CHAPITRE TROISIEME
nonça à ces propriétaires que loin de vouloir vaincre leurs refus par des actes d'autorité que des motifs d'utilité publique pouvaient lui permettre d'employer, il les laisserait jouir eu paix de leurs propriétés , dont ils dédaignaient d'augmenter la valeur par les voies qu'il leur avait proposées; mais que l'administration générale et locale l'autorisant à user du terrain disponible du port pour l'embellir, il allait y faire construire incessamment lui-même le nouveau rang de maisons qu'il projetait, en ayant l'attention de laisser entre ces maisons et celles qui subsistaient déjà , une rqe qu'il formerait , afin que ces dernières conservassent sur la voie publique la vue dont il n'entendait pas les priver, il rappela à ces propriétaires qu'ils ne pourraient imputer qu'à eux-mêmes s'ils ne jouissaient pas des avantages du port , puisque c'était sur leur refus qu'il se déterminerait à vendre à d'autres le terrain de façade qu'il avait offert de leur donner. <( Messieurs , leur dit-il <( en les congédiant , votre résistance m'étonne , mais ne tt me' décourage pas. Je saurai faire le bien de la ville sans Xi vous et malgré vous. Si vous êtes assez injustes pour me «. maudire, vos ^ifants me béniront un jour ».
L'administrateur digne de ce nom se roidit contré les obstac^s, quand il s'agit de Fintérét de ses administrés. Ainsi qu'il venait de l'annoncer , M. de Tourny fit aussitôt coBUueiicar les premîecs travaux de la façade du port. Quoiqu'elle se composât d'environ trois cents maisons , il eut la satisfaction de les voir toutes achevées comme il le liMirait, grâce aux moyens aussi hardis que désintéressés 4wt il fit usage. Par l'arrêt du conseil dont nous avons ^parlé à la page 70, l'administration municipale était autorisée à employer tous les ans une somme de soixante mille livres pour les travaux de l'embellissement du port. Pour
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feîre face à ces travaux , une telle somme était évidemment insuffisante. M. de Tourny la consacra d'abord à la fouille des terres pour asseoir les fondements de cette façade dans toute sa longueur , afin d'annoncer hautement qu'il avait la ferme volonté d'exécuter en entier son projet, n fit ensuite commencer avec ses propres fonds les maisons qui s'étendent depuis le palais de la cour des aides jusqu'à la porte du Caillau» M. de Tourny fut obligé de faire une retraite à la façade au-devant du palais de cette cour, attendu qu'elle obtint qu'on ne masquerait pas la vue de son palais sur le port, ayant assuré être dans l'intention de le faire recoastruire sur l'alignement nouveau. Elle n'effectua pas sa promesse. Ce n'est qu'après la suppression de la cour des aides qu'on a pu continuer la façade interrompue en cet endroit.
Les commencements de cette entreprise ne laissèrent pas de doute sur la possibilité de son prompt achèvement. Bientôt divers particuliers s'offrirent de bâtir sur le port, d'après le plan proposé, les maisons qui leur convenaient, et dont la ville.leur concéda gratuitement le terrain nécessaire , suivant la promesse déjà faite par M. de Tourny. De son côté , il faisait bâtir à ses frais sur les emplacements que personne ne réclamait ; et à mesure que les maisons qu'il avait fait construire étaient achevées , il les vendait exactement au prix qu'elles lui avaient coûté, et retrouvait ainsi ses capitaux qu'il employait successivement à continuer ses constructions. Afin de se procurer plus facilement des acquéreurs, il avait distribué ces maisons en trois pièces de profondeur sur une seule de largeur. Chacune d'elles se trouvant ainsi d'une valeur peu élevée , la vente en devenait plus facile. Cet heureux expédient lui servit à conduire à sa fin une entreprise qui offrait au premier