CHAPITRE PREMIER
L'exil du parlement et de la cour des aides durait depuis quinze ans au grand détriment de la chose publique. En même temps que la résidence de ces cours supérieures dans de petites villes offrait de graves inconvénients pour la prompte expédition de la justice , leur exil coinpromettait l'honneur et les intérêts de Bordeaux : il importait à cette ville de le voir finir. Pour y parvenir , on imagîha d'employer un de ces moyens si puissants auprès d'une cour prodigue. En considérant la célérité peu ordinaire qu'elle mit à accueillir cet étrange expédient , on serait fondé à croire qu'elle en avait suggéré d'avance la proposition.
Le 1^ septembre 1690 , il est délibéré dans une assemblée municipale qu'il sera oQ^ert au roi un don de quatre cent mille livres pour obtenir la réintégration du parlement et dé la cour des aides à Bordeaux. Un arrêt du conseil du 19 du même mois met fin à l'exil de ces cours , et porte acceptation du prix mis à leur rentrée dans cette ville (*). Le même acte ajoute qu'il sera créé , au profit de l'état , une charge de président et-six de conseillers au parlement. Le taux auquel ces charges furent vendues (**)
et pour le eardinal Mazarin , pendant tes troubles de la Fronde , (Contribua pins à son élévation que ses services militaires. H était un. des trois officiers de la maison du roi qui arrêtèrent et conduisirent en prison les princes de Gondé et de Gonti , et le duc de Longueville leur beau-frère , le 18 janvier 1650.
(*) Le parlement reprit ses fonctions à Bordeaux le 13 novembre suivant , et la cour des aides le lendemain.
(^*) Lors de l'amnistie de 1653 , le gouvernement supprima dans le parlement les charges dt deui conseillers qui avaient le plus figtiré
5â IlISTOIRE DE BORDEAUX.
égala la somme que la ville avait payée au roi par forme de don gratuit. Pour réaliser plus promptement cette somme , l'arrêt dont nous parlons autorisa les jurats à lever un quartier et demi de loyer de toutes les maisons de Bordeaux (^). Ainsi le gouvernement trafiqua de ce qu'il appelait sa clémence , et le prix qu'il en exigea fut le produit d'un attentat à la propriété. C'est le premier exemple connu de la levée de ces contributions révolutionnaires qui ont été désignées à une époque néfaste par ces deux mots inconciliables , emprunt forcé.
vn.
Les guerres ruineuses entreprises par Louis XIV , ses dépenses sans bornes pour la construction de ses divers châteaux , les profusions de toute espèce auxquelles il se livrait dans sa cour, avaient épuisé les finances de l'état sur la fin de ce siècle. Pour les rétablir, ou du moins pour parer aux embarras du moment , le roi imagina de se procurer de l'argent au moyen des places sans nombre qu'il créait, et dont il vendait les brevets atout venant. Il inventa de nouvelles fonctions publiques, ou doubla le nombre des titulaires des anciennes, en autorisant les compagnies auxquelles il imposait des surnuméraires , de se débarrasser de leur adjonction en achetant les nouveaux offices. Cet impôt, qui d'abord ne paraissait mis que
parmi les ormistes, et eD créa deux nouvelles qu'il vendit quatrevingt mille livres chacune , suivant Lacolonie. Cet auteur remarque à cette occasion que par un édit d'octobre 1665, le prix des charges de conseillers fut fixé à cinquante mille livres; celles de présidente mortier valaient le double des premières. (*) Voyez le n» iv des Pièces justificatives.