrent de former un corps de volontaires royaux ; quelques personnes répondirent à cet appel ; mais les cvcnements du
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SO mars firent presque aussitôt échouer ces fidble^ tentatives de résistance. M. de Qiristiani, préfet, ne réussit pas mieux à ranimer le zèle bonapartiste ; on lut avec indifférence la proclamation où il disait que Timpératrice Marie-Louise aoait eu à êe louer deg BUms pendant sa courte résidence, et qu'elle 9eraU leur protectrice auprès de sa Majesté; l'impression passagère de la Régence était déjà presque effacée.
Les registres, ouverts dans les dépôts publics pour Tacceptation de l'acte additionnel^ obtinrent dans le département 13,142 suffirages afiirmatifs, un seul négatif. La ville de Blois n'en donna que 4S3 : ce nombre, assez faible proportionnellement au chiffre total, prouve que les habitants s'associer rent peu au rétablissement éphémère du régime impérial. Lors de la convocation des collèges électoraux qui nommèrent la nouvelle chambre des représentants, fa plupart des citoyens ayant droit de yoter, ceux de Blois surtout, préférèrent s'abstenir. Tous les membres de ces collèges ftu^nt invités i la grande cérémonie du Champ de Mai; quinze électeurs au plus de Loir-et-Cher s'y rendirent.
M. Chassé, conseiller d'état, comte de l'Empire, envoyé à Blois pour seconder le préfet, ne trouva qu'une froide soumission. Quoique le gouvernement l'eût investi de pouvoirs fort étendus, il n'en fit pas usage, et conserva presque tous les fonctionnaires.
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DE BLeiS. It^
Après la bataille de Waterloo et la capitulation de Paris, les alliés occupèrent la rive droite de la Loire , et Tarmée française se retira sur la gauche. Blois fut alors envahi par une multitude de Prusr siens, dont le séjour imposa de grands sacrifices à la ▼ille; pour subvenir à leurs réquisitions pressantes, la municipalité, dénuée de ressources et prise au dépourvu, doubla la contribution mobilière de tour tes les communes environnantes situées sur la rive droite; cette étrange délibération^ par laquelle le conseil mutiicipal exerçait de son chef un des attributs essentiels du pouvoir législatif, prouve la gra« vite et l'urgence de la situation ; le préfet autorisa le recouvrement de cet impôt illégal, mais néces-p saire.
Le faubourg de Vienne et les communes de la rive gauche furent encombrés de troupes françaises, dont les exigences n'étaient pas moins onéreu* ses quç celles des étrangers. Le pont séparait les deux camps ) des vedettes, choisies dans l'un et dans l'autre, et placées à distance, gardaient simultanément ce passage. Les Français, qui auraient vu avec satisfaction la reprise des hostilités, élevè-^ rent, dans cette prévision, une redoute du côté de Vienne. Quelques tentatives furent alors faites pour miner une arche du pont ; mais la résistance énergique de l'autorité empêcha l'exécution de ce projet. Malgré les louables efforts des chefs pour pré-
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286 HISTOIRB
venir une collision entre les deux armées, on craignait toujours qu'elles n'en vinrent aux mains. Les Français vociféraient des menaces terribles contre les Prussiens; ceux-ci, moins nombreux, craignaient avec raison une rencontre qui sans doute leur eût été funeste. Les généraux firançais firent respecter Tarmistice, et malgré l'exaspération bien naturelle de leurs troupes, parvinrent à les maintenir sur la rive gauche, où le licenciement s'opéra sans trop de désordre.
Les Prussiens dem^rèrent plus longtemps à Bk>is, et ne quittèrent qu'à regret une résidence où ils ne m^uiquaient de lîen. Leur séjour prolongé lut très coûteux à la ville; mais du moins on ne peut leur reprocher aucun fait grave. Toutefois un événement, qu'ils regardèrent comme une provocation, inspira d'assez vives inquiétudes. Deux de leurs soldats, postés sur les bords de la Loire, furent assassinés, pendant la nuit, auprès du parc de Menars. Les Prussiens accusant sans nul indice les gens du duc de Bellune, propriétairedu château ; un sentiment de vengeance leur suggéra cette imputation ; car ils gardaient rancune au général, qui avait été gouverneur de Berlin sous l'Empire, et dont ils prétendaient avoir eu à se plaindre. L'exaspération momentanée, produite dans les rangs des Prussiens par I événement de Menars, n'eut pas les
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izedbyGoCTgle
suites que Ton craignait, et fut bientôt apaisée, grâce à rinterrention amiable de l'autorité.
L'occupation étrangère dura pendant les quatre mois de juillet, août, septembre et octobre, et coûta au département de Loir-etrCher plus de dmx
oumitures de tontes DO.OOO francs dans e le gouTemement e commission spéles habitants aisés.
31 anx termes indiqués ; mais les plus zélés royalistes crurent devoir le refuser, et le gouvernement leur sut gré de cet abandon de leurs droits.
La seoDbde Restauration opéra plus de changements à B1(HS que la première. Le préfet, le souspréfet et les conseillers de préfecture furent destitués; ïe tribunal civil vit avec peine éliminer plusieurs de ses membres ; presque tous les chefs d'administration furent révoqués. Le receveur général, qui exerçait ses fonctions depuis quinze ans et jouissait de l'estime publique, fut transféré dans un département éloigné; c'était une véritable disgrâce. M. Bacot, nouveau préfet, se vantait à juste titre d'avoir épuré le département de Loir-et-Cher. Tout en déplorant la violence de son administration dictatoriale, on doit néanmoins reconnaître qu'il montra beaucoup d'énergie pendant 1 invasion ; car i
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tas HISTOIRE
çut le courage de résister aux Prussiens qui le garr^ daient à Tue, et réussit phis d'une fois à modère^ leurs exigences.
Le pays était sous le coup de ces éyénementSi, lorsqu'eurent lieu les élections à la chambre de 1815, Un royalisme ardent présida aui^ opérations des collèges de Loir-et-Cher : cette opinion se manifestait alors avec une extrême chaleur ; les partisans des Bourbons reprochaient aux bonapartbtes Tusurpationdes Gent-Jours, les désastres de Waterr loo et les malheurs de l'invasion. Ces récriminar tiens laissèrent entre les citoyens des germes de discorde, qui retardèrent Taccomplissement des promesses officielles (f union et ffoublù
Au mois de mai 1816^ M. le vicomte Mathieu de Montmorency^ inspecteur général des gardes nar tionales du département de Loir-et-Cher, vint à Blois les passer en revue, et distribua avec profu-f rion une petite décoration appelée le Lys. Cette distinction de circonstance n'eut qu'une durée très éphémère.
L'année 1816 renouvela les désastres de 1811 ; l'espoir d'une magnifique récolte fut détruit par des pluies extraordinaire^, qui commencèrent le 8 juin et se prolongèrent, presque sans interruption, jus^ qu'en novembre. On ne put couper les blés qu'au mois de septembre; malgré ce retard, ils étaient encore verts , l'humidité continue les avait mème^
DB «LOIS. 9§t
dénaturés ; lès avoines ne purebt être serrées , et germèrent sur place. La récolte en vin fut également nulle; le Blésoîs n'éprouva pas^ sous ce rap^ port, la même compensation qu'en 1811.
Pendant plusieurs années, les contribuables payèrent les impôts extraordinaires destinés & Tacquittement des onéreuses conditions du traité kit avec les puissances étrangères.
Enfin la libération du territoire et la pacification complète du pays rallièrent successivement aux Bourbons des hommes qui d'abord les avaient accueillis avec défiance. Les dissensions de 1815, successivement apaisées^ parurent cesser à la nai^ sance du duc de Bordeaux; les partis semblèrent alors se réconcilier autour du royal berceau. A cette occasion, l'allégresse publique se manifesta dans Bloisetaux environs. M. le duc de Bellune dotma, au château de Menars, une fête magnifique ; M. le général Préval en donna une autre à Beaur^rd. En même temps, M. le comte de la Forest, président du collège départemental % fit précéda l'élection de 18S0 d'un grand bal et d'un repas, donnés à ses frais dans la salte de spectacle de Blois. Ce personnage avait mb une somme de 15,000 fi*, à la disposition de commissaires intelligents, qui or*
' AutremeDt dit grand collège; c'était la première fois que ce eorp» électoral, institué par une loi de 1820, exerçait ses droit».
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290 HlSTOmE
donnerai avec goût les détails de cette fête mémorable; [dus de six cente persoimes appartenant aux iamîlles des électeurs y assistaieut.
