‹ Histoire de BordeauxChapitre 36 sur 143 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Les jésuites étaient établis à Bordeaux depuis Tannée 4S70. ns y jouissaient de beaucoup de considération et d'une grande aisance. Leur fortune se composait soit de bénéfices ecclésiastiques qu'ils ayaient obtenus de la libéralité de l'état et du clergé , soit de propriétés, particulières qu'ils devaient à des donations pieuses. Dans moins de deux siè<cles , ils étaient parvenus à établir dans Bordeaux quatre couvents de leur ordre. Ils possédaient aussi plusieurs maisons dans cette ville et trois biens de campagne dans les environs. Ils avaient en outre, dans le diocèse, un couvent à Liboume et un autre à Saint-Macaire , et jouissaient des prieurés de Bardanac, de Boissçt, d'Espessas, de Saint- James, de Saint-Julien, de Saint-Macaire, de Saint^ticbel de la Rivière, de la chapellenie. de Saint- Laurent d'Obscures, et des dîmes des paroisses de Gapian, Gujan, Hostens, Pessac, et Saint-Magne. Le collège qu'ils tenaient à Bordeaux rivalisait avec le collège de Guienne et leur fsicilitait le moyen de se recruter parmi les étudiante qui annonçaient d'heureuses dispositions.

En 1769 on arrêta à Bordeaux, pour être transférée dans une citadelle des Pays-Bas autrichiens , une femme qui résidait depuis trois ans dans cette ville , où elle tenait un état brillant. On la connaissait sous le nom de M™* Frêle, nom qui parait francisé^ d'après lemoi fraeûlen usité en Allemagne pour désigner une femme de qualité. Cette dame se donnait pour une Alsacienne, que des considérations de famille déterminaient à habiter hors de sa patrie jusqu'à ce que la fin des discussions relatives à une riche succession lui permit d'y rentrer, et qui en atteh-

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dant jouissait d'une forte pension qui la mettait à même de vivre dans Taisance. Elle faisait une grande dépense à Bordeaux , voyait la haute société , et était même admise aux fêtes que le duc de Richelieu donnait. Elle cachait sous des dehors légers un caractère fei'me, beaucoup d'adresse , et un esprit fertile en ressources. On la comparait, à rinstruotion près, à la fameuse Ninon de Lenclos. Lorsque M"° Frêle fut arrêtée, le gouverneur usa envers elle de beaucoup d'égards. Il fit même payer pour une cinquantaine de mille livres de dettes qu'elle laissait à Bordeaux. Plusieurs années après qu'elle en fut sortie on apprit des particularités singulières sur la cause et les suites de son arrestation.

Il parait que c'était une ïGlle naturelle de l'empereur François 1®', qu'il avait fait élever secrètement dans un village de Bohême. En 1766 , un prêtre inconnu vint la prendre dans cette retraite pour la conduire en France , où elle devait achever son éducation. Elle échappa à son conducteur à Hambourg et s'enfuit à Stockholm. L'autorité locale la fit ramener au lieu d'où elle venait, la prenant pour la fille d'un négociant de Hambourg, enlevée à sa famille. De là elle se fixa à Bordeaux. Alors elle parvint à intéresser à son sort une baronne allemande , qui lui fit obtenir des secours considérables de la cour de Vienne.

Traduite à Bruxelles , par ordre de l'impératrice-reine , devant une commission présidée par le général comte Gobentzel , Af^* Frêle subit plusieurs interrogatoires , dans lesquels elle montra beaucoup d'assurance pour justifier l'origine distinguée qu'elle se donnait. Cepeùdant elle ne put parvenir à convaincre ses juges, parce que les preuves sont difficiles à administrer en pareille matière. Après deux

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