‹ Histoire de BordeauxChapitre 11 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

personnelles les plus inouïes de la part des militaires qu'ils logeaient, et qui vivaient à Bordeaux avec une licence sans bornes que les chefs ne réprimaient pas , malgré les plaintes qu'on leur portait sur les excès de leurs subordonnés. On voit le détail de ces excès dans les lettres que les jurats adressèrent successivement aux ministres Colbert, liOuvoiSy et Châteauneuf. Celle qu'ils écrivirent à ce dernier, le 25 janvier 1676, parle entr'autres des viols, des assassinats, des incendies, des pillages, auxquels les soldats se livraient journellement avec impunité. Us demandent comme une grâce , que si le roi ne jugeait pas à propos d'éloigner de Bordeaux ces troupes , elles soient au moins assujetties aux lois de la discipline militaire. Un état de la dépense qu'elles ont occasionnée à la ville , et qui est joint à cette lettre , prouve qu'elles avaient exigé de leurs hôtes une somme trois fois plus forte que celle qui avait été déterminée par l'intendant , en telle sorte que le total de cette somme , qui ne devait pas dépasser cent mille écus , se montait déjà à un million de livres.

Malgré les plaintes dont les troupes cantonnées à Bordeaux étaient l'objet, elles continuèrent leurs vexations contre les habitants jusqu'à ce qu'elles évacuèrent cette ville. Elles commencèrent à en sortir le 2 avril 1676. Elles consistaient en cinquante-neuf compagnies de cav^alerie et cent cinquante d'infanterie. Leur nombre total est évalué à quinze mille hommes , suivant le calcul le plus modéré consigné dans les mémoires du temps. Dans une ville qui alors ne renfermait pas au delà de neuf mille maisons, dont les deux tiers étaient occupés par de petits ménages, le seul logement de tant de soldats était une surcharge extrême. Les dé.>ordres auxquels ils se livraient rendaient leur séjour intolérable. Bordeaux fut traité , dans cette

circonstance , avec une rigueur que le roi n'avait pas fait éprouver à la capitale , d'où naguère ses habitants l'avaient contraint de sortir dans la journée des barricades.

On attribua dans le temps les malheurs qui accablèrent Bordeaux à des ressentiments personnels qu'avait contre le parlement le maréchal d'Albret. Quelques mois avant que ce seigneur ne fût pourvu du gouvernement de la province , son frère , le comte de Miossens , avait été tué dans un combat singulier par le chevalier de Courbon Saint- Léger. Cette cour, dans le ressort de laquelle avait eu lieu le duel, ayant mis quelque lenteur à instruire la procédure contre le chevalier, celui - ci avait eu le temps d'obtenir des lettres de grâce. Le maréchal , qui poursuivait l'auteur de la mort de son frère , outré de dépit de ce que son crédit n'avait pu lui servir auprès du parlement dans cette circonstance , conserva l'espoir de se venger de la partialité dont il accusait cette cour. On prétendit que pour satisfaire son animosité contre elle , il saisit l'occasion que lui offrit la sédition de Bordeaux ; qu'il agit mollement pour la réprimer, dans l'objet de créer aux autorités locales des torts et de couvrir ceux qu'elles pourraient lui reprocher ; que dans les rapports qu'il adressa au gouvernement sur cette sédition , non-seulement il déguisa le véritable état des choses , mais encore il en aggrava les circonstances par des détails con trouvés et par des supercheries condamnables; qu'ayant offert au parlement de faire porter les procès-verbaux , dressés par cette cour sur cette affaire, par le courrier qu'il envoyait lui-même au ministère à ce sujet , il altéra ces procès-verbaux , supprima les plus essentiels , et qu'il parvint par d'odieuses manœuvres à prévenir le gouvernement contre les Bordelais et à attirer sur eux les rigueurs les plus injustes. C'est ce qu'attes-

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