Aussitôt que la prisée de racheter Chambord^et de l'offrir au duc de Bordeaux , eut pris naissance, la ville s'inscrivit pour une somme de 6,000 fir. Pendant plusieurs années, la grande sauscription, à laquelle concoururent beaucoup de personnes du pays, produisit un émoi extraordinaire. Les députés de Loir-et-Cher faisaient partie de la commission chaînée de recueillir les dons. Le conseil général pensa que le domaine sail de Qiambord ne foraierait pas une dotation suffisante, et prit Finitiative d'un projet complémentaire, en demandait la réunion des forêts domaniales de Russy et de Boulogne au futur apanage du duc de Bordeaux : un de nos députés porta et soutint ce vœu à la tribune ; maia la chambre de 1 8âS, malgré la vivacité de ses sentiments royalistes, refiisa de s'associer aux suggestions d'un zèle irréfléchi ; elle comprit quel préjudice causerait au domaine et au pays la distraction proposée, et ne vouhit point permettre à l'Ëtat de se dessaisir de deux grandes fioréts dont les produits offrent aux populations enviroasantes des ressources si précieuses, et qu'il eût été imprudent de livrer aux éventualités d'une administration particulière. La pétition fut en conséquence écartée par un ordre du jour. •
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De 48iOà 4830, les éleclions de députés furent les principaux événements politiques de notre département; ^sieurs choix significatifs attestent que les Blésois prirent part aux mouvements d'opî* nion de chaque époque *.
En 1823, la destitution inattendue du préfet, M. Pelet de la Lozère, affligea profondément une population qui avait su apprécier son mérite et ces bienveillantes qualités. Plus tard (1827) les électeurs de Loir-et-Cher témoignèrent leurs sympathies pour cet administrateur sacrifié aux réactions politiques; le choix simultané des deux collèges de Blois et de Yendômç fut une éclatante réparation de cette disgrâce.
(Test aussi en 1 823 qu'eut heu le rétablissement de Févêché de Blois, supprimé depuis le Concordat. La même année , le conseil général décida que le palais épiscopal , alors occupé par la préfecture, reprendrait sa destination première ; cette délibéralion eut de si graves conséquences, que nous croyons devoir la transcrire textuellement :
Le premier gentiment qu*ait éprouvé le conseil, à Tinstant où la délibération s*est ouverte sur cet objet, est celui d*une Tire et re»pectueuse reconnaissance pour Sa M^^esté, dont la pieuse soUieitude , en «^occupant du rétablissement d*un si grand nombre de aiéges épiscopaux , détruits par la Révolution,, a daigné se souvenir des besoins de la popuIati<m rell-
' Toir le chapitre : Députalions politiques.
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in HISTOIRE ^
giéuse du département de Loir-et-Cher. Pour e(mit>léter cette heureuse restauration, renouer la chaîne des temps interrompue à une trop fatale époque, imiter enfin autant qu*il est en lui ce que la sagesse du roi a CQnmândé j^e^kre dans les lieux oÀ r État avait ebcote deè palais é^scopàûx èr sa disposition ^ le conseil, après une mûre délibération, dans laquelle chaque membre a individuellement exprimé son avis, a unanimement décidé que le bâtiment où siège la préfecture serait affecté au logement de Mgr. Févêque, comme il Fêtait avant la Révolution.
Telle ifut l'origine des projets contradictoires qui pendant plusieurs années excitèrent, on s'en souvient, de si vives préoccupations. Ces longs débats sur le déplacement des principales administrations et de divers établissements publics se terminèrent par une solution généralement improuvée \
Une manifestation religieuse, nouvelle pour ce pays*, suivit le rétablissement de Tévêché. Huit jeunes prédicateurs dé la maison professe de Lyon ^ ouvrirent, le 18 janvier 1824, uttë pieuse quarantaine^ terminée le i mars par la plantation d'une croix pesant trois milliers; les principaux habitants la portèrent depuis la cathédrale Saint-Louis jusqu'au petit mail Germonière^^ oit elle fut solen-
• V. la Description historique.
* En 1800 ,1e préfet Corbigny avait interdit les miMÎOns que pUf ieun prétrea étrangers Toulurent faire dans le département.
' Entre autres MM. Bonnet, aujourd'hui archevêque de Bordeaux, et Bufétre , évéque de Nevers.
^ C'est Templaeement où Ton élève en ce moment les nouvelles constructions de l'H6tel-Bieu.
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nellement posée. L'oeuTre de la missioii coûta, dit-on, plus de 25,000 francs aux fidèles. Parmi les résultats de ce mouveœeftt religieux, immis aimons à constater mn grand nombre de restitutions inattendues qui yinrent attester rinfloence réelle des persuasife missionnaires.
Plusieurs membre» de la femille royale visitèrent Blois sous la Restauration. En 1823, madame la ducbiBsse d'Angouléme s'airèta quelques heures à la préfecture. En 1828, madame la duehesse de Berry fit un plw long séjour : arrivée le 1& juin, elte alla» le lendemain, visiter Chambord, devenu la pro]^iété du duc de Bordeaux, et poser la pre* mière pierre des réparations projetées dans ce châ^ teau* Le soir, eUe usmtak à im bal très brillant donné par la ville dans la salle despectacle de JSkns. Le consdil municipal avait voté 8>000 fr. pow les fètea de sa réception ; mais ce crédit fut \Àm dé» passé.
Six mois^ environ avwt ce voyage, Topinton libérale s-'était manifestée dai4S le pays par l'élection de 101. Pelet de la Lozère, anden préfet , et Crignon*- BonvaWt, dépintés des collège» d'arrondiseemeat. Ce^ fct un cbiangesdent remafquaUe; car depuis 1815^ le dépaftwies^ de Loir-eM^ber n'avait été représenté à la chambre «^e par des membres roya«^ listes. Les électeurs de ces collèges voulurent s'associer ainsi au mouvement presque général qui
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amena la <5hute du ministère Villèle. Après la session, ils témoignèrent de leurs sympathies pour ces nouveaux mandjataires, en leur offi*ant un banquet splendide. Cette fête, présidée par le maire de Blois, eut lieu, le 7 décembre 1 828 , dans la grande salle de la bibliothèque nouvellement construite. Les principaux fonctionnaires y assistaient ; les tendances libérales du ministère Martignac autorisaient alors une pareille manifestation, qui en d'autres temps eût semblé hostile au pouvoir.
La duchesse de Berry repassa au mois de mai 1830; elle accompagnait son père, le roi de Naples, et sa sœur Marie-Chnstine, reine d'Espar gne.
Blois s'associa, par des réjouissances sincères, au sentiment national qui accueillit la prise d'Alger ; ce furent les dernières fêtes du règne de Charles X. Le bal de circonstance, qui eut heu à la préfecture le 26 juillet, inaugura l'hôtel nouvellement bâti, en même temps qu'il célébrait le triomphe des ar^ mes françaises. Le double but de cette brillante soirée lui donna un éclat remarquable : l'élite de la population était réunie dans les salons, lorsqu'un courrier extraordinaire apporta de sinistres dépèches* • • Le préfet, ne voulant point interrompre les plaisirs de la fête, garda le silence sur ce qu'il venait d'apprendre.
Le lendemain matin, la nouvelle des fatales or-
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donnances consterna les habitants : les mesures désespérées du gouyemement rencontrèrent peu d'approbateurs ; les royalistes même, qui aux dernières élections (du mois de juin 1830) avaient montré le plus d'ardeur, furent atterrés par ce coup d'État inattendu. L'ordonnance cratre la presse ne reçut point d'exécution à Blois, car il ne s'y publiait alors aucune feuille politique. La privation de jour^ naux et de nouvelles positives prolongea pendant trois jours cette pénible anxiété. Des groupes de citoyens, qui se livraient à des conversations animées sur les événements, furent dans ces jours d'attente les seuls signes extérieurs qui révélèrent la gravité de la situation. Le Mail était le rendez-vous de ces rassemblements. On se portait aussi sur la route de Paris, dans l'espoir de découvrir quelque courrier. Enfin Tarrivée d'une voiture surmontée ' des trois couleurs change en certitude des bruits vagues, des suppositions contradictoires ; les événements des 27, 28 et S9 juillet sont bientôt connus. A la joie qu'inspire le triomphe de b cause populaire se mêle un sentiment d'inquiétude sur les suites de cette étonnante révolution. Le préfet, qui ne recevait plus d'ordres du gouvernement, eut la pensée de se retirer; mais une députation, composée des principaux fonctionnaires et des notables de la ville, se porta aussitôt à son hôtel pour le supplier de revenu* sur cette résolution fâcheuse ;
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l'un des chefe de Toppaaition libérale parla au non de la ville; et M. de Lezay-lfamésia, cédant aux voeux de ses administrés, garda le pouvoir, malgré la difficulté des cireonalaDces qui Tappebi^rt à rendre de nouveaux services. La direction fitrme el prudente de ce clieC habile se fit beureusemMt satir, et le pays s'applaudit encore aujourd'hui de Favoir conservé.
