DESCRIPTION HISTORIQUE
Blois, situé dans un pays renommé pour la dou« ceur du climat, fut de tout temps agréable aux étrangers. A Tappui de cette assertion , nous invoquerons le témoignage d'un ambassadeur vénitien, qui visita notre ville en 1 528^ pendant le séjour de François I^ et de sa brillante cour : Blese^ dit le signer Andréa Navagero, h bellissima terra e in bel- Ksitmo lîto, ha buone case ed è moUo fréquente^. < Blois est un fort beau pays , très avantageuse-
> ment situé; les habitations y sont commodes , et
> la population nombreuse. »
' Mémoiret publiés dans là nouvelle collection des Documents m^ ^ti 4€ VkUtùire de France, tome I, p. 27.
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Cet éloge n'est pas suspect sous la plume d'un grand seigneur, habitué au doux climat et aux magnifiques monuments de Tltalie.
Nous trouvons dans un écrivain de la même époque ' les réflexions suivantes sur les motife hygiéniques de la prédilection des étrangers pour le séjour de Blois : < Telle et si grande est la plaisance » de ce lieu et des eaux et fontaines douces qui en » sortent et qui en tombent avecques un gracieux » murmure ^^ que de là s'engendre une grande sa- » lubrité d'aer qui est en toute ceste contrée gra- » cieux et très doux, tellement que plusieurs p grands et puissants personnages se retirent là « par le conseil des médecins pour le recouvrement » de leur santé égarée. »
De nos jours ces avantages sont devenus plus incontestables^ car, ainsi que nous aurons plusieurs occasions de le remarquer, la ville, depuis cinquante ans surtout, s'est beaucoup améliorée sous le rapport de la salubrité, et Ton peut maintenant , bien mieux qu'au XYI* siècle , y respirer l'air vif et pur des bords de la Loire.
En arrivant à Blois, les touristes remarquent Teffet pittoresque de la lâlle, vue du pont; les habitants eux-mêmes, malgré l'influence peu favorable
* Le traducteur de Georges Braun (1572), outrage déjà eité.
* Allusion aux footaines dont la TÎUe est si abondanaent pouirue.
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de rhaiiUttde^ s'arrèteat quelqudbis deyaot ce paysage, dont La Fostaiûe disait en 1663' : « Les » toits des maisons de Bk)is sont disposés en beau- • coup d'endroits, de telle manière qu'ils ressemt blent aux degrés d'un amphithéâtre ; cela me pat rait très beau ; je crois que difEcilement on peut > trouver un aspect plus riant et plus agréable. » Cette dernière observation se retrouve dans un v^rs latin cpie Bernier a placé en tète de son ouvrage, pour servir de légende à une gravure de la ville :
NuUui in orbe loeus Bkt$U prmUuet amcsnii. € Nul lieu dans l*uniyer8 n'est plus riant que Blois '. »
Depuis le passage de La Fontaine, Taspect géné^ rai de notre cité a bien changé. Et d'abord, l'église Scml^Solenne , édifice aujourd'hui isolé, avait pour pendant, à l'autre extrémité de la ville, cette de Satnt-Sauveur, dont la flèche ^ncée répondait parfaitement au dôme de la cathédrale : entre ces deux monuments , près la tour Beauvoir , ott apercevait l'aiguille des Corddiers; un peu plus ba», le olochfr de Saint-Honoré. A l'extrémité occidentale de la ville (^'élevaient l'égHse Saint-Nicolas, et le couvent des Capucins, borné par la buttt gaubûse* Dans les quartiers bas, même luxe d'églises et de
* Voyage en Limousin.
* On nous pardonnera d'avoir traduit un mauvais vers j^r un autre de même facture.
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clochers ; c'étaient les flèches des Jacobins » de Saint-Martin et de THôtel-Dieu; la tour gothique de Boui^-Moyen, qui rivalisait de hauteur et de majesté ayec celles du vieux Saint -Laumer (aujourd'hui Saint-Nicolas); enfin, par-delà le fiaiubourg SaintpJean , à mi-côte de Montigny, la chapelle d'un ancien prieuré '. L'ensemble de tous ces édifices religieux produisait un ^et très pittoresque , et contribuait à la variété du paysage; la destruction de la plupart de ces anciennes églises (il n'en reste que deux) est assurément regrettable sous le rapport de la perspective.
