‹ Histoire de BordeauxChapitre 5 sur 143 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

nerde l'extension à certains impôts. De ce nombre était un droit de marque déjà établi sur l'étain ouvré , et une augmentation sur le contrôle des actes judiciaires. Les Bordelais , qui regardaient comme une infraction à leurs privilèges rétablissement d'un pareil impôt, résolurent de s'en affranchir par des moyens violents qui leur avaient autre^ fois réussi.

Le Î6 mars 1675 , quelques préposés du fisc s'occupaient à apposer la marque du gouvernement sur les ustensiles mis en vente chez un potier d'étain de la rue du Loup , lorsque le peuple en foule se porta en cet endroit , en menaçant les préposés pour les empêcher d'exercer leurs fonctions. Les jurats, ayant été informés de l'attroupement, se rendirent sur les lieux et parvinrent à le dissiper par leur présence. Ils procurèrent en même temps aux préposés la facilité de continuer leurs opérations, et la journée se passa sans autre trouble.

Le lendemain, l'émeute prit un caractère plus grave. Le jurât Fonteneil , escorté de quelques archers du guet , était chez un potier de cette rue du Loup pour assurer l'exercice des fonctions de ces mêmes préposés , lorsqu'il vit venir, par la rue Arnaud-Miqueu, une grande quantité de gens armés de bâtons et de pierres , criant : Five le roi, sans gabelle (*) ! et qui lui déclarèrent qu'ils avaient résolu de s'opposer à la levée du nouvel impôt. Il leur dit qu'il était de son devoir de protéger ceux qui agissaient

f) Le peuple appelait gahelU tous les imp6ts indirects.

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pour Texéention des lois, et leur remontra à quelles peines ils s'exposaient par leur révolte. Ils répondirent à ces exhortations en lançant des pierres contre les préposés qui , s'étant couverts de la robe du jurât, occasionnèrent à ce magistrat quelques blessures. Alors il fut contraint de céder à Forage et de chercher à gagner l'Hôtel de Ville pour y mettre en sûreté les préposés. Mais un nouvel attroupememt qu'il rencontra à l'entrée du marché l'obligea à les faire entrer dans une maison. S'étant placé sur la porte, il annonça aux séditieux qu'il ne souffrirait pas qu'ils fissent violence à des gens qui étaient sous sa sauvegarde, et qu'il fallait qu'ils lui passassent sur le corps pour arriver jusqu'à eux. Cet acte de fermeté suspendit un instant la fureur du peuple et donna le temps à trois autres jurats de venir au secours de leur collègue. Les préposés, dégagés de la maison où ils s'étaient réfugiés , furent conduits^ non sans dangers , à l'Hôtel de Ville ; car, pour y aborder, les jurats furent forcés d'ordonner à leur escorte de tirer sur le peuple qui faisait pleuvoir sur eux une grêle de pierres.

La sédition augmenta bientôt. Ceux qui l'avaient commencée se portèrent au clocher de l'église de Saint-Michel , où ils sonnèrent le tocsin afin de grossir leur bande. Ils marchèrent ensuite sur l'Hôtel de Ville , dans le dessein d'y. massacrer les préposés. Mais les jurats firent passer ceux-ci par une porte dérobée ; ils furent conduits au Château- Trompette par le procureur-syndic et par le clerc de ville , et remis au comte de Montaigu qui y commandait. Ces magistrats lui ayant représenté que la populace se livrait à toutes sortes d'excès dans la ville, et qu'elle avait mis jàu pillage plusieurs maisons dont elle accusait les propriétaires d'être les partisans du fisc , ce commandant fil sortir

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