La conduite sage du gouv^nemettt provisoire, l'atUtude ferme et courageuse des chambres, et Tavènement du roi Louis-Philippe, calmèrrat les alarmes qu'avait fait naître d'abord l'ineertatude du résultat définitif.
L'ordre ne ftit pas un instant compromis à Blois» après les journées de juillet ; la population se mon*tra tdle qu'on la vit toujours au sein des pluft grands orages ; les agitations des cités voisines ne troublèrent point son calme accoutumé. Le corps mnnidpal continua ses fonctions; M. Legros, maire, comprit les dangers d'une retraite précipi-^ tée; malgré son intention formelle de se démefrtee, il exerça, les fonctions municipales jusqu'à Fin*stallation de son successeur, prodama lui-*mêm0 l'avèoement de'Louis-Hiilippe, et signa l'adresse do consett au nouveau roi. IL Legros et ses ad-* joints, tous trob démissionnaires, ne furent r^mpkH ces qu'à la fin du mois d août. Les nouveaux dépositaires du pouvoir communal, tout en secondant le
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mouvement de l'opinion, svrent résidtèr aux suggestions passionnées de quelques exaltés; et la tranquillité pubfique trouva, des garanties dans l'i»fluenoe qu'une active participation aux dernières luttes électorales contre la Restauration avait dcmnée au nouveau maire sur la fraction avancée du pju^ ti libéral. La formation paisible de cette muniôpalité fiit le seul changement remarquable que subit notre personne administratif.
La réiHrganisation spontanée de la garde nationale fut, dans ces graves circonstances, un événement heureux. L'empressement générai des citoyens prouva (pielle importance chacun attachait i cette salntaiire institution. On savait par l'expérience' 4e tonte notre histoire que si , dans un tanps de crise, l'esprit modéré de la majorité peât être momentanément dépassé par des inftuences dangereuses^ il reprend bientôt le dessus, et trouve son plus ferme appui dans un corps armé qui englobe les citoyens de toutes les classes et de toutes les opinions. Les gardes nationaux s'équipèrent à l^rs frais, d; remplirent avec z^e toutes les obligations du service. Le gouvernement envoya à la ville de Blois deux pièces de canon, qu'une compagnie d'artilleurs apprit bientôt à manœuvrer. La nouvelle milice bourgeoise, fidèle à sa devise, et dirigée avec intelligence par l'autorité municipale, eut immédiatement occasion de maintenir sans violence
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im niSToïKE
Tordre public; sa présence assidue aux marchés prévint les troubles que pouvait faire craindre la cherté des blés, conséquence inévitable de la mauvaise récolte de 1830. Ce résultat d'intempéries prolongées eût réagi cruellement sur le sort de la classe pauvre, si l'administration ne lui avait assuré des travaux productifs pendant tout Thiver de 4830 par rétablissement d'un grand nombre d'ateliers de charité : ce moyen utile d'occuper les indigents préserva le pays des désordres qu'occasionne trop souvent la misère publique.
Grâce à la conduite modérée des autorités locales^ le passage du régime déchu au gouvernement nouveau s'opéra sans secousse, et presque sans changement. Toutefois, au commencement de 4831, époque d'effervescence, les habitants virent avec inquiétude la destruction de la croix de mission qui, dans un intérêt d'ordre public et même par respect pour ce signe pieux, avait été quelque temps auparavant déposée dans l'église Saint-Nicolas '.Ce coup porté au sentiment religieux fit craindre pour la venir de nouvelles violences : heureusement il ne fut qu'un acte isolé, provoqué par d'obscurs perturbateurs, arraché par la menace de troubles, et consenti, non sans de vifs regrets, pai*
' Plusieurs actes irrcvéroncieux motivèrent celte mesure de sage précaution.
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les deux autorités civile et ecclésiastique ^ La même année, quelques désordres, résultat de la malveillance,, troublèrent les processions extérieures de la Fête-Dieu. Pour prévenir le retour des scandales, le clergé s'absUnt pendant un certain nombre d'années de faire cette cérémonie qui aurait pu lui susciter des embarras compromettants.
En 183S la ville fut affligée du choléra. Dans cette douloureuse circonstance, les diverses admimsta^ations firent preuve d'un zèle digne d'éloges. La municipalité, entre autres, prit des mesures sanitaires dont Texécution 6it confiée à un comité de notables habitants. Malgré ces précautions, il y eut à Blois 173 cas et 121 décès ^ .
Aux terreurs du fléau asiatique succédèrent les émotions d'un grand drame judiciaire. La cour d'assises de Loir-et-Gier eut à juger un certain nombre d'accusés vendéens* compromis dans les derniers troubles de l'Ouest. Leur renvoi devant le jury blésois se rattachait à de graves considéra: tions; il convenait en effet que ces causes brûlantes fussent portées loin du théâtre de la guerre civile, dans un pays connu par la modération des habi-
' Le préfet, Tévéque et le maire 8*étaicnt concertés pour le <l6pé<cernent de la croix , dont les matériaux furent vendus au profit du bureau de bienfaisance.
' Voir pour plus de détails le chapitre : Population.
tants. Blois offrait des garanties assurées contre Tentrainement des passions politiques ; on pouvait espérer toute Fimpartialité désirable d'une cour d'assises placée sous de telles influences. Les accusés n'éprouvèrent point dans notre cité les mêmes violences qu'en d'autres villes, où la populace s'ameuta contre eux lors de leur passage; il n'y eut à Blois aucune de ces manifestations haineuses qui devancent trop souvent les arrêts de la justice.
Les débats s'ouvrirent te 30 septembre 1832. Vingt-deux accusés comparaissaient, entre autres MM. de Caqucray et Ddaunaj ; l'éloquentiB plaidoirie de M. Janvier, jeune avocat du barreau d'Angers^ défenseur de ces deux chefs de bandes, produisit une grande sensation ; nous croyons devoir reproduire les brillantes allusions de l'orateur aux motifs politiques de l'arrêt de renvoi qui avait saisi la cour d'assises de Loir-et-Cher ; elles confirment d'aîHeurs le témoignage de toute notre histoire, et viennent à l'appui d'observations que nous avons déjà faites.
Par un privilège que la France vous envie, vous n'avez, depuis quarante années, subi ni Tinvasion étrangère ni la guerre intestine. Heureux pays auquel il est donné de jouir en toute sécurité dos biens que Dieu lui a prodigués et de ses riches campagnes, et de son ciel si doux et du beau fleuve qui le traverse! Vous ôtcs donc admirablement placés pour accomplir Tœuvrc difRcilc et solennelle qui vous a été commise :
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voqB n*â¥ez p«s à craindre que vos sourenirs hisloriqaes 4égénèmit en veogeMices jtdieîatres. Que û le choix leur en eût été laissé y les accusés yous auraient |^ d'eux-mêmes poiff les arbitres de leurs destinées ; quelque divers que soient leurs întérètSy tous se réunissent dans cette commune espérance, qn'aae justice indépendante et généreise ne manquera à aucun d*ettx. Il n'en est pafi un qui soit tenté de subtiliser avec la lettre de la loi, et de se plaindre d*avoir perdu ses juges naturels.
Aprte douze leurs de débats ammés qui sar^ «seitèrent la curiosité publique, plusieurs condannations à la détention et à la réclusion furent prononcées; le jury écarta les chtb d'accusation sosceptîUes d'entratner la peine de mort.
