‹ Histoire de BordeauxChapitre 141 sur 143 · CHAPITRE QUATORZIEME ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME ET DERNIER

L'article 66 de ces mêmes coutumes prouve que nos ancêtres n'étaient guère galants, quoiqu'ils fissent des tournois en Thonneur des dames, car cet article défend d'admettre aucune femme à servir de témoin en justice.

A défaut de preuves d'une demande portée devant les tribunaux, nos anciennes coutumes autorisaient les parties à se purger par serment sur la vérité de leurs allégations, et elles réglaient en même temps le lieu où ce serment devait être prêté, suivant la nature de la demande. Il se faisait tantôt sur lo libre de la cort (l'évangile), tantôt à Saint- Projet, d'autrefois sur lo fort Sen-Seurin, La manière de prouver une chose par un serment spécial annonçait la superstition de ceux qui l'exigeaient; car l'homme qui affirme la vérité de ce qu'il allègue devant Dieu et en son àme et conscience ne doit avoir qu'une forme pour manifester extérieurement son affirmation.

A Bordeaux , les fautes plus que personnelles s'étendaient sur les enfants des condamnés jusqu'à la troisième génération. L'article 42 des anciennes coutumes le décidait ainsi, et voulait même que leurs enfants fussent inhabiles à posséder aucune charge publique. Cependant ces mêmes coutumes punissaient d'une amende particulière quicon- ' que reprochait à un condamné la peine qu'il avait subie. (( Costuma es à Bordeii , dit l'article 37, que sy aucun <( home 0 femne a passât justicia , sy nulh ly restrait et (c escarnis, se guatgera cinq souds à la partida et vingt- (( cinq à la villa ».

Les fêtes des noces étaient autrefois peu bruyantes à Bordeaux. Elles ne devaient être célébrées qu'en plein jour, il était défendu d'aller visiter les mariés au flambeau ; et eux-mêmes ne pouvaient donner leur bal que dans la maison d*où ils étaient sortis pour célébrer leur mariage ,

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SOUS peine de soixante-cinq sous d'amende , qui était la plus forte à laquelle on condamnait alors. Voici comment s'explique à ce sujet un ancien manuscrit des règlements de police de cette ville : n Es establit et défendutque nulh (( home ny femna no sian espos sino de grant jorn ; ny « nulh no angua véder n3^visitar espous de ser ny de ma- « tin ab torchas, may quy borra y ancar que s'y anga de (( jorn sen torchas , sobre soixante-cinq sods de guatge. (( lîem est défendut que ny home ny femna per esposo o « per esposa no angua ny dansar ny balhadar hors de (( rhostau , sobre soixante-cinq sods de guatge ».

II. Lorsque les Romains eurent conquis les Gaules, la langue qu'ils parlaient s'y introduisit avec leurs lois. Il se forma de son mélange avec la langue des Gaulois , un dialecte particulier qu'on appela langue romane et qui se conserva longtemps dans les Gaules. Le plus ancien monument de ce nouveau dialecte est le fameux serment des enfants de Louis le Débonnaire. Peu à peu la langue romane subit des modifications dans chaque contrée où elle avait pris naissance , en raison du génie du peuple qui Fhabitait. Aussi le roman qu'on parlait chez les peuples Lombards, Francs , Bretons, Ibériens, et Aquitains, éprouva des variations plus ou moins remarquables surtout dans la terminaison des mots , mais on en reconnaît toujours la racine dans le mot latin qu'il représente. Le dialecte gascon offre non-seulement ces racines, mais encore on retrouve la construction des phrases latines dans la conjugaison des verbes et dans la suppression des articles et des pronoms personnels. Par exemple , pour rendre cette phrase : iRfon ami je veux fécher des grenouilles, donnemoi des ameçons , le latin dit : Àmice , volo piscari r anas, da mihi hamos, et le gascon traduit ainsi ces mots : Àmic,

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