CHAPITRE QUATRIfiHCË
les magistrats qui la composaient , sans avoir besoin d'employer contre eux ni contre les habitants le secours des troupes de la garnison dont il avait entouré le palais de justice.
Trois jours après > les commissaires du roi se rendirent au même lieu. Ils firent publier militairement un édit portant création de nouveaux offices dans le parlement et installèrent les cinquante titulaires qui en étaient pourvus. Ceux des anciens magistrats qui ne faisaient plus partie du corps avaient reçu la veille une lettre de cachet qui leur assignait un lieu d'exil , et qui leur enjoignait de s'y rendre dans vingt-quatre heures. Les -tribunaux qu'on organisa alors furent communément appelés Parlements-Maur' peou, du nom du chancelier de France qui avait fourni le plan de leur création. Ils fonctionnèrent paisiblement jusqu'à la fin du règne de Louis XV.
Le roi son successeur ayant jugé à propos de réintégrer tous les parlements dans leurs fonctions, celui de Bordeaux fut installé par le duc de Mouchy, commandant de la province , le 2 mars 177S » en vertu d'un édit du mois précédent. Les habitants se livrèrent à des démonstrations extraordinaires d'allégresse pour célébrer cet événement. Il y eut pendant trois jours dans cette ville (}es fêtes qui , pour n'avoir pas été commandées, n'en furent que plus remarquables. Le parlen^ent répondit par la suite à ces témoignages de la joie publique , lorsque l'occasion lui fut offerte d'opposer une juste résistance aux atteintes que le pouvoir arbitraire entreprit de porter aux droits et aux propriétés du pays, ainsi qu'on le verra dans cet ouvrage.
La disette de grains qui se fit sentir en Fraôce dans Tannée 1773 produisit une émeute populaire à Bordeaux. Il était alors d'usage dans cette ville que la jurade taxât , tous les samedis , le prix du pain , et que cette taxe fût adressée aux boulangers pour être miae en vigueur le jour suivant. Certains d'entre eux, qui avaientdu pain fabriqué pendant Fancienne taxe , refusèrent d'en vendre le 8 mai 1773 , afin de profiter le lendemain de l'augmentation. Ce refus de leur part fit ameuter le peuple devant les boulangeries où il y avait du pain ; elles furent livrées au pillage avant que la police pût empêcher ces désordres. Ils cessèrent dans la soirée et se réduisirent à quelque enlèvement de pain chez les boulangers.
La tranquillité se trouvant rétablie dans la ville , la jurade ordonna aux boulangers de faire du pain comme par le passé , et d'en vendre les premières qualités au prix qu'elle venait de fixer, en maintenant l'ancienne taxe seulement pour la dernière qualité , sauf à les indemniser de leurs pertes. Elle convoqua en même temps tous les chefs des divers corps de métiers , et organisa par leur moyen un service permanent de sûreté dans des postes qui furent établis aux portes de la ville et à l'extrémité des faubourgs pendant un mois. Ce service était indépendant des patrouilles de nuit que les habitants faisaient à cette époque. On prenait ces précautions parce qu'on appréhendait que les paysans des communes environnantes» où les subsistances commençaient à manquer , ne se portassent sur Bordeaux pour en prendre de vive force. Dès le lendemain de Fémeute , une société de négociants
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se forma dans cette ville pour faire venir les grains nécessaires à son approvisionnement. Celte société offrit de les revendre au taux que la jurade fixerait, et au besoin au^ dessous du prix d'achat. La réalisation d'une offire aussi patriotique procura les plus heureux résultats pour la tranquillité publique à Bordeaux. L'émeute du 8 mai n'eut aucune suite désastreuse dans cette ville. Il n'en fut pas de même dans les campagnes voisines. Il s'y forma des bandes de malfaiteurs qui mirent à contribution beaucoup de propriétaires et ^e meuniers , et pillèrent même des marchés aux grains. Les désordres s'apaisèrent à l'arrivée d'un régiment de cavalerie , dont les détachements furent cantonnés sur divers points du Bordelais. Quelques chefe d'attroupement furent pris et condamnés aux galères. Cette disette de grains était l'effet des spéculations coupables faites par certains hommes puissants , qui produisirent une famine factice pour en profiter au gré de leur cupidité.
L'accroissement considérable que cette ville a pris par suite de la construction de deux nouveaux édifices publics est un fait notable, dont l'histoire doit signaler la cause et les développements , puisque c'est un signe évident de la prospérité commune. Il est bien autrement intéressant que le récit des guerres , des événements désastreux , et des dissensions civiles qui font le malheur de tous.
En 1771 , le gouvernement autorisa l'arcbevèque de Bordeaux à faire démolir le palais qu'il habitait et à en vendre les matériaux , ainsi que le terrain adjacent et les marais qui en dépendaient > afin de pourvoir aux frais de construction d'un nouveau palais archiépiscopal. L'an-
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cien , quoique bâti dans le treizième siècle sur le terrain où se trouve aujourd'hui la place du Palais Royal , était encore en bon état. 11 présentait un corps de bâtiment imposant, d*un genre simple, mais régulier dans toutes ses parties. Son intérieur, distribué d'une manière commode qui n'excluait pas une magnificence convenable, offrait une habitation suffisamment spacieuse pour un rijche prélat. On ne peut disconvenir que l'édifice, substitué à l'ancien a été exécuté sur une échelle trop étendue pour sa destination originaire.
Il devenait nécessaire d'aliéner les marais de la Chartreuse qui appartenaient à l'archevêque, et qui s'étendaient derrière son palais , tant pour couvrir les frais de construction de cet édifice que pour en assainir les alentours. Le dessèchement de ces marais , qui n'avait été exécuté qu'imparfaitement par le cardinal de Sourdis, s'acheva par leur vente partielle. Placés entre la Devèze et le Peugue , ils étaient couverts d'oseraies et^de prairies, entrecoupés d'une multitude de fossés que remplissaient les eaux que ^ces deux ruisseaux recevaient des landes. Dans les automnes dont la température se trouvait élevée, il s'exhalait de ces marais des miasmes infects que les vents poussaient sur la ville , où ils occasionnaient fréquemment des fièvres épidémiques que la Chronique désigne improprement sous le nom de pestes. Par suite de leur vente , ces terrains, qu'on regardait comme inhabitables, furent bientôt sillonnés de diverses rues qui nécessitèrent des nivellements et des exhaussements du sol , d'où s'ensuivit le comblement et l'assainissement de ces marais. Par ce moyen , les eaux qui les couvraient pendant la moitié de Tannée ont été refoulées et concentrées dans les deux ruisseaux d'.où elle? débordaient fréquemment. Elles s'écou-