M. Berryer, ayocat à Paris et niraibre de la ebraibre des députés, fut jugé dans la même session. H était accusé d'aroir pris part au complot vendéen, en se ridant auprès de la duchesse de Berry, alors cadiée aux environs de Nantes ; maïs le débat public fit évanouir cette inculpation, dénuée de toutes chaires sérieuses; 1 éloquent député, qui avait déjà suin on emprisonn€«ient préventif de trois mois, fet mis en liberté*
Une nouvelle session s'ouvrit le 49 novembne i83t, fi dura pfos d'un mois. On vit paraître sur fes banos MM. de la Morandais, de la Serrie^ de Her^ sabîec, accusés d'avoir joué un rôle plus ou moins actif 4ans l'insurrection vendéenne. M. de la Serrie fut seul condamné à quelques années de détention ;
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les deux autres, éloquemment défendus par M. Hennequiu, Tune des célébrités du barreau de Paris, furent acquittés. Il en fut de même de M. Guibourg, avocat à Nantes, désigné conune étant l'auteur de divers manifestes que le parti vendéen publia à cette époque. Le nom deTaccusé avait acquis un certain retentissement, par suite de son arrestation qui eut lieu à Nantes dans la même retraite où fut surprise madame la duchesse deBerry; cette circonstance devait naturellement accroître Tintérèt de son procès. L'accusation reposait uniquement sur des documents écrits qu'on prétendait émanar de M. Guibourg; mais ses amis, ayant trouvé moyen de s'emparer du dossier, firent dbparaitre les preuves de sa culpabilité ; on ne produisit plus que des copies à la cour d'assises; ces pièces, dont la déf(^ise contesta même la sincérité, parurent insuffisantes, et l'accusé obtint un verdict d'acquit* tement.
Dans tout le cours de ces mémorables procès, le. jury et la magistrature firent preuve de sagesse et de modération ; aucune condamnation capitale, ni même perpétuelle, ne fut prononcée; notre cour d'assises ne se laissa point aller aux idées de réaction, et remplit sa mission extraordinaire avec une louable impartialité. La population, animée du même esprit, justifia par son attitude paisible la
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pensée politique qui avait transporté dans nos murs des déèats orageux.
Vers la même époque eut lieu la fondation de deux journaux politiques ; ce genre de publication, jusque là inconnu dans Blois, donna aux diverses opinions une nouvelle ardeur. Matfaeureusanent la presse locale, institution utile en soi, s'est trop souvent livrée aux personnalités ; étroite polémique , qui divise les citoyens d'une même patrie , sans éclairer le pays sur ses véritables intérêts.
Les élections communales de 4834 chanj^èrent d'une manière remarquable le personnel et les tendances de la municipalité blésoise. Cette administration qui, depuis les événements de 1830t, était restée entre les mains des hommes les plus avancés du parti libéral, passa aux conservateurs par Teffet du premier renouvellement triennal. Les élections subséquentes, opérées dans le même esprit, fortifièrent cette majorité, dont les membres influents continuent de gérer les afi&ires de la ville, sous la direction d'un maire aussi actif qu'éclairé.
L'année 1835 Ait remarquable par les ravages que causèrent les gelées de printemps et les inondations ; le gouvernement vint au secours des localités les plus dévastées.
On commença k s'occuper dans le pays de rétablissement d'un chemin de fer d Orléans à Tours. Divers projets sur la direction dé cette ligne impop-
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tante fweat étudiés et discutés. Les iût^èts et les opinions se divisèrent ; la riye droite et la rive gauche eurent leurs partisans. Pendant plusieurs années, la question demeura indéme entre les deux tracés, jusqu'à ce que la loi de 4 8tôeut enin adopté celui de la rive droite.
Au mois de septembre *18^, le Congrk soîentifique de France , composé de 120 membres^ vint tenir à Blois sa quatrième session , dans la grande salle du palais de justice; cette r^mîon attira beaucoup d'étrangers de distinction. M. de h Place, ancien premi^ président de la cour royale d'Or*léans, prânda l'assemblée; M. de la Saussaye, aujourd'iiui membre de l'Institut, remplit les fonctions de secrétaire général. Le congrès ne se borna pas à des acerôces de littérature et d'érudition ; il s'occupa aussi de questions positives; la partie éclairée de la population suivit avec intérêt ses discus- SKMis sur l'agriculture , ladministration , Féconomie politique, Findustrie, et autres objets d'utilité pratique. Ces états généraux de la sci^ce, bien dtffiérents des tumultueuses assemblées dont notre ville avait été le théâtre au XYI^ siècle, ne laissèrent à Btois que d'agréables impressions et d'utiles souvenirs.
En 4839, les orages et les grêles du mois de juin dévastèrent un grand nombre de communes du territoire de Loir-et-Cher; les pertes furent
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èvaihiéeft à S»SSO,000 fr. Une commissioD, compofiée des noUMes du pays, fut établie pour le soula* gement des yietiines ; plusieurs de ses membres se rradirmt à Paris, et sellîcitèreiit des secours du gouyeraeflient. Cette démarche eut un plem sue* ces ; le départaient obtint diverses aUocations, <|iii s'éfoyèreut à la somme de 355,000 fir. La commis* sioB fit aussi appel à la ckarité puUique; une souseription , ouverte et dirigée par ses soins , prodoi* »t environ 50,000 francs. Le conseil générâl , de son côté^ vota 16,655 fr. sur le» fonds départe^ mentaux. It y eut en tout 4t1 ^938 francs à distribuer. La dasse pauvre, qui par suite de la ces*- Mtion ou du ralentissement des travaux éprouvait le Aineste contre-coup des sinistres, eut une grande part dans la répartition de cette somme. Une portion fut affectée à des ouvrages, de cbarité, exécu*-tés pendant Tbiver. Un autre emploi, non moins opportun , fut l'achat de semences destinées aux cultivateurs les plus malheureux; la commission Asposa de 43,71 5 fr. pour cet objet si nécessaire. Enfin le département reçut un dégrèvement de 450,00(^ fr. sur les contributions directes; cette indemnité procura quelque allégement aux proiprtétaires dont les récoltes avaient été ravagées* Dans ces circonstances malheui^uses, la popula^tien éprouva plus que jamais le zèle de ses magistrats ; Tadministration adoucit autant que possible
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3M HISTOIBE
les calamités publiques^ et si elle np parvint pas à secourir toutes les infortunes, on ne put en accuser que la grandeur du désastre.
Quelques jours après le calamiteux orage du 19 juin, un bateau à Tapeur de la compagme des tnexpUmbkf fut béni à Blois, sous le nom de Par fin; le clergé , les autorités et les délégués de {dusieurs sociétés savantes des villes voisines assistèrent à cette cérémonie, qui réhabilita par d'éclatants et légitimes hommages une de nos plus glorieuses illustrations.
Le 4 0 août \ 839, le duc et la duchesse d'Orléans arrivèrent à Blois, et tinrent reçus à Fhôtel de la préfecture. Le lendemain , le prince passa en tevue la garde nationale et les troupes de la garnison. Ses manières affables et bienveillantes inspirèrent de vives sympathies; et lorsqu'on 1842 les habitants de la ville apprirent sa mort affireuse, ils s'associèrent au deuil général de la France.
La cherté des grains, suite naturelle des pertes de récoltes, se fit sentir en 1 840; A la fin du mois de mars, l'hectolitre de froment valait à Blois 28 fir. et le pain % fi*. Plusieurs départemrats vobins eurent à déplorer d'assez graves désordres ; mais aucun symptôme d'effervescence ne se manifesta dans notre cité ; le peuple y subit avec sa résignation et sa sagesse habituelles l'anpiré inévitable des circonstances.
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La même année, on vît reparaître dans nos murs les processions extérieures de la Fête-Dieu, interrompues depuis 1831. Cette juste satisfaction donnée aux sentiments religieux fut généralement approuvée, et ne rencontra plus les mêmes résistances qu'à une autre époque.
La période des cinq dernières années est remarquable par un ensemble de travaux importants. La construction de plusieurs édifices publics, le repavage et l'élargissement des rues, la féédification d un grand nombre de maisons particulières , ont assaini et embelli divers quartiers jadis insalubres et disgracieux. En même temps que Tadmin'istration municipale, de concert avec les particuliers, améliorait Tintérieur de la ville, le gouvernement faisait exécuter le chemin de fer, ouvrage immense dont les proportions dépassent tout ce qui s'était fait jusqu'ici dans la localité. Commencés à la fin de 1842, les terrassements et les constructions d'art occupèrent pendant plus de deux années un grand nombre d'ouvriers , la plupart étrangers. Le séjour prolongé d'une masse de gens inconnus ne troubla pas la tranquillité publique, comme on l'avait craint d'abord. Toutefois , au milieu de ce calme inespéré, et tandis que la population se réjouissait des admirables travaux exécutés sous ses yeux , un crime atroce , commis dans l'ombre , produisit une terreur profonde. Pendant la nuit du
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aoft HISTOmi
s au 6 juillet 18ii, uae maison des GrangeSt située au bas du chemin de fer» fut le théâtre d'un triple assassinat; plus 'de* yingt-quatre heures a'écoulèrent ayant la découverte du crime: une seule des victimes» vieillard septuagénaire», respirait encore; ce malheureux a survécu, sans pouvoir donner aucun indice sur les coupables, qiu jusqu'ici sont demeurés inconnus , malgré les recherches persévérantes delà justice.