La partie basse de la ville a subi une transformation plus heureuse. Autrefois les quais n'existaient pas; des grèves incultes et nues régnaient d'un bout à l'autre de la ville. Au lieu des £aiçades et des toits à mansardes qui composent maintenant un ensemble agréable et régulier, saillissaient des pignons raides et anguleux, semblables à celui du café du Com-merce (ancien hôtel du Bœuf Couronné) ^ seule maison d'un autre âge qui soit restée dans ce quartier: on n'apercevait même que leur partie la plus aiguë; car les murs de ville cachaient le rez-dechaussée et quelquefois le premier étage. Cette enceinte stratégique, qui couvrait l'emplacement
* Le prieuré de Saînt-Jean-en-Grôye, dépendant de Tabbaye de Pont-Levoy, et devenu ensuite le grand eéminairt.
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actuel des maisons du quai, donnait au vieux Blois le plus triste aspect ; ses remparts épais et noirs, ses portes étroites et basses, ses tours crénelées, composaient un horrible encadrement , et contrastaient avec le riant aspect de notre fleuve et du coteau qui le domine. Ces constructions sévères ont disparu ; sans doute La Fontaine serait émerveillé de revoir dans son état actuel l'amphithéâtre qui déjà en 1 663 lui paraissait riant et agréable.
Étudions maintenant les détails nombreux et variés d'un ensemble que les touristes se contentent de saisir à vol d'oiseau. Les hommes du pays doivent examiner moins précipitamment les choses de la patrie, comparer avec soin la ville actuelle à Tancienne. Un plan dressé d'après deux vues de Blois, tirées en 1573 et 1675, facilitera les rapprochements. Ces gravures existent à la mairie , où l'on conserve aussi un plan manuscrit de la ville daté de 1743. Outre ces documents, nous avons consulté avec soin les titres des archives et les souvenirs obligeants de quelques septuagénaires qui ont vu et peuvent encore décrire le vieux Blois.
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iHciRsniis.TODnn poms h mu.
Mé»
I^es comtes de Kois, grands guarroy^irs du moyen-âge, éprouvèrent le besoin de fortifier l^ir principale ville, pour la protéger contre les attaques ou les représailles des seigneurs voisins. Dans ce but, ils la firent entourer d'épaisses murailles, flanquées de tours rondes et percées d'un ca'tain nombre dé portes ; ces constructions furent faites par corvées, comme tous les travaux publics de la même époque '. L'enceinte fortifiée suivait à peu près la ligne actuelle de nos faubourgs ; elle se trouve exactement décrite dans un procès-verbal de ronde
* Nous avons traduit, p. 24, une inscription du II* siècle , qui paraît s^appliquer à la construction première des murs de ville.
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qui fot dressé au mois de mai 1696 par les (lilBciers mumeipaui& S et que isous allons analyser.
Entre l'hôtel de ville et le faubourg Saint-Jean était la porte Bastille ^, située vis-à-^vis la rue ainsi nommée ^. La porte Saint^ean séparait ce faubourg de la rue Foulerie; on voit encore à cet endroit un pan du mur de ville ^ la rue de la Levée^ ouverte depuis la Révolution , occupe remplacement du fossé de vflle. Le mur remontait ensuite le coteau par une ligne qui aujourd'htd traverserait les jardins, les bâtiments et la cour de Tévèché; il aboutissait à la tour qu'occupent les religieuses Carmé^ lites. Entre cette tour et l'évèché on trouvait la porte Clouseauh fdoslmutj, située à l'entrée de la rue qui porte ce nom. Le boui^ Saint- Jean commu* niquait avec le Haut-Bourg par un chemin étroit * qui traversait la terrasse actuelle de Tèvêché, et dont rentrée existe encore au coin de la rue du Bourg- Saînt-Jean, vis-à-vis celle de la Lerée. La partie de murs et de fossés entre les portes Saint-Jean et Gouseaulx disparut lors de la construction du palais
* Ce document existe aux archives de It tîHc.
* Au XVI» siècle elle s'appelait porf« du Maréchal,
^ Avant la démolition de la porte, cette rue était fort étroite ; elle correspondait au petit porche qui conduit à la rue du Grenier-^-Sel, et n'avait guère plus de largeur que ce passage resserré.
* Ce chemin est indiqué sur un titre des archives départementale» de Tannée 1653 : il fut »upprimé par suite de rétablissement de Tévéché.
