CHAPITRE PREMIER
sur la vanité et sur la sottise, frappait en définitive ceux mêmes qui ne s'y assujettissaient pas , parce que ces charges conféraient des privilèges à quiconque les acquérait , en permettant d'en prélever des émoluments arbitraires!
Bordeaux fut une des villes de France qui fut le plus durement frappée du fouet de la fiscalité royale. On créa d'abord dans son administration municipale des places que le gouvernement regardait lui-même comme inutiles , puisque , par le titre de leur institution , il fut permis au corps de ville d'en faire le rachat au prix où elles étaient tarifées, s'il lui convenait de les éteindre.
Un conseil de notables habitants élisait pour deux ans les jurais, et nommait à vie le procureur-syndic et le clerc-secrétaire de la commune. Ceux-ci délivraient gratuitement les commissions d'officiers de la garde bourgeoise et celles des préposés subalternes de la police. Le roi s'attribua la nomination à ces diverses fonctions et en vendit les brevets. Il institua des jurats perpétuels , des avocats du roi à l'Hôtel de Ville, leur adjoignit des assesseurs , et en délivrait les commissions au plus offrant. Il érigea en titre d'office jusqu'à des taxeurs de poisson , des taverniersy des mesureurs de charbon, des médecins royaux , et des jurés crieurs d'enterrements. On aurait de la peine à se faire une idée des charges aussi ridicules qu'inutiles que le gouvernement créa pour Bordeaux dans l'espace de dix ans, si ces créations n'étaient pasénumérées dans la Chrontqvs (*) , avec l'état des sommes que cette ville paya
(*) On peut consulter à ce sujet les délibérations municipales mentionnées dans cet ouvrage, sous les dates des 14 janvier et 26 octobre 1690, du 15 septembre 1691, du 2 juin 1692, du 26 juin 1793, des 25 février et 27 juillet 1695, du 17 avril 1697, du 31 décemttre 1698, et du 7 janvier 1700.
51 HISTOIRE DE BOBBBÂUl.
pour le rachat de ces offices. Le total de ce nouvel emprunt forcé approche d'un million , monnaie du temps , où Targent était à vingt-huit livres le marc. La crainte de tomber de nouveau dans la disgrâce de Louis XIV arracha au corps de ville toutes ces sommes.
Il n'en fut pas moins extorqué aux simples habitants qu'aux fonctionnaires publics récemment improvisés. Tous ceux qui exerçaient des professions libérales ou mécaniques étaient formés en corporations, lesquelles élisaient leurs chefs. Le gouvei^nement imagina de leur en donner qui seraient investis^ de certains privilèges, sous les titres d'office, de contrôleurs-inspecteurs. Il en vendait le brevet pour toutes les corporations , depuis les plus élevées jusqu'aux plus obscures. Chacune d'elles racheta le diplôme royal qui la concernait , afin de n'avoir pas le désagrément de voir à leur tète des hommes qui le plus souvent étaient étrangers à la profession dont ils auraient le droit de contrôler l'exercice. La Chronique n'a pas dû faire mention des différents offices créés dans les corporations qui ne tenaient pas à l'administration municipale ; mais leur création et leur yente ne sont que trop réelles. Le gouvernement se mettait peu en peine qu'on regardât comme odieux ce monopole des fonctions inutiles : il lui suffisait que ses finances en reçussent de l'accrcrfssement. Ainsi un empereur romain disait que l'argent provenu d'un impôt sur les latrines publiques n'avait aucune mauvaise odeur.