En 1844 (5 mars) ,. le diocèsede Blois perdit le vénériJ)le prélat qui le dirigeait depuis vingt années. Les éminentes qualités de ce dig^e évèque ont laissé parmi nous d'impérissables souvenirs. Au milieu du deuil public causé par la mort d^ M« de Sausin, le choix de son successeur fut une véritable consolation*
Arrivés enfin à Tannée 1 845, terme de ce résumé historique, nous assistons au d^loiement d'une prodigieuse activité de construction sur divers points de la ville : l'Ëtat, le département» b cité^ les hospices et les particuliers» rivalisent de sacrifices et de zèle pour améliorer, pour embellir. L'ad« mirable restauration du château est commencée. On termine le chemin de fer, on bâtit l'embarca^ dère, et le public attend avec impatience l'ouverture prochaine ' d'une nouvelle voie, dont il serait dif-^
* Cette ouverture est annoncée pour le l*'mar8 1846.
fidle aujourd'hui d'apprécier l'influence future sur la prospérité du pays. Dans un temps donné, ce ne sera plus un problême, et l'on pourra constater des résultats que nous essaierions vainement de présager: d'ailleurs les secrets de l'avenir, objets de prêtions incertaines et souvent trompées, ne sont point du domaine de l'histoire.
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VQBimS ET VIE PBIYÉBABS ■AMTANTS.
Canctire Bijsois. — leBseigDemeDts historiques sir TalineititioD, le lopmeit et les pliisin d^antrefois. — Progrès snceessifit de U locoBOtioi publique et particilière. — Usages sieguliers et saperstitioBs.
Les chapitres précédents font connaître le rôle politique de nos ancêtres, leur participation à des événements d'un ordre élevé, d'une importance générale* Les détails plus humbles et plus spéciaux de leur vie privée, de leur économie domestique, n'offrent pas moins d'intérêt ; ces circonstances intimes appartiennent à l'histoire locale aussi bien que les faits politiques, et trouvent naturellement place après eux.
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HISTOIRE BB NXMS. 911
Le caract^e blésois, exempt de grandes passions,
se distingue surtout par la douceur et laménité;
on peut appliquer au moral des habitants ces vers
du Tasse sur leur constitution physique :
« La terra molle e lieta e dilettosa > Simili à se gli abitator produce *, >
La terre, douce, riante et agréable, produit dos habitants qui lui ressemblent.
Un auteur du XVP siècle, Georges Braun, dans son livre curieux intitulé Thealrum urbium, fait également ressortir à notre avantage le rapport des mœurs blésoises au climat ; le naïf traducteur de Braun (édition de 4572) a reproduit cette appréciation en termes trop flatteurs pour que nous les passions sous silence : « Quant au surplus, dit-il, » les bourgeois et habitants de la ville , par une » certaine douce et politique accordance, convien- » nent avecques la douceur de taer et bonté de » leur territoire; car si on se met à considérer
' Le poète fhit cette réflexion en parlant des soldats qu*Etienne, comte de Bloia, oomdoiait à la première croisade : voici ce passage, dont nous avons déjà cité les deux premiers vers (page 46) :
• Va cinqu* mila Slefano d*Ain)}uo»a
• B di BIm» «t 4t Tan in fiÉ»9f a<Uuc«; > Non è gente robuita h falicosa,
I St ben tutia di ferro «lia rtlocc. • Lt tarra, oto.
« Etienne amène cinq mille guerriers d^Amboise, de Blois et de » Tours. Les hommes de ce pays, quoique tout bardés de fer, ne sont » ni robustes , ni capables de résister aux grandes fatigues. La >• terre, etc. »
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» quelle et combien grande ^t la courtoisie dont » ils usent entre eux en leurs communes rela- » tions et devis familiers, combien sont leurs ma- » nières civiles, de quel entregent ', élégance et » faconde ils s'entretiennent, quelle galantise et » gentillesse ils montrent tant en leur vivre » qu'en leurs habits, on devra confesser que cette » humanité ^ si grande qui est en la ville de » Bloys suit et accompagne la naturelle bonté du » terroir, »
Cette bienveillance naturelle explique Faccueil empressé cpie les étrangers reçurent toujours à Blob. Les fréquents séjours des rois et de leur brillante suite contribuèrent sans doute au développement de nos instincts hospitaliers. Le mélange de la population avec les personnages de la cour habitua nos pères à la fréquentation des étrangers ; les avantages matériels et moraux de leur résidence les rendirent très populaires dans ce pays ; aujourd'hui encore ils y trouvent une seconde patrie.
Les habitants durent à cette même influence la politesse de formes que La Fontaine remarqua lors de son passage en 1 663 ^ ; nous le citons avec d'autant plus de plaisir que sa dernière, observation pourra flatter nos lectrices : « Quant à présent^ la
* Bonnes manières.
• Urbanité.
^ Voyage en Limousin.
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» fiiçon de vivre à Kois est fort poUe, soit que cela » ait été ainsi de tout temps et que le climat et la
> beauté du pays y contribuent, soit que le séjour • de Monsieur' ait amraé cette politesse» ou qu'elle
> aitfou/r cause le rumbred^jdie$ femmes.
Le séjour de la cour et des princes eut également pour résultat d'encourager la culture des belleslettres et des arts. Ces nobles délassements charmaient les loisirs de notre ancienne boui^eoisie, qui ne se laissait point absorber par les intérêts positifs. Les sciences abstraites étaient moins populaires; certaine anecdote du X\II^ siècle prouve que la sodété blésoise goûtait peu les arides dissertations de Técole. En 1688 les Bénédictins de Saintr Laumer invitèrent tous les notables de la ville, et même les dames, à assister aux thèses soutenues dans la grande salle de Tabbaye par des novices de la congrégation de Saint-Maur : cette tentative de publicité échoua complètement; les novices n'eurent qu'un très petit nombre d'auditeurs laïques ; ear, ajoute le naïf historiographe, ces sortes de choses ne sont guères du goût des BUsois ^. L'ennui de pareilles exhibitions excuse l'indifférence et l'abstenrtion de nos pères ; les ai^umentations de jeunes moines, faites en langue latine sur des points de
' Gaston d^Orléass, comte de Blois, mort en 1060. * Registre manuscrit des choses mémorables survenues à Sain(^ ( ÂrcblTet départemeiitales ).
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814 HlSTOiRE
controverse, n'offiraient aucune espèce d'intérêt à des gms du monde ; les formes carrées du syllogisme classique $ toujours é arides, dersdent être plus Êistidieuses encore à une époque où florissaient les grands écrivains du siècle de Louis XIY. De nos jours les solennités littéraires sont devenues plus attrayantes, et partant moins solitaires : ainsi, les séances annuelles de la société des lettres de Blois réunissent ordinairement un public nombreux qui sait appréder lea lectures agréables faites par les académiciens du pays; à coup sûr, des sujets de théologie ou de philosophie n^obtiendraient pas le même succès devant un auditoire composé en partie de dames.
Entre lea opinions flatteuse» qui régnent sur le compte des Blésoist nous mentionnerons une réputation bien établie de tact et d'esprit. Ils doivent cet avantage à leurs antécédents historiques. Leur pays, civilisé de bonne heure par la présence de la cour et des personnages les plus distingués du royaume, n'a point eu, comme d'autres provinces moins fevorisées, une longue éducation h faire pour dépouiller Tignorance et la rudes$e du moyenâge : les lumières de la Renaissance, en passant sur notre patrie, l'ont aussitôt éclairée : activé par ses rayons vivifiants, le développement intellectuel a été facile et prompt ; la population a toujours conservé le reflet brillant de cet éclat momentané.
DE Bi:x)is. ai6
L'esprit qui distingue les babitaats «t principaiement cdui du monde. Id encore on reconnaît FinbfluMce de l'aneiauie cour; car l*époque de sa résv< dence à Blois fut signalée par les progrès sensibles du bon ton et de Fétiquette ; la société françaUe s'est jusqu'à un certain point formée dans les salons du diateau de Louis XII et de François P^ : les leçons de cette école n'ont point été perdues pour la ville qui fut un des berceaux de la galanterie et du savoir vivre.
