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brcs. La première élection en fut faite le 4 juillet suivant , à la diligence des juges et consuls de la bourse de Bordeaux , lesquels étaient membres de la chanibre de commerce de cette ville en vertu de leurs cbarges. Cette cbambre subsiste toujours avec ses anciennes attributions* Elle a seulement subi dans sa forme, depuis sa création, quelques modifications dont le temps et rexpérience ont indiqué la nécessité.
Quoique 1^ phénomènes de la nature ne semblent pas , au premier coup d*œil , rentrer dans le domaine de l'histoire civile , cependant nous avons pensé qu'il n'était pas sans utilité de donner ici quelques détails sur Thiver mémorable de 1709 /parce qu'on le cite toutes les fois qu'un froid extraordinaire se fait ressentir, et qu'on n'a sur l'intensité et les phases de celui-ci que des données traditionnelles très-confuses. Nous allons les fixer par une notice historique dont les éléments sont puisés à des sources certaines. Elle nous fournira en même temps l'occasion de dire un mot sur quelques hivers désastreux qui ont suivi celui-ci. Un narré succinct de ces grandes calamités est de nature à intéresser la curiosité publique.
L'année 1709 fat remarquable , dans toute l'Europe , par la longueur et l'àpreté du froid qu'on y ressentit. A Bordeaux, on l'appela le grand hù^er. Le 29 décembre 1708, la rivière commença à charrier devant cette ville d'une mranière alarmante , et elle fut prise aux quatre cinquièmes de sa largeur dans la nuit du S au 6 janvier suivant. Alors le thermomètre s'abaissa jusqu'au quinzième degré au-dessous du point de congélation, et il se main-
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tint dans cet état pendant trois semaine» consécutives. II éproQva quelques légères.varialioos pendant un semblable intervalle , sans cependant que Tipreté du froid diminuât sensiblement. Le 9 , il tomba une si grande quantité de nieige qu'il en resta plus de deux pieds d'épaisseur sur la terre , ce qui ajouta à la rigueur de la saison.
La navigation sur la Garonne et sur la Dordogne fut totalement interrompue pendant plus d'un mois, et les voitures roulaient sur ces deux rivières devant Cadillac et devaut Liboume. Le pain était tellement durci par le froid qu'il fallait le tenir sur le foyer ou le mettre au four pour p(mvoir le couper. Le vin était glacé dans les barriques, et chacune ne fournissait qu'un cinquième de liquide. Il ne resta sur pied aucun arbre fruitier dans les environs de B«*deaux , et presque tous les arbres forestiers moururent, même les cyprès de la forêt du Cypressac devant cette ville, quoiqu'ils fussent très-gros et d'une végétation vigoureuse. Les vignes du pays périrent; quelques ceps qui étaient très-bas et qui se trouvaient dans des terrains compactes repoussèrent au pied ; mais ces rejetons ne produisirent rien de deux ans. Lors du dégel , les froments semés dans les bons fonds étant gelés , il n'en resta que dans des terresmaigres et sablonneuses. L'année fut d'autant plus 09dainiteuse que les chaleu^ de l'été furent presque aussi exr traordinaires que l'avait été le froid de l'hiver.
La disette des vivres de toute espèce fut extrême. L'autorité ordonna la confection d'un pain de méteil , composé d'abord d'une partie de froment et de deux parties de sei-. gle ou d^orgé : mais comme on ne trouva pas assez de ces grains pour continuer ce mélange , il fallut y employer les pois, les fèves» et autres espèces légumineuses. On fut bientôt obligé de faire moudre les racines potagères» et
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même certaines plantes jusqu'alors destinées aux aei^ maux, comme le glande l'avoine, l'asphodèle', le lupia, et la graine de sénevé. Les boulangers ne pouvant pas travailler en sûreté chez eux, à cause de Taffluence du peuple qui se portait dans leurs ateliers , la jurade fit construire des fours à l'usage du public , dans une ruelle qui porte depuis le nom de rue des FourSé Le prix de ce pain fut fixé à deux sous six deniers la livre > tandis qu'auparavant celle du pain bis ne se vendait que onee déniera.
Pendant la durée des grands froids , toutes les boutiques restèrent fermées , parce que les ouvriers manquaient de travail. La jurade entretint des feux sur les places publiques pour les pauvres. Les couvents leur distribuaient journellement des aliments; et tous les Bordelais manifestèrent dans ce temps critique ce caractère tout à la fols philanthropique et patient qui les distingue. Les mémoires du temps remarquent que , quoique la désolation et.la mi^ sère fussent extrêmes dans la ville , il ne s'y commit pas de désordres , et que les habitants montrèrent autant de calme et de résignation dans cette malheureuse eireooB^ tance que leurs magistrats déployèrent de zèle pour en adoucir la rigueur.