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434 iflSTOlRE
épiscopal. Le mnr, partant de la tour des Cannée tes, longeait la rae des Rouillis^ appelée dans les vieux titres rue des RouiUeries S le palais de justice, les prisons et la rue Beauvoir; sur cette ligne on voit encore deux tours, moins fortes que celle des Carmélites » qui destinée à protéger un angle, devait nécessairement offirir plus de résistance. Vis-àvis le palais était une porte pour arriver aux halles ; murée pendant les troubles du XYI^ siècle, elle ne fut rouverte qu'en 1 738, suivant arrêt du conseil de cette année. La tour Beauvoir ^ enclavée dans les prisons actuelles, est un des plus anciens édifices de la ville; au moyen-âge, elle formait un fief particulier; Hervé de Beauvoir qui la possédait en 1196, souscrivit, comme nous l'avons vu, la charte daffirainchissement des Blésois : en 1256 Louis de Châtillon l'acheta 300 florins, et la réunit au comté de Blois. Entre les rues Beauvoir et Galois était la porte Chartrame, ainsi nommée parce quelle conduisait à la route de Chartres; de cette porte à la porte Côtéy une partie des murs existe encore avec les tours adjacentes ; les propriétaires de la rue Chemonton jouissent de ces forteresses maintenant appropriées aux usages domestiques;
* Od la trouve aussi nommée rue Levasseleur, parce qu'anciennement elle formait le centre d*un petit fief qui avait sur les habitants du quartier certains droits de vasselage.
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DE BLOIS4 Zi!^
les talus des nmrailles ont été convertis en jardins et en terrasses. La porte Côté, que les titres latins appellent porta lateralisj doit son nom à sa situation sur un des flancs de la ville. Le mur se pro* longeait ensuite jusqu'à la voûte du château] dont rentrée était protégée par deux tours et un pontlevis ; dernièrement, en creusant les fondations du nouveau mur de soutènement de la place des Jésui* tes, on a trouvé les piles et les arches de c^ pont, qui correspondait en Ugne droite à la rue Galois, ancien fossé de circonvallation ; la vase quMes encombrait prouve qu*autrefois les fossés de la basse ville étaient remplis d'eau. Les remparts élevés du château faisaient suite aux murs de ville, et continuaient Fene^te fortifiée jusqu'à la porte du Foix qui séparait la rue Saint-Lubin de celle des Trois-Marchands où commençait le faubourg du Foix; puis les murs longeaient la rue Madeleine et le couvent des Jacobinsy jusqu'à la rivière; au bas de cette rue était la porte Gamaud (nom d'une ancienne famille blésoise). Le couvent de Saint-Laumer, qui se trou-* vait en dehors de l'enceinte, avait, comme nous l'expliquerons plus loin, ses fortifications particu- Itère». Le mur de ville régnant sur le bord de l'eau sdiait rejoindre la maison commune ; il servait à la fois de clôture et de terrasse au jardin de l'abbaye de Bourg-Moyen ( le collège actuel) : sa hauteur en cet endroit fut d'abord de trente-quatre pieds ; mais
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les religieux, dont il masquait les bâtiments, obtins rent l'autorisation de le réduire à dix-huit» sous la condition expresse de le rémettre dans son état pri^ mitif , si la sûreté publique l'exigeait \ Vb-à-vis Faucien pont était la porte Sain^Fiacre qui ouvrait sur la rue du Port- Vieux ; on l'appelait aiœi à cause de la chapelle Saintr-Fiacre , située au milieu du pont.
Outre ces entrées principales, on trouvait, de distance en distance, de fausses portes ou potarnés; il y en avait une vis-à^vis la rue actuelle du Pont.
Les portes étaient cintrées et d une strueture massive; chacune d'elles était défendue par deux tours et un pont-levis à bascule. Un reste de Jam* bage de la porte Clouseaulx peut faire jug^ de l'épaisseur et de la solidité de ces constructions.
L'entretien des murailles, des portes et des fossés faisait partie des charges municipales ; mais, depuis le règne de Louis XIY, qui mit fin aux guer« res civiles et pacifia complètement nos provinces, ces travaux stratégiques, devenus presque inutiles, furent très négligés, la ville n'ayant plus, comme autrefois, à se défendre contre les entreprises des partis armés. Peu à peu on combla les fossés, on abattit les murailles, et sur leur emplacement s'éle^
' Pvlibcruliou municipale d« 108^,
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M BLOiS. M7
Tèrent des rues d'un aspeet plus afréable, telles que la rue du Mail et le quai du Département. Ce chaa.. gement remarquable eut pour résultat d'assainir la ville; car les murs obstruaient de tous côtés la cipculation de Faîr, en même temps que les immondices et les eaux stagnantes des fossés répandaient les plus insalubres exhalaisons.
