‹ Histoire de BordeauxChapitre 54 sur 143 · CHAPITRE CINQUIEME. IfH · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME. IfH

du club nalional , dont la compositioii lui parut du plus haut intérêt; car, dans Tarrêté qu'il prit à ce sujet, le 9 juillet 479^, il posa en principe qu'une grande ville ne pouvait être bien administrée qu'autant qu'elle posséderait une bonne société populaire.

Le représentant Garnier qui le remplaça renchérit sur ces inventions révolutionnaires. Le même jour où il alla fermer les loges maçonniques pour en confisquer Targenterie , il ordonna un nouveau scrutin épuratoire du club. Ensuite il appliqua ce scrutin à la ville entière , dont il voulait, disait- il, reconnaître les scories aristocratiqttes pour Ven puryer. Ne jugeant pas convenable de rouvrir les sections (*) et leurs comités de surveillance, il prit un arrêté le 21 juillet 1794, portant création d'un comité de trois personnes dans chaque section , devant lequel les sectionnaires cheÊ de maisons étaient tenus de se présenter dans dix jours pour y déclarer leurs nom , &ge , lieu d'origine^ l'état, de leurs familles et des personnes attachées à leur service ou leurs locataires, s'ils en avaient, et sur* tout quels étaient leurs moyens de subsistance. Si , par suite de ces déclarations, ceux qui les faisaient paraissaient suspects au comité , il était autorisé à ordonner leur

(*) Leurs assemblées avaient été défendues, le dO novembre 1T93, pajc les représentaïUs. lis avaient seulement laissé subsister dans chaque section un comité de douie personnes pour veiller â la distribution du pain qu*on délivrait aux sectionnaires , et à celle des autres comestibles qu'on y vendait par extraordinaire. Les fonctions dé ces comités durèrent jusqu'en 1795» époque où les subsistanocs devinrent communes. JTusqu'alors chaque habitant n'eut, que demilivre de pain par jonr, ration qa-il prenait d'après une carte déli-^ yrée par le comité de sa section , et au prix qui était déterminé, eu égard à sa position sociale.

It» HISrrOmE de BOBDEAUlt.

arrastaiioii , sauf à en référer au comité de surveillance, qui «tatuait ultérieurement , d'après les Insiruetions particulières qu'il avait reçues.

vm.

Ce surcroit de persécutions commençait à peine , qu'on fut informé à Bordeaux de la révolution opérée dans le sein de la convention le 37 juillet 1794^ (qu'on appela journée du 9 thermidor), dans laquelle le supplice des cliefe du parti de la Montagne mît fin au régime de la terreur qui ensanglantait la France. Les agents de ce régime n'étant plus à redouter dans cette ville , quelques habî-* tants qui en avaient été victimes firent connaître an rc" présentant Garnier certaines prévarications dont s'était rendu coupable dans ses affreuses fonctions Lacombe, j)résident de la commission militaire. L'atrocité de eef^ prévarications , ou plutôt les succès de la révolution antî-^ terroriste qui venait de s'opérer à Paris, déterminèrent le représentant Garnier à faire arrêter Lacombe le !•■ août , et à nommer une commission spéciale pour informer contre lui et procéder à son jugement et à celui 'de ses complices. Quatorze jours après , Lacombe fut condamné à la peine de mort, ainsi qu'un particulier qui lui servait d'entremetteur dans les marchés qu'il faisait avec les personnes envoyées devant son tribunal , et qu'il acquittait à prix, d'argent. Deux autres de ses agents furent condamnés à vingt ans de fers , pour avoir participé à ses crimes.

Le 2 août, le représentant Garnier suspendit provisoirement la commission militaire : on fut surpris de. ce qu'il n'en eût pas prononcé l'abolition. Son collègue Ysabeau, qui vint le remplacer le 8 du même mois , ordonna celte

chàmtke cinquième* ifd

abolition, Isdnsi que celle dé plusieurs mesures révolutiounaires dont il avait antérieurement prescrit Texécution* Les hommes qui n'ont pas des principes arrêtés sont au moins versatiles dans leur conduite , quand ils ne sont pas constamment atroces.

Il nous semble maintenant superflu de faire des réflexions ^r les sanglantes opérations de l'affreuse commission militaire de Bordeaux et sur ses infâmes auteurs > membres , agents i et coopérateurs de toute espèce , dont le nombre

était malheureusement bien grand Livrons-les à leurs

ïemords* Nous nous bornerons à observer que ce fut un des tribunaux révolutionnaires de France , après ceux de Paris, de Lyon, et de Nantes', dont l'existence a été la plus èraellement remarquable. Dans cent cinquante-sept séances que tint cdtte commission (*) elle prononça huit cent quarante-cinq condamnations qui sont classées dans le résumé suivant. On y a compris les acteurs et actrices des trois théâtres de cette ville , qu'on arrêta pour avoir représenté des pièces qui h^étaient pas à Tordre du jour. Ils furent acquittés en masse. La directrice du Grand-Théâtre fut seulement condamnée à la détention jusqu'à la paix , et sou caissier à six mille livres d'amende. Le Grand- Théâtre fut alors adjugé gratis à une nouvelle direction pour être géré révolutionnaîremeni ; car le régime de la terreur s'étendait même sur les plaisirs du public.

(*) Elle siégea poidant onze jours à Libournc^ où elle reudit soiianle jugements, dont quatre portant peine de tnort.

fM HISTOIRE DE BOEDEAUX.

CLAMOVICATIOIV IWmÉRIÇIJE

Des condamnations qui ont été jMrononeées par la commission militaire cfepuû k StZ octobre 1793 jusqu'au 39 juillet

Hommes condamués à mort 25g \

Femmes idem, 4^ )

Hommes condamnés aux fers, de six à Tinfj^t ans 9

Id, condamnés à la réclusion jusqu'à la paix 49 )

Femmes idem 45 )

Hommes condamnés à diverses détentions limitées 50 \

/ 68 Femmes idem 18 (

Hommes et femmes condamnés à Famende f ) , avec ou sans

peines corporelles • 66

Hommes acquittés • 239

Femmes idem 65

Total 845

Indépendamment de la commission militaire , qui siégea d'abord dans une des salles du parlement, puis dans Tune des salles de la mairie actuelle , et enfin dans l'église des Minimes, il y avait une espèce de petit tribunal révolutionnaire appelé Commission des trois à cause du nombre de ses membres , et qui jugeait à huis clos. Le comité départemental de surveillance y faisait comparaître ceux des dénoncés qui lui paraissaient pouvoir être acquittés. Elle mettait en liberté les détenus, ou les livrait à la commission militaire. Dans le premier cas , ses décisions étaient soumises à l'approbation préalable soit du représentant qui siégeait à Bordeaux > soit à celle de l'agent du comité

(*) Le total des amendes s*éléve à la somme de cinq millions quatre cent cinquante-deux mille trois cents francs.

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