Les hivers remarquables qui suivirent celui-ci furent bien moins désastreux. Celui de 1766 commença le 4 janvier de cette année. Il dura jusqu'au 13 février suivant. Le thermomètre descendit à douze degrés et demi au-dessous du point de congélation dans les jours les plus froids.
Du 16 au Si décembre 1788 k rivière resta glacée à la moitié de sa largeur devant Bordeaux ; et dans cet intervalle , le thermomètre descendit à un degré au-dessous du point où il avait été dans l'hiver de 1766. Le peuple se porta dans l'enclos du couvent de la Chartreuse et en dé-
vasta la grande oseraie pour se procurer du bois de chauffage. Le dégel n'eut lieu que le 10 janvier 1789.
Le 25 décembre il9k, la rivière commença à charrier devant Bordeaux , le thermomètre étant au quatrième degré au-dessous du point de congélation. Il était descendu au neuvième le 13 du mois suivant, lorsqu'il remonta subitement au troisième degré le lendemain. Le froid augmenta alors graduellement , en telle sorte que le 18 la Garonne fut prise par les glaces à la moitié de sa largeur, et qu'elle resta dans cet état jusqu'au 28 , le thermomètre ayant baissé à onze degrés et demi. Dans la nuit , le dégel commença subitement, et le froid prit fin. Cet hiver, quoique moins long que le précédent , fut extrêmement pénible à supporter, parce qu'on manquait de vivres et de bois de chauffage à Bordeaux , et que les cultivateurs ne voulaient pas les transporter en ville , où on ne les aurait payés qu'en papier -monnaie discrédité. Pendant tout le temps qu'il eut cours, les productions du pays, et surtout les vivres , furent rares à Bordeaux ; on ne pouvait se procurer ce dernier article qu'en allant dans les campagnes traiter avec les habitants pour du numéraire , ou au moyen d'objets de diverse espèce qu'on leur proposait en échange.
Le goût des sciences et des arts avait réuni , au commencement du dix -huitième siècle, plusieurs habitants (*)
. C) Les lettres-patentes du roi pour rétablissement de racadémie de Bordeaux apprennent qu'elle s'était formée d'une réunion particulière qui se rassemblait depuis quatre ans, et dont étaientjmembres MM. de Gascq, président au parlement; Le Berthon, César, etCau-
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appartenants aux principales notabilités de la ville. Ils se rassemblaient dans des maisons particulières pour y tenir des coniërences littéraires et exécuter entre eux des con-<certs d'amateurs. Cette réunion s'étant successivement augmentée , elle parvint à prendre une forme régulière. Le duc de La Force » qui faisait partie de la nouvelle société» obtint des lettres-patentes, du S septembre 1713, qui l'érigèrent en académie royale des belles -lettres , sciences, et arts, et le nommèrent protecteur de cette académie. Tout singulier que ce titre puisse paraître actuellement , il était alors d'étiquette rigoureuse. En recevant l'institution royale , une société savante était placée sous le patronage de l'bomme qualifié qu'il convenait au gouvernement de mettre à la tète de cette société , et qui avait le droit de la représenter auprès de l'autorité , de diriger ses délibérations , et sans l'agrément duquel elle ne pouvait faire aucun acte important. Le maréchal de Ricbelieu a été le dernier protecteur de l'académie de Bordeaux , quoiqu'il soit bien prouvé qu'il ne savait pas l'orthographe.
Le duc de La Force honora le titre de protecteur de cette académie par le zèle qu'il montra pour le progrès des sciences, et en concourant à l'illustration de cette compagnie naissante par les recherches utiles auxquelles il désira qu'elle se livrât. Il la dota d'une rente perpétuelle pour servir à un prix de la valeur de trois cents livres, qui serait décorné tous les ans à l'auteur qu'elle jugerait avoir le mieux résolu la question de .physique qu'elle proposait.
pos, conseillers en la même cour; Navarre, conseiller à la cour des aides; Sarrau de Boinet et Sarrau de YériSy écuyers; Melon , inspecteur des fermes générales ; Bellet et Olivier, prêtres ; Bellet et CTaEdose, médecins*
Plusieurs mémoirâs (*) qui forent remarquée dans le temps ont été couronnée dans les eoncours outerts par cette académie. En fondant ce prix , le duc de La Force pensa qu'il était plus utile de l'appliquer à un travail de méditation qu'à un onvrage d'imagination « et qu'une expérience bien faite avait nne toute autre importance que la composition d'une pièce de vers ou d'un discours sur quelque point vague de métaphysique ou de morale, comme en proposaient alors diverses académies de province.
