CHAPITRE TROISIEME. HT
coup d'œil les plus grandes difficultés. C'est ainsi qu'un administrateur actif et persévérant dans ses desseins parvient à réaliser des projets très -considérables avec des moyens souvent ordinaires.
Pour imprimer aux travaux que M, de Tourny faisail faire l'activité qu'il voulait qu'on y apportât , il ne se reposait pas du soin de leur surveillance sur les agents qu'il employait. Il visitait souvent les ateliers de la ville et conversait familièrement avec les ouvriers pour les encourager. Un jour qu'il faisait quelques observations à certains d'entre eux sur la manière avec laquelle ils travaillaient , ceux-ci qui ne le connaissaient pas sous le costume modeste qu'il portait l'invitèrent à cesser ses critiques , en l'accusant d'être du nombre des parlementaires qu'on savait être les ennemis déclarés de l'intendant, (c Pour vous « prouver que je ne suis pas ce que vous soupçonnez , ré- « pondit M. de Tourny, je vais interroger l'appareilleur (( du chantier ; et s'il trouve que mes observations ne sont m pas fondées , je me soumets à une amende en votre fa- « veur ». Le chef d'atelier qui avait reconnu l'intendant s'avança vers lui et ne put s*èmpécher de convenir de la« justesse de sa critique. Les ouvriers se confondaient en excuses sur leur méprise , lorsque M. de Tourny leur dit : (( Mes enfant^, votre franchise me platt, quoiqu'elle soit un « peu brusque. Il parait que vous tenez à n'être pas troutt blés dans votre travail. Continuez-moi votre attache- « ment , et j'aurai soin de vous. Tenez , reprit-il , en leur (( donnant un louis , voilà pour boire à ma santé , et même «L à celle du parlement, ajouta-tril en riant ».
UÈ lliSTOIRE m BORDEAUX.
Dans le même temps, M. de Tourny obtint, pour les cordeliersde Bordeaux, uç arrêt du conseil par lequel ils étaient autorisés à aliéner des terrains qui entouraient leur couvent, afin de le faire réparer et de payer; les dettes qu'ils avaient contractées. Les murs du jardin de ce couvent bordaient alors un côté des rues Leyteire et des Meliuts, et les bâtiments avaient leur issue sur les rues Hugla et de l'Observance. Les emplacements situés sur les deux premières rues furent vendus ; et au bout de la dernière on en forma une nouvelle qui a pris le nom de rue Sainte- Thérèse. Sur le côté nord du même couvent, la rue Saint- ^ François fut ouverte, ainsi qu'une place qui procura une entrée commode à l'église des eordeliers. M. de Tourny, mettant à profit une circonstance particulière , la fit servir à l'avantage public , en se chargeant de donner les plans des constructions qui furent faites autour de ce couvent. On reconnaît le bon goût qui caractérise tous les édifices qu'il a ordonnés , en voyant les façades uniformes que présentent les maisons bâties sur ce terrain , et la belFe largeur qu'ont les rues qu'il y fit percer, ou dont il redressa la direction. Avant lui , la voirie conservait toujours les anciens alignements » quelque, défectueux qu'ils fussent , et ne semblait pas se douter que la régularité d'une rue contribuait autant à la décoration d'une ville qu'à la sûreté et à la santé de ses habitants.
En construisant la place Royale, oh avait commencé par ouvrir la rue de ce nom sur le terrain d'une ruelle dite desEctiries, qu'il était en même temps indispensable d'élargir et de redresser. Elle aboutissait à deux autres