CHAPITRE TROISIÈME. îOt
■i il *' ' . { '
pendant neuf années, un droit d'octroi extraordinaire, dont le produit serait affecté à couvrir le dernier tiers des pertes fârtéà sur tes grains consommés par les habitants de cette ville pendant la disette.
L'examen du compte de la^ compagnie d*appfovisîonnement exigea beaucoup de temps avant tiue les jurats se déterminassent à le solder tel qu'il était produit. Les discussions que cet examen amena furent tellement entourées de difficultés , que Vintervention de la justice devint nécessaire pour les terminer. Cependant elles ne pouvaient pas élire portées devant le parlement,' attendu que la passion qu'il avait montrée dans les opérations relatives aîix approvisionnements le rendait naturellement récusable. Le conseil d'état, par un arrêt du 17 août 1751 , commit l'intendant pour décider souverainement celte affaire. Après divers jugements préparatoires, ce magistrat en rendit un définitif , le 9 août 1752, par lequel les jurats furent condamnés à payer la somme de quarante-neuf mille quatre cent dix-huit livrés à la compagnie, pour solde des comptes ipar elle produits. Un arrêt du conseil d'état , dû 27 août 1756, confirma ce jugement (*).'
L'événement que nous venons de raconter a été rapporté par Lacoionié avec bien moins de circonstances essentielles que celles que nous avons recueillies. 11 en a remplacé les détails par des réflexions tantôt critiques et tantôt apo* logétiques , qu'il fonde sur des inductions hasardées , dont un historien impartial doit s'abstenir. Cet auteur, qui dans son Histoire de Bordeaux n*a traité d'aucun autre fait arrivé dans cette ville pendant le dix-huitième siècle , semble n'avoir entrepris de parler isolément de la famine de
(*) Voyez le n« viiides Pièces justificatives.
102 msTOfEB' ms BomMWt,
17^7 qi»6 pour vanter mitr^me^uve H «ônduitë que fiiit dJMtt cette ocoQîrence ieparlemenCdont il s*e&llëdtisf à'mbiehi montré le partisan , et pour reprocher avec âtiierCome aux jurats et h l'intendant de n'aroir pas co&venablettfeBf surveillé les opérations dé la compagnie d'approvisionné' ment, qu'il accuse de malversation. 11 n'a consulté que les bruits populaires pour apprécier un événement d'une baute importance ; et nous, nous en soumettons les détails au jugement du lecteur, en appuyant notre récit sur les documents autb^itiques qui ont passé sous nos yeux. Nous ^vons ajouter que, pendant cette crise, les Bordelais se distinguèrent par cet esprit de calme et de résignation dont ils donnèrent des preuves dans plnueurs eiroonslances postérieures.
JLa.0
Parmilesembellissements^e Bordeaux que M. deTourny ordonna en I7li9 , il en est trois auxquels la recomiaissance publique attacha de bonne heure le nom de ce grand administrateur , et qu'ils conservent Picore , malgré la mlùtiiatiOB qu'ils ont subie depuis. A Tangle nord-ouest de cette ville s'ouvrait une de ses entrées , qui était pratiquée' dans une espèce de donjon appelé la porte Satnt-Germain; Depuis cette porte jusqu'à une aufere mm moins gothique qui subsistait sur le port, et qu'on nommait la porte du Gbapeau-Rouge, s'étendait, sur un sol inégal, une route largeet sinueuse que bordaient d'un côté les murs du jardin des dominicains avec quelques vieilles maisons , et de l'autre l'esplanade du Château-Trompette. Cette route était d'autant moins fréquentée qu'elle se trouvait à l'extrémité de la ville , et que deux rues seulement venaient y aboutir.
GfliFIHK&rTlIQISnMB. ■■' 103
Cependant 1^ terram que «otterovlfi travemiit» ayant le port p^ur pei;$a^acU^0iet pour bordure les prairiestforauatt l'esplanade du Chitleau^Trompeilla^ parut à M» de Touf ny pi^QPf e 4 ^eo^Yiw^ «une destination qui réunirait Vagréabie à L'utile. Il conçut llheureuse idée de continuer, sur la partie dê^oe terrain -que l'administration focale avait miaà sa disposition» les travaux d'embelliaseweiil qui font le su** jejt de cet article. Ces travaux, dont les avantages tw sont accrus avec le t^nps» ont préparé la formation d^mtnou^ veau quartier « qui est devenu le plus magnifique de cette villew
Les aneiennea portes de Saint-Germain et du Ghiqieaa'* Rouge ne pouvaient pas se Go<vdonner avec les nouvelles constructions que Ton commençait sur la place ifteyale , ni avec les embellissements que M. de Tourny se proposait de faire continuer tant aux nouveaux boulevards que sur le terrain contîgu à l'esplanade du Gh&teau-Trompette , qiifilisdlaitcoui^fr d'uiieprdineaade pubiiqtte. 11 remplaça ces4ettx vieilles perte» de ville par dmix autres , qui fu^ r^t lûtes à peu près sur un même plan.
