CHAPITRE PREMIER
lenC également, et M. de Lacolonie, historien contemporain , que sa position sociale dans cette ville mettait à portée d'être bien instruit de toute cette affaire, et dom Devienne, qui , écrivant un siècle après l'époque où elle s'était passée , a pu l'apprécier avec calme et sans se laisser égarer par des préoccupations qu'inspirent quelquefois les hommes et les préjugés du temps.
Durant les troubles de la Fronde , les Bordelais , à trois époques distinctes , avaient pris les armes contre le gouvernement qui s'était vu forcé par les circonstances de les amnistier de leurs rébellions. Après celle de 16115^ il jugea convenable d'employer des mesures extraordinaires pour qu'ils ne se portassent plus à de pareils excès , en augmentant les fortifications de Bordeaux de manière qu'elles continssent dans l'obéissance les habitants de cette ville. Il avait prescrit la reconstruction du Château-Trompette sur un nouveau plan que Vauban vint lui-même tracer. On commença à y travailler en 1660. Après la sédition de 167S on s'empressa d'activer ces travaux. A cet effet , des arrêts du conseil , du 24 novembre de cette année et du Sti mars 1676 , ordonnèrent que pour former l'esplanade du château il serait pris cent toises du terrain qui l'environnait ; que les maisons qui couvraient ce terrain seraient démolies, et que leur valeur serait remboursée aux propriétaires par la ville (*). Elle fut autorisée à faire des augmentations sur les droits d'octroi pour effectuer ce remboursement. Le total des sommes auquel il s'éleva dut être con-
(*) Voyez aux Piieei ju$HfieaHv$$ le n» m.
sidérable. On voit par d'anciens titres , que sur le ferraia destiné à former cette esplanade il existait une porte de ville avec les murs de clôture qui y aboutissaient , deux couvents, et un nombre considérable de maisons qui s'étendaient sur dix rues. A Textrémîté mémdioQale de ce quartier détruit s'élevait un magnifique édifice romain , connu sous le nom de Piliers de Tutelle, Tun des plus précieux antiques de France. Ce monument que les barbares avaient respecté lorsqu'ils ravagèrent Bordeaux , et qui faisait un des ornements de cette ville, fut également abattu au grand regret de fous les habitants.
Dans, le même temps le gouvernement fit construire à l'autre extrémité du port de Bordeaux une nouvelle citadelle > moins étendue que la première , mais tout aussi peu nécessaire à sa défense ;. c'était le Fort-Louis. Sa construction imposa de moins grands sacrifices à la ville » parce qu'il fut placé dans un lieu alors inhabité. Cependant il entraîna la démolition d'un ancien établissement d'utilité publique qu'on appelait VHôpital de If Enquêteur* Ces deux forteresses, qu'on représenta comme utiles à la sûreté de Félat , en cas d'une descente des ennemis sur les côtes du golfe de Gascogne , furent évidemment élevées pour comprimer les mouvements qui auraient pu ,se renouveler à Bordeaux ; car , par leur position à six myriamètres du point le plus rapproché de ce golfe , elles ne pouvaient être d'aucun secours contre les attaques de l'extérieur. Ainsi cette ville éprouva , même après la mort du maréchal d'AIbret (*) , les fâcheuses préventions qu'il avait inspirées contre ell» au gouvernement.
(*) Il mourut à Bordeaux le 4 septembre 1676, à soiiante-deûx ans , avec la réputation d'un courtisan adroit et ambitieux. Le zèle que le maréchal d'Albret avait témoigné pour la régente Anne d* Autriche