‹ Histoire de BordeauxChapitre 142 sur 143 · CHAPITRE QUATORZIÈME ET DERNIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME ET DERNIER

holy puscar ranas» da me hams. Ceci n'est pas littéralement du gascon que l'on parle actuellement à Bordeaux , mais de celui qui est usité dans les landes voisines, et qu'on peut appeler le bon gascon dans toute sa pureté primitive.

Ce gascon était la langue qu'on parlait et qu'on écrivait dans le pays bordelais, depuis le treizième siècle jusqu'au quiuzième , lors même que le français commençait à s'y introduire. On trouve la preuve de notre assertion dans les actespublics et privés de ces siècles. Les anciens règlements municipaux de Bordeaux et des villes voisines de ce temps sont tous rédigés en patois gascon , ainsi que les actes privés, comme on en trouve des fragments dans le cours de cet ouvrage. Or, si le gascon n'eût pas été la langue qu'on parlât alors dans toutes les classes de la société , les divers officiers publics ne s'en seraient pas servi dans leurs écrits les plus importants. La seule langue alors usitée chez les Bordelais était donc le gascon.

On trouve à la vérité quelques actes des quatorzième et quinzième siècles qui sont écrits en latin ou en français; mais ces actes émanaient des chancelleries d'Angleterre ou de France , dans lesquelles on ignorait le dialecte gascon , et on les rédigeait par extraordinaire alors dans les langues latine ou française , qui étaient les langues connues dans les pays où l'on en parlait une spéciale.

IIl. En ce temps-là il existait dans le pays bordelais beaucoup de fontaines auxquelles le peuple attribuait des vertus surnaturelles pour la guérison de certaines maladies. C'était un reste des superstitions du paganisme , qui avait ses divinités champêtres auxquelles on érigeait des autels dans les bois, où l'on en a souvent trouvé avec cette inscription : Nymphis salutaribus sacrum. Dans le bourg

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de Hure près La Réole un rocher représentant des concrétions pierreuses de forme bizarre était autrefois Tobjet de quelques superstitions ; et l'eau qui en sortait passait pour avoir une vertu miraculeuse. Un linge trempé dans^ cette eau s'appliquait sur le sein des nourrices pour rendre leur lait plus abondant, d'autres s'en frottaient les yeux pour guérir des affections à cet organe.

Dans 'certaines églises des landes il y avait des trous aux murailles , par lesquels on passait les enfants pour les guérir de certaines maladies. Ces trous s'appelaient veyrines, du nom des, croisées qui les fermaient. Dans les Ordonnances synodales imprimées en 1686, on en tfouvc une qui prohibe une veyrine établie à Quinsac en 1632. Un archevêque de Bordeaux qui visitait lediocèse ordonnait, dit-on, de fermer les yeyrines qu'il découvrait, après toutefois y avoir fait passer son chien , pour marquer le mépris qu'il faisait de ces pratiques superstitieuses.

IV. Chaque siècle comme chaque contrée a eu ses préjugés plus ou moins ridicules. Dans le Bordelais on croyait aux sorciers comme dans bien d'autres pays ; mais celuici en avait d'une espèce qui lui était particulière. On les nommait donneii?*s de hriou, entaoumes, guérisseurs d'enclouage, eimans de gorra. Particularisons ces classes de fripons qui prétendaient exercer la puissance povidentielle de Dieu par l'intermédiaire du diable.

Le briou était une sorte d'amulette que ces misérables donnaient moyennant finance , pour guérir toute sorte de maladies. Ces amulettes consistaient soit en sachets de certaines herbes qu'on appliquait sur la partie malade , soit en un petit billet sur lequel étaient tracés des caractères bizarre5 , et qu'on portait dans sa poche pour préserver même de tout accident. Cette médecine ne faisait ni bien

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