iJLa nottveUe pcNrte SainMxwmain était à claire^voie en fm, aeoompa^éc de- divers ornements de la même matière, travaillés avec beaucoup d'art. £lle s'appuyait sul* deux beaux piliers d'ordre dorique ornés de plusieurs colonnes engagées que couronnaient de magnifiques groupes de sculpture (^) dus au ciseau du célèbre Francen. Quoique cette porte eût été érigée sous son ancien nom> la recon-
f) Ces groupes qui 9 lors de la destruction de la porte deTour-ny, avaient été transportés sur celle du Jardin-Public du côté du midi, furent mutilés en 1798, par ordre du bureau central, qui crut reconnaître, ûàm deux grands' médallloBs qui y étaient senlptés, les portnii40 àéhmh XY cddu ttMréchal deSaie.
104 HISTOIRE DEBOADHAPX.
naissance publique lui imposa celuî 4e rinteodaiit qui Tavait fait construire* Il eu fut de même de la place qui la précédait. La formation de cette place permit à M. de Tourny de faire travailler au prolongement 4u grand boulevard ou cours dont il avait entrepris de ceindre la viUe , et qu'il reprit depuis la place Dauphlne. Les maisons qui bordaient ce boulevard, en s'élevantsur les fossés creusés au pied des anciens murs de ville, achevèrent de dérober la vue de ses gothiques et inutiles remparts. £Ues avaient été commencées sur un plan uniforme qui fut abandonné après la retraite de l'habile administrateur qui ra*valt conçu. L'homme de génie trouve rarement des contijiuateurs dignes de lui.
La porte du Chapeau-Rouge était placée à Textrémité orientale du cours du même nom. Ainsi que la précédente, mais plus belle par ses accessoires, cette porte s'appu3[ait sur deux fortes piles d'architecture , formées de colonnes et de pilastres accouplés. Ces piles (*') supportaient des groupes de figures diverses au-dessus de grandeur aatu** relie , représentant des sujets allégoriques relatife au commerce. Ces magnifiques morceaux de sculpture sersyient convenablement placés sur les piles du principal escalier de la ter;*asse des Quinconces , si leurs débris pouvaiw^t se retrouver en entier. A la suite d'un des piliers de .cette dernière porte , et pour remplacer le mur de ville qui se prolongeait auparavant jusqu'à la contrescarpe d'un bastion du Château-Trompette , régnait une grande clairevoie en fer qui permettait de jouir de la vue du port eii^e
{*) Une d'elles fut transportée par fragments au bout de la grille du Ghape&n~Rouge, où l'on forma la porte Richelieu en 1780. Cette pile s'étant ttx)avée au iniHéu de la rue Esprit des Lois, lorsqu^on VouVrit en cet endroit > fut démolie. • > .
CHÀPllUr TROISIÈME. 105
promettai^t^iir lès aîlé?es de Totiray , lesquelles se prolongeaîeot alors jusqu'en cet endroit. Cette claîrè'-voîe , 'ainsi que les portes du Chapeau-Rouge , de Tourny , Dauphîne, de Saint-follen, et des Salinières, qui étaient également' en fer, disparureut en 1795, pour servir à fabriquer des piques à l'usage des patriotes d'alors.
