CHAPITRE QUATRIÈME
lent mainteivant dans leur ancien lit, et vont se dégorger dans la Garonne sans aucune déviation. M. de Tourny avait en quelque sorte préparé cet assainissement en faisant ouvrir les allées d'Albret entre les murs de ville et les marais de la Chartreuse , et en facilitant l'issue des eaux que renfermaient ces marais par les ponts dits de la Mothe et d'Albret , qu'il avait jetés sur les ruisseaux de la Devèze et du Peugue. Grâce au dernier dessèchement des terrains marécageux de la Chartreuse et de Tarchevéché , le nouveau quartier des Marais est devenu un des faubourgs le plus peuplé da la ville.
En même temps qu'un édifice public venait ajouter aux embellissements de Bordeaux et contribuait à accroître son enceinte i le quartier du Chapeau-Rouge fut formé et dut son accroissement à la construction du Grand- Théâtre. En 1775, le gouvernement donna à la ville quatre mille huit cent trente toises de terrain à prendre sur la partie méridionale de l'esplanade du Château-Trompette, afin d'y construire une salle de-spectacle et les maisons qui sont à la suite de cet édifice. Sur ce terrain se prolongeait la partie inférieure des allées de Tourny qui venait aboutir au port; elles furent abattues dans une nuit d'automne par des ouvriers qu'avait envoyés le maréchal de Richelieu. La compagnie de ses gardes protégeait les travailleurs , parce qu'il craignait que le parlement et les habitants ne voulussent s'opposer à la destruction de cette magnifique promenade.
Le Grand-Théâtre, qui fut la première de ces constructions, est un chef-d'œuvre de l'art (*). Beaucoup de gens de
(*) Le Grand-Théâtre a été construit sous la direction du célèbre architecte Louis. On y joua pour la première fois le 8 avril 1780.
14â HISTOIRE DE BORDEAUX.
goût prétendent qa'il aurait été dans une meilleure situation sur le terrain où l'on a formé la place Richelieu , rentrée tournée du coté du port (*) , parce qu'à l'endroit où Von a construit cet édifice , il ne répond à aucune des rues voisines.,, et que sa perspective est écrasée par la hauteur des maisons dc; la place de la Comédie. On ajoute aussi qu'il eût été bien à désira que les maisons alignées sur le Grand-Tfaéàtre portassent une façade uniforme. Si on l'eût prescrite pour la^ue du ChapeaorRouge , et par suite pour celle de l'Intendance , Tien n'égalerait une aussi belle ligne d'architecture. M. de Tôurny avait préparé cette ordonnance symétrique. 11 avait conçu le projet de préparer le redressement des rues du Chapeau-Rouge el de l'Intendance , quand on rebâtirait les maisons situées sur le côté méridional de ces rues; car il plaça à dessein , en avant de la ligne de ces maisons^ le pavillon de la Bourse qui dépassait cette ligne. Il s'attendait qu'alors qu'on reconstruirait ces maisons , la voirie s'apercevrait que leur façade devait s'aligner sur ce pavillon et sur l'encoignure de la place Dauphine et de la rue de l'Intendance,; et il avait posé en outre, comme jalon intermédiaire de Talignemént indiqué , la façade de la salle du concert de l'intendance. Si l'on eût suivi le projet de l'illustre administrateur et qu'on eût avancé la ligne des maisons du côté du sud de tout le recul qu'on pouvait donner à celles qui occuperaient le côté opposé , on aurait fait dis-
{*) Lorsque Femperear Joseph II passa à Bordeaux (juin 1777)» il alla visiter le Grand-ThéÂtre. Il observa à Tarchitecte quMl pouvait mieux choisir la place pour cet édifice , et que la scène lui paraissait manquer de profondeur. « Monsieur Louis, dit-il, vous « étiez bien favorisé , car vous aviez à votre disposition deux millions « et un pré ».