Les tours commencèrent à être affermées à des particuliers en 4598 ; plus tard la Vdle les aliéna ; celles qui r^itent aujourd'hui sont possédées par les propriétaires des maisons adjacentes.
Souvent la municipalité autorisait les propriétaires riverains à ouvrir des portes et fenêtres dans les murs et à combler les fossés, pour l'utilité et Tagrément de leurs habitations. En 1671 les Gordeliers obtinrent une permission de ce genre, à chaîne « de
> e€4ébrer chaque année dans leur église deux » messes solennelles, l'une pour le roi, le jour de » Saint-Louis , l'autre pour l'heureux tticcèi des
> bom desseins de messieurs les eschevim de cette » vUlô le lendemain de kw éleelim. » Cette dauae, sorte d^ ex-voto municipal, fut religieusement observée jusqu'à la Révolution. En 1702, un propriétaire de la rue des RooiUis fut autorisé à faire eombler le fossé vis^vis sa maison, pour arriver directement à la Grande-Pièce. Ces concessions n'avaient lieu ordinairement que sous réserve expresse de faire boucher les ouvertures et de réta^
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blir les fossés toutes les fois que Tautorité jugerait à propos de l'ordonner dans Tintèrèt de la yille. Ainsi, en 1612, époque de troubles, rassemblée municipale décida que « les portes des maisons » donnant sur les murs, seraient fermées à cade- > nas, et les clefs remises dans Thôtel-de-Tille aux » échevins qui en aideraâent les habitants en cas » de besoin. » Peu de temps après (27 avril 1 61 2) on ordonna que toutes les ouvertures particulières seraient murées, excepté celles de la rue Foul^ rie, qui continueraient d'être seulement cadenassees*
Les plus anciennes portes de ville s'ouvraient et se fermaient verticalement par des herses en fer; mais une délibération du 20 mars 1586 ordonna qu'aux portet du Maréchal et du Pon-Vieux an ferait des portes de fer qui s'ouoriraierU en deux^ devers la ville, et dora la fnoUii m s'ouvrirait sinon quand besoin serait. L'établissement de grilles à charnières date de cette époque.
Toutes les fob que la sûreté publique l'exigeait, on murait les portes autres que celles des faubourgs, comme cela eut lieu en 1585 pour les portes Côté et du Maréchal '; quelques mois après on ordonna que la porte Côté serait démurée peur la
' Délibération du 5 mai 1585.
wnue de la reine mère^ Catherine de Médicis ' ; deux ans après on la fit murer de nouveau.
Les portes de ville, comme les murs, tombèrent en ruines faute de réparations. La porte Côté et celle du Pont fiirent démolies quelque temps avant la Révolution. Les autres, vendues à Fenchère par les administrateurs du district de Blois, disparurent en 1 793 et 1 794 ; les adjudicataires trouvèrent beaucoup de matériaux dans ces masses énormes de pierres.
> Délibération du 1« août 1585.
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CBAKTRX n.
FAUBOURGS ET BINUEDE DE U nUT.
En dehors de l'enceinte fortifiée se trouvaient le» cinq faubourgs qui existent encore.
V Le Foix, que le roi Raoul donna aux Bénédictins de Saint-Laumer par titre de 924 ', est appelé dans cet acte fismSy c'est-à-dire domaine féodal (signification ordinaire du mot fiscus en basse latinité) ; de fiscus on fit ensuite par corruption le mot Foix qui apparaît dans les chartes du XIY^ sîèclet rédigées en langue française.
2® Le faubourg Neuf^ moins ancien que les au-
' Nous reviendroDS sur cette charte importante, en parlant de im fondation de Tabbaycde Saint-Laumer, au chapitre des étabUssemenu religieux.
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très» fut commencé au XU^ siècle; une charte de 1190, transcrite dans les preuves de Bemier, rajH pdle bwrgi novi cddificati; cette dénomination, qui alors pouvait être fondée^ n'est plus aujourd'hui qu un anachronisme. £n 1 81 1 , la ville acheta plusieurs maisons pour agrandir l'entrée du faubourg, telle que nous la voyons.
3** Le HavirBourg Saint-Jean^ qui venait après la porte Clouseaulx, doit son nom, comme cette porte, à l'élévation du site : c'était le moins grand de nos &ubourgs. Avant l'établissement de l'évèché, il existait du côté de la terrasse un rang de maisons qui formait le second côté de la rue du Haut-Boui^.
