CHAPITRE CINQUIÈME
ble bruit, comme venant de plus loin. Quoi qull en soit, dès que cette nouvelle fut répandue dans Bordeaux , la garde nationale demanda qu'on lui délivrât les fusils et autres objets d'équipemei)t militaire qui étaient dans l'arsenal du Château-Trompette. Le commandant de ce fort ne se refusa pas à cette demande ; et dans vingt-quatre heures les Bordelais se trouvèrent complètement armés.
L'ancien ordre de choses ayant été détruit en France par l'adoption d'une autre législation , de nouveaux corps constitués remplacèrent ceux qui subsistaient depuis plusieurs siècles. Oo commença l'organisation de ces corps par la création de celui qu'on pei>t considérer comme le premier et le plus habituellement utile par ses fonctions, attendu qu'il est le plus essentiel dans l'ordre des besoins publics de la société. La municipalité de Bordeaux fut installée le 2 avril i790 par les jurats qu'elle était appelée à remplacer. Us se trouvaient alors réduits au tiers de leur nombre ordinaire , ainsi que nous l'avons précédemment rapporté. Ce fut presque l'unique corps municipal ancien qui eût résisté au mouvement de 1789, ainsi qu'à l'animàd^ersion particulière de ses administrés.
Les diverses autres autorités administratives et judiciaires fiu^nt successivement organisées dans les deux mois suivants. L'époque de leur formation n'étant marquée par aucune particularité notable, nous nous bornerons à l'indiquer sommairement dans les notices sur les établissements publics. 11 suffira d'observer ici que la suppression desi différents corps établis à Bordeaux sous l'ancien régime s'effectua sans aucune résistance , et que les nouveaux
IM UlëTÔlKE ])£ BÔRbHXtX.
qqi les remplacèrent furent installés aussi pàÎBiblemettt ' qu'ils avaient été élus.' ...
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La formation d'un nouveau corps municipfal fut, â . Montapbaç , ^occasion de troubles sérieux , par suite des divisions qui subsistaient encore entre les habitants qui .tenaient à la religion catholique , et Ceux qui professaient le culte protestant. Des intrigues , des cabales , et même de;^ violences, eurent lieu entre* les sectateurs des deux cultes , afîn de porter exclusivement aux places leurs co-rellgionn^ires. Notre ouvrage étant consacré aux événements arrivés dans Bordeaux , nous dirons seulement que les habitants de cette ville crurent urgent d^allèr au secours de ceux de Montaubanpour y rétablir Tordre. €étte démarche ne fut point commandée par l'autorité. Elle résulta des résolutions adoptées dans les réunions particàlières des Bordelais , qui en informèrent la thunicipalitè ,
afin qu'elle en régularisât les moyens d'exék^tidn:'
Depuis le commencement de la révolution , beaucoup d'habitants de cette ville se rendaient dans la salle d'un établissement appelé Café national (maintenant h6te1 de la Préfecture) , où se lisaient publiquement les nouvelles de Paris. Insensiblement cette réunion fortuite prit la forme d'un club , lequel motionnait comme la société des Amis de la constitution qui subsistait dans le même temps à Bordeaux et qui siégeait dans une salle du. couvent des Dominicains. Dans ces deux réunianspo^pulair^ on fut informer le 11 inai i79(^, que la vaille il y avait eu :de graves désordres et même du sang répandu à M^ntauban , à Pooca^ sion des élections municipales. On disait faaotement à
Bftïdeaux qu'il serait iir^Qntd'ap^f ter remède à ces désordres. La municipalité , partageant cetlp opinion , puï ■ un arrêté, le ik du même mois, par lequel elle invita' eeux des ciloyeos de Uontauhaii qui pourraient craindre pour leurs personnes , à se rendre à Bordeaux, où il leur fut offert uu asile «t tous .les Le leodemain, de nouve; les troubles de Hontau^an d maDifestèrent unanimement à <:e$4roubles (*). Alors la mui cents iioumes de Ugarde ai nadiers de La garnison serai à l'effet de concourir au réti publique dans cette ville ; m réterait k, Hoissac , pour y al Mé^-aatipnale, qui allaient àèif i .. '
■Le^détacheBOfint bordelais, divisé en deux corps, partit pour Hoiitaubaa les 17 et 18 mai, sous le commandement du major Courpon. Sou approche ver$ cette ville bâta le succès de sa fission. Arrivé à Moissac, il apprît que les troublesqui avaient déterminé son départ venaient dé ces^ ser. Le commissaire que le roi avait. envoyé à Moutauban y trouva le calme rétabli, et félicita de son zèle patriotique
(') Plus lard, les troubles de la Vendée doiiDèrcnl aussi à la garde nilionale bordelaiie l'occasioa de signaler son pairioilsme. Bile fournit, de son propre mouvemeut, deux balalllons d'Infanlerle et nn rscadn-n de cavalerie. Ce dëlaehemeni partit de Bordeem le iS manf 1799. Après avoir llgirrë dans plosleon actloas leraarqaable» «nRre lee rebfllleiy Oi rentra dans ceUe ville le lir aodl sitivanl, pane qu'il ne imuvtiit'j-ipii Taire d'utile daw une conirie où le getM;4ri)BiBeot n'avail pas (^uni bmcz de moyeDs militaires.