Malgré ses qualités mmaUes, le caractère blésois a été l'objet d'observations sévères. AinM on a prétendu que parfois sa douceur dégénère en BaM>Uesse» son calme en inertie, sa prudence en timidité.* Il €»t inrai que les vastes entreprises, les travaux o|Miiiâ«tres, paraissent peu lui convenir; les bommes de ce pays évitent en général tout ce qui tend à sur* exdter l'activité, et se tiennant à l'écart des grande mouv^nents : non h gente fatùmas dît le Tasse ; ce mot du poète est d'une incontestable exactitude. Du reste la modestie de vues, la quiétude d'esprit ne sont pas tant à blâmer. Moins ambitieuse qu ail* leurs, la vie blésoise est sujette à moins de tourmrates : semblable au climat de notre zone, elle ^ rarement troublée par les intempéries et les orages; peu de passions, peu d'accidwts traversent son cours paisible et régidier.
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De ces diverses remarques sur les qualités inlellectuelles et morales, nous passons aux détails historiques de la vie matérielle. Cette étude présratera de curieux rapprochements, ou plutôt d'étranges contrastes ; car les immenses progrès du bien-être et du luxe élèvent un mur de séparation entre le passé et le présent; tout est changé dans les mœurs et dans les habitudes de Thomme physique. Cette dissemblance profonde existe d'abord pour TalimeQtation. Longtemps le peuple ne fit point usage de viande, et se nourrit exclusivement de légumes ou de poisson. Ce dernier aliment^ que la gastronomie moderne paie fort cher, était autrefois à bas prix. A Blois, en 1709, la livre de saumon frais valait 7 sous, une belle alose 13 sous. Ces prix ne doivent point étonner; la pèche de la Basse-Loire n'était pas à beaucoup près aussi active'que de nos jours ; bornée à la consommation des habitants du littoral, elle ne constituait points comme aujourd'hui, une industrie d'exportation ; d'ailleurs, aucun des barrages qui maintenant arrêtent le poisson dans tout le cours de la Basse-Loire, n'existait encore ; libres de ces entraves, l'alose et le saumon remontaient à Blois en bien plus grande quantité, et leur pèche était excessivement abondante. A l'inverse du poisson, des denrées devenues d'un usage général se vendaient autrefois comme objets de luxe; par exemple, cette même année 1709, on
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payait à Btois le sucre 1 5 sous 6 deniers la livre, valeur énorme pour ce temps-là.
Les prix de diverses choses alimentaires à des époques plus anciennes ne sont pas moins instructifs ; la collection des comptes de THôtel-Dieu de Blois fournit à cet égard des renseignements curieux ; nous en avons extrait quelques articles dont les chiffres^ comparés aux valeurs actuelles, offrent de prodigieuses différences. En 1508, un mouton se vendait iO sous; en 1550, un veau 3 livres, une vache 8 livres 7 sous, un porc 2 livres; en 1600, un chapon 3 sous. La faible quotité des salaires aux mêmes époques, démontre que les journaliers et les artisans ne pouvaient évidemment se procurer des choses qui aujourd'hui sont considérées comme étant de première nécessité, même pour les classes ouvrières. Ainsi, en 1650, les cordonniers de Blois vendaient la paire de souliers d'enfant 4 sous 4 deniers (prix d'une douzaine d'oeufs), 1 6 sous la paire pour homme (les quatre cinquièmes seulement du prix de la livre de cassonade); une domestique gagnait, pour toute Tannée, 3 livres , un domestique mâle 1 4 livres, une couturière 3 sous par jour ; les tisserands recevaient 6 sous pour la façon d'une aune de toile; le maçon gagnait par jour 5 sous ; le manœuvre 2 sous 1 denier (prix inférieur à celui d'une livre de viande); le couvreur gagnait 7 sous; une toise de mur se payait 5 sous
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318 mSTOlRE
et nourri. Malgré le bas prix de la main-d'œuvre, on construisait peu, et c'est à peine si l'on Êàisait aux bàtimeots tes réparations indispoasables.
L'habitation n'était pas plus confortable que la nourriture. D'immenses chambres, mal éclairées, mal chauffièes, contrariaient tous les instincts de bien-être: \em grandeur^ qui nous semble aujourd'hui démesurée» s'explique par celle des anciennes Êimilles, et par la promiscuité habituelle des parents, des enfants, voire même des domestiques. L'étiquette moderne, en isolant les membres du même ménage, a nécessité une variété d'appartements naguères inutiles.
La plupart des inventions qui contribuent à la commodité ou à l'embellissement de nos mabons, datent à peine d'un siècle. Longtainps, par exemple^ on se contenta de planchers mal joints ou de carreaux irréguliers ; les parquets , aujourd'hui si communs, étaient avant la Révolution un ornement aristocratique, réservé aux palais et aux grands châteaux. Que dirons-nous de la structure des vieilles fenêtres, de ces lourds châssis de plomb, élevés à trois ou quatre pieds au-dessu3 du plancher , et garnis de petites vitres dont l'épaisseur interceptait la lumière? L'aspect des anciennes boutiques attestait aussi l'indifférence de nos pères pour le bienêtre matériel. Les industriels du vieux Blois ne connaissaient d'autres devantures que des volets en
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DE hLOlS. SI9
bois sans aucun vitrage ; ces clôtura de nuit disparaissaient au point du jour ; de sorte que pendant l'hiyer, marchands et clients demeuraient exposés à toutes les rigueurs du froid ; aujourd'hui de tels magasins flatteraient peu un public habitué à la darté des vitrages et à la douce chaleur des poêles*
Les plaisirs, comme les besoins, ont été singu- ^raient comjdiqués. L'ancienne boui^eoisie blésoise ignorait les réceptions luxueuses de notre époque ; die préférait au tumulte des grandes réunions le cercle étroit, mais plus intime, de la famille. Les dames et les bourgeoises ^ livras aux soins modestes du ménage, ne se visitaient que les dimanches et fêtes; elles passaient les jours ordinaires et les vallées k filer ou à broder avec leurs demoiselles et leurs domestiques , toutes réunies dan3 la .même chambre. Moins sédentaires que leurs épouses, les bourgeois fréquentaient des lieux appelés tout simplement cabarets; nous ne pouvons leur donner un autre nom, car longtemps il n'y eut à Blois que d'humbles tavernes. Le premier établissement digne d'une qualification plus relevée frit le café du Palais, qui existe encore. Depuis vingt ans le nombre de ces maisons, jadis si rares, s'est accru dans une proportion extraordinaire.
L'auberge du PetUrPariSs qui se trouvait dans la rue du Foix , était la guinguette favorite des magistrats et des gens de robe ou de plume ;
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8fO HISTOIRE
les cartes, la boule et le vin clairet, délectaient tourà-tour les habitués de ce lieu champêtre.
Les jeux de paume offraient aussi d'agréables passe-temps; le dernier, situé rue du Haut-Bourg^ vis^i-vis le jardin de levèché, n'a disparu qu'envi-^ ron vingt années avant la Révolution , pour faire place à une salle de spectacle. L'ouverture de ce nouvel établissement fit sensation à Blois; car on n'y connaissait pas encore les plaisirs de la scène. L'aspect de cette salle était fort peu gracieux; les loges, mal disposées, ne formaient point un ensemble régulier ; l'absence de banquettes rendait le parterre très incommode ; l'éclairage, les décors et la mise en scène ét^ent des plus insuffisants. Qudque faibles que fussent les représentations , qn s'y portait en foule; le public blésois était bien moins difficile que de nos jours : les comédiens ambulants de la province n'avaient point alors à lutter contre les souvenirs des spectacles de Paris; car bien peu de personnes connaissaient la capitale et ses plaisirs ; la plupart des spectateurs, n'ayant jamais vu rien de mieux, applaudissaient de bonne foi aux exhibitions les plus médiocres.
Au lieu de fréquenter les guinguettes et les ca^ fés, les Blésois de nos jours se réunissent dans plusieurs cercles, destinés à la lecture des journaux , à la conversation et au jeu. Voici en peu de mots l'hbtorique de ces divers établissements. Le plus
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ancien est la Société du commerce, qui remonte à soixante ans environ. La Société littéraire, la plus nombreuse de toutes» Ait d'abord maçonnique, puis musicale; elle date d'une quarantaine d'années. Deux loges de francs-maçons, celle des Amis réwm et celle des Arts-et-Métiers, remontent à la même époque. Un cercle littéraire et agricole, fondé en 1 837, a cessé d'exister depuis quelque temps. Enfin un démembrement de la Société littéraire de la rue du Mail vient de former un nouveau cercle^ . La lecture des journaux, habitude qui se propage de plus en plus, est le principal but de ces réunions. Nos pères , moins curieux de nouvelles et de polémique, ignoraient ce besoin quotidien de la géné^ ration actuelle. Avant la Révolution, quelques personnes de Blois recevaient, seulement une fois la semaine, le Mercure Gakmt, publication fadement littéraire, qui contenait peu de nouvelles politiques, et jamais de discussion : c'était l'enfance de l'art. Depuis ces timides commencements , le journalisme a feit des progrès gigantesques; les feuilles immenses qu'il met en circulation chaque
* Le prétexte de la scission a été le désir manifesté par un certain Mmbre de membres qu'on leur laissât la faculté de fumer dans Tintérieur du cercle ; nous consignons ce fait comme un trait caractéristique des habitudes modernes. Nos pères assurément n'eussent pas élevé la Béme prétention ; car ils goûtaient peu l'usage, aujourd'hui si répanda, de la pipe et du eigare.