4* Le faubourg SaintrJean, qu'on appelait anciennement le Bas-Bourg par opposition au précédent, emprunta son titre au prieuré de Saidt-Jeanen-Grève, situé à son extrémité, au-dessous de Montigny. Anciennement un chemin, faisant suite à la rue de ce faubourg, traversait les enclos du séminaire et du Sanitas, et rejoignait le chemin haut delà Chaussée-Saint-Victor. La petite rivière de Macé, qui coule au bas du coteau, traversait le faubourg et la rue Foulerie, dont elle faisait tourner les moulins à foulon ; mais, depuis trois siècles environ , des exhaussements considérables de terrain l'ont &it disparaître de ces quartiers ; son embouchure se trouve maintenant sous le pont des Papilions , au milieu de la plantation dite les Saules.
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5® Les anciens chroniqueurs désignent Vienne sous le nom latin d'Evenna ", dérivé du celtique evm qui signifie rivière. Suivant cette étymologie, le nom de notre faubourg répondrait à celui de Ba$'Rimère que porte encore la partie inférieure du val de Vienne ; on remarquera d'ailleurs que les villes de Vienne en Autriche et Vienne en Dauphiné
^ On trouve cette dénomination dans le livre des Miracles de saint Eusice (Labbe, Nova Bibl, mamiscr., t. U, p. 465). Notre faubourg fut, suivant tertaine légende de ce recueil, le théâtre d*un prodige opéré par Tintercession du saint ermite de Selles en Berri {CeUa SancH Eusicii) ; nous traduisons, comme curiosité agiographique, le texte de cet épisode viennois :
« Un prêtre nommé Herberji , curé du faubourg de Blois appelé » Everma ou Vienna, visitait souvent le tombeau de saint Eusice (i » Selles). Un jour qu'il revenait de ce pèlerinage, il tpouva le fau» » bourg occupé par les ennemis... Des soldats envahirent sa maison, » apportant de grandes outres pour les remplir de vin ; ils forcèrent » rentrée du cellier , et coururent droit aux tonneaux. Le prêtre eut » beau crier : Cest le vin }f Eusice mon maître; au nom du saint, je » vous défends d'y toucher; ces impies lui répondirent par des injures, » et sans plus tarder, défoncèrent un poinçon... 0 prodige! le vin » était devenu solide et dur comme de Tairain : les pillards demeuré- » rent stupéfaits. Le prêtre n'eutqu'à s'approcher, et à l'instant le » liquide, reprenant sa nature, jaillit en abondance. Alors les sol- » dats burent à leur aise, et remplirent leurs outres ; le prêtre rem- » plit aussi une outre, et la porta au tombeau de saint Euaicc, dans » l'église de Selles : tant que dura cette liqueur miraculeuse, les ma- » lades qui en burent recouvrèrent aussitôt la santé. »
La date de cette aventure n'est point indiquée, et l'histoire de Blois ne fournit aucun renseignement sur l'invasion ennemie mentionnée par le légendaire ; on sait seulement que le narrateur des miracles de saint Eusice vivait au X* siècle ; son récit peu croyable prouve au moins l'anfriemieté du faubourg de Vienne.
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sont situées sur le bord de grands fleuves; on sait aussi qu'il existe en France une rivi^e du même nom; ces rapprochements onomastiques confirment Tinterprétation que nous ayons donnée au mot Viemie.
Longtemps le faubourg de Vienne constitua une seigneurie particulière relevant du comté de Blois. Philippe de Béthune^ frère du ministre Sully, fiit le dernier possesseur de ce fief qu'il échangea avec le Domaine contre les terres de Gy, de Billy et de Seings (y compris le lac), anciennes dépendances de la châtellenie de Romorantin et du comté de Blois. Avant cette réunion, effectuée en 1606, Vienne formait une commune à part; peu de rela^ tiens et même de sympathies existaient entre elle et Blois ; d'une rive à l'autre les mœurs différaient sensiblement. Bemier, qui laisse rarement échapper l'occasion de faire un jeu de mots , compare cette bizarrerie à l'inimitié réciproque des habitants de Lyon et de Vienne en Dauphiné, villes entre lesquelles coule le Rhône et dont Tacite a dit : Uno amne discreUs connexmn odium. Les vieilles antipathies des populations blésoise et viennoise ont ccmiplètement cessé; aujourd'hui la Loire seule les sépare. Bernier fait également obsferver qu'aucun couvent ne put s'établir en Vienne, et qu'il n'y eut jamais non plus de Protestants ; c'étaient, par rapport à la ville, deux autres différences bien re-
marquâbles. Avant la rérotution^ la plus grande partie de ce fenbourg était peuplée de mariniers et de marchands de vin .