M. de Tourny , après avoir obtenu , non sans beaucoup de résistance de la part des dominicains , l'aiiénation des emplaceuieiits qui bordaient les murs du Jardin de leur couvent, donna le plan des maisons qui devaient y former nne façade uniforme parallèlement aux allées que ce magistrat fit planter en même temps. On entend souvent critiquer le peu d'élévation qu'il a donnée à ces maisons. Il faut observer que le surbaissement de ces maisons • fut commandé par le ^cbenx voisinage qu'elles avaient avec le Château-Trompette. Nous avons dit ailleurs que cette forteresse fut élevée plutôt pour conieuir les habitants de Bordeaux que pour les protéger contre les attaques des ennemis de Tétat. Le directeur en chef des fortifications de la province, qui n'ignorait pas ce motif, s'opposa à ce qu'on construisit les maisons des allées et de la place de Toamy, prétendant que ces constructions gêneraient le jeu des batteries du Château. Le ministre de la guerre , auquel cette discussion fut soumise , approuva cependant les oonstructions projetées par l'intendant, à condition qu'elles seraient bornées dans leur hauteur, de manière à ne' pas masquer la vue du fort sur la ville et sur la campagne environnante. Depuis la démolition de ce fort , une ligne de belles maisons a été élevée sur le côté nord des allées de Tourny. Puisque les circojistances permettaient de donner .à ces maisons une plus grande élévation qu'à celles qui existaient déjà sur la ligne opposée , on doit être
iOft HISTOBMB DE BOKDBAUX.
étonné de ee t|u*t>n n'a pas preîorit ^ poor- les nouvelles constractions, une Aéceratiénunifoltneif Sttottis^façades eussent été bâties sur un même plan , ainsi que celles de la rue de l'Intendance , comme semblait le commander le voisinage du Grand-Théâtre , du port , et de la place Dauphine> les rues du Ghapeau'^Bouge et de rintendsncev'et les ci^ieoumP allées de Toamy, foi^tteraieRt^par l«ur réo^ nion , la plus magnifique ligné <fe maisons qu'il y eût en France. On dcrit d'autant plus être surpris de oe qu'on a négligée de prescrire cette ordonnance symétrique, qu'on fa suivie pour les maisons qui farent coosIruîfeeB dans le même temps sur la partie du quai qui borde la place Ri* cbelieu.
Les allées de Tovmy» formées de quatre rai^ d'ui^bres bien distants des maisons qui les bordaient , se prolongeaient originairement depuis la porte de ce nom jusqu'à celle du Chapaau^Roage , ainsi que nous l'avons déjk rè^ marqué. La moitié de ces allées fut détruite lorsqu'on construisit le Grand-Théâtre et le massif des maisons qui sont à la suite de cet édifice. Cependant , malgré sa mutilation , c^te promenade était encore belle et très-fréquentée , et rien ne semble excuser sa suppression , qui a été prescrite en 1884. On en abattit d'abord les arbres , sons prétexte qu'ils avaient besoin d'être renouvelés; puis on annonça qu'on ajournait à l'année suivante le rétablissement de cette promenade ^ pour l'ordonnance de laquelle on sollicitait l'avis des gens de l'art. Au centre d'un beau quartier, la vue d'un vaste terrain vide , qaî , par sa singulière dimension , ne peut être considéré ni comme une rue , ni comme une place publique , ni comme une chaussée dont l'élai^issement devenait indispensable , feit désirer qu'on rétablisse enfin ces magnifiques allées que
eHAfIWRB<XROIS«lfE. r «HT
le mmk smA du .eéiébre' admtnisfrateur qai^ a âât tdan^ ter aurait dû préserver de la desttaetioA. . ' . r>
' Le-ftoù adopté en 47S0 pour la forttfàtioii de la plaee Royale ne reçut un connnencement d'exécution <fu*aii bout de huit ans. Mosrs AilacfaeTé VhàM de là Douane à l'âne des extrémités de oeUe plaee. Pour aecélérer la v^iftedé» tenrains sur lesquels elle devait s'élever, M. de-Tourny s'occupa d'en tracer invariablement les limites sur deux points prlneipanx. il fit travailler à la construction de l'hôtel de la Bourse à l'un de ces points , et démolir ft l'autre randenne porte Despaux qui: obstruait la voie publique. Dans ce dernier travail, il s'aperçut que le pavillon qui occupait l'aigle où la rue Saint-ROTsy se rénaissait à celle qui était projetée sous le nom de rue Royale « aurait peu de développement et diminuerait la profondeur de la place. ' Il fit construire ce pavillon à quelque distance en