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mathi, pénétrent dans tontes les dastes de la so* ciétét alimentent à fortes doses la curiosité pubB*que, et livrent à d'innombrables lecteurs les questions , les £aâts, les hypothèses» les personnalités du moment.
Les établissements culinaires , de même que les cafés» ont reçu des perfectionnements remarquables. Les traiteurs d'autr^is paraitrairat bien ridicules , avec leurs immenses rôtissoires ra bois ^ que des chiens dressés exprès disaient tourna*; ce singulier mécanisme fonctionnait peu dans une ville où le potr^u-feu suffisait ordinairement. Si simple qu'elle fût, l'industrie des rôtisseurs offus* qua néanmoins la frugalité de nos pères; les termes sévères de la résolution suivante prouvent leur peu de sympathie pour ces industries : « Les » échevins s'opposeront au monopole prétendu par » les rôtisseurs pour la vente de la volaille et du » gibier; car de tout temps ce commerce a été » libre , et même on $e paueroit Uen de$ rôtiêgeurtf » vuqu'ikservmt phulAt à h débaucha it super fiuité » qu'à la néceaUé publique ^ » Ce blâme était peu fondé ; les rôtisseurs du XYII^ siècle n'officient pas de grandes séductions aux gastronomes de Fépoqne ; car » dans un faictum dressé pour la même affidre, les échevins avouent que ces pauvres in-
* Délibération municipale du 24 décembre 1618.
DB BiOIS. ns
dustriels n'awmt jamais oulcun râti freA, m fm éhmi, m hfodim UyrnnaMet, comme cewc de Paru mcntioujoun.
La broche tournante n'était pas en effet chose commune à Btois. En examinant les anciennes maisons , on ne voit même pas qu'il y eût un lieu spédâlement destiné à la cuisine; cette partie essentielle des bftbitations modernes n'existait guerres que dans les châteaux et les grands hôtels. Le luxe de table était peu dérdk^pé chez nos pères, mais en revanche ils buvaient abondamment. Quoique Ton sût beaucoup vanté leur tempérance, certains usages locaux feraient douter de l'exactitude de cette assertion souvent répétée. Ainsi, lorsque les bourgeois de Blois , propriétaires de dioseries , allaient (vers la Saint-Martin d'hiver) taper leur vin nouveau , c'était pour eux un jour de libations odieuses ; la {dupart s'raivraient, et ne revenaient en ville qu'après avoir recouvré leur équilibre : de tds excès , qui aujourd'hui paraîtraient ignobles , ne fNTodirisaient alors aucun scandale ; l'usage autorisait ces orgies grossières.
Nos pères, francs-buveurs, n'avaient cependant pas horreur de l'eau. Les bains de Loire étaient au eontraire un de leurs plaisirs &voris. On prétend même qu'il existait autrefois des étuves publiques dans la rue de la VieiHe-Poite j appdée anôennement rue des Étme$. Aujourd'hui Blois possède
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deux établissements de ce genre; le premier, situé à côté de l'Hôtel-Dieu, a été ouvert en 1802; le second , placé en Vienne , ne date que de Tannée 184^.
Plusieurs genres de luxe, devenus en quelque sorte obligatoires pour les gens riches, n'existaient point jadis; tels sont les équipages et les livrées. En 1 700, les carrosses , et même les cabriolets, étaient inconnus à Blois; les citadins les plus notables ne possédaient que de mauvaises carrioles , dont ils se servaient seulement pour aller à leurs closmes de Sologne et à leurs fermes de Beauce. Les horribles chemins des environs ne permettaient guères Tusage des voitures suspendues; les premières qui parurent à Blois (vers 1740), appartenaient à des gentilshommes du pays; c'étaient de lourdes berlines que deux forts chevaux avaient beaucoup de peine à traîner au simple pas. L'usage des voitures dans l'intérieur de la ville pour les visites, les soir rées et les noces, remonte tout au plus à 30 ans; auparavant les chmes à porteurs étaient les seules distinctions de Taristocratie blés(Hse ; ces litièares d'un autre âge ont disparu complètement dq^uis dix années. Malgré l'aspérité du sol ,^les cabriolets, les tilburys et les calèches circulent joumellemmt sur le pavé de Blois. En 1843 on s^tenté, mab sans succès^ d'établir au bout du pont deux cabrûh' leU de plaeei P^^s tard, la ville comportera peut-être ce genre de perfectionnement encore'prématuré.
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Les messageries n'ont pas été moins améliorées que les voitures particulières. Cette industrie s'est proportionnée, depuis son origine, aux besoins des diverses générations : de nos jours enfin , elle a réalisé des merveilles de confort et de vitesse en rapport avec les idées de l'époque , avec les exigences nouvelles du public voyageur. Quelques anecdotes locales, empruntées à la période des trois derniers siècles , suffiront pour faire ressortir llmmensité du progrès. En 1581 , la route de Blois à Pans était desservie par un seul messager, commissionné par les échevins; la ville lui fournissait tous les ans un habit à livrée, avec les armes de Blois brodées sur les manches '• Ce phaéton municipal ne tenait à la disposition du public qu'une mauvaise charrette , qui , le plus souvent , allait ou revenait avide, tant les voyageurs étaient rares! En 1666, on établît de Blois à Angers un coche par eau qui mettait une semaine pour Taller et le retour. Ce mode de transport, plus agréable et plus prompt, surtout en descendant , que l'usage de mauvaises voitures , était à la mode pendant les XVP et XVIP siècles. Les princes et grands personnages de l'époque descendaient ordinairement la Loire en galère; Mademoiselle de Montpensier , fille de Gaston d'Orléans , raconte ainsi ^ le voyage qu'elle fit de Blois
* Délibération municipale.
* Mémoires, t. V, p. 1»
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à Tours sur une de ces légères embarcations : « Je » me mis sur la rivière dans une petite galère ap- » partenantàilfotmetir^ qui Tayait fait faire pour » se promener sur la Loire , et à laquelle rien ne » manquait de tout ce qui compose celles qui vont » à la mer; j'allai coucher à Âmboise; le lende- » main à Tours. »
En 1676, la ferme générale des messageries de France établit de Blois à Paris un carrosse, nouveauté qui sembla merveilleuse : elle voulut même empêcher le messager de conduire pttts de trois personnes à la fois dans sa charrette ; moyen indirect de rendre la nouvelle voiture obligatoire pour l'excédant des voyageure. Cette prétention au monopole occasionna entre les deux industrie rivales un procès compliqué; la municipalité crut devoir intervenir , et prit à ce sujet la délibération suivante :
Sur ce qiii a étc remontré par les échevins , qu'il y a instance au parlement entre Jacques Baillou , messager royal de Blois à Paris , et les adjudicataires du bail général des messageries de France , sur la prétention qu'ils ont d'astreindre ledit Baillou à ne mener dans sa charrette que trois personnes , ce qui est préjudiciable au public , parce que , si les habitants de ladite ville étaient obligés d'aller en carrosse, il leur en coûterait quatre fois plus que ce qu'ils donnent au messager pour les mener à Paris La matière mise en délibération, a été conclu et arrêté que lesdits sieurs échevins interviendront à ladite instance, afin d'empêcher la prétention desdils fermiers, et de soutenir la liberté publique.