Anciennement le passage de la grande route de Paris à Bordeaux par les rues de la Chaîne et de la Croix-Boisée était fort avantageux au ]Êiubourg de Vienne : plusieurs hôtels , considérables pour l'époque ^ s'élevaient dans ces quartiers aujourdliui peu fréquentés ; leur proximité de la route retenait les voyageurs , au préjudice des hôtels de la ville. La circulation était plus active sur ce point que partout ailleurs. En outre, certaines industries que Vienne a perdues, contribuaient à sa prospérité. La rivière était bordée de tanneries et de mouliiB à tan ou à foulon ' : ces usines devaient occuper beaucoup de bras dans un temps où le mécanisme ofifrait peu de ressources , où Ton ne savait pas encore ménager par d'ingénieux procédés le travail de l'homme. Il parait même que Vienne était assez bien bâti au XVI® siècle; car, pendant les divers séjours de la cour , beaucoup de grands personnages l'habitèrent, préférant avec quelque raison ce site uni aux rues montueuses de la ville. L'un de ces hôtes distingués, Jérôme Lippomano, ambassadeur de la république de Venise, qui en
* Il y en avait jusque sur les bords du Gosson; un titre des archives départementales, daté de 1570, mentionne le moulin à foulon du Gajff assit en la prairie de Vienne^
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tWn \ogmi à l'auberge des' Tfm-M(xwre% ' , re* marqua Fimportanee de ce faubourg; ses mémoires le signalent comme étant presque ausri grand que la witte ^. Nous sommes loin d'adopter cette assertion «Kagérée que l'auteur n'eut sans doute pas le loisir 4e vérifier. Néanmoins, en se reportant aux registres baptistères de 'j'époque , on voit qu'en 1 576, il naquit en Vienne 224 enfants : aujourd'hui le nombre des naissances dans la même paroisse ne <lépas8e guère 75. Quoique le rapport des naissances à la population ne soit plus le même qu'au XVI* siècle', la différence des deux chiffires est telle, qu'on ne peut s'empêcher d'attribuer à Tancienne «ommune viennoise un nombre d'habitants plus a>nsidérable que le nombre actuel, et de reconnaître qu'elle a subi une décadence sensible , sous le double rapport de la population et du mouvement commercial.
Depuis quinze ans , les faubourgs de Blois ont ^is beaucoup d'extension. Des terrains , naguères "vagues ou cultivés en jardins, sont maintenant couverts de nouvelles constructions. Cette rapide et heureuse transformation se fait remarquer prin-
^ Situé rue de la Chaine, et appelé aujourd'hui les Trois^Roit, * H foborgo di Vierma dove noi alloggiammo agti Tre Mort, é quasi
tutto grande corne la villa, (Tome 2, page 303 de Touvrage déjà cité.) ' Nous indiquerons, au chapitre de la population, les causes de ce
chaDgcment.
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ZU HISTOIBE
dpalemrat dans le quartier de Cluffipftotirclîfi, sur le chemin Neuf de Vienne, sur la levée du Foix. Le grand nombre de maisons bâties ai ces lieux naguëres peu habités prouve que Blois ne reste point en arrière des villes voisines , et suit le mour vement progressif du siècle.
Au-delà des faubourgs s'étendait un territoire rural appelé banlieue y dont la commune actuelle de Blois a conservé les anciennes limites. Les habitants de la banlieue eurent toujours les mêmes privilèges que ceux de la ville ; aussi ce territohis étaitril borné avec le plus grand soin ^. Les villages et hameaux qui le composent portent des noms d'une origine assez obscure; voici Tétymologie probable des principaux.
Groix (et non pas GroueU comme qn l'écrit qudquefois par erreur) est un vieux mot ^gnifiant cloi ou doserie. Depuis longtemps en effet ce fertile vignoble est divisé en clos fermés de haies ou de fossés. On prétend aussi que Groix veut dire un terrain caillouteux, de la nature de cdui dont nous parlons. La partie du coteau la plus rapprochée du faubourg du Foix s'appelle, par corruption, Les ImberU; le vrai nom est Reinberçj composé de
* Fourré (p. &41 du Commentaire sur la coutume de Blois), transcrit le procès-verbal de cette délimitation , dressé en 1519 : oq pourrait au besoin y trouver d*utiles renseignements.
