CHAPITRE CINQUIÈME
tvtmunvTs arrivés dans bordbaux bbpuis l'aniiér 1799
jusqu'à la fin bu DIX-HUITIfeUB tIÈCLI.
I. Assemblées pour V élection des députés de la sénéchaussée de Guienne aux états généraux. •— II. Réunion des Bordelais au Jardin Public à Voccasion des éçénements du it^ juillet 1789, et des suites de cette réunion. — III. Créa-tion des corps constitués du département de la Gironde. — IV. Un détachement de la garde nationale bordelaise va pacifier des troubles survenus à Montauban. — V. De quelques troubles religieux à Bordeaux. — VI. Origine, opérations, et fin de la commission populaire de cette ville. — VII. Aperçu des principales mesures révolutiot^ noires organisées par Us représentants du peuple en mission dans le département de la GironéLe. — VIII. Abolition de la commission militaire. — IX. Bordeaux pendant le déclin du gouvernement révolutionnaire. — X.Le bureau central fait tirer sur des citoyens inoffensifs. — XI. Honneurs p%^lics rendus à la mémoire de Michel de Montaigne.
Les vœux des Français pour la formation des états généraux du royaume étaient accomplis. Ces états devaient s'assembler à Versailles , et l'ouverture de leurs séances était fixée au 5 mai 1789. Le mode de procéder à la nomination des députés dont se composerait cette assemblée fut déterminé par des lettres-patentes du roi , en date du ^k janvier de la même année. Ces lettres, enregistrées au
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tribunal de la sénéchaussée de Guienne , le 18 du mois suivant, attribuaient à cette sénéchaussée seize députés aux états généraux (^), dont quatre pour l'ordre du clergé, quatre pour Tordre de la noblesse , et huit pour Tordre du tiers état. La moitié de ce dernier nombre devait être élue par la ville de Bordeaux , et l'autre moitié par les autres communes de la sénéchaussée. L'élection des députés des deux premiers ordres se fit directement. Dans Tordre du tiers état , cette élection s'opéra par les électeurs que chaque assemblée primaire choisit dans son sein pour procéder à la nomination de ses députés aux états généraux.
Les corporations de, la ville de Bordeaux furent représentées dans Tassemblée électorale de la sénéchaussée par deux cent quarante électeurs qu'elles avaient nommés. Ges derniers , en conformité des lettres-patentes précitées, se réduisirent au nombre de quatre-vingt-dix (**), soit pour procéder à Télection des députés de leur ordre aux états généraux, soit pour rédiger leur cahier de doléances (***), soit pour délivrer à ces députés les actes qui constataient leur qualité et qui détermîn*aient leurs pouvoirs.
(*) Voyez au no xiv des Pièces justificatives la liste des députés élus k Bordeaux pour les états généraux , ainsi que pour toutes les assemblées législatives subséquentes jusqu'à présent.
(**) Quoique ces électeurs ne fussent pas des fonctionnaires, nous ^yons jugé convenable de conserver leurs noms, parce qu'ils marquent dans rbistoire de Bordeaux. Voyez le n» xv des Pièces jus" tificatives.
{***) On appelait ainsi les demandes que les députés fhreut spécialement chargés de proposer aux états généraux au nom de leurs mandants, et qui étaient le résumé des vœux que chaque assemblée primaire de la sénéchaussée avait délibéré d'émettre.
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Les ordres du clergé el de la noblesse dounèrent à leurs députés des mandats impératifs , qui limitaient exclusivement leurs votes aux seules propositions que contenait le cahier de doléances dont ils étaient porteurs. L'ordre du tiers état au contraire , quoiqu'il eût remis son cahier particulier à ses députés , les investit cependant de pouvoirs généraux et indéfinis , qui les autorisaient à délibérer sur toutes les questions qui seraient soumises à la discussion des états généraux. £n cela il se conforma d'avance au vœu de la majorité des assemblées primaires de France , lesquelles ne crurent pas devoir limiter les suffrages de leurs mandataires par un esprii de localité , toujours incompatible avec les besoins généraux du royaume , auxquels il s'agissait de pourvoir.
Les trois ordres de la sénéchaussée commencèrent leurs opérations électorales dans le courant du mois de mars. Elles se firent avec beaucoup d'ordre et de tranquillité, parce que le patriotisme le plus désintéressé qui y dominait en éloigna les mauvaises passions , qui ont quelquefols déshonoré de pareilles assemblées.
Le 17 juillet 1789 on reçut à Bordeaux la nouvelle de la prise de la Bastille. Dés le lendemain les habitants arborèrent la cocarde nationale par un mouvement spontané , en signe d'adhésion à la révolution qui venait de s'opérer i Paris dans l'intérêt de la France entière. Trois jours après ils se réunirent au nombre d'au moins trente mille dans le Jardin Public , pour délibérer sur le parti qu'il convenait de prendre dans les circonstances actuelles, afin de veiller au maintien de la tranquillité générale.
On ne trouve (jtons l'histoire de Bp.rdçaux aucune époque où le peuple abandonné à lui-même ait déptoyé autant de prudence et de générosité que dans cette journée. Ailleurs il se livra à des actes de violence contre la classe des privilégiés : ici il se montra vigilant » calme , et juste. L'assemblée fut ^nombreuse sans confusion , et seulement agitée par les sentiments d'un patriotisme réfléchi. Tous les intérêts se taisaient devant celui du bien public. Une échelle de jardinier qui se trouva au milieu de cette yaate promenade servit de tribune aux orateurs qui se firent entendre dans cette réunion populaire. Tous s'accordèrent à exhorter leurs concitoyens à s'armer promptement pour assurer le triomphe de la liberté publique en veillant à la sûreté particulière. liCs allocutions se multipliaient; on applaudissait. à chacune d'elles, parce que toutes respiraient l'amour de la patrie ; mais dans aucune on ne précisait suffisamment les mesures à mettre en œuvre pour organiser l'armement général des citoyens , qui était l'objet des propositions principales. Un dernier orateur arrive à l'indication de ces mesures en prenant pour texte de son discours un à-propos de circonstance. Depuis quelques jours la jeunesse de la ville avait demandé au théâtre la représentation du drame de Guillaume Tell. Les acteurs ne s'empressaient pas d'apprendre une pièce qui était tonibée depuis dix ans. L'orateur expose que , quoiqu'elle respirât le plus ardent patriotisme , cette pièce ne convenait pas à nos mœurs , attendu qu'elle peignait celles des Suisses du quatorzième siècle; que d'ailleurs certains passages où il y avait beaucoup d'exaltation pourraient être mal interprétés dans les circonstances actuelles , qui demandaient du calme et de l'union; qu'il importait à la tranquillité publique que la représentation dç QwUlaume