‹ Histoire de BordeauxChapitre 55 sur 143 · CHAPITRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIEME

de salut public envoyé pour le remplacer, tandis que les jugements de la commission militaire étaient exécutoires sur-le-champ , sans avoir besoin de cette approbation.

Les faits que nous venons de signaler sont affreux; en les rapportant notre main a tressailli autant qu'alors que nous les avons vus s'accomplir. Il faut en avoir été témoin pour croire à leur exactitude. Quand nous nous en rappelons les principales circonstances avec tout le calme que leur éloignement nous permet maintenant de conserver , il nous semble que les souvenirs que la mémoire nous transmet sont erronés , ou que nous les devons à des réminiscences d'anciennes lectures romanesques. Cependant nous n'avons avancé que la vérité , et nous craignons même d'être resté en arriére d'elle dans l'esquisse des événements de ce temps déplorable. Il ne fut alors aucun homme de bien qui ne gémit de ce règne de terreur et de sang.

L'abolition du régime de la terreur n'amena pas l'en* tière suppression du gouvernement révolutionnaire qui lui avait donné' naissance. Il subsista encore pendant un an , mais en déclinant dans la rigueur de ses mesures. Ses formes atroces s'adoucirent insensiblement; et les dénonciations, l'emprisonnement, et le supplice de ceux qui ne s'en montraient pas les partisans , cessèrent subitement. Le représentant Ysabeau étant venu reprendre ses anciennes fonctions à Bordeaux , s'empressa de faire jouir les habitçmts des petits amendements que la convention nationale avait apportés au régime de l'anarchie , pout tàdier de se faire pardonner le mal qu'il leur avait fait dans le commencement de sa mission. Après avoir pro-

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nonce l'aliolition de la commission militaire qu'il avait auparavant concouru à former , et supprimé les comités sectionnaires des trois , qui étaient l'ouvrage de son prédécesseur, il s'empressa de faire disparaître plusieurs usages révolutionnaires qui rappelaient trop le régime de la terreur , entr'autres celui des latssez^passer qu'on était auparavant obligé de prendre à la municipalité de Bordeaux , seulement pour traverser la rivière devant cette ville. Par les soins d'Ysabeau, les prisons commencèrent bientôt à se vider, car leur bulletin décadaire, publié avant son arrivée , portait le nombre des détenus à quinze cent quatre-vingt-treize : il se trouva réduit à quatorze cent cinquante et un dans le bulletin du 17 août, et à onze cent quatre-vingt-sept dans celui du 27 du même mois. Le restant des incarcérés pour dénonciations révolutionnaires ne fut rendu à la liberté qu'à la fin de l'année , la convention ayant investi son comité de sûreté générale du droit de prononcer sur les élargissements des personnes arrêtées : elle mit un peu tard la justice à l'ordre du jour»

Cependant le représentant Y^sabeau poursuivit le cours de ses opérations en changeant de système. Le 9 septembre , il créa un conseil spécial pour réviser les jugements de la commission utilitaire, contre lesquels il y aurait des réclamations en réhabilitation de la mémoire des condamnés , et pour faire rendre à leurs familles les biens confisqués au profit de la nation. Cette mesure devait déplaire à la convention ; aussi par un décret du 29 novembre suivant , elle cassa le conseil de révision , et annula les réhabilitations qu'il avait prononcées. Elles s'élevaient au nombre de onze. Peu après cet échec de popularité , Ysabeau fut rappelé de Bordeaux et n'y reparut plus. Avant de quitter cette ville , il jugea à propos de refaire tous les

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