arrière de la ligne des autres maisons. Par ce changement , la place gagna en étendue , et le pavillon acquit plus de-laiigettr et de grâce. Ce ne fiit pas la seule amélioration qui fut faite au plan donné par Gabriel. Dans ce I^an » lest deux nouvelles portes de ville , qu'il étail néoes^ saire d'ouvrir aux extrémités de la place Royale , devaient appuyer sur des pilastres couronnés de groupes de sculpture. M. de Tourny eiit l'heureuse idée de substituer à ces ornementé deux fontaines peur fournir de Teau pota-* ble à un quartier populeux qui en manquait. Ces fontaines furent détruites lorsqu'on démolit le parapet au bout duquel elles étaient, pour former le quai de la place Royale. £q 1898) on l^s a remplacées par une fontaine mpin^
aboiii^anyte q^'x;«..a,jéMvéç jajoi(^,ntre<^,lî| upLéme^ place ^ et 9^. çst pey prppr,e à teidépor^i;. : .. « ,
La construction. (}ei rbôtel de la Poursp l^âtfi r^qhèver ment de, la pjaçie fioyaje. Le gouvernement ;ayai^t,çé(jlç. cet h$tel .^^ cpmioerce de Bordeaux , M. à^ Tourny y ii^t^lla la j^ridliçj^on, çonçuJmre de, cette ville et la chambre de commence, de la province , le 9 septembre i749^ D^ns cette ejrçon3tap^;e\ certains membres de . ces co^ps, firent observer à rintpfiidant que. le local. d%i^ lequel ils étaijeut 1^ai:)sférés paraissait généralement trop vaste , et que surtout l£^ cour de rbôtel , qui était; destinée aux réunions JourpjjUères de la Bourç^, avait une bi/en gra^nde étendue, eu^gard ^u nombre de négociai^tsque Ton. comptait à Bç^deai^Xr ^-. de Tourny répondit aux pe^nnes qui ne prévoyaient pas comme lui , de quelle extension le compaerce de cette place éfait spsceptible ; <( Je regrette, que ^ les bornes 4e V^ii^pl^cement aiei^it forcé de faire /;et hô- «. tel si petit ; vou? ps^r^gerez ^n jour nie§ regrets ». L'avenir a.Justifié les provisions du gravd.boi^çie. . ;
. M. de Xourny ayant à cœur de ^ire terminer l£§ projets .d'embellissement de Bordeaux tj^ls. qu'il les, avait conçus, et voulant écarter au besoin les. obstacles qui avaient été quelquefois opposés aux travaux qu'il ordonnait» avait obtenu^ dès 4748 , un arrêt du conseil qui l'autorisait. à faire exécuter tous les ouvrages qu'il jugerait nécea^i^es pour l'utilité et la décoration de cette vil^-, mésmie lorsque ces ouvrages ne réunirai^ent pas l'asseatiment de l'administration municipale. Un pareil acte honore autant le ministère d'où il émanait que le magistrat au. zèle duquel l'exécu-
CHA'miUB: tàoksiÊfflfiiâ^. m
tioD en étali coitâëe. Cependant Tintendànt', tônt en' âe prévalant des dispositions de Cet iàn'ét dsÉis les trataili courants et ordinaires, voulut que ceux d'une grande importance fussent revêtus d'une àutoHsatîon spéciale.
Le 50 avril 17S0 ,.sur la proposition de M. dé Tourny , la juradé délibéra que Tancienne porte dés Saliniëres (**) serait reconstruite , et qu*on formerait au-devant une place publique , dont les maisons auraient une façade uniforme. Un arrêt du conseil , en date du 10 juillet'suivant, homologua cette délibération. Les travaux qu-elle ordonnait étaient d'une telle importance qu'ils ne purent être achevés qu'au bout de trois années. Ils furent l'occasion d'autres plus étendus, qui changèrent totalement la face du port de Bordeaux , ainsi que nous le dirons par la suite. L'ancienne porte des Salinières que l'on remplaça avait été construite lors du second accroissement de l'enceinte de Bordeaux, en 1502, époque où l'on renferma (jlans cette enceinte les maisons qui couvraient le terrain compris entre la ligne formée par les fossés des Salinières , de la Commune, et des Tanneurs, et les murs de ville qui se prolongeaient depuis l'ormée de la plate-forme jusqu'à l'église de Sainte-Croix. Cette porte devait vraisemblablement à serf ancienneté l^irrégularité chûqiiâMte de son placement-. Quoique située au centre du port , elle se trouvait dans un enfoncement , où les murs de ville se réunissaient pour former un angle droit d'environ trente mètres d'avancement snr la ligne du côté opposé. En cet endroit se trouvaient de mesquines échoppes, bâties sans aucun aligne-, mettt,' et Talssant au milieu tffelles un vide irrégùlîèr qui servait de place publique; Là se tenait le marché journalier
(') Voyez le n© ix des Pièces justificatives.
