CHAPITRE QUATRIÈME
an» de séjour au fort de Monterel, près de Mons, M'"® Frêle fut mise en liberté , et on lui donna cinquante louis pour aller où bon lui semblerait. Elle passa en Angleterre , où elle est morte folle en I77S , dans un village près de Bristol.
L'arrestation de cette femme mystérieuse à Bordeaux nous a paru un fait assez remarquable pour lui donner ici une place. L'auteur du Siècle de Louis XIF n'a pas craint de compromettre la gravité de son ouvrage en y consignant l'anecdote de Vhomme au masque de fer. W^^ Frêle offre beaucoup de rapports avec ce prisonnier énigmatique. Tous deux devaient le malheur de leur vie à ce qu'ils s'étaient imaginé l'avoir reçue daus des cours qui les désavouaient.
Les rivières , qui sont des sources dé prospérité pour les pays qu'elles arrosent^ occasionnent quelquefois des dégâts considérables par la crue subite de leurs eaux. Le* débordement de la Garonne, dont on ressentit les effets désastreux à Bordeaux le 7 avril 1770, fut un des plus remarquables qu'on ait vu dans cette ville. Les eaux s'élevèrent à dix mètres au-dessus de leur niveau ordinaire, et plus haut qu'elles n'étaient parvenues le 11 juin 4712, jour où l'on avait éprouvé à Bordeaux une grande inondation. Dans celle de 177Q, la chaussée du port fut non-seulement couverte en entier par les eaux , mais encore on ne pouvait aborder au palais où siégeait le parlement qu'à l'aide de bateaux. Quoique la rivière eût envahi le rez-dechaussée des maisons dé toute la partie de la ville qui s'étend le long des quais, cependant les mémoires du
temps ne citent aucun accident grate qui soit arrivé dans la rade. Ils parlent seulement d'un acte de courage et d'humanité que nous croyons devoir consigner ici.
M. Comick , négociant de Bordeaux, résidait à Langoîran lors de cette inondation. Les marins de ce lieu balançant d'aller porter des secours aux habitants d'une lie voisine qui était au moment d'être totalement submergée , il les détermina, par offres de récompenses et par menaces, à monter avec lui dans un canot pour aller s;oustraire ces malheureux habitants aux dangers imminents auxquels ils étaient exposés. 11 parvint à les transporter successivement chez lui, où il les hébei^ea jusqu'à ce que la diminution des eau^ leur permit de retourner dans leurs maisons. Gè brave homme eut ensuite la modestie d'éviter de paraître à Bordeaux pendant que toute la ville s'entretenait de son généreux dévouement.
Dans le débordement qui se fit sentir à Bordeaux le 50 janvier 1791, les eaux s'élevèrent moins haut que dans le précédent, mais elles occasionnèrent plus d'accidents dans la rade. Un ponton coula bas devant la Bastide, et un autre devant Lormont. Deux navires échouèrent devant la ville, et un autre aux Ghartrons. Gès divers bâtiments, en dérapant , occasionnèrent des avaries à ceux qu'ils heurtèrent dans leur déplacement forcé.
Le débordement de la Garonne, dont on a r^senti les effets à Bordeaux les â et 3 juin ÎSZH , presque aussi remarquable que ceux que nous venons de citer , eut des suites moins funestes. Un seul navire de la rade fut atteint du sinistre : il échoua sur le banc des Queyries. Les avaries occasionnées aux navires qui chassèrent sur leurs ancres furent peu considérables. Les eaux de la rivière parvinrent à un demi-mètre au-dessous de la hauteur à