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mettre le souvenir, parce que l'exposé des usages anciennement remarquables dans un pays rentre dans le domaine dé son histoire.
La fureur d'un agiotage extraordinaire , qui s'était emparée de la capitale dans les premières années de la régence , se propagea aussi à Bordeaux. Le 21 août 1720 , la jurade installa trois négociants de cette ville dans les fonctions auxquelles le gouvernement les avait nommés , à l'effet de diriger le bureau pour la négociation des effets de la banque royale, doïit ils étaient créés inspecteurs dans la province de Guienne.
Cette déplorable institution financière avait été imaginée par un aventurier écossais nommé Law, qui était parvenu à persuader au régent du royaume que là banque qu'il établissait en France paierait les dettes de l'état , et qu'elle se rembourserait elle-même par ses profits auxquels elle associait tous les capitalistes. Elle fut créée par unéditduSmai 1716, d'abord sous le titre de Banque générale de Law et compagnie. On l'appela ensuite Comfognie <X Occident ou du Mississvpi; et en 1718 elle fut déclarée Banque royale. Le fonds qui en avait été originairement fixé à douze cents actions de trois mille livres chacune, reçut des accroissements successif. La banque avait deux sortes de papiers : des actions de mille à cinq mille livres qui se négociaient par endossement , et qui subissaient un cours varié , comme les effets publics de nos jours; et des billets d'une valeur fixe depuis dix jusqu'à cinq cents livres , qui avaient cours forcé de monnaie. A ces actions était attaché un intérêt de quatre pour cent,
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lequel s'éleva bientôt jusqu'à douze , sans y comprendre j
le dividende des bénéfices éventuels du commerce que la i
banque ferait, et qui seraient répartis entre ses actionnaires. Ces bénéfices devaient résulter soit de la mise en culture des terres de la Louisiane où l'on annonçait des mines d'or d'une facile exploitation , soit du commerce privilégié du Sénégal et des Indes , soit du produit des fermes générales et des profits sur la fabrication des monnaies , objets d'administration financière que le gouvernement concéda à la banque. Bien que les chances des profits qu'elle offrait à ses actionnaires fussent plus que problématiques , les effets qu'elle émettait éprouvèrent pendant deux ans une hausse considérable. On spéculait alors sur les richesses qu'on espérait trouver sur les bords du Misslssipi, comme on spécule de nos jours sur les actions des mines ou des chemins de fer. Dans tous les siècles les hommes à projets n'ont pas manqué de trouver des partisans. La cupidité et la sottise des personnes avides de nouveautés firent tellement multiplier le papier de la banque, que son chimérique capital représentait quatre-vingts fois le numéraire qui circulait en France , lorsque cet établissement tomba tout à coup. En 1720 , Law , qui d'agioteur obscur était devenu ministre des finances, fut obligé de s'enfuir d'un pays dont il avait bouleversé toutes les fortu* nés , après avoir promis de les augmenter. Montesquieu qui le vit à Venise en 1729 , dit qu'il ne restait à Law , de son ancienne opulence, que des projets heureusement destinés à mourir dans sa tète , et un diamant qu'il engageait pour jouer aux jeux de hasard , qu'il entendait mieux que l'administration d'un grand état.