16g iUSTOlRB M BOMfEMSX.
ce déiacbement , aoquel il donna ordre de vetoumer daa» ses foyers. Le détachemenjt rentra à Bordeanx le 8 joÎB suivant. Il y fut honorablement aeeueâli par tous les'corpa constitués, et rassemblée nationale lui vota des réméré^ ments. D'après le compte rendu de cette expédîlion^ la dépense qu'elle occasionna s'éleva à soiseante-quabre mille huit cent soixante-deux livres, sur laquelle somme celle de cinquante mille cinq cent vingt-trois. livres fut recueillie par le moyen d'une souscription volontaire ouverte à Bordeaux. Le déficit fut rempli par la municipalité de celte ville-
Les nouvelles lois relatives au clergé de France y oeca^ sionnèrent des troubles partiels. Quoique ceux qui eurent lieu à Bordeaux aient été de courte durée , nous en parle* rons cependant , pour faire preuve de l'exactitude et de l'impartialité qui ont dirigé nos recherches.
Les prêtres non-conformistes avaient obtenu de l'administration la concession de cinq églises supprimées pour y exercer publiquement les cérémonies du culte catholique. Des troubles notables survenus dans qu^ues-unes de ces églises, et qui se renouvelèrent pendant deux jours, déterminèrent l'administration à ordonner la clôture de toutes les cinq, le 27 février 1792.
Ces mêmes prêtres formèrent depuis des réunions clandestines. On les voyait avec défaveur, parce qu'elles pouvaient semer la division entre ceux des citoyens dont les opinions religieuses avaient pris une forte teinte d'exaltation. Le i$ juillet suivant la garde nationale de Çaudéran découvrit und de ces réunions et s'empara de trois prêtres-
qui y officiaient Bile les oondulsait à Bordeaux pour les mettre à la disposilion de rautorité , lorsqu'au moment où ils arrivaient à l'Hôtel du département ils furent arrachés à la garde par quelques hommes qui sortaient des cabarets qu'on voyait en grand nombre dans ces quartiers. Un de ces prêtres fut assez heureux pour pouvoir.se réfu^ gier dans cet hôtel , aujourd'hui la mairie* Les deux au* très 9 MM. Langoiran et Dupuy , furent sur-le^charop mas« sacrés au milieu d'un attroupement qui s'était formé dans cet endroit. Ceux qui commirent cet assassinat ajoutèrent à son atrocité en tranchant la tète de l'une de leurs victimes ; et l'ayant mise an bout d'un bâton , ils allèrent la promener en ville.
Il était alors huit heures du soir, et, comme c'était un jour de dimanche , il se trouvait peu de monde d^ms les rues que parcouraient les assassins. Cep^dant l'épouvante qu'ils y répandirent détermina la réunion de quelques pe«* lotons de la garde nationale , qui se formèrent pour faire cesser cette scène horrible et en arrêter les auteurs. Lorsque ceux-ci se virent poursuivis et sur le point d'être atteints^ ils abandonnèrent le sanglant trophée qu'ils por^ talent et s'enfuirent, sans qu'on pût parvenir à se saisir d'aucun d'eux. Toute la population manifesta l'indignation la plus profonde pour ce crime affreux : c'est le seul qui ait été commis à Bordeaux dans le cours de la révolution.
La députation que le département de la Gironde élut pour faire partie de la première assemblée législative se composait d'hommes doués de beaux talents oratoires ^
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maôs't^ainottr des* inn^vatîeiispolHiqnB&LBB -dominait « et ils èrayaient pouvoir les exécuter en suif aat les iospkafions é^mie inMigtnation fougueuse. Hâ-se placeront à la tête '(Puiie factkm qui voulait changer la forme du gouyemenîeatpottr en être les régulateurs; maïs '<ei^ ayant rencoMré mit autre qui avait la même am^ticin , les dçttx faotions'lattèrent ensemble. €elie de la Gironde UA écrasée par celte deia Montagne, qui panriirt à feiro monter ses antagMlisles^ur Téchafeod. Les faettonsde tous les temps se sont fait une guerre à mort. Lorsqiie les Girondins se virent près -de leur perte, ils voulurent intéresser à leur sort \e^f& aniis déBordeanx {*y Hs parvinrent à déterminer les administrations de ce département, et même la majorilé deS'habifanis en chef^ieu, à prendre bauftemeni leur défende , 'shm calculer Tinsuffisanœ des moyens d'un mou^. vement partiel. A leur imtigalMMi, les sections de- datte ville firent d'abord une adresse (*^) ù la eoovenlioflrii^Uo' nale pour l'inviter* à se soustraire à Ttàtuencse dHine^faetion désorganissitrice qui étattparveBuë ft la dominer^ Knsuite lellë^ prirent eavertementle p^rti des députés 4e leur diôix,' en adoptant, pour les soutenir ^ une mesure bt^n extraordinaire; et dont le succès étala plus qu'équivoque.
