CHAPITRE QUATRIEME. W
dant de la province , se rendit à Libourne et y fit enregisr trer militairement au parlement des lettres-patentes qui lui enjoignaient de siéger jusqu'à nouvel ordre dans cette ville. La cour ne refusait pas d'y expédier la justice ; mais elle démontrait qu'elle était dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions , attendu qu'elle n'avait pas auprès d'elle le dépôt ordinaire de ses actes , et qu'elle ne se trouvait pas entourée des^offiders ministériels qui devaient l'assister. Ainsi l'injonction que le gouvernement faisait aux magistrats ne s^ervait qu'à les indisposer gratuitement et à attacher le peuple à leur cause , en laissant dans le vague la durée d'un exil qui était évidemment njiisible aux justixsiables. Il se prolongea pendant dix mois; et le ministère ne sut ni justifier les motifs de cet exil ni y mettre un terme par quelque expédient de circonstance.
En même te^npsque le gouvernement punissait par l'exil le parlement de Bordeaux , qui avait empécbé la formation d'une assemblée provinciale dont la création fut bientôt abandonnée , il s'opposait par des actes arbitraires à la réunion des assemblées municipales de cette ville, qui étaient autorisées à se former de plein droit pour s'occuper des intérêts locaux. Le renouvellement annuel de la moitié des membres de la jurade s'opérait dans une de ces assemblées (*), L'autre (**) était chargée de prendre con-
{*) On la nommait cotMef7 des notaUes, Les membres, au nombre de vingt-quatre, en étaient pris par tiers parmi les principaux habitants qui faisaient partie des corps de la noblesse, des avocats, et des négociants.
(**) On rappelait l'assemblée des eent-trente, à cause de sa com-
naissance des affaires générales de la ville , et de veiller spécialement au maintien de ses droits et privilèges. Conformément à Fusage , les notables de Bordeaux avaient proposé au gouvernement les candidats parmi lesquels il devait choisir les remplaçants des jurats qui étaient en tour de sortir de place. Au lieu de faire ce choix, il continua dans leurs fonctions , par lettres de cachet du 32 août 4787, ceux des jurats qui avaient fini le temps de leur exercice. Ces magistrats gardèrent leurs places; mais ils perdirent la considération qui y était attachée.
Cette infraction aux privilèges de Bordeaux fut d'autant plus mal accueillie par les habitants , qu'ayant à se plaindre de l'administration municipale actuelle , ils sentaient le besoin d'en changer les membres. Pour y parvenir , ils formèrent des assemblées par corporations , à l'effet de faire parvenir au roi leurs réclamations (*) pour obtenir le maintien des statuts municipaux. Dans ces diverses assemblées on s'accorda à demander à la cour des aides, le seul tribunal souverain alors à Bordeaux , de vouloir bien enjoindre aux jurats de convoquer incessamment l'assemblée des cent-trente , afin que ces représentants immédiats de la cité fissent parvenir au roi les réclamations de ses habitants.
En conséquence du vœu généralement manifesté à la
position numérique formée des députés des diverses corporations de la ville. Rassemblée des cent-trente devait se tenir au moins une fois chaque année dans les cas extraordinaires, d'après les lettrespatentes du roi données en 1767 et 1772, qui réglaient Fadministration municipale de Bordeaux*
f) Celle des avocats ayant été publiée, les syndics qui Favaient signée furent exilés à vingt lieues de Bordeaux, par lettres de cachet, comme s'ils avaient troublé la tranquillité publique.