CHAPITRE TROISIEME
ducnn de ees dégs^^ments spacieux qui doivent annoncer rentrée d'une grande ville.
On admire encore le style monumental de la porte de. ville que M. de Toumy fit construire pour remplacer les tourelles auxquelles on avait donné le nom de porte Saint" Julien. Ce nom était celui d'une petite chapelle qui s'élevait autrefois auprès de cet édifice. On l'appela porte d'Aquitaine , non parce que Bordeaux était la capitale de cette ancienne province , mais à cause de la naissance d'un fils de Louis XV, qui reçut le titre suranné de duc d'Aquitaine.
Une place publique fut formée sûr des plans différents au-devant de chacune des faces- de cette porte, afin de servir de dégagement au nouvel édifice et d'en faire ressortir la magnificence. La place extérieure , plus étendue que celle de l'intérieur, et égaletnent- bâtie sur un plan uniforme , fut destinée à servir de lieu de station aux bouvlers des landes de Bordeaux , qui transportent le$ matières résineuses dé leur pays dans cette ville, où elles encombraient auparavant le carrefour du Chauf-Neuf (*). Ainsi la place d'Aquitaine est devenue un marché spécial dont ou doit l'établissement à l'active prévoyance de M. de Toumy.
Dans le même temps, l'intendant fit commencer la place Dauphiné , une des plus spacieuses et des plus belles places publiques de Bordeaux , pour servir d'issue commune aux portes Dauphiné et Dijeaux dont il ordonna la reconstruction. Toutes deux avaient la forme gothique des autres anciennes portes de ville. Elles figuraient deux es-
C) Ce carrefour était TeSpace qui unit les fossés des Tanneurs à ceux des Carmes. On y faisait jusqu'au seizième siècle Texécutiou d^ nobles condamnés à la décapitation.
86 UIStOlàE tii BORDËAtX.
pèces de bastions au-deVant desquels s étendstiC tin' teN rain vague , couvert de vieilles échoppés , de pedts jardins, et d'un cimetière à l'usage des hôpitaux; €e terrain , qui était presque sans valeur, devait en acquérir une considérable en le faisant servir à une place publique. Elle comblait le vide qui existait entre ces portes de ville etlles rues du faubourg Saînt-Seurin qui y aboutissaient , etett procurant de nouvelles constructions dans te quarliei^ environnant , elle le vivifiait progressivement. Cette considération de prospérité particulière, née de T utilité publique, et qui dirigeait M. de Tourny dans tous ses projets i le détermina dans cette occasion. En conséquence, en ordonnant la formation de la place Dauphîne , il autorisa les jurats à acheter les propriétés particulières qui de** vaient servir à cette place , et lit transférer le ciinetièi^ des hôpitaux, qui en occupait une partie, dans l'endroit où il à subsisté jusqu'à la révolution , à Tentréé dd chemin du Tondut.
. Un seul homme voulut s'opposer à Texécution de ce projet d'intérêt général par des vues d'un véritable intérêt personnel. M. deLussan^ archevêque de Bordeaux , en sa qualité de seigneur du fief sur lequel devait s'ouvrir là place Dauphîne, intenta un procès à l'intendant et aux jurats pour la conservation des droits de ce fief. Il prétendit d'abord que la translation du cimetière des hôpitaux ne pouvait s'opérer qu'avec le concours de Tautorité ecclésiastique, qui n'avait pas été consultée; que cette translation n'était pas plus nécessaire que la formation de la place Dauphine, qui en était le prétexte; et que le gouvernement n'ayant autorisé que les projets d'embellissement de Bordeaux , l'intendant n'avait pu les étendre hors des murs de cette ville. Après une critique générale
des projet^ de ce maj[islrat ^Tarchevêque^ passait à la discus9ioA de^. griefs qui lui étaient personnels. Il soutenair que le terrw^ compris daps la place projetée faisant partie de sa seigneurie , il était fondé à réclamer son droit de lods et ventes pour ces terrains , et la coptinuatioi^ du paiement des cens et rentes aujLquels ils avaient été jusqu'a- Iprs assujettis ;, qu'ensuite il lui. étai^û upQ indemnité préalable qu'il fixais à cent cinquante mille livres , pour la aération des droits de mutation qu'il allait perdre sur ces mêmes terrains , attendu qu'ils ne seraient plus susceptibles d'être aliénés par l'effet delà nouvelle destination qu'on voulait leur donner. ^ ,
Les j virais repoussèrent la demande du prélal , en soutenant dans le fait que l'autorisation accordée par le gouvernement pour les embellissements de Qordeaux s'étendit; à. ceux qui se, feraiept dans les faul^purgs, lesquels étaient partie intégrante de la ville, et que les embellissements d'une utilité générale bien reconnue étaient affranetiis de tous droits féodau^^. Ces magistrats ajoutaient, qu'en principe les acquisitions faites par les communautés pour cause publique ne donnaient point ouverture aux droits de lods et ventes , ni par conséquent au paiement des cens et rentes, et que si, en général, il était dû une indemnité au seigneur dans le fief duquel il se faisait des acquisitions pour cause publique ,, c'était dans le cas où ce seigœur éprouverait des pertes par suite de ces acquisitions; mais que dans l'hypothèse actuelle, il n'y avait pas lieu à accorder une indemnité à l'archevêque pour le terrain acquis dans son fief par la ville , attendu qu'il serait amplement dédommagé à l'avenir de quelques faibles pertes » en ce que les terrains de ce fief qui resteraient dans le YQisînage^ de cette pUce allaient acquérir une grande
valeur par Tcffet des constf uctîons projetées , et par les mutations fréquentes qu'elles occasionneraient dans la suite.
La contestation fut portée devant le conseil d'état. Elle n'arrêta pas Texécution des projets de M. de Toumy. En attendant une décision sur cette contestation , il ordonna la continuation des travaux pour la formation de la place Dauphine et de ses accessoires. Il en poursuivit, l'achèvement avec la constance qu'il mettait à exécuter les plans qu'il avait conçus. La vaste étendue de celte place , le grand nombre et la magnificence des maisons qui en forment le pourtour, ne permirent pas à l'intendant de la voir entièrement terminée. Elle ne l'a été qu'en 1770. Alors elle fut solennellement inaugurée , et la jorade posa dans le centre de cette place la première pierre d'une fontaine qui devait y être élevée. On voit que la construction d'un pareil monument d'utilité publique se trouve ajournée depuis environ un siècle.
vn.
Bordeaux avait alors trois promenades publiques qui n'étaient presque d'aucun usage pour ses habitants. La plus appropriée à sa destination était le jardin de l'archevêché ; mais l'entrée n'en était permise au public que les jours de fête ; et elle pouvait lui être retirée , comme elle le fut effectivement lors de la construction du nouveau palais archiépiscopal. La seconde promenade était celle des fossés de Ville , cours sinueux , entrecoupé par la ypie publique en plusieurs endroits, qu'ombragent à peine deux rangées d'arbres mal disposés, et où l'on ne peut respirer