CHAPITRE QUATRIEME
naîent le visiter soit par devoir d'étiquette , soit pour solliciter quelques faveurs. Il se rendait ensuite avec elles à l'église , où il assistait à la messe sur une estrade entourée de la compagnie de ses gardes. Dans les galas d'apparat il dînait au grand couvert , et le public était admis à circuler autour de sa table. Après le repas il conduisait ses convives à la comédie , où il faisait jouer les pièces qui lui plaisaient. Dans l'été , les représentations ne commençaient qu'à nuit close , pour éviter la chaleur du jour. Dans l'hiver , les fêtes étaient suivies d'un bal- dans son hôtel , où tout le monde était admis sous le masque. On y jouait beaucoup aux jeux de hasard. On dit dans la Fie friçée du maréchal de Richelieu , que les domestiques se partageaient tous les ans une somme de vingt mille francs du produit des cartes et des dés qu'ils fournissaient aux personnes qui venaient jouer dans ce qu'on appelait les hais du gouvernement.
Le duc de Richelieu s'était arrogé une grande influence sur tous les corps de la province. Rien ne s'y faisait d'important sans son aveu. On témoignait d'autant plus de condescendance pour ses volontés qu'il disposait à son gré des lettres de cachet , et qu'il n'en ménageait pas l'usage. Aucun gouverneur de province n'usa aussi largement de son autorité. A^rès avoir commandé à Bordeaux comme autrefois le duc d'Ëpernon> il mourut en 1788, âgé de quatre-vingt-douze ans, toujours titulaire du gouvernement de la Guienne , quoiqu'il n'ait pas reparu dans cette province depuis le jugement de son procès célèbre avec M"*' de Saint- Vincent.
Ainsi que les autres parlements de France , celui de Bordeaux concourut au jugement d*un grand procès qui occupa successivement les divers gouvernements de toute la chrétienté. Le père Lavalette , jésuite et préfet apostolique des missions des Indes occidentales à la Martinique , s'étant associé des correspondants dans les principales villes de l'Europe, en particulier le jésuite Sacy^ procureur général des missions étrangères à Paris, était parvenue établir un. commerce très-étendu de denrées coloniales. Ses spéculations furent dérangées par des corsaires anglais, qui> durant la guerre contre la France, avaient capturé des navires sur lesquels se trouvaient des valeurs considérables {*) appartenant aux jésuites. Ceux-ci. ne pouvant effectuer le paiement des obligations qu'ils avaient contractées à cause de leur commerce d'Amérique , firent une banqueroute d'environ trois millions, dans laquelle MM. Lioncy et Jouffre , négociants de Marseille , étaient pour la moitié de cette somme. Ils se pourvurent devant la juridiction consulaire de leur ville contre les pères La-
(*) L'expédition de ces valeurs' était quelquefois déguisée. On répète encore à Bordeaux Fanecdote d'un capitaine de navire que le père Lavalette avait chargé de remettre à ses confrères de Bordeaux une caisse remplie de poudre d'or, et qui était déclarée comme contenant les ossements de quelques jésuites martyrisés par les sauvages d'Amérique. On prétend que le capitaine substitua à ces valeurs des os de divers animaux qu'il se procura dans une relâche sur les eètes de Bretagne , et qu'il remit la caisse à sa destination , comme étant confirme à ce qui était énoncé dans les connaissements et' le manifeste du navire.