‹ Histoire de BordeauxChapitre 46 sur 143 · CHAPITRE QUATRIEME. 15S · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME. 15S

fiant à rétablir et à organiser les états particuliers de cette province. Ceux de ses habitants qui appartenaient à Tordre de la noblesse s'étaient réunis pour proposer ce projet. Ils l'adressèrent aux diverses corporations des deux autres ordres en les invitant à le soumettre à un examen réflé-^ cbi , et à concourir par leurs observations aux moyens de le mettre' incessamment à exécution. On s'en occupa trèspeu , soit parce que la convocation des états généraux absorbait l'attention publique , soit parce que la prétendue restauration des états provinciaux de la Guienne parut une véritable chimère. En effet, cette province n'a jamais eu d'états régulièrement constitués, et nul document historique n'atteste leur existence légale. Pendant que ce pays a été sous la domination anglaise , on voit deux ou trois circonstances extraordinaires où des fonctionnaires des principales villes de Guienne se sont réunis pour traiter transitoirement de quelques affaires locales; mais aucune de ces assemblées n'a eu une forme déterminée , et n'a présenté une corporation stable reconnue par le souverain.

D'ailleurs , les bases des états qu'on voulait créer à Bordeaux, loin d'être en harmonie avec l'opinion dominante, semblaient posées dans des vues personnelles , et ceux qui les proposaient n'avaient pas oublié d'y soigner leurs intérêts. Cependant le projet de restauration des états particuliers de Guienne fut l'occasion d'une détermination d'utilité générale à laquelle étaient bien éloignés de songer ceux qui avaient conçu ce projet. Les corporations du tiers état de cette ville , qui s'étaient assemblées pour en prendre connaissance, délibérèrent, le 15 décembre 1788 , d'envoyer immédiatement une députation vers le roi» pour demander que le nombre des députés des communes de

France aux prochains états généraux fût égal à celai des deux autres ordres réunis* Un pareil vœu , émis spontanément au nom d'une grande cité , dut être de quelque poids dans la résolution qui fut pri^ peu après par le gouvernement à regard de ce qu'on appela le doublement du tiers état, et le projet des états provinciaux de Guienne fut dés lors complètement abandonné.

Le récit des événements arrivés dans Bordeaux pendant le temps qu'on appelle l'ancien régime s'arrête en cet endroit de notre ouvrage. Gomme ce récit va se continuer sous un nouvel ordre de choses , il nous a paru convenable de placer ici quelques réflexions sur l'esprit public qui dominait alors dans cette ville et dans le pays dont elle était la capitale , sous l'influence de laquelle il se trouvait placé.

Au moment de la révolution , la Guienne était une des provinces de France que l'agriculture et le commerce avaient élevée au plus haut état de prospérité. Cet état y avait fait naître des idées libérales; car l'aisance d'une contrée , en appelant ses habitants à jouir des avantages de l'instruction, les rend plus indépendants des préjugés anti -sociaux qu'engendrent et qu'entretiennent l'ignorance et la misère dans le sein des populations. La lutte qui s'était élevée depuis quelques années entre le parlement de Giordeaux et le gouvernement , soit par rapport aux alluvions de la Garonne dont le fisc avait projeté de s'emparer, soit à l'occasion des édits du 8 mai 1788, que l'opinion publique repoussait comme attentatoires aux lois fondamentales de l'état , avait donné naissance dans cette

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