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deux mots celtiques qui signifient le rein de la montagne. (Le mot berg existe, avec la même signification, en allemand, langue qui présente beaucoup d'affinité avec celle des Celtes , nos ancêtres.) Plus loin se trouve le cKmat des Moriers, abréviation de monasteriim ; son nom rappelle Texistence ancienne d'un hermitage en ce lieu jadis solitaire.
La Vicomte , terre située au-dessus des Groix , sur les confins de la commutie, était, ainsi que nous l'avons dit, le manoir féodal des vicomtes de Blois.
Le hameau de YilliersfinSj ancienne seigneurie , doit peut-*^tre son nom à quelque possesseur primitif appelé Villiers; car le mot finis j en basse latinité, s'emploie souvent pour désigner utl domaine. II se pourrait aussi que Villiers fût la traduction de villerium, dérivé corrompu de villa (domaine rural). Plusieurs terres seigileuriales des environs de Blois s'appelaient également Villiers.
La situation d'un autre hameau voisin de la ville, celui de Vill^oint (c'est-à-dire joignant la ville) , ne laisse aucun doute sur l'origine de sa dénomination \
\iennent ensuite les Granges, fertile territoire
* Atant la rérolbtion^ Villr joint formait un fief dépendant de la commanderie de Sours et d*Anrille en Yendômois, possédée par Tordre religieux et militaire de Saint- Jcan-dc- Jérusalem.
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35S IllSTOmE DE BLOIS.
dont les métairies, dites Grangiœ^ terme de basse latinité, appartenaient, les unes au comte de Blois, les autres à Tabbaye de Saint-Laumer.
A l'extrémité opposée de la ville s'élàve Montigny , hameau situé sur un coteau brûlant Cm(mt igneusj : beaucoup de lieux ainsi placés ont reçu cette désignation bypefi)olique.
Nous ne prolongerons pas davantage cette excursion étymologique dans la banlieue de Blois ; d*ailleurs il nous tarde de revenir à la ville, et de pa^ courir historiquement ses principales rues; tel sera Tobjet du chapitre suivant.
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RIES DE BlOIS.
L'intérieur de la ville n a pas été moins embelli que les faubourgs. Depuis dix ans surtout, on a considérablement bâti ; et si cette activité de con« structions continue, il ne restera bientôt plus, dans certains quartiers, aucune trace du vieux Blois. Les diverses administrations donnent ellesmème l'exemple; car en ce moment elles construi-* sent à la fois le palais de justice , le nouveau bâtiment du collège, celui de FHôtel-Dieu, et le mur de soutènement de la place des Jésuites. Les trottoirs du Bourg-Neuf, établis en 1 845 , sont un des bons résultats de la dernièi^e campagne. Déjà depuis quelques années, la rue Boesnier et le prolon-
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gement de la rue Croix-Boisée avaient des trottoirs : on doit désirer qu'ils se multiplient dans Blois; malheureusement peu de rues sont assez larges pour comporter cette amélioration.
Le recensement de 1841 a constaté 3,120 maisons dans la ville et la banlieue; le rôle des portes et fenêtres de 1845 en indique 13 à une ouverture, 107 à deux, 177 à trois, 168 à quatre, 138 à cinq; toutes les autres ODt plus de cinq ou^ vertures.
PAVAGE DBS ntES.
On commença, vers la fin du XV® siècle, à paver tes rues de Blois. Le compte municipal de 1518 porte un article de dépense pour cet objet; la toise de pavage y est évaluée 12 sous, la journée de l'ouvrier 5 sous 6 deniers.
Le pavage des rues qui ne dépendaient pas de la grande voirie était autrefois une dépense municipale; en dernier lieu il coûtait 4,000 livres, somme portée aux budgets de 1780 et des années suivantes. Après la Révolution , Tusage s'introduisît de laisser cet entretien à la charge des riverains; Textrème pénurie de la ville, que les événements politiques avaient privée de son patrimoine, fut une des causes de ce changement. Dès-lors les propriétaires durent faire exécuter le pavage chacun en
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dml «H, mais les mcony^ûeiits d'un pareil sys* tème ne tardèrent pas à se faire smtir ; les riTerains résistèrent à Facconiplissemen^ d'une obli^tion onéreuse, et Tautorité municipale eut souvent à lutter contre leur indifférrace ; d'ailleurs les travaux, exécutés isolément par diaque propriétaire, noflSraient pas toujours Tensemble désirable. Une expérience de râiquante années ne laissait plus aucun doute sur les vices inhérents à ce mode , et sur les 49&!cultés extrêmes de son application : enfin , à mesure que les idées de progrès se répandaient, et que l'administration éprouvait davantage le besoin d'améliorer la voie pujblique, l'adoption d'un système plus favorable au bon entretien et au perfectionnement du pavage devenait de plus en plus nécessaire. En conséquence , le conseil municipal décida qu'à partir du 4®^ janvier 1843 le pavage serait &it par la ville , aju moyen d'une taxe imposée sur les propriétaires riverains; cette innovation , qui a été appKquée avec succès dans plusieurs villes^ permettra d'obtf^nir à.Blois des résultats incompatibles avec le mode précédemment suivi. Les travaux exécutés au cours de l'année 1845 prouvent déjà en faveur du nouveau système.
