CHAPITRE TROISIÈME
yant. Les mars de clôture , dans leur circuit d'une lieue , étaient percés d'issues étroites dont le nombre se trouvait hors de proportion avec le mouvement d'une grande et active population. On ne pénétrait dans Bordeaux que par quatorze portes. Elles se trouvaient flanquées de vieilles tourelles, dont quelques-unes, accompagnées d'ouvrages avancés et de ponts-levis, ressemblaient aux entrées menaçantes d'une antique forteresse. La construction du plus récent de ces espèces de donjons appartenait au seizième siècle.
L'intérieur de la ville correspondait à ses bizarres dehors. Il était silloné de rues étroites , sinueuses , et dont les inégalités du sol en rendaient la circulation dangereuse. Les maisons qui bordaient ces rues étaient toutes de la plus choquante construction, et offraient à ceux qui les occupaient des demeures aussi incommodes que malsaines. Celles qui appartenaient à des habitants aisés se distinguaient à peine de celles où de nombreux ménages étaient entassés. Les habitations des personnes de distinction se faisaient remarquer par un plus grand délabrement ; et leurs possesseurs semblaient regarder la vétusté de leurS; hôtels comme une preuve héraldique de l'ancienneté de leurs familles. On trouvait des rues entières dont la maison la plus récente portait des signes visibles qu'elle avait trois siècles d'existence (*). Deux voitures ne pou-, valent passer ensemble dans une grande partie des rues. An milieu des plus larges , on trouvait souvent des puits
(*) Entfautres les rues Poitevine, Bouquiére, de la Rousselle, et des Faures , dont presque toutes les maisons étaient à plusieurs étapes et construites en charpentes entrecoupées de briques et de tor- <:hi8. Quelques-unes de ces maisons subsistent encore.
pablics (*) qui y gênaient la circulation : ils tenaient lieu de fontaines autrefois peu communes et qui sont encore trop rares.
Le dénùment des édifices publics à Bordeaux était surtout remarquable; car ceux que cette ville possédait étaient dans un état de dégradation qui nécessitait leur prompte reconstruction , on étaient devenus insuffisants pour servir à leur destination , à l'exception des bâtiments consacrés au culte , qui , seuls , étaient bien entretenus. U n'y avait point de logement particulier pour le gouverneur de la province. Il habitait l'hôtel de la mairie, situé alors rue Porte^Dijeaux.
L'Hôtel de Ville, dont la construction remontait au treizième siècle , menaçait ruine ; une partie même était abandonnée , et ce bâtiment le fut entièrement pour l'ancien collège de Guienne , lorsque ce dernier étabUssement fut réuni au collège de la Magdeileine , pour n'en former qu'un seul , en 4772. Le palais dans lequel siégeait le parlement était occupé par les tribunaux du sénéchal et de l'amirauté ; et les prisons civiles et criminelles , qu'on voyait dans ce même palais, étaient trop resserrées et peu sûres. L'atelier monétaire et le bureau des trésoriws de France partageaient avec la juridiction consulaire et la chambre de commerce le même local , qui pouvait à peine suffire aux réunions journalières des négociants de cetteplace. D'autres établissements publics occupaient des logements particuliers , tels que le tribunal des eaux et forêts , celui des traites et ports , l'administration de la marine , le corps de l'université, la douane, et le bureau des postes.
f) Gomme dans les rues Sainte-Eulalie , des Minimes, du Loup , des Lois, du Puits des Gazeaux, de Bagn&-Cap , du MaucaiUau, et sur les fossés des Tanneurs et des Carmes.