‹ Histoire de BordeauxChapitre 17 sur 143 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

ayant dispara dans la tourmente révolutionnaire , il a été impossible de particulariser les principaux travaux qui ont marqué sa carrière dans l'histoire des sciences et du bien public.

Le il mai 1716 , sur la demande des habitants de Bordeaux, on renouvela, après onze ans d'interruption, une procession générale qui se pratiquait anciennement dans cette ville , lorsqu'on y désirait la pluie. Les corps civils et religieux se rendirent en cérémonie à la fontaine de Fi« gueyreau , où un reliquaire appelé verge de saint Martial fut porté solennellement par le chapitre de Saint-Seurin qui en conservait le dépôt de temps immémorial. Ce reliquaire fut plongé dans le réservoir de cette fontaine avec des formalités particulières à cette cérémonie. JlplerUun peu les jours suivants , est-il écrit dans les registres de l'Hôtel de Ville où cette solennité se trouve consignée. On parle souvent aussi de sa répétition dans la Chronique Bourdelotse. Voici ce que la tradition apprend à ce sujet.

^n prétend que du temps desipremiers ducs d'Aquitaine , un dragon monstrueux s'était cantonné dans une tour qui subsiste sur le côté oriental de la rue du Canon, et que l'on connaissait autrefois sous le nom de Tour du dragon. Du haut de cette tour notre dragon menaçait de soufQer la peste sur Bordeaux si les habitants ne lui envoyaient pas , tous les dimanches , une jeuae fille qu'il dévorait dans le courant de la semaine. Une de ces victimes parvint à apprivoiser le monstre , et apprit de lui qu'on pouvait le forcer de quitter son réduit en lui présentant un fragment de la crosse pastorale de saint Martial , qu'on vénérait à Limo-

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ges sons le nom de verge de saint Martial. La jeone fille écrivit cette nouvelle sur une toile qu'elle jeta du haut de sa prison. Les Bordelais profitant de l'avis empruntèrent à la ville de Limoges son reliquaire qu'ils vinrent promener processionnellement devant la tour du dragon. A cette vue , le monstre fut se précipiter dans la Garonne, disaient les bonnes gens, et Bordeaux fut préservé pour toujours de sa présence. Les habitants :, informés que la yerge de saint Martial avait aussi la vertu de faire pleuvoir au besoin , refusèrent de la remettre aux Limousins , qui massacrèrent les otages (*) que les Bordelais avaient donnés pouf cautionner la remise du reliquaire ; ce qui était aussi injuste qu'inhumain tant de la part des emprunteurs que de celle des préteurs.

Quoique la tradition populaire concernant le prétendu dragon et la manière dont il fut chassé ait eu cours à Bordeaux ainsi qu'à Limoges, elle est trop absurde pour que nous ne sojrons pas dispensé de toute réflexion à cet égard. Il suffira d'observer que la procession dont nous parlons n'a pas été répétée depuis plus d'un sièdè. L'immersion de la verge de saint Martial dans la fontaine de Figueyreau , abstraction faite de l'origine qu'on lui donnait, n'était pas une de ces pratiques sans conséquence, que des moines ou des ' confréries exerçaient dans l'intérieur de leurs chapelles, et auxquelles le public ne faisait pas attention. C'étaitune solennité commandée par l'autorité , et qui se répétait dans de graves circonstances, comme une concession faite aux préjugés du temps. Nous avons cru devoir en trans-

f) C'étaient, dit-on « des portefaix que par supercherie on arait revêtus à Bordeaux de la robe de jurats. On donne encore ironiquement dans cette ville le nom de jurats de Limoges aux portefaix.

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