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Ce document atteste à la fois rimperfection du sarvicc et la pauvreté ou la parcimonie des voyageurs blésois, qui repoussaient comme trop dispendieux l'usage du carrosse, bien préférable pourtant sous le rapport de Taisance et de la célérité. Le successeur de Baillou, voulant se mettre à la hauteur des messageries royales , remplaça la charrette de traditioâ par un carrosse ; ce changement excita de nouvelles plaintes^ ainsi formulées :
Sur ce qui "a été remontré que la veuve Desnoyers , qui exerce une messagerie dans cette ville , au lieu de faire partir une charrette par chaque semaine^ ne fait partir qu*nn carrosse, en sorte que le commerce^ et let pauvres gens qui n'ont point moyen écolier en carrosse, en sont ruinés, outre que les marchandises qui sont mises dans le carrosse à Paris pour venir à Blois j sont gltéee , et qa*il arrive fort souvent que lesdites marchandîsas eont menées jusqu'à Bordeaux d*où elles reviennent fort endommagées ;... il aété arrêté, que ladite veuve Desnoyers sera tenue de faire partir de Blois, chaque semaine, une charrette ponr aller à Paris et en revenir.
Cette décision concilia tous les intérêts ; les voyageurs purent dès-lors choisir entre les deux voitures^ sans être obligés de prendre la plus coûteuse : la charrette, malgré son infériorité, soutint longtemps encore la concurrence, à cause de la modicité de ses prix.
Les anciens règlements favorisaient peu la célérité des communications; car les messagers ne pouvaient parcourir plus de quatorze lieues par jour \
* Règlement de 1623.
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et défense expresse leur était faite de voyager pendant la nuit'. Le service de poste, anciennemant réservé aux princes et aux grands seigneurs de premier ordre, offrait une accélération relative, qui aujourd'hui ne satisferait pas les plus humbles voyageurs. Les premiers relais, destinés aux voitures de poste et aux messageries furent établis m 1 597, powr aller , dit l'ordonnance de Henri IV, de journées en journées, lesquelles seront Imitées pour les moindres à 1 2 lieues, et pour les autres à Hou 15 lieues, excepté ès-fays oà les chemins sont diffh ciles ^. Ces restrictions légales expliquent la lenteur du parcours de Blois à Paris, dans les siècles passés.
Vers 1700, on organisa entre les deux villes un service hebdomadaire fait par une messagerie appelée le coche. Ce fourgon lourd et non suspendu partait de Blois à dix heures du matin, et allait coucher à Saint-Dyé ; le second jour il allait à Orléans, le troisième à Toury, le quatrième à Ëtampes, et le cinquième à Paris : on ne pouvait voyager à plus petites journées. Le coche fut supprimé vers 1760.
* (Éditde 1661.) Cette défense «^explique par le peu de sécurité que les routes offraient alors aux voyageurs : celle d'Orléans à Paris était particulièrement infestée de voleurs, dont les bandes nombreuses se retiraieni dans les forêts de Cercottes et d'Étampes.
* Dans ces pays, on ne devait pas faire plus de huit ou dix lieues. A une époque où les routes étaient si mal entretenues, beaucoup rentraient dans la catégorie des chemins difficiles.
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En 1789 les mesMogeries générales de France pas^ saient deux fois la semaine à Blois; le premier jour eHes couchaient à Orléans, le second à Ëtampes, ié troisième à Paris : ces énormes voitures, appelées bien improprement diligences, étaient traînées par six ou huit chevaux, et faisaient tout au plus une lieue et demie à Theure. Cest seulement depuis la Révolution que les voitures publiques marchent pendant la nuit ; grâce à cette innovation et à l'accroissement de vitesse^ on fit en vingt-quatre heures letrajet de Blois à Paris; ensuite, la durée du voyage fut réduite à dix-huit heures pour les messageries, à douze pour les postes. Cette accélération semblait être XenecplusuUràde la vitesse; mais elle a été bien dépassée depuis l'établissement du chemin de fer d'Orléans à Paris (1843): aujourd'hui le voyage dture seulement neuf heures, cinq suffiront bientôt, lorsque la section dX)rléans à Tours sera mise en activité. Quelle différence de cette locomotion à celle du dernier siècle! Du coche au wagon, de cinq jours à dnq heures le progrès est vraiment fabuleux.
Onous reste maintenant à parler d'usages singuliers et de superstitions qui se rattachent à l'historique des mœurs locales.
Une des vieilles coutumes les mieuxr conservées
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parmi nous est celle des étremies^ gages d'affection ou de charité destinés à inaugurer sous d'heureux auspices chaque nouvelle année. Â cette même époque les vieux Druides du pays chartrain cudyUaient solennellement dans nos forêts le gtd sacré, et le distribuaient au peuple assemblé : le mot a survécu à cet usage religieux ; car , la veille et le jour du premier janvier, on voit encore des enfants pauvres parcourir les rues en demandant la gvi fan neuf. Les paysans de certaines localités croient toujours aux vertus curatives de la substance mystèriwse que nos ancêtres regardaient coiome une véritable panacée.
La promenade annuelle du bceuf vtU^' est wssî d'origine gauloise. Un événemait malheureux , arrivé à Blois dans le dernier siècle, avait obscarci Téclat de cette pompe triomphale; l'anecdote ne sera pas sans intérêt. Autrefois les maîtres bou-
* Ce terme de localité, adroi» par Tusage de certaines proriaeec, du Blésois notamment , mérite quelque explication. Le bœuf vUU eal ainsi appelé, parce qu*on le promène par la ville. On le nomme . aussi bœuf violé , à cause des violons ou autres instruments qui accompagnent sa marche. La cérémonie du Jeudi-Gras est toute païenne : elle existait sous diverses formes chez la plupart des peuples de Tantiquité : les vieux Gaulois, entre autres, rendaient de sbleanels honneurs au bœuf, et Ivi oonsacraient, ft certaines époques de Tannée , une ovation analogue à celle dont il jouit encore panû nous. L'utilité d'un quadrupède qui de tout temps fut appliqué avec succès au labourage des terres, explique et justifie l'usagé immémorial de cette fête.
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chers conduisaient eux-mêmes le bœuf-gras, soin pénible et périlleux qu'ils laissent maintenant à leurs garçons. Or il advint qu'un jour de jeudi-gras (vers 1765) le roi de la fête se jeta impétueusement sur un de ses guides, et lui porta des coups mortels. Le drail fut général dans la boucherie blésoise : ce flialheur inspira même aui habitants une telle aversion des bœufs villes qu'ils crurent devoir les proscrire. Tootelc»», pour ne pas abolir entièrement une coutume populaire» on convint de remplacer le redoutable quadrupède par un autre plus inoffensii; l'âne, réservé de nos jours aux avanies du carême prenœnty obtint alors les honneurs du carnaval , substitution grotesque qui dura jusqu'au commencement de ce siècle. Enfin le public est reveou sur une panique momentanée, et depuis quarante ans le vrai bœuf ville a reparu dans nos rues avec son cortège de tradition.
Nous ne nous arrêterons point à des coutumes presque génârades qui ont fait le sujet de nombreuses et savantes dissertations. Il suffira d'indiquer ici les noëls, les révâllons, les gâteaux des Rois, le carnaval, les masc»rades, le carême prenant, les œufe de Pâques, etc. Ces joies de nos pères ont beaucoup perdu de leur ancienne vogue: car les traditiotts du vieux temps a'e&oeni xle plus en plij», sous l'empire des habitudes et des idées d'un siècle essentiellement positif.
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Parmi les superstitions qui régnaient autrefois à Blois, nous mentionnerons une singulière croyance des mariniers. Le matin du jour de la Trinité, ces hommes simples ne manquaient pas de se réunir sur le pont, à trois heures, pour voir, disaient-ils, lever trois soleils, prodige analogue à Tobjet de la fête religieuse.
Les habitants de plusieurs villages croient encore aux torciers; cette superstition règne surtout dans le Bas-Yendômois et aux environs de Montrichard ; nos fastes judiciaires offirent un exemple moderne de ses horribles conséquences. Un marinier de Blois avait un enfant malade; la femme Marie Thibault, nécromancienne du voisinage, conseilla et fit appliquer des remèdes mystérieux : comme l'enfant n'allait que plus mal, elle déclara qu'un bei^er nommé Antoine avait jeté un sortilège sur le jeune malade. Les trop crédules parents voulurent avoir raison de ce génie malfaisant, et bientôt attirèrent chez eux le prétendu sorcier ; mais n'ayant pu obtenir de Im l'aveu d'un crime imaginaire, ils le garottèrent, lui mirent les pieds au feu, et le frappèrent à coups redoublés; ce supplice varié fut prolongé pendant plus de trois heures; le malheureux vécut encore quelques jours. La femme Thibault ainsi que le père et la mère de Tenfant, condamnés à mort par arrêt de la cour d'assises de Blois du 1 1 août
1815, furent exécutés sur la Grande-Pièce. On doit espérer que les populations^ devenues plus éclairées, cesseront enfin de croire à de vaines superstitions dont les suites peuvent être si affreuses.
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