L'établissement de l'académie des sciences de Bordeaux forme une époque assez inftéressante de ses annales pour qu'elles se chargent d'en consacrer le souvenir. Ce fut seulement alors que le goût des arts utiles ou d'agrément commença à se répandre dans cette ville, et que Ceux des habitants qui cultivaient leur esprit ne furent plus regardés par leurs concitoyens comme des êtres singuliers qu'un préjugé trop généralement répandu vouait au ridicule.
Montesquieu atteste ce foit déplorable dans son discours de remerciment à cette académie , où il fut reçu en 1716. Il ne craignit pas de dire publiquement à ses nouveaux confrères : <( On avait vu jusqu'ici les sciences non pas né- « gligée», mais méprisées , le goût entièrement corr<»npu, (( les belles-lettre dnseveMes dans l'obscurité , et les « muses étrangères dans la patrie des Paulin et des Au- (( sone. Nous nous trouvions de croire que nous fussions « connus chez no^ voisins par la vivacité de notre esprit; ((• ce n'était sans doute que par la barbarie de notre lan- (( gage (**))).
(') Voyez le n«v de» Pièces jusHfitaiives. {*"*) n 8*agit ici du geiscon, dont lespenoimés mêmes delà haute société étaient obligées de se seryirpourse faire entendre du peuple»
CHAPrriiE sEcoifD* . «a
Dès que rinstilution royale eut placé TacadéHiie au rang des établissements publics « les jurats lui accordèrent une salle dans la maison comnuine. Elle y tint ses assemblées jusqu'en 4738. Alors elle les transféra dans l'hôtel qui est actuellement le Mmée de la in'lfe. Cet hôtel lui fut donné en toute propriété par M. Bel » Bordelais recom-* mandable qui alliait la culture des lettres aux devoirs de la magistrature. Le donatenr voulut que sa libéralité fut profitable à tous ses concitoyens;. e»r il ovdonna par son testament que l'académie, à laquelle il légua en même temps sa bibliothèque , resterait, chargée de la tenir ouverte au public , condition qui a été religieusement obsicrvée. On conserve dans la salle de la. bibliothèque publique de Bordeaux le portrait en pied de M. Bel » au bas duquel est une inscription latine qu'on peut traduire lainsi :
n consacra ces lieux aux muscs ; ' '
Elles y célèbrent son riom. '
La bibliothèque de l'académie était considérable pour le temps où elle fut formée. Elle a depuis été augmente, soit par la générosité de plusieurs habitants de B^deaua^ qui lui ont légué leurs livres , soit par ceux dont l'acadé* mie faisait journellement Tacquisition. Le nombre des volumes que cette bibliothèque renfermait s'élevait à qua*raate mille, lorsqu'elle fut réunie au domaine national.
Dès son origine,, l'académie de- Bordeaux se montra digne de son institution. Elle s'empressa d'accueillir dans
ce qui leur faisait contracter un mauvais accent qu*on distinguait en elles hors de Bordeaux. Montesquieu, qui parlait volontiers le patois, a conserver accent gascon quil tient de son pays, a dit d'Argenson, dans ses Loisirs d^vn Ministre b^état» et il trouve en quelque façon a%t-^essous de lui de s'en corriger.
son sein , et les hommes les plus recommandables qui faisaient profession des sciences et des beaux-arts dans cette ville , et les simples habitants dont Texemple personnel et les encouragements pécuniaires contribuaient au progrès des lumières parmi leurs concitoyens. Elle associait volontiers à ses travaux les savants et les gens de lettres qui , sur divers points du royaume et de l'étranger, offraient des noms distingués par leurs écrits.
Indépendamment des prix de physique que cette société distribuait suivant les intentions du fondateur, elle proposait souvent des prix^ extraordinaires dont elle faisait les fonds , pour éclaircir des questions d'économie rurale qui avaient des rapports directs avec Bordeaux ou avec le territoire environnant. C'est au concours qu'elle ouvrit pour le perfectionnement de la méthode d'extraire le goudron des pins, et sur la meilleure manière de tirer parti des landes (*) , que les habitants de cette contrée doivent une grande amélioration dans les produits de leurs forêts, et la fertilisation d'un sol immense que le gouvernement s'occupa depuis de rendre à l'agriculture sur les dunes du golfe de Gascogne.
La jurade avait autrefois formé un jardin des plantes , auquel elle avait attaché un démonstrateur public. Cet établissement ne subsistait plus, lorsqu'on 1730 l'académie en créa un nouveau , dans lequel un de ses membres donnait gratuitement des leçons publiques de botanique. Elles se continuaient (**) avec succès à l'époque pu toutes les sociétés savantes du royaume furent frappées d'un décret de suppression. Les registres de l'académie de Bordeaux
n Voyez le Mémoire sur les landes par M. Desbiey, couronné par racadémie de Bordeaux en 1776.
(") Voyez le n© vi des Pièces justificatives.