110 uisnraiBB de borbrhux.
du bois à brûler et de diverses marchandises apportées de l'Entre-deux-Mers et da Haut^Pays. Le sel , les sardines , et la morue , qu'on débarquait sur le quai qui s'étendait au-devant de cette place, s'y vendaieniaussi en détail; et c'est à ce trafic qu'elle devait le nom. qu'elle portait» Le quai desSalinières était un des plus fréquentés daporl^ On y voyait aborder les divers bâtiments qui impcurtaicot tés denrées de salaison, commerce connu à Bordeaux sous le nom de saline , autrefois plus considérable que l'on ne croit , et qui a fondé l'opulence de cette ville bi^n avant l'éi^oque de la découverte de l'Amérique.
Lorsqu'on jeta les fondements de la nouvelle porte des Salinières , un ordre supérieur prescrivit de changer son nom en celui de porte Bourgogne, en mémoire de la naissance d'un prince français qui reçut alors le titre de dnc de Bourgogne. Cette dénomination officidle n'a pas fait oublier l'ancienne, que conserve encore ce monu*ment (*). TL fut inauguré en grande cérémonie, le 30 septembre 4750. H. de Tourny en posa la première pieme. Cette distinction , qu'on a consignée dans les registres de rH6tel de Ville, était bien due à l'adminjstrateur, .dont le zèle et lies vues supérieures concouraient si puissamment nu bien-être actuel et à la gloire future de la cité, parles établissements publics dont il l'embellissait.
f) En 1807, on démolit les deux guichets latéraux de cette perle pour la métamorphoser en arc triomphal romain, que ron dédia à Tempereur sous le nom d'Arc-Napoiéon. Cette métamorphose i^'est ■ qu'une lyauvalse parodie des arcs de triomphe antiques. Ceux-ci étaient chargés, sur toutes leurs faces, d* inscriptions et d'ornements d*architecture et de sculpture relatifs aux eircensUnces historiques à l'occasion desquelles ils avaient été élevés. La porte des SalUiiéres est dépourvue de tous ces ornements obligés.
GHAiiiorBE TRomsuc: ill
Ud des quartiers de Bordeaux le plus .ancien et jusques
alons le moins fayorisé de ceux de cette ville se ressentit •
aussi de Finfluence du génie prévoyant de M. de Tou]rny^
Sar sa proposition , les jurats prirent une délibération , le
18 juillet 4782, qui ordonnait l'ouverture d'une nouvelle
porte de ville à l'endroit où la rue Carpenteyre débou-*
chait dans l'ancienne rue Anglaise , actuellement rue de la
Monnaie , ainsi que l'élargissement et le redressement de
cette dernière rue et de celle qui passait devant le couvent
des capucins , pour aboutir à la porte de ville du même
nom. Ces rues étaient très-étroites et bordées^ dans presque
toute leur étendue, de murailles servant de clôture & di-*
vers petits jardins. Les travaux publics exécutés alors en
cet endroit en firent entreprendre de particuliers, qui
contribuèrent à l'accroissement de ce quartier.
Depuis la porte de là Grave jusqu'à celle de Sainte- Croix , les murs de ville empêchaient que les habitants des deux quartiers populeux qu'ils séparaient pussent communiquer avec la partiedu port qui les avqisinait. Ce-* pendant dans cette partie abordaient en foule les étrangers qui portaient à Bordeaux les productions du Haut- Pays , ou qui venaient acheter des objets de consommation pour ses habitants. Indépendamment des bateaux qui partaient des communes riveraines de la Garonne , en amont de Bordeaux, pour venir stationner en cet endroit, il était occupé par }es chantiers de construction , qui entrete* naient un grand mouvement dans la population industrielle de ,ce quartier.. L'ckuvertttre de la nouvene porte de la Monnaie lui était utile. Le nom donné à cette porte vient de ce
IIS HISTOniE BE BORDEAUX.
qu'on constroisit auprès ea même temps l'atelier monétaire. Il était auparavant contigu à l'ancien hôtel de la Bourse. En déplaçant cet atelier, M. de Tourny avait en vue de vivifier le quartier peu fréquenté où il le transportait. Ces raisons de convenance locale n'ont pas toujours dirigé le placement des établissemenls publies , qu'il est cependant de la sagesse de l'administration de disséminer sur divers points d'une ville, afin d'y entretenir un égal mouvement dans sa population , et de faciliter les développements de son industrie.
