CHAPITRE SIXIEME
1er porter la guerre à ses ennemis en Allemagne , afin de les empêcher d*agir contre lui. L'armée ne paraissant pas assez forte en cavalerie, on en réunit une toute montée et équipée par re£Eèt d'une offrande liationale. On insinua aux départements qu'il leur convenait de fournir un cer* tain nombre de cavaliers pour être offerts au gouvernement , compe un don volontaire. Le contingent assigné au département de la Gironde fut de cent vingt-deux hommes, ^ont quatre-vingts pour la ville de Bordeaux. Us furent levés par voie de désignation personnelle* Environ cinq, cents des plus forts contribuables de ce département furent taxés par les autorités locales , afin de compléter la somme de deux cent vingt-neuf mille huit cent cinquante francs , à laquelle s'élevèrent les dépenses faîtes pour armer , équiper, et monter ces cavaliers. On les décora du nom de gardes d'honneur. Ils partirent de Bordeaux en trois détachements dans le cours du mois de juillet 1813 , et furent dirigés au delà du Rhin où on les enrégimenta. Cette ville est venue plusieurs fois au secours de l'état ^par des dons qu'elle a faits pour subvenir aux frais de la guerre; On peut à cet égard citer la souscription volontaire ouverte par le commerce de Bordeaux , pour six prames qu'il fit construire dans ce port en 1760, et deux ans après pour réaliser une somme d'un million et demi , à l'effet de servir à la construction d'un vaisseau de ligne.-
Lorsque les souverains coalisés contre l'empereur Napo^ léon mirent leurs armées en mouvement pour entrer simultanément en France , H marcha contre elles , espérant les empêcher d'arriver à Paris. Pendant qu'il les harcelait dans les plaines de la Champagne , il chargea plusieurs
sénateurs de visiter les frontières de l'empire pour y près* crire des mesures de défense géhérale contre l'invasion de Tennemi. Le septième corps d'armée de la con fédération des rois franchissait les Pyrénées et se portait sur les départements méridionaux , lorsque le sénateur Cornudet, un de ces commissaires impériaux, arriva à Bordeaux pour y exercer sa mission. Il dut bientôt s'apercevoir que cette ville . ouverte de tout côté , et dans laquelle il n'y avait que le dépôt d'un régiment de ligne , ne se trouvait pas en position de résister à une colonne de l'armée qui entrait en France sous le commandement du lord Wellington , et que les habitants n'étaient nullement disposés à opposer une résistance qui n'offrait aucune chance possible de succès. Cependant il essaya de parler d'une levée en masse de la population du département , dans la proclamation qu'il publia le 16 janvier 181^. Ayant compris que le ton belliqueux n'était pas celui qui convenait aux circoQstances locales , il se borna à proposer de simples mesures d'ordre public.
De toutes ces mesures celle qu'on s'empressa d'exécuter fut la formation d'une garde nationale d'élite, chargée de Veiller au maintien de la tranquillité publique à Bordeaux , et dont le sénateur Cornudet organisa deux bataillons, sous le nom de cohortes urbaines. Il nomma tous les officiers de ce corps, et le passa en revue le 20 février suivant. Nous croyons devoir noter que trois jours après la formation de ces cohortes» leur état-major signa une adresse à rimpératrice-régente , dans laquelle ces officiers protestaient de leur inviolable attachement au gouvernement impérial , et déclaraient qu'ils étaient résolus à défendre leur patrie contre l'invasion de l'étranger. Cependant la présence des Anglais ne tarda pas à faire dissoudre ce corps.