Jusqu'où la fin du dernier siècle, Tadministratiot^
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ne parût pas s être oocupée d'assurer aux rues de Blois une larg^ir et un alignement conv^EitMes. Ce qui reste des plus andennes prouve qu'elles étaient extrêmement étroites et tortueuses ; les propriétaires bâtissaient sans aucun ensemble; leurs ccmstructions , horriUement pressées, formûent des quartiers aussi insalubres que disgrââeux, où le défaut d'air^ d'espace et de régularité se disait sentir à un égal degré.
Le premier règlement sur notre Toirie urbsâne est un arrêt du bureau des finances de la gtoéralité d Orléans, rendu en 4775, et observé jusqu'en 4838, époque où de nouveaux plans, conformes aux progrès de Tédilité moderne, furent approuvés par le conseil d'État , et rendus exécutoires par ordonnance royale.
Depuis quelques années , plusieurs rues, notamment cdles de Saint'-Martin, du Pont, Grande- Rue, Champbourdin , Porte-Côté, etc.^ ont été élargies d'une manière sensible. Dans les quartiers de grande voirie, telles que la Grande-Rue et celle de la Porte-Côté , la ville, d'accord avec l'État, alloue des indemnités aux propriétaires qui se reculent. Dans les autres , c'est en général à leurs risques et périls qu'ils réédifient les maisons sujettes au reculement. Beaucoup de ces reconstructions spontanées s'exécutent maintenant sur divers points de la ville; Taugmentation toujours progres-
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sive des levers , le désir général de bien-être et de tuxe, et peut-être aussi Tempire de la mode, détermineDt les paârticuliors à des sacrifiées qu'ils n V saîent d^abord s'imposer.
iCLAIBA6B DBS BVWt.
Le ineux Nois n'avait point d^éclairage public; mais dans 1^ temps de troubles ou de peste , il était déiSuidu aux habitants de sortir le soir sans porter dé la lumière; quelquefois même on les obligeait d'éclairer leurs maisons; ainsi , en 1568 , époque des guorres de religion , la municipalité ordonna que ces illuminations individuelles auraient lieu depuis 8 heures du soir jusqu'au point du jour; prescription d'autant plus oiràreuse qu'on était alors au mois d'octobre'.
En 1788, M. Bœsnîer» maire, conçut la première idée d'établir 130 réverbères, qui auraient été allumés pendant quatre mois de Tannée; maïs les circonstanees politiques ne permirent pas d'exécuter aussitôt ce pro}et. En 1800 ,. au moment où Blois était menacé de l'invasion nocturne d'une bande de malfiûteurs, la municipalité ordonna, suivant l'usage ancien, que chacun [éclairerait en droit joi^. Le projet de M. Boesnier fut mis à exécution^
* Délibération du 7 octobre 1568.
' Arrêté do 23 veot^ae an 8.
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par un de ses successeurs. En 4804 , M. Bergevin , maire, fit poser les premiers réverbères sur le pont et sur les quais. Vers la fin de 1805, on en comptait 46 dans toute la ville; en 1806, 10 nouveaux furent ajoutés; en 1807, 50; de sorte qu'au commencement de 1808, Kois en possédait 106. Ce nombre s'accrut successivement; en 1820 il était de 210, en 1831 de 223. UétablissemjBnt du gaz, qui fut inauguré dans noire ville le 1*"^ mai 1840, et Textension que prend chaque année ce nouveau mode d'éclairage eurent pour conséquence la réduction du nombre des réverbères. Aujourd'hui la ville est éclairée par 427 feux d'huile et 73 becs de gaz ; les premiers se paient 1 centime 4,637 dix millièmes par heure , les seconds 4 centimes.