La construction de la porte et de l'hôtel de la Monnaie amena la fondation de la rue de ce nom , qui conduisait à l'un et à l'autre de ces édifices. Dans cette circonstance , M. de Tourny n'eut pas besoin de prescrire d'autorité aux habitants de cette rue de bâtir sur un plan uniforme les maisons qu'ils y élevèrent immédiatement. Ils s'accordèrent d'eux-niémes à adopter ce plan, parce qu'ils comprirent que des lignes symétriques font ressortir les édifices publics vers lesquels elles se dirigent. Pour faciliter la communication de l'hôtel de la Monnaie avec le couvent des capucins et la porte de ville du même nom , la ruelle qui s'étendait en cet endroit était insuffisante ; elle fut élargie et divisée en deux parts , sous les noms des rues Française et Marbotin. Leur redressement procura une issue convenable aux trois autres rues qui y aboutissent. Ainsi les quartiers de Sainte-Croix et de Saint-Michel obtinrent , dans l'espace de quelques années , de nouveaux moyens de communication, soit avec le port, soit avec les faubourgs voisins.
•CHAPITRB THCMMiHE. in
xni.
L'année i^S^i vit commencer le plan le plus étendu , le plus généralement utile pour la décoration de Bordeaux, et celui qui offrait les plus grands obstacles dans son entière exécution. Nous voulons parler de la formation de cette façade uniforme qui a donné à cette ville cet abord majestueux unique en France. Cette façade s'étend depuis l'hôtel de la Douane jusqu'à la porte de la Grave (*), sur un hémicycle de douze cents mètres de longueur. Elle termine le périmètre des embellissements dont M. de Tourny a environné Bordeaux. Il la fit exécuter eii enlîer par ses propres moyens et dans l'espace de trois années. Ce grand ouvrage suffirait seul à la gloire de cet illustre administrateur.
M. de Tourny avait à cœur de faire terminer son plan assez promptement pour qu'il pût en contempler Tentière perspective. Il ne dissimulait pas que la construction d'environ ti^ois cents maisons qui devaient border le port de Bordeaux était une opération dont il deviendrait impossible de prévoir l'achèvement , si on l'abaiidonnait aux soins des personnes qui possédaient déjà des propriétés en cet endroit. Ces propriétés consistaient en vieilles maisons adossées contre les murs de ville , et habitées par de petits marchands ou artisans, qui y exerçaient une industrie assez bornée. Il conçut d'abord l'idée d'intéresser les pro-
f ) La façade uDiforme du port de Bordeaux devait être étendue jusqu'à la porte de la Monnaie, mais sur un plan moins grandiose. On en voit le commencement dans quelques maisons qui furent bâties dans le temps en cet endroit. Pourquoi ce plan est-il abandonné?
114 HlSTOnE DE BOBBK4UX.
prîétaires de ces maisoiis à concourir à Texécution de son plan, en leur offrant une prime d'encouragement Irèsavantageuse.
Pour vaincre les difficultés dont il se voyait entouré, il imagina d'user de ce moyen , sauf à en employer un nonveau , s'il arrivait que le premier ne lut pas accueilli. Ayant appelé auprès de lui à cet effet les propriétaires des maisons du port qu'il voulait embellir, il leur développa le projet qu'il avait conçu pour y parvenir, et les avantages que ce projet leur assurait. Il leur fit deux propositions séparées, dont chacune paraissait devoir lever toutes leurs hésitations. En premier lieu , il offrit de leur faire concéder gratuitement, par l'administration municipale, une quantité de terrain suffisante pour faire un nouveau corps de logis au-devant de leurs propriétés actuelles, pourvu qu'ils s'engageassent à y bâtir dans l'espace de trois années et sur le plan qu'il leur communiqua. Dans le cas où ils n'accepteraient pas cette proposition, 11 leur demanda dé lui vendre leurs maisons pour y faire exécuter par luimême les augmentations projetées.
Aucune de ces propositions n'ayant été agréée par les propriétaires auxquels M. de Tourny crut devoir en soumettre les avantages, il porta la bienveillance jusqu'à leur accorder un délai pour lui faire connaître définitivement leurs dernières déterminations. Ces propriétaires repoussèrent encore les propositions de l'intendant dans une nouvelle assemblée. Alors il leur déclara que , puisqu'ils refusaient de coopérer à un projet où le bien public s'alliait avec les intérêts particuliers, il était ^décidé à le réaliser incessamment , par les moyens qui dépendaient tant du pouvoir que le gouvernement lui avait confié , que des res- ^ sources qu'il trouverait dans sa fortune particulière. Il an-