Le 9'mar 4709, les sections de Bordeaux-se déclareront en état d'itisurredtion contre les anarchistes de^ Paris qui maîtrisaient les délibérations de la convention ndtionâle ; elles invitèrent en même temps les diverses autorités du département à nommer des commissaires pour aviser aux moyens de rendre à cette assemblée la liberté d'opinion dont elle se trouvait privée.
C)' yo^éi \é n<> XVI dits Pièeeé juètiftcatiws, . '<,' ,
Le 10 JQin 9iiin%Mi4i, cèid coiBixiîssaîves, r^Uéaaiitour â« Taditiifilstratiofi départementole à Bordeaiis , âe cûnsli** tuèrent en corps délibévam sous le iioia de ammesian populaire de mlut pubik de la Gùronde^ Us arrêtèrent enfsiïite un mode d'exécation de rinsu^reetion morale qui avait été délibérée par oeai qui les avais»! oréuiub. Ce mode consistait à recruter dans le* d^rtemes^t uù déta*chement particuiier d'iiommes> armés dont le «nombre fut fixé à ^iize eents; à lever une codEitribution extraardinaire pour équiper et solder ce détachement;: à le» tenir en réserve pour obéir aux ordre» qui lui seraient doûné» ^ à préposer avx! autres départements de prendre Vim semblable mesure; enfi» à faire marcher de concert ees divers dét a* chementS' sur Paris, où ils se rondraienit sQua Je noiA de forée départementmle , daus l-objet de'.pdrotégert la liberté des discussions de ia oonventîon et: la pensoaoe; de ses membres. La oomaiission populaire eDvd'ya<âe$ énaalssaires vers les diverses admiuistraiioas départementales de la. Fnaiicd pour leur faire part.de ce pi>ojet et-JCee^voir-leur adhésion , qu'on réelanaiit au JMmai de la ptaideii On dirait alors que ia grande majorité de ees ^dministnmoiHs avait adopté les proposition dé la o(immissio& popuilake; celleci publia que leur nombre s'élevait à SDixaote-ibuiU Mais le^ événements subséquents prouvèndnt qu'elle s'était trompée dans son eakuL
Cependant la foction de la Montagne sentant combien il lui importait d'empêcher qu'il se formât une confédération qfui pouvait lui être funeste , s'empressa de travailler à la dissoudre , soit par la séduction « soit par la force. Elle parvint à son but, et envoya en même temps à Bordeaux deux membres de la convention ve^s la çoinmission populaire , Treilhard et Mathieu , afiA de ila déterminer à
i7à mSTOiAË D£ BORDEAUX.
renoncer aux projets qu'elle avait conçus. Ces députés se rendirent le â4 juin dans le sein de la commission , avec laquelle ils eurent une longue conférence qui ne produisit aucun résultat. Le public, qui fut admis à cette séance, applaudit à la courageuse résistance que ses commissaires opposèrent à ceux de la convention nationale; mais il fut peu constant dans ses a£Fections.
La tiédeur pour les projets de la commission populaire commença à se manifester lors du recrutement de la force départementale qu'elle avait précédemment délibérée. La garde nationale ayant été convoquée pour opérer dans ses rangs ce recrutement , il n'y eut que soixante hommes qui s'enrôlèrent de bonne volonté. Elle fut ensuite rassemblée séparément par compagnies , qui se cotisèrent pour acheter des remplaçants au nombre de dix pour chacune d'elles. On parvint cependant à porter à quatre cents hommes le détachement de la force départementale. Il fut envoyé dans les environs de Lan|[on , où il attendit en vain les détachements que les départements voisins devaient y diriger, afin de se porter en une masse imposante sur Paris. De tous ceux qui avaient adopté les vues de la commission populaire peu de départements persistèrent longtemps dans leurs résolutions ; à la fin , il leur devint impossible de les exécuter, parce que la convention fil marcher contre eux des forces qui les obligèrent à se soumettre.
Le défaut de coopération à ses projets détermina la comnûssion populaire à les abandonner. Le S août » elle prononça elle-même sa dissolution , et quatre jours après elle fut abolie. Ses membres et partisans furent déclarés traîtres à la patrie par un décret de la convention. Les habitants de la Gironde, naguère si confiants dans les mesures d'intimidation et de résistance qu'ils avaient adoptées ,